MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
POUR LA CAMPAGNE DE FRATERNITÉ DE L'ÉGLISE AU BRÉSIL
Chers frères et sœurs,
Face à nous s’ouvre le chemin du Carême, empreint de prière, de pénitence et de charité, qui nous prépare à vivre et à participer plus profondément à la passion, à la mort et à la résurrection de Jésus Christ. Au Brésil, cette préparation a trouvé un soutien précieux et un encouragement dans la Campagne de fraternité, parvenue cette année à sa cinquantième édition, et qui revêt déjà les tons spirituels de la XXVIIe Journée mondiale de la jeunesse, qui se tiendra à Rio de Janeiro en juillet prochain: d’où sa devise «Fraternité et jeunesse», proposé par la Conférence épiscopale nationale, avec l’espérance de voir multipliée chez les jeunes d’aujourd’hui la même réponse que donna à Dieu le prophète Isaïe: «Me voici, envoie-moi» (6, 8).
Je m’associe de bon gré à cette initiative quadragésimale de l’Eglise au Brésil, en envoyant à tous et à chacun mon cordial salut dans le Seigneur, auquel je confie les efforts de ceux qui s’engagent pour aider les jeunes à devenir — comme je le leur ai demandé à São Paulo — «protagonistes d'une société plus juste et plus fraternelle» (
Discours aux jeunes brésiliens, 10 mai 2007). De fait, les «signes des temps», dans la société et dans l’Eglise, jaillissent également à travers les jeunes: sous-évaluer ces signes ou ne pas savoir les discerner signifie perdre des occasions de renouveau. S’ils sont le présent, ils seront également l’avenir. Nous voulons que les jeunes soient des acteurs intégrés dans la communauté qui les accueille, en démontrant la confiance que l’Eglise place en chacun d’eux. Cela exige des guides — prêtres, personnes consacrées ou laïcs — qui demeurent jeunes à l’intérieur, même s’ils ne le sont plus en raison de leur âge, capables d’ouvrir les voies sans imposer d’orientations, d’empathie solidaire, d’apporter un témoignage du salut, que la foi et la
sequela de Jésus Christ alimente chaque jour.
J’invite donc les jeunes brésiliens à chercher toujours plus dans l’Evangile de Jésus le sens de la vie, la certitude que c’est à travers l’amitié avec le Christ que nous faisons l’expérience de ce qui est beau et qui nous rachète:
«Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné» (Is 6, 7). De cette rencontre qui transforme, et que je souhaite à chaque jeune brésilien, naît la pleine disponibilité de celui qui se laisse envahir par un Dieu qui sauve:
«Me voici, envoie-moi» aux jeunes de mon âge, pour les aider à découvrir la force et la beauté de la foi dans les «déserts (spirituels) du monde contemporain, au cours duquel (il faut) emporter seulement ce qui est essentiel (...) l’Evangile et la foi de l’Eglise dont les documents du Concile œcuménique Vatican II sont l’expression lumineuse, comme l’est également le Catéchisme de l’Eglise catholique» (
Homélie lors de la Messe d’ouverture de l’Année de la foi, 11 octobre 2012).
Que le Seigneur accorde à tous la joie de croire en Lui, de croître dans son amitié, de le suivre sur le chemin de la vie et de témoigner de lui dans chaque situation, pour transmettre à la génération suivante l’immense richesse et la beauté de la foi en Jésus Christ. En souhaitant un Carême fécond dans la vie de chaque brésilien, en particulier des nouvelles générations, sous la protection maternelle de Nossa Senhora Aparecida, je donne à tous une Bénédiction apostolique particulière.
Du Vatican, le 8 février 2013
BENOÎT PP. XVI
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MESSAGE DU PAPE BENOÎT XVI
À L’ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY JUSTIN WELBY
À L'OCCASION DE LA CONFIRMATION DE SON ÉLECTION
À Sa Grâce Justin Welby, Archevêque de Canterbury
« Nous ne cessons de rendre grâces au Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, en pensant à vous dans nos prières, depuis que nous avons appris votre foi dans le Christ Jésus et la charité que vous avez à l’égard de tous les saints, en raison de l’espérance qui vous est réservée dans les cieux » (Col 1, 3-4).
Avec ces paroles de saint Paul, je vous salue avec joie au nom du Seigneur Jésus « qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et rédemption » (1 Co 1, 30), et je vous présente mes meilleurs vœux dans la prière à l’occasion de votre installation en tant qu’archevêque de Canterbury.
Vous prenez vos fonctions à un moment où la foi chrétienne est remise en question dans de nombreuses parties du monde occidental par ceux qui affirment que la religion relève du domaine privée, et n’a aucune contribution à offrir au débat public. Les ministres de l’Évangile doivent répondre aujourd’hui à une surdité généralisée à l’égard de la musique de la foi, et à une lassitude générale qui rejette les exigences de l’apostolat. Pourtant, la soif de Dieu, même si elle n’est pas reconnue, est toujours présente dans notre société, et la tâche du prédicateur, en tant que messager de l’espérance, est de proclamer la vérité avec amour, en apportant la lumière du Christ dans l’obscurité de la vie des personnes. Puisse votre apostolat récolter une riche moisson et puisse-t-il ouvrir les yeux et les oreilles de nombreuses personnes au message de l’Évangile qui donne la vie.
Rendons grâce à Dieu car les liens d’affection entre catholiques et anglicans se sont solidement établis au cours des dernières décennies, à travers le dialogue et la collaboration, ainsi que les rencontres personnelles entre nos prédécesseurs respectifs. Il est à souhaiter que nous continuerons à construire sur cet important héritage. Les déceptions que nous avons rencontrées et les défis qui demeurent sur notre chemin vers la pleine communion sont bien connus, mais il y a eu également des signes d’espérance. En reconnaissant que notre unité ne pourra provenir que d’un don du Seigneur, confions-nous à son Esprit Saint, tandis que nous renouvelons notre détermination à rechercher l’unité authentique dans la foi et à nous engager plus profondément dans le témoignage et la mission commune.
Avec des sentiments de respect fraternel, je vous assure de mes prières tandis que vous assumez vos nouvelles responsabilités. Quels que soient les défis que vous rencontrerez, puisse le Seigneur vous assurer force et sagesse, et puisse l’Esprit Saint vous guider dans tout ce que vous entreprenez en son nom.
Du Vatican, le 4 février 2013
BENEDICTUS PP. XVI
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MESSAGE VIDÉO DU PAPE BENOÎT XVI
À L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU CAMBODGE
À L'OCCASION DU CONGRÈS NATIONAL SUR LE CONCILE VATICAN II
[PHNOM PENH, 5-7 JANVIER 2013]
Chers frères et sœurs du Cambodge !
C’est une grande joie pour moi de vous rejoindre par la prière et par le cœur, et de pouvoir vous adresser mon salut chaleureux alors que vous êtes rassemblés autour de vos pasteurs pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II et le vingtième anniversaire du Catéchisme de l’Église catholique. Je souhaite que la traduction en langue cambodgienne des documents conciliaires et de ce Catéchisme, que vous recevez en cette occasion, vous permette de mieux connaître l’enseignement de l’Église et de grandir dans la foi.
En cette Année de la foi, je vous invite à tenir votre regard fixé sur la personne de Jésus-Christ qui est à l’origine et au terme de notre foi (cf. He 12, 2) et à réaffirmer qu’il est Bonne Nouvelle pour le monde d’aujourd’hui. C’est en lui que les exemples de foi qui ont marqué notre histoire, trouvent leur pleine lumière. Aussi, me souvenant de la période de troubles qui a précipité votre pays dans les ténèbres, je voudrais souligner combien la foi, le courage et la persévérance de vos pasteurs et de tant de vos frères et sœurs chrétiens, dont beaucoup ont trouvé la mort, est un noble témoignage rendu à la vérité de l’Évangile. Et ce témoignage est devenu une force spirituelle inestimable pour reconstruire la communauté ecclésiale dans votre pays. Aujourd’hui, les nombreux catéchumènes et les baptêmes d’adultes manifestent votre dynamisme et sont un signe heureux de la présence agissante de Dieu en vous.
Chers frères et sœurs, à la suite de l’Apôtre Paul, je vous exhorte « à garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix » (Ep 4, 3). Soyez sûrs de la prière de vos frères et sœurs dont le sang a coulé dans les rizières ! Soyez un ferment dans la pâte de votre société, en témoignant de la charité du Christ envers tous, en construisant des liens de fraternité avec les membres des autres traditions religieuses, et en marchant sur les chemins de la justice et de la miséricorde.
Chers jeunes, mes amis, qui avez été baptisés ces dernières années, n’oubliez pas que l’Église est votre famille ; elle compte sur vous pour témoigner de la Vie et de l’Amour que vous avez découverts en Jésus. Je prie pour vous et je vous invite à être des disciples généreux du Christ.
Et vous séminaristes et prêtres cambodgiens, vous êtes le signe des germes de l’Église qui se construit. Votre vie offerte et votre prière sont source d’espérance, qu’elles soient aussi une invitation pour d’autres jeunes à donner leur vie comme prêtres selon le cœur de Dieu.
Missionnaires, religieux, religieuses, laïcs consacrés venus des cinq continents, soyez le beau signe de la communion ecclésiale autour de vos pasteurs afin que votre fraternité, dans la diversité de vos charismes, conduise nombre de ceux que vous servez et aimez avec zèle à rencontrer Jésus Christ.
Et vous tous qui cherchez Dieu, persévérez et soyez sûrs que le Christ vous aime et vous offre sa paix !
Frères et sœurs bien-aimés, pasteurs et fidèles du Cambodge, que la Vierge Marie, Notre-Dame du Mékong, dans son humilité et sa fidélité à la volonté du Seigneur, vous illumine tout au long de cette Année de la foi. Soyez sûr que je vous porte dans ma prière, et de grand cœur je vous adresse à tous une affectueuse Bénédiction Apostolique !
BENEDICTUS PP XVI
© Copyright 2013 - Libreria Editrice Vaticana
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ORGANISATION
DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION
ET L’AGRICULTURE (FAO), À L'OCCASION DE
LA JOURNÉE MONDIALE DE L'ALIMENTATION 2004*
A Monsieur
Jacques DIOUF
Directeur général
de l'Organisation des Nations unies
pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO)
1. La célébration, aujourd'hui, de la Journée mondiale de l'Alimentation est une occasion propice pour renouveler mon estime pour l'activité qu'accomplit l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, dont l'effort visant à combattre la pauvreté dans le monde rural est bien connu, en favorisant avant tout le développement de tous ceux qui accomplissent leur travail quotidien souvent difficile dans ce domaine.
Le thème de la Journée: "La biodiversité au service de la sécurité alimentaire", indique un instrument concret au service de la lutte contre la faim et la malnutrition d'un si grand nombre de nos frères et soeurs. En effet, pour parvenir à l'objectif d'une sécurité alimentaire adaptée, une gestion correcte de la diversité biologique est nécessaire, afin de pouvoir garantir l'existence des différentes espèces animales et végétales. Il s'agit d'un effort qui exige d'être envisagé d'un point de vue éthique et non seulement technique et scientifique, même si ces aspects sont indispensables, afin de pouvoir garantir la durée de telles ressources et leur utilisation en accord avec les exigences concrètes de la population mondiale.
2. Malheureusement, aujourd'hui encore, de nombreux obstacles entravent l'action internationale visant à protéger la biodiversité. Malgré l'existence de règles toujours plus adaptées, d'autres intérêts semblent faire obstacle à un juste équilibre entre la souveraineté des Etats sur les ressources présentes sur leur territoire et la capacité des personnes et des communautés de préserver ou de gérer ces ressources en fonction de leurs besoins réels. Il est donc nécessaire que, parmi les fondements de la coopération internationale soit réaffirmé le principe selon lequel la souveraineté sur les ressources génétiques présentes dans les divers écosystèmes ne peut pas être exclusive ni devenir une cause de conflits, mais doit être exercée selon les règles naturelles d'humanité qui régissent la coexistence entre les différents peuples qui composent la famille humaine.
Ce sont ces bases idéales qui orientent l'action de la FAO et ont permis, entre autres choses, de promouvoir les normes du Traité sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture, un instrument efficace pour obtenir les effets tant attendus. Celui-ci protège également les droits des agriculteurs, en garantissant leur participation aux processus de décision et en les encourageant à être attentifs non seulement à la quantité des aliments, mais également à leur qualité.
A cet égard, il faut évoquer, en particulier, les communautés et les peuples autochtones, dont le vaste patrimoine de culture et de connaissances liées à la biodiversité court le risque de disparaître en l'absence d'une protection adaptée. On perçoit en effet le réel danger d'une exploitation abusive de leurs terres et de la destruction de leur habitat traditionnel, ainsi que l'absence de protection de leur propriété intellectuelle, dont l'importance est évidente pour la sauvegarde de la biodiversité.
3. Dans de nombreux milieux, on souligne l'urgence de revoir le programme suivi jusqu'à présent pour protéger les immenses et irremplaçables ressources de la planète, en poursuivant un développement non seulement durable, mais aussi et surtout solidaire. La solidarité, correctement entendue, comme un modèle d'unité qui est capable d'inspirer l'action des personnes, des gouvernements, des organisations et des institutions internationales, ainsi que de tous les membres de la société civile, oeuvre au service d'une juste croissance des peuples et des nations, et a pour objectif le bien de tous et de chacun (cf. Encyclique Sollicitudo rei socialis, n. 40). Par conséquent, la solidarité, en surmontant également les attitudes égoïstes à l'égard de l'ordre de la création et de ses fruits, protège les divers écosystèmes et leurs ressources, les personnes qui y vivent et leurs droits fondamentaux au niveau individuel et communautaire. Lorsqu'elle est solidement ancrée à cette référence à la personne humaine, à sa nature et à ses exigences, la solidarité peut permettre de consolider des projets, des normes, des stratégies et des actions de façon durable.
Un développement solidaire peut également offrir des réponses aux objectifs du développement durable, en prenant en compte non seulement la simple défense de l'environnement ou une référence abstraite aux besoins des générations futures, mais également les exigences de la justice, de la distribution équitable des ressources et de la nécessité de la coopération. Il s'agit d'exigences essentiellement humaines auxquelles l'Eglise catholique a toujours été attentive en vue de les soutenir et de favoriser leur application de façon correcte et complète.
Le mandat que le Créateur a donné à l'humanité de dominer la terre et d'en exploiter les fruits (cf. Gn 1, 28), considéré à la lumière de la vertu de la solidarité, implique le respect vis-à-vis du projet de la création elle-même, à travers une action humaine qui ne cherche pas à aller contre l'ordre de la nature et de ses lois pour atteindre des horizons toujours nouveaux, mais qui au contraire préserve les ressources en garantissant leur continuité ainsi que leur utilisation par les générations à venir.
4. Telles sont quelques-unes des réflexions que je souhaite offrir à ceux qui, partout dans le monde, célèbrent la Journée de l'Alimentation et à tous ceux qui, investis de différentes fonctions et responsabilités, oeuvrent pour contribuer à libérer l'humanité du fléau de la faim et de la malnutrition. Souhaitons que la célébration d'aujourd'hui contribue à favoriser, au niveau mondial comme au niveau local, le progrès d'un nouveau "partage" des fruits de la terre.
Sur vous, Monsieur le Directeur général, et sur tous ceux qui, avec zèle et dévouement, collaborent à la réalisation des objectifs de la FAO, j'invoque d'abondantes Bénédictions du Très-Haut.
Du Vatican, le 15 octobre 2004
IOANNES PAULUS P.P. II
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.43 p.2.
MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
AU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’ORGANISATION
DES NATIONS UNIES POUR L’ALIMENTATION
ET L’AGRICULTURE (FAO), À L'OCCASION DE
LA JOURNÉE MONDIALE DE L'ALIMENTATION 2003*
A M. Jacques Diouf
Directeur général
de l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture
La célébration de la Journée mondiale de l'Alimentation nous invite à réfléchir sur le fait que la faim et la malnutrition menacent chaque jour la survie d'un grand nombre de nos frères et soeurs. Cette dure réalité est une cause de division entre les personnes, les groupes sociaux, les communautés et les pays; en effet, elle traduit l'écart existant entre les niveaux de développement et l'espérance de vie dans les différentes régions du monde.
Le choix du thème de cette année, l'Alliance internationale contre la faim, est important, car la faim et les tensions qui en résultent ne peuvent être surmontées qu'à travers des interventions rapides et efficaces, fruits d'une volonté commune et d'efforts conjoints. C'est ce que requièrent les objectifs proclamés au début du millénaire par la Communauté internationale et c'est également la base des engagements pris par les Etats participant au Sommet mondial sur l'Alimentation - cinq ans après, qui considéraient cette "Alliance" entre les différentes parties oeuvrant ensemble dans ce but comme une garantie en vue de résultats concrets.
Les personnes sont de plus en plus conscientes du besoin d'unifier les objectifs et les actions, de même que l'Eglise, qui partage les espérances et les souffrances de l'humanité. Elle désire apporter sa contribution en vue d'une solution qui réponde aux attentes de chaque personne. A l'occasion de cette Journée mondiale de l'Alimentation, cela me pousse à lancer un nouvel appel au nom de "l'Alliance contre la faim", une "Alliance" qui doit tirer sa force d'une compréhension renouvelée des relations multilatérales. Et si l'on veut que ces relations multilatérales soient efficaces, elles doivent être fondées sur l'idée de la Communauté internationale en tant que "famille des Nations" engagées à poursuivre le bien commun universel. A cet égard, réaliser cette "Alliance" exige l'exercice de la solidarité de la part des gouvernements, des Organisations internationales et des hommes et femmes de tout continent; son fondement se trouve notamment dans la responsabilité collective et commune en vue du bien commun et du développement des plus pauvres, afin que chaque être humain puisse devenir toujours plus un être humain.
L'action de la FAO, que les pays membres connaissent bien, montre que le terrible phénomène de la pauvreté et de la faim ne peut être attribué uniquement aux conditions liées à l'environnement, aux processus économiques ou aux conséquences des situations passées. Les événements naturels et les conditions liés à l'environnement jouent bien sûr un rôle dans cette tragédie. Toutefois, nous devons reconnaître que le manque de gestion, le développement de systèmes idéologiques et politiques très éloignés du concept de solidarité, et l'extension des guerres et des conflits, en contradiction avec les principes fondamentaux de la coexistence internationale, créent et aggravent les injustices socio-économiques.
Sans oublier d'autres parties du monde, ma pensée se tourne en particulier vers l'Afrique, où la situation continue d'être particulièrement préoccupante; les peuples y souffrent non seulement d'un déséquilibre de la production alimentaire, et donc de l'insuffisance alimentaire, mais ils sont également accablés par le poids des conflits, des épidémies et des déplacements permanents qui, dans de nombreux cas, pourraient être évités par la mise en place de stratégies et de programmes appropriés fondés sur le respect de la vie et de la dignité humaine. L'un des effets les plus évidents de cette situation est la réduction des surfaces cultivées. De plus, beaucoup de ces pays touchés par l'instabilité politique et institutionnelle chronique apparaissent de plus en plus dépendants de l'aide et de l'importation de produits alimentaires de la part de nations économiquement plus développées, créant ainsi une situation véritablement insoutenable. Ce ne sont pas d'autres formes de violence contre la vie qui résoudront cette situation difficile, mais l'établissement d'un ordre international inspiré par la justice et animé par le sens de la fraternité.
Les pays économiquement les plus pauvres, - face à la préoccupation constante en raison de la baisse des niveaux de production et de disponibilité de produits alimentaires, et frappés par la détérioration des écosystèmes agricoles et forestiers - sont souvent contraints de donner la priorité à la culture intensive des sols. De cette façon, ils peuvent au moins vendre les produits de leur terre, dans l'espoir de pouvoir ainsi répondre aux rythmes imposés par le marché mondial. Par conséquent, les techniques agricoles fondées sur la relation entre la production et les besoins, entre la variété des espèces et la protection de l'environnement, sont abandonnées, et le "cercle de la pauvreté", défini à juste titre par la FAO comme la principale cause de malnutrition et de faim, s'élargit. Afin d'éviter ce cercle vicieux de pauvreté, il est nécessaire de faire appel à toutes les ressources de la science, de la technologie et de l'économie, toujours en accord avec les principes de la morale et de la justice.
Tandis que commence la phase finale de la Décennie des Populations autochtones du monde, proclamée par les Nations unies, notre attention doit se concentrer sur les actions concrètes visant à sauvegarder la sagesse traditionnelle des populations autochtones et à soutenir les communautés aborigènes vivant dans des conditions extrêmement défavorables du fait des accords sur les produits agricoles, du fait de l'incapacité à préserver la diversité biologique, ou, dans certains cas, du fait de la destruction des habitats de forêts et de l'exploitation incontrôlée des ressources de la pêche. En effet, l'abandon des méthodes agricoles traditionnelles, qui sont nées et se sont développées comme une réponse aux besoins nutritionnels et de santé, représente l'une des causes de l'accroissement de la pauvreté parmi les populations autochtones. Par conséquent, ces populations sont attirées vers les centres urbains, et sont parfois même contraintes d'y émigrer, ce qui entraîne des conséquences déjà visibles sur leur qualité de vie et leur capacité à préserver leur identité spécifique.
L'Eglise, avec ses diverses institutions et organisations, désire jouer son rôle dans cette "Alliance contre la faim" à l'échelle mondiale. Elle entend le faire à travers son engagement en vue de promouvoir la solidarité et pour que celle-ci devienne un élément qui modèle et caractérise les relations personnelles et sociales. La solidarité peut ainsi devenir la base des relations et édifier une culture de la solidarité et de l'amour. L'Eglise désire de cette façon être fidèle à l'exemple et à l'enseignement de son Fondateur, convaincue que l'un des résultats possibles de cette "Alliance" est la réconciliation avec Dieu et entre les êtres humains, qui est un instrument privilégié pour surmonter les obstacles et les divisions. En renforçant une civilisation consciente de l'amour qui promeuve les valeurs authentiques et fondamentales, elle aide à empêcher l'égoïsme et le conflit susceptibles de combler le vide laissé par l'absence de telles valeurs.
C'est pour cette raison que je demande aux communautés chrétiennes, aux croyants et à tous les hommes et les femmes de bonne volonté de vivre et de travailler toujours plus au service des pauvres et de ceux qui ont faim, afin qu'il existe une véritable réconciliation entre les personnes et les peuples. Participer activement à la lutte commune et concertée contre la pauvreté et la faim signifie participer à l'élaboration de programmes d'action bien planifiés et concrets au service de la justice et de la paix. Puissions-nous être soutenus dans cet effort par l'invitation que la Bible adresse à chaque membre de la famille humaine: "Si tu te prives pour l'affamé et si tu rassasies l'opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l'obscurité sera pour toi comme le milieu du jour [...] et tu seras comme un jardin arrosé, comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas" (Is 58, 10-11).
C'est dans cet espoir que j'invoque de tout coeur sur vous, Monsieur le Directeur général, sur tous les participants et sur le travail à venir de la FAO, la lumière et la force de Dieu tout-puissant.
Du Vatican, le 16 octobre 2003, Vingt-cinquième année de mon Pontificat.
IOANNES PAULUS II
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.45 p.8.
MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
À L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
POUR L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE (FAO)*
A Monsieur Jacques Diouf
Directeur général de
l'Organisation des Nations unies
pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO)
La célébration annuelle de la Journée mondiale de l'Alimentation, en concentrant son attention sur la FAO et ses efforts en vue de combattre la faim et la malnutrition, sert à nous rappeler une fois de plus la situation d'innombrables personnes dans le monde qui vivent dans des conditions de sécurité alimentaire indécentes.
Les conclusions du World Food Summit - Five Years Later sont encore présentes dans notre mémoire. La Communauté internationale s'est engagée à garantir la liberté fondamentale d'être à l'abri de la faim et l'accès à une alimentation adéquate et saine, qui constituent l'expression première du droit à la vie et du respect pour la dignité, qui sont si souvent proclamés de façon solennelle mais sont encore loin d'être une réalité. En effet, tandis que les succès de l'humanité offrent l'espoir d'un avenir davantage adapté aux besoins humains, le monde reste tragiquement divisé entre ceux qui vivent dans l'abondance et ceux qui n'ont même pas les moyens nécessaires de subsistance quotidienne. Cette situation constitue l'un des obstacles les plus évidents pour édifier une société digne de l'humanité, un monde véritablement humain et fraternel.
Le thème choisi cette année: "L'eau, source de la sécurité alimentaire", est une invitation à réfléchir sur l'importance de l'eau, sans laquelle les personnes et les communautés ne peuvent pas vivre. En tant que ressource essentielle à l'activité humaine, l'eau est un élément fondamental pour la sécurité alimentaire. Nous ne pouvons pas non plus oublier que l'eau, symbole utilisé dans les rites collectifs de nombreuses religions et cultures, signifie l'appartenance et la purification. Dans le langage chrétien, l'eau est utilisée comme signe de processus de transformation et de conversion intérieures. De sa valeur symbolique découle une invitation à être pleinement conscient de l'importance de ce bien précieux, et par conséquent à revoir les modes actuels de comportement afin de garantir, aujourd'hui et à l'avenir, que tous les peuples aient accès au volume d'eau indispensable à leurs besoins, et que les activités productives et agricoles en particulier, puissent bénéficier des quantités nécessaires de cette ressource inestimable. La conscience croissante que l'eau représente une ressource limitée, mais absolument essentielle à la sécurité alimentaire, conduit de nombreuses personnes aujourd'hui à un changement d'attitude, un changement qui doit être encouragé pour le bien des générations futures.
Il est nécessaire que la Communauté internationale et que ses institutions interviennent de façon plus efficace et visible dans ce domaine. Une telle intervention devrait viser à promouvoir une plus grande coopération en vue de protéger les ressources en eau de la pollution et de l'usage impropre, ainsi que de l'exploitation qui ne vise qu'au profit et au privilège. Dans ces efforts, l'objectif principal de la Communauté internationale doit être le bien-être des personnes - hommes, femmes, enfants, communautés - qui vivent dans les régions les plus pauvres du monde, et sont donc les premiers à souffrir de la rareté et de la mauvaise utilisation des ressources en eau.
Les conclusions des récentes rencontres internationales ont montré que la lutte contre la faim et la malnutrition - et plus généralement, la lutte contre la pauvreté et la défense de l'écosystème de la planète - doit être menée dans des situations extrêmement diverses et dans le cadre d'intérêts divergents. La première étape dans cet effort consiste à rétablir un équilibre durable entre la consommation et les ressources disponibles.
Nous sommes tous conscients que, sans attention portée aux principes fondamentaux de l'ordre éthique et moral, principes enracinés dans le coeur et dans la conscience de tout être humain, cet objectif ne peut être atteint. En effet, l'ordre de la création et sa délicate harmonie courent le risque d'être irrémédiablement compromis. La sagesse biblique nous rappelle qu'il ne faut pas abandonner "la source d'eau vive" pour "se creuser des citernes lézardées qui ne tiennent pas l'eau" (Jr 2, 13). Nous pouvons presque entrevoir ici un avertissement sur notre situation actuelle. En d'autres termes, on nous rappelle que les solutions techniques, aussi développées soient elles, ne sont d'aucune aide si elles ne prennent pas en compte la centralité de la personne humaine qui, dans ses dimensions spirituelles et matérielles, est la mesure de tous les droits et doit donc être le critère de mesure de tous les programmes et de toutes les politiques.
Des niveaux satisfaisants de développement dans toutes les régions géographiques ne seront garantis de façon légitime et respectueuse que si l'accès à l'eau est considéré comme un droit des personnes et des peuples. Pour que ce soit le cas, la politique internationale doit apporter une attention renouvelée à la valeur inestimable des ressources en eau, qui souvent ne sont pas renouvelables et ne sauraient devenir un patrimoine réservé à une poignée de personnes, car elles sont un bien commun de toute l'humanité. En vertu de leur nature, elles "doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité" (Concile Vatican II, Gaudium et spes, n. 69).
Puisse, cette année, la célébration de la Journée mondiale de l'Alimentation servir à rappeler à chacun la dimension véritablement humaine de la tragédie de la faim et de la malnutrition et aider la Communauté internationale à réaffirmer l'impératif moral de la solidarité. Telle doit être la direction que doivent prendre les efforts en vue de garantir que chaque peuple et chaque nation ait accès aux ressources nécessaires en eau en vue de garantir un degré satisfaisant de sécurité alimentaire.
Avec ce voeu, j'invoque sur la FAO, ses Etats-membres, ses directeurs et son personnel, d'abondantes bénédictions divines et je vous renouvelle, Monsieur le Directeur général, l'expression de ma plus haute considération.
Du Vatican, le 13 octobre 2002.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.44 p.8.