Ressources Catholiques Magistère

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Catéchèse du 6 décembre 2000
Coopérer à l’Avent du Royaume de Dieu dans le monde
Lecture : Mt 13, 31-33
1. En cette année du grand Jubilé, le thème de fond de nos catéchèses est la gloire de la Trinité, telle qu'elle nous a été révélée dans l'histoire du Salut. Nous avons réfléchi sur l'Eucharistie, célébration la plus élevée du Christ présent sous les humbles signes du pain et du vin. Nous voulons à présent consacrer plusieurs catéchèses à l'engagement qui nous est demandé, afin que la gloire de la Trinité resplendisse pleinement dans le monde.
Et notre réflexion commence à partir de l'Évangile de Marc, dans lequel nous lisons : "Jésus vint en Galilée, proclamant l'Évangile de Dieu et disant : "Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Évangile"" (Mc 1, 14-15). Telles sont les premières paroles que Jésus prononce devant la foule : elles contiennent le cœur de son Évangile d'espérance et de salut, l'annonce du Royaume de Dieu. À partir de ce moment, comme le rapportent les évangélistes, "Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple" (Mt 4, 23 ; cf. Lc 8, 1). Les apôtres marchent dans son sillage, ainsi que Paul, l'Apôtre des nations, appelé à "annoncer le Royaume de Dieu" parmi les nations jusqu'à la capitale de l'empire romain (cf. Ac 20, 25 ; 28, 23.31).
2. Avec l'Évangile du Royaume, le Christ se relie aux Saintes Écritures qui, à travers l'image royale, célèbrent la domination de Dieu sur le cosmos et sur l'histoire. C'est ainsi que nous lisons dans les Psaumes : "Dites chez les païens : "Yahvé règne". Le monde est stable, point ne bronchera. Sur les peuples il prononce avec droiture" (Ps 96, 10). Le Royaume est, donc, l'action efficace mais mystérieuse que Dieu accomplit dans l'univers et dans l'enchevêtrement de l'histoire humaine. Il réussit à vaincre l'opposition du mal par la patience, et non par la force et le bruit.
C'est pourquoi le Royaume est comparé par Jésus au grain de moutarde, la plus petite de toutes les semences, cependant destinée à devenir un arbre touffu (cf. Mt 13, 31-32), ou à la graine qu'un homme a déposée dans la terre : "nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment" (Mc 4, 27). Le Royaume est grâce, amour de Dieu pour le monde, source de sérénité et de confiance pour nous : "Sois sans crainte petit troupeau - dit Jésus -, car votre Père s'est complu à vous donner le Royaume" (Lc 12, 32). Les craintes, les inquiétudes, les cauchemars disparaissent, car le Royaume de Dieu est parmi nous dans la personne du Christ (cf. Lc 17, 21).
3. Toutefois, l'homme n'est pas un témoin inactif de l'entrée de Dieu dans l'histoire. Jésus nous invite à "chercher" attentivement "le Royaume de Dieu et sa justice" et à faire de cette recherche notre souci principal (Mt 6, 33). À ceux qui "pensaient que le Royaume de Dieu allait apparaître à l'instant même" (Lc 19, 11), il prescrivit une attitude active au lieu d'une attitude passive, en leur racontant la parabole des dix mines à faire fructifier (cf. Lc 19, 12, 27). Pour sa part, l'Apôtre Paul déclare que "le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14, 17) et il invite de façon pressante les fidèles à mettre leurs membres au service de la justice en vue de la sanctification (cf. Rm 6, 13.19).
La personne humaine est donc appelée à coopérer avec ses mains, son esprit et son cœur à l'avènement du Royaume de Dieu dans le monde. Cela est en particulier vrai pour ceux qui sont appelés à l'apostolat, et qui sont, comme le dit Paul, "coopérateurs du Royaume de Dieu" (cf. Col 4, 11), mais cela est également vrai de toute personne humaine.
4. Dans le Royaume entrent les personnes qui ont choisi la voie des béatitudes évangéliques, en vivant comme "des pauvres en esprit", en étant détachées des biens matériels, pour relever les derniers de la terre de la poussière de leur humiliation. "Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres selon le monde - se demande Jacques dans son Épître - comme riches dans la foi et héritiers du Royaume qu'il a promis à ceux qu'il aime ?" (Jc 2, 5). Dans le Royaume entrent ceux qui supportent avec amour les souffrances de la vie : "Il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu" (Ac 14, 22 ; cf. 2 Th 1, 4-5), où Dieu lui-même "essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n'y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus" (Ap 21, 4). Dans le Royaume entrent ceux qui ont le cœur pur et qui choisissent la voie de la justice, c'est-à-dire de l'adhésion à la volonté de Dieu, comme nous exhorte saint Paul : "Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni impudiques, ni idolâtres, ni adultères, ni cupides, pas plus qu'ivrognes, insulteurs ou rapaces, n'hériteront du Royaume de Dieu" (1 Co 6, 9-10 ; cf. 15, 50 ; Ep 5, 5).
5. Tous les justes de la terre, même ceux qui ignorent le Christ et son Église et qui, sous l'influence de la grâce, cherchent Dieu d'un cœur sincère (cf. Lumen gentium, n. 16), sont donc appelés à édifier le Royaume de Dieu, en collaborant avec le Seigneur qui en est le premier et le plus important artisan. C'est pourquoi nous devons nous remettre entre ses mains, à sa Parole, à sa direction, comme des enfants manquant d'expérience qui ne trouvent la sécurité que dans leur Père : "Quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant - a dit Jésus - n'y entrera pas" (Lc 18, 17).
Dans cet état d'esprit, nous devons faire nôtre l'invocation suivante : "Que ton Règne vienne !". Une invocation qui, au cours de l'histoire de l'humanité, s'est élevée de nombreuses fois au ciel comme un grand souffle d'espérance : "Vegna vêr noi la pace del tuo regno", s'exclame Dante dans sa paraphrase du Notre Père (Purgatoire XI, 7). Une invocation qui oriente le regard vers le retour du Christ et qui alimente le désir de la venue finale du Royaume de Dieu. Ce désir ne détourne cependant pas l'Église de sa mission dans ce monde, au contraire, il l'engage davantage (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n.2818), dans l'attente de pouvoir franchir le seuil du Royaume, dont l'Église est le germe et le début (cf. Lumen gentium, n. 5), lorsque celui-ci parviendra dans le monde en plénitude. Alors, nous assure Pierre dans sa deuxième Épître, "c'est ainsi que vous sera largement accordée par surcroît l'entrée dans le Royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ" (2 P 1, 11).
 
Catéchèse du 13 décembre 2000
La valeur de l'engagement dans les réalités temporelles
Lecture : Gn 1, 26-28
1. L'Apôtre Paul affirme que "notre cité se trouve dans les cieux" (Ph 3, 20), mais il n'en conclut pas que nous pouvons attendre passivement l'entrée dans la cité ; au contraire, il nous exhorte à nous engager activement. "Ne nous lassons pas de faire le bien - écrit-il - ; en son temps viendra la récolte, si nous ne nous relâchons pas. Ainsi donc, tant que nous en avons l'occasion, pratiquons le bien à l'égard de tous et surtout de nos frères dans la foi" (Ga 6, 9-10).
La révélation biblique et la plus grande sagesse philosophique soulignent de façon unanime que, d'un côté, l'humanité est tendue vers l'infini et l'éternité et, de l'autre, qu'elle est solidement plantée sur la terre, au milieu des coordonnées du temps et de l'espace. Il existe un objectif transcendant à atteindre, mais à travers un parcours qui se développe sur la terre et dans l'histoire. Les paroles de la Genèse sont lumineuses : la créature humaine est liée à la poussière de la terre, dans le même temps elle possède un "souffle" qui l'unit directement à Dieu (cf. Gn 2, 7).
2. C'est encore la Genèse qui affirme que l'homme, sorti des mains divines, fut "établi dans le jardin de l'Eden pour le cultiver et le garder" (2, 15). Les deux verbes du texte original hébraïque sont ceux utilisés ailleurs pour indiquer également le fait de "servir" Dieu et d'"observer" sa parole, c'est-à-dire l'engagement d'Israël à l'égard de l'alliance avec le Seigneur. Cette analogie semble suggérer qu'une alliance primordiale unit le Créateur à Adam et à chaque créature humaine, une alliance qui s'accomplit dans l'engagement d'emplir la terre, en soumettant et en dominant les poissons de la mer et les oiseaux du ciel et chaque être qui rampe sur la terre (cf. Gn 1, 28 ; Ps 8, 7-9).
Malheureusement, l'homme accomplit souvent cette mission qui lui est confiée par Dieu non comme un artisan sage, mais comme un tyran despotique. À la fin, il se retrouve dans un monde ruiné et hostile, dans une société éclatée et déchirée, comme nous l'enseigne encore la Genèse dans la grande fresque du troisième chapitre, où elle décrit la rupture de l'harmonie de l'homme avec son semblable, avec la terre et avec le Créateur lui-même. C'est le fruit du péché originel, c'est-à-dire de la rébellion qui eut lieu dès le début contre le projet que Dieu avait confié à l'humanité.
3. Nous devons donc, avec la grâce du Christ Rédempteur, faire à nouveau nôtre le dessein de paix et de développement, de justice et de solidarité, de transformation et de valorisation des réalités terrestres et temporelles, obscurci dans les premières pages de la Bible. Nous devons poursuivre la grande aventure de l'humanité dans le domaine de la science et de la technique, en explorant les secrets de la nature. Il faut développer - à travers l'économie, le commerce et la vie sociale - le bien-être, la connaissance, la victoire sur la misère et sur toute forme d'humiliation de la dignité humaine.
L'œuvre créatrice est, dans un certain sens, déléguée par Dieu à l'homme, afin qu'elle soit poursuivie dans les extraordinaires entreprises de la science et de la technique, ainsi que dans l'engagement des travailleurs, des chercheurs, des personnes qui, grâce à leur esprit et à leurs mains, cherchent à "cultiver et à conserver" la terre et à rendre plus solidaires les hommes et les femmes entre eux. Dieu n'est pas absent de sa création, il a même "couronné de gloire et de beauté l'homme", en le rendant presque, à travers son autonomie et sa liberté, son représentant dans le monde et dans l'histoire (cf. Ps 8, 6-7).
4. Comme le dit le Psalmiste, au matin "l'homme sort pour son ouvrage, faire son travail jusqu'au soir" (Ps 104, 23). Dans ses paraboles, le Christ valorise lui aussi cette œuvre de l'homme et de la femme dans les champs et sur la mer, dans les maisons et dans les assemblées, dans les tribunaux et sur les marchés. Il l'assume pour illustrer de façon symbolique le mystère du Royaume de Dieu et de sa réalisation progressive, tout en étant conscient que ce travail est parfois rendu vain par le mal et par le péché, par l'égoïsme et par l'injustice. La présence mystérieuse du Royaume dans l'histoire soutient et vivifie l'engagement du chrétien dans ses tâches terrestres.
Engagés dans cette œuvre et dans cette lutte, les chrétiens sont appelés à collaborer avec le Créateur pour réaliser sur la terre une "maison de l'homme" plus conforme à sa dignité et au dessein divin, une maison dans laquelle "amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent" (Ps 85, 11).
5. Sous cette lumière, je voudrais reproposer à votre méditation les pages que le Concile Vatican II a consacrées, dans la Constitution pastorale Gaudium et spes (cf. cc. III et IV), à "l'activité humaine dans l'univers" et au "rôle de l'Église dans le monde de ce temps". "Pour les croyants - enseigne le Concile - une chose est certaine : considérée en elle-même, l'activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s'acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu" (GS, n. 34).
La complexité de la société moderne rend toujours plus difficile l'engagement d'animer les structures politiques, culturelles, économiques et technologiques qui sont souvent sans âme. Dans ce contexte difficile et prometteur, l'Église est appelée à reconnaître l'autonomie des réalités terrestres (cf. GS, n. 36), mais également à proclamer de façon efficace "la priorité de l'éthique sur la technique, le primat de la personne sur les choses, la supériorité de l'esprit sur la matière" (Congrégation pour l'Éducation catholique, En ces dernières décennies, 30 décembre 1988, n. 44). Ce n'est qu'ainsi que s'accomplira l'annonce de Paul : "La création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu [...] avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu" (Rm 8, 19-21).
 
Catéchèse du 20 décembre 2000
Le Noël des deux mille ans du Christ
1. "Ô clef de David, qui ouvre les portes du Royaume des cieux : viens, et libère celui qui gît dans les ténèbres du mal".
C'est avec cette invocation que la liturgie nous invite à prier aujourd'hui, en tournant le regard vers Celui qui naît pour racheter l'humanité. Nous sommes désormais proches de Noël et l'imploration du peuple en attente devient plus intense : "Viens, Seigneur Jésus", viens libérer "celui qui gît dans les ténèbres du mal" !
Nous nous apprêtons à commémorer l'événement qui se trouve au cœur de l'histoire du salut : l'incarnation du Fils de Dieu, venu habiter parmi nous pour racheter chaque créature humaine, à travers sa mort sur la Croix. Dans le mystère de Noël, le mystère pascal est déjà présent ; dans la nuit de Bethléem, nous entrevoyons déjà la veillée de Pâques. La lumière qui illumine la grotte nous renvoie à la splendeur du Christ ressuscité qui vainc les ténèbres du sépulcre.
De plus, il s'agit cette année d'un Noël spécial, le Noël des deux mille ans du Christ : un "anniversaire" important, que nous avons célébré avec l'Année jubilaire, en méditant sur l'événement extraordinaire du Verbe éternel fait homme pour notre salut. Nous nous disposons à revivre avec une foi renouvelée les imminentes festivités de Noël, pour en accueillir en plénitude le message spirituel.
2. À Noël, notre pensée se tourne naturellement vers Bethléem : "Et toi - dit le prophète Michée - (Bethléem), Ephrata, le moindre des clans de Juda, c'est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël" (5, 1). À ces paroles font écho celles de l'évangéliste Matthieu. Aux Rois Mages, qui veulent savoir du roi Hérode "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?" (Mt 2, 2), les prêtres suprêmes et les scribes du peuple communiquent ce qu'avait écrit l'antique prophète sur Bethléem : "De toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël" (Mt 2, 6).
L'Église d'Orient prie ainsi lors de l'office de l'órthros lors de la solennité de Noël : "Bethléem, prépare-toi ; chante, ville de Sion ; exulte, désert qui as attiré la joie : l'étoile avance pour indiquer le Christ qui va naître à Bethléem ; une grotte accueille celui que rien ne peut absolument contenir, et une mangeoire est préparée pour recevoir la vie éternelle" (stichirá idiómela, Anthologion).
3. Au cours de ces journées, Bethléem devient le lieu vers lequel sont tournés les yeux de tous les croyants. La représentation de la crèche, que la tradition populaire a diffusée dans chaque lieu de la terre, nous aide à mieux réfléchir sur le message qui, de Bethléem, continue à rayonner pour l'humanité tout entière. Dans une misérable grotte, nous contemplons Dieu qui, par amour, se fait enfant. Il donne à celui qui l'accueille la joie, la réconciliation et la paix aux peuples.
Le grand Jubilé, que nous célébrons, nous invite à ouvrir notre cœur à Celui qui ouvre pour nous "les portes du Royaume des Cieux".
Nous préparer à le recevoir comporte, avant toute autre chose, une attitude de prière intense et confiante. Lui faire place dans notre cœur exige un sérieux engagement à se convertir à son amour.
C'est Lui qui nous libère des ténèbres du mal et qui nous demande d'offrir notre contribution concrète, afin que se réalise son dessein de salut. Le prophète Isaïe le décrit avec des images suggestives : "Jusqu'à ce que [...] le désert devienne une verger /un verger qui fait penser à une forêt. / Dans le désert s'établira le droit / et la justice habitera le verger. / Le fruit de la justice sera la paix / et l'effet de la justice repos et sécurité à jamais" (Is 32, 15-17).
C'est ce don que nous devons implorer avec une prière confiante, ce projet que nous sommes appelés à faire nôtre avec une sollicitude constante ! Dans le message envoyé aux croyants et aux hommes de bonne volonté pour la prochaine Journée mondiale de la Paix, j'ai souligné que : "Sur le chemin vers une meilleure entente entre les peuples, les défis que le monde doit affronter sont encore nombreux" (n. 18) et c'est pourquoi j'ai rappelé que "tous doivent sentir le devoir moral de procéder sans tarder à des choix concrets pour promouvoir la cause de la paix et la compréhension entre les hommes" (Ibid.).
Puisse Noël raviver en chacun la volonté de devenir un constructeur actif et courageux de la civilisation de l'Amour. Ce n'est que grâce à l'apport de tous que la prophétie de Michée et l'annonce qui a retenti lors de la nuit de Bethléem produiront leurs fruits et qu'il sera possible de vivre en plénitude le Noël chrétien.


ANNÉE 2001
 
Catéchèse du 3 janvier 2001
Plongés dans la "joie sainte" de Noël
1. "Réjouissons-nous dans le Seigneur, exultons de joie sainte : le salut est apparu dans le monde, alléluia". C'est par ces mots que la liturgie nous invite aujourd'hui à demeurer plongés dans la "joie sainte" de Noël. Au début d'une nouvelle année, cette exhortation nous invite à la vivre entièrement dans la lumière du Christ, dont le salut est apparu dans le monde pour tous les hommes.
Le temps de Noël repropose, en effet, à l'attention des chrétiens le mystère de Jésus et son œuvre de salut. Face à la crèche, l'Église adore le noble mystère de l'Incarnation : l'Enfant qui pleure dans les bras de Marie est le Verbe éternel qui est entré dans le temps et qui a assumé notre nature humaine blessée par le péché, pour l'incorporer à lui et la racheter. Chaque réalité humaine, chaque événement dans le temps prend ainsi une résonance éternelle : dans la personne du Verbe incarné la création est merveilleusement sublimée.
Saint Augustin écrit : "Dieu se fit homme pour que l'homme devienne Dieu". Entre le ciel et la terre un pont s'est définitivement établi : dans l'Homme-Dieu l'humanité retrouve la voie du Ciel. Le Fils de Marie est le Médiateur universel, le Pontife suprême. Chaque acte de cet Enfant est un mystère destiné à révéler la bienveillance sans limite de Dieu.
2. L'amour infini que Dieu éprouve pour chaque être humain s'exprime avec une simplicité désarmante dans la grotte de Bethléem. Nous contemplons dans la crèche le Dieu fait homme pour nous.
Saint François d'Assise eut l'idée de reproposer ce message à travers la crèche vivante à Greccio, le 25 décembre 1223. Son biographe, Tommaso da Celano, rapporte qu'il était rayonnant de joie, car dans ce spectacle émouvant resplendissait la simplicité évangélique, la pauvreté était louée et l'humilité était encouragée. Le biographe termine en observant que "après cette veillée solennelle, chacun revient chez soi rempli d'une joie ineffable" (cf. Vita prima, cap. XXX, 86, 479).
L'intuition de François est surprenante : la Crèche n'est pas seulement une nouvelle Bethléem, car elle en évoque à nouveau l'événement historique et en actualise le message, mais elle est également une occasion de réconfort et de joie : c'est le jour de la joie, le temps de l'exultation. Tommaso da Celano observe encore que cette nuit de Noël était claire comme en plein jour et douce aux hommes et aux animaux (cf. ibid., 85, 469).
Dans la Crèche est célébrée l'alliance entre Dieu et l'homme, entre la terre et le ciel. Bethléem, lieu de la joie, devient également une école de bonté, car c'est là que se manifestent la miséricorde et l'amour qui lient Dieu à ses enfants. C'est là qu'est témoignée de façon visible la fraternité qui doit unir ceux qui sont frères dans la foi, car fils de l'unique Père céleste. Dans cet espace de communion, Bethléem resplendit comme la maison où tous peuvent trouver de la nourriture - l'étymologie du nom signifie maison du pain -, et où s'annonce déjà, d'une certaine façon, le mystère pascal de l'Eucharistie.
À Bethléem, presque comme sur un autel symbolique, est déjà célébrée la vie qui ne meurt pas et il est comme donné aux hommes de chaque époque de goûter à l'avance la nourriture de l'immortalité, qui est "pain des pèlerins, vrai pain des fils" (Séquence du Corpus Domini). Seul le rédempteur, né à Bethléem, peut combler les attentes les plus profondes du cœur humain et en adoucir les souffrances et les blessures.
4. Dans la grotte de Bethléem nous contemplons Marie, qui a donné le jour au Fils de Dieu par l'œuvre de l'Esprit Saint. "Femme fidèle à la voix de l'Esprit, la femme du silence et de l'écoute, la femme de l'espérance, qui sut accueillir comme Abraham la volonté de Dieu, "espérant contre toute espérance" (Rm 4, 18)" (Tertio millennio adveniente, n. 48), la Madone resplendit comme modèle pour ceux qui se confient de tout leur cœur aux promesses de Dieu.
Avec Elle et Joseph restons en adoration devant le Berceau de Bethléem, alors que s'élève vers le ciel notre invocation implorante : "Dieu, que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés !".
Réconfortés par le don de la naissance du Sauveur, intensifions notre engagement en ces derniers jours de l'Année Sainte. Ouvrons notre cœur au Christ, voie unique et universelle qui mène à Dieu. Nous pourrons ainsi poursuivre la nouvelle année avec une confiance solide. Que la puissante intercession de Marie, Vierge fidèle, témoin silencieux du mystère de Bethléem, nous soutienne sur ce chemin.
 
Catéchèse du 10 janvier 2001
L'engagement pour la liberté et la justice
Lecture : Is 58, 1.4.6-8
1. La voix des prophètes - comme celle d'Isaïe que nous venons d'entendre - retentit de façon répétée pour nous rappeler que nous devons nous engager pour libérer les opprimés et faire régner la justice. Si cet engagement fait défaut, le culte rendu à Dieu ne lui est pas agréable. Il s'agit d'un appel intense, parfois exprimé avec un ton paradoxal, comme lorsque Osée réfère cet oracle divin, également cité par Jésus (cf. Mt 9, 13 ; 12, 7) : "Car c'est l'amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes" (6, 6).
Le prophète Amos présente lui aussi, avec une véhémence cinglante, Dieu qui détourne le regard et qui n'accepte pas les rites, les fêtes, les jeûnes, les musiques, les supplications, alors qu'à l'extérieur du sanctuaire on vend le juste pour de l'argent et le pauvre pour une paire de sandales et que l'on écrase dans la poussière la tête des pauvres (cf. 2, 6-7). C'est pourquoi, il invite sans hésitation : "Mais que le droit coule comme de l'eau, et la justice, comme un torrent qui ne tarit pas" (5, 24). Les prophètes, en parlant au nom de Dieu, récusent donc un culte isolé de la vie, une liturgie séparée de la justice, une prière détachée de l'engagement quotidien, une foi pauvre d'œuvres.
2. Le cri d'Isaïe : "Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien ! Recherchez le droit, redressez le violent ! Faites droit à l'orphelin, plaidez pour la veuve" (1, 16-17), retentit dans l'enseignement du Christ qui nous admoneste : "Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande" (Mt 5, 23, 24). Au terme de la vie de chaque homme et à la fin de l'histoire de l'humanité, le jugement de Dieu portera précisément sur l'amour, sur la pratique de la justice, sur l'accueil des pauvres (cf. Mt 25, 31-46). Face à une communauté déchirée par les divisions et les injustices comme celle de Corinthe, Paul arrive au point d'exiger la suspension de la participation eucharistique, en invitant les chrétiens à examiner tout d'abord leur conscience, pour ne pas être responsables du corps et du sang du Seigneur (cf. 1 Co 11, 27-29).
3. Le service de la charité, lié de façon cohérente à la foi et à la liturgie (cf. Jc 2, 14-17), l'engagement pour la justice, la lutte contre toute oppression, la protection de la dignité de la personne ne sont pas pour le chrétien des expressions de philanthropie motivée par leur seule appartenance à la famille humaine. Il s'agit, en revanche, de choix et d'actes qui possèdent une âme profondément religieuse, ce sont de véritables sacrifices dont Dieu se complaît, selon l'affirmation de la Lettre aux Hébreux (cf. 13, 16). L'avertissement de saint Jean Chrysostome est particulièrement incisif : "Tu désires honorer le corps du Christ ? Ne l'ignore pas lorsqu'il est nu. Ne lui rends pas honneur ici dans le temple avec des étoffes de soie, pour ensuite l'ignorer à l'extérieur, où il souffre le froid et la nudité" (In Matthaeum hom. 50, 3).
4. C'est précisément parce que "dans le monde contemporain et sur une vaste échelle, le sens de la justice s'est réveillé... ; [que] l'Église partage avec les hommes de notre temps ce désir ardent et profond d'une vie juste à tous points de vue, et [qu'] elle n'omet pas non plus de réfléchir aux divers aspects de la justice, telle que l'exige la vie des hommes et des sociétés. Le développement de la doctrine sociale catholique au cours du siècle dernier le confirme bien" (Dives in misericordia, n. 12). Cet engagement de réflexion et d'action doit précisément recevoir une impulsion extraordinaire du Jubilé. Dans sa perspective biblique, il est une célébration de solidarité : lorsque sonnait la trompette de l'année jubilaire, chacun rentrait "dans son patrimoine et dans son clan", comme le rapporte le texte officiel du Jubilé (Lv 25, 10).
5. Les terrains vendus en raison de diverses difficultés économiques et familiales étaient tout d'abord restitués à leurs anciens propriétaires. L'année jubilaire permettait donc à tous de revenir à un point de départ idéal, à travers une œuvre de justice distributive hardie et courageuse. La dimension que l'on pourrait appeler "utopique", proposée comme un remède concret à la consolidation des privilèges et des prévarications, est évidente : c'est la tentative de pousser la société vers un idéal plus élevé de solidarité, de générosité et de fraternité. Dans le contexte historique moderne, le retour aux terres perdues pourrait s'exprimer, comme je l'ai plusieurs fois proposé, par l'annulation totale, ou tout au moins par la réduction, de la dette internationale des pays pauvres (cf. TMA, n. 51).
6. L'autre engagement jubilaire consistait à faire en sorte que le serviteur retourne en homme libre dans sa famille (cf. Lv 25, 39-41). La misère l'avait conduit dans l'humiliation de l'esclavage ; à présent s'ouvrait à lui la possibilité de construire son avenir dans la liberté, au sein de sa famille. C'est pour cette raison que le prophète Ézéchiel appelle l'année jubilaire "année de l'affranchissement", c'est-à-dire du rachat (cf. Ez 46, 17). Un autre livre biblique, le Deutéronome, souhaite une société juste, libre et solidaire en ces termes : "Qu'il n'y ait donc pas de pauvres chez toi [...] Se trouve-t-il chez toi un pauvre [...] Tu n'endurciras pas ton cœur ni ne fermeras ta main" (15, 4.7).
Nous devons nous aussi tendre vers cet objectif de solidarité : "Solidarité des pauvres entre eux, solidarité avec les pauvres, à laquelle les riches sont appelés, solidarité des travailleurs et avec les travailleurs" (Instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur Liberté chrétienne et libération, n. 89). Vécu ainsi, le Jubilé qui vient de se terminer continuera à produire des fruits abondants de justice, de liberté et d'amour.
 
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