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Catéchèse du 3 avril 1985
La pédagogie de la Révélation divine
1. La foi — ce qui est contenu dans l’expression « credo » — demeure dans un rapport essentiel avec la Révélation. La réponse au fait que Dieu « se révèle lui-même » à l’homme et, en même temps, dévoile devant lui le mystère de son éternelle volonté de sauver l’homme par la « participation à la nature divine », c’est « l’abandon à Dieu » de la part de l’homme, par lequel s’exprime « l’obéissance de la foi ». La foi est l’obéissance de la raison et de la volonté à Dieu qui révèle. Cette « obéissance » consiste avant tout dans l’acceptation « comme vérité » de ce que Dieu révèle : l’homme demeure en harmonie avec sa nature rationnelle dans cette acceptation du contenu de la Révélation. Mais, par la foi, l’homme s’abandonne tout entier à ce Dieu qui se révèle à lui, et alors, pendant qu’il reçoit le don « d’En-Haut », il répond à Dieu par le don de son humanité. Ainsi, avec l’obéissance de la raison et de la volonté à Dieu qui révèle, commence une manière nouvelle d’exister de la personne humaine tout entière en rapport avec Dieu.
La Révélation — et par conséquent aussi la foi — « dépasse » l’homme, parce qu’elle ouvre devant lui les perspectives surnaturelles. Mais, dans ces perspectives, il y a l’accomplissement le plus profond des aspirations et des désirs qui sont enracinés dans la nature spirituelle de l’homme : la vérité, le bien, l’amour, la joie, la paix. Saint Augustin a exprimé cette réalité dans la phrase célèbre : « Notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi. » (Saint Augustin Confessions, 1, 1.) Saint Thomas consacre les premières questions de la seconde partie de sa Somme théologique à démontrer, développant pratiquement la pensée de saint Augustin, que c’est seulement dans la vision et dans l’amour de Dieu que se trouve la plénitude de la réalisation de la perfection humaine, et donc la fin de l’homme. Aussi la Révélation divine rencontre, dans la foi, la capacité transcendante d’ouverture de l’esprit humain à la Parole de Dieu.
2. La Constitution conciliaire Dei Verbum note que cette économie de la Révélation « se développe depuis le début de l’histoire de l’humanité ». Elle « advient par des événements et des paroles intimement unis entre eux, de sorte que les œuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du salut manifestent et renforcent les réalités signifiées par les paroles, et les paroles publient les œuvres et éclairent le mystère qu’elles contiennent » (DV, 2). On peut dire que cette économie de la Révélation contient en soi une particulière « pédagogie divine ». Dieu « se communique » graduellement à l’homme en l’introduisant successivement dans son « auto-révélation » surnaturelle, jusqu’a ce sommet qui est Jésus-Christ. En même temps, l’économie de la Révélation tout entière se réalise comme l’histoire du salut, dont le processus imprègne l’histoire de l’humanité depuis l’origine. « Dieu qui crée et conserve toutes choses par le Verbe (cf. Jn 1, 3), offre aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant de lui-même (cf. Rm 1, 19-20). Voulant, de plus, ouvrir la voie du salut céleste, dès l’origine il se manifesta lui-même à nos premiers parents. » (DV, 3.)
Ainsi donc, de même que depuis l’origine « le témoignage des choses créées » parle à l’homme en attirant son esprit vers le Créateur invisible, de même depuis l’origine l’auto-Révélation de Dieu persiste dans l’histoire de l’homme, qui exige une juste réponse par le « credo » de l’homme. Cette Révélation n’a pas été interrompue par le péché des premiers hommes. De fait, Dieu, « après leur chute, par la promesse de la rédemption, les releva dans l’espérance du salut (cf. Jn 3, 15) et prit un soin constant du genre humain, pour donner la vie éternelle à tous ceux qui cherchent le salut avec persévérance dans la pratique du bien (cf. Rm 2, 6-7). À son heure, il appela Abraham pour faire de lui un grand peuple (cf. Gn 12, 2-3) ; après les patriarches, il forma ce peuple par l’intermédiaire de Moïse et des prophètes, afin qu’il le reconnaisse comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il demeure en attente du Sauveur promis, préparant ainsi tout au long des siècles la voie de l’Évangile » (DV, 3).
La foi, en tant que réponse de l’homme à la Parole de la Révélation divine, est entrée dans sa phase définitive avec la venue du Christ, lorsque, « en ces derniers temps », Dieu « nous a parlé par son Fils » (He 1, 1-2).
3. « Jésus-Christ donc, le Verbe fait chair, envoyé comme « homme parmi les hommes », « prononce les paroles de Dieu » (Jn 3, 34) et porte à son achèvement l’œuvre de salut qui lui a été confiée par le Père (cf. Jn 5, 36 ; 17, 4). C’est donc lui — le voir, c’est voir le Père (cf. Jn 14, 9) — qui, par le fait même de sa présence et par la manifestation de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et spécialement par sa Mort et sa Résurrection d’entre les morts, et enfin par l’envoi de l’Esprit de vérité accomplit et complète la Révélation en attestant divinement que Dieu lui-même est avec nous pour nous libérer des ténèbres du péché et de la mort et nous ressusciter pour la vie éternelle. » (DV, 4.) Croire, dans le sens chrétien, veut dire accueillir l’auto-revélation définitive de Dieu en Jésus-Christ, y répondant par un « abandon à Dieu » dont le Christ lui-même est le fondement, le vivant exemple et le médiateur salvifique.
Cette foi inclut donc l’acceptation de « l’économie chrétienne » du salut tout entière, comme une alliance nouvelle et définitive, « qui ne passera jamais ». Comme le dit le Concile : « Aucune nouvelle Révélation publique n’est donc à attendre avant la manifestation glorieuse du Seigneur Jésus-Christ. » (DV, 4.)
Ainsi le Concile, qui dans la Constitution Dei Verbum nous présente de manière concise, mais complète, toute la «pédagogie » de la Révélation divine, nous enseigne en même temps ce qu’est la foi, ce que signifie « croire », et en particulier « croire chrétiennement », répondant à la demande de Jésus lui-même : « Ayez foi en Dieu et ayez foi aussi en moi. » (Jn 14, 1.)
 
Catéchèse du 10 avril 1985
Connaissance de Dieu et grâce de la foi
1. À plusieurs reprises, nous avons dit au cours de ces considérations que la foi est une réponse particulière de l’homme à la Parole de Dieu qui se révèle lui-même jusqu’à la révélation définitive en Jésus-Christ. Cette réponse a sans doute un caractère cognoscitif, car elle donne à l’homme la possibilité d’accueillir cette connaissance (auto-connaissance) que Dieu « partage » avec lui.
L’acceptation de cette connaissance de Dieu, qui, dans la vie actuelle est toujours partielle, provisoire et imparfaite, donne cependant à l’homme la possibilité de participer dès maintenant à la vérité définitive et totale qui, un jour, lui sera pleinement révélée dans la vision immédiate de Dieu. « En s’abandonnant tout entier à Dieu » en réponse à la révélation de lui-même, l’homme participe à cette vérité. Par une telle participation, une nouvelle vie surnaturelle commence, que Jésus appelle « vie éternelle » (Jn 17, 3), que, avec la Lettre aux Hébreux, on peut définir « vie par la foi » : « Mon juste vivra par la foi » (He 10, 38).
2. Si donc nous voulons approfondir la compréhension de ce qu’est la foi, de ce que veut dire « croire », la première chose qui nous apparaît, c’est l’originalité de la foi à l’égard de cette connaissance rationnelle de Dieu en partant « des choses créées ».
L’originalité de la foi est avant tout dans son caractère surnaturel. Si, dans la foi, l’homme donne la réponse à l’« auto-révélation de Dieu » et accepte le plan divin du salut qui consiste dans la participation à la nature et à la vie intime de Dieu même, cette réponse doit conduire l’homme au-delà de tout ce que l’être humain atteint avec les facultés et les forces de sa propre nature, tant au plan de la connaissance qu’au plan de la volonté : car il s’agit de la connaissance d’une vérité infinie et de l’accomplissement transcendant des aspirations au bien et au bonheur, qui sont enracinées dans la volonté, dans le cœur : il s’agit, précisément, de « vie éternelle ». « Par la révélation divine — lisons-nous dans la Constitution Dei Verbum — Dieu a voulu se manifester et se communiquer lui-même, ainsi que manifester et communiquer les décrets éternels de sa volonté concernant le salut des hommes, à savoir de leur donner part aux biens divins qui dépassent toute pénétration humaine de l’esprit » (n. 6). La Constitution reprend ici les mots du Concile Vatican I (Const. dogm. Dei Filius, 12), qui soulignent le caractère surnaturel de la foi.
Ainsi donc la réponse humaine à l’auto-révélation de Dieu, et en particulier à son auto-révélation définitive en Jésus-Christ, se forme intérieurement sous la puissance lumineuse de Dieu lui-même agissant au plus profond des facultés spirituelles de l’homme, et, d’une certaine manière, dans tout l’ensemble de ses énergies et de ses dispositions. Cette force divine s’appelle la grâce, en particulier la grâce de la foi.
3. Nous lisons encore dans la même Constitution de Vatican II : « Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne « à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité » (ce sont là les mots du second Concile d’Orange, repris par Vatican II). Afin de rendre toujours plus profonde l’intelligence de la révélation, l’Esprit-Saint ne cesse par ses dons de rendre la foi plus parfaite » (DV, 5).
La Constitution Dei Verbum se prononce de manière succincte sur le thème de la grâce de la foi ; toutefois, cette formulation synthétique est complète et reflète l’enseignement de Jésus-Christ lui-même qui a dit : « Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. » (Jn 6, 44.) La grâce de la foi est précisément cette « attraction » de la part de Dieu exercée à l’égard de l’essence intérieure de l’homme, et indirectement de toute la subjectivité humaine, pour que l’homme réponde pleinement à l’« auto-révélation » de Dieu en Jésus-Christ, en s’abandonnant à lui. Cette grâce précède l’acte de foi, le suscite, le soutient et le guide : son fruit est que l’homme devienne capable avant tout de « croire en Dieu » et croie en fait. Ainsi, en vertu de la grâce prévenante et coopérante, s’instaure une « communion » surnaturelle interpersonnelle qui est la même structure portante et vivante de la foi, par laquelle l’homme qui croit en Dieu participe à sa « vie éternelle » : « Il connaît le Père et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ » (cf. Jn 17, 3) et, par la charité, il entre dans un rapport d’amitié avec eux (cf. Jn 14, 23 ; 15, 15).
4. Cette grâce surnaturelle est la source de l’illumination surnaturelle qui « ouvre les yeux de l’esprit » : et donc la grâce de la foi embrasse particulièrement la sphère cognoscitive de l’homme et se concentre sur elle. Il s’ensuit l’acceptation de tout le contenu de la Révélation dans laquelle se dévoilent les mystères de Dieu et les éléments du plan salvifique qui concerne l’homme. Mais en même temps, la faculté cognoscitive de l’homme, sous l’action de la grâce de la foi, tend à la compréhension toujours plus profonde du contenu révélé, tendue qu’elle est vers la vérité totale promise par Jésus (cf. Jn 16, 13), vers la « vie éternelle ». Et dans cet effort de compréhension croissante, elle trouve un soutien dans les dons du Saint-Esprit spécialement dans ceux qui perfectionnent la connaissance surnaturelle de la foi : science, intelligence, sagesse.
À partir de cette brève esquisse, l’originalité de la foi se présente comme une vie surnaturelle par laquelle « l’autorévélation » de Dieu s’enracine dans le terrain de l’intelligence humaine, devenant la source de la lumière surnaturelle par laquelle l’homme participe, selon une mesure humaine mais à un niveau de communion divine, à cette connaissance par laquelle Dieu se connaît éternellement lui-même et connaît toute autre réalité en lui-même.
 
Catéchèse du 17 avril 1985
La liberté de l’acte de foi
1. Si l’originalité de la foi consiste dans son caractère de connaissance essentiellement surnaturelle, qui lui vient de la grâce de Dieu et des dons du Saint-Esprit, on doit affirmer pareillement que la foi possède son originalité authentiquement humaine. Car nous trouvons en elle toutes les caractéristiques de la conviction rationnelle et raisonnable sur la vérité contenue dans la Révélation divine. Cette conviction — ou bien certitude — correspond parfaitement à la dignité de la personne comme être rationnel et libre.
Sur ce problème, parmi les documents du Concile Vatican II, la Déclaration sur la liberté religieuse, qui commence par les mots Dignitatis humanae, est très éclairante. Nous y lisons entre autres : « C’est un point fondamental de la doctrine catholique, contenu dans la Parole de Dieu et constamment prêché par les Pères, que l’homme doit répondre à Dieu en croyant volontairement, et que donc personne ne peut être contraint d’embrasser la foi contre sa volonté. Car l’acte de foi est volontaire par sa nature même puisque l’homme, racheté par le Christ sauveur et appelé en Jésus-Christ à être fils adoptif, ne peut adhérer à Dieu qui se révèle que si, attiré par le Père, il met raisonnablement et librement sa foi en Dieu. Il est donc pleinement conforme au caractère propre de la foi qu’en matière religieuse soit exclue toute espèce de contrainte de la part des hommes. » (DH, 10.) « Dieu, certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité, si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint donc pas. Dieu, en effet, tient compte de la dignité de la personne humaine qu’il a lui-même créée et qui doit se conduire selon son propre jugement et user de sa liberté. Cela est apparu au plus haut point dans le Christ Jésus. » (DH, 11.)
2. Et ici le document conciliaire illustre de quelle manière le Christ a cherché à « susciter et à fortifier la foi de ses auditeurs » en excluant toute coercition. Car il a rendu un témoignage définitif de la vérité de son Évangile par la croix et la résurrection, « mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs ». « Son royaume… s’établit en écoutant la vérité et en lui rendant témoignage, il s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes. » (DH, 11.) Le Christ a ensuite transmis aux apôtres cette manière de convaincre de la vérité de l’Évangile.
Grâce à cette liberté, précisément, la foi — ce que l’on exprime par le mot « credo » — possède son originalité et son authenticité humaines, en même temps que divines. Car elle exprime la conviction et la certitude sur la vérité de la Révélation, en vertu d’un acte de volonté libre. Ce caractère structurel de nature volontaire de la foi ne signifie en aucune manière que la foi soit « facultative » et que l’on puisse donc justifier une attitude d’indifférentisme fondamental ; il signifie seulement que l’homme est appelé à répondre à l’invitation et au don de Dieu par l’adhésion libre de tout lui-même.
3. Le même document conciliaire consacré au problème de la liberté religieuse souligne très clairement que la foi est une question de conscience. « En vertu de leur dignité, tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et par suite pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés, par leur nature même, et tenus par obligation morale à chercher la vérité, et en premier lieu celle qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité. » (DH, 2.) Si ceci est l’argument essentiel en faveur du droit à la liberté religieuse, c’est aussi le motif fondamental pour lequel cette même liberté doit être comprise correctement et observée dans la vie sociale.
4. Quant aux décisions personnelles, « chacun a le devoir et par conséquent le droit de chercher la vérité en matière religieuse, afin de se former prudemment un jugement de conscience droit et vrai, en employant les moyens appropriés. Mais la vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue, par lesquels les uns exposent aux autres la vérité qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la quête de la vérité ; et la vérité une fois connue, c’est par un assentiment personnel qu’il faut y adhérer » (DH, 3).
Dans ces mots, nous trouvons une caractéristique, très prononcée, de notre « credo » comme acte profondément humain, répondant à la dignité de l’homme comme personne. Cette correspondance s’exprime dans le rapport à la vérité moyennant la liberté intérieure et la responsabilité de conscience du sujet croyant.
Cette doctrine, puisée à la Déclaration conciliaire sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae), sert aussi à faire comprendre toute l’importance d’une catéchèse systématique, soit parce que celle-ci rend possible la connaissance de la vérité sur le projet d’amour de Dieu contenu dans la Révélation divine, soit parce qu’elle aide à adhérer toujours plus à la vérité déjà connue et acceptée par le moyen de la foi.
 
Catéchèse du 24 avril 1985
La transmission fidèle de la Révélation
1. Où pouvons-nous trouver ce que Dieu a révélé pour y adhérer d’une foi convaincue et libre ? Il y a un « dépôt sacré » auquel l’Église puise pour nous en communiquer le contenu. Comme dit le Concile Vatican II : « Cette sainte Tradition et la Sainte Écriture de l’un et l’autre Testament sont donc comme un miroir où l’Église, en son cheminement terrestre, contemple Dieu, de qui elle reçoit tout, jusqu’à ce qu’elle soit amenée à le voir face à face tel qu’il est. » (Cf. 1 Jn 3, 2) (DV 7.)
Par ces paroles, la Constitution conciliaire synthétise le problème de la transmission de la révélation divine, important pour la foi de tout chrétien. Notre « Credo », qui doit préparer l’homme sur la terre à voir Dieu face à face dans l’éternité, dépend, à chaque étape de l’histoire, de la transmission fidèle et inviolable de cette auto-révélation de Dieu qui, en Jésus-Christ, a atteint son sommet et sa plénitude. 2. Le Christ lui-même « commanda à ses apôtres de prêcher à tous en leur communiquant les dons divins, comme source de toute vérité salutaire et de toute règle morale » (DV 7). Ils exécutèrent la mission qui leur avait été confiée avant tout par la prédication orale, et en même temps quelques-uns d’entre eux « sous l’inspiration de l’Esprit Saint, mirent par écrit l’annonce du salut » (DV 7). Ce que firent aussi quelques-uns de ceux qui entouraient les apôtres (Marc, Luc).
Ainsi se forma la transmission de la révélation divine dans la première génération de chrétiens. « Pour que l’Évangile fut toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques à qui ils « remirent leur propre fonction d’enseignement » (selon l’expression de saint Irénée. Cf. Adv. Haer., III, 3, l ; DV 7).
3. Comme on le voit, selon le Concile, la Tradition et l’Écriture sainte se soutiennent réciproquement et se complètent dans la transmission de la révélation divine, et par elles les nouvelles générations de disciples et de témoins de Jésus-Christ alimentent leur foi, parce que « ce qui fut transmis par les apôtres… comprend tout ce qui contribue à la conduite sainte et à l’accroissement de la foi du Peuple de Dieu » (DV 8).
« Cette Tradition qui vient des apôtres, se poursuit dans l’Église sous l’assistance de l’Esprit Saint : en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s’accroît soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur (cf. Lc 2, l9, 51), soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité. Ainsi l’Église, tandis que les siècles s’écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu » (DV 8).
Mais, dans cette tension vers la plénitude de la vérité divine, l’Église puise constamment à l’unique « dépôt » originaire, constitué par la Tradition apostolique et l’Écriture sainte qui, « parce que toutes deux jaillissent de la même source divine, ne forment en un certain sens qu’une seule chose et tendent à la même fin » (DV 9).
4. À ce propos, il convient de préciser et de souligner, toujours avec le Concile, que « ce n’est pas de la seule Écriture sainte que l’Église puise sa certitude sur toutes les choses révélées » (DV 9). Cette Écriture est « parole de Dieu en tant qu’elle est mise par écrit sous l’inspiration de l’Esprit divin ». Mais « la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, est transmise intégralement par la sainte Tradition à leurs successeurs, afin que, illuminés par l’Esprit de vérité, ils la conservent, l’exposent et la répandent fidèlement par leur prédication » (DV 9) « C’est cette même Tradition qui fait connaître à l’Église le canon intégral des livres saints. C’est elle aussi qui dans l’Église fait comprendre cette Écriture sainte et la rend continuellement opérante » (DV 8). « La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la parole de Dieu confié à l’Église. En s’attachant à lui, le peuple saint tout entier, uni à ses pasteurs, reste assidûment fidèle à l’enseignement des apôtres… » (DV 10). Aussi toutes deux, la Tradition et l’Écriture Sainte, doivent être entourées de la même vénération et du même respect religieux.
5. Ici naît le problème de l’interprétation authentique de la parole de Dieu, écrite ou transmise par la Tradition. Cette tache a été confiée « au seul Magistère vivant de l’Église, dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ » (DV l0). Ce Magistère « n’est pas au-dessus de la parole de Dieu mais il la sert, enseignant seulement ce qui a été transmis puisque, par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit-Saint, il écoute cette parole avec amour, la garde saintement et l’expose fidèlement, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu » (DV l0).
6. Voila donc une nouvelle caractéristique de la foi ; croire de manière chrétienne signifie aussi : accepter la vérité révélée par Dieu comme l’enseigne l’Église. Mais dans le même temps, le Concile Vatican II rappelle que « la collectivité des fidèles ne peut se tromper dans la foi. Ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple tout entier lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs », elle apporte aux vérités contenant la foi et les mœurs un consentement universel. Grâce, en effet, à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité et sous la conduite du Magistère sacré, le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 3), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et la met plus parfaitement en œuvre dans sa vie » (LG, 12).
7. La Tradition, la Sainte Écriture, le Magistère de l’Église et le sens surnaturel de la foi du Peuple de Dieu tout entier forment ce processus vivifiant par lequel la divine Révélation est transmise aux nouvelles générations. « Ainsi, Dieu, qui parla jadis, ne cesse de converser avec l’épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit-Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et, par l’Église, dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ réside en eux avec toute sa richesse. » (Cf. Col 3, 16.) (DV 8.) Croire de manière chrétienne signifie accepter d’être introduits et conduits par l’Esprit à la plénitude de la vérité, de manière consciente et volontaire.
Union de prière avec le peuple Arménien
Au cours de cette audience, Jean-Paul II a appelé en ces termes les fidèles présents à la prière pour le peuple arménien :
« Aujourd’hui, les frères et sœurs de la bien-aimée nation arménienne, dispersés dans le monde entier rappellent le souvenir des douloureux événements vécus voici soixante-dix ans dans l’Empire ottoman. Les fidèles des Églises chrétiennes arméniennes unissent leurs prières pour la paix des armes de ceux qui furent victimes de ces événements tragiques et pour que ne se renouvellent jamais plus des épisodes aussi tristes. Je vous invite tous à vous associer à cette prière fervente, en communion de foi, de charité et d’espérance avec les frères et les sœurs de ce peuple antique et fier. Que les douloureux souvenirs, que la commémoration d’aujourd’hui nous rappelle, réveillent dans la conscience de tous le devoir de la prière et de l’engagement à une convivence pacifique à laquelle on parvient en renonçant à toute violence et en se reconnaissant comme les fils du Dieu unique et les frères d’une seule famille humaine. »
 
Catéchèse du 1er mai 1985
Inspiration et interprétation de l’Écriture Sainte
1. Répétons aujourd’hui encore une fois ces belles paroles de la Constitution conciliaire Dei Verbum : « Ainsi Dieu, qui a parlé dans le passé, ne cesse de parler à l’Épouse de son Fils bien-aimé (qui est l’Église) et l’Esprit Saint par qui la voix vivante de l’Évangile résonne dans l’Église, introduit les croyants à la vérité tout entière et fait que la Parole du Christ réside en eux avec toute sa richesse. » (Cf. Col 3, 16) (DV 8.)
Résumons à nouveau ce que signifie « croire ». Croire de manière chrétienne signifie précisément : être introduits par l’Esprit-Saint dans la vérité tout entière de la Révélation divine. Cela veut dire : être une communauté de fidèles ouverts à la parole de l’Évangile du Christ. L’une et l’autre chose est possible à chaque génération, parce que la transmission vivante de la Révélation divine, contenue dans la Tradition et dans l’Écriture sainte, continue, dans son intégrité dans l’Église, grâce au service spécial du Magistère, en harmonie avec le sens surnaturel de la foi du Peuple de Dieu.
2. Pour compléter cette conception du lien entre notre « credo » catholique et sa source, la doctrine sur l’inspiration divine de la Sainte Écriture et de son interprétation authentique est importante. En présentant cette doctrine, suivons (comme dans les catéchèses précédentes) avant tout la Constitution Dei Verbum
Le Concile dit : « Notre sainte Mère l’Église, par foi apostolique, retient comme sacrés et canoniques tous les livres, dans leur entier, de l’Ancien comme du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, parce que, écrits sous l’inspiration de l’Esprit-Saint (cf. Jn 20, 31 ; 2 Tm 3, 16 ; 2 P 1, 19-21), ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église. » (DV 11.)
Dieu — comme auteur invisible et transcendant — « a choisi des hommes dont il s’est servi, dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens pour que, agissant lui-même en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement » (DV 11). Dans ce but l’Esprit-Saint agissait en eux et par eux (cf. DV 11).
3. Cette origine étant acquise, on doit retenir que « les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur, la vérité que Dieu, pour notre salut, a voulu voir consignée dans les Saintes Écritures » (DV 11). Les paroles de saint Paul dans sa lettre à Timothée le confirment : « Toute Écriture divinement inspirée est aussi utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, afin que l’homme de Dieu soit parfait, adonné à toute œuvre bonne. » (2 Tm 3, 16-17)
La Constitution sur la Révélation divine exprime, suivant en cela saint Jean Chrysostome, l’admiration pour cette « condescendance » particulière, presque une « inclinaison » de la Sagesse éternelle. « Les paroles de Dieu, en effet, exprimées par des langues humaines, se sont faites semblables au langage des hommes comme déjà le Verbe du Père éternel, ayant assumé les faiblesses de la nature humaine, se rendit semblable aux hommes. » (DV 13.)
4. De la vérité sur l’inspiration divine de l’Écriture sainte dérivent logiquement quelques normes qui concernent son interprétation. La Constitution Dei Verbum les résume brièvement: Un premier principe est que « puisque Dieu, dans l’Écriture sainte, a parlé par le moyen d’hommes et à la manière humaine, l’interprète de l’Écriture sainte, pour bien voir ce qu’il a voulu nous communiquer, doit rechercher avec attention ce que les hagiographes ont voulu signifier en réalité et ce qu’il a plu à Dieu de manifester par leurs paroles » (DV 12).
Dans ce but, il faut — et ceci est le second point — prendre en considération, entre autres choses, les « genres littéraires ». « En effet la vérité est proposée et exprimée de manière différente dans des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou par d’autres genres d’expression. » (DV, 12) Le sens de ce que l’auteur exprime dépend précisément de ces genres littéraires, que l’on doit prendre en considération, sur la toile de fond de toutes les circonstances d’une époque donnée et d’une culture déterminée. Aussi, voici le troisième principe d’une interprétation correcte de l’Écriture sainte : « En effet, pour comprendre exactement ce que l’auteur sacré a voulu affirmer par écrit, on doit prêter attention comme il se doit soit aux manières habituelles et originelles de comprendre, de s’exprimer et de raconter, qui étaient en vigueur au temps de l’hagiographe, comme à celles qui étaient alors en usage ici et là dans les rapports humains. » (DV, 12)
5. Ces indications assez détaillées, données pour l’interprétation de caractère historico-littéraire, requièrent un rapport approfondi avec les prémisses de la doctrine sur l’inspiration divine de la Sainte Écriture. Elle doit être « lue et interprétée avec l’aide de ce même Esprit par qui elle a été écrite » (DV, 12). Aussi « il ne faut pas, pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Écriture, eu égard à la Tradition vivante de toute l’Église et à l’analogie de la foi » (DV 12).
Par « analogie de la foi », nous entendons la cohésion de chacune des vérités de foi entre elles et avec le plan d’ensemble de la Révélation et la plénitude de l’économie divine qui est contenue dans ce plan.
6. La tâche des exégètes, c’est-à-dire des chercheurs qui étudient, avec des méthodes opportunes, l’Écriture sainte, est de contribuer, selon les principes susdits, « à pénétrer plus profondément et à exposer le sens de l’Écriture sainte afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement de l’Église » (DV 12). Étant donné que l’Église « a le mandat divin et le ministère de conserver et d’interpréter la Parole de Dieu », ce qui concerne « la manière d’interpréter l’Écriture est soumis en dernière instance au jugement de l’Église » (DV 12).
Cette norme est importante et décisive pour préciser le rapport réciproque entre l’exégèse (et la théologie) et le magistère de l’Église. C’est une norme qui demeure dans le rapport le plus étroit avec ce que nous avons dit précédemment à propos de la transmission de la Révélation divine. Il faut encore une fois souligner que le Magistère utilise le travail des théologiens-exégètes et, en même temps, veille opportunément sur le résultat de leurs études. En effet, le Magistère est appelé à garder la vérité tout entière, contenue dans la Révélation divine.
7. Aussi, croire de manière chrétienne signifie adhérer à cette vérité en jouissant de la garantie de vérité qui, par institution du Christ lui-même, vient de l’Église. Cela vaut pour tous les croyants : et donc au juste niveau et au degré approprié — aussi pour les théologiens et les exégètes. À tous se révèle en ce domaine la miséricordieuse Providence de Dieu qui a voulu nous accorder, non seulement le don de son autorévélation, mais aussi la garantie de sa conservation, de son interprétation et de son explication fidèles en la confiant aux mains de l’Église.
 
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