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Catéchèse du 9 août 2000
La rencontre décisive avec le Christ, Parole faite chair
Lecture : Jn 1,35-39
1. Au cours de nos réflexions précédentes, nous avons suivi l'humanité dans sa rencontre avec Dieu qui l'a créée et qui s'est mis sur ses routes pour la chercher. Aujourd'hui, nous méditerons sur la rencontre suprême entre Dieu et l'homme, celle qui se célèbre dans Jésus-Christ, la Parole Divine qui devint chair et habita parmi nous (cf. Jn 1, 14). La révélation définitive de Dieu - comme l'observait saint Irénée, Évêque de Lyon, au II siècle -, s'accomplit "lorsque le Verbe se fit homme, se rendant semblable à l'homme et l'homme semblable à lui, afin qu'à travers la ressemblance avec le Fils, l'homme devint précieux face au Père" (Adversus Haereses, V, 16, 2). Ce lien intime entre divinité et humanité, que saint Bernard compare au "baiser" dont parle le Cantique des cantiques (cf. Sermones super Cantica canticorum II), s'étend de la personne du Christ à ceux qu'il atteint. Cette rencontre d'amour présente diverses dimensions que nous tenterons à présent d'illustrer.
2. Il s'agit d'une rencontre qui se réalise dans la quotidienneté, dans le temps et dans l'espace. À cet égard, le passage de l'Évangile de Jean que nous venons de lire est suggestif (cf. Jn 1, 35-42).
Nous y trouvons une indication chronologique précise d'un jour et d'une heure, d'une localité et d'une maison où demeurait Jésus. Il existe des hommes à la vie simple qui sont transformés, jusque dans leur nom, par cette rencontre. Avoir sa vie traversée par le Christ signifie en effet voir son histoire et ses projets bouleversés. Lors-que les pécheurs de Galilée trouvent Jésus sur la plage du lac et entendent son appel, "en ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent" (Lc 5, 11). Il s'agit d'un tournant radical qui n'admet aucune hésitation et qui emprunte un chemin pavé de difficultés, mais très libérateur : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive" (Mt 16, 24).
3. Lorsqu'il croise la vie d'une personne, Jésus touche sa conscience, lit dans son cœur, comme cela a lieu avec la Samaritaine, à laquelle il dit "tout ce qu'elle a fait" (cf Jn 4, 29). En particulier, il fait jaillir le repentir et l'amour, comme cela a lieu pour Zachée, qui donne la moitié de ses biens aux pauvres et restitue le quadruple de ce qu'il a extorqué (cf 19, 8). C'est ce qui arrive également à la pécheresse repentie à laquelle sont pardonnés ses péchés "parce qu'elle a montré beaucoup d'amour" (Lc 7, 47) et à la femme adultère qui n'est pas jugée, mais invitée à conduire une existence loin du péché (cf. Jn 8, 11). La rencontre avec Jésus est semblable à une régénération : elle donne origine à une créature nouvelle, capable d'un véritable culte, qui consiste dans l'adoration du père "en esprit et en vérité" (Jn 4, 23-24).
4. Rencontrer le Christ sur le chemin de sa vie signifie souvent trouver la guérison physique. À ses disciples mêmes, Jésus confiera la mission d'annoncer le Royaume de Dieu, la conversion et le pardon des péchés (cf. Lc 24, 47), mais également de soigner les malades, de libérer de tout mal, de réconforter et de soutenir. En effet, les disciples "prêchèrent qu'on se repentît ; et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d'huile à de nombreux infirmes et les guérissaient" (Mc 6, 12-13). Le Christ est venu chercher, rencontrer et sauver l'homme tout entier. Comme condition de salut, Jésus exige la foi, à travers laquelle on s'abandonne pleinement à Dieu qui agit en lui. En effet, à l'hémorroïsse qui, comme ultime espoir, touche son manteau, Jésus dit : "Ma fille, ta foi t'a sauvée, va en paix et sois guérie de ton infirmité" (Mc 5, 34).
5. La venue du Christ parmi nous a pour objectif de nous conduire au Père. En effet, "nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître" (Jn 1, 18). Cette révélation historique, accomplie par Jésus à travers les gestes et les paroles, nous atteint profondément à travers l'action intérieure du Père (cf. Mt 16, 17 ; Jn 6, 44-45) et l'illumination de l'Esprit Saint (cf. Jn 14, 26 ; 16, 13). Pour cela, Jésus ressuscité l'insuffle comme principe de rémission des péchés (cf. Jn 20, 22-23) et source de l'amour divin en nous (cf. Rm 5, 5). C'est ainsi qu'a lieu une communion trinitaire qui commence déjà lors de l'existence terrestre et qui a pour but la plénitude de la vision, lorsque nous lui serons semblables [à Dieu], parce que nous le verrons tel qu'il est" (1 Jn 3, 2).
6. À présent, le Christ continue de marcher à nos côtés le long des sentiers de l'histoire, sur la base de sa promesse : "Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde" (Mt 28, 20). Il est présent à travers sa Parole, "une Parole qui appelle, qui invite, qui interpelle personnellement, comme cela fut le cas pour les Apôtres. Lorsqu'une personne est touchée par cette Parole, alors naît l'obéissance, c'est-à-dire l'écoute qui change la vie. Chaque jour, (le fidèle) se nourrit du pain de la Parole. Privé de ce pain, il est comme mort, et il n'a plus rien à communiquer à ses frères, car la Parole, c'est le Christ" (Orientale lumen, n. 10).
Le Christ est également présent dans l'Eucharistie, source d'amour, d'unité et de salut. Dans nos églises résonnent constamment les paroles qu'il prononça un jour dans la synagogue de la ville de Capharnaüm sur le lac de Tibériade. Ce sont des paroles d'espérance et de vie : "Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui [...] Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour" (Jn 6, 54.56).
 
Catéchèse du 23 août 2000
Le Christ a confié une mission aux jeunes : enflammer le monde de l’amour de Dieu
Lecture : Jn 6, 47.51
1. Rome a vécu, la semaine dernière, un événement inoubliable : la Journée mondiale de la Jeunesse, qui a suscité en chacun de nous une impression intense et profonde. Il s'est agi d'un pèlerinage à l'enseigne de la joie, de la prière et de la réflexion.
Un premier sentiment qui jaillit spontanément du cœur est celui d'un sincère remerciement au Seigneur pour ce don, vraiment grand, non seulement à notre ville et à l'Église qui est en Italie, mais au monde entier. Je remercie également ceux qui, de diverses façons, ont collaboré au déroulement pratique de cette rencontre, qui a eu lieu avec sérénité et dans le plus grand ordre. À tous, du Conseil pontifical pour les Laïcs, au Comité central pour le Jubilé, à la Conférence épiscopale italienne, au diocèse de Rome, aux Autorités civiles et administratives, aux Forces de l'Ordre, aux Service de santé, à l'Université de Tor Vergata, aux diverses Organisations de volontariat, je renouvelle ma pensée reconnaissante.
2. Je reviens naturellement en esprit à cette rencontre véritablement extraordinaire, qui est allée au-delà de toute attente et, je dirais même de toute attente humaine. Je ressens un désir très vif de répéter à ces jeunes garçons et filles ma joie d'avoir pu les accueillir, le soir de la solennité de l'Assomption, sur la Place Saint-Jean-de-Latran et sur la Place Saint-Pierre.
Je garde en moi l'émotion profonde avec laquelle j'ai participé à Tor Vergata à la veillée du samedi soir et présidé, le jour suivant, la solennelle célébration eucharistique de conclusion.
En survolant cette zone en hélicoptère, j'ai admiré d'en haut un spectacle unique et impressionnant : un immense parterre humain de personnes en fête, heureuses d'être ensemble. Je ne pourrai jamais oublier l'enthousiasme de ces jeunes. J'aurais désiré les embrasser tous et exprimer à chacun l'affection qui me lie à la jeunesse de notre époque, à laquelle le Seigneur confie une grande mission au service de la civilisation de l'amour.
Qu'est-ce que les jeunes, ou plutôt qui les jeunes sont-ils venus chercher, si ce n'est Jésus-Christ ? Qu'est-ce que la Journée mondiale de la Jeunesse, sinon une rencontre personnelle et communautaire avec le Seigneur, qui donne un sens véritable à l'existence humaine ? En réalité, c'est lui-même qui les a cherchés et appelés le premier, comme il cherche et appelle chaque être humain pour le conduire au salut et au bonheur complet. Et au terme de la rencontre, c'est encore lui qui a confié aux jeunes la mission singulière d'être ses témoins dans chaque lieu de la terre. Il s'est agi de journées marquées par la découverte d'une présence amie et fidèle, celle de Jésus-Christ, dont nous célébrons les deux mille ans de la naissance.
3. Les jeunes, avec l'enthousiasme propre à leur âge, ont répondu qu'ils entendent suivre le Christ. Ils désirent le faire car ils se sentent une partie vivante de l'Église. Ils désirent le faire en marchant ensemble, car ils se sentent Peuple de Dieu en marche.
Leur fragilité ne les effraye pas, car ils comptent sur l'amour et la miséricorde du Père céleste qui les soutient dans la vie de chaque jour. Au-delà de toute race et culture, ils se sentent des frères rassemblés par une unique foi, par une unique espérance, par une même mission : enflammer le monde de l'amour de Dieu. Les jeunes ont souligné qu'en eux, il y a une exigence de sens. Ils cherchent des raisons d'espérer et ils ont faim d'authentiques expériences spirituelles.
Puisse le Message de la Journée mondiale de la Jeunesse être accueilli et approfondi par ceux qui y ont pris part ainsi que par les autres jeunes de leur âge, qui en ont suivi les diverses étapes et manifestations à travers les journaux, la radio et la télévision !
Il est nécessaire que le climat évangélique respiré au cours de ces journées ne soit pas perdu, mais qu'il continue au contraire à être le climat des communautés de jeunes et des associations, des paroisses et des diocèses, en particulier au cours de cette Année jubilaire, qui invite tous les croyants à rencontrer le Christ, mort et ressuscité pour nous.
Je voudrais répéter à tous les jeunes : soyez fiers de la mission que le Seigneur vous a confiée et menez-la à bien avec une persévérance humble et généreuse. Que vous soutienne l'aide maternelle de Marie, qui a veillé sur vous au cours des journées de votre Jubilé. Le Christ et son Église comptent sur vous !
 
Catéchèse du 30 août 2000
La metánoia, conséquence de la rencontre avec le Christ
Lecture : Lc 19, 5-10
1. Le Psalmiste chante : "Tu as compté, toi, mes déboires" (Ps 56, 9). Dans cette phrase brève et essentielle est contenue l'histoire de l'homme qui erre dans le désert de la solitude, du mal, de l'aridité. Par le péché, il a rompu l'admirable harmonie de la création établie par Dieu aux origines : "Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon", ainsi pourrait-on rendre le sens du célèbre texte de la Genèse (Gn 1,31). Et pourtant Dieu n'est jamais loin de sa créature ; au contraire, il demeure toujours présent dans son intimité, selon la belle intuition de saint Augustin : "Où étais-tu alors et combien étais-tu loin de moi ? J'errai loin de toi [...]. Toi, en revanche, tu étais plus en moi que ma partie la plus profonde et plus haut que ma partie la plus élevée" (Confessions 3, 6, 11).
Mais le Psalmiste avait déjà décrit dans un hymne merveilleux la vaine fugue de l'homme de son Créateur : "Où irai-je loin de ton esprit, où fuirai-je loin de ta face ? Si j'escalade les cieux, tu es là, qu'au shéol je me couche, te voici. Je prends les ailes de l'aurore, je me loge au plus loin de la mer, même là, ta main me conduit, ta droite me saisit. Je dirai : "Que me presse la ténèbre, que la nuit soit pour moi une ceinture" ; même la ténèbre n'est point ténèbre devant toi et la nuit comme le jour illumine" (Ps 139, 7-12).
2. Dieu accomplit une recherche avec une insistance et un amour particuliers : celle du fils rebelle qui s'enfuit loin de son regard. Dieu s'est avancé sur les routes tortueuses des pécheurs à travers son Fils, Jésus-Christ, qui précisément lorsqu'il apparaît sur la scène de l'histoire, est présenté comme "l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde" (Jn 1, 29). Les premières paroles qu'il prononce en public sont les suivantes : "Repentez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche" (Mt 4, 17). Un thème important apparaît, que Jésus illustrera à plusieurs reprises en parole et en actes : "Repentez-vous", en grec metanoéite, c'est-à-dire accomplissez une metánoia, un changement radical de l'esprit et du cœur. Il faut laisser le mal derrière soi et entrer dans le royaume de justice, d'amour et de vérité, qui s'ouvre.
La trilogie des paraboles de la miséricorde divine recueillie par Luc dans le chapitre 15 de son Évangile constitue la représentation la plus incisive de la recherche active et de l'attente aimante de Dieu à l'égard de la créature pécheresse. En accomplissant la metánoia, la conversion, l'homme revient, comme le fils prodigue, pour embrasser le Père qui ne l'a jamais oublié ni abandonné.
3. Saint Ambroise, en commentant cette parabole du père riche d'amour à l'égard de son fils riche de péché, introduit la présence de la Trinité : "Lève-toi, viens en courant à l'Église : là il y a le Père, là il y a le Fils, là il y a l'Esprit Saint. Il court vers toi, parce qu'il t'écoute alors que tu réfléchis en toi même dans le secret de ton cœur. Et lorsque tu es encore loin, il te voit et se met à courir. Il voit dans ton cœur, il accourt pour que personne ne te retienne, et en plus il t'embrasse... Il se jette au cou de celui qui gisait par terre pour le relever, et pour faire en sorte que celui qui était déjà opprimé par le poids des péchés et penché vers les choses terrestres, tourne à nouveau le regard vers le ciel, où il devait chercher son propre Créateur. Le Christ se jette à ton cou, parce qu'il veut enlever de ta nuque le joug de l'esclavage et poser sur ton cou un joug doux" (In Lucam VII, 229-230).
4. La rencontre avec le Christ change l'existence d'une personne, comme l'enseigne l'histoire de Zachée que nous venons d'écouter au début. C'est également ce qui est arrivé aux pécheurs et aux pécheresses qui ont croisé Jésus sur leur route. Sur la croix, il y a un acte extrême de pardon et d'espérance donné au malfaiteur, qui accomplit sa metánoia lorsqu'il arrive à la frontière ultime entre la vie et la mort et qu'il dit à son compagnon : "Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes" (Lc 23, 41). À lui, qui implore : "Souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton Royaume", Jésus répond : "En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis" (cf. Lc 23, 42-43). Ainsi, la mission terrestre du Christ commencée par l'invitation à se repentir pour entrer dans le Royaume de Dieu, se conclut avec une conversion et une entrée dans son Royaume.
5. La mission des Apôtres commença également par une invitation pressante à la conversion. Aux auditeurs de son premier discours, qui avaient ressenti leur cœur transpercé et qui demandaient avec inquiétude : "Que devons-nous faire", Pierre répondit : "Repentez-vous (metanoésate), et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit" (Ac 2, 37-38). Cette réponse de Pierre fut accueillie rapidement : "environ trois mille âmes" se convertirent en ce jour (cf. Ac 2, 41). Après la guérison miraculeuse d'un homme infirme, Pierre renouvela son exhortation. Il rappela aux Hiérosolymitains leur horrible péché : "Mais vous, vous avez chargé le Saint et le Juste [...] vous avez fait mourir le prince de la vie" (Ac 3, 14-15), il atténua toutefois leur faute, en disant : "Cependant, frères, je sais que c'est par ignorance que vous avez agi" (Ac 3, 17) ; il les appela ensuite à la conversion (cf. 3, 19) et leur donna une immense espérance : "C'est pour vous d'abord que Dieu [...] l'a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités" (3, 26).
De façon semblable, l'Apôtre Paul prêchait la conversion. Il le dit dans son discours au roi Agrippa, en décrivant ainsi son propre apostolat : à tous, "aux païens aussi, j'ai prêché qu'il fallait se repentir et revenir à Dieu" (Ac 26, 20 ; cf. 1 Ts 1, 9-10). Paul enseignait que "la bonté de Dieu [nous] pousse à la conversion" (Rm 2, 4). Dans l'Apocalypse, c'est le Christ lui-même qui exhorte de façon répétée à la conversion. Inspirée par l'amour (cf. Ap 3, 19), l'exhortation est vigoureuse et elle manifeste toute l'urgence de la conversion (cf. Ap 2, 5.16.21-22 ; 3, 3.19), cependant elle est accompagnée par des promesses merveilleuses d'intimité avec le Sauveur (cf. 3, 20-21).
Une porte d'espérance est donc toujours ouverte à tous les pécheurs. "L'homme n'est pas livré à lui-même lorsqu'il tente, de mille façons parfois déçues, une impossible ascension au ciel : il existe un tabernacle de gloire, qui est la très sainte personne de Jésus le Seigneur, où le divin et l'humain se rencontrent dans une étreinte qui ne pourra jamais être brisée : le Verbe s'est fait chair, semblable en tout à nous, excepté le péché. Il verse la divinité dans le cœur malade de l'humanité et, en y insufflant l'Esprit du Père, la rend capable de devenir Dieu par la grâce" (Orientale lumen, n. 15).
 
Catéchèse du 6 septembre 2000
Le chrétien, disciple du Christ
Lecture : Lc 9, 57-60
1. La rencontre avec le Christ change radicalement la vie d'une personne, elle la pousse à la metánoia ou conversion profonde de l'esprit et du cœur et établit une communion de vie qui revient à se mettre à la suite du Christ. Dans les Évangiles ce chemin est exprimé par deux attitudes : la première consiste à "prendre la route" avec le Christ (akoloutheîn) ; la seconde, à "marcher à la suite" du Christ qui sert de guide, en suivant ses traces et sa direction (érchesthai opíso). C'est ainsi que naît la figure du disciple qui se réalise de manières différentes. Il y a ceux qui le suivent de façon anonyme et superficielle, comme la foule (cf. Mc 3, 7 ; 5, 24 ; Mt 8, 1.10 ; 14, 13 ; 19, 2 ; 20, 29). Il y a les pécheurs (cf. Mc 2, 14-15) ; de même sont indiquées à plusieurs reprises les femmes qui soutiennent par leur service concret la mission de Jésus (cf. Lc 8, 2-3 ; Mc 15, 41). Certains reçoivent un appel spécifique de la part du Christ et, parmi eux, une place particulière est réservée aux Douze.
La typologie des appelés est donc très variée : des personnes qui se consacrent à la pêche et des percepteurs des impôts, des personnes honnêtes et des pécheurs, des personnes mariées et des personnes seules, des pauvres et des riches comme Joseph d'Arimathie (cf. Jn 19, 38), des hommes et des femmes. Il y a même le zélote Simon (cf. Lc 6, 15), c'est-à-dire un membre de l'opposition révolutionnaire anti-romaine. Il y a également ceux qui refusent l'invitation, comme le jeune riche, qui devant les paroles exigeantes du Christ, s'attriste et s'en va affligé "car il avait de grands biens" (Mc 10, 22).
2. Les conditions pour parcourir la même route que Jésus sont peu nombreuses mais fondamentales. Comme nous l'avons entendu dans le passage évangélique qui vient d'être lu, il faut laisser le passé derrière soi, en effectuant une coupure nette, une metánoia au sens profond du terme : un changement d'esprit et de vie. Le chemin que le Christ propose est étroit, il exige sacrifice et don total de soi : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive" (Mc 8, 34). C'est un chemin qui connaît les épines des épreuves et des persécutions : "S'ils m'ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront" (Jn 15, 20). C'est un chemin qui rend missionnaires et témoins de la parole du Christ, mais qui exige des apôtres qu'ils ne prennent "ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture" (Mc 6, 8 ; cf. Mt 10, 9-10).
3.Marcher à la suite du Christ n'est donc pas un voyage aisé sur une route plate. On peut également connaître des moments de découragement à tel point que, à un certain moment "beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui" (Jn 6, 66), c'est-à-dire avec Jésus, qui fut obligé d'interpeller les Douze avec une question décisive : "Voulez-vous partir, vous aussi ?" (Jn 6, 67). Dans une autre circonstance Pierre lui-même est brusquement repris, lorsqu'il se rebelle à la perspective de la croix, par une parole qui, selon les nuances du texte original, pourrait être une invitation à se placer à nouveau "derrière" Jésus, après avoir tenté de refuser l'objectif de la croix : "Passe derrière moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes !" (Mc 8, 33).
La tentation de la trahison restera possible pour Pierre qui, à la fin, suivra cependant son Maître et Seigneur dans l'amour le plus généreux. En effet, au bord des rives du lac de Tibériade Pierre fera sa profession d'amour : "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime". Et Jésus lui annoncera "le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu", ajoutant par deux fois : "Suis-moi !" (Jn 21, 17.19.22).
Marcher à la suite du Christ s'exprime de façon particulière chez le disciple bien-aimé, qui entre dans l'intimité du Christ, en reçoit sa Mère en don et le reconnaît ressuscité (cf. Cf. Jn 13, 23-26 ; 18, 15-16 ; 19, 26-27 ; 20, 2-8 ; 21, 2.7.20-24).
4. La gloire est le but ultime de la marche à la suite du Christ. Le chemin est celui de l'"imitation du Christ", qui a vécu dans l'amour et qui est mort par amour sur la croix. Le disciple "doit, pour ainsi dire, entrer dans le Christ avec tout son être, il doit "s'approprier" et assimiler toute la réalité de l'Incarnation et de la Rédemption pour se retrouver soi-même" (Redemptor hominis, n. 10). Le Christ doit entrer en lui pour le libérer de l'égoïsme et de l'orgueil comme le dit à ce propos saint Ambroise : "Que le Christ entre dans ton âme, que Jésus prenne demeure dans tes pensées Jésus, pour ne laisser aucune place au péché dans la tente sacrée de la vertu" (Commentaire au Psaume CXVIII, lettre "daleth", 26).
5.La croix, signe d'amour et de don total est donc l'emblème du disciple appelé à se configurer au Christ glorieux. Un Père de l'Église d'Orient, qui est également un poète inspiré, Romain le Mélode, interpelle ainsi le disciple : "Tu possèdes la croix comme bâton, appuies sur celle-ci ta jeunesse. Porte-la dans ta prière, porte-la à la table commune, porte-la dans ton lit et partout comme ton titre de gloire. Dis à ton époux qui s'est à présent uni à toi : Je me jette à tes pieds. Donne dans ta grande miséricorde la paix à ton univers, aux Églises ton aide, aux pasteurs la sollicitude, au troupeau la concorde afin que tous, toujours, nous chantions notre résurrection" (Hymne 52 "Aux nouveaux baptisés", strophes 19 et 22).
 
Catéchèse du 13 septembre 2000
Le chrétien animé par l’Esprit
Lecture : Ga 5, 16.22-25
1. Au Cénacle, le dernier soir de sa vie terrestre, Jésus promet cinq fois de suite le don de l'Esprit Saint (cf. Jn 14, 16-17 ; 14, 26 ; 15, 26-27 ; 16, 7-11 ; 16, 12-15). Dans le même lieu, le soir de Pâques, le ressuscité se présente devant les apôtres et communique l'Esprit promis, en effectuant le geste symbolique de souffler et en prononçant les paroles : "Recevez l'Esprit Saint !" (Jn 20, 22). Cinquante jours après, toujours au Cénacle, l'Esprit Saint fait irruption avec sa puissance, transformant les cœurs et la vie des premiers témoins de l'Évangile.
À partir de ce moment, toute l'histoire de l'Église dans ses dynamiques les plus profondes est parcourue par la présence et l'action de l'Esprit, "donné sans mesure" (cf. Jn 3, 34) à ceux qui croient dans le Christ. La rencontre avec le Christ comporte le don de l'Esprit Saint qui - comme le disait le grand Père de l'Église Basile - "se diffuse en tous sans subir aucune diminution, est présent en chacun de ceux qui sont capables de le recevoir comme s'il n'y avait que lui, et diffuse en tous la grâce suffisante et complète" (De Spiritu Sancto IX, 22).
2. L'Apôtre Paul, dans le passage de la Lettre aux Galates que nous venons d'écouter (cf. 5, 16-18.22-25), définit "le fruit de l'Esprit" (5, 22) en énumérant une gamme multiple de vertus qui éclosent dans l'existence du fidèle. L'Esprit Saint se trouve à la racine de l'expérience de foi. En effet, dans le Baptême, nous sommes rendus fils de Dieu précisément à travers l'Esprit : "Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie : Abba Père !" (Ga 4, 6). À la source même de l'existence chrétienne, lorsque nous naissons comme des créatures nouvelles, il y a le souffle de l'Esprit qui nous rend fils dans le Fils et qui nous "mène" sur les routes de la justice et du salut (cf. Ga 5, 16).
3. Toute l'histoire du chrétien devra alors se dérouler sous l'influence de l'Esprit. Lorsqu'Il nous représente la Parole du Christ, la lumière de la vérité resplendit en nous, comme Jésus l'avait promis : "Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (Jn 14, 26 ; cf. 16, 12-15). L'Esprit est à nos côtés au moment de l'épreuve, devenant notre défenseur et notre soutien : "Mais lorsqu'on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parlera en vous" (Mt 10, 19-20). L'Esprit se trouve à la racine de la liberté chrétienne, qui enlève le joug du péché. L'Apôtre Paul le dit clairement : "La loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t'a affranchi de la loi du péché et de la mort" (Rm 8, 2). La vie morale - comme nous le rappelle saint Paul - précisément parce qu'elle est irradiée par l'Esprit, produit des fruits de "charité, de joie, de paix, de longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi" (Ga 5, 22).
4. L'Esprit anime toute la communauté des croyants dans le Christ. C'est encore l'Apôtre qui célèbre à travers l'image du corps la multiplicité et la richesse, mais également l'unité de l'Église comme œuvre de l'Esprit Saint. D'un côté Paul énumère la variété des charismes, c'est-à-dire des dons particuliers offerts aux membres de l'Église (cf. 1 Co 12, 1-10) ; de l'autre, il affirme que "tout cela, c'est l'unique et même esprit qui l'opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l'entend" (1 Co 12, 11). En effet, "aussi bien est-ce en un seul Esprit que nous tous avons été baptisés en un seul corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit" (1 Co 12, 13).
Enfin, c'est à l'Esprit que nous devons d'atteindre notre destin de gloire. Saint Paul utilise à ce propos l'image du "sceau" et des "arrhes" : "Vous avez été marqués d'un sceau par l'Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s'est acquis, pour la louange de sa gloire" (Ep 1, 13-14 ; cf. 2 Co 1, 22 ; 5, 5). En résumé, toute la vie du chrétien, des origines à son objectif ultime, est placée sous la bannière et l'œuvre de l'Esprit Saint.
5. J'ai plaisir à rappeler, au cours de cette année jubilaire, ce que j'affirmais dans l'Encyclique consacrée à l'Esprit Saint : "Le grand Jubilé de l'An 2000 contient donc un message de libération par l'action de l'Esprit : seul celui-ci peut aider les personnes et les communautés à se libérer des déterminisme anciens et nouveaux, en les guidant par la "loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus", en agissant dans la plénitude de la vraie liberté de l'homme ainsi découverte. En effet, comme l'écrit saint Paul, là "où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté"" (Dominum et vivificantem, n. 60).
Abandonnons-nous donc à l'action libératrice de l'Esprit, en faisant nôtre l'émerveillement de Siméon le Nouveau Théologien, qui s'adresse à la Troisième Personne divine en ces termes : "Je vois la beauté de ta grâce, j'en contemple l'éclat, j'en reflète la lumière ; je suis saisi par son indicible splendeur ; je suis conduit hors de moi en pensant à moi-même ; je vois ce que j'étais et ce que je suis devenu, ô prodige ! Je reste attentif, je suis rempli de respect pour moi-même, de révérence et de crainte, comme devant Toi-même ; je ne sais que faire, devenu tout timide, où m'asseoir, de quoi m'approcher, où reposer ces membres qui t'appartiennent ; à quelle action, à quelle œuvre les employer, ces merveilles divines" (Hymnes II, 19-27 ; cf. Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata, n. 20).
 
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