Hymne d'adoration et de louange
Lecture : Ap 15, 3-4
1. La Liturgie des Vêpres comprend, en plus des Psaumes, une série de Cantiques tirés du Nouveau Testament. Certains, comme ceux que nous venons d'entendre, sont mêlés de passages de l'Apocalypse, le livre qui scelle toute la Bible, souvent marqué par des chants et des chœurs, par des voix solistes et des hymnes de l'assemblée des élus, par des trompettes, des harpes et des cithares
Notre Cantique, très bref, est extrait du chapitre 15 de cette œuvre. Une scène grandiose va bientôt s'ouvrir : les sept trompettes qui ont introduit tout autant de fléaux divins, sont à présent remplacées par sept coupes elles aussi remplies de fléaux, en grec pleghè, un terme qui indique en lui-même un coup violent, au point de provoquer des blessures et parfois même la mort. Dans ce cas, un renvoi au récit des plaies d'Égypte est évident (cf. Ex 7, 14-11, 10).
Dans l'Apocalypse, le "fléau-plaie" est le symbole d'un jugement sur le mal, sur l'oppression et sur la violence du monde. C'est pourquoi il est également signe d'espérance pour les justes. Les sept fléaux - comme on le sait, dans la Bible le nombre 7 est un symbole de plénitude - sont définis comme les "derniers" (cf. Ap 15, 1), car en eux l'intervention divine qui endigue le mal touche à son terme.
2. L'hymne est entonnée par les rachetés, les justes de la terre, qui sont "debout" dans la même attitude que l'Agneau ressuscité (cf. v. 2). Comme les juifs lors de l'Exode qui, après la traversée de la mer, chantaient l'hymne de Moïse (cf. Ex 15, 1-18), les élus élèvent à Dieu "le cantique de Moïse et de l'Agneau" (Ap 15, 3), après avoir remporté la victoire sur la "Bête", l'ennemi de Dieu (cf. v. 2).
Cette hymne reflète la liturgie des Églises johanniques et elle est constituée par un florilège de citations de l'Ancien Testament, en particulier des Psaumes. La Communauté chrétienne des origines considérait la Bible non seulement comme l'âme de sa foi et de sa vie, mais également de sa prière et de sa liturgie, comme cela se produit précisément dans les Vêpres que nous commentons.
Il est également significatif que le cantique soit accompagné par des instruments musicaux : les justes tiennent des harpes (ibid.) à la main, témoignage d'une liturgie enveloppée par la splendeur de la musique sacrée.
3. À travers leur hymne, ceux qui sont sauvés, plus que célébrer leur constance et leur sacrifice, exaltent les "grandes et merveilleuses œuvres" du "Seigneur, Dieu Maître-de-tout", c'est-à-dire ses gestes salvifiques dans le gouvernement du monde et dans l'histoire. En effet, la véritable prière n'est pas seulement requête, mais également louange, action de grâce, bénédiction, célébration, profession de foi dans le Seigneur qui sauve.
Le dimension universaliste est également significative dans ce Cantique, qui reprend les termes du Psaume 85 : "Toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant toi, Seigneur" (Ps 85, 9). Le regard s'élargit ainsi à tout l'horizon et l'on entrevoit des fleuves de peuples qui convergent vers le Seigneur pour en reconnaître "les justes jugements" (cf. Ap 15, 4), c'est-à-dire les interventions dans l'histoire pour endiguer le mal et faire l'éloge du bien. L'attente de justice présente dans toutes les cultures, le besoin de vérité et d'amour ressenti dans toutes les spiritualités, renferment une tension vers le Seigneur, qui ne s'apaise que lorsque l'on parvient à Lui.
Il est agréable de penser à ce souffle universel de religiosité et d'espérance, assumé et interprété par les paroles des prophètes : "Mais, du levant au couchant, mon Nom est grand chez les nations, et en tout lieu un sacrifice d'encens est présenté à mon Nom ainsi qu'une offrande pure. Car grand est mon Nom chez les nations ! dit Yahvé Sabaot" (Ml 1, 11).
4. Nous concluons, en associant notre voix à la voix universelle. Nous le faisons à travers les paroles d'une poésie de saint Grégoire de Nazianze, grand Père de l'Église du IV siècle : "Gloire au Père et au Fils roi de l'univers, gloire à l'Esprit Très Saint, à qui toute louange est due. Un seul Dieu est la Trinité : Il a créé et comblé toutes choses, le ciel des êtres célestes, la terre des êtres terrestres. Il a rempli les mers, les fleuves, les sources d'êtres aquatiques, en vivifiant tout par son Esprit, afin que toute la création élève une hymne au sage Créateur : vivre et rester en vie n'ont leur cause qu'en Lui. Puisse surtout la nature rationnelle en chanter pour toujours les louanges comme Roi puissant et Père bon. En esprit, avec l'âme, avec la langue, avec la pensée, fais que moi aussi je Te glorifie de façon pure, ô Père" (Poésie, 1, Collana di testi patristici 115, Rome 1994, pp. 66-67).
Le Pallium symbolise le principe fondamental de communion qui donne forme à la vie ecclésiale
Vénérés frères dans l'épiscopat, très chers frères et sœurs !
1. Nous avons célébré hier la solennité des Apôtres Pierre et Paul, vénérés en particulier ici à Rome, où tous les deux ont scellé par le sang leur admirable témoignage d'amour au Seigneur. La liturgie eucharistique solennelle a été enrichie cette année par la participation fraternelle de Sa Sainteté le Patriarche oecuménique Bartholomaios I, pour commémorer les quarante ans de la rencontre historique et du baiser, à Jérusalem, entre mon vénéré Prédécesseur, le serviteur de Dieu Paul VI, et le Patriarche oecuménique Athénagoras.
En outre, très chers Archevêques métropolitains élus au cours de l'année, votre présence a été significative. J'ai eu la joie de vous remettre le saint Pallium, et je vous rencontre à nouveau aujourd'hui. Je vous salue avec une profonde affection, ainsi que vos parents et vos amis, et j'étends ma pensée aux communautés qui sont confiées à vos soins pastoraux.
2. Votre présence appréciée, m'offre l'occasion de réfléchir sur la signification de l'antique tradition de l'imposition des Palliums.
À partir du IX siècle, les Archevêques nommés dans les Sièges métropolitains reçurent du Pape un signe liturgique particulier, précisément le "Pallium", en témoignage de la communion avec l'Évêque de Rome. Ce signe, que le Souverain Pontife porte lors de toutes les célébrations solennelles et les Archevêques métropolitains en certaines circonstances, consiste en une bande de laine blanche qui doit être placée autour du cou. Chaque année, on confectionne autant de Palliums qu'il y a de nouveaux Archevêques métropolitains. Bénis par le Pape lors des Premières Vêpres de la solennité des saints Pierre et Paul, ils sont rangés dans un écrin particulier qui est placé dans la "Confession" de la Basilique vaticane, près de la tombe de l'Apôtre, pour être remis le jour suivant aux Archevêques.
3. Le signe du Pallium conserve aujourd'hui encore une singulière éloquence. Il exprime le principe fondamental de la communion, qui donne forme à la vie ecclésiale dans chacun de ses aspects ; il rappelle que cette communion est organique et hiérarchique ; il manifeste que l'Église, pour être une, a besoin du service particulier de l'Église de Rome et de son Évêque, Chef du Collège épiscopal (cf. Exhortation apos. post-synodale Pastores gregis, n. 56).
L'autre aspect complémentaire, que le rite du Pallium met bien en lumière, est celui de la catholicité de l'Église. Celle-ci, en effet, a été envoyée par le Christ pour annoncer l'Évangile à toutes les nations et pour servir l'humanité tout entière.
4. Très chers frères et sœurs ! Beaucoup d'entre vous ont voulu être présents aux côtés de ces prélats en cette occasion tellement significative. Ce sont vos Pasteurs ! Je vous invite à rester unis à eux et à prier pour la mission pastorale qu'ils sont appelés à accomplir. Ma pensée se tourne également vers les huit Archevêques métropolitains qui ne sont pas présents, et qui recevront le Pallium dans leurs sièges.
Le Christ répète à tous, comme il l'a dit un jour à Pierre : Duc in altum ! Il nous invite à avancer en eaux profondes et à nous aventurer avec confiance sur la mer de la vie, en nous en remettant au soutien constant de Marie, Mère de Dieu, et à l'intercession des Apôtres Pierre et Paul qui, par leur sang, ont fécondé les débuts de l'Église.
La promesse d'observer les commandements de Dieu
Lecture : Ps 118, 105-106.109-112
1. Après une pause à l'occasion de mon séjour au Val d'Aoste, nous reprenons à présent, au cours de cette Audience générale, notre itinéraire à travers les Psaumes proposés par la Liturgie des Vêpres. Nous rencontrons aujourd'hui la quatorzième des vingt-deux strophes qui composent le Psaume 118, hymne grandiose à la Loi de Dieu, expression de sa volonté. Le nombre des strophes correspond aux lettres de l'alphabet hébreu et indique la plénitude ; chacune d'elles est composée de huit versets et de mots qui commencent par la lettre correspondante de l'alphabet parcouru en succession.
Dans notre cas, c'est la lettre de l'alphabet hébreux nun qui ouvre les premiers mots des versets que nous venons d'écouter. Cette strophe est éclairée par l'image lumineuse de son premier verset : "Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route" (v. 105). L'homme avance sur le parcours souvent obscur de la vie, mais à l'improviste les ténèbres sont déchirées par la splendeur de la Parole de Dieu.
Le Psaume 18 fait lui aussi le rapprochement entre la Loi de Dieu et le soleil, lorsqu'il affirme que "le commandement de Yahvé est limpide, lumière des yeux" (18, 9). Dans le Livre des Proverbes, il est ensuite réaffirmé que "le précepte est une lampe, l'enseignement une lumière" (6, 23). Le Christ lui-même présentera sa personne comme une révélation définitive en utilisant précisément la même image : "Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie" (Jn 8, 12).
2. Le Psalmiste continue ensuite sa prière en évoquant les souffrances et les dangers de la vie qu'il doit conduire et qui a besoin d'être illuminée et soutenue : "Je suis au fond de la misère, Yahvé, vivifie-moi selon ta parole... Mon âme à tout moment entre mes mains, je n'oublie pas ta loi" (Ps 118, 107.109).
Toute la strophe est traversée par une touche sombre : "...les impies me tendent un piège" (v. 110), confesse encore l'orant, ayant recours à une image de chasse souvent utilisée dans le Psautier. Le fidèle sait qu'il avance sur les routes du monde parmi les dangers, les difficultés, les persécutions ; il sait que l'épreuve est toujours aux aguets. Le chrétien, quant à lui, sait que chaque jour, il doit porter sa croix le long de la montée de son Calvaire (cf. Lc 9, 23).
3. Toutefois, le juste conserve sa fidélité intacte : "J'ai juré d'observer, et je tiendrai, tes justes jugements... Je n'oublie pas ta loi... Je ne dévie pas de tes préceptes" (Ps 118, 106.109.110). La paix de la conscience est la force du croyant ; sa constance dans l'obéissance aux commandements divins est la source de la sérénité.
La déclaration finale apparaît alors cohérente : "Ton témoignage est à jamais mon héritage, il est la joie de mon cœur" (v. 111). Voilà la réalité la plus précieuse, l'"héritage", la "récompense" (v. 112) que le Psalmiste conserve avec un soin vigilant et un amour ardent : les enseignements et les commandements du Seigneur. Il veut être entièrement fidèle à la volonté de son Dieu. En empruntant cette voie, il trouvera la paix de l'âme et réussira à traverser le sombre enchevêtrement des épreuves, pour parvenir à la joie véritable.
4. Les paroles de saint Augustin à ce propos nous éclairent, lorsqu'il commence son commentaire sur le Psaume 118 en développant précisément le thème de la joie qui naît de l'observance de la Loi du Seigneur. "Ce long psaume, dès le commencement, mes frères bien-aimés, nous convie au bonheur, que nul ne s'abstient de désirer. Pourrait-on, en effet, a-t-on pu, et pourra-t-on jamais rencontrer un autre homme qui n'aspire point au bonheur ? À quoi bon, dès lors, nous stimuler pour un bien que le cœur humain convoite si naturellement ?... Pourquoi donc nous engager à vouloir ce qu'il nous est impossible de ne vouloir point, sinon parce que tout homme à la vérité désire le bonheur, mais beaucoup ignorent de quelle manière on y arrive ? Aussi le Psalmiste nous l'enseigne-t-il, en disant : "Heureux les hommes irréprochables dans leur voie, qui marchent dans la loi du Seigneur".
Comme s'il nous disait, Ô homme, je connais ton désir, tu cherches le bonheur : si donc tu veux être heureux, sois d'abord pur. Tous veulent du bonheur, mais peu veulent de cette pureté sans laquelle on ne saurait parvenir à ce bonheur convoité par tous. Mais où donc l'homme peut-il être sans tache, sinon dans sa voie ? Et quelle est cette voie, sinon ta loi Seigneur ? Cette parole dès lors : "Bienheureux les hommes irréprochables dans leur voie, qui marchent dans la loi du Seigneur", n'est plus une parole superflue, c'est pour nos cœurs une exhortation bien nécessaire" (Discours sur les Psaumes, III, Rome 1976, p. 1113).
Nous faisons nôtre la conclusion du grand Évêque d'Hippone, qui réaffirme l'actualité permanente de la béatitude promise à ceux qui s'efforcent d'accomplir fidèlement la volonté de Dieu.
Le Seigneur est mon héritage
Lecture : Ps 15, 1-2.5.9-11
1. Nous avons l'occasion de méditer, après l'avoir écouté et fait devenir prière, sur un Psaume à fort caractère spirituel. Malgré les difficultés du texte, que l'original hébreu révèle en particulier dans les premiers versets, le Psaume 15 est un cantique lumineux au souffle mystique, comme le suggère déjà la profession de foi placée en ouverture : « Tu es mon Dieu, sans toi je n'ai aucun bien » (cf. v. 2). Dieu est donc vu comme l'unique bien et c'est pourquoi l'orant choisit de se placer au sein de la communauté de tous ceux qui sont fidèles au Seigneur : « Aux saints qui sont sur la terre, hommes nobles, va tout mon amour » (cf. v. 3). C'est pour-quoi le Psalmiste rejette radicalement la tentation de l'idolâtrie avec ses rites sanguinaires et ses invocations blasphématoires (cf. v. 4).
C'est une prise de position nette et décisive, qui semble faire écho à celui du Psaume 72, un autre chant de con-fiance en Dieu, conquise à travers un choix moral résolu et difficile : « Qui donc aurais-je dans le ciel ? Avec toi, je suis sans désir sur la terre... Pour moi, approcher Dieu est mon bien, j'ai placé dans le Seigneur mon refuge » (Ps 72, 25.28).
2. Notre Psaume développe deux thèmes qui sont exprimés à travers trois symboles. Tout d'abord, le symbole de l'« héritage », un terme qui domine les versets 5-6 : on parle, en effet, d'« héritage, de coupe, de lot » : Ces termes étaient utilisés pour décrire le don de la : terre promise au-peuple d'Israël. Or, nous savons que l'unique tribu qui n'avait pas reçu une portion de terre était celle des Lévites, car le Seigneur lui-même constituait leur héritage. Le Psalmiste déclare précisément : « Yahvé, ma part d'héritage... l'héritage est pour moi magnifique » (Ps 15, 5.6). Il donne donc l'impression d'être un prêtre qui proclame la joie d'être totalement dé-voué au service de Dieu.
Saint Augustin commente : « Le Psalmiste ne dit pas : Ô Dieu, donne-moi un héritage ! Que me donneras-tu comme héritage ? Il dit en revanche : tout ce que tu peux me donner en dehors de toi est vil. Sois toi-même mon héritage. C'est toi que j'aime... Espérer Dieu de Dieu, être comblé de Dieu par Dieu. Lui seul te suffit, en dehors de lui rien ne peut te suffire » (Sermon 334, 3 : PL 38, 1469).
3. Le deuxième thème est celui de la communion parfaite et permanente avec lé Seigneur. Le Psalmiste exprime la ferme espérance d'être préservé de la mort pour pouvoir rester dans l'intimité de Dieu, qui n'est plus possible dans la mort (cf. Ps -6, 6 ; 87, 6). Toutefois, ses expressions ne fixent aucune limite à cette préservation ; elles peuvent même être comprises dans l'optique d'une victoire sur la mort qui assure l'intimité éternelle avec Dieu.
L'orant utilise deux symboles. C'est tout d'abord le corps qui est évoqué : les exégètes nous disent que dans l'original hébreu (cf. Ps 15, 7-10) on parle de « reins », symbole des passions et de l'intériorité la plus cachée, de « droite », signe de force, de « cœur », siège de la conscience, et même de « foie », qui exprime l'émotivité, de « chair », qui indique l'essence fragile de l'homme, et enfin de « souffle de vie ».
Il s'agit donc de la représentation de l'« être entier » de la personne, qui n'est pas absorbé ni anéanti dans la corruption du sépulcre (cf. v. 10), mais qui est conservé dans une vie de plénitude et de bonheur avec Dieu.
4. Voilà alors le deuxième symbole du Psaume 15, celui du « chemin » : « Tu m'apprendras le chemin de vie » (cf. v. 11). C'est la route qui conduit à la « plénitude de la joie » divine, à la « douceur sans fin, à la droite » du Seigneur. Ces paroles s'adaptent. parfaitement à une interprétation qui élargit la perspective a l'espérance de la communion avec Dieu, au-delà de la mort, dans la vie éternelle.
À ce point il est facile de comprendre pourquoi le Psaume a été repris ; par le Nouveau Testament dans l'optique de la résurrection du Christ. Saint Pierre, dans son discours de Pentecôte, cite précisément la deuxième partie de l'hymne, en lui donnant une lumineuse perspective pascale et christologique : « Mais Dieu l'a ressuscité [Jésus], le délivrant des affres de l’ Hadès. Aussi bien n'était-il pas possible qu'il fut retenu en son pouvoir » (Ac 2 24).
Saint Paul se réfère au Psaume 15 dans l'annonce de la Pâque du Christ lors de son discours dans la synagogue d'Antioche de Pisidie. C'est sous cette lumière que nous le proclamons nous aussi : « Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption. Or David, après *voir en son temps servi les desseins de Dieu, est mort, a été réuni à ses pères et à vu la corruption : Celui que Dieu a ressuscité, lui - c'est-à-dire Jésus Christ -, n'a pas vu la corruption » (Ac 13, 35-37).
Le Christ serviteur de Dieu
Lecture : Ph 2, 6-11
1. Dans notre itinéraire à travers les Psaumes et les Cantiques qui constituent la Liturgie des Heures, nous rencontrons le Cantique des Philippiens, 2, 6-11, qui rythme les Premières Vêpres des quatre dimanches autour desquels s'articule la Liturgie.
C'est la deuxième fois que nous le méditons, en continuant d'en pénétrer la richesse théologique. Dans ces versets brille la foi chrétienne des origines, centrée sur la figure de Jésus, reconnu et proclamé comme notre frère en humanité, mais également comme Seigneur de l'univers. Il s'agit donc d'une véritable confession de foi christologique, qui reflète bien la pensée de saint Paul, mais qui peut également faire écho à la voix de la communauté judéo-chrétienne antérieure à l'Apôtre.
2. Le Cantique part de la divinité, propre à Jésus Christ. C'est à lui, en effet, que revient la "nature" et la condition divine, la morphè - comme on le dit en grec - c'est-à-dire la réalité intime et transcendante même de Dieu (cf. v. 6). Toutefois, il ne considère pas son identité suprême et glorieuse comme un privilège orgueilleux à afficher, ni comme un signe de pouvoir et de pure supériorité.
Le mouvement de l'hymne s'oriente clairement vers le bas, c'est-à-dire vers l'humanité. "En se dépouillant" et presque "en se vidant" de cette gloire, pour assumer la morphè, c'est-à-dire la réalité et la condition de serviteur, le Verbe entre de cette façon dans l'horizon de l'histoire humaine. Il devient même semblable aux êtres humains (cf. v. 7) et en vient jusqu'à assumer ce signe de la limite et de la finitude qu'est la mort. Il s'agit d'une humiliation extrême, car la mort acceptée est celle de la croix, considérée comme la plus infâme dans la société d'alors (cf. v. 8).
3. Le Christ choisit de s'abaisser de la gloire à la mort sur la croix : tel est le premier mouvement du Cantique, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir pour en dévoiler d'autres aspects.
Le second mouvement procède dans le sens inverse : on s'élève du bas vers le haut, de l'humiliation vers l'exaltation. À présent, c'est le Père qui glorifie le Fils en l'arrachant à la mort et en l'intronisant comme Seigneur de l'univers (cf. v. 9). Saint Pierre lui aussi, dans le discours de la Pentecôte, déclare que "Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié" (Ac 2, 36). La Pâque est, donc, l'épiphanie solennelle de la divinité du Christ, d'abord voilée par sa condition de serviteur et d'homme mortel.
4. Devant la figure grandiose du Christ glorifié et intronisé, tous se prosternent en adoration. Non seulement de l'horizon tout entier de l'histoire humaine, mais également des cieux et des enfers (cf. Ph 2, 10), s'élève une puissante profession de foi qui proclame "de Jésus Christ qu'il est Seigneur" (v. 11). "Mais celui qui a été abaissé un moment au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur, parce qu'il a souffert la mort : il fallait que, par la grâce de Dieu, au bénéfice de tout homme, il goûtât la mort" (He 2, 9).
Nous concluons notre brève analyse du Cantique des Philippiens, sur lequel nous devrons revenir, en laissant la parole à saint Augustin qui, dans son Commentaire à l'Évangile de saint Jean, renvoie à l'hymne de saint Paul pour célébrer le pouvoir vivifiant du Christ qui accomplit notre résurrection, en nous arrachant à notre limite mortelle.
5. Voici les paroles de ce grand Père de l'Église : "Le Christ [...] ayant la nature de Dieu, [...] n'a point cru que ce fût de sa part une usurpation de s'égaler à Dieu". Notre faiblesse nous forçait de ramper à terre : elle nous empêchait de nous élever jusqu'à Dieu ; mais nous a-t-il abandonné en cet état de bassesse et d'infirmité ? Oh non ! car "il s'est anéanti lui-même, en prenant forme d'esclave". Il ne s'est nullement dépouillé de la nature divine. Tout Dieu qu'il était, il s'est fait homme, prenant ce qu'il n'était pas, ne perdant point ce qu'il était : en un mot, il est devenu homme-Dieu. En lui se rencontre ce qui convient à la partie faible de toi-même, comme à la partie plus noble. Que le Christ, en temps qu'homme, te relève du sein de ta faiblesse ; qu'il te conduise, en tant que Dieu-homme et que, comme Dieu, il te fasse parvenir jusqu'à lui ! La fin, l'unique fin de la prédication évangélique, et de la dispensation des grâces divines par les mérites du Christ, c'est la résurrection des âmes et celle des corps. Le corps et l'âme de l'homme étaient également morts, l'un par suite de sa faiblesse, l'autre par effet du péché. Puisque tous les deux étaient morts, ils doivent donc ressusciter aussi tous les deux. Qu'est-ce à dire : Tous les deux ? L'âme et le corps. Mais qu'est-ce qui ramènera l'âme à la vie, si ce n'est le Christ-Dieu ? Où le corps retrouvera-t-il le principe de son existence, sinon dans le Christ-homme ? [...] Que ton âme sorte donc du tombeau du péché, par cela même que ton sauveur est Dieu ; que ton corps s'échappe des étreintes de la corruption, par cela qu'il est homme" (Commentaire à l'Évangile de saint Jean, 23, 6, Roma 1968, p. 541).
"Je porterai dans mon cœur les prières de toute l'Église et du monde entier"
Très chers frères et sœurs !
1. Samedi et dimanche prochains, j'accomplirai un pèlerinage apostolique au sanctuaire marial de Lourdes. En ce lieu béni, j'aurai la joie de célébrer la solennité de l'Assomption de la Très Sainte Vierge Marie au Ciel.
Le motif de ce pèlerinage est le cent cinquantième anniversaire de la définition du dogme de l'Immaculée Conception de Marie, par le bienheureux Pape Pie IX le 8 décembre 1854. Quatre ans plus tard, la Vierge apparut à sainte Bernadette, dans la grotte de Massabielle, se présentant précisément comme "l'Immaculée Conception". Je considère donc comme un don spécial de la Providence la possibilité de retourner à Lourdes sous le signe de cette lumineuse vérité de foi.
Dans un unique acte de louange à Dieu et à la Vierge, j'embrasserai les deux grands mystères mariaux : l'Immaculée Conception et l'Assomption au Ciel de son corps et de son âme. Celles-ci, en effet, constituent le début et la conclusion de la vie terrestre de Marie, réunies dans le présent éternel de Dieu, qui l'a appelée à participer de façon très particulière à l'événement salvifique de la Rédemption accomplie par le Seigneur Jésus Christ.
2. Les moments publics du pèlerinage seront au nombre de trois : dans l'après-midi du samedi, la récitation du Rosaire ; le soir, la traditionnelle procession aux flambeaux ; enfin, dimanche matin, la Célébration eucharistique solennelle. De plus, en arrivant au sanctuaire et avant de le quitter, j'aurai l'occasion de m'arrêter en prière silencieuse devant la Grotte. À chaque moment, je porterai dans mon cœur les actions de grâce et les suppliques de toute l'Église, et je dirais même plus, du monde entier, qui en Dieu seul peut trouver paix et salut.
Quel est, en effet, le message que le Seigneur a voulu adresser à l'humanité à travers la Vierge de Lourdes ? Celui-ci peut se résumer dans une célèbre expression de l'Écriture Sainte : Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive (cf. Ez 33, 11). En s'adressant à la jeune Bernadette, Marie voulut rappeler ce message évangélique fondamental : la prière et la pénitence sont le chemin à travers lequel la victoire du Christ peut s'affirmer dans chaque personne et dans la société.
3. Mais pour changer sa propre conduite, il faut écouter la voix de la conscience, là où Dieu a placé le sens du bien et du mal. L'homme moderne, malheureusement, semble parfois avoir d'une certaine façon égaré le sens du péché. Il est nécessaire d'implorer pour lui un réveil intérieur, qui lui permette de redécouvrir pleinement la sainteté de la loi de Dieu et les engagements moraux qui en découlent.
C'est avec ces intentions à l'esprit que je m'apprête à partir pour le sanctuaire de la Vierge Marie à Lourdes. Je demande à tous de m'accompagner spirituellement, afin que le pèlerinage du Successeur de Pierre soit riche de fruits pour tout le Peuple de Dieu.
J'invite tous les pèlerins de langue française à s'unir par la prière à la célébration de la fête de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, que je célébrerai cette année dans la cité mariale de Lourdes, à l'occasion du 150 anniversaire de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. Je vous confie tous à Notre-Dame de Lourdes, vous assurant de ma prière à la grotte de Massabielle.