Ressources Catholiques Magistère

précédent
Catéchèse du 17 septembre 2003
Voyage apostolique en Slovaquie
Lecture : Ph 1, 27.29
1. Je voudrais aujourd'hui m'arrêter avec vous sur le voyage apostolique, que j'ai eu la joie d'accomplir la semaine dernière en Slovaquie. Je rends grâce au Seigneur qui, pour la troisième fois, m'a permis de visiter ce noble pays. Je renouvelle l'expression de mes sentiments reconnaissants à tous ceux qui m'ont accueilli avec tant de cordialité. Je remercie tout d'abord mes vénérés frères dans l'épiscopat, Monsieur le Président de la République et les autres Autorités, ainsi que ceux qui ont organisé chaque aspect de mon séjour dans cette terre.
2. Fidèle au Christ et à l'Église : c'est ainsi que se présente la Slovaquie dans son histoire. En y allant en personne, j'ai voulu la confirmer dans cette fidélité, alors qu'elle avance avec confiance vers l'avenir. J'ai pu admirer avec plaisir le développement économique et social qui a été réalisé au cours de ces dernières années. Je suis certain que, en entrant dans l'Union européenne, le peuple slovaque saura offrir à la construction de l'Europe une contribution précieuse, également sur le plan des valeurs. Grâce à Dieu, en effet, il possède un riche patrimoine spirituel, que, malgré la dure persécution subie dans le passé, il a su solidement conserver. La prometteuse floraison de vie chrétienne et de vocations sacerdotales et religieuses que l'on constate aujourd'hui en est un témoignage éloquent. Je prie pour que cette nation bien aimée poursuive avec confiance ce chemin.
3. La première étape de mon pèlerinage a été la visite à la cathédrale de Trnava, église-mère de l'archidiocèse de Bratislava-Trnava. De ce temple, consacré à saint Jean-Baptiste, j'ai demandé aux chrétiens d'être toujours davantage des témoins courageux de l'Évangile.
Les journées suivantes ont été centrées sur de belles et suggestives célébrations eucharistiques, dont la liturgie et les chants étaient bien préparés, avec une intense et pieuse participation de la part du peuple chrétien. La première s'est déroulée sur la place de Banská-Bystrica, au cœur du pays. En commentant l'Évangile de l'Annonciation, j'ai souligné l'exigence de cultiver, à partir de la famille, une liberté mûre. Ce n'est qu'ainsi que l'on est en mesure de répondre à l'appel de Dieu, sur l'exemple de la Vierge Marie.
Toujours à Banská Bystrica, j'ai rencontré les membres de la Conférence épiscopale de Slovaquie. Je les ai encouragés à poursuivre la vaste œuvre de promotion de la vie chrétienne, après les années sombres de l'isolement et de la dictature communiste.
4. Je me suis ensuite rendu à Roznava, chef-lieu d'une région agricole. C'est dans ce contexte qu'a retenti de façon extrêmement éloquente la parabole évangélique du semeur. Oui ! La Parole de Dieu est semence de vie nouvelle. En m'adressant de façon particulière aux agriculteurs, j'ai souligné combien leur contribution à l'édification de la nation est importante. Il faut cependant qu'ils restent solidement enracinés dans leur tradition chrétienne séculaire. De même, à Roznava, j'ai eu l'occasion de saluer une importante communauté de langue hongroise.
Le dernier et principal arrêt de mon voyage apostolique a eu lieu dans la capitale, Bratislava. Au cours d'une Messe solennelle, j'ai eu la joie de béatifier deux fils de cette terre : l'Évêque Vasil' Hopko et Sœur Zdenka Cecilia Schelingová, victimes de persécutions atroces au cours des années 50, sous le régime communiste ; ce sont tous deux des témoins de la foi du XX siècle, élevés aux honneurs des autels précisément le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix. Ils nous rappellent que le peuple slovaque, dans les moments dramatiques de la souffrance, a trouvé la force et l'espérance dans la Croix du Christ : O Crux, ave spes unica !
5. Le soutien de l'Église en Slovaquie a été la Madone des Douleurs, sa Patronne principale. Unis à Elle, qui est restée aux côtés de son Fils sur le Calvaire, nos frères slovaques, également à notre époque, entendent rester fidèles au Christ et à l'Église.
Que la Vierge des Douleurs protège la Slovaquie, afin qu'elle conserve jalousement l'Évangile, le bien le plus précieux à annoncer et à témoigner à travers la sainteté de la vie.
Que Dieu te bénisse, chère Slovaquie ! Merci de ton amour pour l'Église et le Successeur de Pierre !
 
Catéchèse du 24 septembre 2003
Grandeur du Seigneur et dignité de l'homme
Lecture : Ps 8, 2.4-7
1. En méditant le Psaume 8, un hymne de louange admirable, notre itinéraire parmi les Psaumes et les Cantiques qui constituent l'âme en prière de la Liturgie des Laudes, s'approche de sa conclusion. Au cours de ces catéchèses notre réflexion s'est arrêtée sur 84 prières bibliques, dont nous avons en particulier cherché à mettre en relief l'intensité spirituelle, ans en occulter la beauté poétique.
La Bible, en effet, nous invite à ouvrir le chemin de notre journée par un chant qui proclame non seulement les œuvres merveilleuses accomplies par Dieu et notre réponse de foi, mais qui les célèbre aussi « avec art » (cf. Ps 46, 8), c'est-à-dire de façon belle, lumineuse, douce et forte en même temps.
Le Psaume 8 resplendit en particulier parmi tous les psaumes ; dans celui-ci l'homme, plongé dans une atmosphère nocturne, lorsque la lune et les étoiles s'allument dans l'immensité du ciel (cf. v. 4), se sent comme un grain de poussière dans l'infini et dans les espaces illimités qui le dominent.
2. Au centre du Psaume 8, en effet, apparaît une double expérience. D'une part, la personne humaine se sent presque écrasée par le caractère grandiose de la création, « ouvrage des doigts divins ». Cette curieuse locution remplace l'« œuvre des mains » de Dieu (cf. v. 7), comme pour indiquer que le Créateur a tracé un dessin ou une broderie avec les astres lumineux, lancés dans l'immensité du cosmos.
D'autre part, cependant, Dieu se penche sur l'homme et le couronne comme son vice-roi : « Tu le couronnes de gloire et de beauté » (v. 6). Il confie même tout l'univers à cette créature si fragile, afin qu'elle en tire la connaissance et de quoi subvenir à son existence (cf. vv. 7-9).
L'horizon de la souveraineté de l'homme sur les autres créatures est spécifié en reprenant pratiquement les pages d'ouverture de la Genèse : les troupeaux, les animaux de la campagne, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer sont remis à l'homme afin que, en leur donnant un nom (cf. Gn 2, 19-20), il en découvre la réalité profonde, qu'il la respecte et la transforme à travers le travail et qu'il la destine à être source de beauté et de vie. Le Psaume nous rend conscients de notre grandeur, mais également de notre responsabilité à l'égard de la création (cf. Sg 9, 3).
3. En relisant le Psaume 8, l'auteur de la Lettre aux Hébreux y a découvert une compréhension plus profonde du dessein de Dieu à l'égard de l'homme. La vocation de l'homme ne peut pas être limitée au monde terrestre actuel ; si le Psalmiste affirme que Dieu a tout placé sous les pieds de l'homme, cela signifie qu'il veut lui soumettre également le « monde à venir » (He 2, 5), « un royaume inébranlable » (12, 28). En définitive, la vocation de l'homme est une « vocation céleste » (3, 1). Dieu désire « conduire à la gloire » céleste « un grand nombre de fils » (2, 10). Pour que ce projet divin se réalise, il était nécessaire que la vie soit tracée par un « pionnier » (cf. ibid.), dans lequel la vocation de l'homme puisse trouver son premier accomplissement. Ce pionnier est le Christ.
L'auteur de la Lettre aux Hébreux a observé à ce propos que les expressions du Psaume s'appliquent au Christ de manière privilégiée, c'est-à-dire plus précise que pour les autres hommes. En effet, le Psalmiste utilise le verbe « abaisser », en disant à Dieu : « tu l'as un moment abaissé au-dessous des anges. Tu l'as couronné de gloire et d'honneur » (cf. Ps 8, 6 ; He 2, 6). Pour les hommes ordinaires ce verbe n'est pas adapté ; il n'ont pas été « abaissés » par rapport aux anges, car ils ne se sont jamais trouvés au-dessus d'eux. En revanche, le verbe est exact pour le Christ, car, en tant que Fils de Dieu, il se trouvait au dessus des anges et a été abaissé lorsqu'il est devenu homme, puis il a été couronné de gloire dans sa résurrection. C'est ainsi que le Christ a pleinement accompli la vocation de l'homme et il l'a accomplie, précise l'auteur, « au bénéfice de tout homme » (He 2, 9).
4. Sous cette lumière, saint Ambroise commente le Psaume et l'applique à nous. Il part de la phrase où l'on décrit le « couronnement » de l'homme : « Tu le couronnes de gloire et de beauté » (v. 6). Dans cette gloire, il voit cependant la récompense que le Seigneur nous réserve lorsque nous avons surmonté l'épreuve de la tentation.
Voici les paroles de cet éminent Père de l'Église dans son Commentaire de l'Évangile selon Luc : « Le Seigneur a couronné son bien-aimé également de gloire et de magnificence. Ce Dieu, qui désire distribuer les couronnes, procure les tentations : c'est pourquoi, lorsque tu es tenté, sache que l'on te prépare la couronne. Si tu abolis les combats des martyrs, tu aboliras également leurs couronnes ; si tu abolis leurs supplices, tu aboliras leur béatitude » (IV, 41 : SAEMO 12, pp. 330-333).
Dieu tresse pour nous la « couronne de justice » (2 Tm 4, 8) qui récompensera la fidélité que nous avons conservée pour Lui, également lorsque la tempête secoue notre cœur et notre esprit. Mais, à chaque époque, il est attentif à sa créature bien-aimée et il voudrait qu'en elle brille toujours l'« image » divine (cf. Gn 1, 26), de façon à savoir être dans le monde un signe d'harmonie, de lumière, de paix.
 
Catéchèse du 1er octobre 2003
Benedictus
Lecture : Lc 1, 68-69.76.78-79
1. Parvenus au terme du long itinéraire à travers les Psaumes et les Cantiques de la Liturgie des Laudes, nous désirons nous arrêter sur la prière qui, chaque matin, rythme le moment de prière de la louange. Il s'agit du Benedictus, le Cantique entonné par le père de Jean-Baptiste, Zacharie, alors que la naissance de ce fils avait changé sa vie, effaçant le doute qui l'avait rendu muet, une punition significative pour son manque de foi et de louange.
À présent, en revanche, Zacharie peut célébrer Dieu qui sauve et il le fait à travers cet hymne, rapporté par l'évangéliste Luc sous une forme qui en reflète certainement l'usage liturgique au sein de la communauté chrétienne des origines (cf. Lc 1, 68-79).
L'évangéliste lui-même le définit comme un chant prophétique, né à travers le souffle de l'Esprit Saint (cf. 1, 67). Nous sommes, en effet, face à une bénédiction qui proclame les actions salvifiques et la libération offerte par le Seigneur à son peuple. Il s'agit donc d'une lecture « prophétique » de l'histoire, c'est-à-dire la découverte du sens intime et profond de toute l'existence humaine, guidée par la main cachée mais active du Seigneur, qui se mêle à celle plus faible et incertaine de l'homme.
2. Le texte est solennel et, dans l'original grec, se compose seulement de deux phrases (cf. vv. 68-75 ; 76-79). Après l'introduction, marquée par la bénédiction de louange, nous pouvons identifier dans le corps du Cantique environ trois strophes, qui évoquent autant de thèmes, destinés à rythmer toute l'histoire du salut : l'alliance avec David (cf. vv. 68-71), l'alliance avec Abraham (cf. vv. 72-75), le Baptiste, qui nous introduit dans la nouvelle alliance en Christ (cf. vv. 76-79). La tension de toute la prière est, en effet, dirigée vers cet objectif que David et Abraham indiquent à travers leur présence.
Le sommet se trouve précisément dans une phrase qui est presque à la conclusion : « D'en haut viendra nous visiter un soleil naissant » (cf. v. 78). L'expression, à première vue paradoxale parce qu'elle unit « d'en haut » et « naissant », est en réalité significative.
3. En effet, dans l'original grec « le soleil qui surgit » est ‘anatolè’, un terme qui signifie à lui seul la lumière solaire qui brille sur notre planète et le germe qui naît. Dans la tradition biblique, ces deux images ont une valeur messianique.
D'un côté, Isaïe nous rappelle, en parlant de l'Emmanuel, que « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi » (9, 1). De l'autre, en se référant encore au roi-Emmanuel, il le représente comme le « rejeton qui surgira de la souche de Jessé », c'est-à-dire de la dynastie de David, un surgeon sur qui reposera l'Esprit de Yahvé (cf. Is 11, 1-2).
Avec le Christ, apparaît donc la lumière qui illumine chaque créature (cf. Jn 1, 9) et la vie fleurit, comme le dira l'évangéliste Jean, en unissant précisément ces deux réalités : « Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (1, 4).
4. L'humanité, qui est enveloppée « dans les ténèbres et l'ombre de la mort », est éclairée par cette révélation fulgurante (cf. Lc 1, 79). Comme l'avait annoncé le prophète Malachie « pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera » (3, 20). Ce soleil « guidera nos pas dans le chemin de la paix » (Lc 1, 79).
Nous avançons en ayant alors cette lumière comme point de référence ; et nos pas incertains, qui souvent au cours de la journée dévient sur des routes obscures et glissantes, sont soutenus par la clarté de la vérité que le Christ diffuse dans le monde et dans l'histoire.
Nous voudrions donc, à ce point, laisser la parole à un maître de l'Église, à un de ses Docteurs, le britannique Bède le Vénérable (VII-VIII siècle), qui, dans son Homélie pour la naissance de saint Jean-Baptiste, commentait ainsi le Cantique de Zacharie : « Le Seigneur... nous a visités comme un médecin ses malades, car pour guérir la maladie invétérée de notre orgueil, il nous a offert le nouvel exemple de son humilité ; il a racheté son peuple, car il nous a libérés au prix de son sang, nous qui étions devenus les serviteurs du péché et les esclaves de l'antique ennemi... Le Christ nous a trouvés alors que nous gisions « dans les ténèbres et l'ombre de la mort », c'est-à-dire opprimés par le long aveuglement du péché et de l'ignorance... Il nous a apporté la véritable lumière de sa connaissance et, ayant fait disparaître les ténèbres de l'erreur, il nous a montré le chemin sûr pour la patrie céleste. Il a dirigé les pas de nos œuvres pour nous faire marcher sur la voie de la vérité, qu'il nous a montrée, et pour nous faire entrer dans la maison de la paix éternelle, qu'il nous a promise ».
5. Enfin, en puisant à d'autres textes bibliques, le Vénérable Bède concluait ainsi, en rendant grâce pour les dons reçus : « Étant donné que nous sommes en possession de ces dons de la bonté éternelle, très chers frères,...bénissons nous aussi le Seigneur à chaque instant (cf. Ps 33, 2), car il « a visité et racheté son peuple ». Ayons toujours sa louange sur notre bouche, con-servons son souvenir et, à notre tour, proclamons la vertu de celui qui « nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9). Demandons sans cesse son aide, afin qu'il conserve en nous la lumière de la connaissance qu'il nous a apportée, et qu'il nous conduise jusqu'au jour de la perfection » (Homélie sur l'Évangile, Rome 1990, pp. 464-465).
 
Catéchèse du 8 octobre 2003
Introduction à la liturgie des Vêpres
Lecture : Lc 1, 46-50
1. Étant donné que « chaque jour de notre pèlerinage sur terre est un don toujours nouveau » de l'amour de Dieu (Préface des Dimanches, VI), l'Église a toujours ressenti l'exigence de consacrer à la louange divine les jours et les heures de l'existence humaine. Ainsi, l'aurore et le coucher du soleil, moments religieux typiques chez tous les peuples, déjà rendus sacrés dans la tradition biblique par l'offrande du matin et du soir de l'holocauste (cf. Ex 29, 38-39) et de l'encens (cf. Ex 30, 6-8), représentent pour les chrétiens, dès les premiers siècles, deux moments particuliers de prière.
Le lever et le coucher du soleil ne sont pas des moments anonymes de la journée. Ils possèdent un caractère unique : la beauté joyeuse d'une aube et la splendeur triomphale d'un coucher de soleil marquent les rythmes de l'univers, qui influent profondément sur la vie de l'homme. En outre, le mystère du salut, qui se réalise dans l'histoire, voit ses moments liés à diverses phases du temps. C'est pourquoi, en même temps que la célébration des Laudes au début de la journée, s'est progressivement affirmée dans l'Église la célébration des Vêpres, à la tombée du soir. Ces deux Heures liturgiques possèdent une puissance d'invocation qui rappelle les deux aspects essentiels du mystère pascal : « Le soir le Seigneur se trouve sur la Croix, le matin il ressuscite... Le soir, je raconte les souffrances qu'Il a endurées dans la mort ; le matin, j'annonce la vie de Celui qui ressuscite » (Saint Augustin, Commentaires sur les Psaumes, XXVI, Rome 1971, p. 109).
Précisément parce qu'elles sont liées à la mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, les deux Heures, des Laudes et des Vêpres constituent, « selon la vénérable tradition de toute l'Église, le double pivot de l'Office quotidien » (Cons. Sacrosanctum Concilium, n. 89).
2. Dans l'antiquité, après le coucher du soleil, allumer une lampe apportait une note de joie et de communion dans les maisons. La communauté chrétienne elle aussi, en allumant une lampe lorsque le soir arrivait, invoquait avec une âme reconnaissante le don de la lumière spirituelle. C'était ce qu'on appelle le « lucernaire » ; c'est-à-dire l'allumage rituel de la lampe, dont la flamme est le symbole du Christ, « Soleil sans déclin ».
En effet, lorsque les ténèbres tombent, les chrétiens savent que Dieu illumine également la nuit obscure par la splendeur de sa présence et par la lumière de ses enseignements. Il faut rappeler, à ce propos, le très antique hymne de la lampe Fôs hilarón, repris dans la liturgie byzantine, arménienne et éthiopienne : « Lumière joyeuse de la sainte gloire du Père immortel, céleste, saint, bienheureux, ô Jésus Christ ! Arrivés au coucher du soleil, et ayant vu la lumière vespérale, nous élevons un hymne au Père, au Fils et à l'Esprit Saint, Dieu. Il est beau de te chanter à chaque moment avec des voix harmonieuses, ô Fils de Dieu, toi qui donnes la vie : c'est pourquoi l'univers proclame ta gloire ». L'Occident aussi a créé de nombreux hymnes pour célébrer le Christ lumière.
En puisant son inspiration au symbolisme de la lumière, la prière des Vêpres s'est développée comme un sacrifice vespéral de louange et de reconnaissance pour le don de la lumière physique et spirituelle et pour les autres dons de la création et de la rédemption. Saint Cyprien écrit : « Une fois le soleil couché et le jour s'en allant, on doit nécessairement prier à nouveau. En effet, le Christ étant le véritable soleil, au coucher du soleil et du jour de ce monde, nous prions et nous demandons que vienne à nouveau sur nous la lumière et nous invoquons la venue du Christ qui nous apportera la grâce de la lumière éternelle » (De oratione dominica, 35 : PL 4, 560).
3. Le soir est un moment propice pour examiner devant Dieu, dans la prière, la journée écoulée. C'est le moment « pour rendre grâce de ce qui nous a été donné ou que nous avons accompli avec droiture » (Saint Basile, Regulae fusius tractatae, Resp. 37, 3 : PG 3, 1015). C'est également le moment où demander pardon pour ce que nous avons commis de mal, en implorant de la miséricorde divine que le Christ recommence à resplendir dans nos cœurs.
Toutefois, la venue du soir évoque également le « mysterium noctis ». Les ténèbres sont ressenties comme une occasion de tentations fréquentes, de faiblesse particulière, de fléchissement aux incursions du Malin. Avec ses menaces, la nuit devient le symbole de toutes les méchancetés dont le Christ est venu nous libérer. D'autre part, chaque fois que le soir tombe, la prière nous fait participer au mystère pascal, où « la nuit resplendit comme le jour » (Exultet). La prière fait ainsi refleurir l'espérance dans le passage du jour transitoire au dies perennis, de la faible lumière de la lampe à la lux perpetua, de l'attente vigilante de l'aube à la rencontre avec le Roi d'éternelle gloire.
4. Pour l'homme antique, plus encore que pour nous, l'alternance du jour et de la nuit réglait l'existence, étant à l'origine d'une réflexion sur les grands problèmes de la vie. Le progrès moderne a en partie dénaturé la relation entre la vie humaine et le temps cosmique. Mais le rythme rapide des activités humaines n'a pas totalement fait échapper les hommes d'aujourd'hui aux rythmes du cycle solaire.
C'est pourquoi, les deux centres de la prière quotidienne conservent toute leur valeur, étant liés à des phénomènes immuables et à des symbolismes immédiats. Le matin et le soir constituent des moments toujours opportuns à consacrer à la prière, qu'elle soit communautaire ou individuelle. Liées à des moments importants de notre vie et de notre activité, les Heures des Laudes et des Vêpres se révèlent ainsi des moyens efficaces pour orienter notre chemin quotidien et le diriger vers le Christ, « lumière du monde » (Jn 8, 12).
 
Catéchèse du 15 octobre 2003
La structure des Vêpres
Lecture : Lc 1, 46-47.51.53-55
1. Grâce à de nombreux témoignages, nous savons que, à partir du IV siècle, les Laudes et les Vêpres sont désormais une institution stable dans toutes les grandes Églises orientales et occidentales. Voilà, par exemple, le témoignage de saint Ambroise : « De même que chaque jour, en allant à l'église ou en nous appliquant à la prière chez nous, nous commençons par Dieu et nous finissons en Lui, de même le jour entier de notre vie ici-bas et le cours de chaque journée doit toujours commencer par Lui et finir en Lui » (De Abraham, II, 5, 22).
Alors que les Laudes se trouvent au début du jour, les Vêpres trouvent leur place vers le coucher du soleil, à l'heure où, dans le temple de Jérusalem, l'holocauste était offert avec l'encens. À cette heure, Jésus, après sa mort sur la Croix, reposait dans le sépulcre, s'étant offert lui-même au Père pour le salut du monde.
Les diverses Églises, en suivant leurs traditions respectives, ont organisé l'Office divin selon leur propre rituel. Nous prenons ici en considération le rite romain.
2. La prière est ouverte par l'invocation Deus in adiutorium, deuxième verset du Psaume 69, que saint Benoît prescrit pour chaque Heure. Le verset rappelle que ce n'est que de Dieu que peut nous venir la grâce de le louer dignement. Il y a ensuite le « Gloire au Père », car la glorification de la Trinité exprime l'orientation essentielle de la prière chrétienne. Enfin, à l'exception de la période du Carême, on ajoute l'Alléluia, une expression hébraïque qui signifie « Louez le Seigneur », et qui est devenue, pour les chrétiens, une joyeuse manifestation de confiance dans la protection que Dieu réserve à son peuple.
Le chant de l'Hymne fait retentir les motifs de la louange de l'Église en prière, évoquant avec un souffle poétique les mystères accomplis pour le salut de l'homme à l'heure des vêpres, en particulier le sacrifice accompli par le Christ sur la Croix.
3. La psalmodie des Vêpres se compose de deux Psaumes, adaptés à cette heure, et d'un cantique tiré du Nouveau Testament. La typologie des Psaumes destinés aux Vêpres présente diverses nuances. Il y a les Psaumes lucernaires, dans lesquels la mention du soir, de la lampe ou de la lumière est explicite ; des Psaumes qui manifestent la confiance en Dieu, solide refuge dans la précarité de la vie humaine ; des Psaumes d'action de grâce et de louange ; des Psaumes qui font apparaître le sens eschatologique évoqué par la fin du jour, et d'autres à caractère sapientiel ou possédant un ton pénitentiel. Nous trouvons, en outre, des Psaumes du Hallel, avec une référence à la Dernière Cène de Jésus avec ses disciples. Dans l'Église latine ont été transmis des éléments qui favorisent la compréhension des Psaumes et leur interprétation chrétienne, tels que les titres, les prières sous forme de psaumes et surtout les antiennes (cf. Principes et normes pour la Liturgie des Heures, 110-120).
Une place importante est occupée par la lecture brève, qui dans les Vêpres est tirée du Nouveau Testament. Elle a pour but de proposer avec force et de façon incisive quelques sentences bibliques et de les imprimer dans les cœurs afin qu'elles soient traduites dans la vie (cf. ibid., nn. 45, 156, 172). Afin de faciliter l'intériorisation de ce qui est écouté, la lecture est suivie par un silence approprié et par un responsorio, qui a pour fonction de « répondre », avec le chant de quelques versets, au message de la lecture, en favorisant l'accueil cordial de la part des participants à la prière.
4. C'est avec un grand respect, après le signe de la croix, qu'est entonné le Cantique évangélique de la bienheureuse Vierge Marie (cf. Lc 1, 46-55). Déjà attesté par la Règle de saint Benoît (chap. 12 et 17), l'usage de chanter le Benedictus lors des Laudes et le Magnificat lors des Vêpres « est justifié par la tradition séculaire et populaire de l'Église romaine » (Principes et normes pour la Liturgie des Heures, n. 50). En effet, ces cantiques sont exemplaires pour exprimer le sens de la louange et de l'action de grâce à Dieu pour le don de la Rédemption.
Dans la célébration communautaire de l'Office divin, le geste d'encenser l'autel, le prêtre et le peuple, alors que l'on exécute les Cantiques évangéliques, peut suggérer - à la lumière de la tradition juive d'offrir l'encens le matin et le soir sur l'autel des parfums - le caractère oblatif du « sacrifice de louange » exprimé dans la Liturgie des Heures. En nous rassemblant autour du Christ dans la prière, nous pouvons vivre personnellement ce qui est dit dans la Lettre aux Hébreux : « Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps, c'est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom » (13, 15 ; cf. Ps 49, 14.23 ; Os 14, 3).
5. Après le Cantique, les intercessions adressées au Père ou parfois au Christ, expriment la voix suppliante de l'Église, qui se souvient de la sollicitude divine pour l'humanité, œuvre de ses mains. Le caractère des intercessions vespérales est, en effet, celui de demander l'aide divine pour chaque catégorie de personne, pour la communauté chrétienne et pour la société civile. Puis on termine par le souvenir des fidèles défunts.
La liturgie des Vêpres trouve son couronnement dans la prière de Jésus, le Notre Père, synthèse de toute louange et de toute supplique des fils de Dieu régénérés par l'eau et par l'Esprit. En conclusion de la journée, la tradition chrétienne a mis en relation le pardon imploré de Dieu dans le Notre Père et la réconciliation fraternelle des hommes entre eux : le soleil ne doit se coucher sur la colère de personne (cf. Ep 4, 26).
La prière vespérale est conclue par une oraison qui, en harmonie avec le Christ crucifié, exprime la remise de notre existence entre les mains du Père, conscients que sa bénédiction ne viendra jamais à manquer.
 
suivant