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Catéchèse du 13 mars 2002
Dieu renouvelle les prodiges de son amour
Lecture : Ps 76, 2-3.6-7.14-15
1. En plaçant dans les louanges d’un matin le Psaume 76 que nous venons de proclamer, la liturgie veut nous rappeler que le début de la journée n’est pas toujours lumineux. De même que se lèvent des jours ténébreux, au cours desquels le ciel est couvert de nuages et menacé par la tempête, ainsi, notre vie connaît des journées emplies de larmes et de peurs. C’est pourquoi, dès l’aube, la prière devient une lamentation, une supplication, une demande d’aide.
Notre Psaume est précisément une imploration qui s’élève vers Dieu avec insistance, profondément animée par la confiance, et même par la certitude de l’intervention divine. Pour le Psalmiste, le Seigneur n’est pas un empereur impassible, relégué dans ses cieux lumineux, indifférent à notre existence. Cette impression, qui tenaille parfois notre cœur, fait naître des interrogations si amères qu’elles mettent notre foi à l’épreuve : « Dieu nie-t-il son amour et son élection ? A-t-il oublié le passé, lors-qu’il nous soutenait et nous rendait heureux ? ». Comme nous le verrons, ces questions seront balayées par une confiance renouvelée en Dieu, rédempteur et sauveur.
2. Suivons alors le développement de cette prière qui commence sur un ton dramatique, dans l’angoisse, et qui, peu à peu, s’ouvre à la sérénité et à l’espérance. Voici tout d’abord devant nous la plainte sur le présent triste et sur le silence de Dieu (cf. vv. 2-11). Un cri au secours est lancé à un ciel apparemment sourd, les mains s’élèvent en une supplication, le cœur défaillit de peine. Dans la nuit sans sommeil, emplie de larmes et de prières, un chant « murmure en mon cœur », comme le dit le verset 7, un refrain désespéré résonne continuellement au plus profond de l’âme.
Lorsque la douleur atteint son sommet et que l’on voudrait que la coupe de la souffrance passe loin de soi (cf. Mt 26, 39), les paroles explosent et deviennent une interrogation déchirante, comme on l’a déjà vu (cf. Ps 76, 8-11). Ce cri interpelle le mystère de Dieu et de son silence.
3. Le Psalmiste se demande pourquoi le Seigneur le repousse, pourquoi il a changé de visage et d’attitude, oubliant l’amour, la promesse de salut et la tendresse miséricordieuse. « La droite du Très-Haut », qui avait accompli les prodiges salvifiques de l’Exode, semble désormais paralysée (cf. v. 11). Il s’agit d’un véritable « tourment » qui met à l’épreuve la foi de la personne en prière.
S’il en était ainsi, Dieu serait méconnaissable, il deviendrait un être cruel ou une présence semblable à celle des idoles, qui ne savent pas sauver parce qu’ils en sont incapables, qu’ils sont indifférents et impuissants. Dans ces versets de la première partie du Psaume 76 est contenu tout le drame de la foi dans le temps de l’épreuve et du silence de Dieu.
4. Mais il existe des motifs d’espérance. C’est ce qui ressort de la deuxième partie de la supplication (cf. vv. 12-21), semblable à un hymne destiné à reproposer la confirmation courageuse de sa foi également lors des jours ténébreux de la douleur. On chante le passé de salut, qui a connu son épiphanie de lumière dans la création et dans la libération de l’esclavage d’Égypte. Le présent amer est illuminé par l’expérience salvifique passée, qui est une semence déposée dans l’histoire : celle-ci n’est pas morte, mais seulement enterrée, pour ensuite germer (cf. Jn 12, 24).
Le Psalmiste a ensuite recours à un concept biblique important, celui du « mémorial » qui n’est pas seulement une vague mémoire réconfortante, mais la certitude d’une action divine qui ne manquera pas : « Je me souviens des hauts faits de Yahvé, oui, je me souviens d’autrefois, de tes merveilles » (Ps 76, 12). Professer la foi dans les œuvres de salut du passé conduit à la foi dans ce que le Seigneur est constamment et donc également dans le temps présent. « Ô Dieu, saintes sont tes voies ! [...] Toi, le Dieu qui fait merveille » (vv. 14-15). Ainsi, le présent, qui semblait sans issue et sans lumière, est illuminé par la foi en Dieu et ouvert à l’espérance.
5. Pour soutenir cette foi, le Psalmiste cite un hymne probablement plus ancien, sans doute chanté dans la liturgie du temple de Sion (cf. vv. 17-20). Il s’agit d’une éclatante théophanie dans laquelle le Seigneur entre en scène dans l’histoire, bouleversant la nature et en particulier les eaux, symbole du chaos, du mal et de la souffrance. L’image de la marche de Dieu sur les eaux est très belle, signe de son triomphe sur les forces négatives : « Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur les eaux innombrables, et tes traces, nul ne les connut » (v. 20). La pensée s’envole vers le Christ, qui marche sur les eaux, symbole éloquent de sa victoire sur le mal (cf. Jn 6, 16-20).
En rappelant, à la fin, que Dieu guida « comme un troupeau » son peuple « par la main de Moïse et d’Aaron » (Ps 76, 21), le Psaume conduit implicitement à une certitude : Dieu conduira à nouveau vers le salut. Sa main puissante et invisible sera avec nous à travers la main visible des pasteurs et des guides qu’il a constitués. Le Psaume, qui s’est ouvert sur un cri de douleur, suscite à la fin des sentiments de foi et d’espérance dans le grand pasteur de nos âmes (cf. He 13, 20 ; 1 P 2, 25).
 
Catéchèse du 20 mars 2002
En Dieu résident la joie et l'espérance des humbles
Lecture : 1 S 2, 1-10
1. Une voix de femme nous guide aujourd'hui dans la prière de louange au Seigneur de la vie. En effet, dans le récit du Premier Livre de Samuel, Anne est celle qui entonne l'hymne qui vient d'être proclamée, après avoir offert au Seigneur son enfant, le petit Samuel. Celui-ci deviendra prophète en Israël et marquera par son action le passage du peuple juif à une nouvelle forme de gouvernement, le gouvernement monarchique, qui aura comme acteurs le malheureux roi Saül et le glorieux roi David. Anne portait sur ses épaules une histoire de souffrances car, comme le dit le récit, Yahvé "l'avait rendue stérile" (1 S 1, 5).
Dans l'antique Israël, la femme stérile était considérée comme une branche sèche, une présence morte, également parce qu'elle empêchait son mari d'avoir une continuité dans le souvenir des générations successives, une donnée importante dans une vision encore incertaine et voilée de l'au-delà.
2. Anne avait cependant placé sa confiance dans le Dieu de la vie et elle avait prié ainsi : "Ô Yahvé Sabaot ! Si tu voulais considérer la misère de ta servante, te souvenir de moi, ne pas oublier ta servante et lui donner un petit d'homme, alors je le donnerai à Yahvé pour toute sa vie" (v. 11). Et Dieu accueillit le cri de cette femme humiliée, en lui donnant précisément Samuel : le tronc sec produisit un bourgeon vivant (cf. Is 11, 1) ; ce qui était impossible à des yeux humains était devenu une réalité vibrante en cet enfant qui devait être consacré au Seigneur.
Le chant d'action de grâce, qui fleurit sur les lèvres de cette mère, sera repris et réélaboré par une autre mère, Marie qui, en restant vierge, engendrera par l'œuvre de l'Esprit Saint. En effet, le Magnificat de la Mère de Jésus laisse entrevoir en filigrane le cantique d'Anne qui, précisément pour cette raison, est appelé "le Magnificat de l'Ancien Testament".
3. En réalité, les chercheurs font remarquer que l'auteur saint a placé dans la bouche d'Anne une sorte de Psaume royal, rempli de citations ou d'allusions à d'autres Psaumes.
Au premier plan apparaît l'image du roi juif, assailli par des adversaires plus puissants, mais qui est finalement sauvé et qui triomphe car, à ses côtés, le Seigneur brise l'arc des forts (cf ; 1 S 2, 4). La fin du chant est significative, lorsque, dans une solennelle épiphanie, le Seigneur entre en scène : "Yahvé, ses ennemis sont brisés, le Très-Haut tonne dans les cieux. Yahvé juge les confins de la terre, il donne la force à son Roi, il exalte la vigueur de son Oint" (v. 10). En hébreu, la dernière parole est précisément "messie", c'est-à-dire "consacré", ce qui permet de transformer cette prière royale en chant d'espérance messianique.
4. Nous voudrions souligner deux thèmes de cette hymne d'action de grâce qui exprime les sentiments d'Anne. Le premier dominera également dans le Magnificat de Marie, il s'agit du renversement des situations opéré par Dieu. Les forts sont humiliés, les faibles "revêtus de vigueur", les rassasiés recherchent désespérément de la nourriture et les affamés participent à un banquet somptueux ; le pauvre est retiré de la poussière et reçoit "un siège d'honneur" (cf. vv. 4-8).
Il est facile de reconnaître dans cette antique prière le fil conducteur des sept actions que Marie voit accomplies par Dieu Sauveur dans l'histoire : "Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. [...] Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles ; Il a comblé de bien les affamés et renvoyé les riches les mains vides. Il est venu en aide à Israël son serviteur" (Lc 1, 51-54).
Il s'agit d'une profession de foi prononcée par ces deux mères à l'égard du Seigneur de l'histoire, qui se range aux côtés des derniers, des pauvres et des malheureux, des opprimés et des humiliés pour les défendre.
5. L'autre thème que nous voulons souligner est encore davantage lié à la figure d'Anne : "La femme stérile enfante sept fois, mais la mère de nombreux enfants se flétrit" (1 S 2, 5). Le Seigneur qui renverse les destins est également celui qui est à la racine de la vie et de la mort. Le sein stérile d'Anne était semblable à une tombe ; et pourtant Dieu a pu y faire germer la vie, car "Il tient en son pouvoir l'âme de tout vivant et le souffle de toute chair d'homme" (Jb 12, 10). Dans cette ligne, on chante immédiatement après : "C'est Yahvé qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au shéol et en remonter" (1 S 2, 6).
Désormais, l'espérance ne concerne pas seulement la vie de l'enfant qui naît, mais également celle que Dieu peut faire fleurir après la mort. C'est ainsi que s'ouvre l'horizon presque "pascal" de la résurrection. Isaïe chantera : "Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront. Réveillez-vous et chantez, vous qui habitez la poussière, car ta rosée est une rosée lumineuse, et le pays va enfanter des ombres" (Is 26, 19).
 
Catéchèse du 27 mars 2002
Mercredi saint
1. C'est demain que commence le Triduum pascal, qui nous fera revivre l'événement central de notre salut. Il s'agira des journées de prière et de méditation les plus intenses, au cours desquelles nous réfléchirons, à l'aide des rites suggestifs de la Semaine sainte, sur la passion, la mort et la résurrection du Christ.
Le sens et l'accomplissement de l'histoire humaine se trouvent dans le Mystère pascal. "C'est pourquoi Pâques - souligne le Catéchisme de l'Église catholique - n'est pas simplement une fête parmi d'autres : elle est la "Fête des fêtes", "Solennité des solennités", comme l'Eucharistie est le sacrement des sacrements (le Grand sacrement). Saint Athanase l'appelle "le Grand dimanche", comme la Semaine sainte est appelée en Orient la "Grande Semaine". Le mystère de la Résurrection, dans lequel le Christ a écrasé la mort, pénètre notre vieux temps de sa puissante énergie, jusqu'à ce que tout Lui soit soumis" (n. 1169).
2. Demain, Jeudi saint, nous contemplerons le Christ qui, au Cénacle, à la veille de sa passion, a fait don de lui-même à l'Église, a institué le sacerdoce ministériel et a laissé à ses disciples le commandement nouveau, le commandement de l'amour. Dans le sacrement de l'Eucharistie il a ainsi voulu rester avec nous, en devenant notre nourriture de salut. Après la suggestive Messe in Cena Domini, nous veillerons en adoration avec le Seigneur, en obéissant au désir qu'Il manifesta aux Apôtres dans le Jardin des Oliviers : "Demeurez ici et veillez avec moi" (Mt 26, 38).
Le Vendredi saint nous parcourrons à nouveau les développements tragiques de la passion du Rédempteur, jusqu'à la crucifixion sur le Golgotha. L'adoration de la Croix nous permettra de comprendre plus profondément la miséricorde infinie de Dieu. En traversant de façon consciente cette immense douleur, le Fils unique du Père s'est fait annonce définitive de salut pour l'humanité. Le chemin de la Croix est assurément difficile ! Pourtant, c'est l'unique lieu où nous est remis le Mystère de la Mort qui donne la vie.
Le climat recueilli et silencieux du Samedi saint nous offrira ensuite l'occasion d'attendre, en priant avec Marie, l'événement glorieux de la Résurrection, en goûtant déjà par avance sa joie intime.
Au cours de la Veillée pascale, lors du chant du "Gloria", sera révélée la splendeur de notre destin : former une humanité nouvelle, rachetée par le Christ mort et ressuscité pour nous.
Le jour de Pâques, lorsque dans les églises de tous les lieux de la terre on chantera "Dux vitae mortuus regnat vivus", "le Seigneur de la vie était mort ; mais à présent, vivant, il triomphe" (Séquence), nous pourrons comprendre et aimer jusqu'au bout la Croix du Christ : sur celle-ci le Christ a vaincu pour toujours le péché et la mort !
3. Lors du Triduum pascal nous fixerons le regard, de façon plus intense, sur le visage du Christ. Un visage empreint de souffrance et agonisant, qui nous fait mieux comprendre le caractère dramatique des événements et des situations qui, même au cours de ces journées, frappent l'humanité. Un visage resplendissant de lumière, qui ouvre à notre existence une espérance renouvelée.
J'écrivais dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte : "Deux mille ans après ces événements, l'Église les revit comme s'ils venaient de se produire aujourd'hui. Dans le visage du Christ, elle, l'Épouse, contemple son trésor, sa joie. "Dulcis Iesu memoria, dans vera cordis gaudia" : qu'il est doux le souvenir de Jésus, source de la vraie joie du cœur !" (n. 28).
Au Gethsémani, nous nous sentirons particulièrement en harmonie avec ceux qui vivent sous le poids de l'angoisse et de la solitude. En méditant le procès auquel Jésus fut soumis, nous rappellerons ceux qui sont persécutés pour leur foi et à cause de la justice.
En accompagnant le Christ au Golgotha, sur le chemin des souffrances, notre prière s'élèvera avec confiance pour ceux sur qui pèse, dans leur corps et dans leur esprit, le poids du mal et du péché.
À l'heure suprême du sacrifice du Fils de Dieu, nous déposerons avec confiance au pied de la Croix l'aspiration qui se trouve dans le cœur de chacun : le désir de la paix !
La Très Sainte Vierge, qui a fidèlement suivi son Fils jusque sous la Croix, nous accompagnera, après que nous aurons contemplé avec Elle le visage empreint de souffrance du Christ, pour jouir de la lumière et de la joie qui émanent du visage resplendissant du Ressuscité.
Tel est mon vœu : qu'il s'agisse d'un Triduum véritablement saint pour vivre une Pâque heureuse et réconfortante !
 
Catéchèse du 3 avril 2002
La gloire du Seigneur dans le droit et la justice
Lecture : Ps 96, 1-2.5-6.11-12
1. La lumière, la joie et la paix, qui au cours du temps pascal inondent la communauté des disciples du Christ et se diffusent dans toute la création, imprègnent notre rencontre, qui a lieu dans le climat intense de l'Octave de Pâques. C'est le triomphe du Christ sur le mal et sur la mort que nous célébrons au cours de ces journées. Par sa mort et sa résurrection, le royaume de justice et d'amour voulu par Dieu est définitivement instauré.
C'est précisément au thème du Royaume de Dieu que se réfère la catéchèse d'aujourd'hui, consacrée à la réflexion sur le Psaume 96. Le Psaume s'ouvre par la proclamation solennelle : "Yahvé règne ! Exulte la terre, que jubilent les îles nombreuses" et cette célébration du Roi divin, Seigneur de l'univers et de l'histoire, fait la singularité de ce Psaume. Nous pourrions donc dire que nous nous trouvons en présence d'un Psaume "pascal".
Nous connaissons l'importance de l'annonce du Royaume de Dieu dans la prédication de Jésus. Ce n'est pas seulement la reconnaissance de la dépendance de l'être créé à l'égard de son Créateur ; c'est également la conviction qu'au sein de l'histoire existent un projet, un dessein, une trame d'harmonies et de biens voulus par Dieu. Tout cela s'est pleinement réalisé dans la Pâque de la mort et de la résurrection de Jésus.
2. Parcourons à présent le texte du Psaume que la Liturgie nous propose dans la célébration des Laudes. Immédiatement après l'acclamation au Seigneur roi, qui retentit comme le son d'une trompette, une grandiose épiphanie divine s'ouvre devant l'orant. En ayant recours à des citations ou des allusions à d'autres passages des Psaumes ou des prophètes, en particulier Isaïe, le Psalmiste décrit l'irruption sur la scène du monde du Grand Roi, qui apparaît entouré d'une série de ministres ou d'intendants cosmiques : les nuages, les ténèbres, le feu, les éclairs.
À côté d'eux, une autre série de ministres personnifie son action historique : la justice, le droit, la gloire. Leur entrée sur scène fait trembler toute la création. La terre exulte en tous lieux, y compris les îles, considérées comme l'endroit le plus reculé (cf. Ps 96, 1). Le monde entier est illuminé par des éclairs et secoué par un tremblement de terre (cf. v. 4). Les montagnes, qui incarnent les réalités les plus anciennes et les plus solides selon la cosmologie biblique, fondent comme de la cire (cf. v. 5), tel que le chantait déjà le prophète Michée : "Car voici Yahvé qui sort de son lieu saint.... les montagnes fondent sous ses pas, les vallées s'effondrent, comme la cire devant le feu" (Mi 1, 3-4). Les cieux retentissent d'hymnes angéliques qui exaltent la justice, c'est-à-dire l'œuvre de salut accomplie par le Seigneur pour les justes. Enfin, l'humanité tout entière contemple la révélation de la gloire divine, c'est-à-dire de la réalité mystérieuse de Dieu (cf. Ps 96, 6), alors que les "ennemis", c'est-à-dire les iniques et les injustes, cèdent face à la force irrésistible du jugement du Seigneur (cf. v. 3).
3. Après la théophanie du Seigneur de l'univers, le Psaume décrit deux types de réactions face au Grand Roi et à son entrée dans l'histoire. D'une part, les idolâtres et les idoles tombent à terre confus et vaincus ; d'autre part, les fidèles rassemblés à Sion pour la célébration liturgique en l'honneur du Seigneur, élèvent joyeusement une hymne de louange. La scène des "servants des idoles" (cf. vv. 7-9) est essentielle : les idoles se prosternent devant l'unique Dieu et leurs fidèles se couvrent de honte. Les justes assistent avec joie au jugement divin qui élimine le mensonge et la fausse religiosité, sources de misère morale et d'esclavage. Ils entonnent une profession de foi lumineuse : "Car toi, tu es Yahvé, Très-Haut sur toute la terre, surpassant de beaucoup tous les dieux" (v. 9).
4. À la scène qui décrit la victoire sur les idoles et sur leurs adorateurs, s'oppose celle que nous pourrions appeler la splendide journée des fidèles (cf. vv. 10-12). En effet, on parle d'une lumière qui apparaît pour le juste (cf. v. 11) : c'est comme si se levait une aurore de joie, de fête, d'espérance, car - comme on le sait - la lumière est aussi un symbole de Dieu (cf. 1 Jn 1, 5).
Le prophète Malachie déclarait : "Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons" (Ml 3, 20). On associe le bonheur à la lumière : "Pour l'homme au cœur droit, la joie. Justes jubilez en Yahvé, louez sa mémoire de sainteté" (Ps 96, 11-12).
Le Royaume de Dieu est source de paix et de sérénité, et il efface l'empire des ténèbres. Une communauté juive contemporaine de l'époque de Jésus chantait : "L'impiété recule devant la justice, comme les ténèbres reculent devant la lumière ; l'impiété s'évanouira pour toujours et la justice, comme le soleil, se révèlera le principe de l'ordre du monde" (Livre des mystères de Qumrân : 1 Q 27, I, 5-7).
5. Avant de quitter le Psaume 96, il est important de retrouver en celui-ci, outre le visage du Seigneur roi, également celui du fidèle. Celui-ci est décrit par sept caractéristiques, signe de perfection et de plénitude. Ceux qui attendent la venue du Grand Roi divin haïssent le mal, aiment le Seigneur, sont des hasîdîm, c'est-à-dire des fidèles (cf. v. 10), ils marchent sur la voie de la justice, ont le cœur droit (cf. v. 11), se réjouissent devant les œuvres de Dieu et rendent grâce au saint nom du Seigneur (cf. v. 12). Demandons au Seigneur que ces traits spirituels brillent également sur nos visages.
 
Catéchèse du 10 avril 2002
Ô Seigneur, rends visite à ta vigne
Lecture : Ps 79, 2-3a.9-10.18-19
1. Le Psaume que nous venons d’entendre se présente sous la forme d’une lamentation et d’une supplication de tout le peuple d’Israël. La première partie utilise un symbole biblique célèbre, le symbole du pasteur. Le Seigneur est invoqué comme « Pasteur d’Israël », celui qui « mène Joseph comme un troupeau » (Ps 79, 2). Du haut de l’arche de l’alliance, entouré d’anges, le Seigneur guide son troupeau, c’est-à-dire son peuple et le protège face aux dangers.
C’est ce qu’il avait fait lors de la traversée du désert. À présent, il semble cependant absent, presque assoupi ou indifférent. Au troupeau qu’il devait guider et nourrir (cf. Ps 22), il n’offre qu’un pain pétri de larmes (cf. Ps 79, 6). Les ennemis se moquent de ce peuple humilié et offensé ; mais Dieu ne semble pas pour autant touché, il ne « se réveille » pas (v. 3) et ne révèle pas sa puissance, dressée en défense des victimes de la violence et de l’oppression. L’invocation répétée de l’antienne (cf. vv. 4.8) cherche presque à secouer Dieu de son attitude détachée, pour faire en sorte qu’il redevienne le Pasteur qui défend son peuple.
2. Dans la deuxième partie de la prière, à la fois riche de tension et de confiance, nous trouvons un autre symbole cher à la Bible, celui de la vigne. Il s’agit d’une image aisément compréhensible, car elle appartient au paysage de la terre promise et est un signe de fécondité et de joie.
Comme l’enseigne le prophète Isaïe à travers l’une de ses plus belles images poétiques (cf. Is 5, 1-7), la vigne incarne Israël. Elle illustre deux dimensions fondamentales : d’une part, parce qu’elle a été plantée par Dieu (cf. Is 5, 2 ; Ps 79, 9-10), la vigne représente le don, la grâce, l’amour de Dieu ; de l’autre, elle requiert le travail du paysan, grâce auquel elle produit du raisin qui peut donner du vin, et elle représente donc la réponse humaine, l’engagement personnel et le fruit d’œuvres justes.
3. À travers l’image de la vigne, le Psaume évoque les étapes principales de l’histoire juive : ses racines, l’expérience de l’exode d’Égypte, l’arrivée dans la terre promise. Sous le règne de Salomon, la vigne avait atteint la plus vaste surface qu’elle devait jamais couvrir dans toute la région palestinienne et au-delà. Elle s’étendait, en effet, des monts septentrionaux du Liban plantés de cèdres, jusqu’à la mer Méditerranée et presque jusqu’au grand fleuve Euphrate (cf. vv. 11-12).
Mais la splendeur de cette floraison a été anéantie. Le Psaume nous rappelle que la tempête est passée sur la vigne de Dieu, c’est-à-dire qu’Israël a subi une dure épreuve, une terrible invasion qui a dévasté la terre promise. Dieu lui-même a démoli l’enclos de la vigne, comme s’il était un envahisseur, permettant ainsi qu’y fassent irruption les pillards, représentés par le sanglier, un animal considéré comme violent et impur selon les anciennes croyances. À la puissance du sanglier se sont associées toutes les bêtes sauvages, symbole d’une horde ennemie qui détruit tout (cf. vv. 13-14).
4. C’est alors qu’un appel pressant est adressé à Dieu, afin qu’il prenne à nouveau la défense des victimes, brisant son silence : « Dieu Sabaot, reviens enfin, observe des cieux et vois, visite cette vigne » (v. 15). Dieu sera encore le protecteur du cep vital de cette vigne soumise à une tempête aussi violente, en chassant tous ceux qui avaient tenté de la déraciner et de l’incendier (cf. vv. 16-17).
À ce point, le Psaume s’ouvre à une espérance aux couleurs messianiques. En effet, dans le verset 18, le Psalmiste prie ainsi : « Ta main soit sur l’homme de ta droite, le fils d’Adam que tu as confirmé ». Notre pensée se tourne peut-être avant tout vers le roi de la lignée de David qui, avec le soutien du Seigneur, viendra à la rescousse pour rétablir la liberté. Toutefois, la confiance dans le futur Messie est implicite, ce « fils de l’homme » qui sera chanté par le prophète Daniel (cf. 7, 13-14) et que Jésus assumera comme titre privilégié pour définir son œuvre et sa personne messianique. Les Pères de l’Église seront mêmes unanimes en indiquant dans la vigne évoquée par le Psaume une préfiguration prophétique du Christ « vraie vigne » (Jn 15, 1) et de l’Église.
5. Pour que le visage du Seigneur recommence à briller, il est bien sûr nécessaire qu’Israël se convertisse dans la fidélité et dans la prière au Dieu Sauveur. C’est ce que le Psalmiste exprime en affirmant : « Jamais plus nous n’irons loin de toi » (Ps 79, 19).
Le Psaume 79 est donc un chant profondément marqué par la souffrance, mais également par une confiance inébranlable. Dieu est toujours disposé à « revenir » vers son peuple, mais il est également nécessaire que son peuple « revienne » à Lui dans la fidélité. Si nous nous convertissons du péché, le Seigneur se « convertira » de son intention de châtier : telle est la conviction du Psalmiste, qui trouve également écho dans nos cœurs, en les ouvrant à l’espérance.
 
Catéchèse du 17 avril 2002
La joie du peuple racheté
Lecture : Is 12, 1-4
1. L’hymne qui vient d’être proclamé entre comme un chant de joie dans la Liturgie des Louanges. Il constitue une sorte de sceau de certaines pages du Livre d’Isaïe qui sont devenues célèbres en raison de leur interprétation messianique. Il s’agit des chapitres 6-12, généralement intitulés « Le livre de l’Emmanuel ». En effet, au centre de ces oracles prophétiques domine la figure d’un souverain qui, bien qu’appartenant à la dynastie historique de David, révèle des aspects transfigurés et reçoit des titres glorieux : « Merveilleux-conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix » (Is 9, 5).
La figure concrète du roi de Judée qu’Isaïe promet comme fils et successeur à Acaz, le souverain d’alors qui était bien éloigné des idéaux davidiques, est le signe d’une promesse plus élevée : celle du roi-Messie qui réalisera en plénitude le nom d’« Emmanuel », c’est-à-dire de « Dieu-avec-nous », en devenant la présence divine parfaite dans l’histoire humaine. On comprend alors facilement comment le Nouveau Testament et le christianisme ont entrevu dans ce profil royal le visage de Jésus-Christ, Fils de Dieu devenu un homme solidaire avec nous.
2. L’hymne auquel nous faisons référence (cf. Is 12, 1-6) est considéré par les chercheurs, en raison de sa qualité littéraire et de son style général, comme une création successive à celle du prophète Isaïe, qui vécut au VIIIème siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit presque d’une citation, d’un texte ayant la forme d’un Psaume, peut-être d’usage liturgique, qui est inséré à cet endroit pour servir de conclusion au « Livre de l’Emmanuel ». En effet, il en évoque certains thèmes : le salut, la confiance, la joie, l’action divine, la présence parmi le peuple du « Saint d’Israël », une expression qui indique aussi bien la « sainteté » transcendante de Dieu que sa proximité aimante et active, sur laquelle le peuple d’Israël peut compter.
La personne qui chante a derrière elle une histoire pleine d’amertume, ressentie comme un acte du jugement divin. Mais à présent l’épreuve a cessé, la purification a eu lieu ; la colère du Seigneur laisse place au sourire, à la disponibilité à sauver et à réconforter.
3. Les deux strophes de l’hymne semblent rythmer deux moments. Dans le premier (cf. vv. 1-3), ouvert par l’invitation à prier : « Et tu diras en ce jour-là », la parole « salut » domine ; elle est répétée trois fois et s’applique au Seigneur : « Voici le Dieu de mon salut… il a été mon salut… aux sources du salut ». Rappelons, entre autres, que le nom d’Isaïe – comme celui de Jésus – contient la racine du verbe juif ylsa’, qui fait allusion au « salut ». L’orant possède donc la certitude inébranlable qu’à la racine de la libération et de l’espérance se trouve la grâce divine.
Il est significatif de remarquer qu’il fait une référence implicite au grand événement salvifique de l’exode de l’esclavage d’Égypte, car il cite les paroles du chant de libération entonné par Moïse : « Yahvé est ma force et mon chant » (Ex 15, 2).
4. Le salut donné par Dieu, capable de faire naître la joie et la confiance également au jour sombre de l’épreuve, est représenté à travers l’image de l’eau, classique dans la Bible : « Dans l’allégresse vous puiserez de l’eau aux sources du salut » (Is 12, 3). Nous revenons en esprit à l’épisode de la Samaritaine, lorsque Jésus offre la possibilité de posséder en soi une « source d’eau jaillissante en vie éternelle » (Jn 4, 14).
À ce propos, Cyrille d’Alexandrie commente de façon suggestive : « Jésus appelle eau vive le don vivifiant de l’Esprit, au moyen duquel seule l’humanité, bien que complètement abandonnée, comme les troncs sur les montagnes, sèche et privée de toute espèce de vertu par les pièges du diable, est restituée à l’antique beauté de la nature… Le Sauveur appelle eau la grâce de l’Esprit Saint, et si quelqu’un se laisse saisir par lui, il trouvera en lui-même la source des enseignements divins, au point de ne plus avoir besoin des conseils des autres, et de pouvoir exhorter ceux auxquels il arrive d’avoir soif de la Parole de Dieu. Telle était la condition, lorsqu’ils se trouvaient dans cette vie et sur cette terre, des saints prophètes, des apôtres et de leurs successeurs. Il est écrit à leur sujet : Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut » (Commento al Vangelo di Giovanni II, 4, [Commentaire à l’Évangile de Jean], Rome 1994, pp. 272.275).
L’humanité s’éloigne malheureusement souvent de cette source qui désaltère toute la personne, comme le remarque avec amertume le prophète Jérémie : « Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau » (Jr 2, 13). Quelques pages auparavant, Isaïe avait également exalté « les eaux de Siloé qui coulent doucement », symbole du Seigneur présent à Sion, et il avait menacé du châtiment de l’inondation des « eaux du Fleuve – c’est-à-dire l’Euphrate – puissantes et abondantes » (Is 8, 6-7), symbole de la puissance militaire et économique ainsi que de l’idolâtrie ; des eaux qui fascinaient alors la Judée, mais qui devaient la submerger.
5. Une nouvelle invitation – « Et vous direz, en ce jour-là », ouvre la deuxième strophe (cf. Is 12, 4-6) ; il s’agit d’un appel incessant à la louange joyeuse en l’honneur du Seigneur. Les injonctions à chanter se multiplient : « Louez, invoquez, annoncez, manifestez, proclamez, chantez, criez, exultez ».
Au centre de la louange, il y a une unique profession de foi en Dieu sauveur, qui agit dans l’histoire et qui se trouve aux côtés de sa créature, partageant son histoire : « Yahvé a fait de grandes choses… il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël » (cf. vv. 5.6). Cette profession de foi a une fonction également missionnaire : « Annoncez aux peuples ses hauts faits…. qu’on le proclame sur toute la terre » (vv. 4.5). Le salut obtenu doit être témoigné au monde, de façon à ce que l’humanité tout entière accoure à ces sources de paix, de joie et de liberté.
 
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