Le Messie, roi et prêtre
Lecture : Ps 109, 1.3-4
1. Dans le sillage d'une antique tradition, le Psaume 109, qui vient d'être proclamé, constitue la composante principale des Vêpres du dimanche. Celui-ci est reproposé tout au long des quatre semaines autour desquelles s'articule la Liturgie des Heures. Sa brièveté, encore plus accentuée par l'exclusion, dans la tradition liturgique chrétienne, du verset 6 au ton imprécatoire, ne signifie pas qu'il est privé de difficultés liées à l'exégèse et à l'interprétation. Le texte se présente comme un Psaume royal, lié à la dynastie davidique et renvoie probablement au rite d'intronisation du souverain. Toutefois, la tradition judaïque et chrétienne a vu dans le roi consacré le profil du Consacré par excellence, le Messie, le Christ.
Sous cette lumière, précisément, le Psaume devient un chant lumineux élevé par la Liturgie chrétienne au Ressuscité en ce jour de fête, mémoire de la Pâque du Seigneur.
2. Le Psaume 109 se divise en deux parties, toutes deux caractérisées par la présence d'un oracle divin. Le premier oracle (cf. vv. 1-3) est celui adressé au souverain le jour de son intronisation solennelle "à la droite" de Dieu, c'est-à-dire auprès de l'Arche de l'Alliance dans le temple de Jérusalem. Le souvenir de la "génération" divine du roi faisait partie du protocole officiel de son couronnement, et assumait pour Israël une valeur symbolique d'investiture et de protection, le roi étant le lieutenant de Dieu dans la défense de la justice (cf. v. 3).
Naturellement, dans la relecture chrétienne, la "génération" divine devient réelle et présente Jésus Christ comme le véritable Fils de Dieu. C'est ce qui avait eu lieu dans un autre Psaume royal et messianique célèbre, le second du Psautier, où l'on lit cet oracle divin : "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré" (Ps 2, 7).
3. Le deuxième oracle du Psaume 109 a, en revanche, un contenu sacerdotal (cf. v. 4). Le roi, dans l'antiquité, accomplissait également des fonctions cultuelles, non pas en vertu de la lignée du sacerdoce lévitique, mais d'une autre relation : celle du sacerdoce de Melchisédech ; le roi-prêtre de Shalem, la Jérusalem préisraélite (cf. Gn 14, 17-20).
Dans la perspective chrétienne, le Messie devient le modèle d'un sacerdoce parfait et suprême. L'Épître aux Hébreux exaltera, dans sa partie centrale, ce ministère sacerdotal "à la manière de Melchisédech" (5, 10), le voyant incarné en plénitude dans la personne du Christ.
4. Le premier oracle est repris plusieurs fois dans le Nouveau testament pour célébrer le caractère messianique de Jésus (cf. Mt 22, 44 ; 26, 64 ; Ac 2, 34-35 ; 1 Co 15, 25-27 ; He 1, 13). Le Christ lui-même, face au souverain prêtre et au Sanhédrin juif, fera une référence explicite à notre Psaume, se proclamant désormais "siégeant à la droite de la Puissance" divine, précisément comme il est dit dans le Psaume 109, 1 (Mc 14, 62 ; cf. 12, 36-37).
Nous reviendrons sur ce Psaume dans notre itinéraire à travers les textes de la Liturgie des Heures. Nous voudrions à présent, en conclusion de notre brève présentation de cette hymne messianique, en répéter la lecture christologique.
5. Nous le faisons à travers une synthèse offerte par saint Augustin. Dans le Commentaire sur le Psaume 109, qu'il proposa lors du Carême de l'an 412, il définissait le Psaume comme une véritable prophétie des promesses divines à l'égard du Christ. Le célèbre Père de l'Église disait : "Que le Fils unique de Dieu viendrait chez les hommes, qu'il prendrait notre chair, qu'il deviendrait homme par cette chair qu'il aurait prise, qu'il mourrait, qu'il ressusciterait, qu'il monterait au ciel pour s'asseoir à la droite de son Père, accomplissant ainsi ses promesses à l'égard des Gentils, [...] voilà ce qu'il fallait prophétiser, ce qu'il fallait annoncer, l'avènement qu'on devait prêcher, afin qu'il ne causât aux hommes ni frayeur ni surprise, mais qu'il fût attendu avec foi. Parmi ces promesses, il faut compter notre psaume, qui annonce Jésus Christ notre Seigneur d'une manière claire et évidente ; en sorte qu'il est indubitable pour nous que ce psaume est une prophétie du Christ" (Commentaires sur les Psaumes, III, Roma 1976, pp. 951.953).
6. Nous adressons à présent notre invocation au Père de Jésus Christ, unique roi et prêtre parfait et éternel, afin qu'il fasse de nous un peuple de prêtres et de prophètes de paix et d'amour, un peuple qui chante le Christ roi et prêtre qui s'est immolé pour réconcilier en lui, en un seul corps, toute l'humanité en créant l'homme nouveau (cf. Ep 2, 15-16).
À la fin de l'audience le Pape évoque son pèlerinage à Lourdes
Chers Frères et Sœurs,
Je veux ce matin rendre grâce à Dieu qui, dans sa bienveillance, m’a permis de me rendre en pèlerinage à Lourdes. Je remercie la Vierge bénie pour le climat de profond recueillement et d’intense prière de cette rencontre, me souvenant avec émotion de la foule si nombreuse des pèlerins et, au premier rang d’entre eux, des malades, venus chercher auprès de Notre-Dame le réconfort et l’espérance. Puissent aussi tous les jeunes présents garder le souvenir de ce pèlerinage et y puiser la force de devenir des hommes et des femmes libres dans le Christ !
Je remercie Mgr Jacques Perrier, Évêque de Tarbes et Lourdes, pour son accueil chaleureux et, avec lui, tous les Évêques présents, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de mon voyage. Ma gratitude s’adresse encore à M. le Président de la République et aux Autorités françaises pour leur accueil et leur disponibilité.
Que la Vierge Marie, l’Immaculée Conception, veille sur chacun de vous, qu’elle accompagne et qu’elle guide votre marche à la rencontre de son Fils !
Célébration de la Parole pour la vénération et la remise de l'Icône de la Mère de Dieu de Kazan'
Homélie
Très chers frères et sœurs !
1. Comme je l'ai annoncé dimanche dernier, notre traditionnelle rencontre hebdomadaire revêt aujourd'hui un aspect particulier. Nous sommes en effet recueillis en prière autour de l'Icône vénérée de la Mère de Dieu de Kazan', qui est sur le point d'entreprendre son voyage de retour vers la Russie, d'où elle est partie un jour lointain.
Après avoir traversé divers pays et s'être arrêtée pendant longtemps dans le Sanctuaire de Fatima, au Portugal, elle est arrivée de façon providentielle il y a plus de dix ans dans la maison du Pape. Depuis lors, elle a trouvé une place auprès de moi et a accompagné de son regard maternel mon service quotidien à l'Église.
Combien de fois, depuis ce jour, ai-je invoqué la Mère de Dieu de Kazan', lui demandant de protéger et de guider le peuple russe qui nourrit une dévotion particulière pour elle, et de hâter le moment où tous les disciples de son Fils, se reconnaissant frères, sauront recomposer en plénitude l'unité compromise.
2. Dès le début, j'ai voulu que cette sainte Icône retourne sur le sol de la Russie, où - selon des témoignages historiques fiables - elle a été pendant de très longues années l'objet d'une profonde vénération de la part de générations entières de fidèles. Autour de l'Icône de la Mère de Dieu de Kazan' s'est développée l'histoire de ce grand peuple.
La Russie est une nation chrétienne depuis tant de siècles, elle est la Sainte Rus'. Même lorsque des forces adverses s'acharnèrent contre l'Église et tentèrent d'effacer de la vie des hommes le saint nom de Dieu, ce peuple demeura profondément chrétien, témoignant dans de nombreux cas avec son sang de sa fidélité à l'Évangile et aux valeurs qu'il inspire.
C'est donc avec une émotion particulière que je rends grâce avec vous à la Divine Providence, qui me permet aujourd'hui d'envoyer au vénérable Patriarche de Moscou et de toutes les Russies le don de cette sainte Icône.
3. Que cette antique image de la Mère du Seigneur exprime à Sa Sainteté Alexis II et au vénéré Synode de l'Église orthodoxe russe l'affection du Successeur de Pierre pour eux et pour tous les fidèles qui leur sont confiés. Qu'elle exprime son estime pour la grande tradition spirituelle dont la Sainte Église russe est la gardienne. Qu'elle exprime le désir et la ferme intention du Pape de Rome de progresser ensemble avec eux sur le chemin de la connaissance et de la réconciliation réciproques, pour hâter le jour de la pleine unité des croyants pour laquelle le Seigneur Jésus a ardemment prié (cf. Jn 17, 20-22).
Très chers frères et sœurs, unissez-vous à moi pour invoquer l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, tandis que je remets son Icône à la délégation qui l'apportera, en mon nom, à Moscou.
Prière du Saint-Père
Glorieuse Mère de Jésus, qui "marches devant le Peuple de Dieu sur le chemin de la foi, de l'amour et de l'union avec le Christ" (cf. Lumen gentium, n. 63), bénie sois-tu ! Toutes les générations te proclament bienheureuse car "le Tout-Puissant a fait pour toi de grandes choses et Saint est son nom" (cf. Lc 1, 48-49).
Bénie et honorée sois-tu, ô Mère, en ton Icône de Kazan', où, depuis des siècles, tu es entourée de la vénération et de l'amour des fidèles orthodoxes, étant devenue protectrice et témoin des œuvres particulières de Dieu dans l'histoire du peuple russe, qui nous est très cher.
La Providence Divine, qui a le pouvoir de vaincre le mal et d'extraire le bien même des mauvaises actions des hommes, a fait que ta sainte Icône, disparue en des temps reculés, est réapparue dans le sanctuaire de Fatima, au Portugal. Par la suite, selon la volonté de personnes ayant une dévotion particulière pour Toi, elle a été accueillie dans la maison du Successeur de Pierre.
Mère du peuple orthodoxe, la présence à Rome de ta sainte Image de Kazan' nous parle d'une unité profonde entre l'Orient et l'Occident, qui dure dans le temps en dépit des divisions historiques et des erreurs des hommes. Nous élevons à présent vers Toi, avec une intensité particulière, notre prière, ô Vierge, tandis que nous prenons congé de ton image suggestive. Nous t'accompagnerons avec notre cœur le long du chemin qui te reconduira vers la sainte Russie. Accueille la louange et l'honneur que te rend le Peuple de Dieu qui est à Rome.
O, bénie entre toutes les femmes, en vénérant ton Icône en cette ville marquée par le sang des Apôtres Pierre et Paul, l'Évêque de Rome s'unit spirituellement à son Frère dans le ministère épiscopal, qui préside, en tant que Patriarche, à l'Église orthodoxe russe. Et il Te demande, Sainte Mère, d'intercéder afin que se hâte le temps de la pleine unité entre l'Orient et l'Occident, de la pleine communion entre tous les chrétiens.
Ô Vierge glorieuse et bénie, Notre-Dame, notre Avocate et notre soutien, réconcilie-nous avec ton Fils, recommande-nous à ton Fils, présente-nous à ton Fils ! Amen.
Louange au vrai Dieu
Lecture : Ps 113B, 1.3.9.11-13
1. Le Dieu vivant et l'idole sans vie s'affrontent dans le Psaume 113B que nous venons d'entendre et qui appartient à la série des Psaumes des Vêpres. L'antique traduction grecque de la Bible, appelée des Septante, suivie de la version latine de l'antique Liturgie chrétienne, a uni ce Psaume en l'honneur du vrai Seigneur au Psaume précédent. Il en résulte une unique composition qui est cependant nettement partagée en deux textes distincts (cf. Ps 113A et 113B).
Après une parole initiale adressée au Seigneur pour en attester la gloire, le peuple élu présente son Dieu comme le créateur tout-puissant : "Notre Dieu, il est dans les cieux, tout ce qui lui plaît, il le fait" (Ps 113B, 3). "Fidélité et grâce" sont les vertus typiques du Dieu de l'alliance dans sa relation avec le peuple qu'Il a choisi, Israël (cf. v. 1). Ainsi, le cosmos et l'histoire se trouvent sous sa souveraineté, qui est puissance d'amour et de salut.
2. Le Dieu véritable adoré par Israël, est immédiatement opposé aux "idoles" des païens (v. 4). L'idolâtrie est une tentation de toute l'humanité dans tous les pays et à toutes les époques. L'idole est une chose inanimée, née des mains de l'homme, une froide statue privée de vie. Le Psalmiste la décrit ironiquement avec ses sept attributs complètement inutiles : la bouche muette, les yeux aveugles, les oreilles sourdes, les narines insensibles aux odeurs, les mains inertes, les pieds paralysés, la gorge qui n'émet aucun son (cf. vv. 5-7).
Après cette critique impitoyable des idoles, le Psalmiste exprime un souhait sarcastique : "Comme elles, seront ceux qui les firent, quiconque met en elles sa foi" (v. 8). Il s'agit d'un souhait exprimé sous une forme efficace pour produire un effet de dissuasion radicale à l'égard de l'idolâtrie. Celui qui adore les idoles de la richesse, du pouvoir, du succès perd sa dignité de personne humaine. Le prophète Isaïe disait : "Néant, tous ceux qui modèlent des idoles, leurs meilleures œuvres ne servent à rien ! Elles sont leurs témoins, qui ne voient ni ne savent rien, en sorte qu'ils seront couverts de honte" (Is 44, 9).
3. En revanche, les fidèles du Seigneur savent qu'ils ont dans le Dieu vivant "leur secours" et "leur bouclier" (cf. Ps 113B, 9-13). Ces derniers sont présentés selon une triple catégorie. Il y a tout d'abord "la Maison d'Israël", c'est-à-dire tout le peuple, la communauté qui se réunit dans le temple pour prier. Il y a également la "Maison d'Aaron" qui se réfère aux prêtres, gardiens et annonciateurs de la Parole divine, appelés à présider le culte. Puis on évoque pour finir ceux qui craignent le Seigneur, c'est-à-dire les fidèles authentiques et constants qui, dans le judaïsme successif à l'exil babylonien et plus tard, dénotent également les païens qui s'approchaient de la communauté et de la foi d'Israël avec un cœur sincère et en effectuant une recherche authentique. Ce sera, par exemple, le cas du centurion romain Cornelius (cf. Ac 10, 1-2.22), ensuite converti par saint Pierre au christianisme.
Sur ces trois catégories de véritables croyants descend la bénédiction divine (cf. Ps 113B, 12-15). Celle-ci, selon la conception biblique, est une source de fécondité : "Que Yahvé vous fasse croître, vous et vos enfants" (v. 14). Puis les fidèles, joyeux en raison du don de la vie qu'ils ont reçu du Dieu vivant et créateur, entonnent un bref hymne de louange, répondant à la bénédiction efficace de Dieu par leur bénédiction reconnaissante et confiante (cf. vv. 16-18).
4. De façon très vivante et suggestive, un Père de l'Église d'Orient, saint Grégoire de Nysse (IV siècle), dans sa cinquième Homélie sur le Cantique des cantiques reprend notre Psaume pour décrire le passage de l'humanité du "gel de l'idolâtrie" au printemps du salut. En effet, rappelle saint Grégoire, la nature humaine s'était elle-même transformée "dans les êtres immobiles" et sans vie "qui furent faits objets de culte", comme il est précisément écrit : "Comme eux seront ceux qui les firent, quiconque met en eux sa foi". "Et il était logique qu'il en aille ainsi. En effet, de même que ceux qui se tournent vers le vrai Dieu reçoivent en eux les caractéristiques de la vie divine, celui qui s'adressa à la vanité des idoles se transforma et se fit conforme à ce qu'il regardait et devint pierre, alors qu'il était homme. La nature humaine étant donc devenue de pierre à cause de l'idolâtrie, elle resta immobile à l'égard du bien, bloquée dans le gel du culte des idoles, c'est pourquoi naît sur ce terrible hiver le Soleil de la justice, qui fait venir le printemps avec la brise du milieu du jour, qui fait fondre ce gel, et réchauffe, avec l'apparition des rayons de ce soleil, tout ce qui se trouve au-dessous. Ainsi l'homme, qui avait été transformé en pierre par la glace, réchauffé par l'Esprit et par les rayons du Logos, redevint de l'eau qui jaillissait pour la vie éternelle" (Homélie sur le Cantique des cantiques, Rome 1988, pp. 133-134).
Appels du Pape afin que cesse le recours à la violence
À l'issue de l'Audience générale le Pape Jean-Paul II lançait l'appel suivant :
C'est avec une grande douleur et une grande préoccupation que j'ai appris les récentes nouvelles graves concernant les attentats terroristes en Israël et en Russie, où de nombreuses personnes, victimes sans défense et innocentes, ont trouvé la mort.
Dans la nation irakienne tourmentée également, la chaîne de violence aveugle qui empêche un retour rapide à la coexistence civile ne cesse pas. À la ferme condamnation pour l'exécution barbare de douze citoyens népalais se joint l'inquiétude pour le sort des deux journalistes français encore retenus en otage par leurs ravisseurs.
Je lance un appel pressant afin que cesse partout le recours à la violence, toujours indigne de toute bonne cause, et afin que les deux journalistes français soient traités avec humanité et rendus indemnes au plus tôt à leurs proches.
C'est aujourd'hui, 1er septembre, l'anniversaire de l'invasion de la Pologne et du début de la Deuxième Guerre mondiale, qui sema le deuil en Europe et sur les autres continents. En repensant à ces jours, en ce moment de graves et multiples tensions, invoquons de Dieu, Père de tous les hommes, le don précieux de la paix.
Un profond cri de douleur s'élève de l'enfance blessée dans sa dignité
1. La liturgie fait aujourd'hui mémoire de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie. Cette fête, particulièrement vivante dans la piété populaire, nous conduit à admirer en Marie Enfant l'aurore très pure de la Rédemption. Nous contemplons une petite fille comme toutes les autres, et dans le même temps l'unique, celle qui est "bénie entre les femmes" (Lc 1, 42). Marie est l'immaculée "fille de Sion", destinée à devenir la Mère du Messie.
2. En regardant Marie Enfant, comment ne pas penser aux nombreux petits enfants sans défense de Beslan, en Ossétie, victimes d'une prise d'otage barbare et tragiquement assassinés ? Ils se trouvaient à l'intérieur d'une école, un lieu dans lequel on apprend les valeurs qui donnent son sens à l'histoire, à la culture et à la civilisation des peuples : le respect réciproque, la solidarité, la justice et la paix. Entre ces murs, ils ont en revanche fait l'expérience de la violence, de la haine et de la mort, conséquences néfastes d'un fanatisme cruel et d'un mépris insensé de la personne humaine.
En cet instant, le regard s'étend à tous les enfants innocents qui, dans toutes les parties du monde, sont victimes de la violence des adultes. Des enfants contraints à prendre les armes et éduqués à haïr et à tuer ; des enfants poussés à mendier dans les rues, exploités pour obtenir des gains faciles ; des enfants maltraités et humiliés par la domination et les injustices des grands ; des enfants abandonnés à eux-mêmes, privés de la chaleur de leur famille et d'une perspective d'avenir ; des enfants qui meurent de faim, des enfants tués dans les nombreux conflits dans diverses régions du monde.
3. C'est un profond cri de douleur de l'enfance blessée dans sa dignité. Il ne peut ni ne doit laisser personne indifférent. Très chers frères et sœurs, devant le berceau de Marie Enfant, nous prenons une conscience renouvelée du devoir que nous avons tous de protéger et de défendre ces fragiles créatures et de construire pour elles un avenir de paix. Prions ensemble afin que soient créées pour elles les conditions d'une existence sereine et sûre.
PRIÈRE POUR LA JUSTICE, POUR LA PAIX
ET LA SOLIDARITÉ DANS LE MONDE
Chers frères et sœurs, accueillant l'invitation du Saint-Père, nous élevons à Dieu notre prière.
Ensemble nous disons : Écoute-nous ô Seigneur !
1. Pour les enfants de Beslan, arrachés à la vie avec une violence inouïe alors qu'ils s'apprêtaient à commencer l'année scolaire, pour leurs parents, leurs proches et leurs amis qui ont été tués avec eux : afin que Dieu, dans sa miséricorde, leur ouvre toutes grandes les portes de sa maison, prions.
Écoute-nous, ô Seigneur !
2. Pour les blessés, pour les familles des victimes et pour tous les membres de la communauté de Beslan qui, le cœur déchiré, pleurent la mort de leurs proches : afin que, soutenus par la lumière de la foi et réconfortés par la solidarité de tant de personnes dans le monde, ils sachent pardonner ceux qui leur ont fait du mal, prions.
Écoute-nous, ô Seigneur !
3. Pour tous les enfants qui, dans de nombreuses parties de la terre, souffrent et meurent à cause de la violence et des abus des adultes : afin que le Seigneur leur fasse ressentir le réconfort de son amour et infléchisse la dureté de cœur de ceux qui sont la cause de leurs souffrances, prions.
Écoute-nous, ô Seigneur !
4. Pour les nombreuses personnes prises en otage dans la terre tourmentée de l'Irak et, en particulier, pour les deux jeunes volontaires italiennes enlevées hier à Bagdad : afin qu'elles soient toutes traitées avec respect et rendues au plus tôt indemnes à l'affection de leurs proches, prions.
Écoute-nous, ô Seigneur !
5. Pour la justice et la paix dans le monde : afin que le Seigneur illumine les esprits de ceux qui sont subjugués par la sombre attraction de la violence et ouvre le cœur de chacun au dialogue et à la réconciliation, pour construire un avenir d'espérance et de paix, prions.
Écoute-nous, ô Seigneur !
[Saint-Père]
Dieu, notre Père, Tu as créé les hommes afin qu'ils vivent en communion entre eux. Fais-nous comprendre que chaque enfant est une richesse de l'humanité, et que la violence sur les autres et une voie sans issue qui ne conduit pas à l'avenir. Nous te le demandons par l'intercession de la Vierge, Mère de Jésus Christ Notre Seigneur, qui vit et règne pour les siècles des siècles.
Les noces de l'Agneau
Lecture : cf. Ap 19, 1-7
1. Le Livre de l'Apocalypse est constellé de Cantiques qui sont élevés à Dieu, Seigneur de l'univers et de l'histoire. Nous venons à présent d'en entendre un que nous retrouvons sans cesse pendant les quatre semaines autour desquelles s'articule la Liturgie des Vêpres.
Cet hymne est rythmé par l'"alléluia", mot d'origine juive qui signifie "louez le Seigneur" et qui curieusement n'apparaît dans le Nouveau Testament, que dans ce passage de l'Apocalypse, où il est répété à cinq reprises. La liturgie ne sélectionne que quelques versets dans le texte du chapitre 19. Dans le cadre narratif de ce passage, ces derniers sont entonnés dans le ciel par une "foule immense" : c'est comme un chœur puissant qui s'élève de tous les élus qui célèbrent le Seigneur dans la joie et dans la fête (cf. Ap 19, 1).
2. L'Église qui est sur la terre harmonise donc son chant de louange avec celui des justes, qui contemplent déjà la gloire de Dieu. Il s'établit ainsi un canal de communication entre l'histoire et l'éternité : celui-ci a son point de départ dans la liturgie terrestre de la communauté ecclésiale et trouve son point d'arrivée dans la liturgie céleste, à laquelle participent déjà nos frères et sœurs qui nous ont précédés sur le chemin de la foi.
Dans cette communion de louange trois thèmes sont, en substance, célébrés. Tout d'abord, les grandes qualités de Dieu, son "salut et gloire et puissance" (v. 1 ; cf. v. 7), c'est-à-dire la transcendance et la toute-puissance salvifique. La prière est la contemplation de la gloire divine, du mystère ineffable, de l'océan de lumière et d'amour qui est Dieu.
En deuxième lieu, le Cantique exalte le "règne" du Seigneur, c'est-à-dire le projet divin de rédemption à l'égard du genre humain. En reprenant un thème cher à ce que l'on appelle les Psaumes du Royaume de Dieu (cf. Ps 46 ; 95-98), on proclame ici que "Il [le Seigneur] a pris possession de son règne" (Ap 19, 6), en intervenant avec une autorité suprême dans l'histoire. Bien sûr, celle-ci est confiée à la liberté humaine qui engendre le bien et le mal, mais elle a son sceau ultime dans les choix de la providence divine. Le livre de l'Apocalypse célèbre précisément l'objectif vers lequel l'histoire est conduite à travers l’œuvre efficace de Dieu, malgré les tempêtes, les déchirements, les dévastations accomplies par le mal, par l'homme et par Satan.
Dans une autre page de l'Apocalypse, il est chanté : "Nous te rendons grâce, Seigneur, Dieu Maître-de-tout. Il est et Il était, parce que tu as pris en main ton immense puissance pour établir ton règne" (11, 17).
3. Enfin, le troisième thème de l'hymne est typique du livre de l'Apocalypse et de sa symbolique : "Car voici les noces de l'Agneau, et son épouse s'est faite belle" (19, 7). Comme nous aurons l'occasion de l'approfondir au cours de méditations ultérieures sur ce Cantique, le but définitif auquel le dernier livre de la Bible nous conduit est celui de la rencontre nuptiale entre l'Agneau, qui est le Christ, et l'épouse purifiée et transfigurée, qui est l'humanité rachetée.
L'expression "car voici les noces de l'Agneau" fait référence au moment suprême - comme le dit notre texte "nuptial" - de l'intimité entre créature et Créateur, dans la joie et dans la paix du salut.
4. Nous concluons par les paroles d'un des sermons de saint Augustin, qui illustre et exalte ainsi le chant de l'Alléluia dans sa signification spirituelle : "Vous savez effectivement que dans notre langue Alléluia signifie "Louez Dieu" ; ainsi, en redisant ce mot avec l'accord sur les lèvres et dans le cœur, nous nous excitons mutuellement à louer le Seigneur. Ah ! Il est le seul que nous puissions louer avec sécurité, puisqu'il n'y a rien en lui qui puisse nous déplaire. Sans doute à cette époque où s'accomplit notre pèlerinage, nous chantons l'Alléluia pour nous consoler des fatigues de la route ; c'est pour nous le chant du voyageur ; mais en traversant nos laborieux sentiers, nous cherchons le repos de la patrie, et là, toute autre occupation cessant, nous n'aurons plus qu'à redire l'Alléluia (n. 255, 1 : Sermons, IV/2, Rome 1984, p. 597).
La passion volontaire du Christ, serviteur de Dieu
Lecture : cf. 1 P 2, 21-24
1. Aujourd'hui, en écoutant le passage sous forme d'hymne du chapitre 2 de la Première Épître de saint Pierre, est apparu de façon très vive devant nos yeux le visage du Christ souffrant. C'est ce qui arrivait aux lecteurs de cette Épître dans les premiers temps du christianisme et c'est ce qui est arrivé pendant des siècles au cours de la proclamation liturgique de la Parole de Dieu et dans la méditation personnelle.
Inséré à l'intérieur de l'Épître, ce chant présente une tonalité liturgique et semble refléter le souffle de prière de l'Église des origines (cf. Col 1, 15-20 ; Ph 2, 6-11 ; 1 Tm 3, 16). Il est également marqué par un dialogue idéal entre l'auteur et les lecteurs, rythmé par l'alternance des pronoms personnels "nous" et "vous" : "car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces... lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps... afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris" (1 P 2, 21.24-25).
2. Mais le pronom qui revient le plus fréquemment se trouve dans l'original grec, hos, qui est presque martelé au début des versets principaux (cf. 2, 22.23.24) : c'est "Lui", le Christ patient ; Lui qui n'a pas commis de péché ; Lui qui, étant outragé, ne réagissait pas en demandant vengeance ; Lui qui, sur la Croix, a porté le poids des péchés de l'humanité pour les effacer.
La pensée de Pierre, mais également celle des fidèles qui récitent cet hymne en particulier dans la Liturgie des Vêpres de la période quadragésimale, se tournent vers le Serviteur de Yahvé décrit dans le célèbre quatrième chant du Livre du prophète Isaïe. Il s'agit d'un personnage mystérieux, interprété par le christianisme d'un point de vue messianique et christologique, car il anticipe les détails et la signification de la Passion du Christ : "Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé... Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes... Dans ses blessures nous trouvons la guérison... Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche" (Is 53, 4.5.7).
Le profil de l'humanité pécheresse représentée sous l'image d'un troupeau en perdition, dans un verset qui n'est pas repris dans la Liturgie des Vêpres (cf. 1 P 2, 25), provient lui aussi de cet antique poème prophétique : "Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin" (Is 53, 6).
3. Deux figures se croisent donc dans l'hymne pétrinien. On le trouve tout d'abord Lui, le Christ, qui avance vers la voie difficile de la passion, sans s'opposer à l'injustice et à la violence, sans récriminations ni plaintes, mais en se donnant lui-même, ainsi que son histoire douloureuse "à Celui qui juge avec justice" (1 P 2, 23). Un acte de confiance pure et absolue qui sera scellée sur la Croix par ses dernières paroles célèbres, clamées à haute voix en s'abandonnant totalement à l'œuvre du Père : "Père entre tes mains je remets mon esprit" (Lc 23, 46 ; cf. Ps 30, 6).
Il ne s'agit donc pas d'une résignation aveugle et passive, mais d'une confiance courageuse, destinée à être un exemple pour tous les disciples qui parcourront la voie obscure de l'épreuve et de la persécution.
4. Le Christ est présenté comme le Sauveur, solidaire avec nous dans son "corps" humain. En naissant de la Vierge Marie, il est devenu notre frère. Il peut donc être à nos côtés, partager notre douleur, porter notre mal, "nos fautes" (1 P 2, 24). Mais il est également et toujours le Fils de Dieu et sa solidarité avec nous devient radicalement transformatrice, libératrice, expiatrice, salvifique (ibid.).
C'est ainsi que notre pauvre humanité est arrachée des routes déviantes et perverses du mal et ramenée à la "justice", c'est-à-dire au beau projet de Dieu. La dernière phrase de l'hymne est particulièrement émouvante. Elle dit : "Lui dont la meurtrissure nous a guéris" (v. 25). Nous voyons quel prix fort le Christ a dû payer pour nous procurer la guérison !
5. Nous concluons en laissant la parole aux Pères de l'Église, c'est-à-dire à la tradition chrétienne qui a médité et prié avec cet hymne de saint Pierre.
En mélangeant une expression de cet hymne avec d'autres références bibliques, saint Irénée de Lyon synthétise ainsi la figure du Christ Sauveur, dans un passage de son traité Contre les hérésies : "Il n'y a qu'un seul et même Jésus Christ, Fils de Dieu, qui, à travers sa passion, nous a réconciliés avec Dieu et est ressuscité d'entre les mort, qui est à la droite du Père et qui est parfait en toutes choses : on le frappait, mais il ne rendait pas les coups, "lui qui, alors qu'il souffrait, ne menaçait pas" et qui, alors qu'il souffrait d'une violence tyrannique, priait le Père de pardonner ceux qui l'avaient crucifié. Il nous a véritablement sauvés, il est le Verbe de Dieu, il est le Fils unique du Père, Jésus Christ notre Seigneur" (III, 16, 9, Milan, 1997, p. 270).