Le pèlerinage en Ukraine
1. Je désire aujourd'hui reparcourir avec vous les étapes du voyage apostolique que j'ai pu accomplir ces derniers jours en Ukraine. Je rends grâce à Dieu qui a rendu possible ce pèlerinage, qui me tenait tant à cœur. Il a voulu être un acte d'hommage à ce peuple, à sa longue et glorieuse histoire de foi, de témoignage et de martyre.
Avec une profonde affection, je repense aux confrères évêques de l'Ukraine, orientaux et latins, que j'ai eu la joie d'embrasser sur leur terre. Pour la circonstance, de nombreux cardinaux et évêques d'autres pays étaient présents, venus témoigner leur proximité spirituelle à ce peuple si éprouvé. Avec tous ces confrères dans l'épiscopat, j'ai rendu grâce au Seigneur pour la fidélité de l'Église ukrainienne, que j'ai encouragée à croître dans la communion et dans la collaboration, sans lesquelles il ne peut exister d'évangélisation authentique et efficace.
D'ici, auprès de la Tombe de l'Apôtre Pierre, je désire envoyer une fois de plus un salut respectueux et fraternel à l'Église orthodoxe, qui rassemble en Ukraine un grand nombre de fidèles et qui, au cours des siècles, a enrichi l'Église universelle avec le témoignage de fidélité au Christ d'un grand nombre de ses enfants.
Je renouvelle l'expression de ma vive reconnaissance au Président de la République, M. Leonid Kutchma, et aux autres Autorités de l'État, qui m'ont accueilli avec une grande cordialité et qui ont assuré la bonne réussite de ce voyage. J'ai pu leur manifester ces sentiments également au cours de la rencontre avec les représentants du monde politique, culturel, scientifique et économique, qui s'est déroulée au Palais présidentiel, le soir même de mon arrivée à Kiev. En cette circonstance j'ai souligné, en outre, le chemin de liberté et d'espérance entrepris par l'Ukraine qui, après un siècle de très dures épreuves, est à présent appelée à mieux consolider son identité nationale et européenne, tout en restant ancrée à ses racines chrétiennes.
2. Kiev est le berceau du christianisme en Europe orientale. L'Ukraine, d'où il y a plus de mille ans, rayonnèrent la foi et la civilisation chrétienne dans l'Orient européen, constitue un "laboratoire" important, où coexistent la tradition chrétienne orientale et la tradition latine.
Cela a été pour moi une expérience inoubliable de présider, à Kiev et à Lviv, des célébrations eucharistiques solennelles en rite latin et en rite byzantin-ukrainien. Cela a été comme vivre la liturgie avec ses "deux poumons". Il en était ainsi à la fin du premier millénaire, après le Baptême de la Rus' et avant la regrettable division entre l'Orient et l'Occident. Nous avons prié ensemble afin que la diversité des traditions n'empêche pas la communion dans la foi et dans la vie ecclésiale. "Ut unum sint" : les paroles de la prière pressante du Christ ont retenti de façon éloquente sur cette "terre de frontières", dont l'histoire porte inscrit par le sang l'appel à être un "pont" entre les frères divisés.
J'ai ressenti cette vocation œcuménique particulière de l'Ukraine en rencontrant le Conseil pan-ukrainien des Églises et des Organisations religieuses. Celui-ci comporte des représentants des Églises chrétiennes, des communautés musulmane et juive, ainsi que d'autres confessions religieuses. Il s'agit d'une institution qui promeut les valeurs spirituelles, en favorisant un climat d'entente entre les diverses communautés religieuses. Cela est d'autant plus important dans un pays qui a subi de manière très douloureuse la répression de la liberté religieuse. Comment ne pas rappeler que, aux côtés de nombreux chrétiens, un nombre important de juifs fut également victime du fanatisme nazi et que de nombreux musulmans furent durement persécutés par le régime soviétique ? Tous les croyants en Dieu, rejetant toute forme de violence, sont appelés à alimenter les incontournables racines religieuses de tout humanisme authentique.
3. Mon pèlerinage a voulu être un hommage à la sainteté sur cette terre imprégnée du sang des martyrs. À Lviv, capitale culturelle et spirituelle de la région occidentale du pays et siège des deux Archevêques, le Cardinal Lubomyr Husar, pour les grecs-catholiques, et Marian Jaworski, pour les latins, j'ai eu la joie de proclamer bienheureux trente fils de l'Ukraine, aussi bien latins que grecs-catholiques.
Il s'agit de l'Évêque Mykola Carneckj et de vingt-quatre compagnons, martyrs, dont sept évêques, treize prêtres, trois sœurs et un laïc, témoins héroïques de la foi au cours du régime communiste ; Omeljan Kovc, prêtre et martyr sous l'occupation nazie ; Mgr Teodor Romza, pasteur zélé, qui paya de sa vie une fidélité indéfectible au Siège de Pierre ; Józef Bilczewski, éminent professeur de théologie et Archevêque exemplaire de Lviv des Latins ; Zygmunt Gorazdowski, prêtre, inlassable apôtre de la charité et de la miséricorde, Josaphata Hordashevska, religieuse, fondatrice des Sœurs Servantes de Marie Immaculée.
Puisse l'Ukraine puiser un enthousiasme apostolique renouvelé au patrimoine de sainteté laissé par ces disciples exemplaires du Christ et par tant d'autres qu'ils représentent d'une certaine façon. Leur héritage, notamment celui des martyrs, demande à être précieusement conservé et transmis aux nouvelles générations.
Cette tâche revient en premier lieu aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, activement engagés dans l'apostolat. Notre souhait est qu'une riche floraison de vocations assure le renouvellement nécessaire pour un service pastoral efficace au Peuple de Dieu.
4. Dans cette perspective, il est significatif que, entre les deux cérémonies de béatification à Lviv, se soit déroulé la rencontre tant attendue avec les jeunes. À eux, espérance de l'Église et de la société civile, j'ai indiqué le Christ : Lui seul a "les paroles de la vie éternelle" (Jn 6, 68) et conduit à la liberté véritable. J'ai confié de façon symbolique à l'Ukraine "jeune" la Loi divine du Décalogue, comme boussole indispensable pour son chemin, en la mettant en garde contre les idoles d'un faux bien-être matériel et contre la tentation de fuir ses propres responsabilités.
Alors que je conserve intactes dans mon esprit et dans mon cœur les images de ce voyage et de ses diverses étapes, je prie le Seigneur de bénir les efforts de ceux qui, dans ce pays bien-aimé, se consacrent au service de l'Évangile et à la recherche du véritable bien de l'homme, de chaque homme. Je pense en ce moment à tant de situations de souffrance et de difficulté, dont celle des détenus, auxquels j'envoie mon salut affectueux, en les assurant d'un souvenir spécial dans la prière.
Je confie les bonnes intentions de chacun à l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie, vénérée avec une tendre dévotion dans de nombreux Sanctuaires du pays.
Je renouvelle au Peuple ukrainien mes vœux de prospérité et de paix, en serrant tous ses membres dans une grande étreinte de sympathie et d'affection. Que Dieu guérisse chaque blessure de ce grand peuple et le guide vers un nouvel avenir d'espérance !
Dieu punit et sauve
Lecture : Tb 13, 2-6.7.9 - 10a
1. "Pour moi, j'exalte Dieu et mon âme se réjouit dans le Roi du Ciel" (Tb 13, 7). Celui qui prononce ces paroles, dans le Cantique qui vient d'être proclamé, est le vieux Tobit, dont l'Ancien Testament trace une brève histoire édifiante, dans le Livre qui porte le nom de son fils Tobie.
Pour comprendre pleinement le sens de cet hymne, il faut garder à l'esprit les pages du récit qui le précèdent. L'histoire se déroule parmi les israélites exilés à Ninive. C'est eux que l'auteur saint, qui écrit de nombreux siècles plus tard, prend comme exemples pour les indiquer aux frères et sœurs de même foi dispersés au sein d'un peuple étranger et tenté d'abandonner les traditions des Pères. La description de Tobit et de sa famille est ainsi offerte comme un programme de vie. Il est l'homme qui, malgré tout, reste fidèle aux règles de la loi, et en particulier à la pratique de l'aumône. Le malheur s'abat sur lui avec la venue de la pauvreté et de la cécité, mais sa foi ne lui fait pas défaut. La réponse de Dieu ne tarde pas à arriver, à travers l'ange Raphaël, qui guide le jeune Tobie dans un voyage risqué, en le conduisant vers un mariage heureux et, enfin, en guérissant son père Tobit de la cécité.
Le message est clair : celui qui fait le bien, en particulier en ouvrant son cœur aux besoins du prochain, est apprécié du Seigneur et, même s'il connaît l'épreuve, il fera finalement l'expérience de sa bonté.
2. C'est sur cet arrière-plan que les paroles de notre cantique prennent toute leur importance. Elles invitent à regarder vers le haut, vers "Dieu qui vit pour l'éternité", vers son royaume qui "dure pour les siècles des siècles". De ce regard porté sur Dieu se développe un petit dessein de théologie de l'histoire, dans lequel l'Auteur saint cherche à répondre à l'interrogation que le Peuple de Dieu dispersé et éprouvé se pose : pourquoi Dieu nous traite-t-il ainsi ? La réponse fait à la fois appel à la justice et à la miséricorde divine : "S'il vous châtie pour vos iniquités, il aura pitié de vous tous" (v. 5). Le châtiment apparaît ainsi comme une sorte de pédagogie divine, dans laquelle le dernier mot revient toutefois toujours à la miséricorde : "Car tour à tour il châtie et il pardonne, il fait descendre aux profondeurs des enfers et il retire de la grande Perdition" (v. 2).
On peut donc se fier de manière absolue à Dieu, qui n'abandonne jamais sa créature. Au contraire, les paroles de l'hymne conduisent à une perspective qui attribue une signification salvifique à la situation de souffrance elle-même, en faisant de l'exil une occasion pour témoigner des œuvres de Dieu : "Célébrez-le en face des nations, vous, enfants d'Israël ! Car s'il vous a dispersés parmi elles, c'est là qu'il vous a montré sa grandeur" (vv. 3-4).
3. De cette invitation à lire l'exil dans une perspective providentielle, notre méditation peut s'étendre à la considération du sens mystérieusement positif que prend la condition de la souffrance lorsqu'elle est vécue dans l'abandon au dessein de Dieu. Dans l'Ancien Testament, divers passages traitent déjà ce thème. Il suffit de penser à l'histoire rapportée par le Livre de la Genèse sur Joseph vendu par ses frères (cf. Gn 37, 2-36) et destiné à être plus tard leur sauveur.
Et comment oublier le Livre de Job ? Dans ce cas, c'est un homme innocent qui souffre et qui ne réussit pas à s'expliquer son drame, si ce n'est en se remettant à la grandeur et à la sagesse de Dieu (cf. Jb 42, 1-6).
Pour nous, qui effectuons une lecture chrétienne de ces passages de l'Ancien Testament, le point de référence ne peut être que la Croix du Christ, dans laquelle le mystère de la douleur du monde trouve une réponse profonde.
4. Aux pécheurs qui ont été châtiés de leurs iniquités (cf. v. 5), le Cantique de Tobie lance un appel à la conversion et ouvre la perspective merveilleuse d'une conversion "réciproque" de Dieu et de l'homme : "Si vous revenez à lui, du fond du cœur et de toute votre âme, pour agir dans la vérité devant lui, alors il reviendra vers vous et ne vous cachera plus sa face" (v. 6). L'utilisation de la même parole - "conversion" - pour la créature et pour Dieu, bien qu'ayant une signification différente, est très éloquente.
Si l'Auteur du Cantique pense peut-être aux bénéfices qui accompagnent le "retour" de Dieu, c'est-à-dire sa ferveur renouvelée envers le peuple, nous devons surtout penser, à la lumière du mystère du Christ, au don qui consiste en Dieu lui-même. L'homme a besoin de Lui, avant même de ses dons. Le péché est une tragédie, non pas tant parce qu'il provoque les châtiments de Dieu, que parce qu'il l'éloigne de notre cœur.
5. C'est donc vers le visage de Dieu, considéré comme Père, que le Cantique dirige notre regard, en nous invitant à le louer et à le remercier : "C'est Lui notre Dieu et c'est lui notre Père" (v. 4). On ressent ici le sens de la "filiation" particulière dont Israël fait l'expérience comme don d'alliance et qui prépare le mystère de l'incarnation du Fils de Dieu. En Jésus resplendira alors ce visage du Père et sa miséricorde sans limite sera révélée.
Il suffirait de penser à la parabole du Père miséricordieux rapportée par l'évangéliste Luc. À la conversion du fils prodigue ne correspond pas seulement le pardon du Père, mais un baiser d'une infinie tendresse, accompagné de la joie et de la fête : "Tandis qu'il était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa tendrement" (Lc 15, 20). Les expressions de notre Cantique se situent dans la ligne de cette image évangélique émouvante. Elle suscite le besoin de louer et de rendre grâce à Dieu : "Regardez donc comme il vous a traités, rendez-lui grâce à haute voix. Bénissez le Seigneur de justice, et exaltez le Roi des siècles" (v. 6).
Les jeunes doivent porter la flamme de l'Évangile à ceux qui attendent la vraie "lumière du monde"
1. La Place Saint-Pierre est aujourd'hui la place de la jeunesse. Voici presque un an, au cœur du grand Jubilé de l'An 2000, les jeunes provenant du monde entier ont trouvé ici un accueil chaleureux pour la célébration de la Journée mondiale de la Jeunesse. Aujourd'hui, cette Place, qui accueille la millième Audience générale depuis que la Divine Providence m'a appelé à être le Successeur de l'Apôtre Pierre, s'ouvre aux milliers de jeunes garçons et filles, venus de toute l'Europe, en pèlerinage au tombeau du Prince des Apôtres.
Chers servants d'autel ! Hier, vous avez traversé en une longue procession la Place Saint-Pierre pour vous approcher de l'autel de la Confession de la Basilique. Vous avez ainsi en quelque sorte poursuivi le chemin commencé par les jeunes du monde à l'occasion de l'Année Sainte. La devise de votre pèlerinage dans la Ville éternelle :"Vers le monde nouveau" est le signe de votre volonté de vivre pleinement la vocation chrétienne.
2. Je vous salue avec affection, chers jeunes, et je suis heureux que cette rencontre ait pu se réaliser. Je remercie en particulier l'Évêque auxiliaire, Mgr Martin Gächter, Président du Cœtus Internationalis Ministrantium qui m'a adressé en votre nom des paroles cordiales.
Je m'adresse avec une joie particulière aux servants d'autel des pays de langue allemande, qui constituent le groupe le plus nombreux. Qu'il est beau que tant de jeunes chrétiens soient venus d'Allemagne !
Votre engagement auprès de l'autel n'est pas seulement un devoir, mais un grand honneur, un authentique service saint. À propos de ce service, je désire vous soumettre quelques réflexions.
L'habit du servant d'autel est un habit particulier. Il rappelle celui que chacun porte quand il est accueilli en Jésus-Christ au sein de la communauté. Je me réfère à l'habit baptismal, dont saint Paul explique la signification profonde :"Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ" (Ga 3, 27).
Même si vous, chers servants d'autel, n'entrez plus dans l'habit baptismal, vous avez revêtu celui de servants d'autel. Oui, le baptême est le point de départ de votre "authentique service liturgique", qui vous place aux côtés des Évêques, des prêtres et des diacres (cf. Sacrosanctum Concilium, n. 29).
3. Le servant d'autel occupe une place privilégiée dans les célébrations liturgiques. Qui sert la Messe se présente à une communauté. Il sent, de près, que Jésus-Christ est présent et agissant dans tout acte liturgique. Jésus est présent quand la communauté se réunit pour prier et rendre gloire à Dieu. Jésus est présent dans la Parole des Saintes Écritures. Jésus est présent surtout dans l'Eucharistie sous le double signe du pain et du vin. Il agit à travers le prêtre qui, in persona Christi, célèbre la Messe et administre les Sacrements.
Dès lors, au cours de la liturgie, vous êtes beaucoup plus que de simples "assistants du curé". Vous êtes surtout des serviteurs de Jésus-Christ, de l'éternel Grand-Prêtre. Ainsi, vous, servants d'autel, êtes appelés en particulier à être de jeunes amis de Jésus. Engagez-vous à approfondir et à cultiver cette amitié avec Lui. En Jésus, vous découvrirez un véritable ami pour la vie.
4. Souvent, le servant d'autel tient un cierge dans la main. Comment ne pas penser à ce que dit Jésus dans le Discours de la Montagne :"Vous êtes la lumière du monde" (Mt 5, 14). Votre service ne peut se limiter à l'intérieur d'une église. Il doit rayonner dans la vie de tous les jours : à l'école, dans vos familles et dans les différents milieux sociaux. Parce que celui qui veut servir Jésus-Christ à l'intérieur d'une église doit être partout son témoin.
Chers jeunes ! Vos contemporains attendent la vraie "lumière du monde" (cf. Jn 1, 9). Ne tenez pas votre cierge seulement à l'intérieur de l'église, mais portez le flambeau de l'Évangile à tous ceux qui sont dans les ténèbres et vivent un moment difficile de leur existence.
5. J'ai parlé de l'amitié avec Jésus. Comme je serais content si de cette amitié naissait quelque chose de plus ! Comme il serait beau que certains d'entre vous puissent découvrir la vocation sacerdotale ! Jésus-Christ a un besoin urgent de jeunes qui se mettent à sa disposition avec générosité et sans réserve. En outre, le Seigneur ne pourrait-il pas appeler l'une ou l'autre d'entre vous, jeunes filles, à embrasser la vie consacrée pour servir l'Église et vos frères ? Et pour ceux qui voudront se marier aussi, le service de l'autel enseigne qu'une union authentique doit toujours inclure la disponibilité au service réciproque et gratuit.
Hymne à la Providence de Dieu
Lecture : Ps 32, 1-4.8-9.20-22
1. Divisé en 22 versets, autant que les lettres de l'alphabet hébraïque, le Psaume 32 est un chant de louange au Seigneur de l'univers et de l'histoire. Un frisson de joie le parcourt dès les premiers accents : "Criez de joie, les justes, pour Yahvé, aux cœurs droits convient la louange. Rendez grâce à Yahvé sur la harpe, jouez-lui sur la lyre à dix cordes ; chantez-lui un cantique nouveau, de tout votre art accompagnez l'acclamation !" (vv. 1-3). Cette acclamation (tern'ah) est donc accompagnée par la musique et est l'expression d'une voix intérieure de foi et d'espérance, de bonheur et de confiance. Le cantique est "nouveau", non seulement parce qu'il renouvelle la certitude de la présence divine au sein du créé et des événements humains, mais également parce qu'il anticipe la louange parfaite qui s'élèvera le jour du salut définitif, lorsque le Royaume de Dieu sera parvenu à sa réalisation glorieuse.
C'est précisément l'accomplissement final dans le Christ que vise saint Basile, qui explique ainsi ce passage : "Habituellement, on appelle "nouveau" ce qui est inusité ou ce qui est né depuis peu. Si tu penses à la façon merveilleuse et supérieure à toute imagination de l'incarnation du Seigneur, tu chantes nécessairement un chant nouveau et insolite. Et si tu parcours avec l'esprit la régénération et le renouveau de toute l'humanité, vieillie par le péché, et que tu annonces les mystères de la résurrection, alors, là aussi, tu chantes un cantique nouveau et insolite" (Homélie sur le Psaume 32, 2 : PG 29, 327). En résumé, selon saint Basile, l'invitation du psalmiste, qui dit : "Chantez-lui un cantique nouveau", pour les croyants dans le Christ, signifie : "Honorez Dieu non pas selon la coutume antique de la "lettre", mais dans la nouveauté de l'"esprit". En effet, celui qui ne conçoit pas la Loi de façon extérieure, mais qui en reconnaît l'"esprit", celui-ci chante un "cantique nouveau"" (ibid.).
2. L'hymne, dans son corps central, est articulé en trois parties qui se composent comme une trilogie de louanges. Dans la première (cf. vv. 6-9), on célèbre la Parole créatrice de Dieu.
L'architecture admirable de l'univers, semblable à un temple cosmique, est née et s'est épanouie non pas à travers une lutte entre dieux, comme le suggéraient certaines cosmogonies de l'ancien Proche-Orient, mais uniquement sur la base de la parole divine efficace. Précisément comme l'enseigne la première page de la Genèse (cf. Gn 1) : "Dieu dit... Et tout fut". Le Psalmiste répète, en effet : "Il parle et cela est, il commande et cela existe" (Ps 32, 9).
La personne en prière réserve une importance particulière au contrôle des eaux marines, parce que dans la Bible, celles-ci sont le signe du chaos et du mal. Même avec ses limites, le monde est pourtant conservé dans son être par le Créateur qui, comme le rappelle le Livre de Job, commande à la mer de s'arrêter sur la plage : "Tu n'iras pas plus loin, ici se brisera l'orgueil de tes flots" (Jb 38, 11).
3. Le Seigneur est également le souverain de l'histoire humaine, comme il est affirmé dans la seconde partie du Psaume 32, dans les versets 10 à 15. À travers une vigoureuse antithèse, s'opposent les projets des puissances terrestres et le dessein admirable que Dieu trace dans l'histoire. Les programmes humains, lorsqu'ils veulent être alternatifs, introduisent l'injustice, le mal, la violence, s'élevant contre le projet divin de justice et de salut. Et en dépit des succès transitoires et apparents, ils se réduisent à de simples machinations, vouées à la dissolution et à l'échec. Dans le Livre biblique des Proverbes, on déclare en synthèse : "Nombreux sont les projets au cœur de l'homme, mais le dessein de Yahvé lui, reste ferme" (Pr 19, 21). De même, le Psalmiste nous rappelle que Dieu, depuis le ciel, sa demeure transcendante, suit tous les itinéraires de l'humanité, même ceux qui sont déments et absurdes, et perçoit tous les secrets du cœur humain.
"Où que tu ailles, quoi que tu fasses, que ce soit dans les ténèbres ou à la lumière du jour, l'œil de Dieu te regarde" commente saint Basile (Homélie sur le Psaume 32, 8 PG 29, 343). Heureux sera le peuple qui, en accueillant la révélation divine, en suivra les orientations de vie, en avançant sur ses sentiers sur le chemin de l'histoire. Il ne reste finalement qu'une seule chose : "Le plan de Yahvé subsiste à jamais, les pensées de son cœur d'âge en âge" (Ps 32, 11).
4. La troisième et dernière partie du Psaume (cf. vv. 16-22) reprend à partir de deux nouveaux points de vue le thème de la suprématie unique de Dieu sur les événements humains. Avant tout, de la part des puissants, invités à ne pas se faire d'illusions sur la force militaire des armées et de la cavalerie. De la part des fidèles ensuite, souvent opprimés, affamés et sur le seuil de la mort : ceux-ci sont invités à espérer dans le Seigneur qui ne les laissera pas précipiter dans l'abîme de la destruction. C'est ainsi que se révèle la fonction "catéchétique" de ce Psaume. Celui-ci se transforme en un appel à la foi en un Dieu qui n'est pas indifférent à l'arrogance des puissants, et qui est proche de la faiblesse de l'humanité, en la soulageant et en la soutenant si elle a confiance, si elle se repose sur lui, si elle élève vers lui sa prière et sa louange.
L'humilité de ceux qui servent Dieu - explique encore saint Basile - montre qu'ils espèrent dans sa miséricorde. En effet, celui qui n'a pas confiance dans ses propres grandes entreprises, ni ne s'attend à être justifié par ses œuvres, a comme unique espérance de salut la miséricorde de Dieu" (Homélie sur le Psaume 32, 10, PG 29, 347).
5. Le Psaume se termine par une antienne qui est entrée dans le final du célèbre hymne du Te Deum : "Sur nous soit ton amour, Yahvé, comme notre espoir est en toi" (v. 22). La grâce divine et l'expérience humaine se rencontrent et s'embrassent. Plus encore, la fidélité amoureuse de Dieu (selon la valeur du terme hébraïque original utilisé ici, hésed), semblable à un manteau, nous enveloppe, nous réchauffe et nous protège, nous offrant la sérénité et donnant un fondement solide à notre foi et à notre espérance.
La malice du pécheur, la bonté du Seigneur
Lecture : Ps 35, 2-3.6-7a.8-11
1. Chaque fois que commence une journée de travail et de relations humaines, il existe deux attitudes fondamentales que chaque homme peut adopter : choisir le bien, ou alors céder au mal. Le Psaume 35, que nous venons d'écouter, présente précisément ces deux profils antithétiques. D'une part, il y a celui qui, depuis sa "couche", de laquelle il va se lever, trame des projets iniques ; de l'autre, il y a, en revanche, celui qui cherche la lumière de Dieu, "source de vie" (cf. v. 10). À l'abîme de la malice de l'impie s'oppose l'abîme de la bonté de Dieu, source vive qui désaltère et lumière qui illumine le fidèle.
Il existe donc deux types d'hommes décrits par la prière du psaume qui vient d'être proclamée, et que la Liturgie des heures nous propose pour les Laudes du mercredi de la première Semaine.
2. Le premier portrait que le Psalmiste nous présente est celui du pécheur (cf. vv. 2-5). Au fond de lui - comme le dit l'original hébreu - se trouve "l'oracle du péché" (v. 2). L'expression est forte. Elle fait penser à une parole satanique qui, en contraste avec la parole divine, retentit dans le cœur et dans le langage de l'impie.
Le mal paraît enraciné en lui comme sa réalité intime, si bien qu'il se manifeste à travers ses paroles et ses actes (cf. vv. 3-4). Il passe ses journées à choisir "la voie qui n'est pas bonne", du matin tôt, alors qu'il est encore "sur sa couche" (v. 5), jusqu'au soir quand il va s'endormir. Ce choix constant du pécheur dérive d'une option qui concerne toute son existence et qui conduit à la mort.
3. Mais le Psalmiste est tout tendu vers le second portrait, dans lequel il désire se refléter : celui de l'homme qui cherche le visage du Seigneur (cf. vv. 6-13). Il élève un véritable chant à l'amour divin (cf. vv. 6-11), auquel il fait suivre, à la fin, une invocation suppliante pour être libéré de la sombre fascination du mal et enveloppé pour toujours par la lumière de la grâce.
Dans ce chant est égrenée une véritable litanie de termes qui célèbrent les caractéristiques du Dieu d'amour : grâce, fidélité, justice, salut, ombre protectrice, abondance, délice, vie, lumière. Il faut en particulier souligner quatre de ces traits divins, exprimés par des termes hébreux qui possèdent une valeur plus intense que celle qui ressort des traductions dans les langues modernes.
4. Il y a tout d'abord le terme hésed, "grâce", qui est à la fois fidélité, amour, loyauté, tendresse. Il s'agit de l'un des termes fondamentaux pour exalter l'alliance entre le Seigneur et son peuple. Il est significatif qu'il retentisse 127 fois dans le Psautier, plus de la moitié de toutes les fois où cette parole revient dans le reste de l'Ancien Testament. Il y a ensuite la 'emunáh, qui dérive de la même racine que l'amen, la parole de la foi, et qui signifie stabilité, sécurité, fidélité inébranlable. Le terme qui suit est la sedaqáh, la "justice", qui possède une signification avant tout salvifique : c'est l'attitude sainte et providentielle de Dieu qui, à travers son intervention dans l'histoire, libère son fidèle du mal et de l'injustice. Puis il y a enfin la mishpát, le "jugement", avec lequel Dieu gouverne ses créatures, se penchant sur les pauvres et sur les opprimés et pliant les arrogants et les tyrans.
Quatre paroles théologiques, que l'orant répète dans sa profession de foi, alors qu'il avance sur les routes du monde, certain d'avoir à ses côtés un Dieu aimant, fidèle, juste et sauveur.
5. Aux divers titres avec lesquels il exalte Dieu, le Psalmiste ajoute deux images suggestives. D'une part, l'abondance de nourriture : celle-ci fait tout d'abord penser au banquet sacré, qui était célébré dans le temple de Sion avec la chair des victimes des sacrifices. Il y a également la source et le torrent, dont les eaux désaltèrent non seulement la gorge sèche, mais également l'âme (cf. vv. 9-10 ; Ps 41, 2-3 ; 62, 2-6). Le Seigneur rassasie et désaltère l'orant, il le fait participer à la plénitude de sa vie immortelle.
L'autre image est évoquée par le symbole de la lumière : "Par ta lumière nous voyons la lumière" (v. 10). Il s'agit d'une luminosité qui rayonne presque en "cascade" et qui est un signe de la révélation de Dieu à son fidèle. C'est ce qui était arrivé à Moïse sur le Sinaï (cf. Ex 34, 29-30) et c'est ce qui arrive aux chrétiens dans la mesure où, "le visage découvert, nous réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image" (2 Co 3, 18).
Dans le langage des Psaumes, "voir la lumière du visage de Dieu" signifie concrètement rencontrer le Seigneur dans le temple, où l'on célèbre la prière liturgique et où l'on écoute la parole divine. Le chrétien fait lui aussi cette expérience lorsqu'il chante les louanges du Seigneur au début de la journée, avant de s'acheminer sur les routes de la vie quotidienne qui ne sont pas toujours droites.