Ressources Catholiques Magistère

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Catéchèse du 10 mai 1989
Le voyage en Afrique et dans l’océan Indien
1. Madagascar, la Réunion, la Zambie, le Malawi : quatre étapes du ministère du Pape dans son pèlerinage au sanctuaire du Peuple de Dieu. Ce sanctuaire se trouve partout, dans les divers lieux du globe terrestre, il embrasse tous les peuples et toutes les nations de l’Oikoumene. Tous ont, en effet, leur commencement dans le mystère divin de la création. Et tous ont été rachetés par le Christ, Fils de Dieu, au prix de la Croix et de la Résurrection. À tous l’Esprit Paraclet est envoyé afin que « les grandes œuvres de Dieu» (magnalia Dei) soient communiquées à l’homme : aux personnes et aux communautés, aux peuples et aux nations.
2. L’itinerarium de mon récent voyage pastoral a coïncidé dans le temps avec le temps pascal, avec le jour de l’Ascension du Seigneur et avec le début de cette première neuvaine au Cénacle, quand l’Église les apôtres réunis avec la Mère de Dieu, se préparaient à la descente de l’Esprit-Saint. J’exprime un cordial merci à mes frères dans l’épiscopat pour leur invitation. Je remercie également les chefs d’État, que ce soit pour les invitations qu’ils m’ont adressées ou pour toutes les manifestations d’hospitalité qu’ils m’ont réservées. Ces remerciements s’adressent également à toutes les instances civiles et ecclésiastiques qui, au cours de la période de préparation de la visite et pendant son déroulement, ont travaillé à la bonne organisation de l’ensemble. Que Dieu récompense tous et chacun : à Madagascar comme à la Réunion, en Zambie et au Malawi. Je renouvelle mon souhait que Dieu bénisse tous les peuples et les nations que j’ai visités.
3. Le moment historique que vit chacune de ces nations est important. L’île de la Réunion continue à être une partie « outre-mer » de la République française. Madagascar, la Zambie et le Malawi sont parvenus — grâce au processus de « décolonisation» — à l’indépendance politique. Chacun de ces pays met en œuvre sa souveraineté en résolvant les problèmes de nature sociale, culturelle et économique qui lui sont liés, en surmontant aussi diverses difficultés (cf. Sollicitudo rei socialis). Pour sa part, l’Église cherche à collaborer de manière efficace à ce processus important en s’inspirant des principes de l’Évangile, exprimés tout particulièrement par l’enseignement du Concile Vatican II et aussi par le magistère ordinaire de l’épiscopat uni au successeur de Pierre. Le ministère papal, au cours de cette visite, s’est situé en rapport étroit avec la réalisation de cette mission pour le bien des peuples et nations concernés.
4. Cette réalisation s’accompagne en même temps de l’autoréalisation de l’Église telle qu’elle a été exprimée par le Concile dans l’ensemble de son magistère. L’Église «est par nature missionnaire » et accomplit cette tâche par l’évangélisation. Les pays que je viens de visiter se trouvent encore dans la phase de ce que l’on appelle la première évangélisation. Ce sont des pays de mission où le travail missionnaire de l’Église se poursuit. Les commencements de cette première évangélisation remontent, parfois, aux siècles passés (par exemple à Madagascar), mais sa réalisation la plus consistante s’est produite surtout au cours de ce siècle. Dans le même temps, les dernières décennies (parallèlement au processus de « décolonisation ») ont amené un changement important. La mission de l’Église a été assumée, pour une large part, par des pasteurs locaux. Cela se voit en particulier chez les évêques (les évêques missionnaires ne sont plus désormais qu’une minorité). On s’aperçoit de la même chose, dans une certaine mesure, en ce qui concerne les prêtres et peut-être encore davantage les familles religieuses, spécialement féminines. Il faut remercier Dieu de l’augmentation des vocations indigènes. Il faut, en même temps, reconnaître que les missionnaires sont encore nécessaires. En bien des endroits, les champs sont mûrs pour la moisson, mais les moissonneurs manquent. L’ardente prière au Seigneur de la moisson, afin qu’il envoie des ouvriers à sa moisson (Mt 9, 38), est donc toujours actuelle.
5. Ce passage significatif de la première évangélisation à l’actuelle Église « indigène », a trouvé son expression dans toutes les rencontres de groupes : avec les prêtres diocésains et religieux, les représentants de l’apostolat des laïcs, les jeunes, les malades, etc. Il faut ajouter que, partout, ont également eu lieu des rencontres œcuméniques liées à la prière pour l’unité des chrétiens. Dans le grand champ missionnaire, la prière du Christ : « Père, que tous soient un, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21), prend une actualité particulière. Parmi toutes les assemblées du Peuple de Dieu, la plus importante a toujours été le Sacrifice eucharistique, célébré avec la richesse de la liturgie renouvelée, avec l’introduction des diverses langues locales et, également, des chants splendides accompagnés de danses par lesquels s’exprimaient la participation intense à la célébration et la volonté de vivre le mystère eucharistique. Les saintes messes à Madagascar (Diego-Suarez, Antsiranana, Antananarivo-Tananarive, Fianarantsoa), dans l’île de la Réunion (Saint-Denis), en Zambie (Kitwe et Lusala), au Malawi (Blantyre et Lilongwe), demeureront comme des « pierres angulaires » de ce pèlerinage dans lequel l’Église exprime ses conquêtes et ses aspirations, une Église qui confesse, dans l’humilité, ses péchés et ses manquements, mais qui, en même temps, ne cesse pas de regarder avec espérance vers l’avenir marqué par le mystère pascal de la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.
6. Au cours de ma récente visite, deux béatifications ont été accomplies, qui semblent exprimer d’une manière particulière la vérité sur l’Église « in statu missionis»: celle de la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo (1848-1894) à Madagascar, et celle du bienheureux Jean-Bernard Rousseau. Frère Scubilion (1797-1867), de la Congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, dans l’île de la Réunion. Chez Frère Scubilion s’exprime un héroïque effort missionnaire (principalement quant aux méthodes d’enseignement et d’éducation), qui a contribué de manière notable à l’insertion de l’Évangile dans une société multiforme par son origine et ses nationalités, et surtout au dépassement de la honteuse tradition de l’esclavage. Victoire Rasoamanarivo, à Madagascar, a rendu témoignage, à l’intérieur de la société indigène, à la vitalité de l’Évangile, la faisant sienne au moment de la persécution. Cette première bienheureuse malgache est devenue une vraie « Mère des croyants » dans la Grande Île. C’était une laïque qui a vécu un mariage «difficile » avec un homme qui ne parvint à la foi au Christ qu’à la fin de sa vie. En elle s’est manifesté ce qui appartient à l’authentique apostolat des laïcs. On peut dire que la béatification célébrée à Madagascar rend visible tout ce que contiennent Christifideles laici et Mulieris dignitatem sur le thème des laïcs.
7. « Vous recevrez la force de l’Esprit-Saint et vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1, 8.) En ce temps de Pâques où les paroles du Christ résonnent d’une manière particulière dans la liturgie, il nous faut remercier le bon Pasteur de ce que l’effort missionnaire de l’Église continue et se développe parmi les sociétés du continent noir et dans les îles de l’océan Indien.
Et que Dieu soit loué dans la Très Sainte Trinité !
 
Catéchèse du 17 mai 1989
L’Esprit de vérité ne cesse de dévoiler le contenu de la révélation
1. Nous avons plusieurs fois cité les paroles de Jésus promettant, dans son discours d’adieu aux Apôtres, au Cénacle, la venue de l’Esprit-Saint comme un défenseur et un consolateur nouveau et définitif : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu’il soit avec vous à jamais, l’Esprit de vérité que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît. » (Jn 14, 16-17.) Ce discours d’adieu, placé au cours du récit solennel de la dernière Cène (cf. Jn 13, 2), est une source de première importance pour la pneumatologie — la discipline théologique concernant le Saint-Esprit. Jésus parle de lui comme du Paraclet, qui « procède » du Père, et que le Père « enverra » aux Apôtres et à l’Église « au nom du Fils », lorsque le Fils « sera parti », « au prix » de son départ accompli à travers le sacrifice de la Croix. Nous devons prendre en considération le fait que Jésus appelle le Paraclet l’« Esprit de vérité ». Il l’a appelé ainsi également à d’autres moments (cf. Jn 15, 26 ; Jn 16, 13).
2. Soyons attentifs au fait que, dans le même «discours d’adieu », Jésus, répondant à une question de l’apôtre Thomas touchant à son identité, affirme : « Je suis la Voie la Vérité et la Vie. » (Jn 14, 6.) De cette double référence faite par Jésus à la vérité pour se définir lui-même et pour définir l’Esprit-Saint, nous déduisons que, si le Paraclet est appelé par lui « Esprit de vérité », cela signifie que l’Esprit-Saint est celui qui, après le départ du Christ, maintiendra parmi les disciples la même vérité que celui-ci a annoncée et révélée et que, bien plus, il est lui-même. Le Paraclet, en effet, est la vérité, comme le Christ. Jean le dira dans sa première Lettre : « C’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est vérité » (1 Jn 5, 6). Dans la même Lettre, l’Apôtre écrit encore : « Nous, nous sommes de Dieu. Qui connaît Dieu nous écoute, qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas. C’est à quoi nous reconnaissons l’esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur (spiritus erroris).» (1 Jn 4, 6). La mission du Fils et celle de l’Esprit-Saint se rencontrent, elles sont connexes et se complètent réciproquement dans l’affirmation de la vérité et dans la victoire sur l’erreur. Les champs d’action dans lesquels l’un et l’autre opèrent sont l’esprit humain et l’histoire du monde. La distinction entre la vérité et l’erreur est le premier moment d’une telle œuvre.
3. Demeurer dans la vérité et œuvrer dans la vérité est le problème essentiel pour les Apôtres et pour les disciples du Christ, des premiers temps comme de toutes les générations nouvelles de l’Église au cours des siècles. De ce point de vue, l’annonce de l’Esprit de vérité a une importance capitale. Jésus dit au Cénacle : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas (encore) le porter à présent. » (Jn 16, 12.) La mission messianique de Jésus a duré peu de temps, trop peu de temps pour dévoiler aux disciples tous le contenu de la Révélation. Et non seulement le temps dont il disposa fut bref, mais il apparaît aussi que la préparation et l’intelligence de ses auditeurs étaient limitées. Plusieurs fois, il est dit que les Apôtres eux-mêmes «étaient intérieurement au comble de la stupeur » (cf. Mc 6, 52), et « ne comprenaient pas » (cf. par ex. Mc 8, 21), ou bien comprenaient d’une manière erronée les paroles et les œuvres du Christ (cf. par ex. Mt 16, 6-11). C’est ainsi que s’expliquent dans toute leur plénitude les paroles du Maître : « Lorsque… viendra l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. » (Jn 16, 13.).
4. La première confirmation de cette promesse de Jésus aura lieu à la Pentecôte et dans les jours qui suivirent, comme l’attestent les Actes des Apôtres. Mais la promesse ne concerne pas seulement les Apôtres et leurs compagnons immédiats dans l’évangélisation, elle s’adresse également aux générations futures des disciples et des confesseurs du Christ. L’Évangile est en effet destiné à toutes les nations et aux générations toujours nouvelles qui se développent dans le contexte des diverses cultures et des multiples progrès de la société humaine. C’est le regard fixé sur tout le cours de l’histoire que Jésus dit : « L’Esprit de vérité qui procède du Père me rendra témoignage. » « Il rendra témoignage », c’est-à-dire qu’il montrera le véritable sens de l’Évangile à l’intérieur de l’Église, afin que celle-ci l’annonce d’une manière authentique au monde entier. Toujours et en tout lieu, dans l’interminable succession des choses qui changent et se développent dans la vie de l’humanité, l’« Esprit de vérité » guidera l’Église « dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13).
5. Le rapport entre la révélation que l’Esprit-Saint communique et celle de Jésus est très étroit. Il ne s’agit pas d’une révélation différente, hétérogène. Nous pouvons le déduire des termes employés par Jésus dans sa promesse : « Le Paraclet, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 26.) Se rappeler, c’est la fonction de la mémoire. Se rappelant, elle revient à ce qu’elle a déjà été, à ce qui a été dit et accompli, renouvelant ainsi dans la conscience les choses passées, et comme les faisant revivre. S’agissant particulièrement de l’Esprit-Saint, Esprit d’une vérité chargée de la puissance divine, sa mission ne s’épuise pas dans le rappel du passé comme tel : « rappelant » les paroles, les œuvres, et tout le mystère salvifique du Christ, l’Esprit de vérité rend ce passé continuellement présent dans l’Église, le revêtant d’une « actualité » toujours nouvelle dans la communauté du salut. Grâce à l’action de l’Esprit-Saint, l’Église non seulement rappelle la vérité mais demeure et vit dans la vérité reçue de son Seigneur. De cette manière aussi s’accomplissent les paroles du Christ : « Il (l’Esprit-Saint) me rendra témoignage. » (Jn 15, 26.) Ce témoignage de l’Esprit de vérité s’identifie ainsi à la présence du Christ toujours vivant, à la force efficace de l’Évangile, à la réalisation sans cesse croissante de la Rédemption, à une illustration continuelle de vérité et de vertu. L’Esprit-Saint « guide » de cette façon l’Église « dans la vérité tout entière ».
6. Cette vérité est présente, au moins de façon implicite, dans l’Évangile. Ce que l’Esprit-Saint révélera a déjà été donné par le Christ. Le Christ le révèle lui-même lorsque, parlant de l’Esprit-Saint, il souligne qu’« il ne parlera pas de lui-même mais dira tout ce qu’il aura entendu… Il me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il recevra et il vous l’annoncera » (Jn 16, 13-14). Le Christ, glorifié par l’Esprit de vérité, est avant tout le Christ crucifié, dépouillé de tout et comme «anéanti » en son humanité pour la rédemption du monde. C’est par l’action du Saint-Esprit que la «parole de la Croix » devait être accueillie par les disciples, auxquels le Maître lui-même avait dit : « Vous ne pouvez par le porter à présent. » (Jn 16, 12.) Devant ces pauvres hommes se présentait l’écran de la Croix. Il fallait une action en profondeur pour rendre leur intelligence et leur cœur capables de découvrir la « gloire de la Rédemption », qui s’était accomplie précisément sur la croix. Il fallait une intervention divine pour convaincre et transformer intérieurement chacun d’eux, les préparant, d’abord, au jour de la Pentecôte et, ensuite, à la mission apostolique dans le monde. Et Jésus les avertit que l’Esprit-Saint « me glorifiera, car c’est de mon bien qu’il prendra et vous l’annoncera ». Seul l’Esprit qui, selon saint Paul, « scrute les profondeurs de Dieu » (1 Co 2, 10), connaît le mystère du Fils-Verbe dans sa relation filiale avec le Père et dans sa relation rédemptrice avec les hommes de tous les temps. Lui seul, l’Esprit de vérité, peut ouvrir les intelligences et les cœurs humains, les rendant capables d’accueillir l’insondable mystère de Dieu et de son Fils incarné, crucifié et ressuscité, Jésus-Christ Seigneur.
7. Jésus dit encore : « L’Esprit de vérité…. vous annoncera les choses à venir. » (Jn 16, 13.) Que signifie cette projection prophétique et eschatologique par laquelle Jésus expose au rayon de l’Esprit-Saint tout l’avenir de l’Église, tout le chemin historique que celle-ci est appelée à accomplir dans les siècles ? Cela signifie une marche à la rencontre du Christ glorieux, vers lequel l’Église est tendue dans l’invocation suscitée par l’Esprit : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 17. 20.) L’Esprit-Saint conduit l’Église dans un constant progrès de la compréhension de la vérité révélée. Il veille sur l’enseignement de cette vérité, sur sa conservation, sur son application aux mouvantes situations historiques… Il suscite et conduit le développement de tout ce qui sert à la connaissance et à la diffusion de cette vérité : en particulier l’exégèse de l’Écriture Sainte et la recherche théologique, que l’on ne peut jamais séparer de la direction de l’Esprit de vérité ni du Magistère de l’Église, en lequel l’Esprit est toujours à l’œuvre. Tout advient dans la foi et par la foi, sous l’action de l’Esprit, comme il est dit dans l’Encyclique Dominum et vivificantem : « Le mysterium Christi dans son intégralité exige la foi, parce que c’est la foi qui introduit véritablement l’homme dans la réalité du mystère révélé. « Introduire dans la vérité tout entière », cela s’accomplit donc dans la foi et par la foi : c’est l’œuvre de l’Esprit de vérité et c’est le fruit de son action dans l’homme. En cela l’Esprit-Saint doit être le guide suprême de l’homme, la lumière de l’esprit humain. Cela vaut pour les Apôtres, témoins oculaires, qui doivent désormais porter à tous les hommes l’annonce de ce que le Christ « a fait et enseigné », et spécialement de sa Croix et de sa Résurrection. Dans une perspective plus large, cela vaut aussi pour toutes les générations des disciples et des confesseurs du Maître, car ils devront accueillir dans la foi et proclamer avec fermeté le mystère de Dieu agissant dans l’histoire de l’homme, le mystère révélé qui éclaire le sens ultime de cette histoire » (n. 6).
8. De cette façon, l’« Esprit de vérité » annonce d’une manière permanente les choses à venir, d’une manière permanente, il montre à l’humanité ce Futur de Dieu, qui est au-dessus et au-delà de tout futur « temporel » ; et il revêt ainsi de valeur éternelle l’avenir du monde : c’est ainsi que l’Esprit convainc l’homme, lui faisant comprendre que — avec tout ce qu’il est et a, et fait — il est appelé par Dieu, en Christ, au salut. C’est ainsi que le « Paraclet », l’Esprit de vérité, est le vrai « Consolateur » de l’homme. C’est ainsi qu’il est le Défenseur et l’Avocat. C’est ainsi qu’il est le vrai Garant de l’Évangile dans l’histoire : sous son influence, la Bonne Nouvelle est toujours « la même » et elle est toujours «neuve», et d’une façon toujours neuve elle éclaire le chemin de l’homme dans la perspective du ciel, avec « les paroles de vie éternelle » (Jn 6, 68).
 
Catéchèse du 24 mai 1989
Le Paraclet, « Celui qu’on appelle à l’aide »
1. Notre point de départ, dans la dernière catéchèse sur l’Esprit-Saint a été le texte johannique du « discours d’adieu» de Jésus, qui constitue d’une certaine façon la principale source évangélique de la pneumatologie. Jésus annonce la venue de l’Esprit-Saint. Esprit de vérité qui « procède du Père» (Jn 15, 26) et qui sera envoyé par le Père aux apôtres et à l’Église «au nom» du Christ, en vertu de la Rédemption opérée par le sacrifice de la croix, selon le dessein éternel de salut. Par la puissance de ce sacrifice, le Fils « envoie » aussi l’Esprit et il annonce que sa venue sera la conséquence et comme le prix de son propre départ (Jn 16, 7). Il y a donc un lien, que Jésus lui-même énonce, entre sa mort-résurrection-ascension et l’effusion de l’Esprit-Saint, à travers la Pâque et la Pentecôte. En outre, le don de l’Esprit advient le soir même de la Résurrection, selon le quatrième Évangile (Jn 20, 22-25). On peut dire que la blessure au côté du Christ en croix ouvre la vie à l’effusion de l’Esprit, qui sera un signe et un fruit de la gloire obtenue par la Passion et par la mort. Le texte du discours de Jésus au Cénacle attire aussi notre attention sur le fait qu’il appelle l’Esprit-Saint le « Paraclet » : « Je prierai le Père et il vous enverra un autre Paraclet pour qu’il soit avec vous à jamais » (Jn 14, 16). Nous lisons également dans d’autres textes : «… le Paraclet, l’Esprit-Saint » (cf. Jn 14, 26 ; Jn 15, 26 ; Jn 16, 7). À la place de « Paraclet », de nombreuses traductions ont adopté le mot de « Consolateur » ; elle est acceptable, bien qu’il faille recourir à l’original grec « Parakletos » pour saisir pleinement le sens de ce que Jésus dit de l’Esprit-Saint.
2. « Parakletos » signifie littéralement « celui qui est invoqué » (de para-kalein, « appeler à l’aide ») ; d’où « le défenseur », «l’avocat », ainsi que « le médiateur » qui accomplit la mission d’intercesseur (intercessor). C’est ce sens d’« avocat-défenseur » qui nous intéresse ici, sans ignorer que certains Pères de l’Église utilisent « Parakletos » dans le sens de « Consolateur », spécialement en référence à l’action de l’Esprit-Saint par rapport à l’Église. Pour l’instant, nous fixons notre attention et nous développons notre discours sur l’Esprit-Saint en tant que Parakletos-avocat-défenseur. Cette terminologie nous permet de saisir aussi l’étroite affinité entre l’action du Christ et celle de l’Esprit-Saint, telle qu’elle ressort d’une nouvelle analyse du texte de saint Jean.
3. Lorsqu’au Cénacle, Jésus, la veille de sa Passion, annonce la venue de l’Esprit-Saint, il s’exprime ainsi : « Le Père vous donnera un autre Paraclet. » Il ressort de telles paroles que le Christ est lui-même le premier Paraclet, et que l’action de l’Esprit-Saint sera semblable à celle qu’il a accomplie, constituant comme un prolongement de celle-ci. Jésus était, en effet, le « défenseur », et il le demeure. Jean lui-même le dira dans sa première Lettre : « Si quelqu’un vient à pécher, nous avons un avocat (Parakletos) auprès du Père : Jésus-Christ le juste. » (1 Jn 2, 1.) L’avocat (le défenseur) est celui qui, se mettant du côté de ceux qui sont coupables en raison des péchés commis, les défend de la peine méritée en raison de leurs péchés, les sauve du danger de perdre la vie et le salut éternel. Jésus-Christ a vraiment accompli tout cela… Et l’Esprit-Saint est appelé « le Paraclet » parce qu’il continue à rendre opérante la Rédemption par laquelle le Christ nous a libérés du péché et de la mort éternelle.
4. Le Paraclet sera « un autre avocat-défenseur » également pour une autre raison. Demeurant avec les disciples du Christ, il les entourera de ses soins vigilants, dans une force puissante. « Je prierai le Père — dit Jésus — et il vous donnera un autre Paraclet pour qu’il soit avec vous à jamais » (Jn 14, 16) : «… il demeure auprès de vous et il est en vous » (Jn 14, 17). Cette promesse se rattache à celles que Jésus a faites alors qu’il retournait vers son Père : «Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 10.) Nous savons que Jésus est le Verbe qui « s’est fait chair et est venu habiter parmi nous » (Jn 1, 14). Si, en allant au Père, il dit : « Je suis avec vous :.. jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20), on peut en déduire que les apôtres et l’Église devront sans cesse retrouver, grâce à l’Esprit-Saint, cette présence du Verbe-Fils qui, au cours de sa mission sur la terre, était «physique » et visible dans l’humanité qu’il assumait mais qui, après son ascension vers le Père, sera totalement plongée dans le mystère. La présence de l’Esprit-Saint qui est à l’intérieur des âmes et de l’Église, comme le dit Jésus («Il demeure auprès de vous et il est en vous » (Jn 14, 17), rendra présent le Christ invisible d’une manière permanente, « jusqu’à la fin du monde ». Et l’unité transcendante du Fils et de l’Esprit Saint fera que l’humanité du Christ assumée par le Verbe habite et opère partout où s’accomplit, par la puissance du Père, le dessein trinitaire du salut.
5. L’Esprit-Saint Paraclet sera l’avocat-défenseur des apôtres et de tous ceux qui, au cours des siècles, seront dans l’Église les héritiers de leur témoignage et de leur apostolat, spécialement dans les moments difficiles qui engageront leur responsabilité jusqu’à l’héroïsme. Jésus l’a lui-même annoncé et promis : « Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux sanhédrins… Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois… Lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire… car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » (Mt 10, 17-20 ; également Mc 13, 11 ; Lc 12, 12, où nous lisons : « car l’Esprit-Saint vous enseignera à cette heure même ce qu’il faut dire. ») Dans ce sens très concret également, l’Esprit-Saint est le Paraclet-avocat. Il se fait proche des apôtres, il se rend présent lorsque ceux-ci doivent confesser la vérité, en rendre compte et la défendre. Lui-même est alors leur inspirateur ; c’est lui qui parle par leurs paroles et, avec eux et par eux, rend témoignage au Christ et à son Évangile face aux accusateurs ; il devient comme l’« Avocat » invisible des accusés, du fait qu’il agit comme leur protecteur, défenseur et consolateur.
6. Les paroles prononcées par Jésus au Cénacle se sont vérifiées, surtout au cours des persécutions contre les apôtres et contre les premiers chrétiens, mais aussi au cours de tous les siècles : « Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père…, Il me rendra témoignage. Mais, vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15, 26-27.) L’action de l’Esprit-Saint est de « témoigner ». C’est une action intérieure, « immanente», qui se développe dans le cœur des disciples, lesquels rendent ensuite témoignage au Christ, à l’extérieur. C’est par cette présence et cette action immanentes que se manifeste et progresse dans le monde la puissance « transcendante » de la vérité du Christ qui est le Verbe-Vérité et la Sagesse. Du Christ arrive aux apôtres par l’Esprit la puissance du témoignage selon sa promesse: « Car moi, je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire. » (Lc 21, 15.) C’est ce qui s’est produit pour le premier martyr Étienne, dont l’auteur des Actes des Apôtres écrit qu’il était « rempli de l’Esprit-Saint » (Ac 6, 5), de telle manière que ses adversaires « n’étaient pas de force à tenir tête à la sagesse inspirée qui le faisait parler » (Ac 6, 10). Dans les siècles suivants également, les adversaires de la foi chrétienne ont continué à sévir contre les messagers de l’Évangile, éteignant parfois leur voix dans le sang, sans réussir pourtant à étouffer la vérité dont ils étaient porteurs : celle-ci a continué à fleurir dans le monde, avec la force de l’Esprit.
7. L’Esprit-Saint — Esprit de Vérité, Paraclet — est celui qui, selon la parole du Christ, « établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement » (Jn 16, 8). L’explication que donne Jésus à propos de ces paroles est significative : péché, justice et jugement. « Péché » signifie surtout le manque de foi rencontrée par Jésus parmi « les siens », ceux de son peuple, qui se joignirent même à sa condamnation à mort sur la croix. Parlant ensuite de la « justice », Jésus semble avoir à l’esprit cette justice définitive que le Père lui rendra (« car je vais au Père ») dans la Résurrection et dans l’Ascension au ciel. Dans ce contexte, le « jugement » signifie que l’Esprit de vérité démontrera la faute du «monde» dans son refus du Christ ou, plus généralement, dans son rejet de Dieu. Cependant, puisque le Christ n’est pas venu dans le monde pour le juger et le condamner, mais pour le sauver, même cette affirmation que l’Esprit de vérité « établira la culpabilité du monde en fait de péché » doit être entendue comme une intervention tournée vers le salut du monde, vers le bien final des hommes. Le « jugement » se réfère surtout au « prince de ce monde », à Satan. Depuis le commencement, en effet, il tente de détourner l’œuvre de la création de l’alliance et de l’union de l’homme avec Dieu : sciemment, il s’oppose au salut. C’est pour cela qu’il a « déjà été jugé » depuis le commencement, ainsi que je l’ai exposé dans l’Encyclique Dominum et vivificantem (n. 27).
8. L’Esprit-Saint Paraclet doit convaincre le monde de ce « jugement », il doit le faire sans aucun doute pour continuer l’œuvre du Christ qui a pour objet le salut universel (cf. ibid.). Nous pouvons conclure qu’en rendant témoignage au Christ, le Paraclet est un avocat et un défenseur assidu (bien qu’invisible) de l’œuvre du salut — et de tous ceux qui sont engagés dans cette œuvre. Et qu’il est aussi le Garant de la victoire définitive sur le péché et sur le monde soumis au péché pour le libérer du péché et l’introduire dans la vie du salut.
 
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