III JOURNÉE DE LA VIE CONSACRÉE
HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II
LUE PAR LE CARDINAL SOMALO
Fête de la Présentation de Jésus au Temple
Mardi 2 février 1999
1. «Lumière pour éclairer les nations» (Lc 2, 32).
Le passage de l'Evangile que nous venons d'entendre, tiré du récit de saint Luc, rappelle l'événement qui eut lieu à Jérusalem le quarantième jour après la naissance de Jésus: sa présentation au Temple. Il s'agit de l'un des cas où le temps liturgique reflète le temps de l'histoire: en effet, aujourd'hui, quarante jours se sont écoulés depuis le 25 décembre, solennité du Noël du Seigneur.
Ce fait n'est pas sans signification. Il indique que la fête de la Présentation de Jésus au Temple constitue comme une «charnière», qui sépare et relie l'étape initiale de sa vie sur la terre, la naissance, de celle qui en sera l'accom- plissement, sa mort et sa résurrection. Aujourd'hui, nous quittons définitivement le temps de Noël et nous nous dirigeons vers le temps quadragésimal, qui commencera dans quinze jours avec le Mercredi des Cendres.
Les paroles prophétiques prononcées par le vieux Syméon mettent en lumière la mission de l'Enfant amené par ses parents au Temple: «Vois! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction afin que se révèlent les pensées in- times de bien des cœurs» (Lc 2, 34-35). Syméon dit à Marie: «Et toi-même, une épée te transpercera l'âme» (Lc 2, 35). Les chants de Bethléem viennent de se taire et déjà se profile la croix du Golgotha, et cela se produit dans le Tem- ple, le lieu où sont offerts les sacrifices. L'événement que nous commémorons aujourd'hui constitue donc comme un pont entre les deux temps forts de l'année de l'Eglise.
2. La seconde lecture, tirée de la Lettre aux Hébreux, offre un commentaire intéressant de cet événement. L'Auteur formule une observation qui nous invite à réfléchir: commentant le sacerdoce du Christ, il souligne comment le Fils de Dieu «se charge de la descendance d'Abraham» (cf. He 2, 16). Abraham est le Père des croyants: tous les croyants sont donc, d'une façon ou d'une autre, compris dans cette «descendance d'Abraham» pour laquelle l'Enfant, qui est dans les bras de Marie, est présenté au Temple. L'événement qui s'accomplit sous les yeux de ces quelques témoins privilégiés constitue une première annonce du sacrifice de la Croix.
Le texte biblique affirme que le Fils de Dieu, solidaire des hommes, partage leur condition de faiblesse et de fragilité jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la mort, dans le but d'opérer une libération radicale de l'humanité, en vainquant une fois pour toute l'adversaire, le diable, qui trouve précisément dans la mort son point fort sur les êtres humains et sur chaque créature (cf. He 2, 14-15).
Dans cette admirable synthèse, l'Auteur inspiré exprime toute la vérité sur la rédemption du monde. Il souligne l'importance du sacrifice sacerdotal du Christ, qui «a dû devenir en tout semblable à ses frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre miséricordieux et fidèle, pour expier les péchés du peuple» (He 2, 17).
Précisément parce qu'elle souligne le lien profond qui unit le mystère de l'Incarnation à celui de la Rédemption, la Lettre aux Hébreux constitue un commentaire adapté à l'événement liturgique que nous célébrons aujourd'hui. Elle souligne la mission rédemptrice du Christ, à laquelle tout le Peuple de la Nouvelle Alliance participe. Vous participez à cette mission de façon particulière, très chères personnes consacrées, qui remplissez la Basilique vaticane et que je salue avec une grande affection. Cette fête de la Présentation est de façon particulière votre fête: en effet, nous célébrons la troisième Journée de la Vie consacrée.
3. Je suis reconnaissant au Cardinal Eduardo Martínez Somalo, Préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, qui préside cette Eucharistie. A travers sa personne, je salue et je remercie ceux qui, à Rome et dans le monde, travaillent au service de la Vie consacrée.
En ce moment, ma pensée s'adresse avec une affection particulière à toutes les personnes consacrées de la terre: il s'agit d'hommes et de femmes qui ont choisi de suivre le Christ de façon radicale dans la pauvreté, dans la virginité et dans l'obéissance. Je pense aux hôpitaux, aux écoles, aux oratoires, où ils œuvrent dans une attitude de dévouement total au service de leurs frères, pour le Royaume de Dieu: je pense aux milliers de monastères, dans lesquels on vit la communion avec Dieu dans un intense rythme de prière et de travail; je pense aux laïcs consacrés, témoins discrets dans le monde, et aux nombreuses personnes en première ligne parmi les plus pauvres et les exclus.
Comment ne pas rappeler ici les religieux et les religieuses qui, récemment encore, ont versé leur sang alors qu'ils accomplissaient un service apostolique souvent difficile et pénible? Fidèles à leur mission spirituelle et caritative, ils ont uni le sacrifice de leur vie à celui du Christ pour le salut de l'humanité. La prière de l'Eglise est aujourd'hui dédiée à chaque personne consacrée, mais tout particulièrement à eux. Elle rend grâce pour le don de cette vocation et l'invoque ardemment: en effet, les personnes consacrées contribuent de façon déterminante à l'œuvre de l'évangélisation, en lui conférant la force prophétique qui provient de l'aspect radical de leur choix évangélique.
4. L'Eglise vit de l'événement et du mystère. En ces journées, elle vit de l'événement de la Présentation du Seigneur au Temple, en cherchant à approfondir le mystère qui y est contenu. Cependant, d'une certaine façon, l'Eglise puise chaque jour à cet événement de la vie du Christ, en méditant sa signification spirituelle. En effet, chaque soir, dans les églises et dans les monastères, dans les chapelles et dans les maisons retentissent dans le monde entier les paroles du vieux Syméon, qui viennent d'être proclamées:
«Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole,
laisser ton serviteur en paix;
car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples;
lumière pour éclairer les nations
et gloire de ton peuple Israël» (Lc 2, 29-32).
C'est ainsi que pria Syméon, auquel il avait été donné de voir la réalisation des promesses de l'Ancienne Alliance. Ainsi prie l'Eglise, qui, sans épargner ses énergies, se prodigue pour apporter à tous les peuples le don de la Nouvelle Alliance.
Dans la mystérieuse rencontre entre Syméon et Marie, se rencontrent l'Ancien et le Nouveau Testament. Ensemble, le vieux prophète et la jeune Mère rendent grâce pour cette lumière qui a empêché les ténèbres de vaincre. C'est une Lumière qui brille dans le cœur de l'existence humaine: le Christ, Sauveur et Rédempteur du monde, «lumière pour éclairer les nations et gloire de son peuple Israël». Amen!
MESSAGE DU SAINT PÈRE
JEAN-PAUL II
POUR LA I JOURNÉE DE LA VIE CONSACRÉE
Vénérables frères dans l'Episcopat,
chères personnes consacrées etc.
Après la célébration du Synode des Evêques sur la Vie consacrée et la publication de l'Exhortation apostolique "Vita consecrata", qui a reçu un si bon accueil dans les familles religieuses et chez un grand nombre de prêtres et de laïcs, j'ai décidé d'instituer une Journée de la vie consacrée, célébrée le 2 février, fête de la Présentation de Jésus au temple.
Motifs de la Journée de la Vie consacrée
Cette journée a au moins un triple but:
En premier lieu, il est beau et juste de remercier le Seigneur pour le grand don de la vie consacrée, qui enrichit et réjouit l'Eglise par la multiplicité des charismes et le dévouement de tant de vies totalement données au Seigneur et aux frères. "Qu'en serait-il du monde, s'il n'y avait les religieux?" se demandait avec raison Ste Thérèse (cf VC 105 a).
C'est une question qu'il est bon de se poser de temps en temps, surtout afin de rendre grâce au Seigneur pour ce don par lequel l'Esprit continue à animer et soutenir son Eglise dans son engagement envers le monde.
En second lieu cette journée a pour but de faire mieux connaître et apprécier la vie consacrée au peuple de Dieu tout entier, des Evêques aux prêtres, des laïcs aux personnes consacrées elles-mêmes.
Comme je l'ai dit dans l'Exhortation Apostolique, la vie consacrée a pour mission prioritaire de garder vivante dans l'Eglise la forme historique de vie assumée par le Fils de Dieu quand il est venu sur cette terre. La vie consacrée est donc une mémoire vivante du Fils appartenant totalement au Père, qui est vu, vécu et présenté comme unique Amour (c'est cela la virginité), comme unique richesse (c'est cela la pauvreté), comme unique réalisation (c'est cela l'obéissance).
Cette forme de vie embrassée par le Christ et rendue présente par la vie consacrée, est d'une grande importance pour la vie de l'Eglise; elle exprime en effet la tension d'une personne vers Dieu qui est Tout, par une vie à la suite du Christ, dans la lumière et la puissance de l'Esprit Saint.
Un don de soi à Dieu aussi total doit être rappelé et présenté à tout le peuple de Dieu, parce qu'il fait de l'Eglise l'Epouse du Christ, toute désireuse de répondre à son immense amour, d'être à ses yeux toujours plus belle et plus digne, de devenir "sans ride et sans tache".
La connaissance et l'amour de la vie consacrée naissent donc de l'approfondissement des exigences radicales inhérentes au message évangélique: le but de la vie du chrétien est d'appartenir au Père, dans l'imitation du Christ, sous l'action de l'Esprit.
En contemplant le don de la vie consacrée, l'Eglise contemple sa vocation la plus profonde, celle de n'appartenir qu'à son Seigneur.
Voilà pourquoi j'ai affirmé que la consécration spéciale de la vie consacrée est au service de la consécration baptismale de tous les fidèles puisque Dieu doit être "Tout en tous".
La doctrine sur la vie consacrée présente dans l'Exhortation apostolique mérite d'être méditée, assimilée, présentée et diffusée, non seulement à l'occasion de cette journée, mais aussi au cours des prochaines années.
Ce document en effet, est destiné à accompagner non seulement la vie consacrée mais toute l'Eglise dans son passage du deuxième au troisième millénaire.
Le troisième motif concerne les personnes consacrées elles-mêmes; elles sont invitées à célébrer ensemble et solennellement les merveilles que le Seigneur a accomplies en elles; elles sont conviées à réfléchir sur le don reçu, à découvrir, dans un regard de foi toujours plus pur, le rayonnement de la beauté divine diffusé par l'Esprit dans leur forme de vie, à prendre conscience de leur mission incomparable dans l'Eglise pour la vie du monde.
Dans le monde actuel marqué par des engagements et des distractions, par des devoirs absorbants et des réalités captivantes, cette journée contribuera certainement à faire apparaître avec plus d'acuité et d'urgence, la responsabilité qu'ont les hommes et les femmes consacrés d'incarner avec joie et sérénité la vie et le message du Fils de Dieu. Ils annonceront ainsi à notre monde d'aujourd'hui, dans les situations les plus diverses, qu'en définitive, le Seigneur est pour l'homme le véritable Amour , la vraie richesse, le chemin de Réalisation le plus sûr.
Une vie consacrée "pleine de joie et d'Esprit Saint", sur les chemins de la mission, voilà le plus grand service à rendre à l'homme d'aujourd'hui. Et son enseignement principal qui est sous-jacent et soutient toutes les missions spécifiques aux divers charismes est celui-ci: "l'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou, s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins" (EN 41).
En la fête de la Présentation du Seigneur au Temple
La journée de la vie consacrée sera célébrée en la fête de la Présentation du Seigneur au temple. Cette fête nous aide, elle aussi, à entrer dans le mystère de la vie consacrée.
Cette fête liturgique ancienne fait mémoire de la présentation de Jésus au temple de Jérusalem par Marie et Joseph "pour l'offrir au Seigneur", comme le dit l'Evangéliste Luc (Lc 2, 22).
Dans la scène évangélique est révélé le mystère de Jésus, le Consacré du Père, venu dans le monde pour accomplir sa volonté (cf He 10,5-7). Le vieillard Syméon le proclame "Lumière pour éclairer les nations païennes" et par ses paroles prophétiques annonce l'offrande plénière de Jésus à son Père et sa victoire finale (cf Lc 2, 32-35).
Marie, la mère de Jésus s'associe par le même mouvement d'oblation à la présentation du Christ. Une fois encore est manifestée l'union permanente du Fils et de sa Mère dans leur offrande unique et totale pour le salut du monde.
La Présentation de Jésus au temple est une éloquente icône du don total de soi pour tous ceux qui ont été appelés à reproduire dans l'Eglise et dans le monde, par les conseils évangéliques, "les traits caractéristiques de Jésus chaste, pauvre et obéissant" (VC 1).
La Vierge Marie qui porte Jésus au temple et l'offre au Seigneur exprime très bien l'attitude de l'Eglise qui continue d'offrir ses fils et ses filles au Père et les associe à l'unique oblation du Christ, cause et modèle de toute consécration dans l'Eglise.
Depuis plusieurs dizaines d'années, dans l'Eglise de Rome et dans d'autres Eglises particulières, la fête du 2 février a rassemblé presque spontanément autour du Pape et des évêques les membres des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique pour manifester comme "en choeur", le don et l'engagement que contiennent leur appel et leur présence spécifique dans l'Eglise dans la variété de leurs charismes.
Je désire donc que la célébration de la journée de la vie consacrée en cette fête liturgique rassemble les personnes consacrées et le peuple chrétien pour chanter avec la Vierge Marie, les merveilles que le Seigneur accomplit encore en tant de ses fils et de ses filles et pour manifester à tous que la condition du peuple saint de Dieu est d'être un peuple entièrement consacré au Seigneur.
Les fruits attendus pour la mission de toute l'Eglise
Très chers frères et soeurs, l'institution de cette journée en la fête de la Présentation du Seigneur au temple apportera, j'en suis certain, un appui à la mission de l'Eglise.
D'abord à la mission "ad gentes", afin que ceux qui n'ont pas encore connu le Christ puissent approcher son mystère d'Envoyé du Père. Ce mystère est révélé par l'existence de personnes qui par le don total d'elles-mêmes témoignent que le Christ est le Fils Unique, le Modèle insurpassable.
Je suis sûr aussi d'aider la nouvelle évangélisation. Elle est rendue possible et efficace grâce à des personnes qui, d'abord auto-évangélisées, peuvent présenter l'évangile dans sa plénitude et montrer le visage maternel de l'Eglise, servante des hommes et des femmes de notre temps.
Je suis également assuré d'apporter un soutien concret à la pastorale des Eglises particulières. Elles peuvent parfois être tentées comme Marthe, de considérer la mission surtout dans les nombreuses choses à faire et qui doivent être faites, bien sûr. Mais cette journée rappelle à tous que c'est en choisissant la part de Marie, qu'on peut porter des fruits abondants dans la vigne du Seigneur.
Que la Vierge Marie qui eut le très grand privilège de présenter au Père, Jésus Christ, son Fils Unique, comme une offrande pure et sainte, nous garde dans l'action de grâce envers le Seigneur pour le don de la vie consacrée et pour les merveilles qu'elle a accomplies pour le bien de toute l'humanité.
Du Vatican, le 6 janvier 1997
MESSAGE DE SA SAINTETÉ
JEAN-PAUL II
POUR LE CARÊME 2005
Très chers Frères et Sœurs !
1. Chaque année, le Carême se propose à nous comme un temps propice à l'intensification de la prière et de la pénitence, en ouvrant notre cœur pour accueillir docilement la volonté divine. Le Carême nous indique un itinéraire spirituel qui nous prépare à revivre le grand mystère de la mort et de la résurrection du Christ, à travers surtout une écoute plus assidue de la Parole de Dieu et la pratique plus généreuse de la mortification, grâce à laquelle il nous est possible d'aider davantage notre prochain dans le besoin.
Je désire, cette année, proposer à votre attention, chers Frères et Sœurs, un thème plus que jamais actuel, et qui se trouve bien illustré par les versets suivants du Deutéronome : "Car là est ta vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre " (30,20). Ce sont les mots que Moïse adresse au peuple pour l'inviter à nouer l'alliance avec Yahvé dans le pays de Moab, "pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t'attachant a lui" (30,19-20). La fidélité à cette alliance divine est pour Israël la garantie de l’avenir "sur la terre que Yahvé a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner" (30,20). Dans la vision de la Bible, atteindre l'âge mûr est un signe de la bénédiction aimante du Très-Haut. La longévité apparaît ainsi comme un don divin particulier.
Je voudrais vous inviter à réfléchir sur ce thème pendant le Carême, pour approfondir la conscience du rôle que les personnes âgées sont appelées à jouer dans la société et dans l'Eglise, et pour disposer ainsi votre âme à cet accueil aimant qu'elles doivent recevoir. Dans la société moderne, grâce aussi à la contribution des sciences et de la médecine, on constate un prolongement de la vie humaine et, par conséquent, une augmentation du nombre des personnes âgées. Cela demande une attention plus spécifique au monde dit du "troisième âge", afin d'aider ses membres à vivre pleinement leurs potentialités, en les mettant au service de la communauté tout entière. Les fidèles doivent avoir à cœur de soigner les personnes âgées, surtout lorsqu'elles connaissent des moments difficiles, spécialement dans les Communautés ecclésiales des sociétés occidentales, où le problème existe de façon particulière.
2. La vie de l'homme est un don précieux, qu'il faut aimer et défendre dans chacune de ses étapes. Le commandement "Tu ne tueras pas" demande qu'elle soit respectée et promue, toujours, depuis son début jusqu'à son crépuscule naturel. C'est un commandement qui vaut aussi en présence de la maladie, et lorsque l'affaiblissement de ses forces réduit l'être humain à ne plus être autonome. Si le vieillissement et ses limites inévitables sont accueillis en toute sérénité, à la lumière de la foi, ils peuvent devenir de précieuses occasions pour mieux comprendre le mystère de la Croix qui donne pleinement son sens à l'existence humaine.
La personne âgée a besoin d'être comprise et aidée dans cette perspective. Je veux dire ici combien j'apprécie tous ceux qui font leur possible pour satisfaire ces exigences et j'exhorte aussi toutes les personnes de bonne volonté à vouloir profiter du Carême pour apporter leur contribution personnelle. Cela permettra à bien des personnes âgées de ne pas se sentir un poids pour la communauté et, parfois même, pour leurs familles, dans une situation de solitude qui les expose à la tentation de se refermer sur soi et de se décourager.
Il faut s'engager à faire grandir dans l'opinion publique la conscience que les personnes âgées constituent, dans tous les cas, une ressource qui doit être mise en valeur. Aussi, faut-il renforcer les soutiens économiques et les initiatives législatives qui leur permettent de ne pas être exclues de la vie sociale. Pour dire la vérité, au cours des dernières décennies, la société est devenue plus attentive à leurs exigences, et la médecine a développé des soins palliatifs qui, dans une approche intégrale du malade, se révèlent particulièrement bénéfiques pour les malades hospitalisés à long terme.
3. Disposant de plus de temps à ce stade de leur existence, les personnes âgées ont l'occasion d'affronter des questions de fond qui avaient été sans doute négligées auparavant, en raison d'intérêts pressants ou reconnus comme prioritaires. La conscience de se rapprocher du but final pousse les personnes âgées à se concentrer sur ce qui est essentiel, en reconnaissant l'importance de tout ce qui n'est pas détruit par l'usure des ans.
C'est justement à cause de la condition qui est la leur que les personnes âgées peuvent jouer un rôle dans la société. S'il est vrai que chacun et chacune vit de l'héritage de ceux qui l'ont précédé, et que son avenir dépend de façon déterminante de la manière dont lui ont été transmises les valeurs de la culture de son peuple d'appartenance, la sagesse et l'expérience des personnes âgées peuvent illuminer son avancée sur la route du progrès qui mène à une forme de civilisation toujours plus complète.
Combien il est important de redécouvrir cet enrichissement mutuel des différentes générations ! Avec son invitation ferme à la conversion et à la solidarité, le Carême nous conduit cette année à nous concentrer sur ces thèmes importants qui concernent tous les hommes. Qu'arriverait-il si le Peuple de Dieu acceptait une certaine mentalité courante qui considère ces frères et ces sœurs âgés comme quasiment inutiles, lorsqu'ils se retrouvent avec des capacités réduites par les inconvénients de l'âge ou de la maladie ? Et au contraire, combien la communauté serait différente, à commencer par la famille, si elle s'efforçait de rester toujours ouverte et accueillante à leur égard !
4. Très chers Frères et Sœurs : pendant ce Carême, et en nous aidant de la Parole de Dieu, réfléchissons sur l’importance pour chaque communauté d’accompagner les personnes vieillissantes, avec amour et compréhension. Il faut, en outre, nous habituer à concevoir le mystère de la mort avec confiance, pour que la rencontre définitive avec Dieu se réalise dans un climat de paix intérieure, avec la conscience que nous sommes accueillis par Celui "qui nous a tissé au sein de notre mère" (cf. Ps 139,13b) et qui a voulu que nous soyons "à son image comme sa ressemblance" (cf. Gn 1,26).
Que Marie, notre guide tout au long de cet itinéraire quadragésimal, conduise tous les croyants, et spécialement les plus âgés, à une connaissance toujours plus profonde du Christ mort et ressuscité, raison ultime de notre existence. Qu'elle intercède pour chacun de nous, elle, la Servante fidèle de son divin Fils, avec sainte Anne et saint Joachim, "maintenant et à l'heure de notre mort".
A tous, je donne ma Bénédiction apostolique !
Du Vatican, le 8 septembre 2004
JEAN-PAUL II
MESSAGE DE SA SAINTETÉ
JEAN-PAUL II
POUR LE CARÊME 2004
Chers Frères et Sœurs !
1. Par le rite suggestif de l’imposition des Cendres, commence le temps sacré du Carême, durant lequel la liturgie renouvelle aux croyants l’appel à une conversion radicale, dans la confiance en la miséricorde divine.
Le thème de cette année – «Celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille» (Mt 18,5) – nous donne l’occasion de réfléchir sur la condition des enfants, qu’aujourd’hui encore, Jésus appelle à lui et montre en exemple à ceux qui veulent devenir ses disciples. Les paroles de Jésus constituent une exhortation à examiner la façon dont les enfants sont traités dans nos familles, dans la société civile et dans l’Église. Elles incitent également à redécouvrir la simplicité et la confiance que le croyant doit développer, imitant le Fils de Dieu qui a partagé le sort des petits et des pauvres. À ce propos, sainte Claire d'Assise aimait dire de Lui: «Né dans la crèche, Il a vécu pauvre sur la terre et est resté nu sur la croix» (Testament, Sources franciscaines n. 2841).
Jésus aimait les enfants et avait une prédilection pour eux, «pour leur simplicité et leur joie de vivre, pour leur spontanéité et pour leur foi pleine d’émerveillement» (Angélus du 18 décembre 1994). Il veut donc que la communauté leur ouvre ses bras et son cœur comme elle les lui ouvre à Lui-même : «Celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille» (Mt 18,5). À côté des enfants, Jésus place nos «frères les plus petits», c'est-à-dire les miséreux, les nécessiteux, les affamés et assoiffés, les étrangers, ceux qui sont nus, les malades, les prisonniers. Les accueillir et les aimer ou, à l’inverse, les traiter avec indifférence et les repousser, signifie se comporter de la même manière envers Lui, car c’est en eux qu’il se rend tout particulièrement présent.
2. L’Évangile raconte l’enfance de Jésus dans la pauvre maison de Nazareth où, soumis à ses parents, «il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes» (Lc 2,52). En devenant enfant, Il a voulu partager l’expérience humaine. «Il se dépouilla lui-même, – écrit l’apôtre Paul – en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix» (Ph 2, 7-8). Lorsque, à douze ans, il resta dans le Temple de Jérusalem, il répondit à ses parents qui le cherchaient, tout angoissés: «Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être» (Lc 2,49). En réalité, toute son existence fut marquée par une soumission confiante et filiale à son Père céleste. «Ma nourriture – disait-Il – est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre» (Jn 4,34).
Durant les années de sa vie publique, il a répété à plusieurs reprises que seuls ceux qui sauraient devenir comme des enfants entreraient dans le Royaume des Cieux (cf. Mt 18,3 ; Mc 10,15; Lc 18,17; Jn 3,3). Dans ses interventions, l’enfant devient une image éloquente du disciple, appelé à suivre le divin Maître avec la docilité d’un enfant : «Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des Cieux» (Mt 18,4).
«Devenir» petits et «accueillir» les petits: ce sont deux aspects d’un même enseignement que le Seigneur renouvelle à ses disciples d'aujourd'hui. Seul celui qui se fait «petit» est en mesure d’accueillir avec amour ses frères les plus «petits».
3. Nombreux sont les croyants qui cherchent à suivre fidèlement ces enseignements du Seigneur. Je voudrais rappeler ici les parents qui n’hésitent pas à prendre en charge une famille nombreuse, les mères et les pères qui, au lieu d’avoir comme priorité la recherche de leur succès professionnel et de leur carrière, se préoccupent de transmettre à leurs enfants les valeurs humaines et religieuses qui donnent le sens véritable à l’existence.
Je pense avec une admiration pleine de gratitude à ceux qui prennent soin de la formation des enfants en difficulté et qui soulagent les souffrances des enfants et de leurs proches causées par les conflits et la violence, par le manque d’eau et de nourriture, par l’émigration forcée, ainsi que par les nombreuses autres formes d’injustice qui existent à travers le monde.
Face à une telle générosité, il faut néanmoins constater également l’égoïsme de ceux qui n´«accueillent» pas les enfants. Il existe des mineurs qui sont profondément blessés par la violence des adultes: abus sexuels, engagement dans la prostitution, implication dans le trafic et la consommation de drogue; des enfants obligés à travailler ou enrôlés pour combattre; des enfants innocents marqués pour toujours par la désagrégation familiale; des petits enfants détruits par le trafic abject d’organes et d’êtres humains. Et que dire de la tragédie du sida avec ses conséquences dévastatrices en Afrique ? Il est question désormais de millions de personnes touchées par ce fléau et, parmi elles, nombreuses sont celles qui ont été contaminées dès leur naissance. L’humanité ne peut pas fermer les yeux devant un drame aussi préoccupant !
4. Quel mal ont commis ces enfants pour mériter autant de souffrance ? D’un point de vue humain, il n’est pas facile, voire même impossible, de répondre à cette question inquiétante. Seule la foi nous aide à pénétrer dans un abîme de souffrance aussi profond. En se faisant «obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix» (Ph 2,8), Jésus a pris sur lui la souffrance humaine et l’a éclairée de la lumière éclatante de sa résurrection. Par sa mort, il a, pour toujours, vaincu la mort.
Durant le Carême, nous nous préparons à revivre le Mystère pascal qui projette une lumière d’espérance sur toute notre existence, même dans ses aspects les plus complexes et les plus douloureux. La Semaine Sainte nous proposera à nouveau ce mystère de salut à travers les rites suggestifs du Triduum pascal.
Chers Frères et Sœurs, entrons avec confiance dans l’itinéraire du Carême, animés par le désir d’une prière plus intense, de la pénitence et d’une plus grande attention envers les personnes qui sont dans le besoin. Que le Carême soit, de façon particulière, une occasion utile pour que chacun puisse consacrer, dans son propre milieu familial et social, une plus grande attention aux enfants: ces derniers constituent l’avenir de l’humanité.
5. Dans la prière du «Notre Père», avec la simplicité caractéristique des enfants, nous nous adressons à Dieu en l’appelant, comme Jésus nous l’a enseigné, «Abba», Père.
Notre Père ! Au cours du Carême, répétons fréquemment cette prière, répétons-la avec un élan profond. En appelant Dieu «Notre Père», nous nous reconnaîtrons comme ses enfants et nous nous sentirons frères entre nous. De cette façon, il nous sera plus facile d’ouvrir notre cœur aux petits, selon l’invitation de Jésus: «Celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille» (Mt 18,5).
Dans ces sentiments, j’invoque sur chacun de vous la bénédiction de Dieu par l’intercession de Marie, Mère du Verbe de Dieu fait homme et Mère de toute l’humanité.
Du Vatican, le 8 décembre 2003.
JEAN-PAUL II