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Catéchèse du 19 décembre 2001
Le message de la grotte de Bethléem
1. La Neuvaine de Noël, que nous célébrons au cours de ces journées, nous invite à vivre de façon intense et profonde la préparation à la grande fête, désormais proche, de la naissance du Sauveur. La liturgie trace un savant itinéraire pour rencontrer le Seigneur qui vient, en proposant jour après jour des thèmes de réflexion et de prière. Elle nous invite à la conversion et à l'accueil docile du mystère de Noël.
Dans l'Ancien Testament, les prophètes avaient préannoncé la venue du Messie et ils avaient conservé vivante l'attente vigilante du peuple élu. Avec les mêmes sentiments nous sommes invités, nous aussi, à vivre ce temps, pour pouvoir ainsi savourer la joie des fêtes de Noël désormais imminentes.
Notre attente devient la voix des espérances de l'humanité tout entière et elle s'exprime à travers une série d'invocation suggestives, que nous trouvons dans la célébration eucharistique avant l'Évangile et dans la récitation des Vêpres, avant le cantique du Magnificat. Il s'agit des antiennes "O", dans lesquelles l'Église s'adresse à celui qui va venir avec des titres profondément poétiques, qui manifestent bien le besoin de paix et de salut des peuples, un besoin qui ne trouve sa satisfaction pleine et définitive que dans le Dieu fait homme.
2. Comme l'antique Israël, la Communauté ecclésiale devient la voix des hommes et des femmes de tous les temps pour chanter l'avènement du Sauveur. Elle prie tour à tour : "Ô Sagesse qui sort de la bouche du Très-Haut", "ô Guide de la Maison d'Israël", "ô Racine de Jessé", "ô Clefs de David", "ô Astre naissant", "ô Soleil de justice", "ô Roi des nations, Emmanuel, Dieu-avec-nous".
Dans chacune de ces invocations passionnées, riches de références bibliques, on ressent le désir ardent que les croyants ont de voir s'accomplir leurs attentes de paix. C'est pourquoi ils implorent le don de la naissance du Sauveur promis. Dans le même temps, ils ressentent cependant clairement que cela implique un engagement concret à lui préparer une demeure digne de lui, non seulement dans leur âme, mais également dans le milieu qui les entoure. En un mot, invoquer la venue de Celui qui apporte la paix au monde comporte de s'ouvrir docilement à la vérité libératrice et à la force rénovatrice de l'Évangile.
3. Sur cet itinéraire de préparation à la rencontre avec le Christ, qui vient à Noël à la rencontre de l'humanité, a été insérée la Journée spéciale de jeûne et de prière que nous avons célébrée vendredi dernier, dans le but de demander à Dieu le Don de la réconciliation et de la paix. Il s'est agi d'un moment fort de l'Avent, d'une occasion pour approfondir les causes de la guerre et les raisons de la paix. Face aux tensions et aux violences qui, hélas, ont également lieu au cours de ces journées dans diverses parties de la terre, y compris en Terre Sainte, témoin singulier du mystère de la Naissance de Jésus, il faut que nous, chrétiens, nous fassions retentir encore plus fort le message de paix qui provient de la grotte de Bethléem.
Nous devons nous convertir à la paix ; nous devons nous convertir au Christ, notre paix, certains que dans la crèche son amour qui désarme l'emportera sur toute menace obscure et sur tout projet de violence. Il faut continuer à demander avec confiance à l'Enfant-Jésus, né pour nous de la Vierge Marie, que l'énergie prodigieuse de la paix chasse la haine et la vengeance qui se nichent dans l'âme humaine. Nous devons demander à Dieu que le mal soit défait par le bien et l'amour.
4. Comme la liturgie de l'Avent nous le suggère, implorons du Seigneur le don "de nous préparer avec joie au mystère de son Noël", afin que la naissance de Jésus nous trouve "vigilants dans la prière, exultant dans la louange" (Préface de l'Avent II). Ce n'est qu'ainsi que Noël sera la fête de la joie et de la rencontre avec le Sauveur qui nous donne la paix.
N'est-ce pas précisément le vœu que nous voudrions échanger lors des prochaines fêtes de Noël ? Dans ce but, notre prière doit devenir plus intense et unanime au cours de cette semaine. "Christus est pax nostra - le Christ est notre paix". Que sa paix renouvelle chaque milieu de notre vie quotidienne. Qu'elle remplisse les cœurs, pour qu'ils s'ouvrent à l'action de sa grâce transformante ; qu'elle imprègne les familles, afin que, devant la crèche ou bien rassemblées autour de l'arbre de Noël, celles-ci affermissent leur communion fidèle ; qu'elle règne dans les villes, au sein des nations et de la communauté internationale et se diffuse en chaque lieu du monde.
Comme les pasteurs dans la nuit de Bethléem, hâtons nos pas vers Bethléem. Nous contemplerons dans le silence de la Nuit sainte le "nouveau-né enveloppé de langes, couché dans la crèche", avec Joseph et Marie (Lc 2, 12.16). Que Marie, qui a accueilli le Verbe de Dieu dans son sein virginal et l'a serré entre ses bras maternels, nous aide à vivre avec un engagement plus actif cette dernière partie de l'itinéraire liturgique de l'Avent.
Avec ces sentiments, je présente avec affection mes vœux à vous tous ici présents, ainsi qu'à vos familles et à ceux qui vous sont chers.
Bon Noël à tous !


ANNÉE 2002
 
Catéchèse du 2 janvier 2002
Début de la nouvelle année
1. En cette première rencontre de la nouvelle année, au lendemain de la fête de Marie Mère de Dieu et de la Journée mondiale de la Paix, nous voulons renouveler l'action de grâce à Dieu pour les innombrables bienfaits avec lesquels il enrichit chaque jour notre vie. Dans le même temps, nous prolongeons la contemplation du grand mystère de l'Incarnation, que nous vivons au cours de ces journées et qui constitue un authentique point central du temps liturgique.
En reprenant l'expression de Jean "Et le Verbe s'est fait chair" (Jn 1, 14), la réflexion doctrinale de l'Église a forgé le terme "incarnation" pour indiquer le fait que le Fils de Dieu a assumé pleinement la nature humaine afin de réaliser en celle-ci, et à travers celle-ci, notre salut. Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle que la foi dans l'incarnation réelle du Fils de Dieu est le "signe distinctif" de la foi chrétienne (cf. n. 463).
Du reste, c'est ce que nous professons à travers les paroles du Credo de Nicée-Constantinople : "Pour nous les hommes, et pour notre salut, Il descendit du ciel ; par l'Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme".
2. Dans la naissance du Fils de Dieu du sein virginal de Marie, les chrétiens reconnaissent la bienveillance infinie du Très-Haut envers l'homme et envers la création tout entière. À travers l'Incarnation, Dieu vient visiter son peuple : "Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et délivré son peuple, et nous a suscité une puissance de salut dans la maison de David, son serviteur" (Lc 1, 68-69). La visite de Dieu ne manque jamais d'efficacité : elle libère de la douleur et donne de l'espérance, elle apporte le salut et la joie.
Dans le récit de la naissance de Jésus, nous voyons que l'heureuse annonce de la venue du Sauveur attendu est tout d'abord apportée à un groupe de pauvres bergers, comme le rapporte l'Évangile de Luc : "L'ange du Seigneur se tint près d'eux [les pasteurs]" (Lc 2, 9). De cette façon, saint Luc, que dans un certain sens, nous pourrions définir l'"évangéliste" de Noël, désire souligner la bienveillance et la délicatesse de Dieu envers les petits et les humbles, auxquels il se manifeste et qui sont généralement mieux disposés à le reconnaître et à l'accueillir.
Le signe donné aux bergers, la manifestation de la majesté infinie de Dieu dans un enfant, est rempli d'espérances et de promesses : "Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche" (Lc 2, 12).
Un tel message trouve immédiatement écho dans le cœur humble et ouvert des bergers. Pour eux, la parole que le Seigneur leur a fait connaître est certainement quelque chose de réel, un "événement" (cf. Lc 2, 15). Ils accourent donc sans attendre, ils trouvent le signe qui leur est promis et deviennent immédiatement les premiers missionnaires de l'Évangile, en diffusant aux alentours la bonne nouvelle de la naissance de Jésus.
3. Au cours de ces journées, nous avons à nouveau écouté le chant des anges à Bethléem : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance" (Lc 2, 14). Ce chant doit se diffuser dans le monde également à notre époque, car il est porteur de grandes espérances et d'ouvertures extraordinaires dans tous les domaines, mais également chargé de fortes tensions et de difficultés. Afin que l'humanité puisse avancer de façon plus rapide et sûre sur les voie de la paix au cours de la nouvelle année qui vient de commencer, la contribution effective de chacun est nécessaire.
C'est pourquoi hier, à l'occasion de la Journée mondiale de la Paix, j'ai voulu souligner le lien qui existe entre la paix, la justice et le pardon. Véritablement, "il n'y a pas de paix sans justice" et "il n'y a pas de justice sans pardon" ! Un grand désir de réconciliation doit donc se développer en chacun, soutenu par une volonté sincère de pardon. Qu'au cours de toute l'année, notre prière devienne plus forte et insistante, afin d'obtenir de Dieu le don de la paix et de la fraternité, en particulier dans les régions les plus tourmentées de la planète.
4. Nous entrons ainsi dans la nouvelle année avec confiance, en imitant la foi et la disponibilité docile de Marie, qui conserve et médite en son cœur (cf. Lc 2, 19) toutes les merveilles qui se déroulent sous ses yeux. Dieu lui-même accomplit, à travers son Fils unique, le salut plein et définitif de l'humanité tout entière.
Contemplons la Vierge alors qu'elle accueille Jésus entre ses bras pour le donner à tous les hommes. Comme Elle, regardons avec soin et conservons dans notre cœur les grandes choses que Dieu accomplit chaque jour dans l'histoire. Nous apprendrons ainsi à reconnaître, dans les événements de la vie quotidienne, l'intervention constante de la divine Providence, qui guide tout avec sagesse et amour.
Encore une fois Bonne Année à tous !
 
Catéchèse du 9 janvier 2002
Que chaque être vivant loue le Seigneur
Lecture : Ps 150, 1-5
1. L'hymne qui vient d'accompagner notre prière est le dernier chant du psautier, le Psaume 150. La parole finale qui résonne dans le livre de la prière d'Israël est l'alléluia, c'est-à-dire la louange pure de Dieu et c'est pour cela que le Psaume est reproposé deux fois dans la Liturgie des Laudes, le deuxième et le quatrième dimanche.
Ce bref texte est scandé par une succession de dix impératifs qui répètent la même parole : "hallelû", "louez !". Presque comme une musique et un chant éternel, ils semblent ne jamais s'éteindre, comme ce sera le cas également dans le célèbre alléluia du Messie de Haendel. La louange à Dieu devient une sorte de souffle de l'âme, qui ne connaît pas d'arrêt. Comme cela a été écrit, "c'est l'une des récompenses d'être des hommes : l'exaltation calme, la capacité de célébrer. Elle est bien exprimée dans une phrase que rabbí Akiba a offerte à ses disciples : Un chant chaque jour/un chant pour chaque jour" (A.J. Heschel, Qui est l'homme ? Milan 1971, p. 198).
2. Le Psaume 150 semble se dérouler dans un triple moment. En ouverture, dans les deux premiers versets (vv. 1-2), le regard se fixe sur "Dieu", dans "son sanctuaire", sur "sa puissance", ses "œuvres de vaillance", "sa grandeur". Dans un second temps, - semblable à un véritable mouvement musical - est inclus dans la louange l'orchestre du temple de Sion (cf. vv. 3-5b), qui accompagne le chant et la danse sacrée. Enfin, dans le dernier verset du Psaume (cf. v. 5c) c'est l'univers qui est en scène, représenté par "chaque être vivant", ou, si l'on veut reproduire plus fidèlement l'original hébreu, par "tout ce qui respire". La vie même devient louange, une louange qui s'élève des créatures au Créateur.
3. En ce qui nous concerne, à l'occasion de cette première rencontre avec le Psaume 150, nous nous contentons de nous arrêter ici sur le premier et sur le dernier moment de l'hymne. Ceux-ci servent presque de cadre au second moment, qui occupe le cœur de la composition et que nous examinerons à l'avenir, lorsque le Psaume sera reproposé par la Liturgie des Laudes.
Le premier lieu dans lequel se déroulent le fil musical et celui de la prière est le "sanctuaire" (cf. v. 1). L'original hébreu parle du domaine "sacré", pur et transcendant dans lequel Dieu demeure. Il y a donc une référence à l'horizon céleste et paradisiaque où, comme le précisera le Livre de l'Apocalypse, l'on célèbre l'éternelle et parfaite liturgie de l'Agneau (cf. par exemple Ap 5, 6-14). Le mystère de Dieu, dans lequel les saints sont accueillis pour une pleine communion, est un domaine de lumière et de joie, de révélation et d'amour. Ce n'est pas un hasard si, bien qu'en prenant certaines libertés, l'antique traduction grecque des Septante et la traduction latine elle-même de la Vulgate ont proposé, au lieu de "sanctuaire", le mot "saints" : "Louez le Seigneur parmi ses saints".
4. Du ciel, la pensée passe implicitement à la terre avec l'accent sur les "œuvres de vaillance" opérées par Dieu, qui manifestent "toute sa grandeur" (v. 2). Ces prodiges sont décrits dans le Psaume 104, qui invite les Israélites à "réciter toutes les merveilles" de Dieu (v. 2), à rappeler "quelles merveilles il a faites, ses miracles et les jugements de sa bouche" (v. 5) ; le psalmiste rappelle alors "le pacte conclu avec Abraham" (v. 9), l'histoire extraordinaire de Joseph, les prodiges de la libération d'Égypte et de la traversée du désert, et enfin, le don de la terre. Un autre Psaume parle de situations angoissantes dont le Seigneur libère ceux qui "crient" vers lui ; les personnes libérées sont invitées de façon répétée à une action de grâce pour les merveilles accomplies par Dieu : "Qu'ils rendent grâce à Yahvé de son amour, de ses merveilles pour les fils d'Adam !" (Ps 106 [105], 8.15.21.31).
On peut ainsi comprendre, dans notre Psaume, la référence aux "œuvres de vaillance", comme le dit l'original hébreu, c'est-à-dire aux puissants "prodiges" (cf. v. 2) que Dieu dissémine dans l'histoire du salut. La louange devient une profession de foi en Dieu le Créateur et Rédempteur, célébration festive de l'amour divin, qui se réalise en créant et en sauvant, en donnant la vie et la libération.
5. Nous arrivons ainsi au dernier verset du Psaume 150 (cf. v. 5c). Le terme hébreu utilisé pour indiquer les "vivants" qui louent Dieu renvoie au souffle, comme nous le disions, mais également à quelque chose d'intime et de profond, inscrit dans l'homme.
Si l'on peut penser que toute la vie du créé est une hymne de louange au Créateur, il est toutefois plus précis de considérer que, dans ce chœur, une place centrale est réservée à la créature humaine. À travers l'être humain, porte-parole de toute la création, tous les êtres vivants louent le Seigneur. Notre souffle de vie, qui signifie également connaissance de soi, conscience et liberté (cf. Pr 20, 27), devient un chant et une prière de toute la vie qui bat dans l'univers.
C'est pourquoi, tous, récitons entre nous "des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés, chantons et célébrons le Seigneur" de tout notre cœur (cf. Ep 5, 19).
6. En transcrivant les versets du Psaume 150, les manuscrits hébreux reproduisent souvent la Menorah, le célèbre candélabre à sept branches, placé sur le Saint des Saints du temple de Jérusalem. Ils suggèrent ainsi une belle interprétation de ce Psaume, véritable Amen dans la prière éternelle de nos "grands frères" : tout l'homme, avec tous les instruments et toutes les formes musicales que son génie a inventés - "cor, harpe, cithare, danse, tambour, cordes, flûtes ; cymbales sonores, cymbales triomphantes", comme dit le Psaume - mais également "chaque être vivant", est invité à resplendir comme la Menorah face au Saint des Saints, dans une prière constante de louange et d'action de grâce.
Unis avec le Fils, voix parfaite du monde entier qu'il a créé, devenons nous aussi une prière incessante face au trône de Dieu.
 
Catéchèse du 16 janvier 2002
Soif du Seigneur et de son temple
Lecture : Ps 41, 2-3.11-12
1. Un cerf altéré, la gorge sèche, gémit dans le désert aride, cherchant les eaux fraîches d’un ruisseau. Cette image célèbre ouvre le psaume 41, qui vient d’être chanté. Nous pouvons presque y voir le symbole de la profonde spiritualité de cette composition, véritable joyau de foi et de poésie. En réalité, selon les spécialistes du psautier, notre psaume doit être étroitement lié au suivant, le 42, dont il fut séparé lorsque les psaumes furent mis en ordre pour former le livre de prière du Peuple de Dieu. En effet, ces deux Psaumes – en dehors du fait qu’ils sont unis par leur thème et leur développement – sont rythmés par la même antienne : « Qu’as-tu, mon âme, à défaillir et à gémir sur moi ? Espère en Dieu : à nouveau je lui rendrai grâce, le salut de ma face est mon Dieu » (Ps 41, 6.12 ; 42, 5). Cet appel, répété deux fois dans notre Psaume, et une troisième fois dans le Psaume suivant, est une invitation adressée par l’orant à sa propre personne en vue de repousser la mélancolie grâce à la confiance en Dieu, qui se manifestera certainement à nouveau comme le Sauveur.
2. Mais revenons à l’image de départ du Psaume, sur laquelle il serait agréable de méditer sur un fond musical de chant grégorien ou bien sur le chef-d’œuvre polyphonique qu’est le Sicut cervus, de Pierluigi da Palestrina. En effet, le cerf assoiffé est le symbole de l’orant qui tend de tout son être, corps et âme, vers le Seigneur ressenti dans le même temps comme lointain et nécessaire : « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Ps 41, 3). En hébreu, une parole unique, nefesh, indique à la fois l’« âme » et la « gorge ». Nous pouvons donc dire que l’âme et le corps de l’orant sont concernés par le désir primordial, spontané, substantiel de Dieu (cf. Ps 62, 2). Ce n’est pas un hasard s’il existe une longue tradition qui définit la prière comme un « souffle » : elle est originelle, nécessaire, fondamentale comme le souffle vital.
Origène, un grand auteur chrétien du IIIème siècle, montrait que la recherche de Dieu de la part de l’homme est une entreprise qui n’est jamais terminée, car de nouveaux progrès sont toujours possibles et nécessaires. Dans une de ses homélies sur les Nombres, il écrit : « Ceux qui parcourent la voie de la recherche de la sagesse de Dieu ne construisent pas des maisons stables, mais des tentes mobiles, car ils vivent continuellement en voyage, progressant toujours en avant, et plus ils progressent, plus le chemin s’ouvre devant eux, en déployant un horizon qui se perd dans l’immensité » (Homélie XVII, In Numeros, GCS VII, 159-160).
3. Cherchons à présent à deviner la trame de cette supplication, que nous pourrions imaginer organisée en trois actes, dont deux se trouvent au sein de notre psaume, alors que le dernier s’ouvrira dans le psaume suivant, le 42, que nous prendrons en considération par la suite. La première scène (cf. Ps 41, 2-6) exprime la profonde nostalgie suscitée par le souvenir d’un passé rendu heureux par les belles célébrations liturgiques, désormais inaccessibles : « Oui, je me souviens, et mon âme sur moi s’épanche, je m’avançais sous le toit du Très Grand, vers la maison de Dieu, parmi les cris de joie, l’action de grâces, la rumeur de la fête » (v. 5).
« La maison de Dieu » avec sa liturgie est le temple de Jérusalem, que le fidèle fréquentait autrefois, mais c’est également le siège de l’intimité avec Dieu, « source d’eau vive », comme le chante Jérémie (2, 13). À présent, l’unique eau qui affleure à ses yeux est celle des larmes (Ps 41, 4) en raison de l’éloignement de la source de la vie. La prière de fête d’alors, élevée au Seigneur au cours du culte dans le temple, est à présent remplacée par les pleurs, par les gémissements, par l’imploration.
4. Un présent triste s’oppose hélas à ce passé joyeux et serein. Le psalmiste se trouve à présent loin de Sion : l’horizon qui l’entoure est celui de la Galilée, la région septentrionale de la Terre Sainte, comme le suggère la mention des sources du Jourdain, du sommet des Hermons, où ce fleuve prend naissance, et d’une autre montagne qui nous est inconnue, le Miçar (cf. v. 7). Nous nous trouvons donc plus ou moins dans la zone où se situent les cataractes du Jourdain, les cascades qui marquent le début du parcours de ce fleuve qui traverse toute la Terre promise. Ces eaux ne sont cependant pas désaltérantes comme celles de Sion. Aux yeux du psalmiste, elles sont plutôt semblables aux eaux chaotiques du déluge qui détruisent tout. Il les sent passer sur lui comme un torrent impétueux qui anéantit la vie : « la masse de tes flots et de tes ondes a passé sur moi » (v. 8). Dans la Bible, en effet, le chaos et le mal, ainsi que le jugement divin, sont représentés comme un déluge qui engendre la destruction et la mort (Gn 6, 5-8 ; Ps 68, 2-3).
5. Cette irruption est définie par la suite dans sa valeur symbolique : ce sont les pervers, les adversaires de l’orant, peut-être même les païens, qui habitent dans cette région reculée où le fidèle est relégué. Ils méprisent le juste et se moquent de sa foi en lui demandant ironiquement : « Où est-il, ton Dieu ? » (v. 11 ; cf. v. 4). Celui-ci pose alors à Dieu une question pleine d’angoisse : « Pourquoi m’oublies-tu ? » (v. 10). Le « pourquoi » adressé au Seigneur, qui semble absent au jour de l’épreuve, est typique des supplications bibliques.
Face à ces lèvres sèches qui hurlent, face à cette âme tourmentée, à ce visage qui va être submergé par une mer de boue, Dieu pourra-t-il rester muet ? Certainement pas ! L’orant se remplit donc à nouveau d’espérance (cf. vv. 6.12). Le Troisième acte, contenu dans le Psaume suivant, le 42, sera une invocation confiante adressée à Dieu (Ps 42, 1.2a.3a.4b) et il utilisera des expressions joyeuses et reconnaissantes : « J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie ».
 
Catéchèse du 23 janvier 2002
Prière pour le peuple saint de Dieu
Lecture Sir 36, 1-2.4.5.12-13
1. Au sein de l’Ancien Testament, il n’existe pas seulement le livre officiel de la prière du Peuple de Dieu, c’est-à-dire le psautier. De nombreuses pages bibliques sont parsemées de cantiques, d’hymnes, de psaumes, de supplications, de prières, d’invocations qui s’élèvent vers le Seigneur, comme en réponse à sa parole. La Bible se révèle ainsi un dialogue entre Dieu et l’humanité, une rencontre qui est placée sous le sceau de la parole divine, de la grâce, de l’amour.
Tel est le cas de la prière que nous venons d’adresser au « Dieu de l’univers » (v. 1). Elle est contenue dans le livre du Siracide, un sage qui recueillit ses réflexions, ses conseils, ses chants probablement autour de 190-180 av. J.-C., au seuil de l’épopée de libération vécue par Israël sous la conduite des frères Maccabées. En 138 av. J.-C., un petit fils de ce sage traduisit en grec, comme le rapporte le prologue ajouté au volume, l’œuvre de son grand-père de façon à offrir ces enseignements à un plus vaste cercle de lecteurs et de disciples.
Le livre du Siracide est appelé « Ecclésiastique » par la tradition chrétienne. N’ayant pas été accueilli par le canon hébraïque, ce livre finit par caractériser, ainsi que d’autres, ce qu’on appelle la « veritas christiana ». C’est ainsi que les valeurs proposées par cette œuvre pleine de sagesse entrèrent dans l’éducation chrétienne de l’ère patristique, en particulier dans le milieu monastique, devenant une sorte de manuel de comportement pratique des disciples du Christ.
2. L’invocation du chapitre 36 du Siracide, utilisée comme prière des Laudes de la Liturgie des Heures sous une forme simplifiée, se développe selon diverses lignes thématiques.
Nous y trouvons tout d’abord l’imploration afin que Dieu intervienne en faveur d’Israël et contre les nations étrangères qui l’oppriment. Par le passé, Dieu a révélé sa sainteté lorsqu’il a châtié les fautes de son peuple, en le livrant aux mains de ses ennemis. À présent, l’orant prie Dieu de révéler sa grandeur en réprimant la tyrannie des oppresseurs et en instaurant une nouvelle ère aux accents messianiques.
La supplication reflète bien évidemment la tradition de prière d’Israël, et elle est en réalité remplie de réminiscences bibliques. Sous certains aspects, elle peut être considérée comme un modèle de prière à utiliser dans les périodes de persécution et d’oppression, comme l’était celle à laquelle l’auteur vivait, sous la domination plutôt rude et sévère des souverains étrangers syro-hellénistiques.
3. La première partie de cette prière s’ouvre par un appel ardent adressé au Seigneur afin qu’il ait pitié et qu’il regarde (cf. v. 1). Mais l’attention se tourne immédiatement vers l’action divine, qui est exaltée à travers une série de verbes très suggestifs : « Aie pitié.... regarde... répands la crainte... lève la main... montre-toi grand... renouvelle les prodiges... fais d’autres miracles... glorifie ta main et ton bras droit... ».
Le Dieu de la Bible n’est pas indifférent à l’égard du mal. Et même si ses voies ne sont pas les nôtres, si ses temps et ses projets sont différents des nôtres (cf. Is 55, 8-9), Il se range cependant du côté des victimes et se présente comme un juge sévère des violents, des oppresseurs, des triomphateurs qui ne connaissent pas la pitié.
Mais son intervention ne tend pas à la destruction. En révélant sa puissance et sa fidélité dans l’amour, Il peut également susciter dans la conscience du mauvais un frémissement qui le conduira à la conversion. « Qu’ils te connaissent, tout comme nous avons connu qu’il n’y a pas d’autre Dieu que toi, Seigneur » (v. 4).
4. La seconde partie de l’hymne ouvre une perspective plus positive. En effet, alors que la première partie requiert l’intervention de Dieu contre les ennemis, la deuxième ne parle plus des ennemis, mais elle demande les faveurs de Dieu pour Israël, elle implore sa pitié pour le peuple élu et pour la ville sainte, Jérusalem.
Le rêve d’un retour de tous les exilés, y compris ceux du royaume septentrional, devient l’objet de la prière : « Rassemble toutes les tribus de Jacob, rends-leur leur héritage comme au commencement » (v. 10). Une sorte de renaissance d’Israël tout entier est ainsi demandée, comme aux temps heureux de l’occupation de toute la Terre Promise.
Afin de rendre la prière plus pressante, l’orant insiste sur la relation qui lie Dieu à Israël et à Jérusalem. Israël est désigné comme le « peuple appelé de ton nom », celui « dont tu as fait un premier-né » ; Jérusalem est « ta ville sainte », « le lieu de ton repos ». Le désir ensuite exprimé est que la relation devienne encore plus étroite et donc plus glorieuse : « Remplis Sion de ta louange et ton sanctuaire de ta gloire » (v. 13). En remplissant de sa gloire le Temple de Jérusalem, qui attirera à lui toutes les nations (cf. Is 2, 2-4. Mi 4, 1-3), le Seigneur remplira son peuple de sa gloire.
5. Dans la Bible, la plainte des personnes qui souffrent ne finit jamais dans le désespoir, mais elle est toujours ouverte à l’espérance. À la base, se trouve la certitude que le Seigneur n’abandonne pas ses enfants, il ne laisse pas tomber de ses mains ceux qu’Il a modelés.
La sélection effectuée par la liturgie a laissé de côté une belle expression de notre prière. Elle demande à Dieu de rendre « témoignage à tes premières créatures (v. 14). De toute éternité, Dieu a un projet d’amour et de salut destiné à toutes les créatures, qui sont appelées à devenir son peuple. Il s’agit d’un dessein que saint Paul reconnaîtra : « révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes, dans l’Esprit... dessein éternel qu’il a conçu dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Ep 3, 5-11).
 
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