Action de grâce pour la libération de la mort
Lecture : Ps 29, 2-3.9.11-13
1. Une intense et douce action de grâce s'élève vers Dieu du cœur de l'orant, une fois dissipé en lui le cauchemar de la mort. Tel est le sentiment qui ressort avec force du Psaume 29, qui vient de retentir non seulement à nos oreilles, mais sans aucun doute également dans nos cœurs.
Cet hymne de gratitude possède une grande finesse littéraire et repose sur une série de contrastes qui expriment de façon symbolique la libération obtenue du Seigneur. Ainsi, à la phrase "tu as tiré mon âme du shéol" s'oppose "me ranimant d'entre ceux qui descendent à la fosse" (v. 4) ; la "colère d'un instant", manifestée par Dieu, est suivie de "sa faveur pour la vie" (v. 6) ; aux "pleurs" du soir suit la "joie" du matin (ibid.) ; la "danse" succède au "deuil", le vêtement d'"allégresse" au "sac" revêtu en signe de deuil (v. 12).
Une fois passée la nuit de la mort, naît donc l'aube d'un jour nouveau. C'est pourquoi la tradition chrétienne a lu ce Psaume comme un chant pascal. C'est ce qu'atteste la citation d'ouverture, que l'édition du texte liturgique des Vêpres reprend d'un grand auteur monastique du IV siècle, Jean Cassien : "Le Christ rend grâce au Père pour sa résurrection glorieuse".
2. L'orant s'adresse à plusieurs reprises au "Seigneur" - pas moins de huit fois -, que ce soit pour annoncer qu'il le louera (cf. vv. 2 et 13), ou pour rappeler le cri lancé vers Lui au moment de l'épreuve (cf. vv. 3 et 9) et son intervention libératrice (cf. vv. 2.3.4.8.12), ou encore pour invoquer à nouveau sa miséricorde (cf. v. 11). Dans un autre passage, l'orant invite les fidèles à chanter des hymnes au Seigneur pour Lui rendre grâce (cf. v. 5).
Les sensations oscillent constamment entre le souvenir terrible du cauchemar traversé et la joie de la libération. Certes, le danger auquel il a échappé est grave et réussit encore à faire frissonner ; le souvenir de la souffrance passée est encore net et vif ; les larmes n'ont été séchées des yeux que depuis peu. Mais désormais pointe l'aube d'un jour nouveau ; la mort a laissé place à la perspective de la vie qui continue.
3. Le Psaume démontre ainsi que nous ne devons jamais nous laisser entraîner dans l'enchevêtrement obscur du désespoir, lorsqu'il semble que tout est désormais perdu. Bien sûr, il ne faut pas non plus tomber dans l'illusion que l'on peut se sauver tout seul, par ses propres moyens. En effet, le Psalmiste est tenté par l'orgueil et l'idée de se suffire à lui-même : "Moi, j'ai dit dans mon bonheur : Rien à jamais ne m'ébranlera !" (v. 7).
Les Pères de l'Église se sont eux aussi arrêtés sur cette tentation qui s'insinue dans les moments de bien-être, et ils ont vu dans l'épreuve un rappel divin à l'humilité. C'est par exemple le cas de Fulgence, Évêque de Ruspe (467-532), dans son Epistola 3, adressée à la religieuse Proba, où il commente le passage du Psaume par ces mots : "Le Psalmiste confessait que parfois il s'enorgueillissait d'être sain, comme s'il s'agissait d'une de ses vertus, et qu'en cela il avait compris que se trouvait le danger d'une très grave maladie. Il dit en effet :..."Moi, j' ai dit dans mon bonheur : Rien à jamais ne m'ébranlera !". Mais puisqu'en disant cela, il avait été abandonné par le soutien de la grâce divine et, troublé, était tombé dans la maladie, il poursuit en disant : "Yahvé, ta faveur m'a fixé sur de fortes montagnes ; tu caches ta face, je suis bouleversé". En outre, pour montrer que l'aide de la grâce divine, bien qu'on la possède déjà, doit toutefois être invoquée humblement sans interruption, il ajoute encore : "Vers toi, Yahvé, j'appelle, à mon Dieu je demande pitié". Par ailleurs, personne n'élève sa prière et n'avance des requêtes sans reconnaître avoir commis des fautes, et personne ne considère pouvoir conserver ce qu'il possède en ne comptant que sur sa propre vertu" (Fulgence de Ruspe, Les lettres, Rome 1999, p. 113).
4. Après avoir confessé la tentation de l'orgueil qu'il a éprouvée au temps de sa prospérité, le Psalmiste rappelle l'épreuve qui a suivi, en disant au Seigneur : "Tu caches ta face, je suis bouleversé" (v. 8).
L'orant rappelle alors de quelle manière il a imploré le Seigneur (cf. vv. 9-11) : il a crié, demandé de l'aide, supplié d'être préservé de la mort, en donnant comme raison que la mort n'apporte aucun avantage à Dieu, car les morts ne sont plus en mesure de louer Dieu et n'ont plus aucun motif de proclamer la fidélité à Dieu, ayant été abandonnés par lui.
Nous retrouvons la même argumentation dans le Psaume 87, dans lequel l'orant, proche de la mort, demande à Dieu : "Parle-t-on de ton amour dans la tombe, de ta vérité au lieu de perdition ?" (Ps 87, 12). De même, le roi Ezéchias, gravement malade puis guéri, disait à Dieu : "Ce n'est pas le shéol qui te loue, ni la mort qui te célèbre... Le vivant, le vivant lui seul te loue" (Is 38, 18-19).
C'est ainsi que l'Ancien Testament exprimait l'intense désir humain d'une victoire de Dieu sur la mort et rapportait de nombreux cas dans lesquels cette victoire avait été obtenue : des personnes menacées de mourir de faim dans le désert, des prisonniers ayant échappé à la peine de mort, des malades guéris, des marins sauvés du naufrage (cf. Ps 106, 4-32). Il s'agissait cependant de victoires qui n'étaient pas définitives. Tôt ou tard, la mort réussissait toujours à l'emporter.
Malgré tout, l'aspiration à la victoire a toujours été conservée et est devenue, à la fin, une espérance de résurrection. La satisfaction de cette puissante aspiration a été pleinement assurée à travers la résurrection du Christ, pour laquelle nous n'aurons jamais fini de rendre grâce à Dieu.
Action de grâce pour le pardon des péchés
Lecture : Ps 31, 1-2.5.10-11
1. "Heureux qui est absous de son péché, acquitté de sa faute !". Cette béatitude, qui ouvre le Psaume 31 qui vient d'être proclamé, nous fait immédiatement comprendre pourquoi il a été accueilli par la tradition chrétienne dans la série des sept Psaumes de pénitence. Après la double béatitude initiale (cf. vv. 1-2), nous ne trouvons pas une réflexion générique sur le péché et le pardon, mais le témoignage personnel d'un converti.
La composition du Psaume est assez complexe : le témoignage personnel (cf. vv. 3-5) est suivi de deux versets qui parlent de danger, de prière et de salut (cf. vv. 6-7), puis d'une promesse divine de conseil (cf. v. 8) et d'un avertissement (cf. v. 9) et enfin, d'un dicton sapientiel antithétique (cf. v. 10) et d'une invitation à se réjouir dans le Seigneur (cf. v. 11).
2. Reprenons à présent quelques éléments de cette composition. L'orant décrit tout d'abord sa situation de conscience très délicate lorsqu'"il se taisait" (cf. v. 3) : ayant commis des fautes graves, il n'avait pas le courage de confesser à Dieu ses péchés. Il s'agissait d'un tourment intérieur terrible, décrit par des images impressionnantes. Ses os brûlaient comme sous l'effet d'une fièvre desséchante, la chaleur dévorante étouffait sa vigueur en la consumant, son gémissement était ininterrompu. Le pécheur sentait peser sur lui la main de Dieu, conscient que Dieu n'est pas indifférent au mal perpétré par sa créature, car Il est le gardien de la justice et de la vérité.
3. Ne pouvant plus résister, le pécheur a décidé de confesser sa faute en effectuant une déclaration courageuse, qui semble anticiper celle du fils prodigue de la parabole de Jésus (cf. Lc 15, 18). Il a dit, en effet, d'un cœur sincère : "J'irai à Yahvé confesser mon péché". Ce ne sont que quelques mots, mais qui naissent de la conscience ; Dieu y répond immédiatement par un pardon généreux (cf. Ps 31, 5).
Le prophète Jérémie rapportait cet appel de Dieu : "Reviens, rebelle Israël, oracle de Yahvé. Je n'aurai plus pour vous un visage sévère, car je suis miséricordieux - oracle de Yahvé - je ne garde pas toujours ma rancune. Reconnais seulement ta faute : tu t'es révoltée contre Yahvé ton Dieu" (3, 12-13).
C'est ainsi que s'ouvre à "chaque fidèle" repenti et pardonné un horizon de sécurité, de confiance, de paix, malgré les épreuves de la vie (cf. Ps 31, 6-7). Le temps de l'angoisse peut encore venir, mais la marée montante de la peur ne l'emportera pas, car le Seigneur conduira son fidèle dans un lieu sûr : "Tu es pour moi un refuge, de l'angoisse tu me gardes, de chants de délivrance tu m'entoures" (v. 7).
4. À ce point, le Seigneur prend la parole pour promettre de guider désormais le pécheur converti. Il ne suffit pas, en effet, d'avoir été purifiés ; il faut ensuite marcher sur la voie juste. C'est pourquoi, comme dans le Livre d'Isaïe (cf. Is 30, 21), le Seigneur promet : "Telle est la voie, suivez-la" (Ps 31, 8) et il invite à la docilité. L'appel se fait attentif, teinté d'une touche d'ironie dans la comparaison pleine de vivacité de la mule et du cheval, symboles d'obstination (cf. v. 9). En effet, la véritable sagesse pousse à la conversion, et à laisser derrière soi le vice et son obscur pouvoir d'attraction. Mais elle conduit surtout à la jouissance de cette paix qui naît du fait d'avoir été libérés et pardonnés.
Saint Paul, dans la Lettre aux Romains, se réfère de façon explicite au début de notre Psaume pour célébrer la grâce libératrice du Christ (cf. Rm 4, 6-8). Nous pourrions l'appliquer au sacrement de la Réconciliation. Dans celui-ci, à la lumière du Psaume, on fait l'expérience de la conscience du péché, qui est souvent obscurcie de nos jours, et en même temps de la joie du pardon. On remplace le binôme "délit-châtiment" par le binôme "délit-pardon", car le Seigneur est un Dieu "qui pardonne faute, transgression et péché" (cf. Ex 34, 7).
5. Saint Cyrille de Jérusalem (IV siècle) utilisera le Psaume 31 pour enseigner aux catéchumènes le profond renouvellement du Baptême, purification radicale de tout péché (Procatéchèse, n. 15). Il exaltera lui aussi, à travers les paroles du Psalmiste, la miséricorde divine. Nous concluons notre catéchèse en reprenant ses paroles : "Dieu est miséricordieux et n'épargne pas son pardon... L'accumulation de tes péchés ne dépassera pas la grandeur de la miséricorde de Dieu : la gravité de tes blessures ne dépassera pas l'habileté du Médecin suprême, du moment que tu t'abandonnes à lui avec confiance. Manifeste ton mal au Médecin, et parle-lui en reprenant les mots que David prononça : "Voilà, je confesserai au Seigneur l'iniquité qui se trouve toujours devant moi". Ainsi, tu obtiendras que les autres paroles se réalisent : "Tu as racheté les actes d'impiété de mon cœur"" (Les catéchèses, Rome 1993, pp. 52-53).
Le jugement de Dieu
Lecture : Ap 11, 17 ; 12, 10.12
1. Le Cantique que nous venons d'élever au "Seigneur Dieu Tout-Puissant" et qui est proposé dans la Liturgie des Vêpres, est le fruit de la sélection de plusieurs versets des chapitre 11 et 12 de l'Apocalypse. La dernière des sept trompettes qui retentissent dans ce livre de lutte et d'espérance a désormais sonné. Et voilà que les vingt-quatre Anciens de la cour céleste, qui représentent tous les justes de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance (cf. Ap 4, 4 ; 11, 16), entonnent un hymne qui était peut-être déjà en usage dans les assemblées liturgiques de l'Église des origines. Ces derniers rendent gloire à Dieu, souverain du monde et de l'histoire, désormais prêt à instaurer son royaume de justice, d'amour et de vérité.
Dans cette prière, on entend battre le cœur des justes qui attendent dans l'espérance la venue du Seigneur qui rendra plus lumineuse l'histoire de l'humanité, souvent plongée dans les ténèbres du péché, de l'injustice, du mensonge et de la violence.
2. Le chant entonné par les vingt-quatre Anciens fait référence à deux Psaumes : le Psaume 2, qui est un poème messianique (cf. 2, 1-5) et le Psaume 98, qui célèbre la royauté divine (cf. 98, 1). De cette façon, on atteint l'objectif d'exalter le jugement divin et résolutif que le Seigneur va porter sur toute l'histoire humaine.
Les aspects de cette intervention bénéfique sont au nombre de deux, de même que les traits qui définissent le visage de Dieu. Il est juge, en effet, mais également sauveur ; il condamne le mal, mais il récompense la fidélité ; il est justice, mais surtout amour.
L'identité des justes, à présent sauvés dans le Royaume de Dieu, est significative. Ils sont répartis en trois catégories de "serviteurs" du Seigneur, c'est-à-dire les prophètes, les saints et ceux qui craignent son nom (cf. Ap 11, 18). Il s'agit d'une sorte de portrait spirituel du Peuple de Dieu, selon les dons reçus dans le baptême et que l'on a fait refleurir dans la vie de foi et d'amour. Un profil qui se retrouve aussi bien chez les grands que chez les petits (cf. 19, 5).
3. Notre hymne, comme on l'a dit, est également élaboré en utilisant d'autres versets du chapitre 12, qui se réfèrent à une scène grandiose et glorieuse de l'Apocalypse. Dans celle-ci s'affrontent la femme qui a donné naissance au Messie et le dragon de la méchanceté et de la violence. Dans ce duel entre le bien et le mal, entre l'Église et Satan, retentit à l'improviste une voix céleste qui annonce la défaite de l'"Accusateur" (cf. 12, 10). Ce nom est la traduction du nom hébreu Satan, donné à un personnage qui, selon le Livre de Job, est un membre de la cour céleste de Dieu, où il joue le rôle de l'Avocat général (cf. Jb 1, 9-11 ; 2, 4-5 ; Za 3, 1).
Il "les accusait [nos frères] jour et nuit devant notre Dieu", c'est-à-dire qu'il mettait en doute la sincérité de la foi des justes. À présent, le dragon satanique a été obligé de se taire et à la base de sa défaite se trouve "le sang de l'Agneau" (Ap 12, 11), la passion et la mort du Christ rédempteur.
Le témoignage du martyre des chrétiens est associé à sa victoire. Il y a une intime participation à l'œuvre rédemptrice de l'Agneau de la part des fidèles qui n'ont pas hésité à "mépriser leur vie jusqu'à mourir" (ibid.). La pensée se tourne naturellement vers les paroles du Christ : "Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s'en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle" (Jn 12, 25).
4. Le soliste céleste qui a entonné le cantique, le conclut en invitant tout le chœur angélique à s'unir à l'hymne de joie pour le salut obtenu (cf. Ap 12, 12). Nous nous associons à cette voix dans notre action de grâce joyeuse et remplie d'espérance, malgré les épreuves qui marquent notre chemin vers la gloire.
Nous le faisons en écoutant les paroles que le martyr saint Polycarpe adressait au "Seigneur Dieu Tout-Puissant" lorsqu'il était désormais attaché et prêt pour le bûcher : "Seigneur Dieu Tout-Puissant, père de ton Fils bien-aimé et béni Jésus Christ.., béni sois-tu pour m'avoir jugé digne de ce jour et de prendre place en cette heure au sein des martyrs, dans la coupe de ton Christ pour la résurrection à la vie éternelle, corps et âme, dans l'incorruptibilité de l'Esprit Saint. Que je puisse aujourd'hui être accueilli parmi eux à tes côtés, en qualité de sacrifice abondant et agréable, de la façon que Tu as, Dieu de la vérité, étranger au mensonge, auparavant disposée, manifestée et accomplie. C'est pourquoi, par dessus tout, je te loue, je te bénis, je te glorifie à travers ton Prêtre Suprême éternel et céleste, ton bien-aimé Fils Jésus Christ, grâce auquel gloire t'est rendue, avec lui et avec l'Esprit Saint, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen" (Atti e passioni dei martiri, Milano 1987, p. 23).
Prière d'un malade
Lecture : Ps 40, 2.5-6.10.13-14
1. Un motif qui nous pousse à comprendre et à aimer le Psaume 40 que nous venons d'entendre, est le fait que Jésus lui-même l'ait cité : "Ce n'est pas de vous tous que je parle : je connais ceux que j'ai choisis ; mais il faut que l'Écriture s'accomplisse : celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon" (Jn 13, 18).
C'est le dernier soir de sa vie terrestre et Jésus, au Cénacle, va offrir la bouchée de l'hôte à Judas, le traître. Sa pensée revient à cette phrase du Psaume, qui est en réalité la supplication d'un homme malade abandonné par ses amis. Dans cette antique prière, le Christ trouve des sentiments et des paroles pour exprimer sa profonde tristesse.
Nous chercherons à présent à suivre et à éclairer la trame entière de ce Psaume, qui s'est formé sur les lèvres d'une personne qui souffre, bien sûr, en raison de sa maladie, mais surtout de la cruelle ironie de ses "ennemis" (cf. Ps 40, 6-9) et de la trahison d'un "ami" (cf. v. 10).
2. Le Psaume 40 s'ouvre par une béatitude. Elle a pour destinataire le véritable ami, celui qui "pense au faible" : il sera récompensé par le Seigneur le jour où il souffrira, lorsqu'il sera lui-même "sur son lit de douleur" (cf. vv. 2-4).
Le cœur de la supplication se trouve, pourtant, dans la partie suivante où le malade prend la parole (cf. vv. 5-10). Il commence son discours en demandant pardon à Dieu, selon la traditionnelle conception vétéro-testamentaire qui faisait correspondre une faute à chaque douleur : "Pitié pour moi, Yahvé ! guéris mon âme, car j'ai péché contre toi !" (v. 5 ; cf. Ps 37). Pour le juif de l'Antiquité la maladie était un appel lancé à la conscience afin d'entreprendre une conversion.
Même s'il s'agit d'une vision dépassée par le Christ, Révélateur définitif (cf. Jn 9, 1-3), la souffrance en elle-même peut cacher une valeur secrète et devenir une voie de purification, de libération intérieure, d'enrichissement de l'âme. Elle invite à vaincre la superficialité, la vanité, l'égoïsme, le péché et à se confier plus intensément à Dieu et à sa volonté salvifique.
3. Mais voilà qu'entrent en scène les méchants, ceux qui sont venus rendre visite au malade non pour le conforter, mais bien pour l'attaquer (cf. vv. 6-9). Leurs paroles sont âpres et frappent le cœur de l'orant, qui fait l'expérience d'une méchanceté qui ne connaît pas de pitié. Un grand nombre de pauvres, humiliés, condamnés à rester seuls et à se sentir un poids également pour leurs proches, vivront la même expérience. Et s'ils reçoivent quelques paroles de réconfort, ils en perçoivent immédiatement le ton faux et hypocrite.
Au contraire, comme on le disait, l'orant fait l'expérience de l'indifférence et de la dureté, même de la part de ses amis (cf. v. 10), qui se transforment en figures hostiles et odieuses. Le Psalmiste leur prête le geste de "hausser le talon", l'acte menaçant de celui qui va écraser un vaincu ou l'impulsion du cavalier qui excite son cheval du talon pour qu'il piétine l'adversaire.
L'amertume est profonde lorsque celui qui nous frappe est l'"ami" en qui nous avions confiance, littéralement appelé en hébreu "l'homme de la paix". La pensée se tourne vers les amis de Job, qui, de compagnons de vie, se transforment en présences indifférentes et hostiles (cf. Jb 19, 1-6). À travers notre orant retentit la voix d'une foule de personnes oubliées et humiliées dans leur maladie et leur faiblesse, également par ceux qui auraient dû les soutenir.
4. La prière du Psaume 40 ne se conclut cependant pas sur ce ton sombre. L'orant est certain que Dieu se présentera à son horizon, révélant encore une fois son amour (cf. vv. 11-14). Ce sera lui qui offrira un soutien et qui prendra le malade entre ses bras, ce dernier étant à nouveau "établi devant la face" de son Seigneur (v. 13), c'est-à-dire - selon le langage biblique - qu'il recommencera à vivre l'expérience de la liturgie dans le temple.
Le Psaume, marqué par la douleur, finit donc sur une ouverture de lumière et d'espérance. Dans cette perspective, on réussit à comprendre que saint Ambroise, en commentant la béatitude initiale (cf. v. 2), y ait vu de façon prophétique une invitation à méditer sur la passion salvifique du Christ qui conduit à la résurrection. C'est ainsi que le Père de l'Église suggère, en effet, de s'imprégner de la lecture du Psaume : "Bienheureux celui qui pense à la misère et à la pauvreté du Christ, qui, de riche qu'il était, s'est fait pauvre pour nous. Riche dans son Royaume, pauvre dans la chair, car il a pris sur lui cette chair de pauvres... Il n'a donc pas souffert dans sa richesse, mais dans notre pauvreté. C'est pourquoi ce n'est pas la plénitude de la divinité qui a souffert..., mais la chair... Cherche donc à pénétrer le sens de la pauvreté du Christ, si tu veux être riche ! Cherche à pénétrer le sens de sa faiblesse, si tu veux obtenir la santé ! Cherche à pénétrer le sens de sa croix, si tu veux ne pas avoir honte ; le sens de sa blessure, si tu veux guérir les tiennes ; le sens de sa mort, si tu veux gagner la vie éternelle ; le sens de sa sépulture, si tu veux trouver la résurrection" (Commentaire de douze psaumes : SAEMO, VIII, Milan-Rome 1980, pp. 39-41).
Un message du Saint-Père pour tous les jeunes de Suisse, d'Europe et du monde
1. Je garde dans mon cœur les images des différents moments du bref mais intense voyage que la Providence divine m'a donné d'effectuer en Suisse, samedi et dimanche derniers.
Je désire renouveler l'expression de ma gratitude à mes frères Évêques et aux Autorités civiles, en particulier au Président de la Confédération helvétique, pour l'accueil qui m'a été réservé et pour tout le travail de préparation accompli. Je remercie également le Conseil fédéral pour la décision d'élever le rang de la Représentation diplomatique de la Suisse près le Saint-Siège.
J'adresse également une pensée de profonde reconnaissance aux Sœurs de la Charité de la Sainte-Croix, qui m'ont accueilli dans leur résidence de Viktoriaheim. Je remercie, enfin, ceux qui se sont occupés des divers aspects de mon voyage pastoral.
2. Le motif principal du pèlerinage apostolique dans ce pays bien-aimé a été la rencontre avec les jeunes catholiques de Suisse, qui samedi dernier, ont participé à leur premier Meeting national. Je rends grâce au Seigneur qui m'a donné l'opportunité de vivre avec eux un moment de grand enthousiasme spirituel, et de proposer aux nouvelles générations helvétiques un message, que je voudrais étendre à tous les jeunes d'Europe et du monde.
Ce message, qui me tient tant à cœur, se résume en trois mots : "Lève-toi !", "Écoute !", "Mets-toi en route !". C'est le Christ lui-même, ressuscité et vivant, qui répète ces paroles à chaque jeune garçon et jeune fille de notre époque. C'est Lui qui invite la jeunesse du troisième millénaire à "se lever", c'est-à-dire à donner un sens plénier à sa propre existence. J'ai voulu me faire l'écho de cet appel dans la conviction que seul le Christ, Rédempteur de l'homme, peut aider les jeunes à "se relever" à la suite d'expériences et de mentalités négatives, pour croître jusqu'à leur complète stature humaine, spirituelle et morale.
3. Dimanche matin, solennité de la Très Sainte Trinité, j'ai pu concélébrer l'Eucharistie avec les Évêques et de nombreux prêtres venus de tous les lieux de la Suisse. Ce rite joyeux s'est déroulé dans le Pré de l'"Allmend", vaste esplanade située devant le Palais du BEA Bern Expo. Nous avons ainsi élevé à Dieu, Un et Trine, d'une voix unanime, la louange et l'action de grâce pour les beautés de la création, dont la Suisse est riche, et plus encore pour la communion dans l'Amour, dont Il est la source.
À la lumière de ce mystère fondamental de la foi chrétienne, j'ai renouvelé l'appel à l'unité de tous les chrétiens, en invitant tout d'abord les catholiques à la vivre entre eux, en faisant de l'Église "la maison et l'école de la communion" (Novo millennio ineunte, n. 43). L'Esprit Saint, qui crée l'unité incite également à la mission, afin que la vérité de Dieu et de l'homme, révélée dans le Christ, soit apportée en témoignage et annoncée à tous. Chaque homme, en effet, porte en lui l'empreinte de Dieu, Un et Trine et ne trouve pas de paix si ce n'est en Lui.
4. Avant de quitter Berne, j'ai voulu rencontrer l'Association des Anciens de la Garde Suisse. Cela a représenté une occasion providentielle pour remercier du précieux service que, depuis presque cinq siècles, le Corps de la Garde Suisse rend au Siège apostolique. Combien de milliers de jeunes, provenant des familles et des paroisses suisses, ont offert leur contribution singulière au Successeur de Pierre au cours de ces siècles ! Des jeunes comme tout le monde, pleins de vie et d'idéaux, ont pu ainsi manifester leur amour sincère au Christ et à l'Église. Puissent les jeunes de Suisse et du monde entier découvrir la merveilleuse unité entre la foi et la vie, et se préparer à accomplir avec enthousiasme la mission à laquelle Dieu les appelle !
Que la Très Sainte Vierge Marie, que je remercie de tout cœur pour la réalisation de ce cent-troisième voyage apostolique, obtienne pour tous ce grand et précieux don, qui est le secret de la joie véritable.
Dieu, refuge et force de son peuple
Lecture : Ps 45, 2-3.5-6.10-11
1. Nous venons d'entendre le premier des six hymnes à Sion qui sont contenus dans le Psautier (cf. Ps 47 ; 75 ; 83 ; 86 ; 121). Le Psaume 45, comme les autres compositions analogues, célèbre la ville sainte de Jérusalem, "la cité de Dieu, [...] les demeures du Très-Haut" (v. 5), mais il exprime surtout une confiance inébranlable en Dieu, qui "est pour nous refuge et force, secours dans l'angoisse toujours offert" (v. 2 ; cf. v. 8 et 12). Le Psaume évoque les bouleversements les plus terribles pour affirmer avec une force plus grande l'intervention victorieuse de Dieu, qui donne une pleine sécurité. En raison de la présence de Dieu en elle, Jérusalem "ne peut chanceler, Dieu la secourt" (v. 6).
La pensée se tourne vers l'oracle du prophète Sophonie, qui s'adresse à Jérusalem et lui dit : "Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Une clameur d'allégresse, Israël ! Réjouis-toi, triomphe de tout ton cœur, fille de Jérusalem [...] Yahvé ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur ! Il exultera pour toi de joie, il te renouvellera par son amour, il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête" (So 3, 14.17-18).
2. Le Psaume 45 est divisé en deux grandes parties par une sorte d'antienne, qui retentit dans les versets 8 et 12 : "Avec nous Yahvé Sabaot, citadelle pour nous, le Dieu de Jacob". Le titre "Yahvé Sabaot" est typique du culte juif dans le temple de Sion et, malgré l'aspect martial, il est lié à l'arche de l'alliance ; il renvoie à la domination de Dieu sur tout le cosmos et sur l'histoire.
Ce titre est donc une source de confiance, car le monde entier et tous les événements qui s'y produisent se trouvent sous le gouvernement suprême du Seigneur. Ce Seigneur est donc "avec nous", comme le dit encore cette antienne, avec une référence implicite à l'Emmanuel, le "Dieu-avec-nous" (cf. Is 7, 14 ; Mt 1, 23).
3. La première partie de l'hymne (cf. Ps 45, 2-7) est centrée sur le symbole de l'eau et présente une double signification opposée. D'un côté, en effet, se déchaînent les eaux tumultueuses qui, dans le langage biblique, sont le symbole des destructions, du chaos et du mal. Elles font frémir les structures de l'être et de l'univers, symbolisées par les montagnes, qui sont ébranlées par une sorte de déluge destructeur (cf. vv. 3-4). De l'autre côté, cependant, voilà les eaux désaltérantes de Sion, une ville sise sur des montagnes arides, mais qu'égayent "un fleuve et ses bras" (v. 5). Le Psalmiste - bien que faisant allusion aux sources de Jérusalem, comme celle de Siloé (cf. Is 8, 6-7) - voit en eux un signe de la vie qui prospère dans la ville sainte, de sa fécondité spirituelle, de sa force régénérante.
C'est pourquoi, malgré les bouleversements de l'histoire qui font frémir les peuples et qui ébranlent les royaumes (cf. Ps 45, 7), le fidèle rencontre en Sion la paix et la sérénité dérivant de la communion avec Dieu.
4. La deuxième partie du Psaume (cf. vv. 9-11) peut ainsi décrire un monde transfiguré. Le Seigneur lui-même, de son trône de Sion, intervient avec une extrême vigueur contre les guerres et établit la paix à laquelle tous aspirent. Lorsque nous lisons le v. 10 de notre hymne : "Il met fin aux guerres jusqu'au bout de la terre ; l'arc, il l'a rompu, la lance, il l'a brisée, il a brûlé les boucliers au feu", la pensée se tourne spontanément vers Isaïe.
Le prophète a lui aussi chanté la fin de la course aux armements et la transformation des instruments de guerre et de mort en moyen de développement pour les peuples : "Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on n'apprendra plus à faire la guerre" (Is 2, 4).
5. Avec ce Psaume, la tradition chrétienne a élevé des hymnes au Christ "notre paix" (cf. Ep 2, 14) et notre libérateur du mal à travers sa mort et sa résurrection. Saint Ambroise a proposé un commentaire christologique suggestif du v. 6 du Psaume 45, qui décrit le "secours" offert à la ville par le Seigneur "au tournant du matin". Le célèbre Père de l'Église y voit une allusion prophétique à la résurrection.
En effet - explique-t-il - "la résurrection du matin nous procure le soutien de l'aide céleste ; ayant repoussé la nuit, elle nous a rapporté le jour, comme le dit l'Écriture : "Réveille-toi et lève-toi et relève-toi d'entre les morts ! Et la lumière du Christ resplendira pour toi". Observe ce sens mystique ! Au crépuscule s'est accomplie la passion du Christ... À l'aube la résurrection... Il est tué au crépuscule, lorsque la lumière meurt désormais, car ce monde gisait entièrement dans les ténèbres et aurait été plongé dans l'horreur de ténèbres encore plus noires, si le Christ n'était pas venu du ciel, lumière d'éternité, pour ramener l'âge de l'innocence au genre humain. Jésus Christ a donc souffert et, grâce à son sang, nos péchés ont été rachetés, la lumière a resplendi d'une conscience plus limpide et le jour d'une grâce spirituelle a brillé" (Commento a dodici Salmi : SAEMO, VII, Milan-Rome 1980, p. 213)