Ressources Catholiques Magistère

précédent
Catéchèse du 29 septembre 2004
Les noces du Roi
Lecture : Ps 44, 2-3.7-8
1. "Épithalame royal" : ces paroles, placées en ouverture du Psaume 44, orientent le lecteur quant au caractère fondamental de cette hymne. Le scribe de cour qui l'a composé nous révèle immédiatement qu'il s'agit d'un poème en l'honneur du souverain hébreu. En parcourant les versets de la composition, on s'aperçoit même que l'on est en présence d'un épithalame, c'est-à-dire d'un chant nuptial.
Les chercheurs se sont efforcés de déterminer les sources historiques du Psaume sur la base de certains indices - tels que le lien de la reine avec la ville phénicienne de Tyr (cf. v. 13) - mais sans réussir à identifier de façon précise le couple royal. Le fait qu'il s'agisse d'un roi israélite est important, car cela a permis à la tradition juive de transformer le texte en chant au roi-Messie, et à la tradition chrétienne de relire le Psaume dans une optique christologique et, en raison de la présence de la reine, également dans une perspective mariologique.
2. La Liturgie des Vêpres nous invite à lire ce Psaume comme une prière, en l'articulant en deux moments. Nous avons à présent écouté la première partie (cf. vv. 2-10) qui, après l'introduction déjà évoquée du scribe auteur du texte (cf. v. 2), présente un splendide portrait du souverain qui va célébrer ses noces.
C'est pour cette raison que le judaïsme a reconnu dans le Psaume 44 un chant nuptial, qui exalte la beauté et l'intensité du don d'amour entre les conjoints. La femme peut en particulier répéter avec le Cantique des Cantiques : "Mon bien-aimé est à moi et moi à lui" (2, 16). "Je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi" (6, 3).
3. Le profil de l'époux royal est tracé de façon solennelle, avec le recours à l'apparat d'une scène de cour. Il porte les insignes militaires (Ps 44, 4-6), auxquels s'ajoutent de somptueux vêtements parfumés, alors qu'en toile de fond brillent les palais dont les salles grandioses sont recouvertes d'ivoire et retentissent de musique (cf. vv. 9-10). Au centre, s'élève le trône et le sceptre est mentionné, deux signes du pouvoir et de l'investiture royale (cf. vv. 7-8).
À ce point, nous voudrions souligner deux éléments. Tout d'abord la beauté de l'époux, signe d'une splendeur intérieure et de la bénédiction divine : "Tu es beau, le plus beau des enfants des hommes" (v. 3). C'est précisément sur la base de ce verset que la tradition chrétienne représenta le Christ sous forme d'un homme parfait et fascinant. Dans un monde souvent marqué par la laideur et la vilenie, cette image constitue une invitation à retrouver la "via pulchritudinis" dans la foi, dans la théologie et dans la vie sociale pour atteindre la beauté divine.
4. La beauté n'est cependant pas une fin en soi. La deuxième remarque que nous voudrions formuler concerne précisément la rencontre entre la beauté et la justice. En effet, le souverain "chevauche pour la cause de la vérité, de la piété, de la justice" (v. 5) ; il "aime la justice ; [hait] l'impiété" (v. 8) et il possède un "sceptre de droiture" (v. 7). La beauté doit se conjuguer avec la bonté et la sainteté de vie, de façon à faire resplendir dans le monde le visage lumineux de Dieu bon, admirable et juste.
Dans le verset 7, selon les chercheurs, l'appellation "Dieu", serait adressée au roi lui-même, car il est consacré par le Seigneur et appartient donc d'une certaine manière au monde divin : "Ton trône est de Dieu pour toujours et à jamais". Ou bien, il pourrait s'agir d'une invocation à l'unique roi suprême, le Seigneur, qui se penche sur le roi-Messie. Il est certain que la Lettre aux Hébreux, en appliquant ce Psaume au Christ n'a pas d'hésitation à reconnaître la divinité totale, et non pas seulement symbolique, au Fils de Dieu entré dans sa gloire (cf. He 1, 8-9).
5. Dans le sillage de cette lecture christologique, nous concluons en reprenant la voix des Pères de l'Église, qui attribuent à chaque verset des valeurs spirituelles supplémentaires. Ainsi, à propos de la phrase du Psaume dans laquelle il est dit que le roi-Messie est "béni de Dieu à jamais" (cf. Ps 44, 3), saint Jean Chrysostome ajoute cette application christologique : "Adam, le premier homme, fut chargé d'imprécations ; celui-ci, au contraire, est chargé de bénédictions. Au premier, il fut dit : "Tu es maudit dans tes œuvres", et ses enfants furent frappés à leur tour de semblables malédictions : "Maudit celui qui fait négligemment les œuvres du Seigneur ; maudit celui qui ne reste pas fidèle à toutes les choses écrites dans ce livre ; maudit celui qui est pendu au bois" (Gn 3, 17 ; Jr 48, 10 ; Dt 27, 26 ; Dt 21, 23). Voyez-vous que de malédictions ? Le Christ nous en délivra, en les assumant sur sa tête. De même qu'il s'est humilié pour vous relever, qu'il est mort pour vous rendre immortels ; de même il a assumé les malédictions afin que vous fussiez comblés de bénédictions. Qu'y a-t-il de comparable à une bénédiction achetée au prix d'une malédiction ? Le Christ n'avait pas besoin de bénédictions pour lui-même ; c'est pour vous qu'il les a gagnées" (Expositio in Psalmum XLIV, 4 : PG 55, 188-189).
 
Catéchèse du 6 octobre 2004
Le Roi et l'Épouse
Lecture : Ps 44, 11-12. 14-15.18
1. Le doux portrait féminin qui nous a été présenté constitue le second tableau du diptyque qui compose le Psaume 44, un chant nuptial serein et joyeux, que la Liturgie des Vêpres propose à notre lecture. Ainsi, après avoir contemplé le roi qui célèbre ses noces (cf. vv. 2-10), nos yeux se tournent à présent vers la figure de la reine, épouse du souverain (cf. vv. 11-18). Cette perspective nuptiale nous permet de dédier le Psaume à tous les couples qui vivent avec intensité et fraîcheur intérieure leur mariage, signe d'un "grand mystère", comme le suggère saint Paul, celui de l'amour du Père pour l'humanité et du Christ pour son Église (cf. Ep 5, 32). Toutefois, le Psaume ouvre de nouveaux horizons.
Sur la scène apparaît, en effet, le roi hébreu et c'est précisément dans cette perspective que la tradition juive successive y a vu une description du Messie issu de la lignée de David, alors que le christianisme a transformé l'hymne en un chant en l'honneur du Christ.
2. À présent, cependant, notre attention se fixe sur le portrait de la reine que le poète de cour, auteur du Psaume (cf. Ps 44, 2), décrit avec une grande délicatesse et beaucoup de sensibilité. L'indication de la ville phénicienne de Tyr (cf. v. 13) laisse supposer qu'il s'agit d'une princesse étrangère. L'appel à oublier le peuple et la maison du père (cf. v. 11), dont la princesse a dû s'éloigner, prend alors une signification particulière.
La vocation nuptiale constitue un tournant dans la vie et transforme l'existence, comme il apparaît déjà dans le livre de la Genèse : "C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair" (Gn 2, 24). La reine épouse s'avance à présent, accompagnée de son cortège nuptial qui porte les dons, vers le roi qui est fasciné par sa beauté (cf. Ps 44, 12-13).
3. L'insistance avec laquelle le Psalmiste exalte la femme est importante : elle est "toute de splendeur" (v. 14) et cette magnificence est exprimée par l'habit nuptial entièrement tissé d'or et enrichi de précieuses broderies (cf. vv. 14-15).
La Bible aime la beauté comme reflet de la splendeur de Dieu lui-même ; les vêtements peuvent eux aussi devenir le signe d'une lumière intérieure fulgurante, d'une pureté de l'âme.
La pensée avance de façon parallèle, d'une part, aux pages admirables du Cantique des Cantiques (cf. Ct 4 et 7) et, de l'autre, à la reprise de l'Apocalypse qui décrit les "noces de l'Agneau", c'est-à-dire du Christ, avec la communauté des rachetés, en soulignant la valeur symbolique des vêtements nuptiaux : "Voici les noces de l'agneau et son épouse s'est faite belle : on lui a donné de se vêtir de lin d'une blancheur éclatante - le lin, c'est en effet les bonnes actions des saints" (Ap 19, 7-8).
4. À côté de la beauté, est exaltée la joie qui émane du cortège joyeux des "vierges à sa suite", les demoiselles d'honneur qui accompagnent l'épouse "parmi joie et liesse" (cf. Ps 44, 15-16). Le joie authentique est beaucoup plus profonde que la simple allégresse, elle est une expression de l'amour qui participe au bien de la personne aimée dans la sérénité du cœur.
Or, selon les paroles de vœux placées en conclusion, apparaît une autre réalité, profondément enracinée dans le mariage : la fécondité. On parle, en effet, de "fils" et de "générations" (cf. vv. 17-18). L'avenir, non seulement de la dynastie mais de l'humanité, se réalise précisément parce que le couple offre au monde de nouvelles créatures.
Il s'agit d'un thème important à notre époque, dans un monde occidental souvent incapable de confier sa propre existence à l'avenir, à travers l'engendrement et la protection de nouvelles créatures, qui poursuivront la civilisation des peuples et qui réaliseront l'histoire du salut.
5. De nombreux Pères de l'Église, comme on le sait, ont lu le portrait de la reine en l'appliquant à Marie, à partir de l'appel initial : "Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille..." (v. 11). C'est ce qui a lieu, par exemple, dans l'Homélie sur la Mère de Dieu de Chrysippe de Jérusalem, un cappadocien qui, en Palestine, fut l'un des moines fondateurs du monastère de saint Euthyme et qui, devenu prêtre, fut gardien de la Sainte Croix dans la Basilique de l'Anastasis à Jérusalem.
"C'est à toi qu'est adressé mon discours - dit-il en s'adressant à Marie -, à toi qui dois devenir l'épouse du grand souverain ; c'est à toi que va mon discours, à toi qui vas concevoir le Verbe de Dieu, de la façon qu'Il connaît... "Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille" ; en effet l'heureuse annonce de la rédemption du monde est en train de s'accomplir. Tends ton oreille et ce que tu entendras réjouira ton cœur... "Oublie ton peuple et la maison de ton père" : ne prête pas attention à ta parenté terrestre, car tu seras transformée en une reine céleste. Et vois - dit-il - combien t'aime celui qui est le Créateur et Seigneur de toutes les choses. "En effet le roi - dit-il - désire ta beauté" : le Père lui-même te prendra comme son épouse ; l'Esprit disposera toutes les conditions qui sont nécessaires pour ces noces... Ne crois pas que tu enfanteras un enfant humain, "car il est ton Seigneur et tu te prosterneras devant lui". Ton Créateur est devenu ton enfant ; tu le concevras et, avec les autres, tu l'adoreras comme ton Seigneur" (Testi mariani del primo millennio, I, Rome 1988, pp. 605-606).
 
Catéchèse du 13 octobre 2004
Dieu Sauveur
Lecture : Ep 1, 3.7-8
1. Nous nous trouvons face à l'hymne solennel de bénédiction qui ouvre la Lettre aux Éphésiens, une page de grande portée théologique et spirituelle, admirable expression de la foi et peut-être de la liturgie de l'Église des temps apostoliques.
À quatre reprises, lors de chaque semaine autour desquelles s'articule la Liturgie des Vêpres, l'hymne est reproposé, afin que le fidèle puisse contempler et goûter cette grandiose icône du Christ, cœur de la spiritualité et du culte chrétien, mais également principe d'unité et de sens de l'univers et de toute l'histoire. La bénédiction s'élève de l'humanité vers le Père qui est aux cieux (cf. v. 3), en partant de l’œuvre salvifique du Fils.
2. Celle-ci commence à partir du projet divin éternel, que le Christ est appelé à accomplir. Dans ce dessein brille en premier lieu notre appel à être "saints et immaculés", non tant au niveau rituel - comme sembleraient le suggérer les adjectifs utilisés dans l'Ancien Testament pour le culte sacrificiel - mais plutôt "dans l'amour" (cf. v. 4). Il s'agit donc d'une sainteté et d'une pureté morale, existentielle, intérieure.
Toutefois, le Père a pour nous à l'esprit un autre objectif : à travers le Christ il nous destine à accueillir le don de la dignité filiale, devenant fils dans le Fils et frères de Jésus (cf. Rm 8, 15.23 ; 9, 4 ; Gal 4, 5). Ce don de la grâce se diffuse à travers "le Fils bien-aimé", le Fils unique par excellence (cf. vv. 5-6).
3. En empruntant cette voie le Père opère en nous une transformation radicale : une totale libération du mal, "la rédemption par le sang" du Christ, "la rémission des fautes" à travers "la richesse de sa grâce" (cf. v. 7). L'immolation du Christ sur la croix, acte suprême d'amour et de solidarité, diffuse sur nous une vague surabondante de lumière, de "sagesse et d'intelligence" (cf. v. 8). Nous sommes des créatures transfigurées : une fois notre faute effacée, nous connaissons le Seigneur en plénitude. Et la connaissance étant, dans le langage biblique, une expression d'amour, elle nous introduit plus profondément dans le "mystère" de la volonté divine (cf. v. 9).
4. Un "mystère", c'est-à-dire dire un projet transcendant et parfait, qui a pour contenu un admirable plan salvifique : "Ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres terrestres comme les célestes" (v. 10). Le texte grec suggère que le Christ est devenu le kefalaion, c'est-à-dire qu'il est le point cardinal, l'axe central vers lequel l'être créé converge et acquiert tout son sens. Ce même vocable grec renvoie à un autre terme, cher à l'Épître aux Éphésiens et aux Colossiens : kefale, "chef", qui indique la fonction accomplie par le Christ dans le corps de l'Église.
À présent, le regard a une portée plus vaste et cosmique, tout en incluant la dimension ecclésiale plus spécifique de l’œuvre du Christ. Il s'est réconcilié toutes choses "faisant la paix par le sang de sa croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel" (Col 1, 20).
5. Nous concluons notre réflexion par une prière de louange et de gratitude pour la rédemption du Christ opérée en nous. Nous le faisons en reprenant les paroles d'un texte conservé sur un antique papyrus du IV siècle.
"Nous t'invoquons, Seigneur Dieu. Tu connais chaque chose, rien ne t'échappe, Maître de vérité. Tu as créé l'univers et tu veilles sur chaque être. Tu guides sur le chemin de la vérité ceux qui étaient dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Tu veux sauver tous les hommes et leur faire connaître la vérité. Tous ensemble nous t'offrons des louanges et des hymnes d'action de grâce". L'orant poursuit : "Tu nous as rachetés, avec le sang précieux et immaculé de ton Fils unique, de tout égarement et de l'esclavage. Tu nous as libérés du démon et tu nous as accordé la gloire et la liberté. Nous étions morts et tu nous as fait renaître, corps et âme, dans l'Esprit. Nous étions souillés et tu nous as rendus purs. Nous te prions donc, Père des miséricordes et Dieu de toute consolation : confirme-nous dans notre vocation, dans l'adoration et dans la fidélité". La prière se conclut par l'invocation suivante : "Fortifie-nous, ô Seigneur bienveillant, avec ta force. Illumine notre âme de ton réconfort... Accorde-nous de regarder, de chercher et de contempler les biens du ciel et non ceux de la terre. Ainsi, par la force de ta grâce sera rendu gloire au pouvoir tout-puissant, très saint et digne de toute louange, dans le Christ Jésus, le Fils bien-aimé, avec l'Esprit Saint dans les siècles des siècles. Amen". (A. Hamman, Prières des premiers chrétiens, Milan 1955, pp. 92-94).
 
Catéchèse du 20 octobre 2004
Vanité des richesses
Lecture : Ps 48, 2-3.6-8.13
1. Notre méditation sur le Psaume 48 sera divisée en deux étapes, précisément comme le fait la Liturgie des Vêpres, qui nous le propose en deux temps. Nous en commenterons à présent de façon essentielle la première partie, dans laquelle la réflexion se développe à partir d'une situation de difficulté, comme dans le Psaume 72. Le juste doit affronter des "jours tristes", car "la malice [des pervers] me talonne et me cerne", eux "qui se prévalent du surcroît de leur richesse" (cf. Ps 48, 6-7).
La conclusion à laquelle le juste parvient est formulée comme une sorte de proverbe, que l'on retrouvera également dans le final de l'ensemble du Psaume. Elle résume de façon claire le message dominant de la composition poétique : "L'homme dans son luxe ne comprend pas, il ressemble au bétail muet" (v. 13). En d'autres termes, "le surcroît de richesse" n'est pas un avantage, au contraire ! Il vaut mieux être pauvre et uni à Dieu.
2. Dans le proverbe semble retentir la voix austère d'un antique sage de la Bible, l'Ecclésiaste ou Qohélet, lorsqu'il décrit le destin apparemment semblable de toute créature vivante, celui de la mort, qui rend complètement vaine la tentative de s'agripper de façon frénétique aux choses terrestres : "Comme il était sorti du sein de sa mère tout nu, il s'en retournera, comme il était venu. De son travail il n'a rien retiré qui lui reste en main... Car le sort de l'homme et le sort de la bête sont un sort identique : comme meurt l'un, ainsi meurt l'autre... Tout s'en va vers un même lieu" (Qo 5, 14 ; 3, 19.20).
3. Un profond aveuglement s'empare de l'homme lorsqu'il pense pouvoir éviter la mort en se donnant du mal pour accumuler des biens matériels : ce n'est pas pour rien que le Psalmiste parle d'un "manque de compréhension" au caractère presque animal.
Quoi qu'il en soit, ce thème sera abordé par toutes les cultures et par toutes les spiritualités et il sera exprimé en substance de façon définitive par Jésus qui déclare : "Attention ! Gardez-vous de toute cupidité, car, au sein même de l'abondance, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens" (Lc 12, 15). Il raconte ensuite la célèbre parabole du riche insensé, qui accumule des biens à n'en plus finir sans imaginer le piège que la mort lui tend déjà (cf. Lc 12, 16-21).
4. La première partie du Psaume est entièrement centrée précisément sur cette illusion qui envahit le cœur de l'homme riche. Celui-ci est convaincu de réussir à "acheter" également la mort, tentant en quelque sorte de la corrompre, un peu comme il a fait pour obtenir toutes les autres choses, c'est-à-dire le succès, le triomphe sur les autres dans le domaine social et politique, la prévarication impunie, la satiété, le confort, les plaisirs.
Mais le Psalmiste n'hésite pas à qualifier cette prétention de sottise. Il utilise un terme qui possède une valeur également financière, "rachat" : "Mais l'homme ne peut acheter son rachat ni payer à Dieu sa rançon : il est coûteux le rachat de son âme, et il manquera toujours pour que l'homme survive et jamais ne voit la fosse" (Ps 48, 8-10).
5. Le riche, qui s'agrippe à son immense fortune, est convaincu qu'il réussira à dominer également la mort, de la même façon qu'il a dominé tout et chacun grâce à l'argent. Mais quelle que soit l'importance de la somme qu'il est prêt à offrir, son destin ultime sera inexorable. En effet, comme tous les hommes et les femmes, riches ou pauvres, sages ou sots, il devra aller dans la tombe, comme cela est également arrivé aux puissants, et il devra laisser sur terre l'or qu'il a tant aimé, ces biens matériels qu'il a tant idolâtrés (cf. vv. 11-12).
Jésus insinuera cette question inquiétante dans l'esprit de ses auditeurs : "Que pourra donner l'homme en échange de sa propre vie ?" (Mt 16, 26). Aucun échange n'est possible, car la vie est un don de Dieu, qui "tient en son pouvoir l'âme de tout vivant et le souffle de toute chair d'homme" (Jb 12, 10).
6. Parmi les Pères qui ont commenté le Psaume 48, une attention particulière doit être consacrée à saint Ambroise, qui en élargit le sens dans une plus ample vision, précisément à partir de l'invitation initiale du Psalmiste : "Écoutez ceci, tous les peuples, prêtez l'oreille, tous les habitants du monde".
L'ancien Évêque de Milan commente : "Nous reconnaissons ici, précisément au début, la voix du Seigneur sauveur qui appelle les peuples à l'Église, afin qu'ils renoncent au péché, qu'il deviennent des disciples de la vérité et qu'ils reconnaissent le bénéfice de la foi". Du reste, "tous les cœurs des diverses générations humaines étaient souillés par le venin du serpent et la conscience humaine, esclave du péché, n'était pas en mesure de s'en détacher". C'est pourquoi le Seigneur, "de sa propre initiative, promet le pardon dans la générosité de sa miséricorde, afin que le coupable n'ait plus peur, mais, pleinement conscient, se réjouisse de devoir à présent devenir le serviteur du Seigneur bon, qui a su pardonner les péchés et récompenser les vertus" (Commento a dodici Salmi, n. 1 : SAEMO, Milan-Rome 1980, p. 253).
7. Dans ces paroles du Psaume, l'on entend retentir l'invitation évangélique : "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug" (Mt 11, 28). Ambroise poursuit : "Comme une personne qui viendra visiter les malades, comme un médecin qui viendra soigner les plaies, c'est ainsi qu'il nous présente le remède, afin que les hommes perçoivent sa bonté et accourent avec un empressement confiant pour recevoir le remède de la guérison... Il appelle tous les peuples à la source de la sagesse et de la connaissance, il promet à tous la rédemption, afin que personne ne vive dans l'angoisse, que personne ne vive dans le désespoir" (n. 2 : ibid., pp. 253.255).
 
Catéchèse du 27 octobre 2004
La richesse humaine ne sauve pas
Lecture : Ps 48, 14.16-19.21
1. La Liturgie des Vêpres, dans son déroulement progressif, nous présente à nouveau le Psaume 48 de style sapientiel, dont la deuxième partie vient à présent d'être proclamée (cf. vv. 14-21). Comme la précédente (cf. vv. 1-13), sur laquelle nous nous sommes déjà arrêtés, cette partie du Psaume condamne elle aussi l'illusion engendrée par l'idolâtrie de la richesse. Il s'agit de l'une des tentations constantes de l'humanité : en se raccrochant à l'argent, considéré comme doté d'une force invincible, l'homme a l'illusion de pouvoir "acheter également la mort", en l'éloignant de lui.
2. En réalité, la mort fait irruption avec sa capacité de détruire toute illusion, écartant chaque obstacle, brisant toute confiance en soi-même (cf. v. 14) et faisant avancer les riches et les pauvres, les souverains et les sujets, les sots et les sages vers l'au-delà. C'est une image suggestive que le Psalmiste utilise en représentant la mort comme un pasteur qui conduit d'une main ferme le troupeau des créatures corruptibles (cf. v. 15). Le Psaume 48 nous propose donc une méditation réaliste et sévère sur la mort, point d'arrivée inéluctable et fondamental de l'existence humaine.
Souvent, nous cherchons par tous les moyens à ignorer cette réalité, en éloignant cette pensée de notre esprit. Mais cette tentative est non seulement inutile, mais également inopportune. En effet, la réflexion sur la mort se révèle bénéfique, car elle relativise de nombreuses réalités secondaires que nous avons malheureusement placées au niveau d'absolu, comme précisément la richesse, le succès, le pouvoir... C'est pourquoi un sage de l'Ancien Testament, le Siracide, avertit : "Dans tout ce que tu fais souviens-toi de ta fin et tu ne pécheras jamais" (7, 36).
3. Mais voilà qu'apparaît dans notre Psaume un tournant décisif. Si l'argent ne réussit pas à nous "racheter" de la mort (cf. Ps 48, 8-9), il y a cependant quelqu'un qui peut nous racheter de cet horizon sombre et dramatique. Le Psalmiste dit en effet : "Mais Dieu rachètera mon âme des griffes du shéol et me prendra" (v. 16).
C'est ainsi que s'ouvre pour le juste un horizon d'espérance et d'immortalité. À la question placée au début du Psaume ("Pourquoi craindre ?" : v. 6), est à présent donnée la réponse : "Ne crains pas quand l'homme s'enrichit" (v. 17).
4. Le juste, pauvre et humilié dans l'histoire, lorsqu'il parvient à la frontière ultime de la vie, se retrouve sans biens, n'a rien à verser comme "rançon" pour arrêter la mort et se soustraire à son étreinte glaciale. Mais voilà la grande surprise : Dieu lui-même verse une rançon et arrache son fidèle des mains de la mort, car Il est le seul qui puisse vaincre la mort, inexorable à l'égard des créatures humaines.
C'est pourquoi le Psalmiste invite à "ne pas craindre" et à ne pas envier le riche toujours plus arrogant dans sa gloire (cf. ibid.) car, parvenu à la mort, il sera dépouillé de tout, il ne pourra emporter avec lui ni or ni argent, ni gloire ni succès (cf. vv. 18-19). Le fidèle, en revanche, ne sera pas abandonné par le Seigneur, qui lui indiquera "le chemin de vie, devant ta face, plénitude de joie, en ta droite, délices éternelles" (cf. Ps 15, 11).
5. Nous pourrions alors placer en conclusion de la méditation sapientielle du Psaume 48, les paroles de Jésus, qui nous décrit le véritable trésor qui défit la mort : "Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur" (Mt 6, 19-21).
6. Dans le sillage des paroles du Christ, saint Ambroise, dans son Explication sur le Psaume 48, répète de façon claire et ferme l'inconsistance des richesses : "Ce sont toutes des choses caduques et elles ont plus tôt fait de s'en aller que de venir. Un trésor de ce genre n'est qu'un rêve. Tu te réveilles et il a déjà disparu, car l'homme qui réussira à faire passer l'ivresse de ce monde et à acquérir la sobriété de la vertu, méprise toutes ces choses et n'accorde aucune valeur à l'argent" (Commento a dodici salmi, n. 23 : SAEMO, VIII, Milano-Roma 1980, p. 275).
7. L'Évêque de Milan nous invite donc à ne pas nous laisser attirer naïvement par les richesses et par la gloire humaine : "Ne crains rien, même lorsque tu apprendras que s'est accrue de façon démesurée la gloire de quelque puissante famille ! Saches regarder à fond avec attention, et elle t'apparaîtra vide si elle ne possède pas en elle une miette de la plénitude de la foi". De fait, avant que le Christ ne vienne, l'homme était perdu et vide : "La chute catastrophique de cet antique Adam nous a vidés, mais elle nous a remplis de la grâce du Christ. Il s'est vidé lui-même pour nous remplir et pour faire habiter dans la chair de l'homme la plénitude de la vertu". Saint Ambroise conclut que précisément pour cette heure, avec saint Jean, nous pouvons nous exclamer : "Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce" (Jn 1, 16) (cf. ibid.).
 
suivant