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Catéchèse du 13 août 2003
Action de grâce pour la libération du peuple
Lecture : Tb 13, 10.13.15
1. La Liturgie des Laudes compte parmi ses Cantiques le fragment d'un hymne, situé à la fin du récit du Livre biblique de Tobie : nous venons de l'entendre. L'hymne, assez long et solennel, est une expression typique de la prière et de la spiritualité juive, qui puise à d'autres textes déjà présents dans la Bible.
Le Cantique se développe à travers une double invocation. Il ressort avant tout une invitation répétée à louer Dieu (cf. vv. 3.4.7) pour la purification qu'il opère au moyen de l'exil. Les « fils d'Israël » sont exhortés à accueillir cette purification à travers une conversion sincère (cf. vv. 6.8). Si la conversion fleurit dans les cœurs, le Seigneur fera jaillir à l'horizon l'aube de la libération. C'est précisément dans ce climat spirituel que se situe le début du Cantique, que la Liturgie a découpé à l'intérieur de l'hymne plus ample du chapitre 13 de Tobie.
2. La seconde partie du texte, entonnée par le vieux Tobit, protagoniste avec son fils Tobie de tout le Livre, est une véritable célébration de Sion. Elle reflète la nostalgie passionnée et l'amour ardent que le juif de la Diaspora éprouve à l'égard de la ville sainte (cf. vv. 9-18). Cet aspect également brille au sein du passage qui a été choisi comme prière matinale de la Liturgie des Laudes. Arrêtons-nous sur ces deux thèmes, c'est-à-dire la purification du péché à travers l'épreuve et l'attente de la rencontre avec le Seigneur dans la lumière de Sion et de son temple saint.
3. Tobit lance un appel chaleureux aux pécheurs afin qu'ils se convertissent et pratiquent la justice : telle est la voie à emprunter pour retrouver l'amour divin qui apporte sérénité et espérance (cf. v. 8).
L'histoire même de Jérusalem est une parabole qui enseigne à tous le choix à effectuer. Dieu a puni la cité car il ne pouvait rester indifférent face au mal perpétré par ses fils. Mais à présent, en voyant qu'un grand nombre d'entre eux s'est converti et transformé en fils justes et fidèles, il manifestera plus encore son amour miséricordieux (cf v. 10).
Tout au long du Cantique du chapitre 13 de Tobie, cette conviction est souvent répétée : le Seigneur « châtie et pardonne... vous châtie pour vos iniquités [mais] il aura pitié de vous tous... il te frappa pour les œuvres de tes mains et il aura encore pitié des fils des justes « (vv. 2.5.10). Dieu a recours au châtiment comme moyen de ramener dans le droit chemin les pécheurs sourds aux autres mises en garde. La dernière parole du Dieu juste demeure toutefois celle de l'amour et du pardon ; son désir profond est celui de pouvoir embrasser à nouveau les fils rebelles qui reviennent à lui avec un cœur repenti.
4. La miséricorde divine se manifestera à l'égard du peuple élu à travers la reconstruction du Temple de Jérusalem, accomplie par Dieu lui-même : « en toi son temple [sera] rebâti dans la joie » (v. 11). C'est ainsi qu'apparaît le second thème, celui de Sion, comme lieu spirituel vers lequel doit converger non seulement le retour des juifs, mais également le pèlerinage des peuples qui cherchent Dieu. Ainsi s'entrouvre un horizon universel : une fois reconstruit, le temple de Jérusalem, signe de la parole et de la présence divine, resplendira d'une lumière planétaire qui déchirera les ténèbres, afin que puissent se mettre en route « les peuples nombreux, de toutes les extrémités de la terre » (cf. v. 13), apportant leurs dons et chantant leur joie de participer au salut que le Seigneur diffuse sur Israël.
Les Israéliens, donc, et tous les peuples sont en chemin ensemble vers un objectif unique de foi et de vérité. Sur eux, le chantre de cet hymne fait descendre une béatitude répétée en disant à Jérusalem : « Bienheureux ceux qui t'aiment ! Heureux ceux qui se réjouiront de ta paix ! » (v. 15). Le bonheur est authentique lorsque l'on retrouve la lumière qui brille dans le ciel de tous ceux qui recherchent le Seigneur avec un cœur purifié et dans le désir de la vérité.
5. C'est à cette Jérusalem, libre et glorieuse, signe de l'Église dans l'objectif final de son espérance, préfigurée par la Pâque du Christ, que saint Augustin s'adresse avec ardeur dans le livre des Confessions.
En se référant à la prière qu'il veut accomplir dans sa « chambre secrète », il nous décrit les « chansons d'amour parmi les gémissements, les gémissements indicibles que suscite au cours de mon pèlerinage le souvenir de Jérusalem dans mon cœur tendu vers elle, vers ses hauteurs, Jérusalem, ma patrie, ma mère, et vers Toi, son souverain, son illuminateur, son père, tuteur et époux, ses délices chastes et intenses, sa joie solide et tous ses biens ineffables ». Et il conclut par cette promesse : « Je ne m'en libérerai pas, tant que, dans la paix de ma mère très chère, où résident les prémices de mon esprit, d'où je puise ces certitudes, tu n'auras pas rassemblé tout ce que je suis de cette dispersion informe, pour l'uniformiser définitivement pour toujours, ô mon Dieu, ma miséricorde » (Les Confessions, 12, 16, 23, Rome 1965, pp. 424-425).
 
Catéchèse du 20 août 2003
La Jérusalem rebâtie
Lecture : Ps 147, 12-15.19-20
1. Le Psaume qui vient d'être proposé à notre méditation constitue la deuxième partie du précédent Psaume 146. Les antiques traductions grecque et latine, suivies par la Liturgie, l'ont en revanche considéré comme un chant indépendant, car son début le distingue nettement de la partie précédente. Ce début est devenu célèbre, également parce qu'il a souvent été mis en musique en latin : Lauda, Jerusalem, Dominum. Ces paroles initiales constituent l'invitation typique dans les hymnes des Psaumes à célébrer et louer le Seigneur : c'est à présent Jérusalem, personnification du peuple, qui est interpellée afin d'exalter et de glorifier son Dieu (cf. v. 12).
On mentionne immédiatement le motif pour lequel la communauté en prière doit élever sa louange au Seigneur. Celui-ci est de nature historique : c'est Lui, le Libérateur d'Israël de l'exil de Babylone, qui donne la sécurité à son peuple « en renforçant la barre des portes » de la ville (cf. v. 13).
Lorsque Jérusalem s'était effondrée sous l'assaut de l'armée du roi Nabuchodonosor, en 586 av. J.C., le livre des Lamentations avait mis en scène le Seigneur lui-même en tant que juge du péché d'Israël, alors qu'il « a médité d'abattre le rempart de la fille de Sion... Ses portes sont enfouies sous terre, il en a détruit et brisé les barres » (Lm 2, 8.9). À présent, en revanche, le Seigneur redevient le constructeur de la ville sainte ; dans le temple qui a été reconstruit, Il bénit à nouveau ses fils. Il est ainsi fait mention de l'œuvre de Néhémie (cf. Ne 3, 1-38), qui avait rebâti les murs de Jérusalem, afin qu'elle redevienne une oasis de sérénité et de paix.
2. La paix, salôm, est en effet immédiatement évoquée, également parce qu'elle est symboliquement contenue dans le nom même de Jérusalem. Le prophète Isaïe promettait déjà à la ville : « Comme magistrature j'instituerai la Paix et comme gouvernant la Justice » (60, 17).
Mais, en plus de rebâtir les murs de la ville, de la bénir et de la pacifier dans la sécurité, Dieu offre à Israël d'autres dons fondamentaux : c'est ce qui est décrit dans la partie finale du Psaume. C'est en effet là que sont rappelés les dons de la Révélation, de la Loi et des prescriptions divines : « Il révèle à Jacob sa parole, ses lois et jugements à Israël » (Ps 147, 19).
On célèbre ainsi l'élection d'Israël et sa mission unique parmi les nations : proclamer au monde la Parole de Dieu. C'est une mission prophétique et sacerdotale, car « quelle est la grande nation dont les lois et coutumes soient aussi justes que toute cette loi que je vous prescris aujourd'hui » (Dt 4, 8). À travers Israël, et donc également à travers la communauté chrétienne, c'est-à-dire l'Église, la Parole de Dieu peut retentir dans le monde et devenir la norme et la lumière de vie pour tous les peuples (cf. Ps 147, 20).
3. Nous avons jusqu'à présent décrit la première raison de la louange à élever au Seigneur : il s'agit d'une motivation historique, c'est-à-dire liée à l'action libératrice et révélatrice de Dieu à l'égard de son peuple.
Il y a cependant une autre source de joie et de louange : elle est de nature cosmique, c'est-à-dire liée à l'action créatrice divine. La Parole divine apparaît pour donner vie à l'être. Semblable à un messager, elle court à travers les espaces immenses de la terre (cf. Ps 147, 15). Et l'on assiste immédiatement à une floraison de merveilles.
Voici venir l'hiver, qui est décrit à travers ses phénomènes atmosphériques avec une touche de poésie : la neige est semblable à la laine en raison de sa blancheur, le givre avec ses grains fins est comme la poussière du désert (cf. v. 16), la grêle est semblable à des miettes de pain jetées par terre, le gel fige la terre et bloque la végétation (cf. v. 17). Il s'agit d'une description hivernale qui invite à découvrir les merveilles de la création et qui sera reprise dans une page très pittoresque également par un autre livre biblique, celui du Siracide (43, 18-20).
4. Voilà cependant, toujours sous l'action de la Parole divine, que réapparaît le printemps : la glace fond, le vent chaud souffle et laisse les eaux s'écouler (cf. Ps 147, 18), répétant ainsi le cycle éternel des saisons et donc la possibilité même de la vie pour les hommes et les femmes.
Naturellement, les lectures métaphoriques de ces dons divins n'ont pas manqué. La « fleur de froment » a fait penser au grand don du pain eucharistique. Et le grand écrivain chrétien du III siècle, Origène, a même identifié ce froment comme le signe du Christ lui-même et, en particulier, de l'Écriture Sainte.
Voici son commentaire : « Notre Seigneur est le grain de blé qui tomba en terre, et qui se multiplia pour nous. Mais ce grain de blé est abondant de façon superlative... La Parole de Dieu est abondante de façon superlative, elle contient en elle tous les délices. Tout ce que tu désires provient de la parole de Dieu, comme le racontent les juifs : lorsqu'ils mangeaient la manne, celle-ci prenait dans leur bouche le goût de ce que chacun désirait... Ainsi en est-il également de la chair du Christ, qui est la parole de l'enseignement, c'est-à-dire la compréhension des Saintes Écritures, plus le désir que nous en avons est grand, plus abondante est la nourriture que nous en recevons. Si tu es saint, tu trouves la fraîcheur ; si tu es pêcheur, tu trouves le tourment » (Origène, Jérôme, 74 homélies sur le livre des Psaumes, Milan 1993, pp. 543-544).
5. Le Seigneur agit donc à travers sa Parole non seulement dans la création, mais également dans l'histoire. Il se révèle à travers le langage muet de la nature (cf. Ps 18, 2-7), mais il s'exprime de façon explicite à travers la Bible et sa communication personnelle chez les prophètes et en plénitude dans son Fils (Cf. He 1, 1-2). Ce sont deux dons différents, mais convergents, de son amour.
 
Catéchèse du 27 août 2003
Jean-Paul I : maître de foi limpide dont l'humilité et l'optimisme sont un message d'espérance
1. Le samedi 26 août 1978, tard dans la soirée, mon vénéré prédécesseur Jean Paul I fut élu Souverain Pontife. C'était hier le vingt-cinquième anniversaire de cet événement.
Je repense aujourd'hui avec une profonde émotion à ces moments que j'ai eu la joie de vivre. Je me rappelle combien ses paroles touchèrent profondément le cœur des personnes qui se pressaient sur la Place Saint-Pierre. Dès sa première apparition sur la Loggia centrale de la Basilique Vaticane, s'établit avec les personnes présentes un courant de sympathie spontanée. Son visage souriant, son regard confiant et ouvert conquirent le cœur des romains et des fidèles du monde entier.
Il provenait de l'illustre communauté ecclésiale de Venise, qui avait déjà donné à l'Église, au XX siècle, deux grands Souverains Pontifes : Saint Pie X, dont nous commémorons précisément cette année le centenaire de l'élection au trône pontifical, et le Bienheureux Jean XXIII, dont nous avons rappelé en juin le quarantième anniversaire de la mort.
2. »Nous nous abandonnons avec confiance à l'assistance du Seigneur », dit le nouveau Pape dans son premier radio-message. Il fut avant tout un maître de foi limpide, sans concessions aux modes passagères et de ce monde. Il cherchait à adapter ses enseignements à la sensibilité des personnes, mais en conservant toujours la clarté de la doctrine et la cohérence de son application à la vie.
Mais quel était le secret de ce charisme, si ce n'est le contact ininterrompu avec le Seigneur ? « Tu le sais. Avec Toi je m'efforce de conserver un dialogue permanent », avait-il noté dans l'un de ses écrits sous forme de lettre à Jésus : « L'important est qu'on imite le Christ et qu'on l'aime » : voilà la vérité qui, traduite dans la vie vécue, fait en sorte que « le christianisme et la joie aillent bien ensemble ».
3. Au lendemain de son élection, lors de l'Angelus du dimanche 27 août, après avoir rappelé ses prédécesseurs, le nouveau Pape dit : « Je n'ai ni la sapientia cordis du Pape Jean, ni la préparation et la culture du Pape Paul, je suis pourtant à leur place. Je dois chercher à servir l'Église ».
Il était très lié aux deux Papes qui l'avaient précédé. Face à eux, il se faisait petit, manifestant cette humilité qui constitua toujours pour lui la première règle de vie. L'humilité et l'optimisme furent la caractéristique de son existence. C'est précisément grâce à ces qualités qu'Il laissa, au cours de son bref passage parmi nous, un message d'espérance qui fut accueilli dans d'aussi nombreux cœurs. « Être optimistes malgré tout », aimait-il répéter. « La confiance en Dieu doit être le pivot de nos pensées et de nos actions ». Et il observait avec un réalisme animé par la foi : « Les principaux personnages de notre vie sont deux :Dieu et chacun de nous ».
4. Sa parole et sa personne étaient entrées dans l'âme de tous, et c'est pourquoi la nouvelle de sa mort soudaine, survenue dans la nuit du 28 septembre 1978, fut bouleversante. Le sourire d'un Pasteur proche des gens, qui avec sérénité et équilibre savait dialoguer avec la culture et avec le monde, s'éteignait.
Les quelques discours et écrits qu'il nous a laissés en tant que Pape, enrichissent le recueil important de ses textes qui, à vingt-cinq ans de sa mort, conservent une actualité surprenante. Il avait dit une fois : « Le progrès avec des hommes qui s'aiment, qui se considèrent comme des frères et des fils de l'unique Dieu le Père, peut être une chose merveilleuse. Le progrès avec des hommes qui ne reconnaissent pas en Dieu un unique Père, devient un danger permanent ». Que de vérité dans ces paroles, utiles également pour les hommes de notre époque !
5. Que l'humanité sache accueillir un avertissement aussi sage et éteindre les multiples foyers de haine et de violence présents dans de nombreuses parties de la Terre, afin d'édifier dans la concorde un monde plus juste et solidaire !
Par l'intercession de Marie, dont Jean-Paul I se professa toujours le fils tendre et dévoué, prions le Seigneur afin qu'il accueille dans son royaume de paix et de joie son fidèle Serviteur. Nous prions également afin que son enseignement, qui affronte le caractère concret des situations quotidiennes, soit une lumière pour les croyants et pour chaque personne de bonne volonté.
 
Catéchèse du 3 septembre 2003
Louange au Seigneur créateur
Lecture : Ps 91, 2-3.6-7-13-14
1. Le cantique qui vient d'être proposé est celui d'un homme fidèle au Dieu saint. Il s'agit du Psaume 91 qui, comme le suggère l'antique titre de la composition, était utilisé par la tradition hébraïque « pour le jour du sabbat » (v. 1). L'hymne s'ouvre par un ample appel à célébrer et à louer le Seigneur à travers le chant et la musique (cf. vv. 2-4). Il s'agit d'un genre de prière qui semble ne jamais s'interrompre, car l'amour divin doit être exalté le matin, lorsque la journée commence, mais il doit aussi être proclamé durant la journée et tout au long des heures nocturnes (cf. v. 3). C'est précisément la référence aux instruments musicaux, faite par le Psalmiste dans l'invitation de l'introduction, qui a poussé saint Augustin à cette méditation dans son Discours sur le Psaume 91 : « Que signifie, mes frères, prononcer des hymnes avec le psautier ? Le psautier est un instrument musical muni de cordes. Notre psautier est notre œuvre. Quiconque accomplit de bonnes œuvres de ses mains élève des hymnes à Dieu avec le psautier. Quiconque confesse avec la bouche, élève un chant à Dieu. Chante avec la bouche ! Prononce un psaume à travers les œuvres !... Mais alors, qui sont ceux qui chantent ? Ceux qui accomplissent le bien dans la joie. Le chant, en effet, est signe d'allégresse. Que dit l'Apôtre ? « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7). Quoi que tu fasses, fais-le avec joie. Alors tu fais le bien, et tu le fais bien. Si, en revanche, tu œuvres avec tristesse, même si le bien est accompli à travers toi, ce n'est pas toi qui le fais : tu tiens le psautier, tu ne chantes pas » (Discours sur les Psaumes, III, Rome 1976, pp. 192-195).
2. À travers les paroles de saint Augustin nous pouvons entrer au cœur de notre réflexion, et affronter le thème fondamental du Psaume : celui du bien et du mal. L'un et l'autre sont examinés par le Dieu juste et saint, « élevé pour toujours » (v. 9), Celui qui est éternel et infini, à qui rien n'échappe de l'action humaine.
Deux comportements antithétiques sont ainsi confrontés à plusieurs reprises. La conduite du fidèle est consacrée à célébrer les œuvres divines, à pénétrer dans la profondeur des pensées du Seigneur et, sur cette voie, sa vie rayonne de lumière et de joie (cf. vv. 5-6). Au contraire, l'homme pervers est décrit à travers son caractère obtus, incapable de comprendre le sens caché des événements humains. La chance momentanée le rend arrogant, mais en réalité, il est intimement fragile et voué, après son succès éphémère, à la débâcle et à la ruine (cf. vv. 7-8). Le Psalmiste, suivant un modèle d'interprétation tiré de l'Ancien Testament, celui de la rétribution, est convaincu que Dieu récompensera les justes déjà dans cette vie, en leur accordant une vieillesse heureuse (cf. v. 15) et qu'il châtiera au plus tôt les mauvais.
En réalité, comme l'affirmera Job et l'enseignera Jésus, l'histoire ne peut pas être interprétée de façon aussi linéaire. La vision du Psalmiste devient donc une supplication au Dieu juste et « élevé » (cf. v. 9), afin qu'il pénètre la succession des événements humains pour les juger, en faisant resplendir le bien.
3. L'opposition entre le juste et le mauvais est à nouveau reprise par l'orant. D'un côté, voilà les « ennemis » du Seigneur, les « malfaisants » sont encore une fois voués à la dispersion et à la défaite (cf. v. 10). De l'autre, les fidèles apparaissent dans toute leur splendeur, incarnés par le Psalmiste qui se décrit lui-même à travers des images pittoresques, tirées du symbolisme oriental. Le juste a la force irrésistible d'un taureau et il est prêt à défier toute adversité ; son front glorieux est oint par l'huile de la protection divine, qui devient comme une sorte de bouclier, protégeant l'élu en le mettant en lieu sûr (cf. v. 11). Du haut de sa puissance et de son abri, l'orant voit les iniques précipiter dans l'abîme de leur ruine (cf. v. 12).
Du Psaume 91 se dégage donc une impression de bonheur, de confiance, d'optimisme : des dons que nous devons demander à Dieu précisément à notre époque, dans laquelle s'insinue facilement la tentation du découragement et même du désespoir.
4. Notre hymne, dans le sillage de la profonde sérénité qui l'imprègne, jette pour finir un regard sur les jours de vieillesse des justes et il prévoit qu'ils seront également sereins. Même lorsque ces jours viendront, l'esprit de l'orant sera encore vif, joyeux et actif (cf. v. 15). Il se sent comme les palmiers et les cèdres, qui sont plantés dans les cours du temple de Sion (cf. vv. 13-14).
Les racines du juste plongent en Dieu même, dont il reçoit la lymphe de la grâce divine. La vie du Seigneur l'alimente et le transforme, en le rendant florissant et luxuriant, c'est-à-dire en mesure de donner aux autres et de témoigner de sa propre foi. Les dernières paroles du Psalmiste, dans cette description d'une existence juste et active et d'une vieillesse intense et dynamique, sont en effet liées à l'annonce de la fidélité éternelle du Seigneur (cf. v. 16). Nous pourrions donc conclure, à ce point, par la proclamation du chant qui s'élève vers le Dieu glorieux dans le dernier Livre de la Bible, l'Apocalypse : un livre de lutte terrible entre le bien et le mal, mais également d'espérance dans la victoire finale du Christ : « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître-de-tout ; justes et droites sont tes voies, ô Roi des nations... Car seul tu es saint ; et tous les païens viendront se prosterner devant toi, parce que tu as fait éclater tes vengeances. Tu es juste « Il est et Il était « , le Saint, d'avoir ainsi châtié. Oui, Seigneur, Dieu Maître-de-tout, tes châtiments sont vrais et justes » (15, 3-4 ; 16, 5.7).
 
Catéchèse du 10 septembre 2003
Dieu renouvellera son peuple
Lecture : Ez 36, 24-28
1. Le Cantique qui vient de retentir à nos oreilles et dans nos cœurs, a été composé par l'un des grands prophètes d'Israël. Il s'agit d'Ezéchiel, témoin de l'une des époques les plus tragiques vécues par le peuple juif : celle de l'effondrement du royaume de Judée et de sa capitale Jérusalem, qui a été suivie par l'épisode amer de l'exil à Babylone (VI siècle av. J. C.). Le passage qui a été choisi pour faire partie de la prière chrétienne des Laudes est tiré du chapitre 36 d'Ézéchiel.
Le contexte de cette page, transformée en hymne par la liturgie, veut saisir le sens profond de la tragédie vécue par le peuple au cours de ces années. Le péché d'idolâtrie avait contaminé la terre donnée en héritage par le Seigneur à Israël. Celui-ci, plus que tout autre cause, est responsable, en dernière analyse, de la perte de la patrie et de la dispersion dans divers pays. En effet, Dieu n'est pas indifférent face au bien et au mal ; il entre mystérieusement en scène dans l'histoire de l'humanité avec son jugement qui, tôt ou tard, démasque le mal, défend les victimes, indique la voie de la justice.
2. Mais l'objectif de l'action de Dieu n'est jamais la ruine, la condamnation pure et simple, l'anéantissement du pécheur. C'est le prophète Ézéchiel lui-même qui rapporte ces paroles divines : « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit. Convertissez-vous et vivez ! » (18, 23.32). Sous cette lumière, on réussit à comprendre la signification de ce Cantique, rempli d'espérance et de salut. Après la purification à travers l'épreuve et la souffrance, l'aube d'une ère nouvelle va se lever, une ère que le prophète Jérémie avait déjà annoncée en parlant d'une « nouvelle alliance » entre le Seigneur et Israël (cf. 31, 31-34). Ézéchiel lui-même, dans le chapitre 11 de son livre prophétique, avait proclamé ces paroles divines : « Je leur donnerai un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau : j'extirperai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils marchent selon mes lois, qu'ils observent mes coutumes et qu'ils les mettent en pratique. Alors ils seront mon peuple et moi je serai leur Dieu » (11, 19-20).
Dans notre Cantique (cf. Ez 36, 24-28), le prophète reprend cet oracle et le complète par une précision merveilleuse : l'« esprit nouveau » donné par Dieu aux fils de son peuple sera son Esprit, l'Esprit de Dieu lui-même (cf. v. 27).
3. Ce qui est annoncé n'est donc pas seulement une purification, exprimée à travers le signe de l'eau qui lave les souillures de la conscience. On n'a pas seulement l'aspect, bien que nécessaire, de la libération du mal et du péché (cf. v. 25). L'accent du message d'Ézéchiel porte surtout sur un autre aspect bien plus surprenant. L'humanité, en effet, est destinée à naître à une nouvelle existence. Le premier symbole est celui du « cœur » qui, dans le langage biblique, renvoie à l'intériorité, à la conscience personnelle. De notre poitrine sera arraché le « cœur de pierre », gelé et insensible, signe de l'obstination dans le mal. Dieu y placera un « cœur de chair », c'est-à-dire une source de vie et d'amour (cf. v. 26). L'esprit de vie, qui lors de la création, nous avait transformés en créatures vivantes (cf. Gn 2, 7), laissera place, dans la nouvelle économie de la grâce, à l'Esprit Saint qui nous soutient, nous donne l'impulsion, nous guide vers la lumière de la vérité et déverse « l'amour de Dieu dans nos cœurs » (Rm 5, 5).
4. Apparaîtra ainsi cette « nouvelle création » qui sera décrite par saint Paul (cf. 2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15), lorsqu'il affirmera en nous la mort du « vieil homme », du « corps du péché », car « nous ne sommes plus esclaves du péché » mais des créatures nouvelles, transformées par l'Esprit du Christ ressuscité : « Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements, et vous avez revêtu le nouveau, celui qui s'achemine vers la vraie connaissance en se renouvelant à l'image de son Créateur » (Col 3, 9-10 ; cf. Rm 6, 6). Le prophète Ézéchiel annonce un nouveau peuple, que le Nouveau Testament verra convoqué par Dieu lui-même à travers l'œuvre de son Fils. Cette communauté au « cœur de chair » et ayant reçu l'« esprit », ressentira la présence vivante et active de Dieu lui-même, qui animera les croyants en agissant en eux à travers sa grâce efficace. « Et celui qui garde ses commandements - dira saint Jean - demeure en Dieu et Dieu en lui ; à ceci nous savons qu'il demeure en nous : à l'Esprit qu'il nous a donné » (1 Jn 3, 24).
5. Nous concluons notre méditation sur le Cantique d'Ézéchiel, en écoutant saint Cyrille de Jérusalem qui, dans sa Troisième catéchèse baptismale, entrevoit dans la page prophétique le peuple du baptême chrétien.
Dans le baptême, - rappelle-t-il - tous les péchés sont remis, même les transgressions les plus graves. C'est pourquoi l'Évêque s'adresse à ses auditeurs : « Aie confiance, Jérusalem, le Seigneur éliminera tes iniquités (cf. So 3, 14-15). Le Seigneur lavera vos souillures... ; « il répandra sur vous une eau pure et vous serez purifiés de tous vos péchés » (cf. Ez 36, 25). Les anges vous entourent en exultant et ils chanteront bientôt : « Qui est celle-ci qui monte du désert, appuyée sur son bien-aimé ? » (Ct 8, 5). Celle-ci, en effet, est l'âme autrefois esclave et à présent libre d'appeler son Seigneur « frère adoptif », lui qui en accueillant son intention sincère lui dit : « Que tu es belle, ma bien-aimée, que tu es belle ! » (Ct 4, 1)... Ainsi s'exclame-t-il en faisant allusion aux fruits d'une confession faite avec bonne conscience... Veuille le ciel que tous... vous conserviez vivant le souvenir de ces paroles et que vous en tiriez des fruits en les traduisant en œuvres saintes pour vous présenter de façon irrépréhensible à l'Époux mystique et obtenir du Père le pardon des péchés » (n. 16 : Les catéchèses, Rome 1993, pp. 79-80).
 
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