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MESSAGE POUR LA III JOURNÉE MONDIALE DES MALADES
 
1. Les gestes de salut de Jésus à l'égard de « tous ceux qui étaient prisonniers du mal » (Missel romain, Préf. com. VII) ont toujours trouvé un prolongement significatif dans la sollicitude de l'Église à l'égard des malades. À tous ceux qui souffrent, elle manifeste de multiples manières son attention : ainsi, dans le contexte actuel, l'institution de la Journée mondiale des malades revêt une grande importance. Cette initiative, qui a rencontré un large accueil auprès de ceux qui ont à coeur la condition de ceux qui souffrent, vise à donner un élan nouveau à l'action pastorale et caritative de la communauté chrétienne, pour assurer une présence de celle-ci toujours plus efficace et plus nette dans la société.
C'est là une exigence particulièrement ressentie à notre époque, qui voit des populations entières éprouvées par d'immenses souffrances, conséquences de cruels conflits dont souvent ceux qui sont les plus faibles ont dû payer le prix le plus élevé. Comment ne pas reconnaître que notre civilisation « devrait se rendre compte qu'elle est, à divers points de vue, une civilisation malade, qui provoque de profondes altérations chez l'homme? » (Lettre aux familles, 20).
Elle est malade à cause de l'égoïsme qui sévit, de l'utilitarisme individualiste souvent proposé comme modèle de vie, de la négation ou de l'indifférence que, souvent, on manifeste en ce qui concerne le destin transcendant de l'homme, de la crise des valeurs spirituelles et morales, qui préoccupe tellement l'humanité. La « pathologie » de l'esprit n'est pas moins dangereuse que la « pathologie » physique, et elles exercent une influence l'une sur l'autre.
2. Dans mon Message pour la Journée mondiale des malades en février dernier, j'ai voulu rappeler le dixième anniversaire de la publication de ma Lettre apostolique Salvifici doloris, qui traite de la signification chrétienne de la souffrance humaine. Dans les circonstances actuelles, je voudrais attirer l'attention sur le dixième anniversaire, tout proche, d'un autre événement ecclésial, particulièrement important pour la pastorale des malades. En effet, par le « motu proprio » Dolentium hominum, du 11 février 1985, j'ai institué la Commission pontificale, devenue par la suite le Conseil pontifical, pour la Pastorale des Services de la Santé qui, par de multiples initiatives, « manifeste la sollicitude de l'Église pour les malades, en apportant son aide à ceux qui assurent le service des malades et à ceux qui souffrent, afin que l'apostolat de la miséricorde auquel ils se livrent réponde toujours mieux aux nouvelles exigences » (Const. apost. Pastor Bonus, art. 152).
Le rendez-vous le plus important de la prochaine Journée mondiale des malades, que nous célébrerons le 11 février 1995, aura lieu en terre africaine, près du sanctuaire de Marie Reine de la Paix, à Yamoussoukro, en Côte-d'Ivoire. Ce sera une rencontre ecclésiale liée spirituellement à l'Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des évêques; ce sera en même temps l'occasion de participer à la joie de l'Église ivoirienne, qui célèbre le centenaire de l'arrivée des premiers missionnaires.
Se retrouver pour un anniversaire si important sur le continent africain, et en particulier au sanctuaire marial de Yamoussoukro, incite à réfléchir au rapport entre souffrance et paix. Il s'agit d'un rapport très profond : quand la paix n'existe pas, la souffrance déferle et la mort élargit son pouvoir sur les hommes. Dans la communauté sociale, comme dans la communauté familiale, l'absence d'entente pacifique se traduit par la prolifération des attentats contre la vie, alors que le service de la vie, sa promotion et sa défense, y compris au prix du sacrifice personnel, constituent la prémisse indispensable d'une authentique construction de la paix individuelle et sociale.
3. Au seuil du troisième millénaire, la paix est, malheureusement, encore lointaine, et nombreux sont les symptômes d'un possible éloignement de cette paix à l'avenir. L'identification des causes et la recherche des remèdes semblent souvent difficiles. Il arrive que de sanglantes luttes fratricides se déroulent même entre chrétiens. Mais tous ceux qui se mettent à l'écoute de l'Évangile avec un coeur ouvert ne peuvent pas ne pas se souvenir et rappeler aux autres l'invitation au pardon et à la réconciliation. Sur l'autel de la prière quotidienne et implorante, ils sont appelés, avec les malades de toutes les parties du monde, à présenter l'offrande de la souffrance que le Christ a acceptée comme moyen de racheter l'humanité et la sauver.
La Croix du Christ, par laquelle nous avons tous été sauvés, est source de paix. Appelé à l'union avec le Christ (cf. Col 1, 24) et à souffrir comme le Christ (cf. Lc 9, 23; 21, 12-19; Jn 15, 18-21), le chrétien, par l'acceptation et l'offrande de la souffrance, annonce la force constructrice de la Croix. En effet, si la guerre et la division sont le fruit de la violence et du péché, la paix est le fruit de la justice et de l'amour, qui ont leur sommet dans l'offrande généreuse de la souffrance que l'on éprouve, poussée – si nécessaire – jusqu'au don de sa vie en union avec le Christ. « Plus l'homme est menacé par le péché, plus sont lourdes les structures de péché que le monde actuel porte en lui-même, et plus est éloquente la souffrance humaine en elle-même. Et plus aussi l'Église éprouve le besoin de recourir à la valeur des souffrances humaines pour le salut du monde » (Salvifici doloris, 27).
4. La valorisation de la souffrance et son offrande pour le salut du monde sont déjà en soi une action et une mission de paix, car du témoignage courageux des faibles, des malades et de ceux qui souffrent peut naître la plus haute contribution qui soit à la paix. En effet, la souffrance appelle une communion spirituelle plus profonde en favorisant, d'une part, le retour à une meilleure qualité de vie, et en promouvant, d'autre part, un engagement convaincu pour établir la paix entre les hommes.
Le croyant sait que, en s'associant aux souffrances du Christ, il devient un authentique artisan de paix. C'est là un mystère insondable, mais dont on peut constater les fruits évidents tout au long de l'histoire de l'Église et, plus particulièrement, dans la vie des saints. S'il existe une souffrance qui provoque la mort, il y a aussi, selon le plan de Dieu, une souffrance qui mène à la conversion et à la transformation du cœur de l'homme (cf. 2 Co 7, 10) : c'est la souffrance qui, en tant que complément dans sa propre chair à « ce qui manque » à la Passion du Christ (cf. Col 1, 24), devient cause et source de joie, parce qu'elle est génératrice de vie et de paix.
5. Bien chers frères et sœurs qui souffrez dans votre corps et votre esprit, je vous souhaite à tous de savoir reconnaître et accueillir l'appel de Dieu à être des artisans de paix par l'of frande de votre souffrance. Il n'est pas facile de répondre à un appel aussi exigeant. Regardez toujours avec confiance vers Jésus « Serviteur souffrant », en lui demandant la force de transformer en don l'épreuve qui vous afflige. Écoutez avec foi sa voix qui redit à chacun d'entre vous : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28).
Que la Vierge Marie, Mère, Notre-Dame des Douleurs et Reine de la Paix, obtienne pour tout croyant le don d'une foi solide, dont le monde a un extrême besoin. Grâce à elle, en effet, les forces du mal, de la haine et de la discorde seront désarmées par le sacrifice des faibles et des malades, unis au mystère pascal du Christ rédempteur.
6. Je m'adresse maintenant à vous, médecins, infirmier(e)s, membres d'associations et de groupes de volontariat, qui êtes au service des malades. Votre travail sera un authentique témoignage et une action concrète de paix si vous êtes disponibles pour donner un véritable amour à ceux avec qui vous êtes en contact et si, comme croyants, vous savez honorer en eux la présence du Christ lui-même. Cette invitation s'adresse d'une manière toute spéciale aux prêtres, aux religieux et aux religieuses qui, à cause du charisme de leur Institut ou par une forme particulière d'apostolat, sont directement engagés dans la pastorale de la santé.
En vous disant combien j'apprécie tout ce que vous faites avec abnégation et un don généreux de vous-mêmes, je souhaite que tous ceux qui exercent les professions médicales et paramédicales le fassent avec enthousiasme et une généreuse disponibilité, et je prie le Maître de la moisson qu'il envoie de nombreux et saints ouvriers travailler dans le vaste champ de la santé, si important pour l'annonce et le témoignage de l'Évangile.
Que Marie, Mère de ceux qui souffrent, soit aux côtés de tous ceux qui sont dans l'épreuve et qu'elle soutienne l'effort de ceux qui consacrent leur existence au service des malades.
Avec ces sentiments, je vous accorde de tout coeur, très chers malades, ainsi qu'à tous ceux qui sont à vos côtés d'une manière ou d'une autre dans vos multiples besoins matériels et spirituels, une spéciale bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 21 novembre 1994, en la dix-septième année de mon Pontificat.



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
POUR LA IIÈME JOURNÉE MONDIALE DU MALADE
 
La souffrance, instrument de rédemption
A vous, chers frères et sœurs, qui portez dans votre corps et dans votre âme les signes de la souffrance humaine, j'adresse mes pensées les plus affectueuses, en cette occasion toute particulière de la IIe Journée mondiale du Malade.
Je vous salue tout particulièrement, vous les malades, qui avez la grâce de la foi en Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, fait homme dans le sein de la Vierge Marie. En lui, crucifié et ressuscité pour le salut des hommes, vous trouvez la force de vivre votre souffrance comme une "douleur salvifique".
Je voudrais pouvoir rencontrer chacun de vous, en tout lieu de la terre, pour vous bénir au nom du Seigneur qui est passé "faisant le bien et guérissant" les malades (Ac 10, 38). Je voudrais être là, près de vous, pour vous consoler dans vos peines, pour soutenir votre courage, nourrir votre espérance afin que chacun fasse de sa vie un don d'amour au Christ pour le bien de l'Eglise et du monde.
Comme la Vierge Marie au pied de la Croix (cf. Jn 19, 25), je voudrais m'arrêter auprès du calvaire de tant de frères et de sœurs qui en ce moment sont déchirés par des guerres fratricides, souffrent dans les hôpitaux et portent le deuil des leurs, victimes de la violence. La Journée mondiale du Malade trouve cette année son point culminant dans sa célébration solennelle au Sanctuaire marial de Czestochowa, pour implorer par la maternelle intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, le don de la paix ainsi que le réconfort spirituel et corporel des malades et des souffrants qui offrent en silence leurs sacrifices à la Reine de la paix.
2. A l'occasion de la Journée mondiale du Malade, je voudrais attirer l'attention des malades, des agents du monde de la santé, des chrétiens et de tous les hommes de bonne volonté, sur le thème de la "douleur salvifique", c'est-à-dire sur le sens chrétien de la souffrance, sur lequel je me suis arrêté dans la Lettre apostolique Salvifici doloris publiée il y a dix ans, le 11 février.
Comment peut-on parler de douleur salvifique? La souffrance n'est-elle pas un obstacle au bonheur et une raison d'éloignement de Dieu? Sans doute, il existe des souffrances qui, sur le plan humain, apparaissent dépourvues de sens.
En réalité, si le Seigneur Jésus, Verbe incarné, a proclamé "Heureux les affligés" (Mt 5, 5), c'est parce qu'il existe un point de vue plus élevé, celui de Dieu, qui nous appelle tous à la vie, même à travers la douleur et la mort, à son Règne éternel d'amour et de paix.
Heureux celui qui parvient à faire resplendir la lumière de Dieu dans les ténèbres d'une vie marquée par la souffrance ou l'infirmité!
3. Pour obtenir cette lumière sur la douleur, nous devons tout d'abord écouter la Parole de Dieu, contenue dans la Sainte Ecriture, et qui peut se définir ainsi: "un grand livre sur la souffrance" (Salvifici doloris, 6). En elle, en effet, nous trouvons "une grande liste de situations douloureuses pour l'homme" (ibid., 7), l'expérience du mal multiforme qui suscite inévitablement le "pourquoi"? (ibid., 9).
Cette demande a trouvé dans le livre de Job son expression la plus dramatique ainsi qu'une première réponse partielle. La condition de cet homme juste, éprouvé de tant de manières en dépit de son innocence, manifeste "qu'il n'est pas vrai que toute souffrance soit la conséquence d'une faute et ait un caractère de châtiment" (ibid., 11). La réponse pleine et définitive à Job, c'est le Christ. "Ce n'est que dans le Mystère du Verbe incarné que se trouve la vraie lumière sur l'homme" (Gaudium et spes, 22), ainsi en est-il de la solution complète et définitive des problèmes humains comme celui de la douleur. Dans le Christ, la douleur elle-même est assumée dans le mystère de la charité infinie, qui est irradiée par le Dieu Trinité, et qui devient l'expression d'amour et l'instrument de rédemption, c'est-à-dire douleur salvifique.
C'est le Père, en effet, qui choisit le don total du Fils comme moyen de restauration de l'alliance avec les hommes rendue inefficace par le péché: "Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique, afin que celui qui croit en lui ne meure pas mais ait la vie éternelle" (Jn 3, 16).
C'est le Fils qui "s'achemine vers sa propre souffrance, conscient de sa force salvifique, en obéissance au Père, mais avant tout, uni au Père en cet amour même dont le Père a aimé le monde et l'homme dans le monde" (Salvifici doloris, 16).
C'est l'Esprit Saint qui par la bouche des Prophètes, annonça les souffrances embrassées volontairement par le Messie en faveur des hommes et en quelque sorte à leur place: "Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé... Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous" (Is 53, 4-6).
4. Admirons, frères et sœurs, le dessein d'amour de la Sagesse divine! "Le Christ s'est fait proche de la souffrance humaine surtout en prenant sur lui-même cette souffrance" (Salvifici doloris, 16): il s'est fait en tout semblable à nous, excepté le péché (Cf. He 4, 15; 1 P 2, 22), il a assumé la condition humaine avec ses limites, y compris la mort (Cf. Ph 2, 7-8), et même, il a offert sa vie pour nous (Cf. Jn 10, 17; 1 Jn 3, 16; 2, 23) afin que nous vivions de la vie nouvelle dans l'Esprit (Cf. Rm 6, 4; 8, 9-11).
Il arrive parfois que sous le poids d'une douleur aiguë et insupportable, on adresse à Dieu un reproche en l'accusant d'injustice; mais la plainte meurt sur les lèvres de celui qui contemple le Crucifié qui souffre "volontairement bien qu'innocent" (ibid, 17-18). On ne peut adresser de reproche à un Dieu solidaire des souffrances humaines.
5. La révélation parfaite de la valeur salvifique de la souffrance, c'est la Passion du Seigneur: "Dans la croix du Christ non seulement s'accomplit la rédemption par la souffrance, mais la souffrance elle-même est rachetée" (ibid., 19). En souffrant, Jésus "a ouvert sa souffrance à l'homme" et l'homme recouvre dans le Christ ses propres souffrances "enrichies d'un nouveau contenu et d'un sens nouveau" (ibid., 20).
Toutes les peines de la vie peuvent être signes et prémices de la gloire future "dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ - nous exhorte la première Lettre de Pierre - réjouissez-vous, afin que lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse" (1 P 4, 13).
6. Vous savez, par expérience, chers malades, que dans votre situation vous avez besoin davantage d'exemples que de paroles. Oui, nous avons tous besoin de modèles qui nous entraînent sur la voie de la sanctification de la souffrance.
En cette Fête de Notre-Dame de Lourdes, regardons vers Marie, Icône vivante de l'Evangile de la souffrance.
Reparcourez en esprit tous les événements de sa vie. Vous trouverez Marie dans la pauvreté de la maison de Nazareth, dans l'humiliation de la crèche de Bethléem, dans la fuite en terre d'Egypte, au service d'un travail humble et béni avec Jésus et Joseph.
C'est surtout, après la prophétie de Siméon qui lui prédit la participation de la Mère aux souffrances de son Fils (Lc 2, 34), que Marie expérimente dans la profondeur de son cœur un mystérieux présage de douleur.
La Mère de Jésus fut préservée du péché, mais non pas de la souffrance. C'est pourquoi, le peuple chrétien s'identifie à la Vierge des Douleurs, découvrant dans ses souffrances, sa propre souffrance. En la contemplant, chaque fidèle est introduit plus intimement dans le mystère du Christ et de sa souffrance salvifique.
Essayons d'entrer en communion avec le Cœur Immaculé de la Mère de Jésus, en lequel a trouvé écho, d'une manière unique et incomparable, la douleur de son Fils pour le salut du monde. Accueillons Marie, constituée mère spirituelle de ses disciples par le Christ mourant, et confions-nous à elle pour demeurer fidèles à Dieu dans notre itinéraire du baptême à la gloire.
7. Je m'adresse maintenant à vous, agents du monde de la santé, médecins, infirmiers et infirmières, aumôniers et religieuses, membres du personnel technique et administratif, assistants sociaux et amis du bénévolat.
Comme le Bon Samaritain, soyez aux côtés et au service de ceux qui souffrent en découvrant en eux la présence de Jésus et son visage souffrant. Gardez-vous de l'indifférence qui pourrait venir de l'accoutumance; renouvelez chaque jour l'engagement de vous montrer le frère de tous sans discrimination aucune; mettez du "cœur" dans votre contribution irremplaçable de professionnalisme et dans l'adéquation des structures, c'est le seul moyen de les humaniser (cf. Salvifici doloris, 29).
8. Enfin, je m'adresse à vous, responsables des nations, afin que vous considériez la santé comme un problème prioritaire sur le plan mondial.
Et parmi les finalités de la Journée mondiale du malade, il y a celle qui consiste à mener une œuvre de vaste sensibilisation envers les inéluctables et graves problèmes concernant la santé et les structures de santé. Les deux-tiers de l'humanité manquent encore de l'assistance indispensable en matière de santé et les ressources employées dans ce secteur sont encore par trop insuffisantes. Que le programme de l'Organisation mondiale de la Santé ("Santé pour tous en l'an 2000"), qui pourrait sembler un mirage, soit au contraire une incitation à une compétition de solidarité effective. Les extraordinaires progrès de la science et de la technique, le développement des moyens de communication de masse ont créé des conditions de prise de conscience et de coopération susceptibles de rendre cette espérance toujours plus consistante.
9. Très chers malades, soutenus par votre foi, affrontez le mal sous toutes ses formes sans jamais vous décourager et sans vous abandonner au pessimisme. Accueillez la possibilité offerte par le Christ du transformer cet état de maladie et de souffrance en action de grâce et d'amour. Alors, votre souffrance deviendra salvifique et complètera mystérieusement les souffrances du Christ en faveur de son corps qui est l'Eglise (cf. Co 1, 24).
A vous tous, agents du monde de la santé, à ceux qui se dévouent au service de ceux qui souffrent, mes souhaits de grâce et de paix, de santé et de salut, de force vitale, d'engagement assidu et d'espérance indéfectible! Avec la maternelle assistance de la Vierge Sainte, Salus Infirmorum, que vous accompagne et vous réconforte sans cesse mon affectueuse Bénédiction!
Du Vatican, le 8 décembre 1993.
IOANNES PAULUS PP. II



MESSAGE DU PAPE À TOUS LES HOMMES DE BONNE VOLONTÉ
POUR LA 1ÈRE JOURNÉE MONDIALE DU MALADE

Un appel à venir en aide à ceux qui souffrent
Chers Frères et Sœurs,
1. La communauté chrétienne a toujours manifesté une attention particulière aux malades et au monde de la souffrance dans ses nombreuses manifestations. En fidélité à cette longue tradition, l'Eglise universelle se prépare à célébrer, dans un esprit de service renouvelé, la première Journée mondiale du Malade, occasion toute particulière pour susciter en nous une attitude d'écoute, de réflexion et d'engagement effectif, face au mystère profond de la douleur et de la maladie. Cette Journée, qui se célébrera chaque année, à partir de février prochain, en la fête de Notre-Dame de Lourdes, se propose d'être pour tous les croyants "un temps fort de prière, de partage, d'offrande de la souffrance pour le bien de l'Eglise, et une invitation à tous, à reconnaître dans le visage du frère souffrant le Visage du Christ qui par sa souffrance, sa mort et sa résurrection a opéré le salut de l'humanité" (Lettre institutionnelle de la Journée mondiale du Malade, 13 mai 1992, n. 3).
Cette Journée, par ailleurs, entend faire appel à tout homme de bonne volonté. Les demandes fondamentales posées par la réalité de la souffrance, en effet, et l'appel à procurer, sur le plan physique et spirituel, un soulagement à celui qui souffre, ne concernent pas exclusivement les croyants, mais interpellent l'humanité tout entière, concernée par les limites de la condition mortelle.
2. Nous nous préparons, malheureusement, à célébrer cette première Journée en des circonstances vraiment dramatiques pour certains: les événements de ces derniers mois, tandis qu'ils soulignent l'urgence de la prière pour implorer le secours d'En Haut, nous rappellent l'exigence de mettre en place de nouvelles et urgentes initiatives afin de venir en aide à ceux qui souffrent et qui ne peuvent attendre.
Nous avons tous sous les yeux ces images bien tristes d'individus et de peuples entiers qui, déchirés par la guerre et les conflits, succombent sous le poids de calamités qui pourraient être évitées. Comment détacher le regard de ces visages implorants de tant d'êtres humains, et surtout d'enfants, réduits à l'état de spectres en raison des adversités de tout genre où ils sont impliqués, contre leur gré, à cause de l'égoïsme et de la violence? Et comment oublier tous ceux qui dans les lieux d'hospitalisation et de soins - hôpitaux, cliniques, léproseries, centres pour handicapés, foyers de personnes âgées, ou dans leurs propres foyers - connaissent le calvaire de tourments souvent ignorés, soulagés de manière peu adaptée parfois, et même dont l'état va s'aggravant par carence d'aide adéquate?
3. La maladie, perçue au long d'une expérience quotidienne comme une frustration de la force vitale naturelle, devient pour les croyants un appel à "lire" cette situation nouvelle et douloureuse dans une optique qui est propre à la foi. En dehors de cette optique, du reste, comment découvrir au temps de l'épreuve l'apport constructif de la douleur? Comment donner un sens et un prix à l'angoisse, à l'inquiétude, aux maux physiques et psychiques qui accompagnent notre condition mortelle? Quelle justification donner au déclin de la vieillesse, et à l'instant décisif de la mort, qui, en dépit de tout progrès scientifique et technologique, persistent inexorablement?
Ce n'est que dans le Christ, Verbe incarné, Rédempteur de l'homme et vainqueur de la mort, qu'il est possible de trouver la réponse satisfaisante à des questions aussi fondamentales.
A la lumière de la mort et de la résurrection du Christ, la maladie n'apparaît plus comme un événement purement négatif, elle est envisagée comme une "visite de Dieu", comme une occasion "de libération de l'amour, en vue de donner le jour à des œuvres d'amour en faveur du prochain, pour transformer la civilisation humaine en civilisation de l'amour" (Lettre apostolique Salvifici doloris, 30).
L'histoire de l'Eglise et de la spiritualité chrétienne nous en donne un témoignage éclatant. Au long des siècles, que de pages splendides écrites, témoignent d'un héroïsme fait de souffrances acceptées et offertes en union avec le Christ! Et que de pages, non moins admirables, tout imprégnées d'humble service des pauvres et des malades, dont la chair souffrante révèle la présence du Christ pauvre et crucifié.
4. La célébration de la Journée mondiale du Malade - dans sa préparation, son déroulement et ses objectifs - n'entend pas se contenter simplement d'une manifestation extérieure centrée sur de louables initiatives, mais elle prétend rejoindre les êtres en profondeur afin de leur faire prendre conscience de l'importance de la contribution apportée par le service humain et chrétien du souffrant pour une meilleure intelligence entre les hommes et par là même, pour l'édification de la paix véritable.
Cette célébration suppose au préalable que les pouvoirs publics accordent une attention particulière aux malades, ainsi que les Organisations internationales et toutes les personnes de bonne volonté. Ceci concerne surtout les pays en voie de développement - de l'Amérique latine à l'Afrique et à l'Asie - en proie à de graves carences sanitaires. Par la célébration de la Journée mondiale du Malade, l'Eglise veut promouvoir un engagement renouvelé envers ces populations, en vue d'éliminer l'injustice qui sévit à notre époque, et ceci par l'attribution de ressources humaines, spirituelles et matérielles plus considérables susceptibles de répondre à leurs besoins.
C'est pourquoi j'adresse un appel très particulier aux autorités civiles, aux hommes de science et à tous ceux qui œuvrent auprès des malades. Qu'ils se gardent d'exercer leur service d'une manière purement bureaucratique ou quelconque! Qu'il soit bien clair, à leurs yeux, que la gestion des deniers publics impose le devoir grave d'en éviter le gaspillage et l'usage inconsidéré, afin que que les ressources disponibles, administrées en toute sagesse et équité assurent la prévention des maladies et l'assistance en cas de maladie à ceux qui en ont réellement besoin.
L'attente très vive, à notre époque, d'une humanisation de la médecine et de l'assistance de santé, exige une réponse plus catégorique. Or, pour une assistance sanitaire plus humaine et plus adaptée, il est fondamental de s'en référer à une vision transcendante de l'homme, qui sache mettre en lumière chez le malade, image de Dieu et fils de Dieu, le prix de la vie et son caractère sacré. La maladie et la douleur concernant tous les humains, l'amour envers les souffrants devient alors signe et mesure du degré de civilisation et de progrès d'un peuple.
5. A vous tous, chers malades, de toutes les parties du monde, protagonistes de cette Journée mondiale, que cette occasion soit pour nous une annonce de la présence vivante et réconfortante du Seigneur. Vos souffrances, accueillies dans la foi et confortées par cette même foi inébranlable, unies à celles du Christ représentent une valeur incommensurable pour la vie de l'Eglise et pour le bien de l'humanité.
Quant à vous tous, personnels de santé, appelés à donner un témoignage méritoire et exemplaire de justice et d'amour, que cette Journée soit une invitation pressante à poursuivre votre délicat service dans une ouverture généreuse aux valeurs profondes de la personne, dans le respect de la dignité humaine et dans la défense de la vie depuis son premier instant jusqu'à son terme naturel!
Aux pasteurs du peuple chrétien, à toutes les différentes composantes de la communauté ecclésiale, aux bénévoles et en particulier à ceux qui sont engagés dans la pastorale de la santé, que cette première Journée mondiale du Malade soit un stimulant et un encouragement à poursuivre avec un engagement renouvelé la voie du service envers l'homme éprouvé et souffrant!
6. En la fête de Notre-Dame de Lourdes, dont le sanctuaire au pied des Pyrénées semble un temple de la souffrance humaine, avec la Vierge Marie - comme Elle, sur le Calvaire où se dressait la croix de son Fils - nous nous tenons près des croix faites de la douleur et de la solitude de tant de frères et de sœurs que nous voulons réconforter, dont nous voulons partager la souffrance pour la présenter au Seigneur de la Vie, en communion spirituelle avec l'Eglise tout entière.
Que Marie, "Santé des Infirmes" et "Mère des vivants", soit notre soutien et notre espérance, et que par la célébration de la Journée du Malade, elle fasse grandir notre sensibilité et notre dévouement envers ceux qui sont dans l'épreuve, ainsi que l'attente fidèle du jour lumineux de notre salut, quand toute larme sera essuyée de nos yeux à jamais (cf. Is 25, 8). Dès ce jour qu'il nous soit permis de jouir des prémisses de cette joie surabondante, même au sein des tribulations (cf. 2 Co 7, 4), joie promise par le Christ et que personne ne pourra nous enlever (cf. Jn 16, 22).
A tous, ma Bénédiction apostolique!
Du Vatican, 21 octobre 1992.



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