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MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
À L'ÉVÊQUE DE TRÈVES (RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D'ALLEMAGNE)
À L'OCCASION DES CÉLÉBRATIONS POUR LE Ve CENTENAIRE
DE L'OSTENSION DE LA SAINTE TUNIQUE
(CATHÉDRALE DE TRÈVES, 13 AVRIL 2012)
 
A mon vénéré frère Stephan Ackermann évêque de Trèves
Ces derniers jours, dans la grande cathédrale de Trèves, a eu lieu l’ostension de la Sainte Tunique, exactement cinq cents ans après sa première exposition publique par Mgr Richard von Greiffenklau, conformément au désir de l’empereur Maximilien ier, inaugurant l’autel majeur. En cette occasion particulière, je me fais moi aussi par la pensée pèlerin dans l’antique et vénérable ville épiscopale de Trèves, pour m’unir, en un certain sens, à la foule des fidèles qui, au cours des prochaines semaines, participeront au pèlerinage auprès de la Sainte Tunique. A vous, Excellence, à nos confrères dans le ministère épiscopal, ici présents, aux prêtres et aux diacres, aux religieux et religieuses et à tous ceux qui se sont réunis dans la cathédrale de Trèves pour l’ouverture du pèlerinage, je souhaite assurer la proximité fraternelle du Successeur de Pierre.
Depuis la première ostension en l’année 1512, la Sainte Tunique attire à elle les fidèles parce que cette relique rend présent l’un des moments les plus dramatiques de la vie terrestre de Jésus, sa mort sur la croix. Dans ce contexte, le partage des habits du Crucifié entre les soldats pourrait sembler uniquement un épisode marginal, auquel les Evangiles synoptiques ne font allusion qu’en passant. L’évangéliste Jean développe toutefois cet événement avec une certaine solennité. Il est le seul à attirer l’attention sur la tunique qui «était sans couture, tissée d'une pièce à partir du haut» (19, 23). Il nous explique l’événement et nous aide, grâce à la relique, à considérer avec foi le Mystère du salut.
La tunique, ainsi nous dit Jean, est tissée d’un pièce. Les soldats qui, selon l’usage romain, se partagent comme butin les pauvres biens du crucifié, ne veulent pas déchirer la tunique. Ils la tirent au sort et de cette manière, elle demeure entière. Les Pères de l’Eglise voient dans cet acte l’unité de l’Eglise; elle est comme une communauté unique et indivisible fondée par l’amour du Christ. La Sainte Tunique entend nous rendre visible tout cela. L’amour du Sauveur réunit ce qui est divisé. L’Eglise est une à travers une multitude. Le Christ ne dissout pas la pluralité des hommes, mais il les unit dans une existence qui est les uns pour les autres et avec les autres, typique des chrétiens, au point de pouvoir devenir, eux-mêmes, de différentes manières, des médiateurs les uns pour les autres auprès de Dieu.
La Tunique du Christ est «tissée d'une pièce à partir du haut» (Jn 19, 23). C’est là aussi une image de l’Eglise, qui vit non par elle-même, mais à partir de Dieu. En tant que communauté unique et indivisible, elle est l’œuvre de Dieu, et non un produit des hommes et de leurs capacités. La Sainte Tunique veut, dans le même temps, être pour ainsi dire un avertissement à l’Eglise à rester fidèle à ses origines, à prendre conscience que son unité, son entente, son efficacité, son témoignage ne peuvent être, au fond, que créés par le haut, ne peuvent être donnés que par Dieu. C’est uniquement lorsque Pierre a confessé: «Tu es le Christ» (cf. Mt 16, 16), qu’il reçoit le pouvoir de lier et de délier, et donc le service en faveur de l’unité de l’Eglise.
Et, enfin, la Sainte Tunique n’est pas une toge, un habit élégant, qui exprime un rôle social. C’est un modeste vêtement, qui sert à se couvrir et à protéger celui qui le porte, en protégeant sa pudeur. Ce vêtement est un don indivisible du Crucifié à l’Eglise, qu’Il a sanctifié avec son Sang. C’est pourquoi la Sainte Tunique rappelle la dignité propre de l’Eglise. Combien de fois voyons-nous toutefois dans quels vases fragiles (cf. 2 Cor 4, 7) nous portons le trésor que le Seigneur nous a confié dans son Eglise, et comment, à cause de notre égoïsme, de nos faiblesses et nos erreurs, il est porté atteinte à l’intégrité du Corps du Christ. Suivre le Seigneur avec amour et avec vérité nécessite une disposition constante à la conversion et à l’humilité. Dans le même temps, la dignité particulière et l’intégrité de l’Eglise ne peuvent être exposées et consignées à la clameur d’un jugement sommaire de la part de l’opinion publique.
Le pèlerinage jubilaire a comme devise, qui est aussi une invocation au Seigneur: «Réunis ce qui est divisé». Nous ne voulons pas demeurer immobiles dans l’isolement. Nous voulons demander au Seigneur de nous guider sur le chemin commun de la foi et de faire revivre à nouveau en nous ses contenus. Ainsi, dans la croissance ensemble des chrétiens dans la foi, dans la prière et dans le témoignage, nous pourrons aussi reconnaître, au milieu des épreuves de notre temps, la magnificence et la bonté du Seigneur. C’est pourquoi, à vous et à tous ceux qui, au cours de ces semaines de fête, se rendent en pèlerinage auprès de la Sainte Tunique à Trèves, je donne de tout cœur ma Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le Vendredi Saint, 6 avril 2012
BENEDICTUS PP. XVI
  



MESSAGE VIDÉO DU PAPE BENOÎT XVI
À LA RENCONTRE NATIONALE DE L'ÉGLISE DE FRANCE
POUR LE CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE
DE L'OUVERTURE DU CONCILE VATICAN II
[LOURDES, 24-25 MARS 2012]
 
Chers frères et sœurs de France,
C'est une grande joie pour moi de pouvoir vous adresser mon salut chaleureux à vous qui êtes venus nombreux, à Lourdes, en réponse a l’appel de vos Évêques, pour célébrer le cinquantième anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II. Je vous rejoins par la prière et par le cœur dans la démarche de foi que vous accomplissez auprès de la grotte de Massabielle.
Le Concile Vatican IIa été et demeure un authentique signe de Dieu pour notre temps. Si nous savons le lire et le recevoir à l’intérieur de la Tradition de l'Église et sous la direction sûre du Magistère, il deviendra toujours plus une grande force pour l'avenir de l'Église. Aussi, je souhaite vivement que cet anniversaire soit pour vous et pour toute l'Église qui est en France, l'occasion d'un renouveau spirituel et pastoral. En effet, il nous est ainsi donné de pouvoir mieux connaître les textes que les Pères Conciliaires nous ont laissés en héritage et qui n'ont rien perdu de leur valeur, afin de les assimiler et d'en faire produire des fruits pour aujourd'hui.
Ce renouveau, qui se situe dans la continuité, prend de multiples formes et l'année de la foi, que j'ai voulu proposer à toute l'Église en cette occasion, doit permettre de rendre notre foi plus consciente et de raviver notre adhésion à l'Évangile. Cela demande une ouverture toujours plus grande à la personne du Christ, en retrouvant notamment le goût de la Parole de Dieu, pour réaliser une conversion profonde de notre cœur et aller par les routes du monde proclamer l'Évangile de l'espérance aux hommes et aux femmes de notre temps, dans un dialogue respectueux avec tous. Que ce temps de grâce permette aussi de consolider la communion à l'intérieur de la grande famille qu'est l'Église catholique et contribue à restaurer l'unité entre tous les chrétiens, ce qui fut l'un des objectifs principaux du Concile.
Le renouveau de l'Église passe aussi à travers le témoignage offert par la vie des chrétiens eux-mêmes pour que resplendisse la Parole de vérité que le Seigneur nous a laissée. Chers amis, en fréquentant les témoins de la foi, comme sainte Bernadette l'humble voyante de Lourdes, Pauline Jaricot qui a suscité dans l'Église un nouvel élan missionnaire et tant d'autres, qui ont germé de la terre de France, vous grandirez dans la connaissance du Christ. Par leur service de Dieu et de leurs frères, ces hommes et ces femmes nous montrent combien la foi est un acte personnel et communautaire, qui implique aussi un témoignage et un engagement publics que nous ne pouvons négliger ! Sainte Jeanne d'Arc, dont nous célébrons cette année le sixième centenaire de la naissance, en est un exemple lumineux, elle qui a voulu porter l'Évangile au cœur des réalités les plus dramatiques de l'histoire et de l'Église de son temps.
Redécouvrir la joie de croire et l'enthousiasme de communiquer la force et la beauté de la foi est un enjeu essentiel de la nouvelle évangélisation à laquelle est conviée toute l'Église. Mettez-vous en route sans crainte pour conduire les hommes et les femmes de votre pays vers l'amitié avec le Christ !
Chers frères et sœurs, que la Vierge Immaculée, Notre-Dame de Lourdes, qui a eu un rôle si important dans le mystère du Salut, soit aussi pour vous une lumière sur la route qui conduit vers le Christ, qu'elle vous aide à grandir dans la foi. À vous tous, Évêques et fidèles, pèlerins de Lourdes, et à vous frères et sœurs de France qui êtes unis à nous par la radio ou la télévision, j'adresse de grand cœur une affectueuse Bénédiction Apostolique !
  



MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LE CHEMIN DE CROIX DES DÉTENUS DE LA PRISON
DE REBIBBIA À ROME
 
Chers frères !
J’ai été heureux de savoir que, en préparation à Pâques, vous accomplirez dans le centre de détention de Rebibbia, une Via Crucis qui sera présidée par mon vicaire pour Rome, le cardinal Agostino Vallini, avec la participation de détenus, d’agents pénitenciers et de groupes de fidèles venus des diverses paroisses de la ville. Je me sens particulièrement proche de cette initiative, car le souvenir de la visite que j’ai accomplie dans la prison de Rebibbia peu avant Noël dernier est encore très vif dans mon esprit ; je me souviens des visages que j’ai rencontrés et des paroles que j’ai entendues, et qui ont laissé en moi un signe profond. C’est pourquoi je m’unis spirituellement à votre prière, et je peux ainsi faire perdurer ma présence parmi vous, et je remercie pour cela en particulier vos aumôniers.
Je sais que cette Via Crucis veut également être un signe de réconciliation. En effet, comme l’a dit l’un des détenus au cours de notre rencontre, la prison sert à se relever après être tombé, pour se réconcilier avec soi-même, avec les autres et avec Dieu, et pouvoir ensuite se réinsérer dans la société. Lorsque, dans la Via Crucis, nous voyons Jésus qui tombe à terre — une, deux, trois fois — nous comprenons qu’Il a partagé notre condition humaine, le poids de nos péchés l’a fait tomber; mais par trois fois, Jésus s’est relevé et a poursuivi son chemin vers le Calvaire; ainsi, avec son aide, nous aussi nous pouvons nous relever de nos chutes, et peut-être aussi aider une autre personne, un frère, à se relever.
Mais d’où Jésus tirait-il la force d’aller de l’avant ? Dans la certitude que le Père était avec Lui. Même si dans son cœur, il y avait toute l’amertume de l’abandon, Jésus savait que le Père l’aimait, et c’est précisément cet immense amour, cette miséricorde infinie du Père céleste qui le réconfortait et qui était plus grande que les violences et les autres outrages qui l’entouraient. Même si tous le méprisaient et ne le traitaient plus comme un homme, Jésus, dans son cœur, avait la ferme certitude d’être toujours fils, le Fils bien-aimé de Dieu le Père.
Cela, chers amis, est le grand don que Jésus nous a fait avec la Via Crucis : il nous a révélé que Dieu est amour infini, est miséricorde, et porte jusqu’au bout le poids de nos péchés, afin que nous puissions nous relever et nous réconcilier et retrouver la paix. Nous aussi, alors, n’ayons pas peur de parcourir notre « via crucis », de porter notre croix avec Jésus. Il est avec nous. Et avec nous, il y a également Marie, sa mère et notre mère. Elle demeure fidèle également aux pieds de notre croix, et prie pour notre résurrection, car elle croit fermement que, dans la nuit la plus obscure également, la dernière parole est la lumière de l’amour de Dieu.
Avec cette espérance, fondée sur la foi, je vous souhaite à tous de vivre la prochaine Pâque dans la paix et dans la joie que le Christ a acquises pour nous à travers son sang, et avec une grande affection, je vous donne la Bénédiction apostolique, en l’étendant de tout cœur à vos familles et aux personnes qui vous sont chères.
Du Vatican, le 22 mars 2012
BENEDICTUS PP. XVI
  



MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA CAMPAGNE DE FRATERNITÉ AU BRÉSIL 2012
 
A mon vénéré frère
le cardinal Raymundo Damasceno Assis
Archevêque d’Aparecida (SP)
et président de la CNBB
Salutations fraternelles dans le Christ Seigneur!
Je m’unis avec plaisir à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) qui lance une nouvelle campagne de fraternité avec la devise «que la santé se répande sur la terre» (cf. Si 38, 8), afin de susciter, à partir d’une réflexion sur la réalité de la santé au Brésil, un plus grand esprit fraternel et communautaire dans l’attention aux malades et de conduire la société à garantir au plus grand nombre de personnes le droit d’accéder aux moyens nécessaires pour une vie en bonne santé.
Aux chrétiens, en particulier, la devise biblique rappelle que la santé va bien au-delà d’un simple bien-être physique. Dans l’épisode de la guérison d’un paralytique (cf. Mt 9, 2-8), Jésus avant de faire en sorte que celui-ci recommence à marcher, lui pardonne ses péchés en enseignant que la guérison parfaite est le pardon des péchés et la santé par excellence est celle de l’âme, car «que servira-t-il donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie?» (Mt 16, 26). En effet, dans la plupart des langues latines, les mots santé et salut trouvent leur origine dans le même terme latin salus et par ailleurs dans les Evangiles, nous voyons l’action du Sauveur de l’humanité associée à différentes guérisons: «Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple» (Mt 4, 23).
Avec son exemple devant les yeux, selon le véritable esprit de carême, puisse cette campagne inspirer dans le cœur des fidèles et des personnes de bonne volonté une solidarité toujours plus profonde envers les malades, qui souffrent très souvent davantage de la solitude et de l’abandon que de la maladie, en se souvenant que Jésus lui-même voulut s’identifier avec eux: j’étais «malade et vous m’avez visité» (Mt 25, 36). Puisse-t-elle dans le même temps les aider à découvrir que, si d’un côté la maladie est une épreuve douloureuse, de l’autre, elle peut être, dans l’union avec le Christ crucifié et ressuscité, une participation au mystère de sa souffrance pour le salut du monde. Car, «en offrant notre douleur à Dieu au moyen du Christ, nous pouvons collaborer à la victoire du bien sur le mal, car Dieu rend féconds notre offrande, notre acte d’amour» (Benoît XVI, Rencontre avec les malades à Turin, 2 mai 2010).
En m’unissant par conséquent à cette initiative de la CNBB et en faisant miennes les joies et les espérances, les tristesses et les angoisses de chacun, je salue fraternellement ceux qui prennent part, physiquement ou spirituellement, à la Campagne «Fraternité et santé publique», en invoquant — avec l’intercession de Nossa Senhora Aparecida — pour tous, mais plus particulièrement pour les malades, le réconfort et la force de Dieu dans l’accomplissement du devoir de son propre état, individuel, familial et social, source de santé et de progrès du Brésil en le rendant fécond du point de vue de la santé, prospère du point de vue économique, juste dans la participation aux richesses, joyeux dans le service public, équitable dans le pouvoir et fraternel dans son développement. Et pour confirmer chacun dans ces bonnes intentions, je vous envoie une Bénédiction apostolique propitiatoire.
Du Vatican, le 11 février 2012
BENOÎT PP. XVI
       



MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
AU CONGRÈS INTERNATIONAL
« JÉSUS, NOTRE CONTEMPORAIN »

[ROME, 9-11 FÉVRIER 2012]
 
A mon vénéré frère le cardinal Angelo Bagnasco,
Archevêque métropolitain de Gênes,
Président de la Conférence épiscopale italienne
A l’occasion du Congrès international « Jésus, notre contemporain », qui a lieu à Rome du 9 au 11 février 2012 à l’initiative du Comité pour le projet culturel de la Conférence épiscopale italienne, je vous adresse un salut cordial, vénéré frère, ainsi qu’à Messieurs les cardinaux et aux évêques présents, aux rapporteurs, aux organisateurs et à tous ceux qui prennent part à un événement aussi significatif.
Je suis très heureux et reconnaissant du choix de consacrer à la Personne de Jésus plusieurs journées d’approfondissement interdisciplinaire et de proposition culturelle, destinées à avoir un retentissement dans la communauté ecclésiale et sociale italienne. En effet, de nombreux signaux révèlent que le nom et le message de Jésus de Nazareth, même à une époque aussi distraite et confuse, attirent fréquemment l’intérêt et exercent une force d’attraction, même chez ceux qui ne parviennent pas à adhérer à sa parole de salut. Nous sommes donc encouragés à susciter en nous-mêmes et partout une compréhension toujours plus profonde et complète de la figure réelle de Jésus Christ, telle qu’elle peut naître uniquement de l’herméneutique de la foi placée dans une relation féconde avec la raison historique. C’est dans ce but que j’ai écrit mes deux livres consacrés à Jésus de Nazareth.
Il est très significatif que, à l’intérieur de l’œuvre d’élaboration culturelle de la communauté chrétienne, soit traité le thème de ce qui ne peut pas être considéré comme l’objet exclusif des disciplines sacrées, comme le montre bien l’ampleur des compétences et la pluralité des sujets appelés à être abordés au cours du Congrès. L’évangélisation de la culture, à laquelle tend le projet culturel de la Conférence épiscopale italienne, se fonde sur la conviction que la vie de la personne et d’un peuple peut être animée dans toutes ses dimensions par l’Evangile, pour atteindre en plénitude son objectif et sa vérité.
Au cours de mon pontificat, j’ai plusieurs fois rappelé la priorité constituée par la nécessité d’ouvrir à Dieu une voie dans le cœur et dans la vie des hommes. « Avec Lui ou sans Lui tout change » affirmait de manière incisive le titre du précédent congrès du Comité pour le projet culturel. Nous ne pouvons pas confier nos vies à une institution supérieure indéfinie ou à une force cosmique, mais au Dieu dont le visage de Père nous a été rendu familier par le Fils « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14). Jésus est la clef qui nous ouvre la porte de la sagesse et de l’amour, qui brise notre solitude et garde notre espérance vivante devant le mystère du mal et de la mort. L’histoire de Jésus de Nazareth, au nom duquel aujourd’hui encore de nombreux croyants, dans divers pays du monde, subissent des souffrances et des persécutions, ne peut donc pas rester confinée dans un passé lointain, mais elle est décisive pour notre foi aujourd’hui.
Que signifie affirmer que Jésus de Nazareth, qui vécut entre la Galilée et la Judée il y a deux mille ans, est « contemporain » de chaque homme et femme qui vit aujourd’hui et à chaque époque ? Romano Guardini nous l’explique avec des mots qui restent aussi actuels que lorsqu’ils furent écrits : « Sa vie terrestre est entrée dans l’éternité et de cette manière elle est reliée à chaque heure du temps terrestre racheté par son sacrifice... Chez le croyant s’accomplit un mystère ineffable : le Christ qui est “là-haut”, “assis à la droite du Père” (Col 3, 1), est également “dans” cet homme, avec la plénitude de sa rédemption; car en chaque chrétien s’accomplit à nouveau la vie du Christ, sa croissance, sa maturité, sa passion, sa mort et sa résurrection, qui en constitue la véritable vie » (Il testamento di Gesù, Milan 1993, p. 141).
Jésus est entré pour toujours dans l’histoire humaine et il continue à y vivre, avec sa beauté et sa puissance, dans ce corps fragile et qui a toujours besoin de purification, mais aussi infiniment rempli de l’amour divin, qui est l’Eglise. Celle-ci s’adresse à Lui dans la liturgie, pour le louer et recevoir la vie authentique. Le caractère contemporain de la vie de Jésus se révèle de manière particulière dans l’Eucharistie, dans laquelle Il est présent avec sa passion, sa mort et sa résurrection. Tel est le motif qui rend l’Eglise contemporaine de chaque homme, capable d’embrasser tous les hommes et toutes les époques car elle est guidée par l’Esprit Saint dans le but de poursuivre l’œuvre de Jésus dans l’histoire.
En vous confiant ces pensées, vénéré frère, je vous envoie de tout cœur, ainsi qu’à tous les participants au congrès, mon salut cordial et mes vœux pour son bon déroulement. J’accompagne vos travaux par ma prière et ma Bénédiction apostolique, propitiatoire d’une communion toujours plus étroite avec Jésus et avec le Père qui nous l’a envoyé.
Du Vatican, le 9 février 2012
BENEDICTUS PP. XVI



MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
À L'OCCASION DE LA 36ème SESSION
DU CONSEIL DES GOUVERNEURS
DU FONDS INTERNATIONAL POUR LE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE (IFAD)
 
À Monsieur
Kanayo F. Nwanze
Président du Fonds International pour le Développement Agricole (IFAD)
Je suis heureux de vous adresser un salut cordial, Monsieur le Président, ainsi qu’aux Autorités, aux représentants des États membres et aux participants à la 36ème session du Conseil des Gouverneurs. Cette réunion s’ouvre le jour même où commence le Carême, période durant laquelle l’Église catholique – selon l’enseignement du Christ qui a dit : « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40) – renouvelle, entre autre, l’invitation au partage des biens avec les personnes les plus nécessiteuses. Dans cette perspective, votre organisation peut toujours compter sur le soutien et l’encouragement du Saint-Siège.
1. L’action du Fonds témoigne que la coopération, tout en étant liée à divers contextes sociaux et environnementaux, comme aussi au respect des lois propres de la technique et de l’économie, est plus efficace si elle est dirigée par les principes éthiques constitutifs de la cohabitation humaine. Il s’agit de ces valeurs essentielles qui par leur caractère universel peuvent animer toutes les activités politiques, économiques et institutionnelles, y compris les formes de collaboration multilatérale. À cet égard, je me réfère en premier lieu à la méthodologie suivie par l’IFAD, qui fait passer le développement durable avant la seule assistance. Elle joint la dimension du groupe à la dimension exclusivement individuelle, jusqu’à prévoir des formes de dons et de prêts sans intérêts, choisissant souvent, comme premiers bénéficiaires, les « plus pauvres parmi les pauvres ». Cette action montre qu’une logique inspirée par le principe de gratuité et de la culture du don peut « trouver place à l’intérieur de l’activité économique normale » (Enc. Caritas in veritate, n. 36). En effet, l’approche suivie par le Fonds unit l’élimination de la pauvreté non seulement à la lutte contre la faim et à la garantie de la sécurité alimentaire, mais aussi à la création d’opportunités de travail et de structures institutionnelles et décisionnelles. Tout le monde sait que, quand ces facteurs manquent, la participation des travailleurs ruraux aux choix qui les concernent se réduit et, en conséquence, la conviction d’être limités dans leurs propres capacités et dans leur propre dignité s’accentue en eux.
Dans ce domaine on peut apprécier deux orientations spécifiques mises en œuvre par l’Organisation. La première est la constante attention portée à l’Afrique, où, en soutenant des projets de « crédit rural », l’IFAD vise à doter de moyens financiers, modiques mais essentiels, les petits agriculteurs, et à les rendre aussi protagonistes dans la phase de décision et de gestion. La seconde orientation est le soutien aux communautés indigènes, qui ont un soin particulier pour la conservation les biodiversités, reconnues comme des biens précieux mis par Dieu Créateur à la disposition de la famille humaine tout entière. La sauvegarde de l’identité de ces peuples est à poursuivre, en reconnaissant leur rôle irremplaçable dans la connaissance du savoir traditionnel.
Cette recherche particulière de solidarité et de partage se retrouve aussi dans le type de financement que l’IFAD assure en relation aux nécessités effectives des pays bénéficiaires et dans l’intérêt de leur économie agricole, évitant des conditionnements et des charges insoutenables. C’est une approche qui reconnaît le secteur agricole comme une composante fondamentale de la croissance économique et du progrès social, et redonne à l’agriculture et aux gens des campagnes la place qui leur revient. À ce propos, il semble important que le choix de constituer des partenariats avec les formes d’Organisations de la société civile fasse émerger l’idée de subsidiarité très utile pour identifier les nécessités des populations et les méthodes adéquates pour les satisfaire.
2. L’Église catholique, dans son enseignement et dans ses œuvres a toujours soutenu la centralité du travailleur de la terre, souhaitant un caractère concret dans l’action politique et économique qui le concerne. C’est une position dont il me plaît de signaler qu’elle est en harmonie avec ce qui est mis en œuvre par le Fonds pour la promotion des agriculteurs, comme individus ou petits groupes, les rendant ainsi protagonistes du développement de leurs communautés et de leurs pays. L’attention à la personne, dans sa dimension individuelle et sociale, sera la plus efficace si elle est réalisée à travers des formes d’associations, de coopératives et de petites entreprises familiales qui soient mises en mesure de produire un revenu suffisant pour un niveau de vie décent.
Dans cet ordre d’idées ma pensée va à la prochaine Année internationale que les Nations Unies ont décidé de consacrer à la famille rurale, en faveur d’une conception enracinée et saine du développement agricole et de la lutte contre la pauvreté, centrées sur cette cellule fondamentale de la société (cf. A/RES/66/222). L’IFAD sait bien, par expérience, que le cœur de l’ordre social est la famille, dont la vie est réglée, – avant qu’elle ne le soit par les lois d’un État ou par des normes internationales –, par des principes moraux intégrés dans le patrimoine naturel de valeurs qui sont immédiatement reconnaissables aussi dans le monde rural. Ces principes inspirent la conduite de chacun, la relation entre les conjoints et entre les générations, le sens du partage. Méconnaître ou négliger cette réalité équivaut à saper les fondements, non seulement de la famille, mais de la communauté rurale tout entière, avec des conséquences dont il n’est pas difficile de prévoir la gravité.
Dans le contexte actuel, il est indispensable d’offrir aux agriculteurs une solide formation, une constante mise à jour et une assistance technique dans leur activité, de même qu’un appui à des initiatives associatives et coopératives capables de proposer des modèles de production efficaces. Déjà le Concile Vatican II, il y a cinquante ans, indiquait comment « bon nombre de peuples pourraient sérieusement améliorer leur niveau de vie si, instruits comme il convient, ils passaient de méthodes archaïques d'exploitation agricole à des techniques modernes et les appliquaient avec la prudence nécessaire à leur situation, tout en instaurant aussi un meilleur ordre social et en procédant à un partage plus équitable de la propriété terrienne » (Const. Gaudium et spes, n. 87). Nous n’aurons pas ainsi seulement une augmentation de la production – dont les bénéfices risquent de ne pas être perçus par les plus pauvres, comme cela arrive souvent aujourd’hui – mais un élan efficace vers des réformes agraires légitimes pour garantir la culture des terrains, quand ceux-ci ne sont pas convenablement utilisés par ceux qui en ont la propriété et qui, parfois, empêchent l’accès du paysan à la terre. En outre, l’assistance internationale pourrait aussi répondre plus utilement aux besoins des bénéficiaires effectifs, de façon à offrir des avantages assurés à ceux qui vivent dans le monde rural.
En ce moment les ressources dont la coopération internationale a besoin de façon évidente restent très modestes et les pays les plus avancés motivent la baisse de leur apport par une disponibilité réduite. Mais, à bien voir, interrompre l’effort de solidarité au motif de la crise peut cacher une certaine fermeture aux nécessités d’autrui.
3. Le Saint-Siège a considéré depuis le début et considère toujours avec estime l’IFAD, comme Institution intergouvernementale capable d’adjoindre une solidarité efficace aux principes d’un ordre international juste. Seul l’amour, et non pas un esprit d’antagonisme, peut définir toujours mieux les méthodes à adopter pour le soutien effectif des pauvres, en réveillant en tous un vrai sens de fraternité et de générosité active. Il s’agit de reconnaître l’égale dignité conférée par Dieu Créateur à tout être humain.
C’est pourquoi je formule le souhait que l’IFAD continue à œuvrer toujours plus activement pour le développement rural et améliore la réalisation des expressions de solidarité mentionnées. De cette façon il pourra faire preuve non seulement de connaissance technique et de capacité professionnelle, mais aussi d’engagement pour contribuer à donner au monde une dimension plus humaine, qui seule permet de regarder vers l’avenir avec une confiance et une espérance renouvelées (cf. Enc. Spe salvi, n. 35).
Sur vous tous qui à divers titres partagez les responsabilités d’orientation et de gestion du Fonds international pour le Développement agricole j’invoque du Tout-Puissant les dons de la sagesse, afin de poursuivre sur le chemin de la solidarité que vous avez entrepris, et du courage, afin de le parcourir jusqu’à laisser derrière vous la pauvreté et la faim, en avançant toujours vers de nouveaux horizons de justice et de paix.
Du Vatican, le 13 février 2013.
BENEDICTUS PP XVI
 
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