« Je dispose pour vous du Royaume »
1. Parcourons une fois encore les thèmes des catéchèses sur Jésus, le « Fils de l’homme » qui se fait connaître en même temps comme vrai « Fils de Dieu » : « Moi et le Père, nous sommes un. » (Jn 10, 30.) Nous avons vu qu’il rapportait à sa personne le nom et les attributs divins ; qu’il parlait de sa préexistence divine dans l’unité avec le Père (et avec l’Esprit-Saint, comme nous l’expliquerons dans un prochain cycle de catéchèses) ; qu’il s’attribuait le pouvoir sur la Loi qu’Israël avait reçue de Dieu, par l’intermédiaire de Moïse dans l’ancienne Alliance (spécialement dans le « discours sur la montagne » : Mt 5), et qu’avec ce pouvoir il s’attribuait aussi celui de remettre les péchés (cf. Mc 2, 1-2 et paral. ; Lc 7, 48, Jn 8, 11) et de prononcer le jugement final sur les consciences et sur les œuvres de tous les hommes (cf. p. ex. Mt 25, 31-46 ; Jn 5, 27-29). Enfin, il enseignait comme quelqu’un qui a autorité et réclamait la foi en sa parole invitant à le suivre jusqu’à la mort et promettant en récompense la « vie éternelle. » Arrivés à ce point, nous possédons tous les éléments et toutes les raisons pour affirmer que Jésus-Christ s’est révélé lui-même comme celui qui instaure le Royaume de Dieu dans l’histoire de l’humanité.
2. Le terrain de la révélation du Royaume de Dieu avait déjà été préparé dans l’Ancien Testament, particulièrement au cours de la seconde phase de l’histoire d’Israël que rapportent les textes des prophètes et des psaumes : celle qui suit l’exil et les autres expériences douloureuses du peuple élu. Rappelons tout spécialement les chants des psalmistes au Dieu roi de toute la terre qui « règne sur les peuples » (Ps 47/46, 8-9) ; et leur reconnaissance exultante : « Ton règne est un règne pour tous les siècles, ta domination s’étend à toutes les générations. » (Ps 145/144, 13.) À son tour, le prophète Daniel parle du Royaume de Dieu « qui ne sera jamais détruit..., écrasera et anéantira tous les autres royaumes, tandis que lui-même subsistera à jamais ». Ce Royaume que le « Dieu du ciel » fera surgir (= le Royaume des cieux) demeurera sous la souveraineté de Dieu lui-même et ne passera jamais à un autre peuple (cf. 2, 44).
3. C’est en s’intégrant dans cette tradition et en partageant cette conception de l’ancienne Alliance que Jésus de Nazareth, dès le début de sa mission messianique, proclame véritablement ce Royaume : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche. » (Mc 1, 15.) Il reprend ainsi l’un des motifs constants de l’attente d’Israël, mais il donne à l’espérance eschatologique – qui s’était profilée dans la dernière phase de l’Ancien Testament – une nouvelle direction, proclamant qu’elle trouve déjà ici, sur terre, un début d’accomplissement puisque Dieu est Seigneur de l’histoire : son royaume est, certes, tendu vers un accomplissement final au-delà du temps, mais il commence à se réaliser déjà ici, sur terre, et se développe, en quelque sorte, « à l’intérieur » de l’histoire. C’est dans cette perspective que Jésus annonce et révèle que le temps des anciennes promesses, attentes et espérances « est accompli », et que le Royaume de Dieu « est proche » : celui-ci est déjà présent dans sa personne même.
4. Jésus-Christ, en effet, non seulement enseigne le Royaume de Dieu, faisant de celui-ci la vérité centrale de son enseignement, mais il instaure ce Royaume dans l’histoire d’Israël et de l’humanité tout entière. C’est en cela que se révèle sa puissance divine, sa souveraineté par rapport à tout ce qui, dans le temps et dans l’espace, porte en soi les signes de la création ancienne et est appelé à devenir « une créature nouvelle » (cf. 2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15) ; là – en Christ et par le Christ – est vaincu tout ce qui est caduc et éphémère et est établie à jamais la vraie valeur de l’homme et de tout le créé. Jésus-Christ – crucifié et ressuscité – s’attribue une puissance unique et éternelle, à la fin de sa mission sur la terre, lorsqu’il déclare aux apôtres : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » ; c’est en vertu de ce pouvoir qu’il leur ordonne : « Allez donc, et de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 18-20.)
5. Avant d’arriver à cet acte définitif dans la proclamation et la révélation de la souveraineté divine du « Fils de l’homme », Jésus annonce à plusieurs reprises que le Royaume de Dieu est venu dans le monde. Jusque dans le conflit avec les adversaires qui n’hésitent pas à attribuer ses œuvres à un pouvoir démoniaque, Jésus oppose une argumentation qu’il conclut en affirmant : « (Mais) si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous. » (Lc 11, 20.) En lui et par lui, donc, l’espace spirituel de la souveraineté divine prend consistance : le Royaume de Dieu entre dans l’histoire d’Israël et de l’humanité tout entière, et Jésus est à même de le révéler et de montrer qu’il a le pouvoir de décider de sa réalisation. Il le montre par la libération des démons : espace psychologique et spirituel reconquis pour Dieu.
6. Le mandat final que le Christ, crucifié et ressuscité, donne à ses apôtres (Mt 28, 18-20) a été préparé aussi par lui sous tous ses aspects. Le moment clé de la préparation a été l’appel des apôtres : « Il en institua douze pour être ses compagnons et les envoyer prêcher, avec pouvoir de chasser les démons. » (Mc 3, 14-15.) Parmi les Douze, Simon-Pierre devient le destinataire d’un pouvoir spécial concernant le Royaume : « Et moi je te dis : tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 18-19.) Celui qui parle ainsi montre sa certitude de posséder le Royaume, d’en avoir la souveraineté totale et de pouvoir en confier les « clés » à son représentant et vicaire, comme, et plus encore, le ferait un roi de la terre avec son lieutenant ou Premier ministre.
7. Cette conviction évidente de Jésus explique pourquoi, au cours de son ministère, il a parlé de son œuvre présente et future comme d’un nouveau Royaume introduit dans l’histoire humaine : non seulement vérité annoncée mais réalité vivante qui se développe, croit et fait lever toute la pâte humaine, ainsi que nous le lisons dans la parabole du levain (cf. Mt 13, 33 ; Lc 13, 21). Cette parabole et celles qui concernent le Royaume (cf. spéc. Mt 13) attestent cette idée centrale de Jésus comme elles traduisent la substance de l’œuvre messianique qu’il veut prolonger dans l’histoire – même après son retour au Père – à travers une structure visible ayant Pierre à sa tête (cf. Mt 16, 18-19).
8. L’instauration de cette structure du Royaume de Dieu coïncide avec la transmission que le Christ en fait aux apôtres qu’il a choisis : « Je dispose (lat. dispono ; certains traduisent : « Je transmets ») pour vous du Royaume comme mon Père en a disposé pour moi. » (Lc 22, 29.) Et la transmission du Royaume est en même temps une mission : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. » (Jn 17, 18.) Après la résurrection, lorsqu’il apparaîtra aux apôtres, Jésus répétera : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie... Recevez l’Esprit-Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (Jn 20, 21-23.)
Mais attention : dans la pensée de Jésus, dans son œuvre messianique, dans son mandat aux apôtres, l’inauguration du Royaume en ce monde est étroitement liée à son pouvoir de vaincre le péché, d’annuler la puissance de Satan dans le monde et en chaque homme. Il est donc lié au mystère pascal, à la croix et à la résurrection du Christ, Agnus Dei qui tollit peccata mundi..., et comme tel, il se structure dans la mission historique des apôtres et de leurs successeurs. L’instauration du Royaume de Dieu a son fondement dans la réconciliation de l’homme avec Dieu, qui est accomplie dans le Christ et par le Christ dans le mystère pascal (cf. 2 Co 5, 19 ; Ep 2, 13-18 ; Col 1, 19-20).
9. L’instauration du Royaume de Dieu dans l’histoire de l’humanité est le but de la vocation et de la mission des apôtres – et donc de l’Église – dans le monde entier (cf. Mc 16, 15 ; Mt 28, 19-20). Jésus savait que cette mission – tout comme sa mission messianique – allait rencontrer et susciter de fortes oppositions. Dès les jours de l’envoi, dans les premières expériences de collaboration, Jésus avait averti ses apôtres : « Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups, montrez-vous donc prudents comme les serpents et candides comme les colombes. » (Mt 10, 16.) Le texte de Matthieu rapporte aussi ce que Jésus aurait dit, aussitôt après, sur le sort de ceux qu’il envoie en mission (Mt 10, 17-25) ; sujet sur lequel il revient dans l’un des derniers discours polémiques avec les « scribes et les pharisiens », répétant : « Voici que j’envoie vers vous des prophètes, des sages et des scribes : vous en tuerez et crucifierez, vous en flagellerez dans vos synagogues et pourchasserez de ville en ville... » (Mt 23, 34.) Sort qui, du reste, avait déjà frappé les prophètes et les autres personnages de l’ancienne Alliance, auxquels ce texte fait allusion (cf. Mt 23, 35). Mais Jésus donnait à ceux qui le suivaient, la sécurité de la pérennité de son œuvre et de la leur : et portae inferi non praevalebunt...
Malgré les oppositions et les contradictions qu’il rencontrera au long de son développement historique, le Royaume de Dieu – instauré une fois pour toutes dans le monde par le pouvoir de Dieu grâce à l’Évangile et au mystère pascal du Fils – portera toujours les signes de la passion et de la mort de Jésus, mais aussi le sceau de sa puissance divine, éclatant dans la résurrection. L’histoire le démontrera. Mais la certitude des apôtres et de tous les croyants est fondée sur la révélation du pouvoir divin du Christ historique, eschatologique et éternel, à propos duquel le Concile Vatican II enseigne : « Le Christ, en se faisant obéissant jusqu’à la mort, a été, à cause de cela, exalté par le Père (cf. Ph 2, 9) et est entré dans la gloire de son Royaume : à lui sont soumises toutes choses jusqu’à ce que lui-même se soumette au Père et avec lui toutes les créatures, afin que Dieu soit tout en tous. » (Cf. 1 Co 15, 27-28.) (Lumen gentium, 36.)
Les miracles et les signes du Christ
1. Le jour de la Pentecôte, après avoir reçu la lumière et la puissance du Saint-Esprit, Pierre rend un témoignage franc et courageux au Christ crucifié et ressuscité : « Hommes d’Israël, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par des miracles prodiges et signes... vous l’avez cloué sur la croix... et fait mourir. Mais Dieu l’a ressuscité, le délivrant de l’angoisse de la mort. » (Ac 2, 22-24.) Ce témoignage contient une synthèse de toute l’œuvre messianique de Jésus de Nazareth, que Dieu a accrédité « par des miracles, prodiges et signes ». C’est aussi une ébauche de la première catéchèse chrétienne que nous offre ici Pierre, le chef du collège des apôtres lui-même.
2. Après quelque deux mille ans, voici que – dans le développement de ses catéchèses sur Jésus-Christ – l’actuel successeur de Pierre doit affronter le contenu de cette première catéchèse apostolique donnée le jour même de la Pentecôte. Jusqu’à présent, nous avons parlé du Fils de l’homme qui donnait à connaître, par son enseignement, qu’il était le véritable Dieu-Fils, ne formant « qu’un » avec le Père (cf. Jn 10, 30). Ses paroles étaient accompagnées de « miracles et de signes ». Ces faits accompagnaient les paroles non seulement en les suivant pour confirmer leur authenticité, mais souvent les précédant, comme nous le laissent entendre les Actes des apôtres lorsqu’ils parlent de « tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement » (Ac 1, 1). C’étaient ces œuvres même, et particulièrement les « prodiges et les signes » qui témoignaient que « le royaume de Dieu était proche » (cf. Mc 1, 15), et qu’avec Jésus il était entré dans l’histoire terrestre de l’homme et prêt à entrer en chaque esprit humain. En même temps, ils témoignaient que celui qui les accomplissait était vraiment le Fils de Dieu. C’est pour cela qu’il faut relier les présentes catéchèses sur les miracles-signes du Christ aux précédentes, concernant sa filiation divine.
3. Avant de progresser graduellement dans l’analyse de la signification de ces « prodiges et signes » (comme saint Pierre les a définis d’une façon plus spécifique, le jour de la Pentecôte), il faut constater qu’ils (prodiges et signes) appartiennent vraiment au contenu intégral des Évangiles en tant que témoignages oculaires sur le Christ. On ne peut absolument pas exclure les miracles du texte ni du contexte évangélique. L’analyse, non seulement du texte mais également du contexte, parle en faveur de leur caractère « historique », atteste que ce sont des faits qui ont vraiment eu lieu et ont été réellement opérés par le Christ. Celui qui s’en approche avec honnêteté intellectuelle et maîtrise scientifique, ne peut s’en débarrasser en quelques mots, comme de pures inventions a posteriori.
4. À ce propos, il est bon d’observer que ces faits sont, non seulement attestés et rapportés par les apôtres et les disciples de Jésus, mais qu’ils sont confirmés, dans plusieurs cas, par ses adversaires. Par exemple, il est significatif que ces derniers n’aient pas nié les miracles accomplis par Jésus mais aient plutôt prétendu les attribuer à la puissance du « démon ». Ils disaient en effet : « Il est possédé de Béelzéboul... et c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons. » (Mc 2, 22 ; cf. aussi Mt 8, 32 ; 12, 24 ; Lc 11, 14-15). Et la réponse de Jésus à cette objection, dont il démontre la profonde contradiction, est bien connue : « Si Satan s’est dressé contre lui-même et s’est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. » (Mc 3, 26.) Mais ce qui compte le plus pour nous, maintenant, c’est le fait que même les adversaires de Jésus ne peuvent nier ses « miracles, prodiges et signes » comme une réalité, comme des « faits » réellement arrivés. La circonstance où les adversaires observaient Jésus pour savoir s’il guérirait le jour du sabbat, et pouvoir ainsi l’accuser de violer la Loi de l’Ancien Testament est, elle aussi, éloquente. Cela s’est produit, par exemple, dans le cas de l’homme qui avait la main desséchée (cf. Mc 3, 1-2).
5. Il faut également prendre en considération la réponse donnée par Jésus, non plus à ses adversaires, mais, cette fois, aux messagers que Jean-Baptiste a envoyés pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 3.) Alors Jésus répond : « Allez et rapportez à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Mt 11, 4-5 ; cf. aussi Lc 7, 22). Dans sa réponse, Jésus fait appel à la prophétie d’Isaïe sur le futur Messie (cf. Is. 35, 5-6) qui, sans doute pouvait être comprise dans le sens d’un renouveau et d’une guérison spirituelle d’Israël et de l’humanité, mais qui, dans le contexte évangélique et émanant de la bouche de Jésus indique des faits communément connus et que les disciples du Baptiste peuvent lui rapporter comme des signes du caractère messianique du Christ.
6. Tous les évangélistes enregistrent les faits auxquels Pierre fait allusion le jour de la Pentecôte : « Miracles, prodiges, signes. » (Ac 2, 22.). Les Synoptiques racontent beaucoup d’événements singuliers, mais parfois ils font également usage de formules généralisantes. Ainsi, par exemple, dans l’Évangile de Marc : « Il guérit beaucoup de malades qui étaient atteints de diverses maladies et il chassa beaucoup de démons. » (1, 34.) De même Matthieu et Luc : « Guérissant toute sorte de maladies et d’infirmités parmi le peuple » (Mt 4, 23) ; « Une force sortait de lui et les guérissait tous » (Lc 6, 19). Ce sont des expressions qui laissent entendre le grand nombre de miracles accomplis par Jésus. Nous ne trouvons pas de formes semblables dans l’Évangile de Jean, mais plutôt la description détaillée de sept événements que l’évangéliste appelle « signes » (et non miracles). Par cette expression, il veut indiquer ce qui est le plus essentiel dans ces faits : la démonstration de l’action de Dieu, en personne, présent dans le Christ, alors que le terme « miracle » indique plutôt le caractère « extraordinaire » que ces événements revêtent aux yeux de ceux qui les ont vus ou en ont entendu parler. Cependant, Jean aussi, avant de conclure son Évangile, tient à nous dire que « beaucoup d’autres signes ont été accomplis par Jésus en présence de ses disciples, mais ils ne sont pas écrits dans ce livre » (Jn 20, 30).
Et il donne la raison du choix qu’il a opéré : « Ceux-là ont été mis par écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jn 20, 31.) C’est à cela que tendent aussi bien les Synoptiques que le quatrième Évangile : montrer, à travers les miracles, la vérité du Fils de Dieu et conduire à la foi qui est le principe du salut.
7. Du reste, lorsque l’apôtre Pierre, le jour de la Pentecôte, rend témoignage à la mission tout entière de Jésus de Nazareth, mission accréditée de Dieu par des « miracles, prodiges et signes », il ne peut s’empêcher de rappeler que ce même Jésus a été crucifié et est ressuscité (Ac 2, 22-24). Il indique ainsi l’événement pascal dans lequel est offert le signe le plus complet de l’action salvifique et rédemptrice de Dieu dans l’histoire de l’humanité. Dans ce signe est contenu, pourrait-on dire, « l’antimiracle » de la mort sur la croix et le « miracle » de la résurrection (miracle des miracles), qui se fondent en un seul mystère ; c’est en lui que l’homme peut lire jusqu’au plus profond la révélation que Dieu fait de lui-même en Jésus-Christ et, en y adhérant par la foi, entrer dans la voie du salut
« Petite fille, lève-toi ! »
1. Si nous observons attentivement les « miracles, prodiges et signes » par lesquels Dieu a accrédité la mission de Jésus-Christ – selon les paroles prononcées par l’apôtre Pierre le jour de la Pentecôte, à Jérusalem –, nous constatons qu’en accomplissant ces « miracles-signes », Jésus a agi en son nom propre, convaincu de sa puissance divine et, en même temps, de l’union la plus intime avec le Père. Nous nous trouvons donc encore, et toujours, devant le mystère du « Fils de l’homme - Fils de Dieu » dont le « je » transcende toutes les limites de la condition humaine – encore qu’il lui appartienne, par libre choix – et toutes les possibilités humaines de réalisation ou de simple connaissance.
2. Un coup d’œil sur quelques-uns des événements rapportés par les évangélistes nous permet de nous rendre compte de cette présence secrète au nom de laquelle Jésus-Christ opère ses miracles. Le voici, répondant aux supplications d’un lépreux qui lui dit : « Si tu le veux, tu peux me guérir ! », et lui, dans son humanité, « ému de compassion », prononce une parole de commandement – et, dans un tel cas, elle sied à Dieu, non à un simple homme – : « Je le veux, sois guéri ! Et aussitôt la lèpre le quitta et il fut guéri. » (Cf. Mc 1, 40-42.) De même, dans le cas du paralytique qui a été descendu par une ouverture pratiquée dans le toit de la maison : « Je te l’ordonne... Lève-toi, prends ton grabat et rentre chez toi. » (Cf. Mc 2,1-12.)
Le voici encore, dans le cas de la fille de Jaïre ; nous lisons que, « ... prenant la main de l’enfant, (Jésus) lui dit : « Talitha koum ! » Ce qui se traduit : « Petite fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la fillette se leva et elle marchait. » (Mc 5, 41-42.) Dans le cas du jeune homme mort de Naïm : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. » (Lc 7, 14-15.)
Dans tous ces épisodes, nous voyons percer, à travers les paroles de Jésus, l’expression d’une volonté et d’un pouvoir auxquels il fait intérieurement appel : et ils s’expriment, pourrions-nous dire, de manière toute naturelle, comme si le pouvoir de donner aux hommes la santé, la guérison et, bien plus, la résurrection et la vie était le propre de sa condition la plus secrète !
3. La résurrection de Lazare, que décrit d’une manière détaillée le quatrième évangéliste, mérite une attention particulière. Nous lisons : « Jésus (...) leva les yeux et dit : “Père, je te rends grâce de m’avoir écouté. Je savais que tu m’écoutes toujours ; mais c’est à cause de la foule qui m’entoure que j’ai parlé, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.” Et ayant dit cela, il s’écria d’une voix forte : “Lazare, viens dehors !” Le mort sortit. » (Jn 11, 41-44.) Dans la description précise de cet épisode est souligné le fait que Jésus ressuscite son ami Lazare par sa propre puissance et par son union intime avec le Père. L’affirmation de Jésus se trouve ici confirmée : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et moi aussi je suis à l’œuvre. » (Jn 5, 17.) C’est aussi une démonstration que nous pourrions qualifier de préventive – de ce que Jésus dira au Cénacle, dans le dialogue avec ses apôtres, lors de la dernière Cène, à propos de sa relation avec le Père et de son identité substantielle avec lui.
4. Les Évangiles montrent comment, par ces différents miracles-signes, la puissance divine, qui opère en Jésus-Christ, dépasse le monde humain et se manifeste comme un pouvoir de domination sur les forces de la nature également. Le cas de la tempête apaisée est significatif : « Survient alors une forte tempête. » Les apôtres-pêcheurs réveillent Jésus qui dormait dans la barque. Et lui « s’étant réveillé, menaça le vent et dit à la mer : “Silence, tais-toi !” Le vent tomba et il se fit un grand calme. Les apôtres furent saisis d’une grande peur et ils se disaient l’un à l’autre : « Qui est donc celui-là, que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Cf. Mc 4, 37-41.) Dans cette série d’événements rentrent aussi les pêches miraculeuses effectuées sur la parole de Jésus (in verbo tuo), après des tentatives infructueuses (cf. Lc 5, 4-6 ; Jn 21, 3-6). Nous pouvons dire la même chose en ce qui concerne la structure de l’événement du « premier signe » accompli à Cana de Galilée, lorsque Jésus ordonne aux serviteurs de remplir d’eau les jarres et, ensuite, de porter « l’eau changée en vin » au maître du repas (Jn 2, 7-9). Comme dans la pêche miraculeuse, ce sont les hommes qui agissent à Cana de Galilée : les pêcheurs-apôtres dans un cas, les serviteurs de la noce dans l’autre, mais il est clair que l’effet extraordinaire de l’action ne provient pas d’eux, mais de celui qui leur a donné l’ordre d’agir et qui opère par sa mystérieuse puissance divine. Ceci est confirmé par la réaction des apôtres, et particulièrement de Pierre qui, après la pêche miraculeuse, « se jeta aux genoux de Jésus en disant : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, je suis un pécheur” (Lc 5, 8). C’est un des nombreux exemples émouvants qui prennent la forme d’une crainte révérencielle ou même d’une épouvante, tant chez les apôtres comme Simon Pierre que chez ceux qui se sentent effleurés par l’aile du mystère divin.
5. Un jour, après l’Ascension, c’est d’une semblable « terreur » que seront saisis tous ceux qui verront les « prodiges et signes » opérés aussi « par l’œuvre des apôtres » (cf. Ac 2, 43). Selon le livre des Actes, la foule transportait « les malades sur les places, les déposant là sur des lits et des grabats afin que tout au moins l’ombre de Pierre couvrît l’un d’eux » (Ac 5, 15). Cependant, ces « prodiges et signes » qui accompagnaient les débuts de l’Église apostolique ont été accomplis par les apôtres non en leur propre nom mais au nom de Jésus-Christ, et ils étaient donc une confirmation a posteriori de sa puissance divine. On est impressionné en lisant la réponse et le commandement de Pierre à l’estropié qui lui demandait l’aumône près d’une porte du Temple de Jérusalem : « Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche. Et le saisissant par la main droite, il le releva. À l’instant ses pieds et ses chevilles s’affermirent. » (Ac. 3, 6-7.) Ou bien ce que Pierre dit à un paralytique du nom d’Énée : « Jésus-Christ te guérit : Lève-toi et fais ton lit. Et aussitôt il se leva. » (Ac 9, 34.) De même, l’autre prince des apôtres, Paul, lorsqu’il rappellera dans l’Épître aux Romains ce qu’il a accompli en tant que « ministre du Christ parmi les païens », se hâtera d’ajouter que son seul mérite tient dans ce ministère : « Car je n’oserais parler sinon de ce que le Christ a fait par moi pour obtenir l’obéissance des païens, en parole et en œuvre, par la vertu des signes et des prodiges, par la vertu de l’Esprit de Dieu. » (Rm 15, 18-19.)
6. Dans l’Église des premiers temps et spécialement dans l’évangélisation du monde réalisée par les apôtres, ces « miracles, prodiges et signes » abondèrent, comme Jésus lui-même le leur avait promis (cf. Ac 2, 22). Mais nous pouvons dire qu’ils se sont toujours répétés dans l’histoire du salut, spécialement dans les moments décisifs pour la réalisation du dessein de Dieu. Il en avait déjà été ainsi dans l’Ancien Testament en ce qui concerne l’« Exode » d’Israël après l’esclavage en Égypte et sa marche vers la Terre promise sous le commandement de Moïse. Quand, par l’incarnation du Fils de Dieu, « vint la plénitude des temps » (Ga 4, 4), ces signes miraculeux de l’œuvre divine acquirent une valeur et une efficacité nouvelles par l’autorité divine du Christ et par la référence à son nom – et par conséquent, à sa vérité, à sa promesse, à son mandat, à sa gloire ; c’est par ce nom que les signes ont été accomplis par les apôtres et par tant de saints dans l’Église. Aujourd’hui encore, des miracles se produisent et, en chacun d’eux, c’est le visage du « Fils de l’homme - Fils de Dieu » qui se dessine, un don de grâce et de salut qui s’affirme.
Par les signes-miracles, le Christ révèle son pouvoir de Sauveur
1. Un texte de saint Augustin offre la clé d’interprétation des miracles du Christ en tant que signes de son pouvoir salvifique : « Le fait qu’il se soit fait homme pour nous a fait bien plus pour notre salut que les miracles qu’il a accomplis parmi nous ; et le fait d’avoir guéri les maux de l’âme est plus important que d’avoir soigné les maladies du corps destiné à mourir. » (Augustin, In Io. Ev. Tr., 17, 1.) C’est en référence à ce salut de l’âme et à la rédemption du monde entier que Jésus a accompli aussi des miracles d’ordre corporel. Le thème de la présente catéchèse devient donc le suivant : à travers les « miracles, prodiges et signes » qu’il a accomplis, Jésus-Christ a manifesté son pouvoir de sauver l’homme du mal qui menace son âme immortelle et sa vocation d’union à Dieu.
2. C’est ce que révèle de façon particulière la guérison du paralytique de Capharnaüm. Les personnes qui l’ont porté ne réussissant pas à entrer par la porte dans la maison où Jésus enseigne, descendent le malade par une ouverture du toit de façon que le pauvre se trouve aux pieds du Maître. « Jésus voyant leur foi, dit au paralytique : « Fils, tes péchés te sont remis ! » Ces paroles suscitent le soupçon de blasphème chez quelques-unes des personnes présentes : « Celui-là blasphème ! Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? » Comme pour répondre à ceux qui ont eu une telle pensée, Jésus s’adresse à tous ceux qui sont présents en leur disant : « Quel est le plus facile, dire au paralytique : Tes péchés te sont remis », ou dire : « Lève-toi, prends ton grabat et marche » ? Et maintenant, pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur terre de remettre les péchés, je te l’ordonne — dit-il au paralytique — lève-toi, prends ton grabat et rentre chez toi. Il se leva, prit son grabat et s’en alla devant tous. » (Cf. Mc 2, 1-12 ; et d’une façon analogue Mt 9, 1-8 ; Lc 5, 18 26 : « Il s’en retourna chez lui en glorifiant Dieu », 5, 25.)
Jésus lui-même explique, dans ce cas, que le miracle de la guérison du paralytique est un signe du pouvoir salvifique par lequel il remet les péchés. Jésus accomplit ce signe pour manifester qu’il est venu comme Sauveur du monde, qu’il a comme tâche principale de libérer l’homme du mal spirituel, le mal qui sépare l’homme de Dieu et empêche le salut en Dieu, et qui est précisément le péché.
3. Avec la même clef, on peut expliquer cette catégorie spéciale de miracles du Christ qui consiste à « chasser les démons ». « Esprit impur, sors de cet homme ! » commande Jésus, selon l’Évangile de Marc, lorsqu’il rencontre un possédé au pays des Géraséniens (Mc 5, 8). Nous assistons en cette circonstance à un miracle insolite. Lorsque cet esprit impur se sent menacé par le Christ, il hurle contre lui : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en conjure, au nom de Dieu, ne me tourmente pas ! » Jésus, à son tour, lui demande : « Comment t’appelles-tu ? » « Je m’appelle Légion, répond-il, car nous sommes beaucoup » (cf. Mc 5, 7-9). Nous sommes donc aux bords d’un monde obscur dans lequel jouent des facteurs physiques et psychiques qui ont sans aucun doute leur poids de causalité dans les conditions pathologiques où s’insère cette réalité démoniaque, elle est représentée et décrite de différentes façons dans le langage humain, mais elle est radicalement hostile à Dieu et, de ce fait, à l’homme et au Christ venu le libérer de ce pouvoir malin. Mais malgré lui-même l’« esprit impur », lorsqu’il est confronté avec l’autre présence, éclate en ce cri de reconnaissance, qui provient d’une intelligence perverse mais lucide : « Fils du Dieu Très-Haut ! »
4. Nous trouvons aussi, dans l’Évangile de Marc, la description de l’événement généralement connu comme la guérison de l’épileptique. En effet, les symptômes rapportés par l’évangéliste sont bien caractéristiques de cette maladie (« Il écume, grince des dents et se raidit »). Cependant, le père de l’épileptique présente son fils à Jésus comme possédé par un esprit malin qui le met en convulsions, le fait tomber par terre où il se roule en écumant et il est bien possible que, dans un tel état de maladie, le malin s’infiltre et œuvre, mais, même en admettant qu’il s’agit d’un cas d’épilepsie dont Jésus guérit le jeune garçon reconnu par son père comme un possédé, il demeure significatif que Jésus opère cette guérison en ordonnant à l’« esprit muet et sourd » : « Sors de lui et n’y rentre plus. » (Cf. Mc 9, 17-27.) C’est une réaffirmation de sa mission et de son pouvoir de libérer l’homme du mal de l’âme jusqu’en ses racines.
5. Jésus fait clairement connaître cette mission qui est la sienne de libérer l’homme du mal et avant tout du péché, mal spirituel. C’est une mission qui comporte et explique sa lutte contre l’esprit malin, qui est le premier auteur du mal dans l’histoire de l’homme. Comme nous le lisons dans les Évangiles, Jésus déclare à plusieurs reprises que tel est le sens de son œuvre et de celle de ses apôtres. Ainsi, dans Luc : « Je voyais Satan tomber du ciel comme la foudre. Voilà, je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds… toute la puissance de l’ennemi, et rien ne pourra vous nuire. » (Lc 10, 18-19.) Et, selon Marc, Jésus, après avoir constitué les Douze, les envoie « prêcher, avec pouvoir de chasser les démons » (Mc 3, 14-15). Selon Luc, les soixante-dix disciples, eux aussi, au retour de leur première mission, rapportèrent à Jésus : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » (Lc 10, 17.)
Ainsi se manifeste le pouvoir du Fils de l’homme sur le péché et sur l’auteur du péché. Le nom de Jésus, par lequel même les démons sont soumis, signifie Sauveur. Toutefois ce pouvoir salvifique de Jésus aura son accomplissement définitif dans le sacrifice de la Croix. La Croix signera la victoire totale sur Satan et sur le péché, car c’est le dessein du Père qu’accomplit son Fils unique en se faisant homme : vaincre dans la faiblesse et rejoindre la gloire de la Résurrection et de la vie à travers l’humiliation de la Croix. Même dans ce fait paradoxal resplendit son pouvoir divin qui peut être appelé à juste titre la « puissance de la Croix ».
6. La victoire sur la mort, conséquence dramatique du péché, fait aussi partie de cette puissance et appartient à la mission du Sauveur du monde manifestée par les « miracles, prodiges et signes ». La victoire sur le péché et sur la mort marque le chemin de la mission messianique de Jésus de Nazareth au Calvaire. Parmi les « signes » qui balisent particulièrement sa route vers la victoire sur la mort, nous trouvons, avant tout, les résurrections : « Les morts ressuscitent » (Mt 11, 5), répond en effet Jésus à la question que lui posent les envoyés de Jean-Baptiste à propos de sa messianité (cf. Mt 11, 3). Et parmi les différents « morts » ressuscités par Jésus, Lazare de Béthanie mérite une attention particulière parce que sa résurrection est comme un « prélude » à la Croix et à la Résurrection du Christ en qui s’accomplit la victoire définitive sur le péché et sur la mort.
7. L’évangéliste Jean nous a laissé une description circonstanciée de l’événement. Il nous suffit de nous référer à sa fin. Jésus demande d’enlever le roc qui ferme la tombe (« Enlevez la pierre »). Marthe, la sœur de Lazare, observe que son frère est déjà depuis quatre jours dans le sépulcre et que le corps a certainement commencé à se décomposer. Cependant Jésus crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » « Et le mort sortit », atteste l’évangéliste (cf. Jn 11, 38-43). Le fait suscita la foi chez beaucoup des assistants. D’autres, par contre, se rendirent auprès des représentants du Sanhédrin pour dénoncer l’événement. Les grands prêtres et les pharisiens en furent préoccupés, pensant à une possible réaction de l’occupant romain (« Les Romains viendront et ils détruiront notre lieu saint et notre nation », cf. Jn 11, 45-48). C’est à ce moment que tombèrent sur le Sanhédrin les fameuses paroles de Caïphe : « Vous ne comprenez rien et ne voyez pas qu’il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation tout entière ne périsse pas. » Et l’évangéliste note : « Il n’a pas dit cela de lui-même mais, en tant que grand prêtre il a prophétisé. » De quelle prophétie s’agit-il ? Voici que Jean nous donne la lecture chrétienne de ces paroles qui ont une dimension immense : « Jésus devait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation mais aussi pour rassembler les fils de Dieu qui étaient dispersés » (Cf. Jn 11, 49-52.)
8. Comme nous le voyons, la description johannique de la résurrection de Lazare contient également des indications essentielles quant à la signification salvifique de ce miracle. Ce sont des indications définitives parce que justement c’est alors que fut prise par le Sanhédrin la décision de la mort de Jésus (cf. Jn 11, 53). Et ce sera la mort rédemptrice « pour la nation » et « pour rassembler les fils de Dieu qui étaient dispersés » : pour le salut du monde. Mais Jésus a déjà dit que cette mort deviendrait pourtant la victoire définitive sur la mort. À l’occasion de la résurrection de Lazare, il a assuré à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra : quiconque vit et croit en moi ne mourra pas dans l’éternité. » (Jn 11, 25-26.)
9. En achevant notre catéchèse, retournons encore une fois au texte de saint Augustin : « Si nous considérons maintenant les faits opérés par notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, nous voyons que les yeux des aveugles, miraculeusement ouverts, furent refermés par la mort, et que les membres des paralytiques, déliés par le miracle, furent de nouveau immobilisés par la mort : tout ce qui temporairement fut guéri dans le corps mortel fut, à la fin, défait ; mais l’âme qui croyait passa à la vie éternelle. Avec cet infirme, le Seigneur a voulu donner un grand signe à l’âme qui aurait cru, pour la rémission de laquelle il était venu et pour guérir les péchés de laquelle il s’était humilié. » (Augustin, In Io. Ev. Tr., 17, 1.) Oui, tous les « miracles, prodiges et signes » du Christ sont en fonction de sa révélation en tant que Messie, en tant que Fils de Dieu : de lui qui, seul, a le pouvoir de libérer l’homme du péché et de la mort. De lui qui est vraiment le Sauveur du monde.