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Catéchèse du 12 juin 1985
Incroyance et athéisme
1. Croire de manière chrétienne signifie « accepter l’invitation à un entretien avec Dieu », en s’abandonnant à son Créateur. Cette foi consciente nous prédispose aussi à ce « dialogue de salut que l’Église doit poursuivre avec tous les hommes du monde d’aujourd’hui (cf. Paul VI, Encyclique Ecclesiam suam ; AAS 56, 1964, 654), et aussi avec les non-croyants. « Beaucoup de nos contemporains… ne perçoivent pas du tout ou rejettent explicitement ce lien intime et vital avec Dieu » (GS 19), constitué par la foi. C’est pourquoi, dans la Constitution pastorale Gaudium et spes, le Concile a également pris position sur le thème de l’incroyance et de l’athéisme. Ceci nous dit en outre combien notre foi, dont il nous faut souvent témoigner face aux incroyants et aux athées, doit être consciente et mûre. Précisément, à l’époque actuelle, la foi doit être éduquée à la « capacité de regarder en face et avec lucidité les difficultés pour les dépasser » (GS 21). C’est la condition essentielle du dialogue du salut.
2. La Constitution conciliaire fait une analyse brève mais exhaustive de l’athéisme. Elle observe tout d’abord que, par ce terme, « on désigne des phénomènes souvent différents entre eux. En effet, tandis que certains athées nient Dieu expressément, d’autres pensent que l’homme ne peut absolument rien affirmer de lui. D’autres encore traitent le problème de Dieu de telle façon que ce problème semble dénué de sens. Beaucoup, outrepassant indûment les limites des sciences positives, ou bien prétendent que la seule raison scientifique explique tout, ou bien, à l’inverse, ne reconnaissent comme définitive absolument aucune vérité. Certains font un tel cas de l’homme que la foi en Dieu s’en trouve comme énervée, plus préoccupés qu’ils sont… d’affirmer l’homme que de nier Dieu. D’autres se représentent Dieu sous un jour tel que, en le repoussant, ils refusent un Dieu qui n’est en aucune façon celui de l’Évangile. D’autres n’abordent même pas le problème de Dieu : ils semblent étrangers à toute inquiétude religieuse… L’athéisme naît souvent, soit d’une protestation violente contre le mal dans le monde, soit du fait que l’on attribue à tort à certains idéaux humains un tel caractère d’absolu qu’on en vient à les prendre pour Dieu. La civilisation moderne elle-même, non certes par son essence même, mais parce qu’elle se trouve trop engagée dans les réalités terrestres, peut rendre souvent plus difficile l’approche de Dieu » (GS 19). 3. Comme on le voit, le texte conciliaire montre la variété et la multiplicité de ce qui se cache sous le terme « athéisme ». Incontestablement, il s’agit bien souvent d’une attitude pragmatique qui résulte de l’insouciance ou du manque d’« inquiétude religieuse ». Dans de nombreux cas cependant, cette attitude trouve ses racines dans la manière de penser du monde, spécialement dans la pensée scientifique. Si, en effet, on n’accepte comme unique source de certitude cognitive que l’expérience sensible, alors se trouve exclu l’accès à toute réalité suprasensible, transcendante. Cette attitude cognitive se trouve aussi à la base de cette conception particulière qui a pris, à notre époque, le nom de « théologie de la mort de Dieu ».
Ainsi donc les causes de l’athéisme, et plus souvent encore de l’agnosticisme d’aujourd’hui, sont aussi de nature théorico-cognitive et non seulement pragmatique.
4. Le second groupe de raisons, mis en relief par le Concile, est lié à cette exaltation exagérée de l’homme qui conduit beaucoup de gens à oublier cette vérité évidente, à savoir que l’homme est un être contingent et limité dans l’existence. La réalité de la vie et de l’histoire se charge de nous faire constater de manière toujours nouvelle que, s’il existe des raisons pour reconnaître la grande dignité et le primat de l’homme dans le monde visible, il n’y a pas cependant de fondement qui permette de voir en lui l’absolu en repoussant Dieu.
Nous lisons dans Gaudium et spes que dans l’athéisme moderne « l’aspiration à l’autonomie de l’homme est poussée à un tel point qu’il fait obstacle à toute dépendance à l’égard de Dieu. Ceux qui professent un athéisme de cette sorte soutiennent que la liberté consiste en ce que l’homme est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de sa propre histoire. Ils prétendent que cette vue des choses est incompatible avec la reconnaissance d’un Seigneur auteur et fin de toutes choses, ou, au moins, qu’elle rend cette affirmation tout à fait superflue. Cette doctrine peut se trouver renforcée par le sentiment de puissance que le progrès technique actuel confère à l’homme » (GS 20).
Aujourd’hui, en effet, l’athéisme systématique attend « la libération de l’homme surtout de sa libération économique et sociale ». Il combat la religion de manière pragmatique, en affirmant qu’elle fait obstacle à cette libération, « dans la mesure où, érigeant l’espérance de l’homme sur le mirage d’une vie future elle le détournerait d’édifier la cité terrestre ». Quand les tenants de cet athéisme arrivent au gouvernement d’un État — ajoute le texte conciliaire — « ils attaquent la religion avec violence, utilisant pour la diffusion de l’athéisme, surtout en ce qui regarde l’éducation de la jeunesse, tous les moyens de pression dont le pouvoir public dispose » (GS 20).
5. Ce dernier problème exige que soit illustré de manière claire et ferme le principe de la liberté religieuse, rappelé par le Concile dans une Déclaration ad hoc, Dignitatis humanae. Si nous voulons dire maintenant quelle est l’attitude fondamentale de l’Église face à l’athéisme, il est clair qu’elle le réfute « de manière extrêmement ferme » (GS 21), car il est en contradiction avec l’essence même de la foi chrétienne, qui inclut la conviction que l’existence de Dieu peut être rejointe par la raison. Cependant, l’Église, « tout en rejetant absolument l’athéisme… reconnaît sincèrement que tous les hommes, croyants et non-croyants, doivent contribuer à la juste construction de ce monde dans lequel ils vivent ensemble : ce qui assurément ne peut arriver que par un dialogue sincère et prudent » (GS 21).
Il faut ajouter que l’Église demeure particulièrement sensible à l’attitude de ces hommes qui ne parviennent pas à concilier l’existence de Dieu avec l’expérience multiple du mal et de la souffrance.
En même temps, l’Église est consciente que ce qu’elle annonce — l’Évangile et la foi chrétienne — « est en harmonie avec les aspirations les plus secrètes du cœur humain, quand elle défend la cause de la dignité de la vocation humaine et redonne ainsi l’espoir à ceux qui n’osent plus croire à la grandeur de leur destin » (GS 21).
« Elle enseigne, en outre, que l’espérance eschatologique ne diminue pas l’importance des tâches terrestres, mais en soutient bien plutôt l’accomplissement par de nouveaux motifs. À l’opposé, lorsque manquent le support divin et l’espérance de la vie éternelle, la dignité de l’homme subit une très grave blessure, et l’énigme de la vie et de la mort, de la faute et de la souffrance reste sans solution : ainsi, trop souvent, les hommes s’abîment dans le désespoir. » (GS 21.)
D’autre part, tout en rejetant l’athéisme, l’Église « s’efforce cependant de saisir dans l’esprit des athées les causes cachées de la négation de Dieu et, bien consciente de la gravité des problèmes que l’athéisme soulève, poussée par son amour pour tous les hommes elle estime qu’il lui faut soumettre ces motifs à un examen sérieux et approfondi » (GS 21). En particulier, elle se préoccupe de progresser « en se renouvelant elle-même et en se purifiant sans cesse sous la conduite de l’Esprit-Saint » (cf. GS 21), pour purifier de sa propre vie tout ce qui peut justement heurter celui qui ne croit pas.
6. De cette manière, l’Église nous vient encore une fois en aide pour répondre à la question : « Qu’est-ce que la foi ? que signifie croire ? précisément sur l’arrière-plan de l’incroyance et de l’athéisme qui prennent parfois des formes de lutte programmée contre la religion, et spécialement contre le christianisme. En considération justement de cette hostilité, la foi doit croître de manière particulièrement consciente, pénétrante et mûre, caractérisée par un profond sens de responsabilité et d’amour envers tous les hommes. La conscience des difficultés, des objections et des persécutions doit réveiller une disponibilité encore plus pleine à rendre témoignage de « l’espérance qui est en nous. » (1 P 3,15.).
 
Catéchèse du 19 juin 1985
La foi enracinée dans la Parole de Dieu
1. Nous reprenons le discours sur la foi. Selon la doctrine contenue dans la Constitution Dei Verbum, la foi chrétienne est la réponse consciente et libre de l’homme à l’auto-révélation de Dieu qui a atteint sa plénitude en Jésus-Christ. Moyennant ce que saint Paul appelle « l’obéissance de la foi » (cf. Rm 1, 5 ; 16, 26 ; 2 Co 10, 5-6), tout l’homme s’abandonne à Dieu en acceptant comme vérité ce qui est contenu dans la Parole de la divine Révélation. La foi est une œuvre de la grâce qui agit dans l’intelligence et dans la volonté de l’homme et, en même temps, elle est un acte conscient et libre du sujet humain.
La foi, don de Dieu à l’homme, est aussi une vertu théologale et, en même temps, une disposition stable de l’âme, c’est-à-dire une habitude et une attitude intérieure durable. C’est pourquoi elle exige que l’homme la cultive continuellement, en coopérant activement et consciemment avec la grâce que Dieu lui offre.
2. Parce que la foi trouve sa source dans la Révélation divine, un aspect essentiel de la collaboration avec la grâce de la foi nous est donné par le contact constant et, autant qu’il est possible, par le contact systématique avec la Sainte Écriture où nous est transmise la vérité révélée par Dieu dans sa forme la plus authentique. Cela trouve des expressions multiples dans la vie de l’Église, comme nous le lisons encore dans la Constitution Dei Verbum.
« Il est nécessaire… que toute la prédication ecclésiastique, comme la religion chrétienne elle-même, soit nourrie et guidée par la Sainte Écriture. Une si grande force et une si grande puissance sont contenues dans les livres sacrés qu’ils constituent un soutien et une vigueur pour l’Église et pour les fils de l’Église, une solidité pour la foi, une nourriture pour l’âme et une source pure et éternelle pour la vie spirituelle. C’est pourquoi on applique de manière excellente à la Sainte Écriture l’affirmation : « La Parole de Dieu est vivante et efficace » (He 4, 12), elle qui a la force d’édifier et de donner l’héritage avec tous les sanctifiés (Ac 20, 32 ; cf. 1 Th 2, 14) » (DV 21).
3. Voilà pourquoi la Constitution Dei Verbum, en se référant à l’enseignement des Pères de l’Église, n’hésite pas à mettre ensemble les « deux tables », c’est-à-dire la table de la Parole de Dieu et celle du Corps du Christ, et elle note que l’Église ne cesse, « surtout dans la sainte liturgie, de se nourrir du pain de vie » de l’une et l’autre table, « et de le présenter aux fidèles » (cf. DV 21). En effet, l’Église a toujours considéré et continue de considérer la Sainte Écriture, avec la Tradition sacrée, « comme la règle suprême de sa foi » (ibid.) et, comme telle, elle l’offre aux fidèles pour leur vie de chaque jour.
4. De là découlent quelques indications pratiques qui ont une grande importance pour la consolidation de la foi dans la Parole du Dieu vivant. Elles s’appliquent en particulier aux évêques qui sont « les dépositaires de la doctrine apostolique » (S. Irénée, Adv. Haer. IV, 32, 1 ; PG 7, 1071) et que « l’Esprit-Saint a placés pour paître l’Église de Dieu » (cf. Ac 20, 28). Mais elles s’appliquent aussi respectivement à toutes les autres composantes du Peuple de Dieu : les prêtres, spécialement les curés de paroisse, les diacres, les religieux, les laïcs, les familles.
Il est avant tout « nécessaire que les fidèles aient un large accès à la Sainte Écriture » (DV 22). Ici se pose la question des traductions des livres sacrés. « L’Église a admis comme sienne, depuis les origines, la traduction grecque de l’Ancien Testament, appelée la Septante. Elle tient toujours en honneur les autres versions, orientales et latines. » (Ibid.) L’Église a aussi la préoccupation constante pour que l’on « fasse des traductions appropriées et exactes dans les diverses langues, de préférence à partir des textes originaux des livres sacrés » (ibid.).
L’Église n’est pas opposée à l’initiative de traductions « en collaboration avec les frères séparés » (DV 22), (traductions dites œcuméniques). Avec l’approbation de l’Église, elles peuvent être aussi utilisées par les catholiques.
5. La tâche suivante concerne la compréhension correcte de la Parole de la divine Révélation : l’intellectus fidei, qui culmine dans la théologie. Dans ce but, le Concile recommande « l’étude des saints Pères d’Orient et d’Occident et des saintes liturgies » (DV 23), et attribue une grande importance au travail des exégètes et des théologiens, toujours en étroite relation avec la Sainte Écriture : « La théologie sacrée s’appuie sur la Parole de Dieu écrite, ensemble avec la sainte Tradition, comme sur un fondement permanent ; en elle aussi, elle se fortifie, s’affermit et se rajeunit toujours, tandis qu’elle scrute, sous la lumière de la foi, toute la vérité contenue dans le mystère du Christ… Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc comme l’âme de la théologie sacrée. » (DV 24).
Le Concile adresse un appel aux exégètes et à tous les théologiens pour qu’ils « offrent au Peuple de Dieu l’aliment scripturaire, qui éclaire les esprits, affermit les volontés et ouvre les cœurs humains à l’amour de Dieu » (DV 23). Conformément à ce qui a été déjà dit sur les règles de la transmission de la Révélation, les exégètes et les théologiens doivent accomplir leur tâche « sous la vigilance du magistère sacré » (ibid.) et, en même temps, en ayant recours aux moyens et méthodes scientifiques opportuns (cf. DV 23). 6. S’ouvre ensuite le vaste et multiple ministère de la Parole dans l’Église : « La prédication pastorale, la catéchèse et toute forme d’instruction chrétienne (en particulier l’homélie liturgique)… Tout ce ministère se nourrit de la Parole de l’Écriture. » (cf. DV 24).
C’est pourquoi il est recommandé à tous ceux qui exercent le service de la Parole de « faire participer les fidèles… aux richesses surabondantes de la Parole divine » (DV 25). À cet effet, la lecture, l’étude, la méditation et la prière sont indispensables pour qu’il ne devienne pas « au-dehors un vain prédicateur de la Parole de Dieu celui qui ne l’écoute pas à l’intérieur de lui-même » (saint Augustin, Serm. 179, 1 : PL 38, 966).
7. Le Concile adresse une semblable exhortation à tous les fidèles, en se referant aux paroles de Saint Jérôme : « Ignorer les Écritures, en effet, c’est ignorer le Christ » (saint Jérôme, Comm. in Is., Prol. : PL 24-17.) À tous donc, le Concile recommande non seulement la lecture mais aussi la prière, qui doit accompagner la lecture de la Sainte Écriture : « … Par la lecture et l’étude des livres sacrés…, le trésor de la Révélation, confié à l’Église, remplit toujours plus le cœur des hommes. » (DV 26.) Cette « pénétration dans le cœur » va de pair avec le renforcement de notre « credo » chrétien dans la Parole du Dieu vivant.
 
Catéchèse du 26 juin 1985
L’unité des chrétiens
1. L’auto-révélation de Dieu, qui a atteint sa plénitude en Jésus-Christ, est la source de la foi chrétienne : c’est-à-dire de ce « credo » que l’Église exprime dans les symboles de foi. Cependant, au cours des siècles, il s’est produit différentes fractures et scissions dans le cadre de cette foi chrétienne. « Tous affirment qu’ils sont disciples, mais (les communions chrétiennes) ont des attitudes différentes et cheminent par des voies différentes, comme si le Christ lui-même était divisé. » (Cf. 1 Co 1, 13.) « Une seule et unique Église a été instituée par le Christ Seigneur. Et pourtant plusieurs Communions chrétiennes se présentent aux hommes comme le véritable héritage de Jésus-Christ » (UR 1), en divergence avec les autres et principalement avec l’Église catholique, apostolique, romaine.
2. À vrai dire, on déplorait déjà aux temps apostoliques des divisions entre les disciples du Christ, et saint Paul faisait déjà des reproches sévères aux responsables et les considérait comme dignes de condamnation (Cf. 1 Co 11, 18-19 ; Ga 1, 6-9, cf. 4 Jn 2, 18-19 ; cf. UR 3). Les divisions n’ont pas manqué non plus au cours des temps post-apostoliques. Celles qui « eurent lieu en Orient par la contestation des formules dogmatiques des Conciles d’Éphèse et de Chalcédoine » (UR 13), concernant la relation entre la nature divine et la nature humaine de Jésus-Christ méritent une attention particulière.
3. On doit cependant ici nommer surtout les deux plus grandes divisions qui intéressent, surtout la première, le christianisme en Orient, la seconde, en Occident. La rupture en Orient, appelée le schisme oriental et liée à la date de 1054, eut lieu « par la rupture de la communion ecclésiastique entre les patriarcats orientaux et le Siège romain » (UR 13). Par l’effet de cette rupture, il y a dans le cadre du christianisme l’Église catholique (romaine-catholique) et l’Église ou les Églises Orthodoxes, dont le centre historique se trouve à Constantinople.
« D’autres ruptures, après plus de quatre siècles, se sont produites en Occident, en conséquence d’événements que l’on a coutume d’appeler la Réforme. Il en résulta que plusieurs Communions, soit nationales soit confessionnelles, furent séparées du Siège romain. Parmi celles qui gardent en partie les traditions et les structures catholiques, la Communion anglicane occupe une place particulière. Cependant, ces diverses séparations diffèrent beaucoup entre elles, non seulement en raison de leur origine et des circonstances de lieu et de temps, mais surtout par la nature et la gravité des questions concernant la foi et la structure ecclésiale. » (Ibid.)
4. Il ne s’agit donc pas seulement de divisions concernant la discipline. C’est le contenu même du « credo » chrétien qui est entamé. Un théologien protestant moderne, K. Barth, a exprimé cette situation de division par la phrase suivante : « Nous croyons tous en un seul Christ, mais pas tous de la même manière. »
Le Concile Vatican II se prononce de la manière suivante : « Une telle division s’oppose ouvertement à la volonté du Christ et elle est, pour le monde, un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature. » (UR 1.)
Les chrétiens d’aujourd’hui doivent se rappeler et méditer avec une sensibilité particulière les paroles de la prière que le Christ Seigneur adressa à son Père le soir où il allait être trahi : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient eux aussi en nous une seule chose, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21.)
5. Le vif écho de ces paroles fait que, spécialement dans la situation historique actuelle nous sommes envahis, quand nous récitons le credo chrétien, d’un ardent désir de l’union des chrétiens jusqu’à la pleine unité dans la foi. Nous lisons dans le document conciliaire : « Le Maître des siècles, qui poursuit son dessein de grâce avec sagesse et patience à l’égard des pécheurs que nous sommes, a commencé en ces derniers temps à répandre plus abondamment dans les chrétiens divisés entre eux l’esprit de repentir et le désir de l’union. Très nombreux sont partout les hommes qui ont été touchés par cette grâce et, sous l’action de l’Esprit-Saint, est né un mouvement qui s’amplifie également de jour en jour chez nos frères séparés en vue de rétablir l’unité de tous les chrétiens. À ce mouvement vers l’unité qu’on appelle le mouvement œcuménique, prennent part ceux qui invoquent le Dieu Trinité et confessent Jésus pour Seigneur et Sauveur, non seulement pris un à un, mais aussi réunis en communautés dans lesquelles ils ont entendu l’Évangile et qu’ils appellent leur Église et l’Église de Dieu. Presque tous cependant, bien que de façon diverse, aspirent à une Église de Dieu, une et visible, vraiment universelle, envoyée au monde entier pour qu il se convertisse à l’Évangile et qu il soit ainsi sauvé pour la gloire de Dieu. » (UR 1.)
6. Cette longue citation est tirée du Décret sur l’œcuménisme (Unitatis redintegratio) où le Concile Vatican II a précisé la manière dont le désir de l’union des chrétiens doit pénétrer la foi de l’Église et comment il doit se réfléchir concrètement dans l’attitude de foi de tout chrétien-catholique et influencer son agir c’est-à-dire la réponse qu’il doit donner aux paroles de la prière sacerdotale du Christ. Paul VI a vu dans l’engagement œcuménique le cercle premier et le plus proche de ce « dialogue du salut » que l’Église doit poursuivre avec tous les frères dans la foi séparés mais toujours frères ! De nombreux événements des derniers temps après l’initiative de Jean XXIII, l’œuvre du Concile et par la suite les efforts postconciliaires nous aident à comprendre et à expérimenter que, malgré tout, « ce qui nous unit est plus considérable que ce qui nous divise ». C’est également avec cette disposition à esprit que professant le « credo » nous « nous abandonnons à Dieu » (Cf. DV 5) attendant surtout de Lui la grâce du don de la pleine union dans cette foi de tous les témoins du Christ. Pour notre part nous nous engagerons de toutes nos forces dans la prière et dans l’action en cherchant les voies de la vérité dans la charité.
 
Catéchèse du 3 juillet 1985
L’homme devant Dieu
1. Nos réflexions sur la catéchèse nous mènent aujourd’hui face au grand mystère de la foi, le premier article de notre Credo : Je crois en Dieu. Parler de Dieu signifie affronter un thème sublime et sans limites, mystérieux et attirant. Mais ici, sur le seuil comme celui qui se prépare à un long et fascinant voyage de découverte — et un discours authentique sur Dieu est toujours ainsi — nous sentons le besoin de prendre d’avance la bonne direction pour notre marche, en préparant notre esprit à la compréhension de vérités combien hautes et décisives.
Pour atteindre ce but, je pense qu’il est nécessaire de répondre dès maintenant à quelques questions, dont la première est : pourquoi parler aujourd’hui de Dieu ?
2. À l’école de Job qui confessa humblement : « Je ne fais pas le poids… Je mets ma main sur ma bouche » (40, 4), nous percevons avec force que précisément la source de nos suprêmes certitudes de croyants, le mystère de Dieu, est aussi et d’abord la source féconde de nos questions les plus profondes : Qui est Dieu ? Pouvons-nous le connaître d’une manière vraie en notre condition humaine ? Qui sommes-nous, créatures, devant Dieu ?
Ces questions provoquent depuis toujours des difficultés qui nous tourmentent parfois : Si Dieu existe, alors pourquoi tant de mal dans le monde ? Pourquoi l’impie triomphe-t-il alors que le juste est méprisé ? La toute-puissance de Dieu ne finit-elle pas par éliminer notre liberté et notre responsabilité ?
Ce sont là des questions, des difficultés, qui se mêlent aux attentes et aux aspirations dont les hommes de la Bible, dans les psaumes en particulier, sont devenus les porte-parole universels : « Comme le cerf soupire après l’eau vive, ainsi mon âme soupire vers toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant ; quand viendrai-je et verrai-je le visage de Dieu ? » (Ps 41/42, 2-3.) De Dieu, on attend la santé, la libération du mal, le bonheur et aussi, dans un splendide élan de confiance, de pouvoir être avec Lui, « d’habiter dans sa maison » (cf. Ps 83/84, 2). Voilà pourquoi nous parlons de Dieu : parce que c’est un besoin dont l’homme ne peut se passer.
3. La seconde question est : comment parler de Dieu ? Comment parler de Lui correctement ? Même parmi les chrétiens beaucoup ont de Dieu une image déformée. On doit se demander si on a fait une juste recherche, en arrivant à la vérité à partir de sources authentiques et avec l’attitude qui convient. Ici, je crois que l’on doit réclamer avant tout, comme attitude fondamentale, l’honnêteté de l’intelligence, c’est-à-dire rester ouvert à ces signes de la vérité que Dieu lui-même a laissés de Lui dans le monde et dans notre histoire. Il y a certainement le chemin de la saine raison (et, en son temps, nous réfléchirons sur ce que l’homme, par ses seules forces, peut connaître de Dieu). Mais je m’empresse de dire dès maintenant que Dieu offre à la raison, bien au-delà de ses possibilités naturelles, une splendide « documentation » sur lui-même : celle que le langage de la foi appelle la « Révélation ». Le croyant, et tout homme de bonne volonté qui cherche le visage de Dieu, a à sa disposition avant tout l’immense trésor de la Sainte Écriture, véritable journal de Dieu dans ses rapports avec son peuple, qui contient, au centre, l’incomparable révélateur de Dieu Jésus-Christ : « Qui me voit voit le Père. » (Jn 14, 9.) Jésus, quant à lui, a confié son témoignage à l’Église qui, depuis toujours, avec l’aide de l’Esprit de Dieu, en a faut l’objet d’une recherche passionnée, d’un approfondissement progressif et aussi d’une défense acharnée devant des erreurs et des déformations. La documentation authentique sur Dieu passe donc par la Tradition vivante, dont tous les Conciles sont des témoignages fondamentaux : de Nicée à Constantinople, jusqu’à Vatican I et Vatican II. Nous aurons le souci de nous reporter à ces sources authentiques de la vérité.
La catéchèse puise en outre son contenu sur Dieu également dans la double expérience ecclésiale : la foi priée, la liturgie, dont les formulations sont une continuelle, une inoubliable conversation sur Dieu, car on parle avec Lui ; et la foi vécue par les chrétiens, par les saints en particulier, qui ont eu la grâce d’une profonde communion avec Dieu. Donc nous ne sommes pas destinés seulement à poser des questions sur Dieu, pour nous perdre ensuite dans une forêt de réponses hypothétiques ou bien trop abstraites. Dieu lui-même a pris les devants par une richesse organique d’indications sûres. L’Église sait qu’elle possède dans son patrimoine de doctrine et de vie, par la grâce de Dieu lui-même, la juste direction pour parler de Lui avec respect et vérité. Et jamais comme aujourd’hui on a ressenti le devoir d’offrir aux hommes, avec loyauté et amour, la réponse essentielle qu’ils attendent.
4. C’est ce que je veux faire au cours de ces rencontres. Mais comment ? Il y a diverses manières de faire une catéchèse, et, en définitive, leur légitimité dépend de la fidélité à l’égard de la foi de l’Église. J’ai cru qu’il était opportun de choisir la voie qui, tout en se réclamant directement de la Sainte Écriture, se réfère par ailleurs aux Symboles de foi, dans la compréhension approfondie qu’en a fournie la pensée chrétienne tout au long de vingt siècles de réflexions. En proclamant la vérité sur Dieu, mon intention est de vous inviter tous à reconnaître la valeur que nous offre non seulement la voie historico-positive, mais aussi celle qui est offerte par la réflexion doctrinale élaborée par les grands Conciles et le Magistère ordinaire de l’Église. De cette manière, sans diminuer en rien la richesse des données bibliques, nous pourrons éclairer des vérités de foi ou proches de la foi ou tout au moins théologiquement fondées qui, parce qu’elles ont été exprimées dans un langage dogmatique et spéculatif, risquent d’être moins ressenties et appréciées par beaucoup d’hommes d’aujourd’hui, avec, en conséquence, un grave appauvrissement de la connaissance de Celui qui est le mystère insondable de lumière.
5. Je ne puis terminer cette catéchèse qui inaugure notre discours sur Dieu sans rappeler une seconde attitude fondamentale, en plus de celle de l’honnêteté de l’intelligence dont j’ai parlé plus haut. Et c’est l’attitude du cœur docile et reconnaissant. Nous parlons de Celui qu’Isaïe nous propose comme le « trois fois saint » (6, 3). Nous devons donc parler de lui avec un respect extrêmement vif et total, dans l’adoration. En même temps, cependant, soutenus par Celui « qui est dans le sein du Père et qui nous l’a révélé » (Jn 1, 18), Jésus-Christ notre frère, nous en parlons avec un amour très doux. « Car tout est de Lui, par Lui et pour Lui. À Lui la gloire dans les siècles. Amen. » (Rm 11, 36.)
 
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