Les vocations sacerdotales
« Non vos me eligistis sed ego elegi vos » : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis ». C’est par ces mots que je voudrais commencer cette catéchèse qu’il faut replacer dans notre grand cycle de catéchèses sur l’Église. Une catéchèse sur la vocation au sacerdoce a sa place dans ce grand cycle. Les paroles que Jésus a dites aux Apôtres sont de l’ordre du symbole et se rapportent non seulement aux Douze, mais à toutes les générations de personnes que Jésus-Christ a appelées tout au long des siècles. Elles se rapportent à certains dans un sens personnel : nous parlons ici de la vocation sacerdotale mais nous pensons en même temps également aux vocations à la vie consacrée, masculine et féminine. C’est un problème central pour l’Église, pour la foi, pour l’avenir de la foi dans ce monde : les vocations. Les vocations, toute vocation, sont un don, un don de Dieu, comme le montrent ces paroles de Jésus : « C’est moi qui vous ai choisis ». C’est alors un choix, une élection faite par Jésus, qui touche toujours la personne ; mais cette personne vit dans un certain contexte : famille, société, civilisation, Église. Alors, la vocation est un don mais elle est aussi réponse à ce don. Que chacun d’entre nous, celui qui est appelé, choisi, sache répondre à cet appel divin, cela dépend de nombreuses circonstances, cela dépend d’une certaine maturité intérieure de la personne, cela dépend de la collaboration à la grâce de Dieu. Savoir collaborer, savoir écouter, savoir suivre. Nous savons bien, nous nous en souvenons, que Jésus a dit au jeune homme de l’Évangile : « Suis-moi ». Savoir suivre : quand on suit, alors la vocation est mûre, elle se réalise, elle prend forme. Et c’est toujours pour le bien de la personne et de la communauté.
De son côté, la communauté doit, elle aussi, savoir répondre aux vocations qui naissent en son sein. Elles naissent dans une famille, et la famille doit savoir collaborer avec la vocation. Elles naissent dans une paroisse, et la paroisse doit savoir collaborer avec la vocation. C’est là le cadre de la vie humaine, de l’existence, le milieu existentiel.
La vocation – la réponse à la vocation – dépend en très grande partie du témoignage de toute la communauté, de la famille, de la paroisse. Ce sont les personnes qui collaborent à la croissance des vocations. Ce sont les prêtres qui, par leur exemple, attirent les jeunes et facilitent la réponse à cette parole de Jésus : « Suis-moi ». Ceux qui ont reçu la vocation doivent savoir donner l’exemple quant à la manière de suivre le Christ. Dans la paroisse, on s’aperçoit aujourd’hui toujours davantage que les mouvements et les associations contribuent d’une manière spéciale à la croissance des vocations, à l’œuvre vocationnelle. Un de ces mouvements, ou plutôt associations, typiques de la paroisse, est celui des enfants de chœur, des servants d’autel.
Cela est très utile aux futures vocations. Il en fut ainsi dans le passé. Beaucoup sont devenus prêtres après avoir été enfants de chœur, servants. Cela est aussi utile aujourd’hui, mais il faut expérimenter des voies diverses, des méthodes nouvelles, pouvons-nous dire : comment collaborer à l’appel divin, au choix divin ; comment accomplir, contribuer à accomplir, ces paroles de Jésus : la moisson est grande, mais les ouvriers sont peu nombreux. Et ceci est vrai. La moisson est toujours grande, les ouvriers sont toujours peu nombreux, surtout en certains pays. Mais, nous dit Jésus : priez pour cela le Maître de la moisson. Alors, pour nous tous, sans exception, demeure avant tout le devoir de la prière pour les vocations. Si nous nous sentons partie prenante dans l’œuvre rédemptrice du Christ et de l’Église, nous devons prier pour les vocations. La moisson est grande. Loué soit Jésus-Christ !
Le diaconat dans la communion ministérielle et hiérarchique de l’Église
Lecture : Lc 22,24-27
1. À côté des prêtres, il existe dans l’Église une autre catégorie de ministres, avec leurs tâches et leurs charismes spécifiques, comme le rappelle le Concile de Trente quand il traite du sacrement de l’Ordre : « Il existe dans l’Église catholique une hiérarchie, instituée par une disposition divine, qui se compose d’évêques, de prêtres et de ministres » (DS, 1776). Déjà, les Livres du Nouveau Testament attestent la présence de ministres, les « diacres », qui se distinguent progressivement des « prêtres » et des « épiscopes ». Rappelons simplement que Paul adresse ses salutations aux épiscopes et aux diacres de Philippes (cf. Ph 1, 1). La première Lettre à Timothée énumère les qualités que doivent posséder les diacres, et recommande de les mettre à l’épreuve avant de leur confier des fonctions : ils doivent avoir une conduite digne et honnête, être fidèles dans le mariage, bien élever leurs enfants et bien diriger leur maison, garder « le mystère de la foi dans une conscience pure » (cf. 1 Tm 3, 8-13).
Dans les Actes des Apôtres (6, 1-6), on parle de l’institution de sept « ministres » pour le service des tables. Bien qu’il ne ressorte pas clairement du texte qu’il s’est agi d’une ordination sacramentelle de diacres, une longue tradition a interprété l’épisode comme un premier témoignage de l’institution diaconale. À la fin du premier siècle ou au début du second, la place du diacre est désormais bien établie, au moins en certaines Églises, comme degré de la hiérarchie ministérielle.
2. Plus particulièrement, le témoignage de saint Ignace d’Antioche est important : pour lui, la communauté chrétienne vit sous l’autorité d’un évêque, entouré de prêtres et de diacres : « Il y a une seule Eucharistie, une seule Chair du Seigneur, un seul calice, un seul autel, comme il n’y a qu’un seul évêque avec le collège des prêtres et les diacres, ses compagnons de service » (Ad Philad., 4, 1). Dans les Lettres d’Ignace, les diacres sont toujours cités comme un degré inférieur de la hiérarchie ministérielle : on loue le diacre parce qu’« il est soumis à l’évêque comme à la grâce de Dieu, et au prêtre comme à la Loi de Jésus-Christ » (Ad Magnes., 2). Mais Ignace souligne la grandeur du ministère du diacre, parce qu’« il est le ministre de Jésus-Christ qui était auprès du Père avant les siècles et qui s’est révélé à la fin des temps » (Ad Magnes., 6, 1). Comme « ministres des mystères de Jésus-Christ », il est nécessaire que les diacres « soient, en toutes manières, bien accueillis par tous » (Ad Trall., 2, 3). Quand Ignace recommande aux chrétiens l’obéissance à l’évêque et aux prêtres, il ajoute : « Respectez les diacres comme un commandement de Dieu » (Ad Smyrn., 8, 1).
Nous trouvons d’autres témoignages chez saint Polycarpe de Smyrne (Ad Phil., 5, 2), saint Justin (Apol., I, 65, 5 ; 67, 5), Tertullien (De Bapt., 17, 1), saint Cyprien (Epist., 15 et 16), puis chez saint Augustin (De cat. rud., I, c. 1, 1).
3. Dans les premiers siècles, le diacre exerçait des fonctions liturgiques. Lors de la célébration eucharistique, il lisait ou chantait l’épître et l’Évangile ; il transmettait au célébrant l’offrande des fidèles ; il distribuait la communion et la portait aux absents ; il veillait à l’ordre des cérémonies et, à la fin, renvoyait l’assemblée. En outre, il préparait les catéchumènes au baptême, les instruisait et assistait le prêtre dans l’administration de ce sacrement. En certaines circonstances, il baptisait lui-même et exerçait une activité de prédication. Il participait encore à l’administration des biens ecclésiastiques ; il s’occupait du service des pauvres, des veuves, des orphelins, et de l’aide aux prisonniers.
Les témoins de la Tradition attestent la distinction entre les fonctions du diacre et celles du prêtre. Par exemple, saint Hippolyte (II e -III e siècles) affirme que le diacre est ordonné « non pour le sacerdoce mais pour le service de l’évêque, pour faire ce qu’il lui commande » (SC, 11, p. 39. Cf. Const. Aegypt., III, 2 : éd. Funk, Didascalia, p. 103 ; Statuta Ecclesiae Ant., 37-41 : Mansi 3, 954). De fait, selon la pensée et la pratique de l’Église, le diaconat appartient au sacrement de l’Ordre, mais il ne fait pas partie du sacerdoce et ne comporte pas de fonctions proprement sacerdotales.
4. En Occident, comme on le sait, le presbytérat prit avec le temps un relief si exclusif par rapport au diaconat que, de fait, celui-ci en fut réduit à n’être plus qu’un degré sur la voie du sacerdoce. Ce n’est pas ici le lieu de retracer ce cheminement historique et d’expliquer les raisons de ces variations. Soulignons plutôt que, sur les bases de l’ancienne doctrine, la conscience théologique et pastorale de l’importance pour l’Église du diaconat s’est faite toujours plus vive au cours de notre siècle, et donc l’interrogation sur l’opportunité de le rétablir comme Ordre et état de vie permanent. Même le Pape Pie XII y fit allusion dans son allocution au second Congrès mondial de l’apostolat des laïcs (5 octobre 1957) : tout en affirmant que l’idée d’une réintroduction du diaconat comme fonction distincte du sacerdoce n’était pas encore mûre à cette époque, il affirmait cependant qu’elle pouvait le devenir et que, en tout cas, le diaconat devait être situé dans le cadre du ministère hiérarchique fixé par la plus ancienne tradition (cf. Discorsi…, vol. IX, p. 458).
La maturation se produisit au Concile Vatican II qui prit en considération les propositions des années précédentes et décida ce rétablissement (cf. LG, 29). Ce fut le Pape Paul VI qui l’instaura dans la pratique et édicta la discipline canonique et liturgique concernant cet Ordre (cf. Sacrum diaconatus ordinem, 18 juin 1967 ; Pontificalis Romani recognitio : 17 juin 1968 ; Ad pascendum : 15 août 1972).
5. Les raisons sur lesquelles reposaient aussi bien les propositions des théologiens que les décisions conciliaires et papales, étaient principalement au nombre de deux. Tout d’abord, l’opportunité que certains services de charité, assurés de façon permanente par des laïcs conscients du don d’eux-mêmes à la mission évangélique de l’Église, prennent une forme reconnue par une consécration officielle. Il y avait ensuite le besoin de suppléer la rareté des prêtres et de les soulager de nombreuses tâches qui ne sont pas directement liées à leur ministère pastoral. Certains voyaient dans le diaconat permanent une sorte de pont entre pasteurs et fidèles.
Il est clair que, dans ces motivations liées aux circonstances historiques et aux perspectives pastorales, le Saint-Esprit, protagoniste de la vie de l’Église, était mystérieusement à l’œuvre, poussant à une mise en œuvre nouvelle du cadre complet de la hiérarchie, traditionnellement composée d’évêques, de prêtres et de diacres. On encourageait de la sorte une nouvelle vitalité des communautés chrétiennes, rendues plus conformes à celles qui étaient sorties des mains des Apôtres et qui s’étaient épanouies dans les premiers siècles, toujours sous l’impulsion du Paraclet, comme l’attestent les Actes des Apôtres.
6. Une exigence particulièrement ressentie lors de la décision de rétablir le diaconat permanent fut celle d’une présence plus grande et plus directe de ministres de l’Église en divers milieux : la famille, le travail, l’école, etc., ainsi que dans les structures pastorales existantes. Ceci explique, entre autres, pourquoi le Concile, tout en ne renonçant pas totalement à l’idéal du célibat même pour les diacres, a admis que cet Ordre puisse être conféré « à des hommes d’âge mûr, même vivant dans le mariage ». C’était une attitude de prudence et de réalisme, choisie pour des motifs facilement compréhensibles par quiconque a une expérience de la condition des divers âges de la vie et de la situation concrète des personnes selon le degré de maturité auquel elles sont parvenues. Pour la même raison, il fut ensuite décidé, quant à l’application des dispositions du Concile, que le diaconat ne serait conféré à des hommes mariés qu’à certaines conditions : par exemple un âge d’au moins 35 ans, le consentement de l’épouse, une bonne conduite et une bonne réputation, une préparation doctrinale et pastorale adéquate donnée par des institutions ou des prêtres spécialement choisis à cet effet (cf. Paul VI, Sacrum diaconatus ordinem, 11-15 : Ench. Vat. : II, 1381-1385).
7. Mais il faut souligner que le Concile a conservé l’idéal d’un diaconat accessible aux jeunes qui se vouent totalement au Seigneur en prenant aussi l’engagement au célibat. C’est une voie de « perfection évangélique » qui peut être comprise, choisie et aimée par des hommes généreux et désireux de servir le Royaume de Dieu dans le monde, sans accéder au sacerdoce auquel ils ne se sentent pas appelés, et cependant par une consécration qui garantit et institutionnalise leur service particulier de l’Église par le don de la grâce sacramentelle qui leur est conférée. Ces jeunes ne manquent pas aujourd’hui.
Certaines dispositions ont été prises à leur intention, comme celles qui exigent, pour l’ordination diaconale, un âge d’au moins 25 ans et une période de formation dans une institution spéciale « où ils soient mis à l’épreuve, éduqués à vivre une vie vraiment évangélique et préparés à exercer utilement leurs fonctions spécifiques », au moins pendant trois ans (cf. ibid., 5-9 : Ench. Vat., II, 1375-1379). Ce sont là des dispositions qui montrent l’importance que l’Église attache au diaconat et son désir que cette ordination soit conférée après réflexion et sur des bases sûres. Mais ce sont aussi des manifestations de l’idéal ancien et toujours nouveau de la consécration de soi au Royaume de Dieu, que l’Église reçoit de l’Évangile et exalte spécialement devant les jeunes, en notre temps aussi.
Les fonctions du diacre dans le ministère pastoral
Lecture : 1Tm 3,8-10.12-13
1. Le Concile Vatican II détermine la place qui est celle des diacres dans la hiérarchie ministérielle de l’Église, selon la tradition la plus ancienne : « Au degré inférieur de la hiérarchie, se trouvent les diacres auxquels on a imposé les mains “non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service”. La grâce sacramentelle, en effet, leur donne la force nécessaire pour servir le peuple de Dieu dans la “diaconie” de la liturgie, de la parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbyterium » (LG, 9). La formule « non pas en vue du sacerdoce mais en vue du ministère » est reprise d’un texte de la Tradition apostolique d’Hippolyte, mais le Concile la situe dans une perspective plus large. Ce texte ancien précise que le « ministère » est un « service de l’évêque » ; le Concile, lui, met l’accent sur le service du Peuple de Dieu. Ce sens fondamental du service diaconal avait déjà été souligné aux origines par saint Ignace d’Antioche, qui appelait les diacres « ministres de l’Église de Dieu », les avertissant alors que, pour ce motif, ils devaient s’efforcer de plaire à tous (cf. Ad Tral., 2, 3). Au cours des siècles, on a considéré que le diacre était non seulement un auxiliaire de l’évêque mais aussi au service de la communauté chrétienne.
2. Pour être admis à exercer leurs fonctions, les diacres reçoivent, avant l’ordination, les ministères de lecteurs et d’acolytes. La collation de ces deux ministères montre une double orientation essentielle dans les fonctions diaconales, comme l’explique la Lettre apostolique Ad pascendum, de Paul VI (1972) : « Il y a une convenance particulière à ce que les ministères de lecteur et d’acolyte soient confiés à ceux qui, en tant que candidats à l’ordre du diaconat ou du presbytérat, désirent se consacrer spécialement à Dieu et à son Église. L’Église, en effet, qui ne cesse, de la Table de la Parole de Dieu comme de celle du Corps du Christ, de prendre le Pain de vie et de le présenter aux fidèles, estime très opportun que les candidats aux Ordres approfondissent et méditent, par une longue familiarité comme par un service progressif du ministère de la parole et de l’autel, ce double aspect de la charge sacerdotale » (Ench. Vat., IV, 1781. Cf. DC 1972, n° 1617, p. 856. NDLR). Ces orientations valent non seulement pour la fonction sacerdotale mais pour la fonction diaconale.
3. Il faut rappeler que, avant le Concile Vatican II, le lectorat et l’acolytat étaient considérés comme des Ordres mineurs. Déjà en 252, le Pape Corneille, dans une lettre à un évêque, indiquait qu’il y avait sept degrés dans l’Église de Rome (cf. Eusèbe, Hist. eccl., VI, 43 : PG, 20, 622) : les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les acolytes, les exorcistes, les lecteurs et les portiers. Dans la tradition latine, il y avait trois Ordres majeurs : le sacerdoce, le diaconat et le sous-diaconat ; et quatre Ordres mineurs : l’acolytat, l’exorcistat, le lectorat et la fonction de portier. C’était un ordonnancement de la structure ecclésiastique dû aux besoins de la communauté chrétienne au cours des siècles et déterminé par l’autorité de l’Église.
Avec le rétablissement du diaconat permanent, cette structure a été changée et, en ce qui concerne le domaine sacramentel, ramenée aux trois Ordres qui sont d’institution divine : le diaconat, le presbytérat et l’épiscopat. En effet, Paul VI, dans sa Lettre apostolique sur les ministères dans l’Église latine (1972), a supprimé – en plus de la « tonsure » qui marquait l’entrée dans l’état clérical – le sous-diaconat, dont les fonctions sont dévolues au lecteur et à l’acolyte. Il a maintenu le lectorat et l’acolytat, mais ceux-ci ne sont plus considérés comme des Ordres mais comme des ministères, et ils sont conférés non par une « ordination » mais par une « institution ». Ces ministères doivent être reçus par les candidats au diaconat et au presbytérat, mais ils sont aussi accessibles aux laïcs qui veulent assumer dans l’Église les seuls engagements qui y correspondent : le lectorat, comme mission de lire la Parole de Dieu dans l’assemblée liturgique, à l’exception de l’Évangile, et d’assumer certaines fonctions (comme de diriger les chants, d’instruire les fidèles) ; et l’acolytat, institué pour aider le diacre et être servant du prêtre (cf. Ministeria quaedam, V, VI : Ench. Vat., IV, 1762-1763).
4. Le Concile Vatican II énumère les fonctions liturgiques et pastorales du diacre : « administrer solennellement le baptême, conserver et distribuer l’Eucharistie, assister, au nom de l’Église, au mariage et le bénir, porter le viatique aux mourants, donner lecture aux fidèles de la Sainte Écriture, instruire et exhorter le peuple, présider au culte et à la prière des fidèles, être ministres des sacramentaux, présider aux rites funèbres et à la sépulture » (LG, 29). Le Pape Paul VI, dans Sacrum diaconatus ordinem (n. 22, 10 : Ench. Vat., II, 1392), a décidé en outre que le diacre peut « guider légitimement, au nom du curé ou de l’évêque, les communautés chrétiennes dispersées ». C’est une fonction missionnaire à exercer dans les territoires, les milieux, les couches sociales, les groupes, où le prêtre est absent ou guère présent. Spécialement dans les lieux où aucun prêtre n’est disponible pour célébrer l’Eucharistie, le diacre réunit et dirige la communauté dans une célébration de la Parole, avec distribution des Saintes Espèces, dûment conservées. C’est une fonction de suppléance que le diacre exerce par mandat ecclésial quand il s’agit de remédier au petit nombre des prêtres. Mais cette suppléance, qui ne peut jamais être complètement une substitution, rappelle aux communautés privées de prêtres l’urgence de prier pour les vocations sacerdotales et de s’efforcer de les favoriser comme un bien commun pour l’Église et pour elles-mêmes. Le diacre doit lui aussi promouvoir cette prière.
5. Toujours selon le Concile, les fonctions attribuées au diacre ne peuvent diminuer le rôle des laïcs appelés et disposés à collaborer avec la hiérarchie dans l’apostolat. Au contraire, parmi les fonctions du diacre, on trouve celle de « promouvoir et soutenir les activités apostoliques des laïcs ». En tant qu’il est davantage présent et inséré que le prêtre dans les structures séculières, il doit se sentir encouragé à favoriser le rapprochement entre le ministre ordonné et les activités des laïcs, dans un commun service du Royaume de Dieu.
Une autre fonction du diacre est la fonction caritative, qui comporte aussi le service nécessaire de l’administration des biens et des œuvres de charité de l’Église. En ce domaine, les diacres ont pour fonction d’« exercer, au nom de la hiérarchie, les devoirs de la charité et de l’administration, ainsi que les œuvres de service social » (Paul VI, Sacrum diaconatus ordinem, 22, 9 : Ench. Vat., II, 1392).
À cet égard, le Concile leur adresse une recommandation qui découle de la plus ancienne tradition de la communauté chrétienne : « Consacrés aux offices de charité et d’administration, les diacres ont à se souvenir de l’avertissement de saint Polycarpe : “être miséricordieux, zélés, marcher selon la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous” » (LG, 9 ; cf. Ad Phil., 5, 2, éd. Funk, I, p. 300).
6. Toujours selon le Concile, le diaconat semble particulièrement utile dans les jeunes Églises. Aussi le Décret Ad gentes établit-il : « Là où les Conférences épiscopales le jugeront opportun, l’Ordre du diaconat devra être rétabli comme état de vie permanent, selon les dispositions de la Constitution sur l’Église. Il est utile, en effet, que les hommes qui accomplissent un ministère vraiment diaconal, ou en prêchant la Parole de Dieu, ou en gouvernant au nom du curé et de l’évêque les communautés chrétiennes éloignées, ou en exerçant la charité dans les œuvres sociales ou caritatives, soient fortifiés par l’imposition des mains transmise depuis les Apôtres et plus étroitement unis à l’autel, pour qu’ils s’acquittent de leur ministère plus efficacement, au moyen de la grâce sacramentelle du diaconat » (AG, 16).
On sait que, là où l’action missionnaire a fait surgir de nouvelles communautés chrétiennes, les catéchistes jouent souvent un rôle essentiel. En de nombreux endroits, ce sont eux qui animent la communauté, l’instruisent, la font prier. L’Ordre du diaconat peut les confirmer dans la mission qu’ils exercent, par une consécration plus officielle et un mandat conféré plus expressément par l’autorité de l’Église par l’octroi d’un sacrement : par celui-ci, outre la participation à la source de tout apostolat, qui est la grâce du Christ Rédempteur répandue dans l’Église par l’Esprit Saint, on reçoit un caractère indélébile qui configure le chrétien d’une manière spéciale au Christ « qui s’est fait le “diacre”, c’est-à-dire le serviteur de tous » (Catéchisme de l’Église catholique, n. 1570).
Les caractéristiques de la spiritualité diaconale
1. Parmi les multiples thèmes possibles d’une catéchèse sur le diaconat, celui qui concerne l’esprit du diaconat est particulièrement important et attirant : il touche et concerne tous ceux qui reçoivent ce sacrement pour en exercer les fonctions selon une dimension évangélique. C’est là la voie qui mène ses ministres à la perfection chrétienne et leur permet de rendre un service (diaconia) vraiment efficace dans l’Église, « afin de construire le Corps du Christ » (Ep 4, 12).
Ici apparaît la spiritualité diaconale, qui a sa source dans ce que le Concile Vatican II appelle « la grâce sacramentelle du diaconat » (AG, 16). Non seulement elle est une aide précieuse dans l’accomplissement des diverses fonctions, mais elle exerce une influence profonde dans l’âme du diacre, l’incitant à l’offrande, au don de toute sa personne, pour le service du Royaume de Dieu dans l’Église. Comme l’indique le mot lui-même de diaconat, ce qui caractérise les sentiments et la volonté de celui qui reçoit ce sacrement, c’est l’esprit de service. Par le diaconat, on tend à réaliser ce que Jésus a déclaré au sujet de sa mission : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45 ; Mt 20, 28).
Certes, Jésus a adressé ces paroles aux Douze, qu’il destinait au sacerdoce, pour leur faire comprendre que, même s’ils étaient munis de l’autorité qu’il leur avait donnée, ils devaient se comporter comme lui, en serviteurs. L’avertissement vaut donc pour tous les ministres du Christ, mais il a cependant une signification particulière pour les diacres pour lesquels, en vertu de l’ordination, l’accent est mis expressément sur le service. Eux, qui ne disposent pas de l’autorité pastorale des prêtres, sont particulièrement destinés à manifester, dans l’exercice de toutes leurs fonctions, leur intention de servir. Si leur ministère est cohérent avec cet esprit, ils mettent davantage en lumière ce trait spécifique du visage du Christ : le service. Être non seulement « serviteurs de Dieu », mais aussi serviteurs de leurs frères.
2. C’est un enseignement de vie spirituelle d’origine évangélique, qui est passé dans la première tradition chrétienne, comme le confirme le texte ancien qui porte le nom de « Didascalie des Apôtres » (III e siècle). Les diacres y sont encouragés à s’inspirer de l’épisode évangélique du lavement des pieds : « Si le Seigneur a fait cela – est-il écrit –, vous, les diacres, n’hésitez pas à le faire à ceux qui sont malades et infirmes, parce que vous êtes les ouvriers de la vérité, revêtus de l’exemple du Christ » (XVI, 36 : éd. Connolly, 1904, p. 151). Le diaconat est un engagement à suivre le Christ dans son attitude d’humble serviteur, qui ne s’exprime pas seulement par les œuvres de charité mais investit et modèle toute la manière de penser et d’agir.
Dans cette perspective, on comprend la condition qu’énonce le document « Sacrum diaconatus ordinem » pour l’admission des jeunes à la formation diaconale : « Ne seront admis à la formation diaconale que les jeunes qui auront manifesté une propension naturelle au service de la hiérarchie et de la communauté chrétienne » (n. 8 : DC 1967, n° 1498, col. 1282. NDLR). On ne doit pas comprendre cette « propension naturelle » au sens d’une simple spontanéité des dispositions naturelles, encore que ce soit une condition dont il faut tenir compte. Il s’agit d’une propension de la nature animée par la grâce, dans un esprit de service qui conforme le comportement humain à celui du Christ. Le sacrement du diaconat développe cette propension : il rend le sujet plus intimement participant à l’esprit de service du Christ, il pénètre sa volonté par une grâce spéciale, il fait en sorte que le diacre, dans tout son comportement, soit animé d’une propension nouvelle au service de ses frères. Il s’agit d’un service à rendre avant tout sous forme d’une aide apportée à l’évêque et au prêtre. Il est à peine nécessaire d’observer que celui qui serait animé d’un esprit de contestation ou d’opposition à l’autorité, ne pourrait pas remplir de façon adéquate ses fonctions diaconales. Le diaconat ne peut être conféré qu’à ceux qui croient en la valeur de la mission pastorale de l’évêque et du prêtre, et à l’assistance de l’Esprit Saint qui les guide dans leur activité et leurs décisions. En particulier, il faut redire que le diacre doit « respect et obéissance à l’évêque » (ibid., 30).
Mais le service du diacre s’adresse aussi à la communauté chrétienne et à toute l’Église : il ne peut pas ne pas nourrir pour elle un profond attachement, étant donné sa mission et son institution divine.
3. Le Concile Vatican II parle aussi des devoirs et des obligations que le diacre assume en vertu de sa participation à la mission et à la grâce du sacerdoce suprême : « Servant les mystères du Christ et de l’Église, les diacres doivent se garder purs de tout vice, chercher à plaire à Dieu et s’efforcer de faire toutes sortes de bonnes œuvres devant les hommes (cf. 1 Tm 3, 8-10, et 12-13) » (LG, 41). Il ont donc un devoir de témoignage, qui investit non seulement leur service et leur apostolat, mais toute leur vie.
Dans son document déjà cité, « Sacrum diaconatus ordinem », Paul VI a attiré l’attention sur cette responsabilité et ces obligations : « Les diacres, comme tous ceux qui se mettent au service des mystères du Christ et de l’Église, s’abstiendront de toute mauvaise habitude et s’efforceront d’être toujours agréables à Dieu, “prêts à toute œuvre bonne” pour le salut des hommes. Ils doivent donc, en raison de l’Ordre qu’ils ont reçu, l’emporter de loin sur tous les autres pour ce qui est de la pratique de la vie liturgique, de l’amour de la prière, du service de Dieu, de la pratique de l’obéissance, de la charité et de la chasteté » (n. 25).
En particulier, en ce qui concerne la chasteté, les jeunes qui sont ordonnés diacres s’engagent à conserver le célibat et à mener une vie de plus intense union au Christ. Dans ce même domaine, ceux qui sont plus anciens, « une fois reçue l’ordination…, ne peuvent contracter un nouveau mariage, en vertu de la discipline ecclésiastique traditionnelle » (ibid., 16).
4. Pour satisfaire à ces obligations et, plus profondément encore, répondre aux exigences de l’esprit du diaconat avec l’aide de la grâce sacramentelle, une pratique des exercices de vie spirituelle est requise, que Paul VI énonce ainsi : 1) Qu’ils se consacrent à la lecture et à la méditation assidues de la Parole de Dieu ; 2) Qu’ils participent souvent, ou chaque jour, et de manière active, au sacrifice de la messe, qu’ils restaurent spirituellement leurs forces en recevant le sacrement de la très sainte Eucharistie, et qu’ils lui rendent visite avec dévotion ; 3) Qu’ils purifient fréquemment leur âme par le sacrement de la pénitence et, afin de le recevoir plus dignement, qu’ils examinent chaque jour leur conscience ; 4) Qu’ils vénèrent et aiment la Vierge Marie, Mère de Dieu, d’une intense piété filiale (cf. ibid., 26).
De plus, le Pape Paul VI ajoute : « Il convient au plus haut point que les diacres permanents récitent chaque jour au moins une partie de l’Office divin, qui devra être précisée par la Conférence épiscopale » (ibid., 27). Les Conférences épiscopales doivent aussi établir des normes plus particulières pour la vie des diacres, selon les conditions de lieux et de temps.
Enfin, pour celui qui reçoit le diaconat, il existe une obligation de formation doctrinale permanente, qui perfectionnera et actualisera celle qui est requise avant l’ordination : « Les diacres n’interrompront pas leurs études, surtout les études sacrées ; ils liront assidûment les livres de la Sainte Écriture ; ils s’adonneront à l’étude des disciplines ecclésiastiques de façon à pouvoir exposer convenablement la doctrine catholique aux autres et à devenir toujours plus à même d’instruire et d’affermir les âmes des fidèles. À cette fin, les diacres seront invités à participer à des sessions périodiques où seront étudiés les problèmes relatifs à leur vie et à leur ministère » (ibid., 29).
5. Cette catéchèse sur le diaconat, que j’ai voulu faire pour dessiner un cadre complet de la hiérarchie ecclésiastique, met donc en relief ce qui, dans cet Ordre comme dans ceux du presbytérat et de l’épiscopat, est d’une souveraine importance : une participation spirituelle spécifique au sacerdoce du Christ et un effort de vie qui lui soit conforme, sous l’action de l’Esprit Saint. Je ne peux pas ne pas conclure sans rappeler que les diacres, eux aussi, comme les prêtres et les évêques, engagés dans la voie du service à la suite du Christ, sont plus spécialement associés au sacrifice rédempteur, selon la formule que Jésus emploie quand il parle aux Douze du Fils de l’homme venu pour « servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45). Les diacres sont donc appelés à participer au mystère de la Croix, à partager les souffrances de l’Église, à souffrir de l’hostilité dont elle est l’objet, en union avec le Christ Rédempteur. Et cet aspect douloureux du service diaconal est ce qui le rend le plus fécond.