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LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1984
Frères très chers dans la grâce du sacerdoce,
Voici qu’approche le Jeudi saint, jour où chacun de nous est invité à repenser avec émotion et gratitude au don inestimable que le Christ nous a fait. Je ressens le besoin de m’adresser à vous pour vous témoigner ma sincère affection et la vive sollicitude avec laquelle, en pensée et par la prière, je suis votre labeur quotidien au service du troupeau du Seigneur.
Le 23 février dernier, j’ai eu la joie de célébrer le Jubilé de la Rédemption avec un groupe important de prêtres venus à Rome de toutes les parties du monde. Ce fut une fort belle expérience qui a suscité en mon cœur une profonde émotion dont l’écho se prolonge en moi avec la même intensité. Je voudrais faire participer en quelque sorte à cette manifestation de communion tous les « intendants des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1), et c’est pourquoi j’ai pensé vous envoyer le texte de l’homélie que j’ai prononcée en cette circonstance.
Puissent les paroles que j’ai dites alors apporter à chacun de vous un encouragement spirituel qui ravive en vos cœurs la volonté de persévérer généreusement dans votre vocation de ministres de l’amour miséricordieux de Dieu ! Et puisse aussi vous soutenir ma bénédiction, que je vous donne avec une affection particulière dans le Christ Jésus !
Du Vatican, le 7 mars 1984.
IOANNES PAULUS PP. II
1. « L'esprit du Seigneur Dieu est sur moi, car le Seigneur m'a oint. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs l'amnistie, et aux prisonniers la liberté  ; annoncer une année de grâce de la part du Seigneur » (Is 61, 1-2).
Très chers Frères dans la grâce du sacrement de la prêtrise !
Voici un an, je me suis adressé à vous dans ma lettre pour le Jeudi saint 1983, vous demandant d'annoncer, avec moi et tous les évêques de l'Église, l'Année de la Rédemption : le Jubilé extraordinaire, l'Année de grâce du Seigneur.
Aujourd'hui je désire vous remercier de tout ce que vous avez fait pour que cette Année, qui nous rappelle le 1950e anniversaire de la Rédemption, devienne vraiment « l'année de grâce du Seigneur », l'Année sainte. En même temps, à l'occasion de cette rencontre avec vous dans cette concélébration, point culminant de votre pèlerinage à Rome à occasion du Jubilé, je veux renouveler et approfondir avec vous l'intelligence du mystère de la Rédemption, qui est la source vivante et vivifiante du sacerdoce sacramentel, auquel chacun de nous participe.
En vous ici rassemblés, venus non seulement d'Italie mais aussi d'autres pays et continents, je vois tous les prêtres : le presbyterium tout entier de l'Église universelle. J'adresse à tous l'encouragement et l'exhortation de la Lettre aux Éphésiens : « Frères, je vous exhorte... à mener une vie digne de l'appel que vous avez reçu » (Ép 4,1).
Il est indispensable que nous aussi – appelés à servir les autres dans le renouvellement spirituel de l'Année. de la Rédemption – nous nous renouvelions, par la grâce de cette Année, dans notre bienheureuse vocation.
2.  »Sans fin je chanterai les grâces du Seigneur. » Ce verset du Psaume responsorial (88/89, 2) de la liturgie de ce jour nous rappelle que nous sommes de manière très spéciale « des serviteurs du Christ et des intentions des mystères de Dieu » (1 Co 4, 1), que nous sommes les hommes de l'économie divine du salut, que nous sommes un « instrument » conscient de la grâce, c'est-à-dire de l'Esprit-Saint dans la puissance de la Croix et de la Résurrection du Christ.
Qu'est-ce que cette économie divine, qu'est-ce que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, grâce qu'il a voulu lier sacramentellement à notre vie sacerdotale et à notre service sacerdotal, même s'il est rendu par des hommes si pauvres, si indignes? La grâce – comme le proclame le psaume de la liturgie du jour – est un témoignage de la fidélité de Dieu lui-même à cet amour éternel dont il a aimé sa création, en particulier l'homme, dans son Fils éternel.
Le psaume dit : « Car j'ai dit : ma grâce demeure à jamais  ; aux cieux tu as fondé ta fidélité. » (88/89, 3.)
Cette fidélité de son amour – de l'amour miséricordieux – est aussi la fidélité à l'Alliance que Dieu a conclue dès le début avec l'homme, et qu'il a renouvelée bien des fois, bien que l'homme lui ait été souvent infidèle.
La grâce est donc un pur don de l'amour, qui ne trouve que dans l'amour lui-même, et pas ailleurs, sa raison d être et sa motivation.
Le psaume exalte l'Alliance que Dieu a conclue avec David, et en même temps, grâce à son contenu messianique, il révèle comment cette Alliance historique n'est qu'une étape et une première annonce de l'Alliance parfaite en Jésus-Christ : « Il m'appellera : toi, mon père, mon Dieu et le rocher de mon salut. » (Ps 88/89, 25.)
La grâce, comme don, est le fondement de l'élévation de l'homme à la dignité de fils adoptif de Dieu dans le Christ, fils unique.
« Ma fidélité et mon amour seront avec lui, et par mon nom s'exaltera sa puissance. » (Ps 88/89, 25). C'est justement cette puissance qui fait devenir fils de Dieu (ces fils dont parle le prologue de l'Évangile de Jean), toute la puissance salvifique qui est conférée à l'humanité dans le Christ, dans la Rédemption, dans la Croix et la Résurrection. Et nous, – serviteurs du Christ –, nous en sommes les administrateurs.
Prêtre : Homme de l'économie du salut.
Prêtre : Homme façonné par la grâce.
Prêtre : Administrateur de la grâce !
3.  »Sans fin, je chanterai les grâces du Seigneur. »
C'est précisément là notre vocation. C'est en cela que consiste la spécificité, l'originalité de la vocation sacerdotale. Elle est enracinée de manière spéciale  ; dans la mission du Christ lui-même, du Christ-Messie.
« L'esprit du Seigneur est sur moi, car le Seigneur m'a consacré par l'onction  ; il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les plaies des cœurs meurtris, annoncer aux captifs la liberté, et aux prisonniers la délivrance... pour consoler tous les affligés. » (Is 61, 1-2.)
C'est précisément au plus intime de cette mission messianique du Christ-Prêtre que sont enracinées aussi votre vocation et votre mission : vocation et mission des prêtres de l'Alliance nouvelle et éternelle. C'est la vocation et la mission de ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle
– De ceux qui doivent panser les plaies des cœurs humains  ;
– De ceux qui doivent proclamer la libération au milieu des multiples afflictions, au milieu du mal qui, de tant de manières, « tient » l'homme prisonnier  ;
– De ceux qui doivent consoler.
C'est notre vocation et notre mission de serviteurs. Chers Frères, c'est la vocation et la mission qui contiennent en elles un service éminent et fondamental à l'égard de chaque homme ! Personne ne peut accomplir un tel service à notre place. Personne ne peut nous remplacer. Par le sacrement de l'Alliance nouvelle et éternelle, nous devons atteindre les racines mêmes de l'existence humaine sur terre.
Nous devons, jour après jour, introduire en elle la dimension de la Rédemption et de l'Eucharistie.
Nous devons faire prendre conscience plus fortement de la filiation divine parla grâce. Et quelle perspective plus élevée, quel destin plus excellent que celui-ci pourrait-il y avoir pour l'homme?
Nous devons enfin administrer la réalité sacramentelle de la réconciliation avec Dieu et de la sainte communion, dans laquelle on rejoint l'aspiration 1a plus profonde de l'« insatiable » cœur humain.
Vraiment, notre onction sacerdotale est profondément insérée dans l'onction messianique même du Christ.
Notre sacerdoce est ministériel. Oui, nous devons servir ! Et « servir » signifie conduire l'homme aux fondements mêmes de son humanité, dans la moelle la plus profonde de sa dignité.
C'est précisément là que doit résonner – grâce à notre service – ce « chant de louange au lieu de désespoir », pour employer une fois encore les mots du texte d'Isaïe (61, 3).
4. Chers Frères, bien-aimés ! Nous redécouvrons, jour agrès jour, année après année, le contenu et la substance vraiment ineffables de notre sacerdoce dans les profondeurs du mystère de la Rédemption. Et je souhaite qu’à cela serve spécialement l'Année de ce jubilé extraordinaire !
– Ouvrons toujours plus largement les yeux – le regard de l'âme – pour mieux découvrir ce que signifie célébrer l'Eucharistie, le sacrifice du Christ lui-même, confié à nos lèvres et à nos mains de prêtres dans la communauté de l'Église.
– Ouvrons toujours plus largement les yeux – le regard de l'âme – pour mieux comprendre ce que signifie remettre les péchés et réconcilier les consciences humaines avec le Dieu infiniment saint, avec le Dieu de la vérité et de l'amour.
– Ouvrons toujours plus largement les yeux – le regard de l'âme – pour mieux comprendre ce que veux dire agir  »in persona Christi », au nom du Christ : agir avec sa puissance, c'est-à-dire avec la puissance qui, en définitive, s'enracine dans le sol salutaire de la Rédemption.
– Ouvrons aussi toujours plus largement les yeux – le regard de l'âme – pour mieux comprendre ce qu'est le mystère de l'Église. Nous sommes des hommes de l'Église !
« Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu  ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême  ; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous. » (Ep 4, 46.)
Aussi, cherchez « à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix » (Ep 4,3). Oui. Cela précisément dépend particulièrement de vous : « Conservez l'unité de l'Esprit ! »
À une époque de grandes tensions, qui secouent le corps terrestre de l'humanité, le service le plus important de l'Église naît de « l'unité de l'Esprit », afin que non seulement elle ne subisse pas elle-même une division de l'extérieur, mais qu'elle réconcilie et unisse aussi les hommes au milieu des contrariétés qui s'accumulent autour d'eux et en eux-mêmes dans le monde d'aujourd'hui.
Mes Frères ! À chacun de vous « a été donnée la grâce selon que le Christ a mesuré ses dons... en vue de la construction du Corps du Christ » (Ep 4, 7-12). Soyons fidèles à cette grâce ! Soyons héroïquement fidèles à cette grâce ! Mes Frères ! Le don de Dieu a été grand pour nous, pour chacun de nous ! Au point que chaque prêtre peut découvrir en lui-même les signes d'une prédilection divine.
Que chacun garde intégralement le don qu'il a reçu dans toute la richesse de ses expressions : y compris le don magnifique du célibat volontairement consacré au Seigneur – et reçu de lui – pour notre sanctification et pour la construction de l'Église.
5. Jésus-Christ est au milieu de nous, et nous dit : « Je suis le bon pasteur » (Jn 10, 11-14).
C'est précisément lui qui nous a « constitués » pasteurs nous aussi. Et c'est lui qui parcourt toutes les villes et tous les villages (cf. Mt 9, 35), partout où nous sommes envoyés pour remplir notre service sacerdotal et pastoral.
C'est lui, Jésus-Christ, qui enseigne... prêche l'évangile du royaume et soigne toute maladie et infirmité de l'homme (cf. ibid.), partout où nous sommes envoyés pour le service de l'Évangile et l'administration des sacrements.
C'est précisément lui, Jésus-Christ, qui éprouve sans cesse de la compassion pour les foules et pour tout homme fatigué et épuisé, comme « des brebis sans pasteur » (cf. Mt 9, 36). Chers Frères ! Dans cette assemblée liturgique, demandons au Christ une seule chose : que chacun de nous sache mieux servir, plus clairement et plus efficacement, sa présence de pasteur au milieu des hommes dans le monde d'aujourd'hui !
C'est en même temps une chose tellement importante pour nous, pour que nous ne soyons pas en proie à la tentation de « l'inutilité », c'est-à-dire la tentation de nous sentir superflus. Parce que ce n'est pas vrai. Nous sommes plus que jamais nécessaires, parce que le Christ est plus que jamais nécessaire ! Le Bon Pasteur est plus que jamais nécessaire !
Nous avons en main – précisément dans nos « mains vides » – la puissance des moyens d'action que nous a confiés le Seigneur.
Pensez à la Parole de Dieu, plus tranchante qu'une épée à deux tranchants (cf. He 4, 12)  ; pensez à la prière liturgique, surtout à celle des heures, dans laquelle le Christ lui-même prie avec nous et pour nous  ; et pensez aux sacrements, en particulier à celui de la pénitence, véritable planche de salut pour tant de consciences, lieu d'abordage vers lequel tendent tant d'hommes de notre temps. Il faut que les prêtres donnent à nouveau une grande importance à ce sacrement, pour leur propre vie spirituelle et pour celle des fidèles.
C'est une chose certaine, Frères très chers : par le bon usage de ces « moyens pauvres » (mais divinement puissants), vous verrez fleurir sur votre route les merveilles de l'infinie Miséricorde.
Y compris le don de nouvelles vocations !
Conscients de cela, dans cette prière commune, écoutons à nouveau les paroles que le Maître adressait aux disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ! Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson ! » (Mt 9, 37-38).
Comme elles sont actuelles, ces paroles, même à notre époque !
Prions donc ! Et que prie avec nous toute l'Église !
Et puisse, en cette prière, se manifester notre conscience, renouvelée par le Jubilé, du mystère de la Rédemption !
Au terme de cette rencontre, si chère à mon cœur, je voudrais renouveler à tous mon cordial salut dans le Seigneur et mon sincère remerciement.
En espagnol
Je salue très cordialement les prêtres de langue espagnole présents à cette célébration : ceux qui proviennent des différents pays d’Amérique latine ou d’Amérique centrale et du Mexique, avec une particulière mention pour la représentation des prêtres d’Espagne, la plus nombreuse de celles qui sont ici présentes, l’Italie mise à part. Chers prêtres : que la rencontre avec le Christ, en cette Année jubilaire de la Rédemption renouvelle pleinement en vous la grâce singulière que vous avez reçue par l’imposition des mains. Et qu’elle vous aide à vivre, toujours plus fidèlement, la communion ecclésiale autour du Pape et de vos évêques.
En français
Je salue les prêtres de France, de Belgique, de Suisse, du Canada, de Djibouti, du Burundi et des autres pays de langue française, et tous leurs confrères qu’ils représentent. Chers amis, que le Seigneur continue par votre ministère son œuvre de Rédemption ! Qu’il vous donne chaque jour sa force, sa paix, sa joie ! Qu’il suscite autour de vous beaucoup d’autres prêtres ! Pour l’accueil de ce don de Dieu dans les nouvelles générations, vous avez aussi une responsabilité ! Au nom du Christ qui vous bénit, au nom de son Église dont il m’a institué Pasteur universel, je vous envoie pour être des témoins de son amour et de sa sainteté.
En anglais
C’est pour moi une joie de noter la présence aujourd’hui de groupes de prêtres d’Australie, du Canada, du Danemark, d’Angleterre, de l’Inde, de l’Irlande, du Japon, du Kenya, de Corée, de Malaisie, du Nigeria, des Philippines, de Suède, de Taiwan, de Thaïlande et des États-Unis. Nous sommes ici pour célébrer l’unité de notre sacerdoce et demander la plénitude des fruits de la rédemption pour nous-mêmes et nos fidèles. En tournant leurs yeux vers Jésus, le Grand Prêtre de notre salut, nous invoquons la miséricorde de Dieu sur le monde. Nous renouvelons notre confiance en Celui qui nous a envoyés et engageons de nouveau notre vie au service de la sainte Église du Christ.
En allemand
Chers frères ! Avant de nous quitter au terme de cette célébration eucharistique, je voudrais encore une fois vous assurer que je me sens tout proche de vous. Vous retournez à vos communautés et à vos tâches pour annoncer, avec un nouvel amour et une nouvelle ardeur, l’activité salvifique de Dieu et dispenser ses dons de grâce. Dans ce but, que mes vœux et ma prière vos accompagnent, vous-mêmes et tous vos frères dans le sacerdoce d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse.
En néerlandais
Je bénis aussi au fond du cœur tous les prêtres de langue néerlandaise. Je prie pour que, à la suite de cette célébration du Jubilé de la Rédemption, vous retourniez chez vous pleins d’une grâce débordante pour accomplir avec courage votre ministère sacerdotal dans votre patrie.
En portugais
Chers prêtres de langue portugaise  ; en vous saluant avec affection — vous mêmes et tous ceux que vous représentez — comme serviteurs du Peuple de Dieu dans une vaste zone de l’Église, je voudrais vous répéter ce que j’ai dit dans votre langue aux prêtres du Brésil et du Portugal, quand je vous ai rendu visite, et adaptez-le à ceux des autres pays : Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique, Sao Tomé e Principe. Mais je ne puis que vous dire en vous bénissant de tout cœur : Soyez des hommes de Dieu, bons, pleins de cœur et de magnanimité, au service des hommes, conscients de continuer dans le temps du Christ, Dieu et Homme, notre Rédempteur !
En slovène
C’est avec une grande joie que je salue au milieu de vous un groupe important de prêtres slovènes qui accompagnent le pèlerinage national slovène à Rome. Par eux, que nos vœux parviennent jusqu’à tous leurs frères prêtres qui n’ont pu participer eux-mêmes à ce pèlerinage.
En croate
Du fond du cœur, je salue aussi les prêtres slovaques qui sont ici présents pour le Jubilé.
En polonais
J’adresse une parole de sincère remerciement aux prêtres qui sont venus de Pologne pour la célébration jubilaire de l’Année de la Rédemption près du tombeau de saint Pierre.
Que le jubilé extraordinaire que vous vivez dans vos communautés locales avec vos fidèles et que cette célébration romaine approfondissent en vous et en tous vos collaborateurs dans notre patrie le témoignage que le Christ a déposé en vos cœurs.
Marchez devant vos fidèles et conduisez-les sur le chemin de la Rédemption. Soyez fidèles à votre propre vocation et soyez aussi fidèles à tout l’héritage séculaire accumulé par l’Église et la nation au pied de la croix. Défendez cet héritage et développez-le dans les heures difficiles que nous traversons.
À vos paroisses et à vos communautés j’accorde ma bénédiction.
En italien
Saluant enfin tous les prêtres italiens, je veux transmettre mes vœux cordiaux à tous les prêtres qui sont en Italie, et je veux vous confier, vous, très chers amis, et tous les prêtres ici présents, comme tous les prêtres du monde entier, à la Mère des prêtres, Mère du Christ unique et souverain prêtre, et de nous tous qui, sacramentellement, indignement, participons à son sacerdoce.
Loué soit Jésus-Christ.



LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÊTRES
POUR LE JEUDI SAINT 1985
Chers frères prêtres
Dans la Liturgie du Jeudi Saint, nous nous unissons d’une manière particulière au Christ, source éternelle et permanente de notre sacerdoce dans l’Église. Lui seul est le prêtre de son propre sacrifice et aussi la victime sublime (hostia) qu’il offre comme prêtre dans le sacrifice du Golgotha. Lors de la dernière Cène, il a laissé à l’Église ce sacrifice — le sacrifice de l’Alliance nouvelle et éternelle — l’Eucharistie : le sacrement de son Corps et de son Sang sous les espèces du pain et du vin " selon l’ordre de Melchisédech " [01].
Lorsqu’il dit aux Apôtres : " Faites cela en mémoire de moi ! " [02], il établit les ministres de ce sacrement au sein de l’Église, où, en tout temps, le sacrifice qu’il a offert pour la rédemption du monde doit continuer, être renouvelé et être actualisé, et il ordonne à ces mêmes ministres d’agir — en vertu de leur sacerdoce sacramentel — à sa place " In persona Christi ! ".
À tout cela, chers Frères, nous participons dans l’Église à travers la succession apostolique. Chaque année, le Jeudi Saint est le jour de la naissance de l’Eucharistie, et il est aussi l’anniversaire de notre sacerdoce qui est avant tout ministériel tout en étant hiérarchique. Il est ministériel car, en vertu de l’ordre sacré, nous accomplissons dans l’Église le service qu’il est donné seulement aux prêtres d’accomplir, à commencer par le service de l’Eucharistie. Il est aussi hiérarchique car il nous permet, en les servant, de guider en pasteurs les diverses communautés du Peuple de Dieu, en communion avec les évêques, qui ont hérité des Apôtres le pouvoir et le charisme pastoral dans l’Église.
Au jour solennel du Jeudi Saint, le presbyterium, la communauté des prêtres de chaque Église, à commencer par celle qui est à Rome, exprime de façon particulière son union dans le sacerdoce du Christ. C’est en ce même jour qu’en union collégiale avec mes frères dans l’épiscopat, je m’adresse — et ce n’est pas la première fois — à vous qui êtes mes frères et nos frères dans le sacerdoce ministériel du Christ, partout sur la terre, dans toute nation et tout peuple, toute langue et toute culture. Comme je l’ai déjà écrit, en adaptant les paroles bien connues de saint Augustin, " pour vous, je suis évêque " et, en même temps, " avec vous, je suis prêtre " [03]. Au jour solennel du Jeudi Saint, en toute humilité et en éprouvant une profonde gratitude avec vous tous, chers frères — comme chaque évêque le fait dans son Église —, je renouvelle notre conscience de la réalité du Don qui, par l’ordination sacerdotale, est devenu notre part, la part de chacun et de tous dans le presbyterium de l’Église universelle [04].
Le sentiment d’humble gratitude doit mieux nous préparer, d’année en année, à faire fructifier le talent que le Seigneur nous a accordé au moment de quitter ce monde, afin que nous puissions nous présenter devant lui le jour de sa seconde venue, nous à qui il a dit : " Je ne vous appelle plus serviteurs..., mais je vous appelle amis... Ce n’est pas vous qui m’avez choisi  ; mais c’est moi qui vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure [05]. "
La préoccupation de la jeunesse
En me référant à ces paroles de notre Maître qui contiennent les souhaits les plus merveilleux pour le jour anniversaire de notre sacerdoce, je voudrais aborder, dans cette lettre pour le Jeudi Saint, l’une des questions que nous rencontrons nécessairement sur le chemin de notre vocation sacerdotale, et aussi de la mission apostolique.
Je parle plus longuement de cette question dans la " Lettre aux jeunes " que je vous envoie en même temps que ce message annuel pour le Jeudi Saint. Sur l’initiative de l’Organisation des Nations Unies, la présente année 1985 est en effet célébrée dans le monde entier comme Année internationale de la Jeunesse. Il m’a semblé que l’Église ne pouvait rester étrangère à cette initiative, de même qu’elle n’est pas restée étrangère à d’autres nobles initiatives de caractère international comme l’Année des personnes âgées ou celle des personnes handicapées, ou d’autres semblables. L’Église ne peut ni ne doit rester étrangère à ces initiatives, surtout parce qu’elles se trouvent au centre de sa mission, de son service, qui l’amène à se construire et à se développer en tant que communauté de croyants, tomme le souligne bien la Constitution dogmatique Lumen Gentium du Concile Vatican II. Chacune de ces initiatives confirme aussi, à sa manière, la réalité de la présence de l’Église dans le monde de ce temps, comme l’a exprimé magistralement le dernier Concile dans la Constitution pastorale Gaudium et Spes.
Je voudrais donc exposer aussi dans la lettre pour le Jeudi Saint de cette année quelques pensées sur le thème de la jeunesse dans le travail pastoral des prêtres en général et dans l’apostolat propre à notre vocation.
Imiter le Christ dans son dialogue avec les jeunes
Jésus-Christ est également dans ce domaine le modèle le plus parfait. Son dialogue avec le jeune homme, que nous trouvons dans le texte des trois Évangiles synoptiques [06], constitue une source inépuisable de réflexion sur ce thème. C’est surtout à cette source que je me réfère dans la " Lettre aux jeunes " de cette année. Mais il convient d’y recourir aussi et tout spécialement quand nous pensons à notre engagement sacerdotal et pastoral vis-à-vis des jeunes. Ici, Jésus-Christ doit également rester pour nous la source première et fondamentale d’inspiration.
Le texte de l’Évangile dit que le jeune homme a eu facilement accès auprès de Jésus. Pour lui, le Maître de Nazareth était quelqu’un à qui il pouvait s’adresser avec confiance : à lui, il pouvait dire franchement les questions essentielles qu’il se posait  ; de lui, il pouvait attendre une réponse vraie. Tout cela constitue pour nous aussi une indication d’une importance capitale. Chacun de nous doit se rendre aussi accessible que le Christ : il faut que les jeunes n’éprouvent aucune difficulté à aborder le prêtre et qu’ils trouvent en lui la même ouverture, la même bienveillance, la même disponibilité devant les problèmes qui l’assaillent. Même s’ils ont un tempérament quelque peu réservé, s’ils sont renfermés sur eux-mêmes, il faut que le comportement du prêtre les aide à surmonter les réticences qui en découlent. Il y a d’ailleurs plusieurs manières d’établir et d’approfondir le contact qui, d’une façon générale, peut être appelé le " dialogue du salut ". Les prêtres engagés dans la pastorale des jeunes pourraient eux-mêmes dire bien des choses sur ce thème  ; je veux donc simplement en appeler à leur expérience. Naturellement, l’expérience des saints revêt une importance particulière, et nous savons que les " saints pasteurs de la jeunesse " ne manquent pas parmi les générations de prêtres.
Être accessible aux jeunes ne signifie pas seulement pour le prêtre avoir facilement le contact avec eux, à l’église ou hors d’elle, là où les jeunes peuvent se sentir attirés selon les saines aspirations de leur âge (je pense par exemple au tourisme, au sport et, d’une façon générale, aux divers domaines de la culture). Se rendre accessible, en suivant l’exemple du Christ, c’est quelque chose de plus. Par sa préparation pastorale et aussi par la compétence qu’il a acquise en matière de pédagogie, le prêtre doit inspirer confiance aux jeunes, apparaître comme le confident de leurs problèmes de caractère fondamental, des interrogations concernant leur vie spirituelle, des questions de conscience. Le jeune homme qui aborde Jésus de Nazareth lui demande d’emblée :
" Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle? " [07]. La même question peut être posée de façon différente, pas toujours aussi explicite  ; bien souvent, elle est posée de manière indirecte, apparemment détachée. Mais la question que nous rapporte l’Évangile détermine en un sens le vaste champ de notre dialogue pastoral avec la jeunesse. De très nombreux problèmes entrent dans ce champ, et aussi beaucoup de questions possibles et bien des réponses possibles, car la vie humaine, spécialement pendant la jeunesse, est riche d’interrogations fort diverses, et de son côté l’Évangile est riche aussi de réponses possibles.
Savoir écouter et savoir répondre
Le prêtre qui est en contact avec les jeunes doit savoir écouter et savoir répondre. Il faut que cette écoute et cette réponse soient le fruit de sa maturité intérieure, que cela découle d’une cohérence évidente entre ce qui est vécu et ce qui est enseigné  ; il faut, plus encore, que ce soit le fruit de la prière, de l’union avec le Christ Seigneur, de la disponibilité à l’action de l’Esprit Saint. Dans ce domaine, une formation adéquate est évidemment importante, mais ce qui est surtout important, c’est le sens des responsabilités vis-à-vis de la vérité et aussi vis-à-vis de l’interlocuteur. Le dialogue rapporté par les Synoptiques montre avant tout que le Maître auquel le jeune homme s’adresse possède à ses yeux une particulière crédibilité et une particulière autorité l’autorité morale. Le jeune homme attend de lui la vérité, et il voit dans sa réponse l’expression d’une vérité qui oblige. Cette vérité peut être exigeante. Nous ne devons pas craindre d’exiger beaucoup des jeunes. Peut-être l’un ou l’autre s’en ira-t-il, " contristé ", lorsqu’il lui semblera qu’il ne peut répondre à telle ou telle exigence mais cette tristesse peut aussi être " salvatrice ". Les jeunes doivent parfois se frayer leur chemin à travers ces tristesses salvatrices pour arriver peu à peu à la vérité, et à la joie qu’elle procure.
Les jeunes n’ignorent pas, du reste, que le véritable bien ne peut être " au rabais ", mais qu’il doit " coûter " Ils possèdent un certain instinct, qui est sain, quand il s’agit des valeurs. Si le terrain de leur âme n’a pas encore cédé à la corruption, ils réagissent directement selon ce sain jugement. Si, au contraire, la perversion a déjà pénétré en eux, il faut à nouveau défricher ce terrain, et l’on ne peut le faire qu’en donnant des réponses vraies et en proposant des valeurs authentiques.
Dans la façon d’agir du Christ, il y a une chose très instructive. Quand le jeune homme s’adresse à lui (" Bon Maître "), Jésus, en un sens, " se fait oublier ", car il répond : " Dieu seul est bon " [08] Et en effet, dans tous nos contacts avec les jeunes cela semble particulièrement important Nous devons plus que jamais être engagés personnellement, nous devons agir avec le plus grand naturel en interlocuteurs, en amis, en guides, mais en même temps, pas un instant nous ne pouvons faire écran a Dieu en nous mettant nous-mêmes en avant : nous ne pouvons faire écran à celui " qui seul est bon ", à celui qui est invisible et même temps on ne peut plus présent : " Interior intimo meo ", comme le dit saint Augustin [09]. En agissant le plus naturellement possible, " à la première personne ", nous ne saurions oublier qu’en réalité la " première personne ", dans tout dialogue du salut, ne peut être que celui qui seul peut sauver et qui seul peut sanctifier. Chacun de nos contacts avec les jeunes, la pastorale sous toutes ses formes — même celle qui paraît la plus " profane " —, tout cela doit servir, dans l’humilité, à ouvrir et à élargir un espace pour Dieu, pour Jésus-Christ, car " mon Père, jusqu’à présent, est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre " [10].
Aimer les jeunes de façon désintéressée
Dans la conversation du Christ avec le jeune homme, telle que l’Évangile nous la rapporte, il y a une expression que nous devons particulièrement assimiler. L’Évangéliste dit que Jésus " fixa son regard sur lui et l’aima " [11]. Nous touchons ici le point véritablement névralgique. Si nous interrogions ceux qui, parmi les générations de prêtres, ont fait le plus pour les jeunes, garçons et filles, ceux qui ont fait porter les fruits les plus durables à leur travail auprès des jeunes, nous arriverions à la conviction que la source première et la plus profonde de leur efficacité a été ce " regard d’amour " du Christ.
Il nous faut bien préciser de quel amour il s’agit dans notre âme de prêtres. C’est tout simplement l’amour du " prochain " l’amour de l’homme dans le Christ, qui a pour objet chacun de nos frères et chacune de nos sœurs, qui les concerne tous. Cet amour n’est pas exclusif par rapport aux jeunes, comme s’il ne devait pas s’adresser aux autres, par exemple aux adultes, aux personnes âgées ou aux malades. Certes, l’amour pour les jeunes ne revêt son caractère évangélique que lorsqu’il découle de l’amour porté à chacun et à tous. En même temps, il revêt, en tant qu’amour, un caractère spécifique et, peut-on dire, de charisme. Cet amour découle du fait que l’on prend particulièrement à cœur ce qu’est la jeunesse dans la vie de l’homme. Indubitablement, les jeunes ont beaucoup de côtés attrayants, ce qui est propre à leur âge  ; mais ils ont aussi parfois bien des faiblesses et des défauts. Le jeune homme de l’Évangile avec qui parle le Christ se présente d’un côté comme un Israélite fidèle aux commandements de Dieu, mais ensuite il apparaît comme un homme trop tributaire de ses richesses et trop attaché à ses biens.
L’amour pour les jeunes — cet amour que doit nécessairement éprouver tout éducateur droit et tout bon pasteur — est pleinement conscient tant des qualités que des défauts propres à la jeunesse et aux jeunes. En même temps, cet amour — comme l’amour du Christ — rejoint la personne elle-même à travers ses qualités et ses défauts : il rejoint une personne qui se trouve dans une phase extrêmement importante de sa vie. II y a vraiment beaucoup de choses qui se conçoivent ou se décident au cours de cette phase (parfois d’une manière irréversible). De la façon dont est vécue la jeunesse dépend dans une large mesure l’avenir de l’être humain, c’est-à-dire l’avenir d’une personne humaine concrète et absolument unique. La jeunesse est donc, dans la vie de tout homme, une phase de particulière responsabilité. L’amour pour les jeunes est avant tout prise de conscience de cette responsabilité et disponibilité à la partager.
Un tel amour est vraiment désintéressé. Il inspire confiance aux jeunes. Ceux-ci en ont même un immense besoin dans la phase de leur vie qu’ils traversent. Chacun de nous, prêtres, devrait être particulièrement préparé à un tel amour gratuit. On peut dire que toute l’ascèse de la vie sacerdotale, l’effort de chaque jour pour y parvenir, l’esprit de prière, l’union avec le Christ, la consécration à sa Mère, trouvent précisément là leur confirmation quotidienne. Les jeunes sont particulièrement sensibles. Ils ont parfois l’esprit très critique. C’est pourquoi la préparation intellectuelle du prêtre est importante. Mais en même temps l’expérience confirme que plus importantes encore sont la bonté, la fidélité à sa tâche et aussi la fermeté, autrement dit les qualités du caractère et du cœur.
Chers frères, je pense que chacun de nous devrait demander avec insistance au Seigneur Jésus que notre contact avec les jeunes participe essentiellement au regard qu’il " porta " sur son jeune interlocuteur de l’Évangile, et participe aussi à l’amour dont il " l’aima ". On doit aussi prier avec insistance pour que cet amour sacerdotal, désintéressé, réponde concrètement à ce qu’attend toute la jeunesse, masculine ou féminine, les garçons et les filles. On sait, en effet, quelle diversité présente la richesse de la masculinité et de la féminité pour le développement de leur personnalité concrète et absolument unique. À l’égard de chacun et de chacune d’entre eux, il nous faut apprendre du Christ l’amour dont lui-même " aima ".
Un amour exigeant
L’amour rend capable de proposer le bien. Jésus " regarda avec amour " son jeune interlocuteur de l’Évangile et lui dit " Suis-moi [12]. " Le bien que nous pouvons proposer aux jeunes s’exprime toujours par cette invitation : suis le Christ ! Nous n’avons pas d’autre bien à proposer, personne n’a un bien plus grand à proposer. Suis le Christ, cela veut dire avant tout : cherche à te retrouver toi-même de la manière la plus profonde et la plus authentique possible. Cherche à te retrouver toi-même comme homme. En effet, le Christ est vraiment celui qui, comme l’enseigne le Concile, " manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation " [13]
Ainsi donc : suis le Christ ! Cela veut dire : cherche à retrouver cette vocation que le Christ manifeste à l’homme, cette vocation par laquelle s’accomplit l’homme avec toute la dignité qui lui appartient. Ce n’est qu’à la lumière du Christ et de son Évangile que nous pouvons comprendre pleinement ce que veut dire : l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu lui-même. Ce n’est qu’en le suivant que nous pouvons donner à cette image éternelle un contenu de vie concrète. Ce contenu est multiforme  ; nombreuses sont les vocations et les tâches de la vie parmi lesquelles les jeunes doivent déterminer leur propre route. Cependant, sur chacune de ces routes, il s’agit de mettre en œuvre une vocation fondamentale : être homme ! L’être en chrétien Être homme selon la plénitude de la stature du Christ [14].
S’il y a dans nos cœurs de prêtres l’amour des jeunes, nous saurons les aider dans la recherche de leur réponse à ce qu’est la vocation pour la vie de chacun et de chacune d’entre eux. Nous saurons les aider, en leur laissant toute leur liberté de chercher et de choisir, et en leur montrant en même temps la valeur essentielle — au sens humain et chrétien — de chacun de ces choix.
Nous saurons aussi être avec eux, avec chacune et chacun, au milieu des épreuves et des souffrances dont les jeunes rie sont assurément par exempts. Certes, elles pèsent parfois sur eux outre mesure. Ce sont des souffrances et des épreuves de nature différente, il y a les désillusions et les déceptions, il y a de véritables crises — la jeunesse est particulièrement sensible aux coups que lui inflige la vie et elle n’y est pas toujours préparée. Aujourd’hui, les menaces qui pèsent sur l’existence humaine à l’échelle de sociétés entières, et même de toute l’humanité, suscitent à juste titre de l’inquiétude chez de nombreux jeunes. Il faut les aider, à travers ces inquiétudes, à découvrir leur vocation propre. Il faut en même temps les soutenir et les affermir dans leur désir de transformer le monde, de le rendre plus humain et plus fraternel. Il ne s’agit pas là seulement de paroles  ; il s’agit de toute la réalité de la " voie " qu’indique le Christ et qui mène à un monde de cette qualité. Ce monde, dans l’Évangile, s’appelle le Règne de Dieu. Le Règne de Dieu est, en même temps, le vrai " règne de l’homme "  ; c’est le monde nouveau où se réalise l’authentique " royauté de l’homme ".
L’amour est capable de proposer le bien. Quand le Christ dit au jeune homme : " Suis-moi ", dans ce cas précis de l’Évangile, c’est un appel à " tout quitter " et à prendre la route de ses apôtres. Le dialogue du Christ avec le jeune homme est le prototype de tant de dialogues divers où s’ouvre à l’âme d’un jeune la perspective de la vocation sacerdotale ou religieuse. Chers frères prêtres et pasteurs, il nous faut savoir bien reconnaître ces vocations. " La moisson — assurément — est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ! " Ici ou là, ils sont très peu nombreux ! Demandons nous-mêmes au " Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson " [15]. Prions nous-mêmes, demandons aux autres de prier à cette intention. Et, avant tout, cherchons, dans notre propre vie, à offrir un point de repère concret pour les vocations sacerdotales et religieuses : un modèle concret. Un tel modèle concret est nécessaire aux jeunes pour qu’ils découvrent en eux-mêmes la possibilité de suivre une route semblable. Dans ce domaine, notre sacerdoce peut porter des fruits particulièrement riches. Appliquez-vous à cela, et priez pour que le Don que vous avez reçu devienne source d’une semblable largesse pour les autres : en particulier pour les jeunes
On pourrait dire et écrire encore beaucoup sur ce thème. L’éducation et la pastorale des jeunes sont l’objet de nombreuses études systématiques et de nombreuses publications. En vous écrivant à l’occasion du Jeudi Saint, chers frères prêtres, je voudrais me limiter à quelques réflexions seulement. Je voudrais, en un sens, indiquer un des thèmes qui relèvent de la richesse multiforme de notre vocation et de notre mission sacerdotale. À propos de ce même thème, la Lettre aux jeunes en dit plus  ; je la mets à votre disposition en même temps que celle-ci, afin que vous puissiez vous en servir spécialement au cours de la présente Année de la Jeunesse.
Dans l’ancienne liturgie, dont les prêtres les plus âgés se souviennent encore, la Messe commençait par la prière au bas de l’autel, et les premières paroles du psaume disaient : " Introibo ad altare Dei — ad Deum, qui laetificat inventutem meam " [16] ( J’irai vers l’autel de Dieu, jusqu’au Dieu qui réjouit ma jeunesse ").
Le Jeudi Saint, nous retournons tous à la source de notre sacerdoce au Cénacle. Nous méditons la façon dont Jésus-Christ a fait naître ce sacerdoce en son cœur au cours de la dernière Cène. Nous méditons aussi sur la façon dont il est né dans le cœur de chacun de nous.
En ce jour, chers frères, je voudrais souhaiter à tous et à chacun d’entre vous — quels que soient votre âge et la génération à laquelle vous appartenez — que " avancer jusqu’à l’autel de Dieu " (suivant les termes du psaume) soit pour vous la source de la jeunesse surnaturelle de l’esprit, qui vient de Dieu même. Il " nous réjouit avec la jeunesse " de son mystère éternel dans le Christ Jésus. Comme prêtres de ce mystère du salut, nous participons aux sources mêmes de la jeunesse de Dieu : de cette " nouveauté de vie " inépuisable qui, avec le Christ, se répand dans nos cœurs d’hommes.
Qu’elle devienne pour nous tous et, par nous, pour les autres, spécialement pour les jeunes, une source de vie et de sainteté Ces vœux, je les dépose dans le cœur de Celle à laquelle nous pensons en chantant : " Ave verum Corpus, natum de Maria Virgine. Vere passum, irnmolatum in Cruce pro homme. Esto nobis praegustatum mortis in examine. "
Avec toute l’affection de mon cœur et la Bénédiction Apostolique que je vous renouvelle pour soutenir votre ministère.
Du Vatican, le 31 mars 1985, Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, en la septième année de mon Pontificat.
IOANNES PAULUS II

NOTES
[01] Ps 110 (109), 4  ; cf. He 7, 17.
[02] Lc 22, 19  ; cf. 1 Co 11, 24-25.
[03] " Vobis enim sum episcopus, vobiscum sum christianus " Serm. 340, 1 PL 38, 1483.
[04] Cf. Ps 16 (15), 5 : " Dominus pars hereditatis meae et calicis mei...
[05] Jn 15, 15-16.
[06] Cf. Mt 19, 16-22  ; Mc 10, 17-22  ; Lc 18, 18-23.
[07] Mc 10, 17.
[08] Cf. Mt 19, 17  ; Mc 10, 18  ; Lc 18, 19.
[09] S. Augustin, Confessions, III, VI, 11 : CSEL 33, p. 53.
[10] Jn 5, 17.
[11] Mc 10, 21.
[12] Mt 19, 2i  ; Mc 10, 21  ; Lc 18, 22.
[13] Constitution past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et Spes, n. 22.
[14] Cf. Ep 4, 7.
[15] Mt 9, 37-38.
[16] Ps 43 (42), 4 (version de la Vulgate).

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