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Catéchèse du 21 juin 2000
Le sacrement de l’Eucharistie,
Source de l’engagement missionnaire de l’Église
Lecture : 1Co 11,23-26
1. "Jésus, unique Sauveur du monde, pain pour la vie nouvelle" : tel est le thème du 47 Congrès eucharistique international qui, ouvert dimanche dernier, se terminera dimanche prochain avec la Statio Orbis sur la place Saint-Pierre.
Le Congrès place l'Eucharistie au centre du grand Jubilé de l'Incarnation et en manifeste toute la profondeur spirituelle, ecclésiale et missionnaire. En effet, c'est de l'Eucharistie que l'Église et chaque croyant tirent la force indispensable pour annoncer et témoigner à tous de l'Évangile du salut. La célébration de l'Eucharistie, sacrement de la Pâque du Seigneur, constitue en elle-même un événement missionnaire, qui introduit dans le monde le germe fécond de la vie nouvelle.
Cette caractéristique missionnaire de l'Eucharistie est explicitement rappelée par saint Paul dans l'Épître aux Corinthiens : "Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne" (1 Co 11, 26).
2. L'Église reprend les paroles de saint Paul dans la doxologie après la consécration. L'Eucharistie est un sacrement "missionnaire", non seulement parce que de celle-ci naît la grâce de la mission, mais également parce qu'elle contient en elle-même le principe et la source éternelle du salut pour tous les hommes. La célébration du Sacrifice eucharistique est donc l'acte missionnaire le plus efficace que la Communauté ecclésiale puisse proposer dans l'histoire du monde.
Chaque Messe se conclut par le mandat missionnaire "allez", qui invite les fidèles à apporter l'annonce du Seigneur ressuscité dans les familles, dans les milieux de travail et de la société, dans le monde entier. C'est précisément pour cela que dans la Lettre Dies Domini j'ai invité les fidèles à imiter l'exemple des disciples d'Emmaüs qui, après avoir reconnu le Christ ressuscité "à la fraction du Pain" (cf. Lc 24, 30-32), ressentirent l'exigence d'aller immédiatement partager avec tous leurs frères la joie de la rencontre avec Lui (cf. n. 45). Le "pain rompu" ouvre la vie du chrétien et de toute la communauté au partage et au don de soi pour la vie du monde (cf. Jn 6, 51). C'est un caractère propre à l'Eucharistie de réaliser ce lien indissociable entre communion et mission, qui fait de l'Église le sacrement de l'unité de tout le genre humain (cf. Lumen gentium, n. 1)
3. Aujourd'hui, il est particulièrement nécessaire que, de la célébration de l'Eucharistie, chaque communauté chrétienne tire la conviction intérieure et la force spirituelle pour sortir d'elle-même et s'ouvrir à d'autres communautés plus pauvres et qui ont besoin de soutien dans le domaine de l'évangélisation et de la coopération missionnaire, favorisant l'échange fécond de dons réciproques qui enrichit toute l'Église.
Il est également très important de discerner, à partir de l'Eucharistie, les vocations et les ministères missionnaires. À l'exemple de la communauté primitive d'Antioche, réunie "dans la célébration du culte du Seigneur", chaque communauté chrétienne est appelée à écouter l'Esprit et à en accueillir les invitations, en réservant pour la mission universelle les meilleures forces de ses fils, envoyés avec joie dans le monde et accompagnés par la prière et par le soutien spirituel et matériel dont ils ont besoin (cf. Ac 13, 1-3).
En outre, l'Eucharistie est une école permanente de charité, de justice et de paix, pour renouveler dans le Christ le monde qui nous entoure. Les croyants tirent de la présence du Ressuscité le courage d'être des agents de solidarité et de renouveau, engagés dans le changement des structures de péché dont les individus, les communautés et, parfois, les peuples entiers, sont les esclaves (cf. Dies Domini, n. 73).
4. Enfin, dans cette réflexion sur la signification et sur le contenu missionnaire de l'Eucharistie ne peut manquer la référence à ces singuliers "missionnaires" et témoins de la foi et de l'amour du Christ que sont les martyrs. Les reliques des martyrs, qui dès l'antiquité sont placées sous l'autel, où l'on célèbre le mémorial de la "victime immolée pour notre réconciliation", constituent un signe clair de la vigueur qui émane du sacrifice du Christ. Cette énergie spirituelle conduit ceux qui se nourrissent du corps du Seigneur à offrir leur propre vie pour Lui et pour leurs frères, à travers le don total de soi, jusqu'à verser leur sang si cela est nécessaire.
Puisse le Congrès eucharistique international, par l'intercession de Marie, Mère du Christ immolé pour nous, raviver chez les croyants la conscience de l'engagement missionnaire qui naît de la participation à l'Eucharistie. Le "corps donné" et le "sang versé" (cf. Lc 22, 19-20) constituent le critère supérieur auxquels ils doivent et ils devront toujours se référer en se donnant pour le salut du monde.
 
Catéchèse du 28 juin 2000
La gloire de la Trinité dans la Jérusalem céleste
Lecture : He 12,22-24
1. "Tant qu'elle chemine sur cette terre, loin du Seigneur, l'Église se con-sidère comme exilée, en sorte qu'elle est en quête des choses d'en haut dont elle garde le goût, tournée là où le Christ se trouve, assis à la droite de Dieu, là où la vie de l'Église est cachée avec le Christ en Dieu, attendant l'heure où, avec son Époux, elle apparaîtra dans la gloire" (Lumen gentium, n. 6). Ces paroles du Concile Vatican II définissent l'itinéraire de l'Église qui sait qu'elle n'a pas "ici-bas de cité permanente", mais qu'elle "recherche celle de l'avenir" (He 13, 14), la Jérusalem céleste,"la cité du Dieu vivant" (Ibid. 12, 22).
2. Parvenus à ce but final de l'histoire, comme nous l'annonce Paul, nous ne verrons plus "dans un miroir, une énigme, mais alors ce sera face à face [...] mais alors je connaîtrai comme je suis connu" (1 Co 13, 12). Et Jean nous répète que "lors de cette manifestation (de Dieu) nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est" (1 Jn 3, 2).
Au-delà de la frontière de l'histoire nous attend donc l'épiphanie lumineuse et pleine de la Trinité. Dans la nouvelle création, Dieu nous fera don de la communion parfaite et intime avec Lui, que le quatrième Évangile appelle "la vie éternelle", source d'une "connaissance" qui dans le langage biblique est précisément communion d'amour : "Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ" (Jn 17, 3).
3. La résurrection du Christ inaugure cet horizon de lumière que le Premier Testament chante déjà comme royaume de paix et de joie, dans laquelle "il a fait disparaître la mort à jamais. Le Seigneur Yahvé a essuyé les pleurs sur tous les visages" (Is 25, 8). Alors, finalement, "Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s'embrassent" (Ps 85, 11). Mais ce sont surtout les dernières pages de la Bible, c'est-à-dire la vision glorieuse de conclusion de l'Apocalypse, qui nous révèlent la cité qui est le but ultime de notre pèlerinage, la Jérusalem céleste.
Nous y rencontrerons tout d'abord le Père, "l'alpha et l'oméga, le principe et la fin" de toute la création (Ap 21, 6). Il se manifestera en plénitude comme l'Emmanuel, le Dieu qui demeure avec l'humanité, effaçant les larmes et les deuils et renouvelant toutes les choses (cf. Ap 21, 3-5). Mais au centre de cette ville se lèvera également l'Agneau, le Christ, à qui l'Église est liée par un lien nuptial. C'est de Lui qu'elle reçoit la lumière de la gloire, avec Lui qu'elle est intimement unie, non plus à travers un temple, mais de façon directe et totale (cf. Ap 21, 9.22.23). C'est vers cette ville que nous pousse l'Esprit Saint. C'est lui qui soutient le dialogue d'amour des élus avec le Christ : "L'Esprit et l'Épouse disent : "Viens !"" (Ap 22, 17).
4. Notre regard se tourne vers cette pleine manifestation de la gloire de la Trinité, en allant au-delà de la limite de notre condition humaine, au-delà du poids de la misère et de la culpabilité qui envahissent notre existence terrestre. Pour cette rencontre, nous implorons chaque jour la grâce d'une purification permanente, conscients que dans la Jérusalem céleste, "rien de souillé n'y pourra pénétrer, ni ceux qui commettent l'abomination et le mal, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l'Agneau" (Ap 21, 27). Comme l'enseigne le Concile Vatican II, la liturgie que nous célébrons au cours de notre vie est presque un "avant goût" de cette lumière, de cette contemplation, de cet amour parfait : "Dans la liturgie terrestre, nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle" (Sacrosanctum concilium, n. 8).
C'est pourquoi nous nous adressons dès à présent au Christ pour qu'à travers l'Esprit Saint, il nous aide à nous présenter purs devant le Père. C'est ce que Syméon Métaphraste nous invite à faire dans une prière que la liturgie des Églises d'Orient propose aux fidèles : "Toi qui, grâce à la descente de l'Esprit as fait de tes disciples saints des vases d'honneur, fais de moi une demeure digne de sa venue. Toi qui dois venir à nouveau juger l'univers en toute justice, permets à moi aussi de me présenter à toi, mon Juge et mon Créateur, avec tous tes saints, pour te louer et te chanter éternellement, avec ton Père éternel et ton Esprit très saint, bon et vivifiant, à présent et pour toujours" (Prière pour la communion).
5. Avec nous également "la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu [...] avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu" (Rm 8, 19-21). L'Apocalypse nous annonce "un nouveau ciel et une nouvelle terre", car le ciel et la terre d'avant disparaîtront (cf. Ap 21, 1). Et Pierre, dans sa seconde Épître, a recours à des images apocalyptiques traditionnelles pour répéter le même concept : "Les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront. Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon ta promesse, où la justice habitera" (2 P 3, 12-13).
Dans l'attente de l'harmonie et de la pleine louange, toute la création doit entonner dès à présent avec l'homme un hymne de joie et d'espérance. Faisons-le, nous aussi, avec les paroles d'un hymne du III siècle, découvert en Égypte : "Que toutes ensemble les merveilleuses créations de Dieu ne se taisent ni le matin ni le soir ! Que ne se taisent pas non plus les astres lumineux, ni les hautes montagnes, ni les abîmes des mers, ni les sources des fleuves rapides, tant que nous chantons dans nos hymnes le Père, le Fils et l'Esprit Saint. Que tous les anges des cieux répondent : Amen ! Amen ! Amen !" (Texte édité par A. Gastoné, dans La Tribune de saint Gervais, septembre-octobre 1922).
 
Catéchèse du 5 juillet 2000
L’homme « cherché » par Dieu et à la recherche de Dieu
Lecture : Lc 15, 4-7
1. L'Apôtre Paul, dans l'Épître aux Romains, repropose non sans émerveillement un oracle du livre d'Isaïe (cf. 65, 1), dans lequel Dieu dit par la bouche du prophète : "J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne m'interrogeaient pas" (Rm 10, 20). Après avoir contemplé, dans les précédentes catéchèses, la gloire de la Trinité qui se manifeste dans le cosmos et dans l'histoire, nous voulons à présent entreprendre un itinéraire intérieur le long des routes mystérieuses sur lesquelles Dieu va à la rencontre de l'homme, pour le faire participer à sa vie et à sa gloire. En effet, Dieu aime la créature modelée à son image et, comme le pasteur attentif de la parabole que nous venons d'entendre (cf. Lc 15, 4-7), il ne se lasse pas de la chercher même lorsque celle-ci se montre indifférente, voire même gênée par la lumière divine, comme la brebis qui s'est éloignée du troupeau et qui s'est perdue dans des lieux inaccessibles et pleins de dangers.
2. Poursuivi par Dieu, l'homme en ressent déjà la présence, il est déjà illuminé par la lumière qui brille derrière lui, il est déjà pris par cette voix qui l'appelle de loin. Ainsi, il commence à chercher lui-même le Dieu qui le cherche : étant recherché, il se met à la recherche ; aimé, il se met à aimer. Aujourd'hui, nous commençons à décrire ce lien suggestif entre l'initiative de Dieu et la réponse de l'homme, en découvrant qu'il est une composante fondamentale de l'expérience religieuse. En réalité, l'écho de cette expérience s'entend également dans certaines voix éloignées du christianisme, signe du désir de toute l'humanité de connaître Dieu et d'être l'objet de sa bienveillance. Un ennemi de la nation d'Israël biblique, le roi babylonien Nabuchodonosor, qui en 587-586 avant J.-C., détruisit la ville sainte, Jérusalem, s'adressait lui-même à la divinité en ces termes : "Sans toi, Seigneur, qu'en serait-il du roi que tu aimes et que tu as appelé par son nom ? Comment pourrait-il être bon à tes yeux ? Tu guides son nom, tu le conduits sur la bonne voie ! [...] Par ta grâce, ô Seigneur, à laquelle tu fais participer chacun avec générosité, tu fais en sorte que ta merveilleuse majesté soit miséricordieuse et tu fais en sorte que la crainte à l'égard de ta divinité soit présente dans mon cœur. Donne-moi ce qui est bon pour toi, car tu as modelé ma vie !" (cf. G. Pettinato, Babylone, Milan 1994, p. 182).
3. Nos frères musulmans eux aussi témoignent d'une telle foi en répétant souvent, au cours de leur vie quotidienne, l'invocation qui ouvre le livre du Coran et qui célèbre précisément la voie sur laquelle Dieu, "le Seigneur de la Création, le Clément, le Miséricordieux", guide ceux sur lesquels il répand sa grâce.
C'est surtout la profonde tradition biblique qui pousse le fidèle à s'adresser souvent à Dieu pour obtenir de lui la lumière et la force nécessaires pour accomplir le bien. Le Psalmiste prie ainsi dans le Psaume 119 : "Enseigne-moi, Yahvé, la voie de tes volontés, je la veux garder en récompense. Fais-moi comprendre et que je garde ta loi, que je l'observe de tout cœur. Guide-moi au chemin de tes commandements, car j'ai là mon plaisir [...] Libère mes yeux des images de rien, vivifie-moi par ta parole" (vv. 33-35.37).
4. Dans l'expérience religieuse universelle, et en particulier dans celle qui est transmise par la Bible, nous trouvons donc la conscience de la primauté de Dieu, qui se met à la recherche de l'homme pour le conduire sur l'horizon de sa lumière et de son mystère. Au commencement, il y a la Parole qui déchire le silence du néant, la "bonne volonté" de Dieu (Lc 2, 14) qui n'abandonne jamais la créature à elle-même.
Certes, ce début absolu n'efface pas la nécessité de l'action humaine, il n'élimine pas l'engagement d'une réponse de la part de l'homme, qui est invité à se laisser atteindre par Dieu et à lui ouvrir la porte de sa vie, mais qui possède également la possibilité de se fermer à ces invitations. À ce propos, la parole placée par l'Apocalypse dans la bouche du Christ est merveilleuse : "Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi" (Ap 3, 20). Si le Christ ne s'acheminait pas sur les routes du monde, nous resterions solitaires dans notre horizon restreint. Il faut donc lui ouvrir la porte, pour qu'il vienne à notre table, dans une communion de vie et d'amour.
5.L'itinéraire de la rencontre entre Dieu et l'homme se déroulera sous le signe de l'amour. D'une part, l'amour divin trinitaire est prévenant, il nous entoure, nous ouvre constamment la route qui conduit à la maison paternelle. Là, le Père nous attend pour nous donner son baiser, comme dans la parabole évangélique du "fils prodigue", ou mieux du "Père miséricordieux" (cf. Lc 15, 11-32). De l'autre, l'amour fraternel nous est demandé comme réponse à l'amour de Dieu : "Bien-aimés, - nous admoneste en effet Jean dans sa première Épître - si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres [...] Dieu est Amour : celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui" (1 Jn 4, 11.16). De l'étreinte de l'amour divin et de l'étreinte humaine fleurissent le salut, la vie et la joie éternelle.
 
Catéchèse du 26 juillet 2000
Attente, étonnement et émerveillement de l’homme face au mystère de Dieu
Lecture Mc 13,33-37
1. « Ah ! Si tu déchirais les cieux et descendais ». La puissante invocation d'Isaïe (63, 19), qui résume bien l'attente de Dieu présente tout d'abord dans l'histoire de l'Israël biblique, mais également dans le cœur de chaque homme, n'est pas venue du néant. Dieu le Père a franchi le seuil de sa transcendance : à travers son Fils, Jésus-Christ, il s'est mis sur les routes de l'homme et son Esprit de vie et d'amour a pénétré dans le cœur de ses créatures. Il ne nous laisse pas errer loin de ses chemins et il ne laisse pas notre cœur s'endurcir pour toujours (cf. Is 63, 17). Dans le Christ, Dieu devient proche de nous, en particulier lorsque notre « visage est triste » ; alors, à la chaleur de sa parole, comme ce fut le cas pour les disciples d'Emmaüs, notre cœur commence à brûler dans notre poitrine (cf. Lc 24, 17.32). Cependant, le passage de Dieu est mystérieux et demande des yeux purs pour être découvert, et des oreilles disponibles à l'écoute.
2. Dans cette perspective, nous voulons aujourd'hui définir deux attitudes fondamentales qu'il faut mettre en relation avec Dieu-Emmanuel qui a décidé de rencontrer l'homme dans l'espace et dans le temps, ainsi que dans le secret de son cœur. La première attitude est celle de l'attente, bien illustrée dans le passage de l'Évangile de Marc que nous avons écouté (cf. Mc 13, 33-37). Dans l'original grec nous trouvons trois impératifs qui scandent cette attente. Le premier est : « Attention », littéralement : « Regardez, faites attention ! ». « Attention », comme le dit la parole elle-même, signifie tendre, être tendus vers une réalité de toute son âme. Il s'agit du contraire de la distraction qui, malheureusement, est notre condition presque habituelle, en particulier dans une société frénétique et superficielle comme la société contemporaine. Il est difficile de pouvoir se fixer sur un objectif, sur une valeur, et de les poursuivre avec fidélité et cohérence. Nous risquons de faire la même chose également avec Dieu, qui, en s'incarnant, est venu à nous pour devenir l'étoile polaire de notre existence.
3. À l'impératif de l'attention s'ajoute celui de « veiller », qui dans l'original grec de l'Évangile équivaut à « rester éveillé ». Il existe une forte tentation de se laisser glisser dans le sommeil, enveloppés par les spirales de la nuit ténébreuse, qui dans la Bible est symbole de faute, d'inertie, de refus de la lumière. On comprend donc l'exhortation de l'Apôtre Paul : « Mais vous, frères, vous n'êtes pas dans les ténèbres [...] tous vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour. Nous ne sommes pas de la nuit, des ténèbres. Alors ne nous endormons pas, comme les autres, mais restons éveillés et sobres » (1 Th 5, 4-6). Ce n'est qu'en nous libérant de l'attraction obscure des ténèbres et du mal que nous réussirons à rencontrer le Père de la lumière, dans lequel « n'existe aucun changement, ni l'ombre d'une variation » (Jc 1, 17).
4. Il existe un troisième impératif répété deux fois par le même verbe grec : « Restez éveillés ». C'est le verbe de la sentinelle qui doit être éveillée, alors qu'elle attend patiemment que le temps nocturne s'écoule pour voir surgir à l'horizon la lumière de l'aube. Le prophète Isaïe décrit de façon intense et vivante cette longue attente en introduisant un dialogue entre les deux sentinelles, qui devient un symbole de la juste utilisation du temps : « “Veilleur, où est la nuit ? Veilleur, où en est la nuit ?” Le veilleur répond : “Le matin vient puis encore la nuit. Si vous voulez interroger, interrogez ! Revenez ! Venez !” » (Is 21, 11-12).
Il faut s'interroger, se convertir et aller à la rencontre du Seigneur. Les trois appels du Christ : « Être attentifs, veiller, rester éveillés ! » résument de façon claire l'attente chrétienne de la rencontre avec le Seigneur. L'attente doit être patiente, nous avertit saint Jacques dans son Épître : « Soyez donc patients, frères, jusqu'à l'Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu'aux pluies de la première et de l'arrière-saison. Soyez patients, vous aussi ; affermissez vos cœurs, car l'Avènement du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-8). Pour qu'un épi grandisse ou qu'une fleur éclose, il y a des délais qu'on ne peut pas accélérer ; pour la naissance d'une créature humaine, il faut neuf mois ; pour composer un livre ou une musique de valeur, il faut souvent employer des années de recherche patiente. C'est également la loi de l'esprit : « Tout ce qui est frénétique / sera bientôt passé », chantait un poète (R.M. Rilke, Les sonnets à Orphée). Pour rencontrer le mystère il faut la patience, la purification intérieure, le silence, l'attente.
5. Nous parlions auparavant de deux attitudes spirituelles pour découvrir le Dieu qui vient vers nous. La deuxième — après l'attente patiente et en éveil — est celle de l'étonnement, de l'émerveillement. Il est nécessaire d'ouvrir les yeux pour admirer Dieu qui se cache et dans le même temps se montre dans les choses, et nous introduit dans les lieux du mystère. La culture technologique, et encore davantage l'immersion excessive dans les réalités matérielles, nous empêchent souvent de saisir le visage caché des choses. En réalité, chaque chose, chaque événement, pour celui qui sait les lire en profondeur, contient un message qui, en dernière analyse, conduit à Dieu. Les signes révélateurs de la présence de Dieu sont donc multiples. Mais pour ne pas qu'ils nous échappent, nous devons être purs et simples commes des enfants (cf. Mt 18, 3-4), capables d'admirer, de nous étonner, de nous émerveiller, d'être enchantés par les gestes divins d'amour et de proximité à notre égard. Dans un certain sens, on peut appliquer à la vie quotidienne ce que le Concile Vatican II affirme à propos de la réalisation du grand dessein de Dieu à travers la révélation de sa Parole : « Dieu invisible, dans son amour surabondant, s'adresse aux hommes comme à des amis et est en relation avec eux, pour les inviter à la vie en communion avec lui et les recevoir en cette communion » (Dei Verbum, n. 2).
 
Catéchèse du 2 août 2000
L'écoute de la Parole et de l'Esprit dans la révélation cosmique
Lecture : Pr 8,22-24.30-31
1. "Que toutes ses œuvres sont aimables, comme une étincelle qu'on pourrait contempler [...] Nous pourrions nous étendre sans épuiser le sujet ; en un mot : "Il est toutes choses" [...} Il est le Grand, au-dessus de toutes ses œuvres" (Si 42, 22 ; 43, 27-28). Ces paroles magnifiques de l'Ecclésiastique résument le chant de louange, élevé en toute époque et sous tous les cieux, au Créateur, qui se révèle à travers l'immensité et la beauté de ses œuvres.
Bien que sous une forme encore imparfaite, de très nombreuses voix ont reconnu dans le créé la présence de son Artisan et Seigneur. Un roi antique et poète égyptien, s'adressant à sa divinité solaire, s'exclamait : "Comme tes œuvres sont nombreuses : elles sont cachées à ton visage ; toi, Dieu unique, en dehors duquel personne n'existe, tu as créé la terre selon ta volonté, lorsque tu étais seul" (Hymne à Aton, cf. J.B. Pritchard [ed], Ancient Near Estearn Texts, Princeton 1969, pp. 369-371). Quelques siècles plus tard, un philosophe grec célèbre également à travers un hymne admirable la divinité qui se manifeste dans la nature et en particulier dans l'homme : "Nous venons de ta souche, et nous possédons la parole comme reflet de ton esprit, seuls parmi tous les êtres animés qui ont vie et mouvement sur la terre" (Cleante, Hymne à Zeus, vv. 4-5). L'apôtre Paul recueillera cette élévation en la citant dans son discours à l'aréopage d'Athènes (cf. Ac 17, 28).
2. L'écoute de la parole que le Créateur a confiée aux œuvres de ses mains est exigée également du fidèle musulman : "Ô hommes, adorez votre Seigneur qui vous a créés, ainsi que ceux qui sont venus avant vous, et craignez Dieu, qui a fait pour vous un tapis de la terre et un château du ciel et a fait descendre du ciel l'eau à travers laquelle il tire de la terre les fruits qui sont votre nourriture quotidienne" (Coran II, 21-23). La tradition juive, fleurie sur le terrain fertile de la Bible, découvrira la présence personnelle de Dieu en tout angle du créé : "Partout où je vais, Toi ! Partout où je m'arrête, Toi ! Toi seul ! encore Toi, toujours Toi !... Ciel, Toi, terre, Toi, au-dessus, Toi, au-dessous, Toi ! Où que j'aille, quoi que j'admire, Toi seul, encore Toi, toujours Toi !" (M. Buber, Les récits des Chassidim, Milan, 1979, p. 276).
3. La Révélation biblique s'insère bien dans cette vaste expérience de sens religieux et de prière de l'humanité, en y plaçant le sceau divin. En nous communiquant le mystère de la Trinité, celle-ci nous aide à cueillir dans la création elle-même non seulement la trace du Père, source de tout être, mais également celle du Fils et de l'Esprit. C'est vers la Trinité tout entière que se tourne désormais le regard du chrétien, lorsqu'il contemple les cieux avec le Psalmiste : "Par la Parole de Yahvé, - c'est-à-dire de son Verbe éternel - les cieux ont été faits, par le souffle de sa bouche, - c'est-à-dire de son Esprit Saint - toute leur armée" (Ps 33 [32], 6). Les "cieux" donc "racontent la gloire de Dieu et l'œuvre de ses mains, le firmament l'annonce. Le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit transmet la connaissance. Non point récit, non point langage, nulle voix qu'on puisse entendre, mais pour toute la terre en ressortent les lignes et les mots jusqu'aux limites du monde" (Ps 19[18], 2-5).
Il faut avoir l'oreille de l'âme libérée de tout bruit pour saisir cette voix divine qui résonne dans l'univers. Auprès de la Révélation proprement dite contenue dans les Écritures Saintes, il existe donc une manifestation divine dans l'éblouissement du soleil et la tombée de la nuit. La nature est elle aussi, en un certain sens, le "livre de Dieu".
4. Nous pouvons nous demander comment peut se développer, dans l'expérience chrétienne, la contemplation de la Trinité à travers la création, en y découvrant non seulement de façon générique le reflet de l'unique Dieu, mais également la trace des personnes divines. S'il est vrai, en effet, que "le Père, le Fils et l'Esprit Saint ne sont pas trois principes de la création, mais un seul principe" (Concile de Florence, DS 1331), il est également vrai toutefois que "chaque personne divine opère l'œuvre commune selon sa propriété personnelle" (C.E.C., n. 258).
Lorsque, alors, nous contemplons admiratifs l'univers dans sa grandeur et sa beauté, nous devons louer la Trinité tout entière, mais notre pensée va de façon spéciale au Père dont tout jaillit, comme la source de plénitude de l'être lui-même. Si nous nous arrêtons, ensuite, sur l'ordre qui soutient le cosmos et que nous admirons la sagesse avec laquelle le Père l'a créé en le dotant de loi qui en réglementent l'existence, nous remontons spontanément au Fils éternel, que l'Écriture nous présente comme Parole (cf Jn 1, 1-3) et Sagesse divine (cf. 1 Co 1, 24.30). Dans l'admirable chant que la Sagesse entonne dans le livre des Proverbes et qui a été proposé au début de notre rencontre, celle-ci apparaît "dès l'éternité, [...] établie dès le principe" (Pr 8, 23). La Sagesse est présente au moment de la création "comme architecte" prête à placer ses délices "parmi les enfants des hommes" (cf. Pr 8, 30.31). Sous ces aspects, la tradition chrétienne a vu en elle le visage du Christ, "image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature [...] tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui" (Col 1, 15-17 ; cf. Jn 1, 3).
5. À la lumière de la foi chrétienne, la création évoque ensuite de façon particulière l'Esprit Saint dans le dynamisme qui distingue les rapports entre les choses, à l'intérieur du macrocosme et du microcosme, et qui se manifeste surtout là où naît et se développe la vie. En vertu de cette expérience, également dans des cultures éloignées du christianisme a été perçue d'une certaine façon la présence de Dieu comme "esprit" qui anime le monde. Dans ce sens, l'expression de Virgile est célèbre : "spiritus intus alit", "l'esprit est alimenté de l'intérieur" (Énéide, VI, 726).
Le chrétien sait bien qu'une telle évocation de l'Esprit serait inacceptable, si elle se réfère à une sorte d'"anima mundi" entendue dans un sens panthéiste. Mais, excluant cette erreur, il reste vrai que toute forme de vie, d'animation, d'amour, renvoie en dernière analyse à l'Esprit, dont la Genèse dit qu'il "tournoyait sur les eaux" (Gn 1, 2) à l'aube de la création et dans lequel les chrétiens, à la lumière du Nouveau testament, reconnaissent une référence à la Troisième Personne de la Très Sainte Trinité. En effet, la création, dans son concept biblique, "comporte non seulement l'appel à l'existence de l'être même du cosmos, c'est-à-dire le don de l'existence, mais aussi la présence de l'Esprit de Dieu dans la création, c'est-à-dire le commencement du don que Dieu fait de lui-même pour leur salut aux choses qu'il a créées. Cela vaut avant tout pour l'homme, qui a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu" (Dominum et vivificantem, n. 12).
Face au déploiement de la révélation cosmique, nous annonçons l'œuvre de Dieu à travers les paroles du Psalmiste : "Tu envoies ton souffle, ils sont créés, tu renouvelles la face de la terre" (Ps 104 [103], 30).
 
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