MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
POUR LA XXVème JOURNÉE MONDIALE DU TOURISME
(27 SEPTEMBRE 2004)
Sport et tourisme:
deux forces vives au service de la compréhension mutuelle,
de la culture et du développement des sociétés
1. A l'occasion cette année de la Journée mondiale du Tourisme, qui sera célébrée le 27 septembre prochain, je m'adresse avec plaisir à tous ceux qui sont engagés dans ce secteur de l'activité humaine, dans le but de proposer certaines réflexions qui aident à mettre en relief les aspects positifs du tourisme. Ce phénomène, comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner en d'autres circonstances, contribue en effet à faire grandir les rapports entre les personnes et les peuples et, lorsqu'il est cordial, respectueux et solidaire, il représente une porte ouverte sur la paix et sur la coexistence harmonieuse.
En effet, un grand nombre des situations de violence dont souffre l'humanité de nos jours, ont leurs racines dans l'incompréhension et le refus des valeurs et de l'identité des autres cultures. Souvent ces situations pourraient être surmontées grâce à une meilleure connaissance réciproque. Dans ce contexte, ma pensée va également aux millions de migrants qui doivent participer à la société qui les accueille, en se basant avant tout sur le respect et la reconnaissance de l'identité de chaque personne ou de chaque groupe.
La Journée mondiale du Tourisme n'offre donc pas seulement une nouvelle occasion d'affirmer la contribution positive du tourisme à l'édification d'un monde plus juste et pacifique, mais elle est également une occasion de réfléchir sur les conditions concrètes dans lesquelles celui-ci est organisé et pratiqué.
A cet égard, l'Eglise ne peut manquer de proposer encore une fois l’essentiel de ce qui est sa vision de l'homme et de l'histoire. En effet, le principe suprême qui doit gouverner la coexistence humaine est le respect de la dignité de chacun, en tant que personne créée à l'image de Dieu et en tant que frère universel.
Ce principe devrait guider toute l'activité politique et économique, comme cela a été souligné par la Doctrine sociale de l'Eglise, et inspirer également la coexistence culturelle et religieuse.
2. Cette année, le thème de la Journée est: «Sport et Tourisme: deux forces vives au service de la compréhension mutuelle, de la culture et du développement des sociétés». Sport et tourisme font référence avant tout au temps libre, dans lequel doivent être promues les activités qui favorisent le développement physique et spirituel. Il existe, par ailleurs, de nombreuses situations dans lesquelles le tourisme et le sport se mêlent de façon spécifique et se rencontrent, lorsque le sport se transforme, précisément, en raison spécifique pour se déplacer, tant à l'intérieur de son pays qu'à l'extérieur.
En effet, sport et tourisme sont étroitement liés dans les grands événements sportifs auxquels participent les pays d'une région ou du monde entier, comme à l'occasion des Jeux Olympiques, qui ne doivent jamais renoncer à leur noble vocation de raviver les idéaux de coexistence, de compréhension et d'amitié. Cela vaut également dans de nombreux autres cas, moins médiatiques, comme les activités sportives dans le contexte scolaire ou dans les associations de quartiers ou de villes. Dans d'autres circonstances, pratiquer un sport est précisément ce qui motive l’organisation d'un voyage ou des vacances. Le sport est donc un phénomène qui concerne tant les sportifs de haut niveau, leurs équipes et leurs supporters, que des cercles sociaux plus modestes, comme de nombreuses familles, des jeunes et des enfants, et, en définitive, tous ceux qui font de l'exercice physique un des facteurs importants de leurs voyages.
Etant donné qu'il s'agit d'une activité humaine qui concerne tant de personnes, il ne faut pas être surpris du fait qu'en dépit de la noblesse des objectifs déclarés, des abus et des déviations s'y insinuent dans de nombreux cas. Il ne faut pas non plus ignorer le mercantilisme exacerbé, l'esprit agressif de compétition, la violence contre les personnes ou les choses, jusqu'à en arriver à la dégradation de l'environnement, ou à l'atteinte à l'identité culturelle de celui qui accueille.
3. Pour illustrer la vie chrétienne, l'Apôtre saint Paul proposait aux chrétiens de Corinthe l'image de l'athlète, comme exemple d'effort et de constance (cf. 1 Co 9, 24-25). En effet, la pratique correcte du sport doit être accompagnée par la modération et l'éducation au renoncement; elle exige également souvent un bon esprit d'équipe, une attitude de respect, la reconnaissance des qualités d'autrui, l'honnêteté dans le jeu et l'humilité de reconnaître ses limites. Enfin, le sport, spécialement dans ses formes les moins compétitives, invite à la fête et à la coexistence amicale.
Le chrétien peut donc trouver dans le sport une aide pour développer les vertus fondamentales — prudence et justice, force et modération — dans la course pour obtenir une couronne «impérissable», comme l'écrit saint Paul.
4. Certes, le tourisme a donné une puissante impulsion à la pratique du sport. Les facilités qu'il offre, y compris les multiples activités qu'il promeut ou organise de sa propre initiative, ont véritablement fait croître le nombre de ceux qui apprécient le sport et le pratiquent au cours de leur temps libre. De cette façon se sont multipliées les occasions de rencontre entre les peuples et les cultures diverses, dans un climat d'entente et d'harmonie.
C'est pourquoi, sans négliger de prêter toute l'attention nécessaire face aux déviations qui continuent malheureusement à avoir lieu, je désire vivement encourager, avec une espérance renouvelée, à promouvoir un «sport qui protège les faibles et n'exclut personne, qui libère les jeunes des dangers de l'apathie et de l'indifférence, et qui suscite en eux un sain esprit de compétition; un sport qui soit un facteur d'émancipation pour les pays les plus pauvres et qui aide à effacer l'intolérance et à construire un monde plus fraternel et solidaire; un sport qui contribue à faire aimer la vie, qui éduque au sacrifice, au respect et à la responsabilité, en conduisant à la pleine valorisation de chaque personne humaine» (Jubilé des sportifs, 29 octobre 2000, n. 3).
Avec ces réflexions, j'invite tous ceux qui sont en contact avec le sport dans le domaine du tourisme, et également les sportifs et tous ceux qui pratiquent le sport durant leurs voyages, à poursuivre leur engagement en vue d'atteindre ces nobles objectifs, tandis que j'invoque sur chacun d'eux d'abondantes Bénédictions divines.
Du Vatican, le 30 mai 2004, solennité de Pentecôte.
IOANNES PAULUS II
MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
POUR LA XXIVème JOURNÉE MONDIALE DU TOURISME
(27 SEPTEMBRE 2003)*
1. Le 27 septembre prochain aura lieu la Journée mondiale du Tourisme, qui aura comme thème: "Le tourisme: instrument de lutte contre la pauvreté, pour la création d'emplois et l'harmonie sociale". En vue de cette célébration significative, je souhaite proposer à tous, en particulier aux fidèles catholiques, un certain nombre de réflexions sur ce sujet à la lumière de la doctrine sociale de l'Eglise et des transformations actuelles dans le monde, des transformations qui touchent également le domaine du tourisme.
Il faut en effet considérer le tourisme comme une expression particulière de la vie sociale, ayant des implications économiques, financières, culturelles et des conséquences décisives pour les individus et les peuples. La relation directe qu'il entretient avec le développement intégral de la personne humaine devrait orienter les activités qui lui sont liées, comme c'est le cas pour tous les domaines d'activité humaine, vers l'édification de la civilisation au sens le plus authentique et le plus complet, c'est-à-dire l'édification de la "civilisation de l'amour" (cf. Sollicitudo rei socialis, n. 33).
Lors de la prochaine Journée mondiale du Tourisme, l'attention sera portée sur le tourisme en relation avec les situations de pauvreté qui existent sur chaque continent. Le drame de la pauvreté constitue l'un des défis actuels majeurs, alors que continue de se creuser le fossé entre les différentes régions du monde, et bien que l'on dispose des moyens nécessaires pour y remédier, puisque l'humanité a atteint un niveau de développement scientifique et technologique extraordinaire. Il est donc plus que jamais opportun de "rappeler un principe évident en lui-même, bien que souvent négligé: il est nécessaire de rechercher non pas le bien d'un petit cercle de privilégiés, mais l'amélioration des conditions de vie de tous. C'est seulement sur ce fondement que l'on pourra édifier l'ordre international, réellement empreint de justice et de solidarité, que tous appellent de leurs voeux" (Message de Carême).
2. Il est impossible de rester indifférents et inactifs face à la pauvreté et au sous-développement. On ne peut pas se renfermer sur ses propres intérêts égoïstes, en abandonnant d'innombrables frères et soeurs dans la misère et, plus grave encore, en laissant un grand nombre d'entre eux aller vers une mort inexorable.
En s'appuyant sur la capacité créatrice et sur la générosité dont l'humanité dispose pour mettre fin à cette plaie sociale et morale, il est nécessaire de trouver des solutions adaptées à caractère économique, financier, technique et politique. Comme j'ai toutefois pu le rappeler à d'autres occasions, "toutes ces mesures seraient insuffisantes si elles ne sont pas soutenues par des valeurs éthiques et spirituelles authentiques" (Discours à l'Ambassadeur de Bolivie, n. 3).
L'activité touristique peut jouer un rôle important dans la lutte contre la pauvreté, autant du point de vue économique que social et culturel. En voyageant, l'on découvre des lieux et des situations diverses, et l'on se rend compte de combien est large le fossé entre pays riches et pays pauvres. Il est par ailleurs possible de mettre en valeur les ressources et les activités locales, en favorisant la participation des couches les plus pauvres de la population.
Le voyage et le séjour touristique consistent toujours en une rencontre avec des personnes et des cultures différentes. Partout, mais en premier lieu dans les pays en voie de développement, le visiteur et le touriste peuvent difficilement éviter d'entrer en contact avec des réalités douloureuses de la pauvreté et de la faim. Dans ce cas, il faut non seulement résister à la tentation de s'enfermer dans une sorte d'"île de bonheur" en se coupant du contexte social, mais, plus encore, il faut éviter de profiter de sa propre position privilégiée pour exploiter les "besoins" des personnes du lieu. La visite doit donc être une occasion de dialogue entre des personnes d'égale dignité; elle doit être l'occasion d'une meilleure connaissance des habitants du lieu, de leur histoire et de leur culture; elle doit consister en une ouverture sincère à la compréhension de l'autre, qui se traduise dans des gestes concrets de solidarité.
Il faut faire en sorte que le bien-être de quelques privilégiés ne se fasse jamais au détriment de la qualité de vie de beaucoup d'autres. Ce que j'écrivais, de manière plus générale, sur les relations économiques dans l'Encyclique Sollicitudo rei socialis, s'applique en particulier ici: "Il est nécessaire de dénoncer l'existence de mécanismes économiques, financiers et sociaux qui, bien que menés par la volonté des hommes, fonctionnent souvent d'une manière quasi automatique, rendant plus rigides les situations de richesse des uns et de pauvreté des autres... Il nous faudra... soumettre ces mécanismes à une analyse attentive sous l'aspect éthique et moral" (n. 16).
3. Le thème de la prochaine Journée mondiale du Tourisme rappelle les paroles de Jésus: "Heureux ceux qui ont une âme de pauvre" (Mt 5, 3), une invitation toujours actuelle à la solidarité avec les pauvres, les personnes qui souffrent de la faim, les laissés-pour-compte, qui interpelle les croyants.
Comme le rappelle le Catéchisme de l'Eglise catholique, "Les béatitudes dépeignent le visage de Jésus Christ... elles expriment la vocation des fidèles... elles éclairent les actions et les attitudes caractéristiques de la vie chrétienne" (n. 1717). Il serait grave que le disciple du Christ l'oublie précisément durant ses loisirs ou au cours d'un voyage touristique, c'est-à-dire lorsqu'il pourrait se consacrer à une contemplation plus détendue du "visage du Christ" chez son prochain, avec qui il entre en contact. Lorsque l'enseignement du Seigneur illumine notre vie, l'on se sent engagé à faire en sorte que toutes nos activités, y compris le tourisme, soient le produit de cette "nouvelle "imagination de la charité"" qui nous rend solidaires "de ceux qui souffrent, de manière que le geste d'aide soit ressenti non comme une aumône humiliante, mais comme un partage fraternel" (Novo millennio ineunte, n. 50).
Cette solidarité se manifeste avant tout dans le respect de la dignité personnelle de la population locale, de sa culture, de ses coutumes, dans une attitude d'échange, dans le dialogue qui vise à promouvoir le développement intégral de chacun. Lors d'un voyage touristique, cette attitude se fait encore plus exigeante car la diversité de civilisation, de culture, de conditions sociales et de religions devient plus palpable.
Je souhaite vivement que l'activité touristique soit toujours davantage un instrument efficace au service de la réduction de la pauvreté, de la promotion de la croissance personnelle et sociale des individus et des peuples, de la consolidation de la participation et de la coopération entre les nations, les cultures et les religions.
Que la Bienheureuse Vierge Marie protège tous ceux qui, à différents titres, sont impliqués dans le vaste domaine du tourisme et les rende toujours sensibles à l'égard de ceux qui souffrent à cause de la pauvreté, de l'injustice, de la guerre et de la discrimination. J'invoque sur chacun une abondance de dons divins, tout en vous bénissant tous de tout coeur.
Du Vatican, le 11 juin 2003.
IOANNES PAULUS II
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.28 p.9.
MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
POUR LA XXIIIème JOURNÉE MONDIALE DU TOURISME
(27 SEPTEMBRE 2002)*
1. La célébration de la Journée mondiale du Tourisme, qui se tiendra le 27 septembre sur le thème "
Ecotourisme, clé du développement durable", m'offre l'heureuse occasion de rappeler certaines réflexions sur le phénomène de la mobilité humaine, qui s'est beaucoup développé au cours des dernières décennies, touchant désormais des millions de personnes. Le tourisme permet de consacrer une partie du temps libre à contempler la bonté et la beauté de Dieu dans sa création, et, grâce au contact avec les autres, il aide à approfondir le dialogue et la connaissance réciproque. Le temps libre et la pratique du tourisme peuvent de cette façon combler le manque d'humanité qui se manifeste souvent dans l'existence quotidienne.
L'Ecriture Sainte considère l'expérience du voyage comme une occasion particulière de connaissance et de sagesse, car il place la personne en contact avec des peuples, des cultures, des coutumes et des pays différents. Elle affirme en effet: "On a beaucoup appris quand on a beaucoup voyagé et un homme d'expérience parle avec intelligence. Celui qui n'a pas été à l'épreuve connaît peu de choses, mais celui qui a voyagé déborde de savoir-faire. J'ai beaucoup vu au cours de mes voyages et j'en ai compris plus que je ne saurais dire" (
Si 34, 9-11).
Dans la Genèse, puis dans la vision rénovatrice des Prophètes, dans la contemplation pleine de sagesse de Job, ou de l'auteur du livre de la Sagesse, ainsi que dans les expériences de foi témoignées dans les Psaumes, la beauté de la création constitue un signe révélateur de la grandeur et de la bonté de Dieu. Jésus, dans les paraboles, invite à contempler la nature qui nous entoure pour apprendre que la confiance dans le Père céleste doit être totale (cf.
Lc 12, 22-28) et la foi constante (cf.
Lc 17, 6).
La création est confiée à l'homme afin que, la cultivant et la protégeant (
Gn 2, 15), elle subvienne à ses besoins et lui permette de se procurer le "pain quotidien", don que le Père céleste lui-même destine à tous ses enfants. Il faut apprendre à contempler la création avec des yeux limpides et pleins d'émerveillement. Malheureusement, il arrive que vienne parfois à manquer le respect dû à la création, mais lorsque de gardiens, on devient tyrans de la nature, celle-ci, tôt ou tard, se rebelle à la négligence de l'homme (cf. Jean-Paul II,
Homélie pour le Jubilé des Agriculteurs, 12 novembre 2000; cf. ORLF n. 47 du 21 novembre 2000).
2. Parmi les innombrables touristes qui chaque année, "font le tour du monde", nombreux sont ceux qui se mettent en voyage dans le but explicite d'aller à la découverte de la nature, en l'explorant jusque dans ses lieux les plus reculés. Un tourisme intelligent tend à valoriser la beauté de la création et conduit l'homme à l'approcher avec respect, en jouissant de son équilibre, mais sans l'altérer.
Comment nier pourtant que l'humanité vit aujourd'hui une situation d'urgence écologique? Un certain tourisme sauvage a contribué, et contribue encore à un tel massacre, notamment à cause des installations touristiques construites sans un plan d'organisation qui respecte l'environnement.
Comme je l'observais dans le Message pour la Journée mondiale de la Paix de 1990, "il paraît nécessaire de remonter aux sources et de considérer dans son ensemble la crise morale profonde dont la dégradation de l'environnement est un des aspects préoccupants" (n. 5, cf. ORLF n. 50 du 12 décembre 1989, Insegnamenti XII/2, 1466). En effet, la dégradation de l'environnement montre avec évidence certaines des conséquences des choix opérés selon des intérêts particuliers, qui ne répondent pas aux exigences propres de la dignité de l'homme. Souvent, l'avidité effrénée d'accumuler les richesses prévaut, ce qui empêche d'entendre le cri de pauvreté alarmant de populations entières. En d'autres termes, la recherche égoïste du propre bien-être conduit à ignorer les attentes légitimes des générations présentes et futures. La vérité est que, lorsque l'on s'éloigne des projets de Dieu sur la création, l'attention pour les frères et le respect de la nature disparaissent très souvent.
3. Toutefois, les raisons d'espérer ne manquent pas. De nombreuses personnes, sensibles à ce problème, s'efforcent depuis longtemps d'y remédier. Elles se préoccupent avant tout de retrouver la dimension spirituelle du rapport avec la création, grâce à la redécouverte du devoir confié à l'origine par Dieu à l'humanité (cf. Gn 2, 15). L'"écologie intérieure" favorise en effet l'"écologie extérieure" avec des conséquences positives immédiates, non seulement en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et la faim des autres, mais également la santé et le bien-être personnels. Il s'agit d'une orientation qui doit être encouragée, afin de faire ressortir toujours plus la culture de la vie et pour vaincre la culture de la mort.
Il faudra donc favoriser des formes de tourisme qui respectent davantage l'environnement, plus modérées dans l'utilisation des ressources naturelles et plus solidaires envers les cultures locales. Il s'agit de formes qui, de façon évidente, naissent d'une forte motivation éthique, qui s'appuie sur la conviction selon laquelle l'environnement est la maison de tous et que les biens naturels sont donc destinés à ceux qui s'y trouvent actuellement, ainsi qu'aux générations futures.
4. En outre, une nouvelle sensibilité s'affirme actuellement, plus connue sous le nom d'"écotourisme". Ses bases sont certainement bonnes, mais il faudra veiller à ce qu'elles ne soient pas dénaturées et qu'elles ne deviennent pas un instrument d'exploitation, ni de discrimination. En effet, si l'on promouvait la protection de l'environnement comme une fin en soi, on courrait le risque de voir naître des formes modernes de colonialisme, qui nuiraient aux droits traditionnels des communautés résidant sur un territoire déterminé. La survie et le développement des cultures locales seraient entravés et les ressources économiques seraient soustraites à l'autorité des gouvernements locaux, premiers responsables des écosystèmes et des riches biodiversités présentes sur leurs territoires respectifs.
Toute intervention dans un domaine de l'écosystème ne peut manquer de considérer les conséquences qui en découlent dans d'autres domaines et, plus généralement, les effets qu'elle aura sur le bien-être des générations futures. L'écotourisme conduit en général des personnes dans des lieux, des milieux ou des régions dont l'équilibre naturel a besoin de soins constants pour ne pas être compromis. Il faut donc encourager des études et des contrôles rigoureux visant à unir le respect de la nature et le droit de l'homme à en profiter pour son développement personnel.
5. "Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons" (2 P 3, 13). Face à l'exploitation incon-sidérée de la création, fruit de l'insensibilité de l'homme, la société actuelle ne trouvera pas de solution adaptée, si elle ne revoit pas sérieusement son mode de vie, en parvenant à en établir les bases sur des "points solides de référence et d'inspiration: la conscience claire de la création comme oeuvre de la sagesse providentielle de Dieu, et la conscience de la dignité et de la responsabilité de l'homme dans le dessein de la création" (Jean-Paul II, Discours au Congrès "Environnement et Santé", 24 mars 1997, n. 6; Insegnamenti XX/1, 523).
Le tourisme peut être un instrument efficace pour former cette conscience. Une approche moins agressive de l'environnement naturel aidera à découvrir et à mieux apprécier les biens confiés à la responsabilité de chacun. Connaître de près la fragilité de nombreux aspects de la nature suscitera une plus grande conscience de l'urgence de prendre des mesures de protection adéquates, pour mettre fin à l'exploitation inconsidérée des ressources naturelles. L'attention et le respect pour la nature pourront favoriser des sentiments de solidarité envers les hommes et les femmes, dont le milieu humain est constamment agressé par l'exploitation, la pauvreté, la faim, le manque d'éducation et de santé. Il revient à tous, mais surtout aux agents du secteur touristique, d'agir de façon à ce que ces objectifs deviennent des réalités.
Le croyant tire de sa foi une force d'orientation efficace dans son rapport avec l'environnement et dans l'engagement à en conserver l'intégrité au bénéfice de l'homme d'aujourd'hui et de demain. Je m'adresse donc en particulier aux chrétiens, afin qu'ils fassent du tourisme également une occasion de contempler et de rencontrer le Christ, Créateur et Père de tous, et qu'ils soient ainsi accompagnés dans le service à la justice et à la paix, dans la fidélité à Celui qui a promis des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cf. Ap 21, 1).
Je souhaite que la célébration de la prochaine Journée mondiale du Tourisme aide à redécouvrir les valeurs inscrites dans cette expérience humaine de contact avec la création et pousse chacun au respect de l'habitat naturel et des cultures locales. Je confie à l'intercession de Marie, Mère de Dieu, tous ceux qui s'intéressent à ce secteur spécifique de la vie humaine et j'invoque sur tous la Bénédiction de Dieu tout-puissant.
Du Vatican, le 24 juin 2002.
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.29 p.2
La Documentation catholique, n.2278 p.864-866.
MESSAGE DU PAPE JEAN PAUL II
POUR LA XXIIe JOURNÉE MONDIALE DU TOURISME 2001
1. A l’occasion de la XXIIe Journée mondiale du Tourisme, dont le thème est “Le tourisme, instrument au service de la paix et du dialogue entre les civilisations”, j’adresse volontiers mes salutations à tous ceux qui, de diverses manières, œuvrent dans cet important secteur social. En effet, le tourisme concerne toujours plus la vie des personnes et des nations. Les moyens modernes de communication facilitent le mobilité de millions de voyageurs en quête de repos ou d’un contact avec la nature, ou encore désireux de connaître d’une manière plus approfondie la culture d’autres peuples. L’industrie touristique, qui répond à ces aspirations, multiplie les offres de voyages qui ouvrent la possibilité de nouvelles expériences. On peut dire que sont pratiquement tombées les barrières qui isolaient les peuples et qui les rendaient étrangers les uns aux autres.
Conformément à la décision des Nations unies de proclamer l’an 2001 “Année internationale du dialogue entre les civilisations”, le thème choisi par l’Organisation mondiale du Tourisme pour la Journée de cette année constitue une invitation à réfléchir sur la contribution que le tourisme peut apporter au dialogue entre les civilisations. J’ai moi-même consacré à ce thème plusieurs passages du Message pour la Journée mondiale de la Paix de cette année. Il s’agit en effet d’un sujet qui mérite une grande attention, car c’est dans le dialogue entre les cultures que se trouve “la voie nécessaire à l’édification d’un monde réconcilié, capable de regarder avec sérénité son propre avenir” (Message pour la Journée mondiale de la paix 2001, n. 3).
2. L’industrie touristique révèle comment est le monde: toujours plus mondialisé et toujours plus interdépendant. Le développement du tourisme, particulièrement du tourisme culturel, est sans aucun doute un bienfait pour ceux qui le pratiquent et pour la communauté qui accueille les visiteurs et les touristes. Il existe une large conscience de l’importance des grandes œuvres d’art comme signes de l’identité des civilisations, et l’on ressent toujours davantage l’exigence de leur protection, notamment de la part de la communauté internationale. Mais en certains lieux, le tourisme de masse a engendré une forme de sous-culture qui avilit à la fois le touriste et la communauté qui l’accueille: on tend à exploiter à des fins commerciales les vestiges de “civilisations primitives” et les “rites d’initiation encore vivants” dans certaines sociétés traditionnelles.
Pour les communautés d’accueil, très souvent le tourisme devient une occasion de vendre des produits dits “exotiques”. Surgissent ainsi des centres de vacances sophistiqués, éloignés de tout contact réel avec la culture du pays d’accueil ou caractérisés par un “exotisme superficiel” à l’usage des curieux, avides de nouvelles sensations. Hélas, ce désir effréné va parfois jusqu’à des aberrations humiliantes, comme l’exploitation de femmes et d’enfants pour un commerce sexuel sans scrupule, qui constitue un scandale intolérable. Il faut faire tout ce qui est possible pour que le tourisme ne devienne en aucun cas une forme moderne d’exploitation, mais qu’il soit une occasion d’échange utile d’expériences et de dialogue bénéfique entre civilisations différentes.
Dans une humanité mondialisée, le tourisme est parfois un facteur important de mondialisation, susceptible de provoquer des mutations radicales et irréversibles dans les cultures des communautés d’accueil. Sous la pression de la société de consommation, il peut transformer la culture, les cérémonies religieuses et les fêtes ethniques en biens de consommation, les appauvrissant toujours davantage pour répondre aux désirs d’un plus grand nombre de touristes. Pour satisfaire ces exigences, on a recours à une “ethnicité reconstituée”, qui est le contraire de ce que devrait être un vrai dialogue entre les civilisations, respectueux de l’authenticité et des réalités de chacun.
3. Il ne fait aucun doute que, correctement orienté, le tourisme devient une occasion de dialogue entre les civilisations et les cultures, et, en définitive, un service précieux rendu à la paix. La nature même du tourisme comporte certains éléments qui prédisposent à ce dialogue. En fait, la pratique du tourisme permet un détachement par rapport à la vie quotidienne, au travail et aux obligations auxquelles nous sommes nécessairement tenus. Dans ce cas, l’homme parvient à “considérer d’un autre œil son existence et celle des autres : libéré des occupations quotidiennes pressantes, il a la possibilité de redécouvrir sa dimension contemplative, en reconnaissant l’empreinte de Dieu sur la nature et surtout sur les autres êtres humains” (Angelus du 21 juillet 1996).
Le tourisme met en contact avec d’autres modes de vie, d’autres religions, d’autres façons de voir le monde et son histoire. Cela conduit l’homme à se découvrir lui-même et à découvrir les autres comme individus et comme collectivité, immergés dans la vaste histoire de l’humanité, héritiers et solidaires d’un univers à la fois familier et étranger. Il en découle une nouvelle vision des autres, qui libère du risque de demeurer replié sur soi.
En voyageant, le touriste découvre d’autres lieux, d’autres paysages, de nouvelles couleurs, des formes différentes, des façons diverses de percevoir la nature et d’y vivre. Habitué à sa maison, à sa ville, aux paysages de toujours et aux voix familières, le touriste adapte son regard à d’autres images, apprend de nouveaux mots, admire la diversité d’un monde que personne ne peut jamais saisir complètement. Dans cet effort, il appréciera toujours plus ce qui l’entoure, prenant davantage conscience qu’il est nécessaire de le protéger.
Au contact des merveilles de la création, le voyageur perçoit dans son cœur la présence du Créateur et il est conduit à s’exclamer, avec des sentiments de profonde gratitude : “Comme toutes ses œuvres sont attirantes, jusqu’à la plus petite étincelle qu’on peut apercevoir !” (Si 42, 22).
Au lieu de s’enfermer dans leur propre culture, aujourd’hui plus que jamais les peuples sont invités à s’ouvrir à d’autres peuples, en se confrontant à des modes de pensée et de vie différents. Le tourisme constitue une occasion favorable pour ce dialogue entre les civilisations, car il encourage l’inventaire des richesses spécifiques qui distinguent une civilisation d’une autre; il favorise le renvoi à une mémoire vivante de l’histoire et de ses traditions sociales, religieuses et spirituelles, ainsi qu’un approfondissement réciproque des richesses en humanité.
4. C’est pourquoi, à l’occasion de la Journée mondiale du Tourisme, j’invite tous les croyants à réfléchir sur les aspects positifs et négatifs du tourisme, afin de témoigner de manière efficace de leur foi, dans ce domaine si important de la réalité humaine.
Que personne ne cède à la tentation de faire du temps libre un temps de “repos des valeurs” (Angelus du 4 juillet 1993). Il est au contraire nécessaire de promouvoir une éthique du tourisme. Dans ce contexte, le Code éthique mondial pour le tourisme mérite une grande attention. Il est le résultat de la convergence d’une vaste réflexion réalisée par les nations, par diverses associations du tourisme et par l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT). Ce document constitue un important pas en avant pour considérer le tourisme non seulement comme une des nombreuses activités économiques, mais comme un instrument privilégié en vue du développement individuel et collectif. Grâce à lui, en effet, le patrimoine culturel de l’humanité peut être mieux utilisé, notamment au bénéfice du dialogue entre les civilisations et de la promotion d’une paix stable.
Il convient de souligner que ce Code éthique mondial prend en considération les différents motifs qui incitent les hommes à parcourir la planète en long et en large, avec une référence spéciale aux voyages pour motifs religieux, tels les pèlerinages et les visites de sanctuaires.
5. La connaissance réciproque entre personnes et entre peuples, grâce à des rencontres et à des échanges culturels, contribue sûrement à l’édification d’une société plus solidaire et plus fraternelle. Le tourisme implique de vivre de façon temporaire avec d’autres personnes, de rassembler des informations sur leurs conditions de vie, sur leurs problèmes et leur religion; il suppose le partage des aspirations légitimes d’autres peuples; il favorise les conditions pour les reconnaître de manière pacifique.
Une juste éthique du tourisme influe sur le comportement du touriste; elle en fait un collaborateur solidaire, exigeant avec lui-même et avec tous ceux qui organisent son voyage; elle en fait un agent de dialogue entre les civilisations et les cultures, pour bâtir une civilisation de l’amour et de la paix. De tels contacts permettent de tisser plus aisément les relations de paix entre les peuples qui ne peuvent naître que d’un “tourisme solidaire”, fondé sur la participation de tous. Seule une participation d’“égal à égal” peut faire en sorte que les contacts interculturels soient une chance pour la compréhension, pour la connaissance réciproque et pour des relations détendues entre les hommes. Voilà pourquoi il faut encourager toutes les formes de participation efficaces entre les cultures. Il est nécessaire d’impliquer les habitants des localités touristiques dans la planification de l’activité touristique, en en précisant bien les limites économiques, écologiques ou culturelles.
Il sera également utile que toutes les structures du pays d’accueil tendent à réaliser une activité touristique qui soit toujours au service des personnes et de la communauté.
Le tourisme se place de la sorte au service de la solidarité entre tous les hommes, de la rencontre entre les civilisations; il facilite la compréhension entre personnes et entre nations, et il constitue une occasion pour réaliser un avenir de paix.
Les chrétiens, agents du tourisme ou simples touristes, doivent toujours imprimer à l’activité touristique un esprit évangélique, se souvenant de l’exhortation du Seigneur : “Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord: ‘Paix à cette maison!’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui, sinon; elle reviendra sur vous” (Lc 10, 5-6). Ils doivent être des témoins de la paix et apporter la sérénité à ceux qu’ils rencontrent.
Je prie le Seigneur pour que ce domaine fondamental de l’activité humaine soit toujours imprégné de valeurs chrétiennes et devienne un moyen d’évangélisation. A cette fin, j’invoque la protection maternelle de Marie, Mère de l’humanité entière, et de tout cœur j’envoie à tous ceux qui travaillent dans le secteur touristique une particulière Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 9 juin 2001.
IOANNES PAULUS II
*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.28 p.8.