Jésus-Christ, législateur divin
1. Nous trouvons dans les Évangiles un autre fait qui atteste la conscience qu’avait Jésus de son autorité divine et de la persuasion qu’eurent de cette autorité les évangélistes et la première communauté chrétienne. En effet, les Synoptiques concordent pour dire que les auditeurs de Jésus « étaient stupéfaits de son enseignement, parce qu’il enseignait comme quelqu’un qui a autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1, 22 ; Mt 7, 29 ; Lc 4, 32). C’est une information précieuse que Marc nous donne dès le début de son Évangile. Il atteste que la foule avait immédiatement perçu la différence entre l’enseignement du Christ et celui des scribes israélites, et pas seulement dans la façon mais dans la substance même ; les scribes appuyaient leur enseignement sur le texte de la loi mosaïque, dont ils étaient les interprètes et les glossateurs ; Jésus ne suivait pas la méthode d’un enseignant ou d’un « commentateur » de la Loi ancienne, mais il se comportait comme un législateur et, en définitive, comme quelqu’un qui avait autorité sur la Loi. On notera que les auditeurs savaient bien qu’il s’agissait de la Loi divine, donnée par Moïse en vertu d’un pouvoir que Dieu lui avait accordé comme à son représentant et médiateur auprès du peuple d’Israël.
Les évangélistes et la première communauté chrétienne qui réfléchissaient sur cette observation faite par les auditeurs à propos de l’enseignement de Jésus se rendaient encore mieux compte de sa signification intégrale parce qu’ils pouvaient la confronter avec le ministère du Christ qui s’ensuivit. Pour les Synoptiques et pour leurs lecteurs en découlait logiquement le passage de l’affirmation d’un pouvoir sur la loi de Moïse et sur tout l’Ancien Testament à l’affirmation de la présence d’une autorité divine dans le Christ. Et pas seulement autorité d’un envoyé ou d’un légat de Dieu, comme cela avait été le cas pour Moïse : en s’attribuant le pouvoir de compléter et d’interpréter avec autorité la Loi de Dieu ou d’aller jusqu’à la donner d’une manière nouvelle, le Christ démontrait qu’il était conscient d’être « l’égal de Dieu » (cf. Ph 2, 6).
2. Le fait que le Christ ne crée pas une autre Loi qui abolirait l’ancienne démontre que le pouvoir qu’il s’attribue sur la Loi comporte une autorité divine : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes ; Je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir. » (Mt 5, 17.) Il est évident que Dieu ne pourrait « abolir » la Loi que lui-même a donnée. Il peut par contre — comme le fait Jésus-Christ — éclairer sa pleine signification, faire comprendre son sens juste, corriger les fausses interprétations et les applications arbitraires auxquelles le peuple et ses maîtres et chefs eux-mêmes l’ont soumise, en cédant à la faiblesse et aux limitations de la condition humaine.
Voilà pourquoi Jésus annonce, proclame et réclame une « justice » supérieure à celle des scribes et des pharisiens (cf. Mt 5, 20), la « justice » que Dieu lui-même s’est choisie et qu’il exige par l’observance fidèle de la Loi au sujet du « Royaume des cieux ». Le Fils de l’homme agit dès lors comme un Dieu qui rétablit ce que Dieu a voulu et établi une fois pour toutes.
3. En effet, de la Loi de Dieu, il proclame avant toute chose : « En vérité, je vous le dis, avant que le ciel et la terre ne passent, pas un iota, pas un signe de la Loi ne passera que tout soit accompli. » (Mt 5, 18.) C’est une déclaration vigoureuse par laquelle Jésus veut affirmer à la fois l’immutabilité substantielle de la Loi mosaïque et l’accomplissement messianique que celle-ci reçoit dans sa parole. Il s’agit d’une « plénitude » de la Loi ancienne que Jésus — en l’enseignant « comme quelqu’un qui a autorité » sur la Loi — montre comme se manifestant surtout dans l’amour de Dieu et du prochain : « De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les prophètes. » (Mt 22, 40.) Il s’agit d’un « accomplissement » correspondant à l’esprit « de la Loi » qui déjà transparaît dans la « lettre » de l’Ancien Testament que Jésus recueille résume et propose avec l’autorité de celui qui est Seigneur même de la Loi. Les préceptes de l’amour et aussi de la foi qui engendre l’espérance dans l’œuvre messianique qu’il ajoute à la Loi ancienne en sont aussi un accomplissement par l’explicitation de leur contenu et le développement de leurs virtualités cachées.
La vie de Jésus est un modèle de cet accomplissement, de sorte qu’il peut dire à ses disciples non seulement : suivez ma Loi mais aussi : Suivez-moi, imitez-moi, marchez dans la lumière qui vient de moi.
4. Le discours sur la montagne tel que le rapporte Matthieu est l’endroit du Nouveau Testament où l’on voit clairement affirmé et exercé par Jésus le pouvoir sur la Loi qu’Israël a reçue de Dieu comme pivot de l’Alliance. C’est là que, après avoir déclaré la valeur éternelle de la Loi et le devoir de l’observer (Mt 5, 18-19), Jésus en vient à affirmer la nécessité d’une « justice » supérieure à « celle des scribes et des pharisiens », c’est-à-dire d’une observance de la Loi animée par le nouvel esprit évangélique de charité et de sincérité. Les manifestations concrètes en sont connues. La première consiste en la victoire sur la colère, le ressentiment, le mauvais esprit qui se logent facilement dans le cœur humain même quand on peut faire montre d’une observance extérieure des préceptes mosaïques, parmi lesquels celui de ne pas tuer : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : ne tue pas ; celui qui aura tué sera soumis à la justice. Mais moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère sera passible de la justice. » (Mt 5, 21-22.) La même chose vaut pour celui qui aura offensé son frère par des paroles injurieuses, le raillant et le tournant en dérision. C’est la condamnation de toute soumission à l’instinct de haine qui, virtuellement, est déjà un acte de lésion et même de meurtre, au moins spirituel, parce qu’il détruit l’économie de l’amour dans les rapports humains et fait du mal aux autres ; et à cette condamnation Jésus entend opposer la Loi de la charité qui purifie et réordonne l’homme jusque dans les sentiments et les mouvements les plus intimes de son esprit. Jésus fait de la fidélité à cette Loi une condition indispensable de la pratique religieuse elle-même : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter ton offrande. » (Mt 5, 23-24.) S’agissant d’une loi d’amour, il est même inconcevable d’avoir quelque chose dans le cœur contre l’autre : l’amour prêché par Jésus rend tous les hommes égaux et les unifie dans la volonté de faire le bien, d’établir les rapports avec le prochain jusque dans les disputes ou dans les poursuites judiciaires (cf. Mt 5, 25).
5. Un autre exemple de perfectionnement de la Loi concerne le sixième commandement du Décalogue dans lequel Moïse prohibe l’adultère. Dans un langage hyperbolique et même paradoxal, propre à attirer l’attention et secouer l’état d’esprit de ses auditeurs, Jésus déclare : « Vous avez entendu qu’il a été dit : tu ne commettras pas l’adultère mais moi je vous dis… » (Mt 5, 27) : et il condamne aussi les regards et les désirs impurs tandis qu’il recommande la fuite des occasions, le courage de la mortification, la soumission de tous les actes et comportements aux exigences du salut de l’âme et de l’homme tout entier (cf. Mt 5, 29-30). À ceci se rapporte, d’une certaine façon, un autre cas auquel Jésus est confronté peu après : « Il a été dit aussi : Celui qui répudie sa propre femme lui donnera un acte de divorce ; mais moi je vous dis… » et il déclare caduque la concession faite par l’ancienne Loi au peuple d’Israël « en raison de la dureté de cœur » (cf. Mt 19, 8), interdisant aussi cette forme de violation de la Loi de l’amour en harmonie avec le rétablissement de l’indissolubilité du mariage (cf. Mt 19, 9).
6. De la même façon, Jésus oppose à l’ancienne interdiction du parjure celle de ne pas jurer du tout (Mt 5, 33-38) et la raison qui en ressort avec évidence est encore fondée sur l’amour : il ne faut pas être incrédule ou méfiant envers le prochain quand celui-ci est habituellement loyal et franc, il faut plutôt recourir, de part et d’autre, à cette loi fondamentale du parler et de l’agir : « Que votre langage soit : oui, si c’est un oui ; non, si c’est un non. Ce qui est en plus vient du malin. » (Mt 5, 37.)
7. Et encore : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent, mais moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant… » (Mt 5, 38-39.) Et, dans un langage métaphorique, Jésus enseigne à tendre l’autre joue, à céder non seulement sa tunique mais encore son manteau, à ne pas répondre à la violence et aux injures d’autrui et surtout : « À celui qui te demande, donne et à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos. » (Mt 5, 42.) C’est une exclusion radicale de la loi du talion dans la vie personnelle du disciple de Jésus, quel que soit le devoir de la société de défendre ses membres contre les malfaiteurs et de punir les coupables de la violation des droits des citoyens et de l’État lui-même.
8. Et voici le perfectionnement ultime dans lequel tous les autres trouvent leur centre dynamique : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi ; mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs afin d’être les fils de votre Père céleste qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et les injustes… » (Mt 5, 43-45.) À l’interprétation courante de la Loi ancienne qui identifiait le prochain avec l’israélite et même l’israélite pieux, Jésus oppose l’interprétation authentique du commandement de Dieu et lui ajoute la dimension religieuse de la référence au Père céleste clément et miséricordieux qui répand ses bienfaits sur tous et est de ce fait l’exemple suprême de l’amour universel. Jésus conclut en effet : « Soyez… parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mt 5, 48.) Il demande à ceux qui le suivent la perfection de l’amour. La Loi nouvelle qu’il apporte se résume dans l’amour. Cet amour fera dépasser par l’homme, dans ses rapports avec les autres, la classique opposition ami-ennemi, et tendra à se traduire, du plus profond du cœur, dans des formes correspondantes de solidarité sociale, politique et aussi institutionnalisée. Le rayonnement « du commandement nouveau » de Jésus sera donc très large, dans l’histoire.
9. Il est surtout important de souligner, maintenant, que dans les passages importants du « discours sur la montagne » se répète souvent l’opposition : « Vous avez entendu qu’il a été dit… Mais moi je vous dis » ; et cela non pour « abolir » la Loi divine de l’Ancienne Alliance mais pour indiquer le « parfait accomplissement », selon le sens donné par Dieu-législateur, que Jésus éclaire d’une lumière nouvelle et explique dans toute sa valeur réalisatrice de vie nouvelle et génératrice d’histoire nouvelle : et il le fait en s’attribuant une autorité qui est celle même du Dieu-législateur. On peut dire que dans cette expression six fois répétée : Je vous dis, résonne l’écho de définition que Dieu a donnée de lui-même et que Jésus s’est aussi attribuée : « Je suis. » (Cf. Jn 8, 58.)
Ayez foi en Dieu et ayez foi aussi en moi
1. Les faits que nous avons analysés dans les catéchèses précédentes sont, dans leur ensemble, éloquents et probants au regard de la conscience que Jésus avait de sa propre divinité lorsqu’il s’attribue à lui-même le Nom de Dieu, ses attributs divins, le pouvoir du jugement dernier sur les œuvres de tous les hommes, le pouvoir de remettre les péchés, le pouvoir sur la loi de Dieu elle-même. Ce sont tous les aspects de l’unique vérité que Jésus a fortement affirmée, celle d’être vrai Dieu, un seul être avec le Père. C’est cela qu’il dit ouvertement aux juifs lorsqu’il parle avec eux dans le Temple le jour de la fête de la Dédicace : « Moi et le Père nous sommes un. » (Jn 10, 30.) Et cependant, tout en s’attribuant ce qui est le propre de Dieu, Jésus parle de lui-même comme du « Fils de l’homme », soit à cause de l’unité personnelle de l’homme et de Dieu en lui, soit pour suivre la pédagogie qu’il a choisie de conduire peu à peu ses disciples, comme en les tenant par la main, vers les hauteurs et la profondeur mystérieuses de sa vérité. En tant que « Fils de l’homme », il n’hésite pas à demander : « Ayez foi en Dieu et ayez foi aussi en moi. » (Jn 14, 1.)
Le déroulement de tout le discours des chapitres 14-17 de Jean, et spécialement les réponses données par Jésus à Thomas et à Philippe, prouve que lorsqu’il leur demande de croire en lui, il s’agit non seulement de la foi au Messie en tant que l’Oint et l’Envoyé de Dieu, mais aussi de la foi au Fils qui est de la même substance que le Père. « Ayez foi en Dieu et ayez foi aussi en moi. »
2. Ces paroles sont rapportées dans le contexte du dialogue de Jésus avec ses apôtres à la dernière Cène, dans l’évangile de Jean. Jésus dit aux apôtres qu’il va leur préparer une place dans la maison du Père (cf. Jn 14, 2-3). Et quand Thomas lui demande le chemin pour aller à cette maison, à ce nouveau royaume, Jésus répond qu’il est le chemin, la vérité et la vie (cf. Jn 14, 6). Quand Philippe lui demande de montrer aux disciples le Père, Jésus répond sans équivoque aucune : « Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même mais le Père qui est avec moi accomplit ses œuvres. Croyez-moi : Je suis dans le Père et le Père est en moi ; croyez du moins à cause des œuvres mêmes. » (Cf. Jn 14, 9-11.) Il n’est pas possible d’échapper à l’emprise de cette déclaration de Jésus sur l’intelligence humaine à moins de partir, déjà, d’un a priori antidivin. À ceux qui admettent le Père et qui le recherchent avec piété, Jésus se montre lui-même et dit : Voici, le Père est en moi !
3. Tout au plus, pour offrir des motifs de crédibilité, Jésus fait appel à ses œuvres, à tout ce qu’il a accompli aux yeux des disciples et de toute la foule. Il s’agit d’œuvres saintes et souvent miraculeuses accomplies comme des signes de sa vérité. C’est pour cela qu’il mérite que l’on ait foi en lui. Jésus le dit non seulement dans le cercle de ses apôtres mais devant tout le peuple. Nous lisons, en effet, que le jour suivant l’entrée triomphante à Jérusalem, la grande foule venue pour les célébrations pascales discutait au sujet de la personne du Christ — et la plupart ne croyaient pas en Jésus — « bien qu’il eût accompli tant de signes devant eux » (Jn 12, 37). À un certain moment « Jésus… cria d’une voix forte : « Qui croit en moi, ce n’est pas en moi qu’il croit mais en Celui qui m’a envoyé, et qui me voit voit Celui qui m’a envoyé. » (Jn 12, 44.) On peut donc dire que Jésus-Christ s’identifie à Dieu en tant qu’objet de la foi demandée et proposée à ceux qui le suivent. Et il leur explique : « Ainsi donc, ce que je dis, je le dis comme le Père me l’a dit » (Jn 12, 50) : allusion transparente à la parole éternelle par laquelle le Père engendre le Verbe — Fils — à la vie trinitaire. Cette foi, liée aux œuvres et aux paroles de Jésus, devient « une conséquence logique » pour ceux qui écoutent honnêtement Jésus, observent ses œuvres et méditent ses paroles. Mais elle est aussi le présupposé et la condition indispensable que Jésus lui-même exige de ceux qui veulent devenir ses disciples ou bénéficier de son pouvoir divin.
4. À cet égard, ce que Jésus dit au père de l’enfant épileptique, investi depuis l’enfance par un « esprit muet » qui se déchaînait en lui d’une façon impressionnante, est aussi significatif. Le pauvre père supplie Jésus : « Si tu peux quelque chose, aie pitié de nous et aide-nous. Jésus lui dit : Si tu peux !… Tout est possible à celui qui croit. Le père de l’enfant de s’écrier aussitôt : Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi. » (Mc 9, 22 23.) Et Jésus opère la guérison et la libération de ce malheureux. Mais il veut de la part du père de l’enfant une ouverture du cœur dans la foi. C’est ce que lui ont donné, au cours des siècles, tant de créatures humbles et affligées qui, comme le père de l’épileptique, se sont tournées vers lui pour demander une aide dans leurs besoins temporels et plus encore dans leurs besoins spirituels.
5. Par contre, à l’égard des hommes qui, quelle que soit leur condition sociale et culturelle, lui opposent une résistance orgueilleuse et incrédule, Jésus châtie leur attitude en ne les admettant pas à partager les bienfaits qu’obtient son pouvoir divin. Ce que l’on peut lire au sujet des habitants de Nazareth chez lesquels Jésus était retourné après le début de son ministère et ses premiers miracles est significatif et impressionnant. Ceux-ci ne s’étonnaient pas seulement de sa doctrine et de ses œuvres, mais ils étaient absolument « scandalisés par lui », lui parlant et le traitant avec défiance et hostilité comme une personne indésirable. « Mais Jésus leur disait : Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. Et il ne pouvait opérer là aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonnait de leur manque de foi. ». (Mc 6, 4-6.) Les miracles sont des « signes » du pouvoir divin de Jésus. Quand il y a un refus obstiné à la reconnaissance de ce pouvoir, le miracle perd sa raison d’être. Du reste, aux disciples qui, après la guérison de l’épileptique, demandent à Jésus pourquoi eux, qui avaient pourtant reçu de lui ce pouvoir, n’avaient cependant pas réussi à chasser le démon, il répond : « Parce que vous avez peu de foi. En vérité je vous le dis, si vous avez de la foi gros comme un petit grain de sénevé, vous direz à cette montagne : déplace-toi d’ici, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. » (Mt 17, 19-20.) C’est par un langage figuré et hyperbolique que Jésus veut transmettre à ceux qui le suivent la nécessité et la puissance de la foi.
6. C’est ce que souligne également Jésus en conclusion du miracle de la guérison de l’aveugle-né, quand il le rencontre et lui demande : « Crois-tu au Fils de l’homme ? Il répond : Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu le vois ; celui qui te parle, c’est lui. Alors il déclare : Je crois Seigneur, et il se prosterne devant lui. » (Jn 9, 35-38.) C’est l’acte de foi d’un homme humble, image de tous les humbles qui cherchent Dieu (cf. Dt 29, 3 ; Is 6, 9 s. ; Jr 5, 21 ; Éz 12, 2) : il obtient la grâce de la vue non seulement physique mais spirituelle parce qu’il reconnaît le « Fils de l’homme », à la différence des présomptueux qui se fient seulement à leur lampe et refusent la lumière qui vient d’en haut, et c’est pourquoi ils se condamnent eux-mêmes, devant le Christ et devant Dieu, à la cécité (cf. 9, 39-41).
7. L’importance décisive de la foi apparaît avec une évidence encore plus manifeste dans le dialogue entre Jésus et Marthe, devant le sépulcre de Lazare : « Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera. Je sais, dit Marthe, qu’il ressuscitera au dernier jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie ; qui croit en moi, même s’il meurt, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? Elle lui répond : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. » (Jn 11, 23-27.) Et Jésus ressuscita Lazare, comme signe de sa propre puissance divine, non seulement de ressusciter les morts, en sa qualité de Seigneur de la vie, mais aussi de vaincre la mort, lui qui, comme il l’a dit à Marthe, est la résurrection et la vie !
8. L’enseignement de Jésus sur la foi, comme condition de son action salvifique, se résume et se confirme dans la conversation nocturne avec Nicodème, « un notable des juifs », bien disposé à son égard et prêt à le reconnaître comme « maître venu de Dieu » (Jn 3, 12). Jésus lui tient un long discours sur la « vie nouvelle » et, en définitive, sur la nouvelle économie du salut fondée sur la foi au « Fils de l’homme qui doit être élevé afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 15-16). Donc, la foi dans le Christ est une condition constitutive du salut, de la vie éternelle. C’est la foi du Fils unique — consubstantiel au Père — en qui s’est manifesté l’amour du Père. En effet, « Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3, 17). Le jugement, en réalité, est immanent aux choix que l’on fait, à l’adhésion ou au refus de la foi dans le Christ : « Qui croit en lui n’est pas jugé ; qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu. » (Jn 3, 18.) En parlant avec Nicodème, Jésus situe dans le mystère pascal le point central de la foi qui sauve : « Il faut que soit élevé sur la croix le Fils de l’homme, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle. » (Jn 3, 14-15.) On peut également appeler cela le « point critique » de la foi dans le Christ. La croix a été la preuve définitive de la foi pour les apôtres et les disciples du Christ. Devant cette « élévation », il y avait de quoi être bouleversé, comme cela fut, en partie, le cas. Mais le fait « que lui est ressuscité le troisième jour » leur permit de sortir victorieusement de cette ultime épreuve. Même Thomas, qui fut le dernier à surmonter l’épreuve pascale de la foi, fait jaillir cette magnifique profession de foi lors de sa rencontre avec le Ressuscité : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20, 28.) Comme déjà, Pierre, à Césarée de Philippe (cf. Mt 16, 16), de même Thomas, dans cette rencontre pascale, laisse exploser le cri de la foi qui vient du Père : Jésus crucifié et ressuscité est « Seigneur et Dieu » !
9. Immédiatement après avoir rapporté cette profession de foi et la réponse de Jésus qui proclame la béatitude de ceux « qui n’ont pas vu et qui ont cru » (Jn 20, 29), Jean offre une première conclusion de son Évangile : « Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 30-31.)
Donc, tout ce que Jésus faisait et enseignait, tout ce que les apôtres ont prêché et témoigné et les évangélistes écrit, tout ce que l’Église garde et répète de leur enseignement doit servir à la foi, car, en croyant, on obtient le salut. Le salut et donc la vie éternelle — est lié à la mission messianique de Jésus-Christ, de laquelle dérive toute la « logique » et l’« économie » de la foi chrétienne. Le même Jean l’a proclamé dès le prologue de son Évangile : « À tous ceux… qui l’ont accueilli (le Verbe) a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu : à ceux qui croient en son nom. » (Jn 1, 12.)
« Qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera »
1. Dans notre recherche des signes évangéliques révélateurs de la conscience que le Christ avait de sa divinité, nous avons souligné dans la catéchèse précédente la demande, qu’il fit à ses apôtres, d’avoir foi en lui : « Ayez foi en Dieu ayez foi aussi en moi » (Jn 14, 1) : demande que Dieu seul peut faire. C’est cette foi que Jésus exige quand il manifeste une puissance divine qui dépasse toutes les forces de la nature, par exemple lors de la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 38-44) ; il l’exige aussi à l’heure de l’épreuve, comme foi en la puissance salvifique de sa croix, ainsi qu’il le déclare dès le moment de son entrevue avec Nicodème (cf. Jn 3, 14-15) ; et elle est foi en sa divinité : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9). La foi se réfère à une réalité invisible, qui est au-delà des sens et de l’expérience, et qui dépasse les limites de l’intellect humain lui-même (argumentum non apparentium : « preuve de ces choses qu’on ne voit pas » : cf. He 11, 1) : elle se réfère, comme le dit saint Paul, à « ces choses que l’œil n’a pas vu, que l’oreille n’a pas entendu, qui ne sont pas montées au cœur de l’homme », mais que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment (cf. 1 Co 2, 9). Lorsque, c’est cette foi qu’exige Jésus le jour précédant sa mort en croix, humainement ignominieuse, il dit aux apôtres qu’il va leur préparer une place dans la maison du Père (cf. Jn 14, 2).
2. Ces choses mystérieuses — réalité invisible — s’identifient avec le Bien infini de Dieu, Amour éternel, suprêmement digne d’être aimé au-dessus de toute chose ». C’est pourquoi, en même temps qu’il demande la foi, Jésus donne le commandement de l’amour de Dieu « au-dessus de toute chose » ; commandement déjà présent dans l’Ancien Testament, mais redit et confirmé par Jésus de manière nouvelle. Il est vrai que lorsqu’il répond à la question : « Maître quel est le plus grand commandement de la Loi ? », Jésus répète les paroles de la loi de Moïse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » (Mt 22, 37 ; cf. Dt 6, 5.) Mais la plénitude du sens que le commandement prend dans la bouche de Jésus naît de la référence à d’autres éléments du contexte où il agit et enseigne. Sans aucun doute, il veut inculquer que Dieu seul peut et doit être aimé au-dessus de tout le créé ; et c’est seulement en rapport avec Dieu que peut exister dans l’homme l’exigence d’un amour au-dessus de toute chose. Dieu seul, en vertu de cette exigence d’amour total et radical, peut appeler l’homme à « le suivre » sans réserves, sans limitations, de façon indivisible, comme nous le lisons déjà dans l’Ancien Testament : « C’est le Seigneur votre Dieu que vous suivrez… ce sont ses commandements que vous garderez, c’est lui que vous servirez, et à lui que vous demeurerez fidèles. » (Dt 13, 5.) En effet, Dieu seul « est bon » au sens absolu (cf. Mc 10, 18 ; et Mt 19, 17). Dieu seul est « amour » (1 Jn 4, 16) par essence et par définition. Mais voilà un élément qui apparaît nouveau et surprenant dans la vie et dans l’enseignement du Christ.
3. Jésus appelle à le suivre personnellement. On peut dire que cet appel est au centre même de l’Évangile. D’une part Jésus adresse cet appel ; de l’autre nous entendons les évangélistes parler des hommes qui le suivent, et même de certains d’entre eux qui laissent tout pour le suivre. Pensons à tous ces appels que les évangélistes nous ont rapportés : « L’un des disciples lui dit : « Seigneur permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus lui réplique : « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts » (Mt 8, 21-22) ; façon radicale de dire : laisse tout, immédiatement, pour moi. Il en est de même dans le récit de Matthieu. Luc ajoute la connotation apostolique de cette vocation : « Pour toi, va-t’en annoncer le royaume de Dieu. » (Lc 9, 60.) Une autre fois, en passant à côté de la recette des impôts, il dit, et imposa presque à Matthieu, qui confirme le fait : « Suis-moi. Et se levant il le suivit. » (Mt 9, 9 ; cf. Mc 2, 13-14.) Suivre Jésus signifie souvent laisser, non seulement ses occupations et couper les liens que l’on a dans le monde, mais aussi se détacher des conditions d’aisance dans lesquelles l’on se trouve, et même donner ses biens aux pauvres. Tout le monde ne se sent pas capable de faire cette rupture radicale : le jeune homme riche n’en eut pas le courage, et pourtant, dès son jeune âge, il avait observé la Loi et, peut-être, cherché sérieusement une vie de perfection. Mais « quand il entendit cela (c’est-à-dire l’invitation de Jésus), le jeune homme s’en alla contristé, car il avait de grands biens » (Mt 19, 22 ; cf. Mc 10, 22). Par contre, d’autres, non seulement acceptent ce « suis-moi », mais, comme Philippe de Bethsaïde, ils sentent le besoin de communiquer aux autres leur conviction d’avoir trouvé le Messie, (Jn 1, 43 s.) Simon lui-même s’entend dire dès la première rencontre : « Tu t’appelleras Céphas — ce qui veut dire Pierre » (Jn 1, 42). L’évangéliste Jean note que Jésus « fixa le regard sur lui » : dans ce regard intense se trouvait le « Suis-moi », plus fort et prenant que jamais. Mais il semble que Jésus, étant donné la vocation toute spéciale de Pierre (et peut-être aussi son tempérament naturel) voulait faire mûrir peu à peu sa capacité d’évaluer et d’accepter cette invitation. Pour Pierre, le « Suis-moi » littéral viendra, en effet, après le lavement des pieds, à l’occasion de la dernière Cène (cf. Jn 13, 36), et puis, de façon définitive, après la résurrection, sur la rive du lac de Tibériade (Jn 21, 19).
4. Sans aucun doute Pierre et les autres apôtres — sauf Judas — écoutent et acceptent l’appel à suivre Jésus comme une donation totale d’eux-mêmes et de ce qui leur appartient à la cause de l’annonce du Règne de Dieu. Eux-mêmes rappelleront à Jésus, par la bouche de Pierre : « Eh bien ! nous, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi » (Mt 19, 27). Luc développe : « tous nos biens » (Lc 18, 28). Et Jésus lui-même semble vouloir préciser de quels « biens » il s’agit, lorsqu’il répond à Pierre : « En vérité je vous le dis, nul n’aura quitté maison, femme, frères, parents ou enfants à cause du royaume de Dieu, qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci, et dans le temps à venir, la vie éternelle. » (Lc 18, 29-30.) À Matthieu aussi est spécifié l’abandon des sœurs, mère, champs « en mon nom » : qui l’aura fait, promet Jésus, recevra le centuple et aura en héritage la vie éternelle (Mt 19, 29). Chez Marc, une spécification ultérieure est apportée quant à l’abandon de toutes ces choses « à cause de moi et à cause de l’Évangile », et quant à la récompense : « Le centuple, dès maintenant, en maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et, dans le temps à venir, la vie éternelle » (Mc 10, 29-30.) Sans nous préoccuper à présent du langage figuré utilisé par Jésus, nous nous demandons : Qui est celui qui appelle à le suivre et promet à qui le suit de lui donner tant de récompenses et jusqu’à « la vie éternelle ? » Un simple fils de l’homme peut-il promettre tant, et être cru et suivi, et avoir tant de pouvoir, non seulement sur ces heureux disciples, mais sur des milliers et millions d’hommes dans tous les siècles ?
5. En réalité, ces disciples rappellent bien l’autorité avec laquelle Jésus les avait appelés à le suivre, n’hésitant pas à leur demander un dévouement radical, exprimé en des termes qui pouvaient paraître paradoxaux, comme lorsqu’il disait être venu apporter « non la paix mais une épée » c’est-à-dire créer séparations et divisions au sein des familles pour le suivre, puis il décrétait : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ; qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite n’est pas digne de moi. » (Mt 10, 37-38.) La formulation de Luc est encore plus vigoureuse et presque dure : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr (hébraïsme pour dire : ne se détache pas de) son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26.) Devant ces expressions de Jésus, il est impossible de ne pas réfléchir sur la hauteur et la difficulté de la vocation chrétienne. Sans doute les formes concrètes de la suite du Christ sont-elles proportionnées par lui aux conditions, possibilités, missions et charismes des personnes et des milieux. Les paroles de Jésus, comme il le dit lui-même, sont « esprit et vie » (cf. Jn 6, 63), et nul ne peut prétendre les matérialiser de façon identique pour tous. Mais, selon saint Thomas d’Aquin, la demande évangélique de renoncements héroïques, comme celle des conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et reniement de soi pour suivre Jésus, — et l’on peut dire la même chose du don de soi dans le martyre plutôt que de trahir la foi et la « suite » du Christ — engage tous et chacun « secundum praeparationem animi » (cf. S. Th. IIa-IIae, q. 184, a 7, ad 1), c’est-à-dire selon la disponibilité de l’esprit à réaliser ce qui lui est demandé lorsqu’il y est appelé, et comporte donc pour tous un détachement intérieur, une offrande, un don de soi au Christ, sans quoi il n’y a pas de vrai esprit évangélique.
6. L’existence des vocations particulières, dépendantes d’un choix du Christ découlent de ce même Évangile : comme celle des apôtres et des nombreux disciples indiquée assez clairement par Marc lorsqu’il écrit : « Puis il gravit la montagne et il appela à lui ceux qu’il voulait et ceux-ci vinrent à lui. Il en institua Douze pour être ses compagnons… » (Mc 3, 13-14). Jésus lui-même, selon Jean, dit aux apôtres dans le discours final : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis… » (Jn 15, 16.) Il ne découle pas de là qu’il ait définitivement condamné ceux qui n’acceptèrent pas de le suivre sur la voie du dévouement total à la cause de l’Évangile (cf. le cas du jeune homme riche : Mc 10, 17-27). Il y a quelque chose de plus qui met en cause la libre générosité de chacun. Cependant il est certain que la vocation à la foi et à l’amour chrétien est universelle et implicante : foi dans la parole de Jésus, amour envers Dieu au-dessus de toute chose et aussi envers le prochain — comme soi-même — car « celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20).
7. En établissant l’exigence de la réponse à cette demande de le suivre, Jésus ne cache à personne que cette « suite » coûte des sacrifices, et parfois même le sacrifice suprême. Il dit en effet à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie à cause de moi la trouvera… » (Mt 16, 24-25.) Marc souligne, qu’avec ses disciples, Jésus avait aussi convoqué la foule et que c’est à tous qu’il parla du renoncement demandé à qui voulait le suivre, de l’élévation sur la croix et de la perte de la vie « à cause de moi et de l’Évangile » (Mc 8, 34-35). Et cela après avoir parlé de sa passion et de sa mort prochaines ! (cf. Mc 8, 31-32).
8. Cependant, en même temps, Jésus proclame la béatitude de ceux qui sont persécutés « à cause du Fils de l’homme » (Lc 6, 22) : « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux. » (Mt 5, 12.) Et nous, encore une fois, nous nous demandons : Qui est celui qui appelle avec autorité à le suivre, annonçant à l’avance la haine, les insultes et persécutions de tout genre (cf. Lc 6, 22), et qui promet « une récompense dans les cieux » ? Seul un Fils de l’homme qui avait la conscience d’être Fils de Dieu pouvait parler ainsi. C’est dans ce sens que le comprirent les apôtres et les disciples qui nous transmirent sa révélation et son message. Et c’est dans ce sens que nous voulons le comprendre nous aussi, lui redisant comme l’apôtre Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ».