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LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1982
Chers frères dans le sacerdoce,
Depuis le début de mon ministère de pasteur de l’Église universelle, j’ai voulu que le Jeudi saint de chaque année soit d’une façon particulière un jour de communion spirituelle avec vous, pour partager avec vous prière, soucis pastoraux et espérances, pour encourager votre service généreux et fidèle, pour vous remercier au nom de toute l’Église.
Cette année, je ne vous écris pas de lettre, mais je vous envoie le texte d’une prière dictée par la foi et née au fond de mon cœur, afin que tous ensemble, nous l’adressions au Christ le jour de la naissance de mon sacerdoce comme du vôtre, et aussi pour vous proposer une méditation commune qui soit éclairée et nourrie par elle.
Puisse chacun de vous " raviver en lui le don de Dieu reçu par l’imposition des mains " (cf. 2 Tm 1, 6) et éprouver avec une intensité renouvelée la joie d’être seulement donné au Christ
Du Vatican, le 25 mars 1982, solennité de l’Annonciation du Seigneur, en la quatrième année de mon pontificat.
PRIÈRE
Le jour où est né notre sacerdoce
1. Nous nous tournons vers toi, Christ du Cénacle et du Calvaire, en ce jour qui est la fête de notre sacerdoce Nous nous tournons vers toi, nous tous évêques et prêtres, réunis dans les assemblées sacerdotales de nos Églises et tous associés en même temps dans l’unité universelle de l’Église sainte et apostolique.
Le Jeudi Saint est le jour où est né notre sacerdoce. C’est en ce jour que tous nous sommes nés. Comme un fils naît du sein de sa mère, ainsi nous sommes nés, ô Christ, de ton sacerdoce unique et éternel. Nous sommes nés dans la grâce et dans la force de l’Alliance nouvelle et éternelle, nous sommes nés du corps et du sang de ton sacrifice rédempteur : du corps qui est " donné pour nous " (cf. Lc 22, 19) et du sang qui est " répandu pour nous tous " (cf. Mt 26, 28).
Nous sommes nés au cours de la dernière Cène et, en même temps, au pied de la croix sur le Calvaire : là où se trouve la source de la vie nouvelle et de tous les sacrements de l’Église, là aussi se trouve l’origine de notre sacerdoce.
Et, par ailleurs, nous sommes nés, en même temps que tout le Peuple de Dieu, de la nouvelle Alliance, dont toi, le bien-aimé du Père (cf. Col 1, 13), tu as fait " un royaume et des prêtres pour Dieu ton Père " (cf. Ap 1,6).
Nous avons été appelés comme serviteurs de ce peuple qui, devant les tabernacles éternels du Dieu trois fois saint, présente ses " sacrifices spirituels " (1 P 2,5).
Le sacrifice eucharistique est " la source et le sommet de toute la vie chrétienne " (LG 11). C’est un sacrifice unique qui comprend tout. C’est le bien le plus grand de l’Église. C’est sa vie.
Nous te rendons grâce, ô Christ.
Parce que tu nous as choisis toi-même, nous associant d’une manière spéciale à ton sacerdoce et nous marquant d’un caractère indélébile qui rend chacun d’entre nous capable d’offrir ton sacrifice comme le sacrifice de tout le peuple : un sacrifice de réconciliation dans lequel tu t’offres toi-même de façon incessante au Père, offrant aussi en toi l’homme et le monde.
Parce que tu nous as faits ministres de l’Eucharistie et de ton pardon, participant à ta mission évangélisatrice, serviteurs du peuple de Nouvelle Alliance.
Un renouveau continuel
2. Seigneur Jésus-Christ ! Lorsque, le Jeudi Saint, tu as dû te séparer de ceux que tu avais " aimés jusqu’au bout " (Cf. Jn 13, 1), tu leur as promis l’esprit de vérité. Tu as dit : " C’est votre intérêt que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous  ; mais si je pars, je vous l’enverrai. " (Jn 16, 7.)
Tu es parti par la croix, en te faisant " obéissant jusqu’à la mort " (Ph 2, 8) et " en te dépouillant toi-même " (Ph 2, 7) à cause de l’amour dont tu nous as aimés jusqu’au bout  ; ainsi, après ta résurrection, l’Esprit Saint a été donné à l’Église, lui qui est venu " habiter " en elle " pour toujours " (cf. Jn 14, 16).
C’est l’Esprit Saint qui, " par la vertu de l’Évangile, rajeunit l’Église et la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite " avec toi (cf. LG 4).
Conscients, comme nous le sommes tous, d’avoir reçu par l’Esprit Saint — agissant en vertu de ta croix et de ta résurrection — le sacerdoce ministériel pour servir la cause du salut des hommes dans ton Église.
— Nous implorons aujourd’hui, en ce jour si saint pour nous, le renouveau continuel de ton sacerdoce dans l’Église, grâce précisément à ton Esprit qui doit " rajeunir ", à chaque époque de l’histoire, ton Épouse si chère.
— Nous demandons que chacun de nous retrouve en son cœur et confirme sans cesse par sa vie le sens authentique que comporte sa vocation sacerdotale personnelle pour lui-même comme pour tous les hommes.
— Afin que, d’une façon toujours plus mûre, il voie avec les yeux de la foi la véritable dimension et la beauté du sacerdoce.
— Afin qu’il continue à remercier pour le don de la vocation comme pour une grâce non méritée.
— Afin que, dans une continuelle action de grâce, il s’affermisse dans la fidélité à ce saint don qui oblige d’autant plus qu’il est totalement gratuit.
3. Nous te remercions de nous avoir modelés sur toi comme ministres de ton sacerdoce, en nous appelant à édifier ton Corps, l’Église, non seulement par l’administration des sacrements, mais aussi, et toi d’abord, par l’annonce de ton " Message de salut " (Ac 13, 26), en nous faisant participer à ta responsabilité de Pasteur
Nous te remercions d’avoir eu confiance en nous malgré notre faiblesse et notre fragilité humaines, en déposant au fond de nous-mêmes par le baptême l’appel à la perfection qu’il faut acquérir jour après jour et la grâce qui y correspond.
Nous demandons de savoir toujours accomplir nos engagements sacrés comme l’exigent le cœur pur et la consciente droite. Que " jusqu’au bout " nous soyons fidèles à toi qui nous as aimés " jusqu’au bout " (Cf. Jn 13, 1) !
Que jamais ne trouvent accès en nos âmes les courants de pensée qui diminuent l’importance du sacerdoce ministériel, les opinions et les tendances qui atteignent la nature même de la sainte vocation et du service auquel toi, ô Christ, tu nous appelles dans ton Église.
Lorsque, le Jeudi Saint, en instituant l’Eucharistie et le sacerdoce, tu as quitté ceux que tu avais aimés jusqu’au bout, tu leur as promis le nouveau " Défenseur " (Jn 14, 16). Fais que ce Défenseur — " l’Esprit de vérité " (Jn 14, 17) — soit avec nous en nous apportant ses dons ! Que soient avec nous la sagesse et l’intelligence, la science et le conseil, la force, la pitié et la crainte de Dieu, afin que nous sachions toujours discerner ce qui vient de toi, et le distinguer de ce qui provient de " l’esprit du monde " (1 Co 2, 12), ou même du " prince de ce monde " (Jn 16, 11)
4. Empêche-nous de " contrister " ton Esprit (Cf. Ep 4, 30).
— Par notre peu de foi et notre manque de disponibilité à témoigner de ton Évangile " en actes et en vérité " (1 Jn 3, 18).
— Par le " sécularisme " et le désir " de nous conformer à tout prix à la mentalité du monde présent " (Cf. Rm 12, 2).
— Par le manque, finalement, de la charité qui " est patiente et serviable ", qui " ne se vante pas " et " ne cherche pas son intérêt ", qui " supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout ", de la charité " qui trouve sa joie dans ce qui est vrai ", et seulement dans ce qui est vrai (1 Co 13, 4-7).
Empêche-nous de " contrister " ton Esprit.
— Par tout ce qui apporte tristesse intérieure et qui fait trébucher l’âme
— Par ce qui fait naître les complexes et cause les ruptures avec les autres.
— Par ce qui fait de nous un terrain préparé pour toute tentation.
— Par ce qui se manifeste comme une volonté de cacher son sacerdoce aux yeux des hommes et d’en éviter tout signe extérieur.
— Par ce qui, finalement, peut entraîner la tentation de fuite sous le prétexte du " droit à la liberté ".
Oh ! Fais que nous n’appauvrissions pas la plénitude et la richesse de notre liberté que nous avons ennoblie et réalisée en nous donnant à toi et en acceptant le don du sacerdoce !
Fais que nous ne détachions pas notre liberté de toi à qui nous devons le don de cette grâce ineffable !
Empêche-nous de " contrister " ton esprit !
Accorde-nous d’aimer de l’amour dont ton Père a " aimé le monde ", lorsqu’il a donné " son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais obtienne la vie éternelle " (Jn 3, 16).
Aujourd’hui, en ce jour où tu as toi-même promis à ton Église l’Esprit de vérité et d’amour, nous tous, en union avec ceux qui, durant la dernière Cène, ont, les premiers, reçu de toi la consigne de célébrer l’Eucharistie, nous crions : " Envoie ton Esprit..., et renouvelle la face de la terre " (cf. Ps103 [104], 30), y compris de cette terre sacerdotale que tu as rendue fertile par le sacrifice du Corps et du Sang que chaque jour tu renouvelles par nos mains sur les autels, dans la vigne de ton Église.
Un don en vue de l’Eucharistie
5. Aujourd’hui, tout nous parle de l’amour dont " tu as aimé l’Église pour laquelle tu t’es livré, afin de la rendre sainte (cf. Ep 5, 25-26).
Par l’amour rédempteur de ta donation définitive tu as fait de l’Église ton Épouse, en la conduisant sur les chemins de ses expériences terrestres, pour la préparer aux " noces éternelles de l’Agneau " (Ap 19, 7) " dans la maison du Père " (Jn 14, 2).
Cet amour nuptial du Rédempteur, cet amour sauveur de l’Époux, rend fructueux tous les " dons hiérarchiques et charismatiques " dont l’Esprit Saint munit l’Église et par lesquels il la dirige (cf. LG 4).
Nous est-il permis, Seigneur, de douter de cet amour?
Celui qui se laisse guider par une foi vive dans le Fondateur de l’Église peut-il douter de cet amour auquel l’Église doit toute sa vitalité spirituelle?
Est-il permis de douter :
— Que tu peux et désires donner à ton Église de vrais " intendants des mystères de Dieu " (1 Co 4, 1) et surtout de véritables ministres de l’Eucharistie?
— Que tu peux et désires réveiller dans les âmes des hommes, spécialement des jeunes, le charisme du service sacerdotal, tel qu’il a été accueilli et réalisé dans la tradition de l’Église?
— Que tu peux et désires réveiller dans ces âmes, en même temps que l’aspiration au sacerdoce, la disponibilité au don du célibat pour le Royaume des cieux, comme des générations entières de prêtres dans l’Église catholique en ont donné la preuve dans le passé, et aujourd’hui encore?
Est-il convenable, contrairement à ce qu’ont dit le récent Concile œcuménique et le Synode des évêques, de continuer à proclamer que l’Église devrait renoncer à cette tradition et à cet héritage?
N’est-il pas au contraire de notre devoir, à nous prêtres, de vivre notre engagement avec générosité et dans la joie, en contribuant, par notre témoignage et notre action, à la diffusion de cet idéal? N’est-ce pas notre tâche de faire croître le nombre des futurs prêtres au service du Peuple de Dieu, en nous employant de toutes nos forces à réveiller les vocations et en soutenant l’action irremplaçable des séminaires où ceux qui sont appelés au sacerdoce ministériel peuvent se préparer de façon adéquate au don total de soi au Christ?
6. En cette méditation du Jeudi Saint, j’ose poser à mes frères de telles questions — et elles vont très loin ! justement parce que ce jour sacré semble exiger de nous une sincérité totale et absolue en face de toi, Prêtre éternel et bon Pasteur de nos âmes !
Certes, nous sommes attristés de voir que les années de l’après-Concile, indubitablement riches en ferments du bien, abondantes en initiatives édifiantes, fécondes pour le renouveau spirituel de tous les membres et pasteurs de l’Église, ont vu, par ailleurs, naître une crise et se manifester de nombreuses fissures.
Mais... pouvons-nous, quelle que soit la crise, douter de ton amour, de cet amour dont tu as aimé l’Église en te livrant pour elle? (Cf. Ep. 5, 25).
L’amour que tu donnes à l’Église est toujours destiné à l’homme faible et exposé aux conséquences de sa faiblesse. Et pourtant, tu ne renonces jamais à cet amour qui relève l’homme et l’Église, en imposant à l’un et à l’autre des exigences précises.
Pouvons-nous " amoindrir " cet amour? Ne le pouvons-nous pas toutes les fois que, à cause de la faiblesse de l’homme, nous décrétons qu’il faut renoncer aux exigences qu’il impose?
7. " Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson... " (Mt 9, 38).
Le Jeudi Saint, jour où est né le sacerdoce de chacun de nous, nous voyons avec les yeux de la foi toute l’immensité de cet amour qui, dans le mystère pascal, a commandé de devenir " obéissant jusqu’à mourir "  ; et dans cette lumière nous voyons mieux aussi notre indignité.
Nous éprouvons le besoin de dire, aujourd’hui plus que jamais : " Seigneur, je ne suis pas digne. "
Vraiment, " nous sommes des serviteurs inutiles " (Lc 17, 10).
Efforçons-nous toutefois de voir notre indignité et notre " inutilité " avec une simplicité qui fasse de nous des hommes de grande espérance. " Et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné " (Rm 5, 5).
Ce don est le fruit propre de ton amour : il est le fruit du Cénacle et du Calvaire.
La foi, l’espérance et la charité : telle doit être la mesure sur laquelle reposent nos jugements et nos initiatives.
Aujourd’hui, jour de l’institution de l’Eucharistie, nous te demandons, avec la plus grande humilité et avec toute la ferveur dont nous sommes capables, qu’elle soit célébrée sur toute la terre par les ministres qui ont été appelés afin que ce saint sacrifice et cet aliment spirituel ne manquent à aucune communauté de tes disciples, de ceux qui proclament leur foi en toi.
8. L’Eucharistie est surtout le don fait à l’Église, un don ineffable. Le sacerdoce aussi est un don fait à l’Église, en vue de l’Eucharistie.
Aujourd’hui, lorsque l’on dit : la communauté a droit à l’Eucharistie, il faut rappeler d’une manière particulière que tu as recommandé à tes disciples de " prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson " (cf. Mt 9, 38).
Si l’on ne " prie " pas avec ferveur, si l’on ne s’emploie pas de toutes ses forces à ce que le Seigneur envoie aux communautés de bons ministres de l’Eucharistie, peut-on, alors, affirmer avec une conviction intime que " la communauté a droit "...?
Si elle y avait droit..., alors elle aurait droit au don ! Et un don ne peut être traité comme s’il n’était pas un don. Il faut prier sans cesse pour avoir ce don. Il faut le demander à genoux.
Il faut donc — puisque l’Eucharistie est le plus grand don du Seigneur à l’Église demander des prêtres, car le sacerdoce, lui aussi, est un don fait à l’Église.
En ce Jeudi Saint, réunis dans nos assemblées sacerdotales avec les évêques, nous te prions, Seigneur : fais que nous soyons toujours pénétrés de la grandeur du don qu’est le sacrement de ton Corps et de ton Sang.
Fais qu’en parfaite conformité avec l’économie de la grâce et avec la loi du don, nous priions continuellement " le maître de la moisson ", et que notre invocation jaillisse d’un cœur pur, ayant ainsi la simplicité et la sincérité des vrais disciples. Et alors, toi, Seigneur, tu ne repousseras pas notre supplication.
9. Nous devons crier vers toi d’une voix puissante, comme l’exigent la grandeur de la cause et l’éloquence des nécessités du temps. C’est bien ainsi que nous crions, en te suppliant.
Cependant, nous en sommes bien conscients : " Nous ne savons que demander pour prier comme il faut " (Rm 8, 26). N’en est-il pas ainsi dès que nous touchons à un problème qui nous dépasse? Et pourtant, c’est bien notre problème. Il n’y en a pas d’autre qui nous concerne autant que celui-là.
Le jour du Jeudi Saint est notre fête.
Nous pensons en même temps aux champs " qui se dorent pour la moisson " (Jn 4, 35).
Et c’est pourquoi nous avons conscience que l’Esprit viendra " au secours de notre faiblesse ", lui qui " intervient pour nous par des cris inexprimables " (Rm 8, 26).
Car c’est toujours l’Esprit qui " rajeunit l’Église, et il la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son Époux " (LG 4).
10. Il ne nous est pas dit si ta Mère se trouvait au Cénacle du Jeudi Saint. Toutefois, nous te prions spécialement par son intercession. Qu’est-ce qui peut lui être plus cher que le Corps et le Sang de son Fils confiés aux apôtres dans le mystère eucharistique, le Corps et le Sang que nos mains sacerdotales offrent sans cesse en sacrifice pour la " vie du monde " (Jn 6, 51)?
C’est donc par son intermédiaire qu’aujourd’hui spécialement nous te rendons grâce.
Par son intermédiaire aussi, nous demandons :
— Que, dans la puissance de l’Esprit Saint, notre sacerdoce se renouvelle.
— Que vibre constamment en lui l’humble mais forte certitude de la vocation et de la mission.
— Que croisse l’empressement à servir.
Ô Christ du Cénacle et du Calvaire, accueille-nous tous, nous les prêtres de l’an du Seigneur 1982, et, par le mystère du Jeudi Saint, sanctifie-nous à nouveau ! Amen.
IOANNES PAULUS II



LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1983
Chers Frères dans le sacerdoce du Christ !
Je désire m’adresser à vous, au début de l’Année Sainte de la Rédemption et du Jubilé extraordinaire, qui s’est ouverte à Rome comme dans toute l’Église le 25 mars. Le choix de ce jour, qui est celui de la solennité de l’Annonciation du Seigneur et en même temps de l’Incarnation, est particulièrement éloquent. En effet, le mystère de la Rédemption a commencé à se réaliser au moment où le Verbe s’est fait chair dans le sein de la Vierge de Nazareth, par l’œuvre de l’Esprit Saint, et il a atteint son sommet dans l’événement pascal par la mort et la résurrection du Sauveur. C’est à partir de ces jours-là que nous calculons notre Année jubilaire, désirant que, cette année précisément, le mystère de la Rédemption devienne particulièrement présent et fécond dans la vie de l’Église. Nous savons qu’il est toujours présent et fécond, qu’il accompagne toujours le pèlerinage terrestre du Peuple de Dieu, qu’il le pénètre et qu’il le façonne de l’intérieur. Toutefois, l’usage de se référer aux périodes de cinquante ans au cours de ce pèlerinage correspond à une antique tradition. Nous voulons être fidèles à cette tradition, certains qu’elle contient en elle-même une part du mystère du temps choisi par Dieu : le Kairós dans lequel se réalise l’économie du salut.
Et voici qu’au début de cette nouvelle Année de la Rédemption et du Jubilé extraordinaire, quelques jours après son ouverture, arrive le Jeudi Saint 1983. Il nous rappelle — nous le savons bien — le jeudi où le Christ a institué le sacerdoce ministériel en même temps que l’Eucharistie. Ce sacerdoce a été institué pour l’Eucharistie et donc pour l’Église, qui, comme communauté du Peuple de Dieu, se forme à partir de l’Eucharistie. Ce sacerdoce, ministériel et hiérarchique, nous y participons Nous l’avons reçu le jour de notre ordination par le ministère de l’évêque, qui a transmis à chacun de nous le sacrement inauguré avec les Apôtres, inauguré pendant la dernière Cène, au Cénacle, le Jeudi Saint. C’est pourquoi, même si nos dates d’ordination sont différentes, le Jeudi Saint reste, chaque année, le jour de la naissance de notre sacerdoce ministériel. En ce saint jour, chacun de nous, comme prêtre de la Nouvelle Alliance, est né dans le sacerdoce des Apôtres. Chacun de nous est né dans la révélation du sacerdoce unique et éternel de Jésus-Christ lui-même. Car cette révélation a eu lieu au Cénacle du Jeudi saint, la veille du Golgotha. C’est là que le Christ a fait commencer son mystère pascal, qu’il l’a " ouvert ". Et Il l’a ouvert justement avec la clef de l’Eucharistie et du sacerdoce.
C’est pourquoi, le jour du Jeudi Saint, nous, " ministres de l’Alliance nouvelle " (Cf. 2 Co 3, 6),nous unissons, avec les évêques, dans les cathédrales de nos Églises, nous nous unissons devant le Christ, source unique et éternelle de notre sacerdoce. Dans cette union du Jeudi Saint, nous Le retrouvons, et en même temps — par Lui, avec Lui et en Lui —, nous nous retrouvons nous-mêmes. Béni soit Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, pour la grâce de cette union !
Une relecture de notre vocation à la lumière du mystère de la Rédemption
En ce moment important, je désire donc encore une fois annoncer l’Année commémorative de la Rédemption et le Jubilé extraordinaire. Je désire l’annoncer de façon particulière à vous et devant vous, chers et vénérés Frères dans le sacerdoce du Christ, et je voudrais méditer avec vous, au moins brièvement, sur sa signification. C’est à nous tous en effet, comme prêtres de la Nouvelle Alliance, que ce Jubilé se réfère d’une manière spéciale. Si pour tous les croyants, fils et filles de l’Église, il a le sens d’une invitation à relire de nouveau sa propre vie et sa propre vocation à la lumière du mystère de la Rédemption, une telle invitation nous est adressée à nous-mêmes avec une intensité, je dirais, encore plus grande. L’Année Sainte de la Rédemption et le Jubilé extraordinaire signifient donc que nous devons regarder de nouveau notre sacerdoce ministériel dans la lumière où le Christ lui-même l’a inscrit dans le mystère de la Rédemption.
" Je ne vous appelle plus serviteurs..., maintenant, je vous appelle mes amis [02]. " C’est précisément au Cénacle que ces paroles ont été prononcées, dans le contexte immédiat de l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce ministériel. Le Christ a fait savoir aux Apôtres et à tous ceux qui héritent d’eux le sacerdoce ordonné que, dans cette vocation et pour ce ministère, ils doivent devenir ses amis, ils doivent devenir amis du mystère qu’il est venu accomplir. Être prêtre veut dire se lier particulièrement d’amitié avec le mystère du Christ, avec le mystère de la Rédemption, dans lequel il donne " sa chair pour que le monde ait la vie " [03]. Nous qui célébrons chaque jour l’Eucharistie, le sacrement du Corps et du Sang, porteur du salut, nous devons être en intimité spéciale avec le mystère dont ce sacrement tire son origine. Le sacerdoce ministériel s’explique seulement et exclusivement dans la ligne de ce mystère divin, et c’est seulement dans cette ligne qu’il se réalise.
Dans la profondeur de notre " moi " sacerdotal, grâce à ce que chacun de nous est devenu au moment de l’ordination, nous sommes " amis "  ; nous sommes des témoins particulièrement proches de l’Amour qui se manifeste dans la Rédemption. Cet amour s’est manifesté " au commencement " dans la création, et avec la chute de l’homme il se manifeste toujours dans la rédemption. " Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle [04]. " Telle est la définition de l’amour dans son sens rédempteur. Tel est le mystère de la Rédemption, défini par l’amour. Le Fils unique est celui qui prend cet amour du Père et le donne au Père, en le portant au monde. Le Fils unique est celui qui, par cet amour, se donne lui-même pour le salut du monde : pour que tout homme, son frère et sa sœur, ait la vie éternelle.
Et nous, prêtres, ministres de l’Eucharistie, nous sommes " amis " : nous nous trouvons particulièrement proches de cet Amour rédempteur que le Fils unique a apporté au monde, et qu’il apporte encore continuellement. Même si cela nous remplit d’un saint effroi, nous devons reconnaître qu’avec l’Eucharistie, le mystère de cet Amour rédempteur se trouve, d’une certaine manière, entre nos mains. Qu’il revient chaque jour sur nos lèvres. Qu’il est inscrit d’une façon durable dans notre vocation et dans notre ministère.
Oh ! combien profondément chacun de nous est constitué dans son " moi " sacerdotal par le mystère de la Rédemption ! De cela, précisément de cela, la liturgie du Jeudi Saint nous rend bien conscients. Et c’est précisément cela aussi qui doit faire l’objet de nôs méditations au cours de l’Année jubilaire. C’est sur ce point que doit se concentrer notre renouveau intérieur personnel, car l’Année jubilaire est comprise par l’Église comme un temps de renouveau spirituel pour tous. Si nous devons être les ministres de ce renouveau pour les autres, pour nos frères et nos sœurs dans la vocation chrétienne, nous devons en être les témoins et les hérauts devant nous-mêmes l’Année Sainte de la Rédemption est l’Année du renouveau dans la vocation sacerdotale
En opérant ce renouveau intérieur dans notre sainte vocation, nous pourrons mieux et plus efficacement prêcher " une année de bienfaits accordée par le Seigneur " [05]. En effet, le mystère de la Rédemption n’est plus une abstraction théologique mais une réalité constante par laquelle Dieu embrasse l’homme dans le Christ avec son amour éternel, et l’homme reconnaît cet amour, se laisse. guider et pénétrer par lui, se laisse transformer intérieurement par lui et devient par lui " une créature nouvelle " [06] L’homme, ainsi crée à nouveau par l’amour qui lui est révélé en Jésus-Christ, lève les yeux de son âme vers Dieu et professe avec le psalmiste : Copiosa apud eum redemptio ! " Près de lui, abonde le rachat ! " [07].
En l’Année jubilaire, cette profession doit jaillir avec une intensité particulière du cœur de toute l’Église. Et cela doit s’accomplir, chers Frères, grâce à votre témoignage et à votre ministère sacerdotal.
Au service de la réconciliation avec Dieu
La Rédemption reste unie de la manière la plus étroite au pardon. Dieu nous a rachetés en Jésus-Christ parce qu’il nous a pardonné en Jésus-Christ  ; Dieu nous a fait devenir dans le Christ une " créature nouvelle " parce que, en lui, il nous a fait la grâce du pardon.
Dieu a réconcilié le monde avec lui dans le Christ [08]. Et c’est justement parce qu’il l’a réconcilié en Jésus-Christ, comme premier-né par rapport à toute créature [09], que l’union de l’homme avec Dieu a été consolidée de façon irréversible. Cette union, à un moment donné le " premier Adam " avait accepté qu’en lui toute la famille humaine en fût privée, mais elle ne peut être enlevée par personne à l’humanité alors qu’elle a été enracinée et consolidée dans le Christ, le " second Adam ". Et c’est pourquoi l’humanité devient continuellement, en Jésus-Christ, une " créature nouvelle ". Elle le devient parce que, en lui et par lui, la grâce de la rémission des péchés demeure inépuisable face à chaque homme : Copiosa apud eum redemptio !
En cette Année jubilaire, nous devons, chers Frères, devenir particulièrement conscients d’être au service d’une telle réconciliation avec Dieu, qui a été accomplie une fois pour toutes en Jésus-Christ. Nous sommes les serviteurs et les administrateurs de ce sacrement dans lequel la Rédemption se manifeste et se réalise comme pardon, comme rémission des péchés.
Combien révélateur est pour nous le fait que le Christ, après sa résurrection, soit entré de nouveau dans ce Cénacle où, le Jeudi Saint, il avait laissé aux Apôtres, avec l’Eucharistie, le sacrement du sacerdoce ministériel, et qu’il leur ait dit alors " Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis  ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus [10]. "
Comme il avait donné auparavant la faculté de célébrer l’Eucharistie, c’est-à-dire de renouveler d’une façon sacramentelle son Sacrifice pascal, ainsi, la seconde fois, il leur donna la faculté de remettre les péchés.
Lorsque, au cours de l’Année jubilaire, vous méditerez sur la manière dont votre sacerdoce ministériel a été inscrit dans le mystère de la Rédemption du Christ, ayez cela constamment devant les yeux ! Le Jubilé est en effet ce temps particulier durant lequel l’Église, selon une tradition très ancienne, renouvelle, dans l’entière communauté du Peuple de Dieu, la conscience de la Rédemption, moyennant une intensité spéciale de la rémission et du pardon des péchés, précisément de la rémission et du pardon dont nous-mêmes, prêtres de la Nouvelle Alliance, sommes devenus, après les Apôtres, les ministres légitimes.
Par suite de la rémission des péchés dans le sacrement de Pénitence, tous ceux qui, profitant de notre service sacerdotal, reçoivent ce sacrement, peuvent puiser plus pleinement encore à la source généreuse de la Rédemption du Christ, en obtenant la rémission des peines temporelles qui, après la rémission des péchés, demeurent encore à expier dans la vie présente ou dans la vie future. L’Église croit que toute rémission provient de la Rédemption accomplie par le Christ. En même temps, elle croit et elle espère que le Christ lui-même accepte la médiation de son Corps mystique pour la rémission des péchés et des peines temporelles. Et puisque sur le fondement du mystère du Corps mystique du Christ qu’est l’Église se développe, dans la perspective de l’éternité, le mystère de la Communion des Saints, l’Église, au cours de l’Année jubilaire, regarde avec une particulière confiance vers ce mystère.
L’Église désire tirer profit, plus que jamais, des mérites de la Vierge Marie, des martyrs et des saints, comme aussi de leur médiation, pour actualiser davantage encore, dans tous ses effets et fruits de salut, la Rédemption accomplie par le Christ. De cette façon, la pratique des indulgences, liée à l’Année jubilaire, révèle sa profonde signification évangélique, en ce sens que le bien découlant du Sacrifice rédempteur du Christ, dans des générations entières de martyrs et de saints de l’Église depuis le début jusqu’à maintenant, fructifie de nouveau, avec la grâce de la rémission des péchés et des effets du péché, dans les âmes de nos contemporains.
Chers Frères dans le Sacerdoce du Christ !
Au cours de l’Année jubilaire, sachez être, de manière spéciale, les maîtres de la vérité de Dieu concernant le pardon et la rémission, comme l’Église la proclame constamment. Présentez cette vérité dans toute sa richesse spirituelle. Cherchez les chemins par lesquels elle peut pénétrer les âmes et les consciences des hommes de notre temps. Et, en même temps que vous donnez cet enseignement, sachez être, durant cette Année Sainte, avec un esprit de service particulièrement généreux, les ministres du sacrement de Pénitence qui permet aux fils et aux filles de l’Église d’obtenir la rémission des péchés. Dans le service du confessionnal, vous trouvez la manifestation irremplaçable et le test du sacerdoce ministériel, dont nous ont laissé le modèle tant de saints prêtres et pasteurs d’âmes dans l’histoire de l’Église jusqu’aux temps actuels. Que la fatigue entraînée par ce ministère sacré vous aide à comprendre encore davantage combien le sacerdoce ministériel de chacun d’entre nous s’inscrit dans le mystère de la Rédemption du Christ moyennant la croix et la résurrection.
Promouvoir le renouveau spirituel des communautés chrétiennes
Par ces mots que je vous écris, je désire proclamer d’une façon particulière à votre intention le Jubilé de l’Année Sainte de la Rédemption. Comme il ressort des documents déjà publiés, le Jubilé doit être célébré en même temps à Rome et dans toute l’Église, à partir du 25 mars 1983 jusqu’à la fête de Pâques de l’année suivante. De cette manière, la grâce spéciale de l’Année de la Rédemption est confiée à tous mes Frères dans l’épiscopat, comme Pasteurs des Églises locales dans la communauté universelle de l’Église catholique. En même temps, la même grâce du Jubilé extraordinaire vous est confiée aussi à vous, chers Frères dans le sacerdoce du Christ. Car, en union avec vos évêques, vous êtes les pasteurs des paroisses et des autres communautés du Peuple de Dieu qui existent dans toutes les parties du monde.
En effet, il faut que l’Année de la Rédemption soit vécue dans l’Église, en partant précisément de ces communautés fondamentales du Peuple de Dieu. À ce sujet, je désire citer ici quelques passages de la Bulle d’indiction de l’Année jubilaire qui témoignent explicitement d’une telle exigence :
" L’Année de la Rédemption — ai-je écrit — ... doit laisser une empreinte spéciale sur toute la vie de l’Église, afin que les chrétiens sachent redécouvrir dans leur vie concrète toutes les richesses inhérentes au salut qui leur a été communiqué depuis leur baptême [11]. " En effet, " dans la redécouverte et dans la pratique vécue de l’économie sacramentelle de l’Église, à travers laquelle la grâce de Dieu en Jésus-Christ parvient à chacun et à toute la communauté chrétienne, il s’agit de voir le sens profond et la beauté cachée de cette Année que le Seigneur nous accorde de célébrer [12]. "
L’Année jubilaire, en somme, veut être " un appel au repentir et à la conversion ", en vue d’" un renouveau spirituel chez les fidèles, les familles, les paroisses, les diocèses, les communautés religieuses et les autres centres de vie chrétienne et d’apostolat " [13]. Si cet appel est généreusement accueilli, il en résultera une sorte de mouvement venant " d’en bas " qui, à partir des paroisses et des diverses communautés — comme je l’ai dit récemment à mon cher presbyterium de Rome — donnera une nouvelle vitalité aux diocèses et ainsi ne manquera pas d’avoir une influence positive sur l’Église entière. Précisément, pour favoriser cette dynamique ascendante, je me suis limité à présenter quelques orientations de caractère général et j’ai laissé " aux Conférences épiscopales et aux évêques de chaque diocèse le soin de préciser des indications et des suggestions pastorales plus concrètes, en rapport avec les mentalités et les coutumes des lieux comme aussi avec les finalités du 1950e anniversaire de la mort et de la résurrection du Christ " [14]
C’est pourquoi, chers Frères, je vous prie de tout cœur de réfléchir sur la façon dont le saint Jubilé de l’Année de la Rédemption pourrait et devrait être célébré dans toute paroisse, comme aussi dans les autres communautés du Peuple de Dieu auprès duquel vous exercez le service sacerdotal et pastoral. Je vous prie de réfléchir sur la façon dont il pourrait et devrait être célébré dans le cadre de telles communautés et, en même temps, en union avec l’ensemble de l’Église locale et avec l’Église universelle. Je vous prie d’accorder une attention particulière aux milieux que la Bulle rappelle expressément, comme celui des religieux et des religieuses cloîtrés, ou celui des malades, des prisonniers, des personnes âgées ou des autres personnes qui souffrent [15]. Nous savons en effet que se réalisent continuellement et de diverses façons les paroles de l’Apôtre : " Ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Église [16]. "
Puisse le Jubilé extraordinaire, grâce à cette sollicitude et à ce zèle pastoral, devenir vraiment, selon les paroles du Prophète, " l’année de bienfaits accordée par le Seigneur " [17] pour chacun d’entre vous, chers Frères, comme aussi pour tous ceux que le Christ, Prêtre et Pasteur, a confiés à votre service sacerdotal et pastoral !
Pour ce jour du Jeudi Saint 1983, acceptez cette parole comme une manifestation d’amour cordial  ; et priez aussi pour celui qui vous l’écrit, afin que ne lui manque jamais l’amour au sujet duquel le Christ Seigneur interrogea par trois fois Simon Pierre. Dans ces sentiments, je vous bénis tous.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 27 mars 1983, dimanche des Rameaux et de la Passion, en la cinquième année de mon pontificat.
IOANNES PAULUS II

NOTES
[01] Cf. 2 Co 3, 6.
[02] Jn 15, 15.
[03] Jn 6, 51.
[04] Jn 3, 16.
[05] Lc 4, 19  ; cf. Is 61, 2.
[06] 2 Co 5, 17.
[07] Ps 130 [129], 7.
[08] Cf. 2 Co 5, 19.
[09] Cf. Col i, 15.
[10] Jn 20, 22-23.
[11] Bulle Aperite portas Redemptori, n. 3.
[12] L. c., ibid.
[13] L. c., n. 11.
[14] L. c., ibid.
[15] L. c., ibid.
[16] Col 1, 24.
[17] Is 61, 2  ; cf. Lc 4, 19.

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