Ressources Catholiques Magistère

précédent
Catéchèse du 8 mai 1985
Révélation et Ancien Testament
1. Comme on le sait, la Sainte Écriture se compose de deux grands recueils de livres : l’Ancien et le Nouveau Testament. L’Ancien Testament, entièrement rédigé avant la venue du Christ, est un recueil de 46 livres de caractère divers. Nous les énumérerons en les regroupant de manière à distinguer, au moins le genre, le caractère de chacun d’eux.
2. Le premier groupe que nous rencontrons est ce que l’on appelle le « Pentateuque » qui est composé de : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Presque comme un prolongement du Pentateuque, on trouve le livre de Josué puis celui des Juges. Le livre de Ruth — avec sa concision — constitue en un certain sens l’introduction au groupe suivant, de caractère historique, composé des deux livres de Samuel et des deux livres des Rois. Parmi ces livres, on doit inclure aussi les deux livres des Chroniques, le livre d’Esdras et celui de Néhémie, qui concernent la période de l’histoire d’Israël postérieure à la captivité de Babylone.
Le livre de Tobie, celui de Judith et celui d’Esther, même s’ils regardent l’histoire de la nation élue, ont un caractère de narration allégorique et morale plutôt que d’histoire véritable. À l’inverse, les deux livres des Macchabées ont un caractère historique (de chronique).
3. Les livres que l’on appelle « didactiques » constituent un groupe en soi dans lequel on inclut des œuvres de caractère divers. Appartiennent à ce groupe : le livre de Job, les Psaumes et le Cantique des cantiques, et pareillement quelques œuvres de caractère sapientiel-éducatif : le livre des Proverbes celui de Qohélet (c’est-à-dire l’Ecclésiaste), le livre de la Sagesse et le livre du Siracide (c’est-à-dire l’Ecclésiastique).
4. Enfin le dernier groupe de l’Ancien Testament est constitué par les « livres prophétiques ». On distingue ceux que l’on appelle les « grands » prophètes : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel. Au livre de Jérémie, on joint les Lamentations et le livre de Baruch. Puis viennent ceux que l’on appelle les « petits » prophètes : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.
5. À l’exception des premiers chapitres de la Genèse, qui concernent l’origine du monde et de l’humanité, les livres de l’Ancien Testament, en commençant par l’appel d’Abraham, concernent une nation qui a été choisie par Dieu. Voici ce que nous lisons dans la Constitution Dei Verbum : « Dieu, projetant et préparant en la sollicitude de son amour extrême le salut de tout le genre humain, se choisit, selon une disposition particulière, un peuple auquel confier les promesses. En effet, une fois conclue l’alliance avec Abraham (cf. Gn 15, 18), et avec le peuple d’Israël, par Moïse (cf. Ex 24, 8), Dieu se révéla, en paroles et en actes, au peuple de son choix comme l’unique Dieu véritable et vivant ; de ce fait, Israël fit l’expérience des « voies » de Dieu vers les hommes et, Dieu lui-même parlant par les prophètes, il en acquit une intelligence de jour en jour plus profonde et plus claire, et en porta un témoignage grandissant parmi les nations (cf. Ps 21, 28-29 ; 95, 1-3, Is 2, 14 ; Jr 3, 17). L’économie du salut, annoncée d’avance, racontée et expliquée par les auteurs sacrés, apparaît donc dans les livres de l’Ancien Testament comme la vraie Parole de Dieu. C’est pourquoi ces livres divinement inspirés conservent une valeur impérissable. » (DV, 14.)
6. La Constitution conciliaire indique ensuite quel fut le but principal de l’économie du salut dans l’Ancien Testament : « Préparer », annoncer de manière prophétique (cf. Lc 24, 44 ; Jn 5, 39 ; 1 P 1, 10) et signifier par des types divers (cf. 1 Co 10, 11) l’avènement du Christ Rédempteur de l’univers et du règne messianique (cf. DV, 15). En même temps, les livres de l’Ancien Testament, selon la situation du genre humain qui précède le Christ, « manifestent à tous la connaissance de Dieu et de l’homme et la manière par laquelle Dieu juste et miséricordieux se comporte à l’égard des hommes. Ces livres, bien qu’ils contiennent aussi des choses imparfaites et des choses caduques, sont pourtant les témoins d’une véritable pédagogie divine » (DV, 15). En eux, sont exprimés « un vif sens de Dieu », « une sagesse salutaire pour la vie de l’homme », et enfin « d’admirables trésors de prière, dans lesquels… est caché le mystère de notre salut » (ibid). C’est pour cela que les livres de l’Ancien Testament doivent être aussi reçus par les chrétiens avec dévotion.
7. Le rapport entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament est, par la suite, illustré ainsi par la Constitution conciliaire : « Inspirateur et auteur de l’un et l’autre Testament, Dieu les a donc sagement disposés de telle sorte que le Nouveau soit caché dans l’Ancien et que, dans le Nouveau, l’Ancien soit dévoilé. » (Selon les paroles de saint Augustin : « Novum in Vetero latet, Vetus in Novo patet… ») « Car encore que le Christ ait fondé dans son sang la Nouvelle Alliance (cf. Lc 22, 20 ; 1 Co 11, 25), néanmoins les livres de l’Ancien Testament, intégralement repris dans le message évangélique, atteignent et montrent leur complète signification dans le Nouveau Testament (cf. Mt 5, 17 ; Lc 24, 27, Rm 16, 25-26 ; 2 Co 3, 14-16), auquel ils apportent en retour lumière et explication. » (DV, 16.)
Comme vous le voyez, le Concile nous offre une doctrine précise et claire, suffisante pour notre catéchèse. Elle nous permet de faire un nouveau pas dans la détermination de la signification de notre foi. « Croire de manière chrétienne » signifie atteindre, selon l’esprit que nous avons dit, la lumière de la divine révélation aussi à partir des livres de l’Ancienne Alliance.
 
Catéchèse du 22 mai 1985
Le Nouveau Testament et notre foi
1. Le Nouveau Testament est de dimension moindre que l’Ancien Testament. Sous l’aspect de la rédaction historique, les livres qui le composent ont été écrits dans un laps de temps beaucoup plus bref que ceux de l’Ancienne Alliance. Il se compose de vingt-sept livres, dont quelques-uns sont très brefs.
Énumérons d’abord les quatre Évangiles : selon Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ensuite vient le livre des Actes des apôtres, dont l’auteur est encore Luc. Le groupe le plus nombreux est constitué par les lettres des apôtres, dont les plus nombreuses sont les lettres de saint Paul : une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, une à Tite, et une à Philémon. Ce que l’on appelle le « corpus paulinien » se termine avec la lettre aux Hébreux, écrite dans l’entourage et la sphère d’influence de Paul.
Viennent ensuite : la lettre de saint Jacques, deux lettres de saint Pierre, trois lettres de saint Jean et la lettre de saint Jude. Le dernier livre du Nouveau Testament est l’Apocalypse de saint Jean.
2. En ce qui concerne ces livres, la Constitution Dei Verbum s’exprime ainsi : « Il n’échappe à personne qu’entre toutes les Écritures, même celles du Nouveau Testament, les Évangiles possèdent une supériorité méritée, en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie et sur l’enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur. Toujours et partout, l’Église a tenu et tient l’origine apostolique des quatre Évangiles. Ce que les apôtres en effet sur l’ordre du Christ ont prêché par la suite, eux-mêmes et des hommes de leur entourage nous l’ont, sous l’inspiration divine de l’Esprit, transmis dans des écrits qui sont le fondement de la foi, à savoir l’Évangile quadriforme selon Matthieu, Luc, Marc et Jean. » (DV, 18.)
3. La Constitution conciliaire souligne de manière particulière l’historicité des quatre Évangiles. Elle écrit que l’Église « en affirme sans hésitation l’historicité », retenant avec constance que « les quatre Évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a effectivement fait et enseigne pour leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé dans le ciel » (cf Ac 1, 1-2) (DV, 19).
S’il s’agit de la manière dont sont nés les quatre Évangiles, la Constitution conciliaire les relie avant tout à l’enseignement apostolique, qui commença après la descente de l’Esprit-Saint au jour de la Pentecôte. Voici ce que nous lisons : « En effet, ce que le Seigneur avait dit et fait, les apôtres, après son Ascension, le transmirent à leurs auditeurs avec cette intelligence plus profonde des choses dont eux-mêmes, instruits par les événements glorieux du Christ et éclairés par la lumière de l’Esprit de vérité, jouissaient. » (DV, 19.) Ces événements glorieux sont constitués principalement par la résurrection du Seigneur et par la descente du Saint-Esprit. On comprend que, à la lumière de la Résurrection, les apôtres crurent définitivement dans le Christ. La résurrection jeta une lumière fondamentale sur sa mort en croix, et aussi sur tout ce qu’il avait fait et proclamé avant sa passion. Au jour de la Pentecôte, ensuite, il advint que les apôtres furent « illuminés par l’Esprit de vérité ».
4. De l’enseignement apostolique oral, on passa à la rédaction des Évangiles, sur laquelle la Constitution conciliaire s’exprime ainsi : « Les auteurs sacrés composèrent les quatre Évangiles, choisissant certains des nombreux éléments transmis soit oralement, soit déjà mis par écrit, rédigeant un résumé des autres, ou les expliquant en fonction de la situation des Églises gardant enfin la forme d’une prédication, de manière à nous livrer toujours sur Jésus des choses vraies et sincères. Que ce soit, en effet, à partir de leur propre mémoire et de leurs souvenirs, ou à partir du témoignage de ceux qui « furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole », ils composèrent leurs écrits dans le but de nous faire éprouver la « solidité des enseignements que nous avons reçus. » (DV, 19.)
Cet énoncé concis du Concile reflète et synthétise brièvement toute la richesse des enquêtes et des études que les biblistes n’ont pas cessé de consacrer à la question de l’origine des quatre Évangiles. Pour notre catéchèse, ce résumé suffit.
5. Quant aux livres restants du Nouveau Testament, la Constitution conciliaire Dei Verbum se prononce de la manière suivante : « … Ces écrits, selon les sages dispositions de Dieu, confirment ce qui touche au Christ Notre-Seigneur, présentent sa doctrine authentique avec des précisions toujours plus grandes, font connaître aux hommes l’œuvre divine du Christ avec sa puissance de salut, racontent les débuts de l’Église et son admirable diffusion et annoncent par avance sa glorieuse consommation. » (DV, 20.) C’est une présentation brève et synthétique du contenu de ces livres, indépendamment de questions chronologiques, qui nous intéressent moins ici. Nous rappellerons seulement que les savants fixent pour leur composition la seconde moitié du Ier siècle.
Ce qui compte le plus pour nous, c’est la présence du Seigneur Jésus et de son Esprit dans les auteurs du Nouveau Testament, qui sont donc les intermédiaires par lesquels Dieu nous introduit dans la nouveauté révélée. « Le Seigneur Jésus, en effet, comme il l’avait promis, assista ses apôtres (cf. Mt 28, 20) et il leur envoya l’Esprit consolateur qui devait les introduire dans la plénitude de la vérité » (cf. Jn 16, 13.) (DV, 20.) Les livres du Nouveau Testament nous introduisent sur le chemin qui porte à la plénitude de la vérité de la divine révélation.
6. Et voici une autre conclusion pour une conception plus complète de la foi. Croire de manière chrétienne signifie accepter l’autorévélation de Dieu en Jésus-Christ, qui constitue le contenu essentiel du Nouveau Testament. C’est ce que dit le Concile : « Dès que fut venue en effet la plénitude des temps (cf. Ga 4, 4), le Verbe de Dieu s’est fait chair et il a habité parmi nous plein de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14). Le Christ a instauré le règne de Dieu sur terre ; par gestes et paroles, il a révélé et son Père et lui-même ; par sa mort, sa résurrection, son ascension glorieuse et par l’envoi de l’Esprit-Saint, il a parachevé son œuvre. Élevé de terre, il attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32 grec), lui qui seul possède les paroles de la vie éternelle » (cf. Jn 6, 69). (DV, 17.)
« De ces faits, les écrits du Nouveau Testament présentent un témoignage permanent et divin. » (DV, 17.) Aussi constituent-ils un soutien particulier pour notre foi.
 
Catéchèse du 29 mai 1985
Le voyage au Benelux
1. Je désire rendre à Jésus-Christ, pasteur et gardien de nos âmes (cf. 1 P 2, 25), l’hommage de remerciement qui lui est dû, en lui recommandant, par l’intermédiaire de la Mère de l’Église, l’ensemble de mon service pastoral dans les pays du Benelux. Ce service était lié à une visite et a constitué une réponse à l’invitation commune des épiscopats de la Belgique, des Pays-Bas et de l’évêque du Luxembourg. L’invitation m’avait été adressée depuis deux ans déjà. Dès lors commencèrent de nombreux préparatifs pour lesquels je désire remercier aussi bien mes frères dans l’épiscopat que tout le clergé et les laïcs qui, en grand nombre et avec générosité, y ont participé de diverses manières. J’adresse en même temps mes remerciements aux nombreux membres de l’administration civile qui, partout, ont donné la preuve d’une grande compréhension, bienveillance et compétence.
2. Je désire en particulier, rendre un juste hommage au roi de Belgique, à la reine des Pays-Bas et au Grand Duc du Luxembourg, ainsi qu’à leurs familles respectives, en les remerciant pour les rencontres et leur participation.
Du 11 au 21 mai, il m’a été donné de consacrer trois jours et demi à l’Église qui est aux Pays-Bas, un jour et demi à celle qui est au Luxembourg et cinq jours à celle qui est en Belgique. Aux Pays-Bas, les catholiques constituent numériquement une minorité (ils sont cinq millions sur quatorze millions d’habitants). La Belgique et le Luxembourg sont au contraire des pays à forte majorité catholique.
3. L’ensemble de ces trois pays a été marqué il y a de nombreux siècles, par la première évangélisation. Elle est liée avant tout à la figure de saint Servais qui a travaillé là-bas à la fin du IVe siècle. La tombe du saint évêque se trouve à Maastricht, au sud des Pays-Bas. Le processus ultérieur de propagation de la foi au Christ advient au VIe et au VIIe siècle et il est lié à saint Willibrord qui fut évêque d’Utrecht et dont la tombe se trouve à Echternach, sur le territoire du Luxembourg. Parmi les pères de la chrétienté on compte aussi saint Boniface, l’apôtre de l’Allemagne. La cathédrale de Malines, en Belgique, est consacrée à saint Rombaud.
4. Le christianisme, si profondément enraciné au cours du premier millénaire après le Christ, donne des fruits particuliers dans la période du Moyen Age. À cette époque, les Églises dans le bassin du Rhin, ont été caractérisées par une grande floraison de la vie monastique et de la vie mystique, qui constitue un courant particulier dans l’histoire de la spiritualité chrétienne. Les grands mystiques de cette période furent des femmes et des hommes comme Hadewych, le bienheureux Jan van Ruysbroeck, Geert Groote et Thomas a Kempis. De ce milieu est sorti le livre L’imitation de Jésus-Christ qui, depuis tant de générations constitue une lecture classique pour la vie spirituelle.
Une autre expression de la culture chrétienne au Moyen Age se manifeste dans les églises splendides de style gothique, caractéristique de ces régions, dans les œuvres de peintres célèbres comme Van Eyck, Rembrandt, Memlinc et d’autres non moins célèbres.
5. La réforme du XVIe siècle a divisé les chrétiens, surtout aux Pays-Bas. Pendant longtemps, la hiérarchie catholique a manqué. Ce n’est qu’à partir de 1853 que le Siège apostolique a pu nommer des évêques dans la province ecclésiastique des Pays-Bas dont le siège métropolitain se trouve à Utrecht.
Ainsi donc, la question de l’œcuménisme s’est posée de manière particulière dans les territoires des Pays-Bas ainsi que dans la Belgique limitrophe où elle a trouvé un grand pionnier dans la personne du cardinal Mercier à qui nous devons les célèbres Conversations de Malines avec les représentants de la communauté anglicane dans les années vingt de ce siècle.
Depuis Vatican II, la question de l’œcuménisme a pris une nouvelle actualité dont les rencontres œcuméniques et les rencontres de prières que j’ai eues à Malines et à Utrecht, ont été, en la circonstance, la confirmation. La rencontre d’Utrecht a eu lieu dans la maison d’Adrien VI (mort en 1523), le Pape que les Pays-Bas ont donné dans l’histoire, précisément aux débuts mêmes de la période de la Réforme. 6. La visite aux Pays-Bas a confirmé l’énorme effort qui a été accompli là par l’Église dans la première moitié de ce siècle, dans différents domaines :
Avant tout dans le domaine missionnaire. Religieux et religieuses, prêtres du clergé diocésain et laïcs, hommes et femmes, ont travaillé et continuent de travailler jusqu’à aujourd’hui dans beaucoup de jeunes Églises. Cette vaste œuvre missionnaire, qui se manifeste dans un grand nombre de vocations, donne un témoignage de grand amour à l’Église et à la cause de l’évangélisation.
La floraison de ces vocations doit être attribuée soit à la famille, soit à une pastorale missionnaire, soit à un réseau bien développé d’écoles catholiques qui continuent à remplir leur fonction encore aujourd’hui en jouissant de différentes manières de l’appui des autorités de l’État.
7. Un autre succès, déjà dans la période préconciliaire, a été l’action largement développée du laïcat, qui se manifeste dans de nombreuses organisations. On sait que l’apostolat des laïcs a trouvé un fort appui dans l’enseignement de Vatican II.
Actuellement, il se fait connaître tant dans le domaine « ad intra », c’est-à-dire à l’intérieur de l’Église par une participation considérable des laïcs dans la catéchèse et dans les conseils pastoraux, que dans le domaine « ad extra », c’est-à-dire vers le monde, par un intérêt particulièrement vif aux problèmes de la société, en particulier à ceux du Tiers Monde.
Parmi les succès, à une époque récente dans l’Église de Belgique, il faut mentionner l’œuvre du Père Joseph Cardijn qui a été appelé par Paul Vl à faire partie du Collège cardinalice. Elle a inspiré les organisations chrétiennes de la jeunesse ouvrière et la méthode d’apostolat (voir, juger, agir) qui leur est liée. Dans le même temps, l’effort qui visait à introduire dans la vie la doctrine sociale chrétienne, a progressé. 8. Il faut rappeler aussi le grand effort dans le domaine de la culture chrétienne et de la science universitaire. Durant ma visite, il m’a été donné d’être l’hôte de l’université de Leuven et de Louvain-la-Neuve. J’ai eu en outre la joie de célébrer une messe « pour les artistes » à Bruxelles. Il y a eu en outre de nombreuses rencontres avec les jeunes : à Amersfoort, à Echternach, à Namur. Les rencontres avec les malades ont eu lieu à Utrecht et à Banneux. J’ai aussi rencontré les représentants du monde du travail, par exemple à Utrecht, au Luxembourg, à Laecken et à Liège.
Pour ce qui concerne les rencontres avec la jeunesse, celle d’Ypres, c’est-à-dire le lieu où reposent un demi million de victimes de la première guerre mondiale, mérite une mention particulière. La visite avait lieu pour le 40e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale et de la libération de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg. La rencontre d’Ypres a voulu être un souvenir des victimes de la guerre et, en même temps, une fervente prière pour la paix.
9. Une partie du programme a été également consacrée aux rencontres de caractère international : avec la Cour internationale de justice de La Haye, avec les Institutions de la Communauté européenne à Luxembourg et à Bruxelles et avec le corps diplomatique .
10. Il est difficile de reprendre dans un bref discours toutes les particularités d’un programme qui a été très riche. Au milieu de ce peuple chrétien, j’ai été heureux de prier longuement, de rappeler l’espérance et les exigences de l’Évangile et de la doctrine de l’Église, de donner les encouragements pastoralement opportuns pour que les initiatives se déroulent selon des critères chrétiens et portent les fruits les meilleurs. J’ai également pu avoir beaucoup de contacts intéressants, en constatant souvent le désir de témoigner de la foi dans le respect de la conscience des autres. À chaque étape, j’ai écouté les témoignages, les difficultés et les interrogations qui m’étaient présentés par quelques laïcs, au nom des différents groupes, communautés ou mouvements. J’ai présent à l’esprit ces questions. L’Église a déjà répondu à quelques-unes, de manière précise, par son Magistère ou après mûre réflexion durant les synodes des évêques. Ces réponses en matière de foi, de morale ou de discipline ecclésiastique valent évidemment pour l’Église tout entière. D’autres questions étaient des appels à une présence de l’Église ou à un apostolat plus adéquat aux besoins actuels ou à une participation plus responsable de chaque membre de l’Église, hommes et femmes, jeunes et adultes, à une collaboration plus profonde entre les évêques, les prêtres, les religieux et les laïcs. Ces appels peuvent être utiles et je souhaite que les catholiques restent touchés par les exhortations que je leur ai adressées. C’est le Seigneur lui-même, comme au début et à chaque étape de l’histoire chrétienne, qui les appelle à se convertir, à mieux répondre à l’Évangile en communion avec toute l’Église, à progresser spirituellement. S’il faut, en effet, affronter des conditions externes difficiles, dans un climat de sécularisation, il faut surtout apporter un remède aux causes d’ordre spirituel qui entravent la fidélité ou la vigueur de la foi. Il faut former et fortifier l’homme intérieur.
Dans l’ensemble, je considère le service qui a été rendu comme particulièrement important non seulement par rapport à chacune des Églises visitées mais aussi par rapport à l’Église universelle.
J’adresse un remerciement particulier à mes frères dans l’épiscopat, aux prêtres et aux familles religieuses masculines et féminines. La prière pour les vocations sacerdotales et religieuses a été un des fils conducteurs de toutes nos rencontres De même, le thème si significatif et si beau du « Notre Père » nous a toujours accompagnés.
En outre, chaque jour, des groupes considérables de fidèles ont pu participer à la célébration de la foi commune par la Parole et par l’Eucharistie. Ces célébrations, toutes bien préparées, se sont déroulées dans une atmosphère d’intense prière. de dignité, de participation active de tous, surtout par la musique et les chants, grégoriens et contemporains. Devant Jésus-Christ, pasteur et gardien de nos âmes, qui a accompli de si grandes œuvres dans le passé et aussi dans les temps récents au milieu du Peuple de Dieu qui est aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg, je renouvelle — par l’intermédiaire de la Mère de l’Église — une fervente prière pour l’évangélisation dans les pays visités pour qu’elle corresponde aux exigences d’aujourd’hui et de l’avenir. En effet, le Christ est le « Père du siècle à venir ».
 
Catéchèse du 5 juin 1985
Foi chrétienne et religions non chrétiennes
1. La foi chrétienne rencontre dans le monde des religions diverses inspirées par d’autres maîtres et par d’autres traditions, en dehors du courant de la Révélation. Elles constituent un fait dont il faut tenir compte. Comme le dit le Concile, les hommes attendent des différentes religions « la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd’hui, troublent profondément le cœur humain : la nature de l’homme, le sens et le but de notre vie, le bien et le péché, l’origine et le but de la souffrance, la voie pour parvenir au vrai bonheur, la mort, le jugement et la rétribution après la mort, enfin le mystère dernier et ineffable qui entoure notre existence, d’où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons » (NA 1).
C’est de cela que fait part le Concile dans la Déclaration Nostra Aetate sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Il est très significatif que le Concile se soit prononcé sur ce sujet. Si croire de manière chrétienne veut dire répondre à l’auto-révélation de Dieu, dont la plénitude est en Jésus-Christ, cette foi n’échappe cependant pas, en particulier dans le monde contemporain, à des relations conscientes avec les religions non chrétiennes du fait que, dans chacune, s’exprime de quelque manière « ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destin commun » (NA 1). L’Église ne fuit pas ces relations ; au contraire, elle les désire et elle les cherche.
Sur le fond d’une grande communion dans des valeurs positives de spiritualité et de moralité, se précise avant tout le rapport de la « foi » avec la « religion » en général, qui est une composante particulière de l’existence terrestre de l’homme. Dans la religion, l’homme cherche la réponse aux interrogations que j’ai énumérées et il établit d’une certaine façon son propre rapport avec le « mystère qui entoure notre existence ». Or, les différentes religions non chrétiennes sont avant tout l’expression de cette recherche de la part de l’homme, tandis que la foi chrétienne à sa propre base dans la révélation de Dieu. Malgré quelques affinités avec d’autres religions, c’est en cela que consiste sa différence essentielle par rapport à elles.
2. La Déclaration Nostra Aetate cherche cependant à souligner les affinités. Nous lisons : « Depuis les temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui, on trouve dans les différents peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la divinité suprême, ou encore du Père. Cette sensibilité et cette connaissance pénètrent leur vie d’un profond sens religieux. » (NA 2.) À ce propos, nous pouvons rappeler que dès les premiers siècles du christianisme on s’est plu à voir la présence ineffable du Verbe dans les mentalités humaines et dans les réalisations de la culture et de la civilisation : « Tous les écrivains pourraient, en effet, grâce à la semence innée du Logos, insérée en eux, entrevoir obscurément la réalité », a relevé saint Justin (II, 13, 3) qui, avec d’autres Pères, n’a pas hésité à voir dans la philosophie une sorte de « révélation mineure ».
Ici, toutefois, il faut s’entendre. Ce « sens religieux », c’est-à-dire la connaissance religieuse de Dieu par les peuples, nous ramène à la connaissance rationnelle dont l’homme est capable par les forces de sa nature, comme nous l’avons déjà vu. En même temps, elle se distingue des spéculations purement rationnelles des philosophes et des penseurs au sujet de l’existence de Dieu. Elle implique tout l’homme et devient en lui une impulsion de vie. Elle se distingue surtout de la foi chrétienne, soit comme connaissance fondée sur la Révélation, soit comme réponse consciente au don de Dieu présent et agissant en Jésus-Christ. Cette nécessaire distinction n’exclut pas, je le répète, une affinité et une concordance de valeurs positives, tout comme elle n’empêche pas de reconnaître, avec le Concile que les différentes religions non chrétiennes (parmi lesquelles le document conciliaire évoque spécialement l’hindouisme et le bouddhisme qu’elle décrit brièvement) « s’efforcent de dépasser, de façons diverses, l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés » (NA 2).
3. « L’Église catholique, poursuit le document, ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoi qu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. » (NA 2.) Mon prédécesseur de vénérée mémoire, Paul VI, a souligné de manière suggestive cette position de l’Église dans l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi. Voici ses paroles, qui reprennent des écrits des anciens Pères : « Elles (les religions non chrétiennes) portent en elles l’écho de millénaires de recherche de Dieu, recherche incomplète mais réalisée souvent avec sincérité et droiture de cœur. Elles possèdent un patrimoine impressionnant de textes profondément religieux. Elles ont appris à des générations de personnes à prier. Elles sont toutes parsemées d’innombrables semences du Verbe et elles peuvent constituer une authentique préparation évangélique » (Evangelii nuntiandi, n. 53).
C’est pourquoi l’Église exhorte également les chrétiens et les catholiques pour que, « par le dialogue et la collaboration avec ceux qui suivent d’autres religions tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux » (NA 2).
4. On pourrait donc dire que croire de manière chrétienne signifie accepter, professer et annoncer le Christ qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) d’autant plus pleinement que se révèlent davantage dans les valeurs des autres religions des signes, des reflets et des présages de lui.
Parmi les religions non chrétiennes, celle des disciples de Mahomet en raison de son caractère monothéiste et de son lien avec la foi d’Abraham, que saint Paul a défini comme le « père de notre foi (chrétienne) » (cf. Rm 4, 16), mérite une attention particulière.
Les musulmans « adorent le Dieu un, vivant et subsistant miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers ». Mais il y a plus : les disciples de Mahomet honorent aussi Jésus : « Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. En outre, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. » (NA 3.)
6. Quant aux autres religions non chrétiennes, l’Église a une relation étroite avec ceux qui professent la foi dans l’Ancienne Alliance, les héritiers des patriarches et des prophètes d’Israël. Le Concile rappelle en effet « le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée d’Abraham » (NA 4).
Ce lien auquel nous avons déjà fait allusion dans la catéchèse consacrée à l’Ancien Testament et qui rapproche des juifs, est mis encore une fois en relief par la Déclaration Nostra Aetate quand elle se réfère à ces débuts communs de la foi qui se trouvent chez les patriarches, Moïse et les prophètes. L’Église affirme que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche… L’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a daigné conclure « l’Ancienne Alliance » (NA 4). C’est de ce peuple que « le Christ est issu selon la chair » (Rm 9, 5), le Christ, fils de la Vierge Marie, tout comme les apôtres en sont les fils. Tout cet héritage spirituel, commun aux chrétiens et aux juifs, constitue comme le fondement organique d’une relation réciproque, même si une grande partie des fils d’Israël « n’acceptent pas l’Évangile ». L’Église cependant (avec les prophètes et l’apôtre Paul) « attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples acclameront le Seigneur d’une seule voix et le serviront sous un même joug » (So 3, 9) (NA 4).
7. Comme vous le savez, après le Concile Vatican II, a été constitué un Secrétariat spécial pour les relations avec les religions non chrétiennes. Paul VI a vu dans ces relations une des voies du « dialogue du salut » que l’Église doit poursuivre avec tous les hommes dans le monde d’aujourd’hui (cf. Encyclique Ecclesiam suam, AAS 56, 1964, 654). Nous sommes tous appelés à prier et à travailler pour que le réseau de ces relations devienne plus dense et plus étendu, suscitant de manière toujours plus vaste la volonté d’une connaissance mutuelle, de collaboration et de recherche de la plénitude de la vérité dans la charité et dans la paix. C’est précisément à cela que nous pousse notre foi.
 
suivant