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Catéchèse du 17 mai 2000
Le pèlerinage du Pape à Fatima
1. Je désire aujourd'hui m'arrêter avec vous sur le pèlerinage à Fatima, que le Seigneur m'a donné d'accomplir vendredi et samedi de la semaine dernière. Les émotions que j'ai éprouvées sont encore vives en moi. J'ai à l'esprit l'immense foule qui s'est rassemblée sur l'esplanade devant le Sanctuaire, vendredi soir à mon arrivée, et en particulier samedi matin pour la béatification des deux pastoureaux François et Jacinthe. Une foule qui exultait de joie et, dans le même temps, capable de créer des moments de silence absolu et d'intense recueillement.
Mon cœur est rempli de gratitude : pour la troisième fois, en la fête du 13 mai, date de la première apparition de la Madone à la Cova da Iria, la Providence m'a accordé de me rendre en pèlerinage aux pieds de la Vierge, là où elle apparut aux trois pastoureaux Lucie, François et Jacinthe, de mai à octobre 1917. Lucie est encore en vie, et j'ai encore une fois eu la joie de la rencontrer.
J'adresse un profond remerciement à l'Évêque de Fatima et à tout l'épiscopat portugais pour la préparation de cette visite et pour l'accueil chaleureux. Je renouvelle également mon salut et j'exprime ma gratitude au Président de la République, au Premier ministre et aux autres Autorités portugaises pour les attentions qui m'ont été réservées et pour l'engagement avec lequel ils se sont prodigués pour la réussite de ce pèlerinage apostolique.
2. Comme à Lourdes, à Fatima également la Vierge a choisi des enfants, François, Jacinthe et Lucie, comme destinataires de son message. Ils l'ont accueillie si fidèlement qu'ils méritent non seulement d'être reconnus comme témoins crédibles des apparitions, mais de devenir eux-mêmes un exemple de vie évangélique.
Lucie, leur cousine à peine plus âgée encore vivante, a tracé des portraits significatifs des deux nouveaux bienheureux. François était un enfant bon, réfléchi, à l'âme contemplative ; alors que Jacinthe était vive, plutôt susceptible, mais très douce et aimable. Leurs parents les avaient éduqués à la prière, et le Seigneur lui-même les attira plus étroitement à lui, grâce à l'apparition d'un Ange qui, tenant entre les mains un Calice et une Hostie, leur enseigna à s'unir au sacrifice eucharistique en réparation des péchés.
Cette expérience les prépara aux rencontres successives avec la Madone, qui les invita à prier assidûment et à offrir des sacrifices pour la conversion des pécheurs. Avec les deux pastoureaux de Fatima l'Église a proclamé bienheureux deux très jeunes enfants, car, bien que ce ne soient pas des martyrs, ils ont démontré qu'ils vivaient les vertus chrétiennes à un degré héroïque, malgré leur âge tendre. Un héroïsme d'enfants, mais un héroïsme véritable.
Leur sainteté ne dépend pas des apparitions, mais de la fidélité et de l'engagement avec lequel ils ont répondu au don singulier reçu du Seigneur et de la Très Sainte Vierge. Après la rencontre avec l'Ange et avec la belle Dame, ils récitaient le rosaire plusieurs fois par jour, offraient des pénitences fréquentes pour la fin de la guerre et pour les âmes qui avaient le plus besoin de la miséricorde divine, et ressentaient le désir intense de "consoler" le Cœur de Jésus et Celui de Marie. En outre, les pastoureaux durent supporter les fortes pressions de ceux qui les poussaient, avec la force et de terribles menaces, à renier tout et à révéler les secrets reçus. Mais ils s'encouragèrent mutuellement, confiants dans le Seigneur et dans l'aide de "cette Dame", dont François disait : "C'est notre amie". En raison de leur fidélité à Dieu, ils constituent un exemple lumineux, pour les enfants et les adultes, d'une manière de se conformer de façon simple et généreuse à l'action transformante de la grâce divine.
3. Mon pèlerinage à Fatima a donc été un remerciement à Marie pour ce qu'elle a voulu communiquer à l'Église à travers ces enfants et pour la protection qui m'a été accordée au cours de mon pontificat : un remerciement que j'ai voulu lui renouveler symboliquement avec le don du précieux anneau épiscopal, qui m'a été offert par le Cardinal Wyszynski quelques jours après mon élection au Siège de Pierre.
Les temps apparaissant désormais mûrs, j'ai considéré opportun de rendre public le contenu de ce que l'on appelle la troisième partie du secret.
Je suis heureux d'avoir pu prier dans la Chapelle des Apparitions, construite sur le lieu où la "Dame enveloppée de lumière" se montra plusieurs fois aux trois enfants et parla avec eux. J'ai rendu grâce pour ce que la miséricorde divine a accompli au cours du XXe siècle, grâce à l'intercession maternelle de Marie. À la lumière des apparitions de Fatima, les événements de cette période historique très tourmentée acquièrent une éloquence particulière. Il n'est alors pas difficile de mieux comprendre combien la miséricorde Dieu a été déversée sur l'humanité à travers Marie. Nous ne pouvons que remercier Dieu pour le témoignage courageux de tant de hérauts du Christ qui lui sont restés fidèles jusqu'au sacrifice de leur vie. En outre, j'ai plaisir à rappeler ici les enfants et les adultes, hommes et femmes, qui, selon les indications données par la Vierge à Fatima, ont offert quotidiennement des prières et des sacrifices, en particulier en récitant le saint Rosaire et par la pénitence. Je voudrais encore une fois les rappeler tous et rendre grâce à Dieu.
4. De Fatima se diffuse dans le monde entier un message de conversion et d'espérance, un message qui, conformément à la révélation chrétienne, est profondément inséré dans l'histoire. Celui-ci, précisément à partir des expériences vécues, invite les croyants à prier assidûment pour la paix dans le monde et à faire pénitence pour ouvrir les cœurs à la conversion. Tel est l'Évangile authentique du Christ reproposé à notre génération particulièrement éprouvée par les événements passés. L'appel que Dieu nous a fait parvenir à travers la Sainte Vierge conserve encore aujourd'hui toute son actualité.
Très chers frères et sœurs, accueillons la lumière qui vient de Fatima : laissons-nous guider par Marie. Que son Cœur Immaculé soit notre refuge et le chemin qui nous conduit au Christ. Que les bienheureux pastoureaux intercèdent pour l'Église, afin qu'elle poursuive avec courage son pèlerinage sur terre et qu'elle annonce avec une fidélité constante l'Évangile du salut à tous les hommes !
 
Catéchèse du 24 mai 2000
La gloire de la Trinité dans l’Ascension
Lecture : Ac 1, 6-9
1. Le mystère de la Pâque du Christ concerne l'histoire de l'humanité, mais dans le même temps la transcende. La pensée et le langage humains eux-mêmes peuvent d'une certaine façon saisir et communiquer ce mystère, mais pas l'expliquer complètement. C'est pourquoi le Nouveau Testament, tout en parlant de "résurrection", comme l'atteste l'antique Credo que Paul lui-même a reçu et qu'il transmet dans la première Lecture de l'Épître aux Corinthiens (cf. 15, 3-5), a également recours à une autre formulation pour définir la signification de la Pâque. En particulier chez Jean et Paul, elle est présentée comme exaltation ou glorification du Crucifié. Ainsi, pour le quatrième évangéliste la Croix du Christ est déjà le trône royal, qui repose sur la terre mais qui pénètre dans les cieux. Le Christ y est assis comme Sauveur et Seigneur de l'histoire.
Jésus, en effet, dans l'Évangile de Jean s'exclame : "Et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi" (12, 32 ; cf. 3, 14 ; 8, 28). Paul, dans l'hymne contenu dans l'Épître aux Philippiens, après avoir décrit l'humiliation profonde du Fils de Dieu lors de sa mort sur la Croix, célèbre ainsi la Pâque : "Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père" (Ph 2, 9-11).
2. L'Ascension du Christ au ciel, racontée par Luc comme sceau de son Évangile et comme début de sa seconde œuvre, les Actes des Apôtres, doit être comprise dans cette même lumière. Il s'agit de la dernière apparition de Jésus, qui "se termine par l'entrée irréversible de son humanité dans la gloire divine symbolisée par la nuée et par le ciel" (CEC, n. 659). Le ciel est par excellence le signe de la transcendance divine. Il est la zone cosmique qui se trouve au-dessus de l'horizon terrestre, sur lequel se déroule l'existence humaine.
Le Christ, après avoir parcouru les routes de l'histoire et être également entré dans l'obscurité de la mort, frontière de notre caractère fini et salaire du péché (cf. Rm 6, 23), retourne à la gloire que, depuis l'éternité (cf. Jn 17, 5), il partage avec le Père et avec l'Esprit Saint. Et il conduit avec lui l'humanité rachetée. En effet, la Lettre aux Éphésiens affirme que "Dieu qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés [...] nous a fait revivre avec le Christ [...] et fait asseoir aux cieux" (Ep 2, 4-6). Cela est tout d'abord valable pour la Mère de Jésus, Marie, dont l'assomption constitue les prémisses de notre ascension dans la gloire.
3. Nous nous arrêtons face au Christ glorieux de l'Ascension pour contempler la présence de toute la Trinité. On sait que l'art chrétien, dans ce qu'on appelle la Trinitas in cruce, a représenté à plusieurs reprises le Christ crucifié sur lequel le Père s'incline comme pour une étreinte, alors qu'entre les deux s'envole la colombe de l'Esprit Saint (comme le fit par exemple Masaccio dans l'église S. Maria Novella à Florence). De cette façon, la croix constitue un symbole d'union qui relie l'humanité et la divinité, la mort et la vie, la souffrance et la gloire.
De façon analogue on peut entrevoir la présence des trois personnes divines dans la scène de l'Ascension. Luc, dans la page finale de l'Évangile, avant de présenter le Ressuscité qui, en tant que prêtre de la Nouvelle Alliance, bénit ses disciples et se détache de la terre pour être conduit dans la gloire du ciel (cf. Lc 24, 50-52), évoque à nouveau le discours d'adieu adressé aux apôtres. Dans celui-ci apparaît tout d'abord le dessein de salut du Père, qui dans les Écritures avait annoncé la mort et la résurrection du Fils, source de pardon et de libération (cf. Lc 24, 45-47).
4. Mais dans ces mêmes paroles du Ressuscité se profile également l'Esprit Saint, dont la présence sera source de force et de témoignage apostolique : "Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut" (Lc 24, 49). Si le Paraclet est promis par le Christ dans l'Évangile de Jean, pour Luc le don de l'Esprit fait également partie d'une promesse du Père lui-même.
C'est pourquoi la Trinité tout entière est présente au moment où s'ouvre le temps de l'Église. C'est ce que Luc répète également dans le second récit de l'Ascension du Christ, celui des Actes des Apôtres. En effet, Jésus exhorte les disciples à "attendre que s'accomplisse la promesse du Père", c'est-à-dire celle d'être "baptisés dans l'Esprit Saint", lors de la Pentecôte désormais imminente (cf. Ac 1, 4-5).
5.L'Ascension est donc une épiphanie trinitaire qui indique le but vers lequel se dirige le cours de l'histoire personnelle et universelle. Même si notre corps mortel passe à travers la dissolution dans la poussière de la terre, tout notre "moi" racheté est tendu vers le haut et vers Dieu, en suivant le Christ comme guide.
Soutenus par cette joyeuse certitude, nous nous adressons au mystère de Dieu Père, Fils et Esprit, qui se révèle dans la Croix glorieuse du Ressuscité, avec l'invocation d'adoration de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité : "Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aide-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en toi, immobile et calme, comme si mon âme était déjà dans l'éternité... Mon âme est pacifique ! Fais-en ton ciel, ta demeure d'élection et le lieu de ton repos... Ô mes Trois, mon tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité dans laquelle je me perds, je m'abandonne à toi..., dans l'attente de pouvoir contempler dans ta lumière l'abîme de ta grandeur" (Élévation à la Très Sainte Trinité, 21 novembre 1904).
 
Catéchèse du 31 mai 2000
La gloire de la Trinité dans la Pentecôte
Lecture : Ac 2, 1-4
1. La Pentecôte chrétienne, célébration de l'effusion de l'Esprit Saint, présente divers aspects dans les écrits néo-testamentaires. Nous commencerons par celui dont nous avons à présent entendu la description dans le passage des Actes des Apôtres. Il s'agit du plus immédiat dans l'Esprit de tous, dans l'histoire de l'art et dans la liturgie elle-même.
Luc, dans sa seconde œuvre, place le don de l'Esprit à l'intérieur d'une téophanie, c'est-à-dire d'une solennelle révélation divine, qui dans ses symboles renvoie à l'expérience d'Israël au Sinaï (cf. Ex 19). Le fracas, le vent impétueux, le feu qui évoque la foudre, exaltent la transcendance divine. En réalité, c'est le Père qui donne l'Esprit à travers l'intervention du Christ glorifié. Pierre le dit dans son discours : "Jésus... exalté par la droite de Dieu, a reçu du Père l'Esprit Saint, objet de la promesse, et l'a répandu. C'est là ce que vous voyez et entendez" (Ac 2, 33). À la Pentecôte - comme l'enseigne le Catéchisme de l'Église catholique - l'Esprit Saint "est manifesté, donné et communiqué comme Personne divine... En ce jour est pleinement révélée la Trinité Sainte" (CEC, nn. 731-732).
2. Toute la Trinité est en effet concernée par l'irruption de l'Esprit Saint, répandu sur la première communauté et sur l'Église de tous les temps comme le sceau de la Nouvelle Alliance annoncée par les Prophètes (cf. Jr 31, 31-34 ; Ez 36, 24-27), pour soutenir le témoignage et comme source d'unité dans la pluralité. En vertu de l'Esprit Saint les Apôtres annoncent le Ressuscité, et tous les croyants, dans la diversité de leurs langues, donc de leurs cultures et de leur histoire, professent l'unique foi dans le Seigneur, "publiant les merveilles de Dieu" (Ac 2, 11).
Il est significatif de noter qu'un commentaire hébraïque de l'Exode, en réévoquant le chapitre 10 de la Genèse dans lequel on dresse une liste des soixante-dix nations qui, l'on pensait, constituaient l'humanité dans sa plénitude, les reconduit au Sinaï pour écouter la Parole de Dieu : "Au Sinaï la voix du Seigneur se divisa en soixante-dix langues, afin que toutes les nations puissent comprendre" (Exode Rabba' 5, 9). De même, dans la Pentecôte de Luc la Parole de Dieu, à travers les Apôtres, est adressée à l'humanité pour annoncer à toutes les nations, dans leur diversité, "les grandes œuvres de Dieu" (Ac 2, 11).
3. Il existe cependant dans le Nouveau Testament un autre récit que nous pourrions appeler la Pentecôte de Jean. Dans le quatrième Évangile, en effet, l'effusion de l'Esprit Saint est située le soir même de Pâques et est intimement liée à la Résurrection. On lit chez Jean : "Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : "Paix à vous !" ; Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors de nouveau : "Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi ausi je vous envoie". Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leurs seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus"" (Jn 20, 19-23).
Dans ce récit de Jean également, resplendit la gloire de la Trinité : du Christ Ressuscité qui se montre dans son corps glorieux, du Père qui est à la source de la mission apostolique et de l'Esprit répandu comme don de paix. Ainsi s'accomplit la promesse faite par le Christ, à l'intérieur de ces mêmes murs, lors des discours d'adieu aux disciples : "Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (Jn 14, 26). La présence de l'Esprit dans l'Église est destinée à la rémission des péchés, au souvenir et à l'accomplissement de l'Évangile dans la vie, à la réalisation toujours plus profonde de l'unité dans l'amour.
L'acte symbolique de souffler veut évoquer l'acte du Créateur qui, après avoir modelé le corps de l'homme avec de la glaise du sol, "insuffla dans ses narines une haleine de vie" (Gn 2, 7). Le Christ ressuscité communique un autre souffle de vie, "l'Esprit Saint". La rédemption est une nouvelle création, œuvre divine à laquelle l'Église est appelée à collaborer à travers le ministère de la réconciliation.
4. L'Apôtre Paul ne nous offre pas un récit direct de l'effusion de l'Esprit, mais il parle de ses fruits avec une telle intensité que l'on pourrait parler d'une Pentecôte de Paul, elle aussi présentée sous le signe de la Trinité. Selon deux passages parallèles des Épîtres aux Galates et aux Romains, en effet, l'Esprit est le don du Père, qui nous rend fils adoptifs, en nous faisant participer à la vie de la famille divine elle-même. Paul affirme donc : "Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ" (Rm 8, 15-17 ; cf. Gal 4, 6-7).
Avec l'Esprit Saint dans le cœur nous pouvons adresser à Dieu l'appellation familière ‘abba', que Jésus lui-même utilisait à l'égard de son Père céleste (cf. Mc 14, 36). Comme lui, nous devons marcher selon l'Esprit dans la liberté intérieure profonde : "Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi" (Ga 5, 22).
Nous concluons notre contemplation de la Trinité dans la Pentecôte par une invocation de la liturgie d'Orient : "Venez, peuples, adorons la Divinité en trois personnes : le Père dans le fils avec l'Esprit Saint. Car le Père de toute éternité engendre un fils co-éternel et régnant avec Lui, et l'Esprit Saint est dans le Père, glorifié avec le Fils, puissance unique, unique substance, unique divinité... Trinité Sainte, gloire à Toi !" (Vêpres de la Pentecôte).
 
Catéchèse du 7 juin 2000
La gloire de la Trinité dans l’homme vivant
Lecture : Gn 1, 26-28
1. En cette année jubilaire, notre catéchèse marque une halte sur le thème de la glorification de la Trinité. Après avoir contemplé la gloire des trois personnes divines dans la création, dans l'histoire, dans le mystère du Christ, notre regard se tourne à présent vers l'homme pour y saisir les rayons lumineux de l'action de Dieu.
"Il tient en son pouvoir l'âme de tout vivant et le souffle de toute chair d'homme" (Jb 12, 10). Cette déclaration suggestive de Job révèle le lien radical qui unit les êtres humains au "Maître ami de la vie" (Sg 11, 26). La créature rationnelle porte inscrite en elle une relation intime avec le Créateur, un lien profond constitué tout d'abord par le don de la vie. Un don qui est accordé par la Trinité elle-même et qui comporte deux dimensions principales, comme nous chercherons à présent à l'illustrer, à la lumière de la Parole de Dieu.
2. La première dimension fondamentale de la vie qui nous est donnée est celle physique et historique, cette "âme" (nefesh) et cet "esprit" (ruah) auxquels Job faisait référence. Le Père entre en scène en tant que source de ce don aux débuts mêmes de la création lorsqu'il proclame avec solennité : "Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance... Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa" (Gn 1, 26-27). Avec le Catéchisme de l'Église catholique, nous pouvons tirer cette conclusion : "L'image divine est présente en chaque homme. Elle resplendit dans la communion des personnes, à la ressemblance de l'union des personnes divines entre elles" (CEC, n. 1702). Dans la même communion d'amour et dans la capacité d'engendrer du couple humain se trouve un reflet du Créateur. L'homme et la femme poursuivent dans le mariage l'œuvre créatrice de Dieu, ils participent à sa paternité suprême, dans le mystère que Paul nous invite à contempler lorsqu'il s'exclame : "Un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous" (Ep 4, 6).
La présence efficace de Dieu, que le chrétien invoque comme Père, se révèle déjà au début de la vie de chaque homme, pour ensuite s'étendre sur tous ses jours. C'est ce qu'atteste une strophe d'une beauté extraordinaire du Psaume 139, qui peut être rendue ainsi, dans la forme la plus proche de l'original : "C'est toi qui m'as formé les reins, qui m'a tissé au ventre de ma mère... Mes os n'étaient point cachés de toi, quand je fus façonné dans le secret, brodé au profond de la terre. Mon embryon (gomí), tes yeux le voyaient ; sur ton livre, ils sont tous inscrits les jours qui ont été fixés, et chacun d'eux y figure" (vv. 13. 15-16).
3. Le Fils est également présent aux côtés du Père lorsque nous nous présentons à l'existence, lui qui a assumé notre même chair (cf. Jn 1, 14) au point de pouvoir être touché par nos mains et être entendu par nos oreilles, vu et contemplé par nos yeux (cf. 1 Jn 1, 1). En effet, Paul nous rappelle qu'"il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes" (1 Co 8, 6). Ensuite, chaque créature vivante est également confiée au souffle de l'Esprit de Dieu, comme le chante le Psalmiste : "Tu envoies ton souffle, ils sont créés" (Ps 104, 30). À la lumière du Nouveau Testament il est possible de lire dans ces paroles une anticipation de la Troisième Personne de la Très Sainte Trinité. À la source de notre vie il y a donc une intervention trinitaire d'amour et de bénédiction.
4. Comme je l'ai indiqué, il existe une autre dimension dans la vie qui est offerte à la créature humaine. Nous pouvons l'exprimer à travers trois catégories théologique néo-testamentaires. Il y a tout d'abord la zoé aiônios, c'est-à-dire "la vie éternelle", célébrée par Jean (cf. 3, 15-16 ; 17, 2-3) et qui doit être comprise comme participation à la "vie divine". Il y a ensuite la kainé ktisis paulinienne, la "nouvelle créature" (cf. 2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15), produite par l'Esprit qui fait irruption dans la condition de créature humaine en la transfigurant et en lui attribuant une "vie nouvelle" (cf. Rm 6, 4 ; Col 3, 9-10 ; Ep 4, 22-24). C'est la vie pascale : "De même que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ" (1 Co 15, 22). Il y a, enfin, la vie de fils de Dieu, l'hyiothesía (cf. Rm 8, 15 ; Gal 4, 5), qui exprime notre communion d'amour avec le Père, à la suite du Christ dans la force de l'Esprit Saint : "Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui crie :Abba, Père ! Aussi n'es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de Dieu" (Ga 4, 6-7).
5. Cette vie transcendante, infusée en nous par la grâce nous ouvre à l'avenir, au-delà du caractère caduc de notre condition de créatures. C'est ce que Paul affirme dans l'Épître aux Romains, en se référant encore une fois à la Trinité comme source de cette vie pascale : "Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous" (8, 11).
"La vie éternelle est donc la vie même de Dieu ainsi que la vie des fils de Dieu. Le croyant ne peut manquer d'être saisi d'un émerveillement toujours renouvelé et d'une reconnaissance sans limites face à cette vérité surprenante et ineffable qui nous vient de dieu dans le Christ (cf. 1 Jn 3, 1-2)... C'est ainsi que la vérité chrétienne sur la vie parvient à sa plénitude. La dignité de la vie n'est pas seulement liée à ses origines, au fait qu'elle vient de Dieu, mais aussi à sa fin, à sa destinée qui est d'être en communion avec Dieu pour le connaître et l'aimer. C'est à la lumière de cette vérité que saint Irénée précise et complète son exaltation de l'homme : la "gloire de Dieu" est bien "l'homme vivant", mais "la vie de l'homme est la vision de Dieu"" (Evangelium vitae, n. 38 ; cf. Irénée, Adversus haereses IV, 20, 7).
Nous concluons notre réflexion par la prière d'un sage de l'Ancien Testament au Dieu vivant et ami de la vie : "Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n'as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l'aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l'avais voulue ? Ou comment ce que tu n'aurais pas appelé aurait-il été conservé ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie ! Car ton esprit incorruptible est en toutes choses"(Sg11,24-12,1).
 
Catéchèse du 14 juin 2000
La gloire de la Trinité dans la vie de l'Église
Lecture : 1Jn 1,1-3
1. Dans son pèlerinage vers la pleine communion d'amour avec Dieu l'Église se présente comme "un peuple rassemblé par l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint". Cette merveilleuse définition de saint Cyprien (De Orat. Dom. 23 ; cf. LG n. 4) nous introduit dans le mystère de l'Église, rendue communauté de salut par la présence de Dieu Trinité. Comme l'antique Peuple de Dieu, elle est guidée dans son nouvel Exode par la colonne de nuages durant le jour et par la colonne de feu durant la nuit, symboles de la constante présence divine. Dans ce cadre, nous voulons contempler la gloire de la Trinité, qui rend l'Église, une sainte, catholique et apostolique.
2. L'Église est tout d'abord une. En effet, les baptisés sont mystérieusement unis au Christ et constitués comme son Corps mystique dans la force de l'Esprit Saint. Comme l'affirme le Concile Vatican II, "de ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l'unité d'un seul Dieu Père, et Fils, en l'Esprit-Saint" (Unitatis redintegratio, n. 2). Même si au cours de l'histoire cette unité a connu l'épreuve douloureuse de nombreuses divisions, sa source trinitaire intarissable pousse l'Église à vivre toujours plus profondément cette koinonia ou communion qui resplendissait dans la première communauté de Jérusalem (cf. Ac 2, 42 ; 4, 32).
Le dialogue œcuménique tire sa lumière de cette perspective, car tous les chrétiens sont conscients du fondement trinitaire de la communion : "La koinonia est l'œuvre de Dieu et possède un caractère profondément trinitaire. Dans le baptême, on a le point de départ de l'initiation de la koinonia trinitaire au moyen de la foi, à travers le Christ, dans l'Esprit [...] Et les moyens que l'Esprit a donnés pour soutenir la koinonia sont la Parole, le ministère, les sacrements, les charismes" (Perspectives sur la koinonia, Rapport du III quinquennat 1985-89 du dialogue catholiques-pentecôtistes, n. 31). À ce propos, le Concile rappelle à tous les fidèles que "plus étroite, en effet, sera leur communion avec le Père, le Verbe et l'Esprit-Saint, plus ils pourront rendre intime et facile la fraternité mutuelle" (UR, n. 7).
3. L'Église est également sainte. Dans le langage biblique, avant encore d'être l'expression de la sainteté morale et existentielle du fidèle, le concept de "saint" renvoie à la consécration opérée par Dieu à travers l'élection et la grâce offerte à son peuple. C'est donc la présence divine qui "consacre dans la vérité" la communauté des croyants (cf. Jn 17, 17.19).
Et le signe le plus élevé de cette présence est constitué par la liturgie, qui est l'épiphanie de la consécration du Peuple de Dieu. En elle se trouve la présence eucharistique du corps et du sang du Seigneur, mais également "notre eucharistie, c'est-à-dire notre action de grâce, notre louange pour avoir été rachetés par sa mort et rendus participants de la vie immortelle par sa résurrection. Un tel culte, qui s'adresse par conséquent à la Trinité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint, accompagne et pénètre avant tout la célébration eucharistique. Mais il doit aussi remplir nos sanctuaires" et la vie de l'Église (Dominicae Cœnae, n. 3). Et précisément "lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous répondons à la vocation profonde de l'Église, et nous prenons par avance une part déjà savoureuse à la liturgie de la gloire parfaite" (Lumen gentium, n. 51).
4. L'Église est catholique, envoyée pour annoncer le Christ au monde entier dans l'espérance que tous les chefs des peuples se rassemblent avec le Peuple du Dieu d'Abraham (cf. Ps 47, 10 ; Mt 28, 19). Comme l'affirme le Concile Vatican II, "de par sa nature, l'Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisque elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. Ce dessein découle de "l'amour dans sa source", autrement dit de la charité du Père qui, étant le principe sans principe, de qui le Fils est engendré, de qui le Saint-Esprit procède par le Fils, nous a créés librement dans sa trop grande bonté et miséricorde, et nous a de plus appelés gracieusement à partager avec lui sa vie et sa gloire ; qui a répandu sur nous sans compter sa miséricorde et ne cesse de la répandre, en sorte que lui, qui est le créateur de tous les êtres, devienne enfin "tout en tous" (1 Co 15, 28) en procurant à la fois la gloire et notre bonheur" (Ad gentes, n. 2).
5. L'Église, enfin, est apostolique ; Selon le mandat du Christ, les apôtres doivent aller et faire des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père du Fils et de l'Esprit Saint, leur enseignant à observer tout ce qu'il leur a commandé (cf. Mt 28, 19-20). Cette mission s'étend à toute l'Église, qui à travers la Parole, rendue vivante, lumineuse et efficace par l'Esprit Saint et les Sacrements, "réalise le dessein de Dieu, que le Christ a servi par obéissance et par amour pour la gloire du Père qui l'a envoyé : que le genre humain tout entier constitue un seul Peuple de Dieu, se rassemble dans le Corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-Esprit" (AG, n. 7).
L'Église, une, sainte, catholique et apostolique est Peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l'Esprit Saint. ces trois images bibliques indiquent de façon lumineuse la dimension trinitaire de l'Église. Dans cette dimension se retrouvent tous les disciples du Christ, appelés à la vivre de façon toujours plus profonde et avec une communion toujours plus vivante. L'œcuménisme lui-même trouve dans la référence trinitaire un solide fondement, car l'Esprit "unit les fidèles avec le Christ, médiateur de chaque don de salut, et leur donne - à travers lui - accès au Père, que dans le même Esprit ceux-ci peuvent appeler abba', Père" (Commission conjointe catholiques romains-évangélistes luthériens, Église et justification, n. 64). Dans l'Église, donc, nous retrouvons une grandiose épiphanie de la gloire trinitaire. Accueillons, alors, l'invitation que saint Ambroise nous adresse : "Lève-toi, toi qui auparavant dormait allongé [...] Lève-toi et viens en courant à l'Église : là il y a le Père, là il y a le Fils, là il y a l'Esprit Saint" (In Lucam, VII).
 
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