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Catéchèse du 31 mars 2004
L'Hymne des rachetés
Lecture : Ap 4, 11 ; 5, 9.10.12
1. Le Cantique que nous venons d'écouter et sur lequel nous méditerons à présent, appartient à la Liturgie des Vêpres, dont nous commentons progressivement les Psaumes au cours de nos catéchèses hebdomadaires. Comme cela se produit souvent dans la pratique liturgique, certaines compositions de prière naissent du rapprochement synthétique de fragments bibliques appartenant à de plus vastes pages.
Dans notre cas ont été utilisés plusieurs versets des chapitres 4 et 5 de l'Apocalypse, dans lesquels se dessine une scène céleste glorieuse et grandiose. En son centre s'élève un trône sur lequel est assis Dieu lui-même, dont le nom n'est pas prononcé par révérence (cf. Ap 4, 2). Sur ce trône s'assoit ensuite un Agneau, symbole du Christ ressuscité : on parle, en effet, d'un "Agneau comme égorgé", mais "debout", vivant et glorieux (5, 6).
Autour de ces deux figures divines s'étend le chœur de la cour céleste, représentée par "quatre vivants" (4, 6), qui évoquent peut-être les anges de la présence divine aux points cardinaux de l'univers, et par "vingt-quatre vieillards" (4, 4), en grec presbyteroi, c'est-à-dire les chefs de la communauté chrétienne, dont le nombre rappelle les douze tribus d'Israël et les douze apôtres, c'est-à-dire la synthèse de la première et de la nouvelle alliance.
2. Cette assemblée du Peuple de Dieu entonne un hymne au Seigneur en en exaltant l'"honneur, la gloire et la puissance", qui se sont manifestés dans l'acte de la création de l'univers (cf. 4, 11). C'est alors qu'est introduit un symbole d'une importance particulière, en grec un biblíon, c'est-à-dire un "livre", qui est cependant complètement inaccessible : en effet, Sept sceaux en empêchent la lecture (cf. 5, 1).
Il s'agit donc d'une prophétie cachée. Ce livre contient toute la série des décrets divins qui doivent être réalisés dans l'histoire humaine pour y faire régner la justice parfaite. Si le livre demeure scellé, ces décrets ne peuvent être ni connus, ni réalisés, et la méchanceté continuera à sa propager et à opprimer les croyants. Voilà, alors, la nécessité d'une intervention faisant autorité : l'artisan en sera précisément l'Agneau immolé et ressuscité. Il pourra "prendre le livre et en ouvrir les sceaux" (cf. 5, 9).
C'est le Christ qui est le grand interprète et le seigneur de l'histoire, le révélateur du fil secret de l'action divine qui se déroule à travers celle-ci.
3. L'hymne poursuit en indiquant quelle est la base du pouvoir du Christ sur l'histoire. Cette base n'est autre que son mystère pascal (cf. 5, 9-10) : le Christ a été "immolé" et, par son sang, il a "racheté" toute l'humanité du pouvoir du mal. Le verbe "racheter" renvoie à l'Exode, à la libération d'Israël de l'esclavage égyptien. Pour la législation antique, le devoir de rachat incombait au parent le plus proche. Dans le cas du peuple, il s'agissait de Dieu lui-même qui appelait Israël, son "premier-né" (Ex 4, 22).
Le Christ accomplit ensuite cette œuvre pour toute l'humanité. La rédemption qu'il a opérée n'a pas seulement la fonction de nous racheter de notre passé de mal, de guérir les blessures et de soulager nos misères. Le Christ nous donne un nouvel être intérieur, il nous rend prêtres et rois, nous faisant participer à sa propre dignité.
Faisant allusion aux paroles que Dieu avait prononcées sur le Sinaï (cf. Ex 19, 6 ; Ap 1, 6), l'hymne répète que le Peuple de Dieu racheté est constitué de rois et de prêtres qui doivent guider et sanctifier la création tout entière. Il s'agit d'une consécration qui trouve ses racines dans la Pâque du Christ et qui se réalise dans le baptême (cf. 1 P 2, 9). Il en découle un appel à l'Église, afin qu'elle prenne conscience de sa dignité et de sa mission.
4. La tradition chrétienne a constamment appliqué au Christ l'image de l'Agneau pascal. Écoutons les paroles d'un Évêque du II siècle, Méliton de Sardes, une ville d'Asie mineure, qui s'exprime ainsi dans son Homélie pascale : "Le Christ vint des cieux sur la terre par amour pour l'humanité souffrante, il se revêtit de notre humanité dans le sein de la Vierge et naquit comme homme... C'est lui qui fut emporté comme un agneau et égorgé comme un agneau, et nous racheta ainsi de l'esclavage du monde... C'est lui qui nous mena de l'esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de l'oppression à une royauté éternelle ; et qui fit de nous un sacerdoce nouveau et un peuple élu pour toujours... C'est lui l'agneau muet, l'agneau égorgé, le fils de Marie, agnelle sans tache. Il fut emporté du troupeau, conduit à mort, immolé vers le soir, enseveli dans la nuit" (nn. 66-71 : SC 123, pp. 96-100).
À la fin, le Christ lui-même, l'Agneau immolé, adresse son appel à tous les peuples : "Venez donc, vous, toutes les races des hommes qui êtes sous l'emprise du péché, et recevez la rémission des péchés. En effet, c'est moi qui suis la rémission de vos péchés, moi la Pâque de salut, moi l'agneau immolé pour vous, moi votre rachat, moi votre voie, moi votre résurrection, moi votre lumière, moi votre salut, moi votre roi. C'est moi qui vous conduis dans les hauteurs des cieux, moi qui vous montrerai le Père qui existe de toute éternité, moi qui vous ressusciterai avec ma droite" (n. 103 : ibid., p. 122).
 
Catéchèse du 7 avril 2004
Mercredi Saint
1. Jésus Christ "s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix... Aussi Dieu l'a-t-il exalté" (Ph 2, 8-9). Nous venons d'écouter ces paroles de l'hymne contenu dans la Lettre aux Philippiens. Celles-ci nous présentent, de façon essentielle et efficace, le mystère de la passion et de la mort de Jésus ; dans le même temps, elles nous font entrevoir la gloire de la Pâque de résurrection. Elles constituent donc une méditation d'introduction aux célébrations du Triduum pascal, qui commence demain.
2. Très chers frères et sœurs, nous nous apprêtons à revivre au cours des prochains jours le grand mystère de notre salut. Demain matin, Jeudi saint, dans chaque communauté diocésaine l'Évêque, entouré de son presbyterium, célèbre la Messe Chrismale, au cours de laquelle les huiles sont bénites : l'huile des catéchumènes, celle des malades et le saint Chrême. Au cours de la soirée, on rappelle la mémoire de la Dernière Cène avec l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce. Le "lavement des pieds" rappelle que, à travers ce geste accompli par Jésus au Cénacle, Il a anticipé le Sacrifice suprême du Calvaire, et il nous a laissé comme loi nouvelle "mandatum novum", son amour. Selon une pieuse tradition, après les rites de la Messe in Cena Domini, les fidèles s'arrêtent en adoration devant l'Eucharistie jusqu'à tard dans la nuit. Il s'agit d'une veillée de prière singulière, qui est liée à l'agonie du Christ au Gethsémani.
3. Le Vendredi saint, l'Église fait mémoire de la passion et de la mort du Seigneur. L'assemblée chrétienne est invitée à méditer sur le mal et le péché qui oppriment l'humanité et sur le salut opéré par le sacrifice rédempteur du Christ. La Parole de Dieu et plusieurs rites liturgiques suggestifs, comme l'adoration de la Croix, aident à reparcourir les diverses étapes de la Passion. En outre, la tradition chrétienne a donné vie, au cours de ces journées, à diverses manifestations de piété populaire. Parmi celles-ci apparaissent en particulier les processions pénitentielles du Vendredi saint et le pieux exercice de la "Via Crucis", qui permettent de mieux intérioriser le mystère de la Croix.
Un grand silence caractérise le Samedi saint. En effet, aucune liturgie particulière n'est prévue en ce jour d'attente et de prière. Dans les églises tout est silence, alors que les fidèles, imitant Marie, se préparent au grand événement de la Résurrection.
4. Le Samedi saint, à la tombée du jour, commence la Vigile pascale solennelle, la "mère de toutes les veillées". Après la bénédiction du nouveau feu, le cierge pascal est allumé, symbole du Christ qui illumine chaque homme, et la grande annonce de l'Exsultet retentit joyeusement. La communauté ecclésiale, se plaçant à l'écoute de la Parole de Dieu, médite la grande promesse de la libération définitive de l'esclavage du péché et de la mort. Suivent alors les rites du Baptême et de la Confirmation pour les catéchumènes, qui ont parcouru un long itinéraire de préparation.
L'annonce de la résurrection fait irruption dans l'obscurité de la nuit et toute la réalité chrétienne se relève du sommeil de la mort, pour reconnaître le pouvoir du Christ, comme le souligne l'hymne paulinien dont nos réflexions tirent leur origine : "Pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ qu'il est Seigneur" (Ph 2, 10-11).
5. Très chers frères et sœurs, ces journées sont plus que jamais l'occasion de rendre plus vive la conversion de notre cœur à Celui qui, par amour, est mort pour nous.
Laissons Marie, la Vierge fidèle, nous accompagner ; avec Elle nous nous arrêtons au Cénacle et nous demeurons aux côtés de Jésus sur le Calvaire, pour le rencontrer enfin ressuscité le jour de Pâques.
Avec ces sentiments et ces souhaits, je forme les vœux les plus cordiaux d'heureuse et sainte Pâques à vous tous ici présents, à vos communautés et à tous vos proches.
 
Catéchèse du 14 avril 2004
Rencontrer le Christ crucifié et ressuscité afin de devenir des artisans de sa miséricorde et de sa paix
1. La Séquence pascale reprend et relance l'annonce d'espérance qui a retenti au cours de la Veillée pascale solennelle : "Le Seigneur de la vie était mort ; désormais, vivant, il triomphe". Ces paroles guident la réflexion au cours de notre rencontre, qui prend place dans l'atmosphère lumineuse de l'Octave de Pâques.
Le Christ triomphe du mal et de la mort. Tel est le cri de joie qui, au cours de ces journées, jaillit au cœur de l'Église. Vainqueur de la mort, Jésus fait don de la vie qui ne meurt plus à ceux qui l'accueillent et croient en Lui. Sa mort et sa résurrection constituent donc le fondement de la foi de l'Église.
2. Les récits évangéliques rapportent, parfois avec une grande richesse de détails, les rencontres du Seigneur ressuscité avec les femmes qui étaient accourues au sépulcre et, ensuite, avec les Apôtres. En tant que témoins oculaires, ce seront précisément eux qui proclameront les premiers l'Évangile de sa mort et de sa résurrection. Après la Pentecôte, sans crainte, ils affirmeront qu'en Jésus de Nazareth se sont accomplies les Écritures concernant le Messie promis.
L'Église, dépositaire de ce mystère universel de salut, le transmet de génération en génération aux hommes et aux femmes de chaque époque et de chaque lieu. À notre époque également, il est nécessaire que, grâce à l'engagement des croyants, retentisse avec vigueur l'annonce du Christ mort, qui, par la force de son Esprit, est à présent vivant et triomphe.
3. Afin que les chrétiens puissent pleinement accomplir ce mandat qui leur est confié, il est indispensable qu'ils rencontrent personnellement le Crucifié ressuscité et qu'ils se laissent transformer par la puissance de son amour. Lorsque cela se produit, la tristesse se transforme en joie, la crainte cède la place à l'ardeur missionnaire.
L'évangéliste Jean nous raconte, par exemple, la rencontre émouvante du Ressuscité avec Marie-Madeleine qui, étant venue de bonne heure, trouve le sépulcre ouvert et vide. Elle craint que le corps du Seigneur n'ait été enlevé, et se met à pleurer sans trouver de réconfort. Mais à l'improviste quelqu'un, qu'elle avait tout d'abord pris pour le "jardinier", l'appelle par son nom : "Marie !". Elle le reconnaît alors comme le Maître - "Rabbouni" - et, ayant rapidement surmonté sa tristesse et son désarroi, elle court immédiatement apporter avec enthousiasme cette annonce aux Onze : "J'ai vu le Seigneur" (cf. Jn 20, 11-18).
4. "Christ, mon espérance, est ressuscité". À travers ces paroles, la Séquence souligne un aspect du mystère pascal, que l'humanité d'aujourd'hui a besoin de comprendre en profondeur. Marqués par des menaces de violence et de mort imminentes, les hommes sont à la recherche de quelqu'un qui leur apporte la sérénité et la sécurité. Mais où trouver la paix si ce n'est dans le Christ, l'innocent, qui a réconcilié les pécheurs avec le Père ?
Sur le Calvaire, la miséricorde divine a manifesté son visage d'amour et de pardon pour tous. Dans le Cénacle, après sa résurrection, Jésus a confié aux Apôtres la tâche d'être des ministres de cette miséricorde, source de réconciliation entre les hommes.
Sainte Faustine Kowalska a été choisie dans son humilité pour annoncer ce message de lumière, particulièrement adapté au monde d'aujourd'hui. Il s'agit d'un message d'espérance, qui invite à s'abandonner entre les mains du Seigneur. "Jésus, je m'en remets à Toi !", aimait à répéter la sainte.
Que Marie, Femme de l'Espérance et Mère de miséricorde, nous permette de rencontrer personnellement son Fils mort et ressuscité. Qu'Elle nous transforme en artisans inlassables de sa miséricorde et de sa paix.
 
Catéchèse du 21 avril 2004
Confiance en Dieu dans les situations de danger
Lecture : Ps 26, 1.3-4
1. Notre itinéraire à travers la liturgie des Vêpres reprend aujourd'hui avec le Psaume 26, que la liturgie divise en deux passages différents. Nous suivrons à présent la première partie de ce diptyque poétique et spirituel (cf. vv. 1-6) qui a pour toile de fond le temple de Sion, siège du culte d'Israël. En effet, le Psalmiste parle explicitement de "maison de Yahvé", de "sanctuaire" (v. 4), de "refuge, demeure, maison" (cf. vv. 5-6). Dans l'original hébreu, ces termes indiquent d'ailleurs plus précisément le "tabernacle" et la "tente", c'est-à-dire le cœur même du temple, où le Seigneur se révèle à travers sa présence et sa parole. On évoque également le "roc" de Sion (cf. v. 5), lieu sûr permettant de se réfugier, et l'on fait allusion à la célébration des sacrifices d'action de grâce (cf. v. 6).
Si la liturgie est donc l'atmosphère spirituelle dans laquelle baigne le Psaume, le fil conducteur de la prière est la confiance en Dieu, que ce soit dans les moments de joie ou dans les moments de peur.
2. La première partie du Psaume, que nous méditons à présent, est marquée par une grande sérénité, fondée sur la confiance en Dieu le jour sombre de l'assaut des méchants. Les images utilisées pour décrire ces adversaires, qui sont le signe du mal qui corrompt l'histoire, sont de deux types. D'une part, il semble qu'il y ait l'image d'une chasse féroce : les méchants sont comme des fauves qui avancent pour saisir leur proie et en arracher la chair, mais ils trébuchent et tombent (cf. v. 2). De l'autre côté, on trouve le symbole militaire d'un assaut accompli par une armée tout entière : c'est une bataille qui éclate de façon impétueuse, semant la terreur et la mort (cf. v. 3).
La vie du croyant est souvent soumise à des tensions et à des contestations, parfois également à un refus, voire la persécution. Le comportement de l'homme juste dérange, parce qu'il retentit comme un avertissement à l'égard des violents et des pervers. Les impies décrits par le Livre de la Sagesse le reconnaissent de façon tout à fait franche : le juste "est devenu un blâme pour nos pensées, sa vue même nous est à charge ; car son genre de vie ne ressemble pas aux autres, et ses sentiers sont tout différents" (Sg 2, 14-15).
3. Le fidèle est conscient que la cohérence crée un isolement et provoque même le mépris et l'hostilité dans une société qui choisit souvent comme bannière l'intérêt personnel, le succès extérieur, la richesse, la jouissance effrénée. Toutefois, il n'est pas seul et son cœur conserve une paix intérieure surprenante, car - comme le dit la splendide "antienne" d'ouverture du Psaume - "Yahvé est ma lumière et mon salut, il est le rempart de la vie du juste" (cf. Ps 26, 1). Il répète sans cesse : "De qui aurais-je crainte ?... Devant qui tremblerais-je ?... mon cœur est sans crainte... j'ai là ma confiance" (vv. 1.3).
Il nous semble presque entendre la voix de saint Paul qui proclame : "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?" (Rm 8, 31). Mais le calme intérieur, la force d'âme et la paix sont un don qui s'obtient en se réfugiant dans le temple, c'est-à-dire en ayant recours à la prière personnelle et communautaire.
4. L'orant, en effet, se confie à l'étreinte de Dieu et son rêve est exprimé également dans un autre Psaume (cf. 22, 6) : "Ma demeure est la maison de Yahvé en la longueur des jours". Là il pourra "savourer la douceur de Yahvé" (Ps 26, 4), contempler et admirer le mystère divin, participer à la liturgie sacrificielle et élever ses louanges au Dieu libérateur (cf. v. 6). Le Seigneur crée autour de son fidèle un horizon de paix, qui laisse à l'extérieur le fracas du mal. La communion avec Dieu est source de sérénité, de joie, de tranquillité ; comme si l'on entrait dans une oasis de lumière et d'amour.
5. Pour terminer notre réflexion, écoutons à présent les paroles du moine Isaïe, d'origine syrienne, qui vécut dans le désert égyptien et qui mourut à Gaza vers 491. Dans son Asceticon, il applique notre Psaume à la prière qu'il faut prononcer face à la tentation : "Si nous voyons les ennemis nous entourer de leur malice, c'est-à-dire de la paresse, que ce soit parce qu'ils affaiblissent notre âme dans le plaisir, ou parce que nous ne contenons pas notre colère contre notre prochain lorsqu'il agit contre son devoir, ou bien s'ils troublent nos yeux pour les conduire à la concupiscence, ou s'ils veulent nous conduire à goûter les plaisirs de la table, s'ils transforment en venin la parole du prochain, s'ils nous font mépriser la parole d'autrui, s'ils nous poussent à établir des différences entre nos frères en disant : "Celui-ci est bon, celui-là est méchant" : si, donc, toutes ces choses nous entourent, ne perdons pas courage, mais exclamons-nous plutôt comme David, d'un cœur ferme : "Yahvé est le rempart de ma vie !" (Ps 26, 1)".
 
Catéchèse du 28 avril 2004
Prière de l’innocent persécuté
Lecture : Ps 26, 7-9.13-14
1. La Liturgie des Vêpres a divisé en deux parties le Psaume 26, suivant la structure même du texte, qui est semblable à un diptyque. Nous venons à présent de proclamer la deuxième partie de ce chant de confiance qui s'élève vers le Seigneur le jour sombre de l'assaut du mal. Il s'agit des versets 7-14 du Psaume, ils commencent par un cri lancé vers le Seigneur : « Pitié, réponds-moi ! » (v. 7), puis ils expriment une intense recherche du Seigneur, avec la crainte douloureuse d'être abandonné par lui (vv. 8-9), enfin, ils décrivent à nos yeux une scène dramatique, où les liens familiaux eux-mêmes viennent à manquer (cf. v. 10), alors qu'avancent les « ennemis » (v. 11), les « adversaires » et les « faux témoins » (v. 12).
Mais à présent aussi, comme dans la première partie du Psaume, l'élément décisif est la confiance de l'orant dans le Seigneur, qui sauve dans l'épreuve et qui soutient au milieu de la tempête. À cet égard, l'appel final que le Psalmiste s'adresse à lui :même, est très beau : « Espère en Yahvé, prends cœur et prends courage, espère en Yahvé » (v. 14 ; cf. Ps 41, 6.12 et 42, 5).
Dans d'autres Psaumes existait égale-ment la profonde certitude que le Seigneur nous donne la force et l'espérance : « Il [le Seigneur] garde les fidèles, mais Yahvé rétribue avec usure celui qui fait l'orgueilleux. Courage, reprenez cœur, vous tous qui espérez Yahvé ! » (Ps 30, 24-25). Et le prophète Osée exhortait déjà ainsi Israël : « Garde l'amour et le droit et espère en ton Dieu toujours » (Os 12, 7).
2. À présent, nous nous contenterons de mettre en lumière trois éléments symboliques de grande intensité spirituelle. Le premier est l'élément négatif du cauchemar au sujet des ennemis (cf. Ps 26, 12). Ils sont décrits comme un fauve qui « guette » sa proie, et ensuite, de façon plus directe, comme de « faux témoins" qui semblent exhaler la violence de leurs narines, précisément comme les fauves face à leurs victimes
Il existe donc dans le monde un mal agressif, qui trouve en Satan son guide et son inspirateur, comme le rappelle saint Pierre : « Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » (1 P5,8).
3. La deuxième image illustre de façon claire la confiance sereine du fidèle, malgré l'abandon de ses parents eux-mêmes : « Si mon père et ma mère m'abandonnent Yahvé m’accueillera (Ps 26, 10),
 :Même dans la solitude et face à la perle des êtres les plus chers, l'orant n'est jamais totalement seul car Dieu miséricordieux se penche sur lui. Notre pensée retourne a un célèbre passage du prophète Isaïe, qui attribue à Dieu des sentiments de compassion et de tendresse plus que maternelle : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si tes femmes oubliaient, moi je ne t'oublierai pas » (Is 49, 15).
À toutes les personnes âgées, malades, oubliées de tous, auxquelles personne ne fera jamais une caresse, rappelons ces paroles du Psalmiste et du prophète, afin qu'ils sentent la main paternelle et maternelle du Seigneur toucher silencieusement et avec amour leurs visages souffrants et peut-être sillonnées de larmes.
4. Nous en arrivons ainsi au troisième et dernier symbole, répété plu-sieurs fois dans le Psaume : « Cherche sa face. C'est ta face, Yahvé, que je cherche, ne me cache point ta face » (vv. 8-9). C'est donc la face de Dieu qui est le but de la recherche spirituelle de l'orant. À la fin apparaît une certitude indiscutable, celle de pouvoir « voir la bonté de Yahvé » (v. 13).
Dans le langage des Psaumes, « cherche la face du Seigneur » est souvent synonyme de l'entrée dans le temple afin de célébrer et de vivre l'expérience de la communion avec le Dieu de Sion. Mais l'expression indique également l'exigence mystique de l'intimité divine à travers la prière. Dans la liturgie et la prière personnelle nous est donc accordée la grâce d'avoir l'intuition de ce visage, que nous ne pourrons jamais voir directement au cours de notre existence terrestre (cf. Ex 33, 20). Mais le Christ nous a révélé à nous, sous une forme accessible, la face divine et il a promis que lors de la rencontre définitive de l'éternité — comme nous le rappelle saint Jean — « nous le verrons tel qu'il est » (1 Jn 3, 2). Et saint Paul ajoute : « Alors, nous nous verrons face à face » (cf. 1 Co 13, 12).
5. En commentant ce Psaume, le grand écrivain chrétien du troisième siècle, Origène, écrit ceci : « Si un homme cherche la face du Seigneur, il verra la gloire du Seigneur de façon révélée et, devenu l'égal des anges, il verra toujours la face du Père qui est dans les cieux » '(PG 12, 1281). Et saint Augustin, dans son Discours sur les Psaumes, poursuit ainsi la prière du Psalmiste : « Je cherche une récompense, non point hors de vous, mais dans vos regards bienveillants, "C'est ce regard, ô mon Dieu, que je veux chercher". Ce regard, je le chercherai sans cesse ; rien de vil ne saurait me plaire ; mon amour pour vous sera sans bornes, parce que rien ne m'est plus précieux... "Ne vous éloignez point de votre serviteur dans votre colère" ; de peur qu'en vous cher-chant, je ne m'attache à d'autres objets. Quel châtiment plus douloureux pour celui qui vous aime, et qui cherche dans votre face l'éclat de la vérité ? » (Discours sur les Psaumes, 26, 1, 8-9).
 
Catéchèse du 5 mai 2004
Le Christ fut engendré avant toute créature. Il est le premier-né de ceux qui ressuscitent d'entre les morts
Lecture : Col 1, 3.12-15.17
1. Nous venons d'entendre l'admirable hymne christologique de la Lettre aux Colossiens. La liturgie des Vêpres le propose pendant les quatre semaines au cours desquelles elle se déroule et l'offre aux fidèles comme un Cantique, en le présentant sous la forme que le texte possédait peut-être dès ses origines. En effet, un grand nombre de chercheurs considèrent que l'hymne pourrait être la citation d'un chant des Églises de l'Asie mineure, inséré par Paul dans la Lettre adressée à la communauté chrétienne de Colosse, une ville alors florissante et peuplée.
L'Apôtre ne se rendit cependant jamais dans cette grande ville de Phrygie, une région de la Turquie actuelle. L'Église locale avait été fondée par l'un de ses disciples, originaire de cette terre, Epaphras. Ce dernier apparaît à la fin de la Lettre avec l'évangéliste Luc, "le cher médecin", comme l'appelle saint Paul (4, 14), et avec un autre personnage, Marc, "cousin de Barnabé" (4, 10), peut-être le compagnon homonyme de Barnabé et de Paul (cf. Ac 12, 25 ; 13, 5.13), ensuite devenu évangéliste.
2. Puisque nous aurons l'occasion de revenir à plusieurs reprises par la suite sur ce Cantique, nous nous contentons à présent d'en offrir une vue d'ensemble et d'évoquer un commentaire spirituel, élaboré par un célèbre Père de l'Église, saint Jean Chrysostome (IV siècle ap. J.C.), célèbre orateur et Évêque de Constantinople. Dans l'hymne apparaît la figure grandiose du Christ, Seigneur du cosmos. Comme la divine Sagesse créatrice, exaltée par l'Ancien Testament (cf. par exemple Pr 8, 22-31), "il est avant toute chose et tout subsiste en lui" ; ou encore, "c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre" (Col 1, 16-17).
Dans l'univers se réalise donc un dessein transcendant que Dieu accomplit à travers l'œuvre de son Fils. C'est également ce que proclame le Prologue de l'Évangile de Jean, lorsqu'il affirme que "tout fut par lui, et sans lui rien de ne fut" (Jn 1, 3). La matière, avec son énergie, la vie et la lumière portent aussi l'empreinte du Verbe de Dieu, "son Fils bien-aimé" (Col 1, 13). La révélation du Nouveau Testament jette une lumière nouvelle sur les paroles du sage de l'Ancien Testament, qui déclarait que "la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur auteur" (Sg 13, 5).
3. Le Cantique de la Lettre aux Colossiens présente une autre fonction du Christ : Il est également le Seigneur de l'histoire du salut, qui se manifeste dans l'Église (cf. Col 1, 18) et qui s'accomplit dans le "sang de sa croix" (v. 20), source de paix et d'harmonie pour toute l'histoire humaine.
Ce n'est donc pas seulement le monde qui nous entoure qui est marqué par la présence agissante du Christ, mais également la réalité plus spécifique de la créature humaine, c'est-à-dire l'histoire. Celle-ci n'est pas en proie à des forces aveugles et irrationnelles mais, malgré le péché et le mal, elle est soutenue et orientée - par l'action du Christ - vers la plénitude. C'est ainsi qu'au moyen de la Croix du Christ, toute la réalité est "réconciliée" avec le Père (cf. v. 20).
L'hymne trace ainsi une merveilleuse fresque de l'univers et de l'histoire, en nous invitant à la confiance. Nous ne sommes pas des grains de poussière inutiles, dispersés dans un espace et un temps qui n'a pas de sens, mais nous sommes partie prenante d'un projet sage, jailli de l'amour du Père.
4. Comme nous l'avons annoncé, nous donnons à présent la parole à saint Jean Chrysostome, afin qu'il couronne cette réflexion. Dans son Commentaire à la Lettre aux Colossiens, il s'arrête longuement sur ce Cantique. Au début, il souligne la gratuité du don de Dieu "qui nous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière" (v. 12). "Pourquoi l'appelle-t-il "sort" ?", se demande saint Jean Chrysostome, et il répond : "Pour montrer que personne ne peut obtenir le Royaume par ses propres œuvres. Ici aussi, comme dans la plupart des cas, le "sort" a le sens de "chance". Personne n'a un comportement qui lui permet de mériter le Royaume, mais tout est don du Seigneur. C'est pourquoi il dit : "Lorsque vous avez accompli toutes choses, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire"" (PG 62, 312).
Cette gratuité bienveillante et puissante réapparaît plus loin, lorsque nous lisons qu'à travers le Christ ont été créées toutes choses (cf. Col 1, 16). "De Lui dépend la substance de toute les choses - explique l'Évêque. Non seulement il les fit passer du non-être à l'être, mais c'est aussi lui qui les soutient, si bien que si elles étaient soustraites à sa providence, elles périraient et se dissoudraient... Elles dépendent de lui : en effet, le seul fait de pencher vers lui est suffisant à les soutenir et à les renforcer" (PG 62, 319).
Ce que le Christ accomplit pour l'Église, dont il est la Tête, est à plus forte raison un signe d'amour gratuit. À ce point (cf. v. 18), explique saint Jean Chrysostome, "après avoir parlé de la dignité du Christ, l'Apôtre parle également de son amour pour les hommes : "Il est la tête du corps, la tête de l'Église", pour montrer son intime communion avec nous. En effet, Celui qui est aussi élevé et au-dessus de tous, s'est uni à ceux qui sont en bas" (PG 62, 320).
 
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