Ressources Catholiques Magistère

précédent
MESSAGE DU SAINT-PÈRE
JEAN-PAUL II
AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION
DE LA IIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 1987
 
«Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru» (1Jn 4,16)
 
Chers jeunes, mes amis,
Dans le continent de l’espérance
1. Le 8 juin dernier, j’ai eu l’immense joie d’annoncer que la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse sera célébrée à Buenos Aires le dimanche des Rameaux 1987. Ce sera le moment où, avec l’aide de Dieu, j’accomplirai ma visite apostolique aux pays du cône sud américain: Uruguay, Chili et Argentine. A Buenos Aires j’aurai la grande joie de rencontrer non seulement les jeunes d’Argentine, mais aussi beaucoup d’autres jeunes venant de tout le continent latino-américain et des autres pays du monde. Dans cette rencontre tant attendue, nous nous sentirons tous en communion de prière, d’amitié et de fraternité, de par notre responsabilité et notre engagement avec les autres jeunes qui, réunis autour de leurs pasteurs, célébreront cette Journée dans toutes les Eglises locales du monde; nous nous sentirons en union également avec tous ceux qui cherchent Dieu d’un cœur sincère et désirent consacrer leurs énergies juvéniles à la construction d’une nouvelle société plus juste et plus fraternelle. Il est significatif que cette fois le lieu central de la célébration de la Journée Mondiale de la Jeunesse soit la terre latino-américaine, peuplée en majorité de jeunes, animateurs et futurs protagonistes du «continent de l’espérance», comme on l’a appelé. L’Eglise d’Amérique Latine qui, à Puebla de los Angeles (Mexique), a proclamé son «option préférentielle pour les jeunes», se prépare à une «nouvelle évangélisation» pour retrouver ses racines et rajeunir la tradition et la culture chrétiennes de ses populations au seuil du «demi-millénaire» de sa première évangélisation. Si notre regard se porte sur elle, il s’étend aussi aux quatre points cardinaux et notre parole veut appeler les jeunes à se réunir, du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest, eux qui seront les hommes et les femmes de l’an 2000 et que l’Eglise reconnaît et accueille avec espérance.
L’homme ne peut vivre sans amour
2. Le thème de cette Journée Mondiale nous met devant les yeux le témoignage de l’apôtre Jean lorsqu’il s’écrie: «Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru» (1Jn 4,16). A ce sujet, je voudrais vous rappeler une pensée que j’ai exprimée dans ma première Encyclique: «L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible et sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il ne rencontre pas l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement» (Redemptor hominis, 10). Et combien plus cette réalité vaut-elle pour les jeunes qui vivent une période particulière de responsabilité et d’espérance, de développement de la personne, de détermination du sens, des grands idéaux et projets de vie, d’aspiration à la vérité et aux voies de l’authentique bonheur! C’est à ce moment là que l’on éprouve le plus le besoin de se sentir reconnu, soutenu, écouté et aimé. Vous savez bien, au plus profond de vos cœurs, que les satisfactions que procure un hédonisme superficiel sont éphémères et ne laissent dans l’âme que du vide; qu’il est trompeur de s’enfermer dans la carapace de son égoïsme; que toute indifférence et scepticisme vont à l’encontre des nobles aspirations à un amour sans frontières; que les tentations de la violence et des idéologies qui nient Dieu ne peuvent conduire qu’à des impasses. Puisque l’homme ne peut vivre ni se comprendre sans amour, je veux vous inviter tous à croître en humanité, à donner priorité absolue aux valeurs de l’esprit, à vous transformer en «hommes nouveaux», reconnaissant et acceptant de plus en plus la présence de Dieu dans votre vie, la présence d’un Dieu qui est Amour; d’un Père qui aime chacun de nous de toute éternité, qui nous a créés par amour et qui nous a aimés jusqu’à livrer son Fils unique pour le pardon de nos péchés, pour nous réconcilier avec Lui, pour vivre avec Lui une communion d’amour qui ne finira jamais. La Journée Mondiale de la Jeunesse doit donc nous préparer tous à accueillir ce don de l’amour de Dieu qui nous transforme et nous sauve. Le monde attend avec anxiété notre témoignage d’amour, un témoignage issu d’une profonde conviction personnelle et d’un acte sincère d’amour et de foi dans le Christ ressuscité. C’est cela que signifie connaître l’amour et croire en lui.
Dieu vous appelle à l’unité et à la solidarité
3. Nos célébrations auront également une franche dimension communautaire, exigence inéluctable de l’amour de Dieu et de la communion de ceux qui se sentent fils du même Père, frères en Jésus-Christ et unis par la puissance de l’Esprit. Parce que vous faites partie de la grande famille des rachetés et que vous êtes membres vivants de l’Eglise, vous expérimenterez pendant cette Journée l’enthousiasme et la joie de l’amour de Dieu qui vous appelle à l’unité et à la solidarité. Cet appel ne fait acception de personne. C’est au contraire une convocation qui dépasse les frontières et s’adresse à tous les jeunes sans distinction, qui fortifie et renouvelle les liens unissant les jeunes. Dans ces conditions, il faut que se fassent particulièrement vifs et opérants les liens avec les jeunes qui souffrent du chômage, qui vivent dans la pauvreté ou la solitude, qui se sentent mis en marge ou portent la lourde croix de la maladie. Que ce message d’amitié parvienne également à ceux qui n’acceptent pas la foi religieuse. La charité ne transige pas avec l’erreur, mais va toujours à la rencontre de tous pour ouvrir les chemins de la conversion. Quelles belles et lumineuses paroles nous adresse à ce propos saint Paul dans son hymne à la charité! (cf. 1 Co 13). Qu’elles soient pour vous un programme de vie et d’engagement résolu pour votre présent et votre avenir! L’amour de Dieu qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint (cf. Rm 5,5) doit nous sensibiliser aux menaces manifestes de la faim et de la guerre, aux disparités scandaleuses entre les minorités opulentes et les peuples pauvres, aux atteintes portées aux droits de l’homme et à ses légitimes libertés, entre autres la liberté religieuse, aux manipulations effectives et virtuelles de sa dignité. J’ai vivement et fortement ressenti la présence et la prière des jeunes à l’occasion de la Journée Mondiale de prière pour la paix célébrée le 27 octobre à Assise, à laquelle ont participé les représentants des diverses confessions chrétiennes et religions du monde. Plus que jamais, il faut que les énormes progrès scientifiques et technologiques de notre temps soient orientés, avec sagesse, à la lumière de l’éthique, vers le bien de tout l’homme et de tous les hommes. La gravité, l’urgence et la complexité des problèmes et des défis actuels exigent des nouvelles générations capacité et compétence dans les divers domaines, mais, au-dessus des intérêts et des visions partielles, il faut placer le bien intégral de l’homme, créé à l’image de Dieu et appelé à une destinée éternelle. Dans le Christ nous ont été révélés en plénitude l’amour de Dieu et la sublime dignité de l’homme. Que Jésus soit la «pierre angulaire» (cf. Eph 2,20) de vos vies et de la nouvelle civilisation que vous aurez à construire dans un esprit de généreuse solidarité et de partage. Il ne peut y avoir d’authentique croissance humaine dans la paix et la justice, dans la vérité et la liberté, sans la présence du Christ et de sa puissance salvatrice. La construction d’une civilisation de l’amour requiert des caractères forts et persévérants, prêts au sacrifice et désireux d’ouvrir de nouvelles voies de fraternité, qui dépassent les divisions et les divers matérialismes. C’est là une responsabilité des jeunes d’aujourd’hui qui seront les hommes et les femmes de demain, à l’aube du troisième millénaire chrétien.
Mettez-vous en marche!
4. Dans l’attente joyeuse de notre rencontre, je vous souhaite à tous une préparation spirituelle approfondie qui accroisse le dynamisme ecclésial de cette Journée. Mettez-vous en marche! Que votre itinéraire soit jalonné par la prière, L’étude, le dialogue, le désir de conversion et de vie meilleure. Marchez unis les uns aux autres dans vos paroisses et communautés chrétiennes, dans vos associations et mouvements apostoliques. Soyez dans une attitude d’accueil et d’attente, en harmonie avec le temps de l’Avent qui commence. La liturgie de ce premier dimanche nous rappelle, par les paroles de saint Paul, «le moment dans lequel nous vivons» et nous exhorte à «nous dépouiller des œuvres de ténèbres» et à nous «revêtir du Seigneur Jésus-Christ» (cf. Rm 13,11-14). J’adresse à tous les jeunes du monde mon salut affectueux et cordial. Tout particulièrement aux jeunes d’Argentine. J’ai suivi avec grand intérêt vos pèlerinages annuels au sanctuaire de Notre-Dame de Luján et la Rencontre nationale des jeunes l’an dernier à Córdoba, de même que la mise en œuvre de l’«option jeunesse» sur laquelle s’est concentrée pendant des années la pastorale d’ensemble de l’Episcopat argentin. Depuis ma première visite à votre pays en 1982, si marquée par la souffrance et l’espérance, je connais votre engagement pour la construction de la paix dans la justice et la vérité. Je sais par tout cela que vous collaborerez avec enthousiasme à la préparation de la Journée à Buenos Aires, que vous serez présents à cette rencontre avec le Pape et que vous saurez accueillir avec une généreuse hospitalité, avec amitié et esprit de partage, les jeunes d’autres pays qui veulent participer à cette fête en s’engageant profondément avec le Christ, avec l’Eglise, sur la voie de la nouvelle civilisation de la vérité et de l’amour. J’invite tous les jeunes gens et jeunes filles du monde à célébrer avec une intensité et une espérance particulières la Journée Mondiale de la Jeunesse, le prochain dimanche des Rameaux 1987. Je confie la préparation et les fruits de cette Journée à Marie, la jeune Vierge de Nazareth, L’humble servante du Seigneur qui a cru à l’amour du Père et nous a donné le Christ, «notre Paix» (cf. Eph 2,14). Chers jeunes, mes amis, soyez les témoins de l’amour de Dieu, semeurs d’espérance et artisans de paix. Au nom du Seigneur Jésus, je vous bénis avec toute mon affection.
Du Vatican, le 30 novembre 1986, premier dimanche de l’Avent.
 
IOANNES PAULUS PP. II



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PRÉSIDENTS D'ARGENTINE ET DU CHILI
 
Monsieur le Président,
Je désire porter mon attention sur l'imminente rencontre entre les Ministres des Affaires Etrangères d'Argentine et du Chili avec le vif espoir de voir surmonté le litige qui divise vos pays et fait naître une grande angoisse dans mon cœur.
Puisse le colloque ouvrir la voie à une ultérieure réflexion qui, évitant toute mesure susceptible d'avoir des conséquences imprévisibles, permette la poursuite d'un examen serein et responsable du litige. Les exigences de la justice, de l'équité et de la prudence pourront ainsi prévaloir comme fondement solide et stable de la coexistence fraternelle de vos populations conformément à leurs profondes aspirations à la paix intérieure et extérieure, sur laquelle édifier un avenir meilleur.
Le dialogue ne préjuge pas des droits, mais il élargit le champ des possibilités raisonnables ; il honore ceux qui ont le talent et le courage de le poursuivre inlassablement en dépit de tous les obstacles.
Ce sera une entreprise bénie par Dieu et soutenue par le consentement de votre peuple et les applaudissements de toute la communauté internationale.
Mon appel m'est inspiré par l'affection paternelle que je ressens pour les deux pays qui me sont très chers, et par la confiance que me donne le sentiment de responsabilité que vous avez démontré jusqu'à présent et dont j'attends un nouveau témoignage.
Avec mes meilleurs vœux et ma bénédiction.
 
JOANNES PAULUS PP. II



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
À S. EXC. LE DR KURT WALDHEIM, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES, À L'OCCASION DU
30
e ANNIVERSAIRE DE LA DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME*
 
À S. Exc. le Dr Kurt Waldheim,
Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies.
L’importante circonstance du 30e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme donne au Saint-Siège l’occasion de manifester une fois encore aux peuples et aux nations sa sollicitude et son intérêt constants pour les droits fondamentaux de l’homme, clairement exprimés et enseignés dans le message de l’Évangile lui-même.
C’est dans cet esprit que je veux vous saluer, Monsieur le Secrétaire général, et, à travers vous, le président et les membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, rassemblés pour commémorer cet anniversaire. À vous tous je veux dire mon ferme accord « en ce qui concerne l’engagement constant de l’Organisation des Nations Unies pour la promotion toujours plus précise, plus autorisée et plus efficace, du respect des droits fondamentaux de l’homme ». (Paul VI, Message pour le XXVe anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, 10 déc. 1973, AAS 65, 1973, p. 674.)
Ces trente dernières années, des mesures importantes ont été prises et certains efforts appréciables ont été faits pour créer et soutenir les instruments juridiques destinés à protéger les idéaux exprimés dans cette Déclaration.
Il y a deux ans, la Convention internationale sur les droits économiques, sociaux et culturels et la Convention internationale sur les droits sociaux et politiques sont entrées en application. Par elles, les Nations Unies ont accompli un important pas en avant en rendant effectif l’un des principes fondamentaux qu’elles ont fait leur dès leur fondation : établir juridiquement des moyens contraignants pour promouvoir chez les individus les droits de l’homme et protéger leurs libertés fondamentales.
Il serait certainement très souhaitable qu’un nombre toujours plus grand d’États adoptent ces conventions afin que le contenu de la Déclaration universelle soit de plus en plus appliqué dans le monde. La Déclaration trouverait ainsi un plus grand écho, étant l’expression de la ferme volonté des peuples, où qu’ils soient, de promouvoir par des garanties légales les droits de tous les hommes et de toutes les femmes sans discrimination de race, de sexe, de langue ou de religion.
Il faut noter que le Saint-Siège — en conformité avec son identité et à différents niveaux — s’est toujours efforcé d’être un fidèle collaborateur des Nations Unies dans toutes les initiatives destinées à promouvoir cette noble mais difficile action. Le Saint-Siège a toujours apprécié loué et soutenu les efforts des Nations Unies tendant à garantir d’une façon toujours plus efficace la pleine et juste protection des droits fondamentaux et des libertés des personnes humaines.
Si un regard en arrière sur ces trente dernières années nous donne toute raison d’être réellement satisfait des nombreux progrès qui ont été faits dans ce domaine, on ne peut cependant pas ignorer que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui offre trop d’exemples de situations d’injustice et d’oppression. On est obligé de remarquer une divergence apparemment croissante entre les déclarations significatives des Nations Unies et l’augmentation parfois massive des violations des droits de l’homme dans toutes les parties de la société et du monde. Cela ne peut nous causer que de la tristesse et nous ne pouvons éprouver que de l’insatisfaction devant l’actuel état de choses.
Qui peut nier qu’aujourd’hui des individus et des pouvoirs civils violent impunément des droits fondamentaux de la personne humaine, tels que le droit de naître, le droit de vivre, le droit à la procréation responsable, au travail, à la paix, à la liberté et à la justice sociale, le droit de participer aux décisions qui concernent les peuples et les nations ?
Et que dire devant les formes variées de violence collective, comme la discrimination raciale contre des individus et des groupes, la pratique de la torture physique et psychologique sur des prisonniers ou des dissidents politiques ? La liste s’accroît encore quand nous considérons les cas de séquestration de personnes pour des raisons politiques et les enlèvements pour un gain matériel, qui atteignent d’une façon si dramatique la vie de famille et le tissu social.
Dans le monde tel que nous le voyons aujourd’hui, sur quels critères peut-on se baser pour dire que des droits de toutes les personnes sont sauvegardés ? Quelle base pouvons- nous présenter sur laquelle les droits individuels et sociaux peuvent se développer ? Indubitablement, cette base c’est la dignité de la personne humaine. Le Pape Jean XXIII l’a dit dans « Pacem in terris » : « Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c’est le principe que tout être humain est une personne… Par là même, il est sujet de droits et de devoirs découlant… de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables. »
Tout à fait semblable est le préambule de la Déclaration universelle elle-même : « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde… »
C’est dans cette dignité de la personne que les droits de l’homme trouvent leur source immédiate. Et c’est le respect de cette dignité qui donne naissance à leur protection effective. La personne humaine, même lorsqu’elle se trompe, garde toujours une dignité qui lui est inhérente et elle ne perd jamais sa dignité propre (« Pacem in terris », 158).
Pour les croyants, c’est en permettant à Dieu de parler à l’homme que l’on peut contribuer le plus authentiquement à affermir la conscience que tout être humain a de sa destinée et à prendre conscience que tous des droits découlent de la dignité de la personne, fermement enracinée en Dieu.
Je voudrais maintenant parler de ces droits tels qu’ils sont sanctionnés par la Déclaration, et spécialement de l’un d’entre eux qui occupe indubitablement une place centrale : le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion (cf. art. 18).
Permettez-moi d’attirer l’attention de l’Assemblée sur l’importance et la gravité d’un problème très douloureux qui est encore vivement ressenti aujourd’hui. Je veux parler du problème de la liberté religieuse qui est à la base de toutes les autres libertés et qui est inséparablement lié à elles toutes en raison de cette dignité même qu’est la personne humaine. La vraie liberté est la caractéristique saillante de l’humanité : elle est la source dont découle la dignité humaine. Elle est « en l’homme un signe privilégié de l’image divine » (« Gaudium et spes », 17). Elle nous est offerte et conférée comme une mission propre.
Aujourd’hui les hommes et les femmes ont de plus en plus conscience de la dimension sociale de la vie. Il en résulte qu’ils sont de plus en plus sensibles au principe de la liberté de pensée, de conscience et de religion. Cependant, c’est avec tristesse et un profond regret qu’il nous faut l’admettre : malheureusement, comme l’a dit le IIe Concile du Vatican dans sa déclaration sur la liberté religieuse : « … il est des régimes où, bien que la liberté de culte religieux soit reconnue dans la Constitution, les pouvoirs publics eux-mêmes s’efforcent de détourner les citoyens de professer la religion et de rendre la vie des communautés religieuses difficile et précaire » (« Dignitatis humanae », 15).
L’Église s’efforce de se faire l’interprète de la soif de dignité qu’ont les hommes d’aujourd’hui. C’est pourquoi je voudrais demander solennellement que la liberté religieuse pour toutes les personnes et pour tous les peuples soit respectée partout et par tous. C’est avec émotion que je lance cet appel solennel parce que, j’en suis profondément convaincu : même si l’on met à part le désir de servir Dieu, le bien commun de la société peut profiter « des biens de la justice et de la paix découlant de la fidélité des hommes envers Dieu et sa sainte volonté » (ibid., 6). Le libre exercice de la religion profite et aux individus et aux gouvernements. L’obligation de respecter la liberté religieuse incombe donc à tout le monde, aussi bien aux citoyens individuellement qu’aux légitimes autorités civiles.
Pourquoi alors une action répressive et discriminatoire est-elle exercée contre un vaste nombre de citoyens qui ont dû subir des oppressions de toutes sortes et même la mort, uniquement pour préserver leurs valeurs spirituelles, bien que, malgré tout cela, ils n’aient jamais cessé de coopérer à tout ce qui sert le vrai progrès civil et social de leur pays ? Ne devraient-ils pas plutôt être admirés et félicités que considérés comme des suspects ou des criminels ?
Mon prédécesseur Paul VI a posé cette question : « Un État peut-il solliciter avec fruit une confiance et une collaboration entière alors que par une sorte de « confessionnalisme en négatif » il se proclame athée et, tout en déclarant respecter dans un certain cadre les croyances individuelles, il prend position contre la foi d’une partie de ses citoyens ? » (Paul VI, Allocution au Corps diplomatique, 14 janvier 1978, AAS 70, 1978, p. 170.)
La justice, la sagesse et le réalisme demandent que soit surmonté un funeste sécularisme, particulièrement cette erreur qui consiste à réduire le fait religieux au domaine purement privé. À toute personne doit être donnée la possibilité, dans le contexte de notre vie collective, de professer sa foi et sa croyance, seule ou avec d’autres, en privé et en public.
Un dernier point mérite attention. Tout en insistant, et à juste titre, sur la revendication des droits de l’homme, on ne doit jamais perdre de vue les obligations et les devoirs qui sont liés à ces droits. Tout individu a l’obligation d’exercer ses droits fondamentaux d’une manière responsable et moralement justifiée. Tout homme ou toute femme a le devoir de respecter chez les autres les droits qu’il revendique pour lui-même. De plus, nous devons tous contribuer pour notre part à l’édification d’une société où il est réellement possible de bénéficier des droits et de s’acquitter des devoirs inhérents à ces droits.
Pour conclure ce message, Monsieur le Secrétaire général, à vous et à tous ceux qui, à tous les niveaux, servent dans votre Organisation, je voudrais présenter mes meilleurs vœux, avec l’espoir que les Nations Unies continueront inlassablement à promouvoir partout la défense de la personne humaine et de sa dignité dans l’esprit de la Déclaration universelle.
Du Vatican, le 2 décembre 1978.
 
IOANNES PAULUS PP. II

*L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n. 51 pp. 1, 11.
La Documentation Catholique 1979 n.1755 pp.1-3.



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AU DIOCÈSE DE CRACOVIE, À L'OCCASION DU
IX
e CENTENAIRE DU SAINT MARTYR STANISLAS
 
En la fête de Noël, qui, chaque année, marque un recommencement, nous inaugurons notre grand jubilé de St Stanislas, évêque et martyr, patron de la Pologne. Nous commençons ce jubilé au seuil de l’année du Seigneur 1979, qui est la 900e depuis la mort de Stanislas de Szczepanow, évêque de Cracovie, tué par le roi Boleslas l’intrépide. Cet évêque et pasteur de notre Église, fruit de notre patrie, est devenu par sa mort le symbole d’un « commencement » particulier de notre histoire.
Les Polonais — qui étaient entrés dans l’Église du Christ depuis plus de cent ans, par le baptême de leur premier souverain historique, Mieszko, de la famille des Piast — désiraient ardemment, comme fruit de ce baptême, un signe évident de sainteté donné par un fils de notre patrie. Ce désir fut exaucé précisément en la personne de Stanislas. En effet, après une longue attente et un examen attentif des faits et des miracles (selon les possibilités de l’époque), le Pape Innocent IV proclama Stanislas de Szczepanow saint en 1253, à Assise.
Cet événement a profondément touché toute la société d’alors. Un nouvel esprit s’est emparé de nos ancêtres. On assista à un renouveau de la foi et de l’amour de la patrie, qui, comme on le sait, était divisée en de nombreuses régions. L’élévation sur les autels d’un saint polonais, fils de la terre natale, offrit à tous les citoyens d’alors un pasteur commun. Saint Stanislas devient expression de l’unité de toutes les terres polonaises. C’est à son intercession que nos ancêtres attribuent la fin des divisions entre régions, l’unification de la nation et le développement qui s’en est suivi.
Depuis, chaque centenaire du martyre de St Stanislas a toujours été marqué par un grand jubilé tout au long de l’histoire de la Pologne, aussi bien au « siècle d’or » qu’aux périodes de décadence, y compris au temps de la partition. Le dernier jubilé de St Stanislas, précisément, a été célébré en un moment où la Pologne avait perdu son indépendance. Aujourd’hui, nous rendons grâce à Dieu de ce que la Pologne ait recouvré son indépendance en tant qu’État en 1918, montrant ainsi qu’elle était toujours prête à défendre son autonomie. Et cela est précisément lié à la tradition de St Stanislas, patron de la Pologne.
Depuis sept ans, c’est-à-dire depuis 1972, nous nous préparons au jubilé de St Stanislas qui commence en cette fête de Noël. Cette préparation correspond aux sept années pendant lesquelles St Stanislas fut évêque de Cracovie, de 1072 a 1079. Pendant ces sept années, nous nous sommes surtout préoccupés de répondre aux tâches que le IIe Concile du Vatican a proposées à l’Église, aux chrétiens, à l’humanité. En travaillant systématiquement à faire passer dans la vie la doctrine du Concile, nous avons cherché surtout à affermir, approfondir et enrichir notre foi. C’est en effet seulement par cette voie qu’est possible un authentique renouveau de l’Église. Le travail entrepris dans ce sens correspond certainement à ce qui devait être fait en cet anniversaire de St Stanislas qui en son temps, en tant qu’évêque et pasteur de l’Église a poursuivi cet objectif selon les possibilités et les nécessités d’alors. Et c’est cela qui donne tout son sens à notre jubilé. Il n’évoque pas seulement une grande figure d’il y a neuf siècles, mais il veut assumer cette même cause pour laquelle St Stanislas a donné toute sa vie. Tels sont précisément les objectifs que, dès le début, s’est fixé le Synode pastoral de l’archidiocèse de Cracovie, qui touche à sa fin. Nous désirons le conclure solennellement le 8 mai 1979.
Selon une tradition neuf fois centenaire, St Stanislas est le patron des valeurs morales dans notre patrie (tout comme St Adalbert est le patron de l’ordre hiérarchique), ces valeurs morales si nécessaires aujourd’hui. « La foi sans les œuvres est inopérante (Jc 2, 20), nous dit l’apôtre. Tout ce qui menace les valeurs morales atteint l’homme et blesse sa dignité. Les occasions ne manquent certainement pas de dire avec amertume qu’aujourd’hui l’absence de valeurs morales a pris des dimensions préoccupantes pour toute la société. En tant qu’évêque et pasteur de l’Église de Cracovie, St Stanislas a défendu la société d’alors contre le mal qui la menaçait, et il n’a pas hésité à faire face à son souverain lorsque la protection des valeurs morales le demandait. Il nous a ainsi laissé un magnifique exemple de souci de l’homme, que nous devons mettre en parallèle avec notre indifférence, notre négligence, notre pusillanimité et notre préoccupation pour nos intérêts exclusifs. Le bien de l’homme et de la nation ne peut être séparé du souci des valeurs morales. Pour utiliser le langage d’aujourd’hui, nous pouvons voir en St Stanislas le porte-parole des droits les plus essentiels de l’homme et de la nation, ces droits dont dépendent sa dignité, sa moralité, son authentique liberté.
Nous voulons vivre cette année jubilaire qui commence en étroite union avec toute l’Église universelle, puisque St Stanislas est inscrit au calendrier des saints de cette Église comme une expression de son époque, et même en particulier comme une preuve que la Pologne était dans la grande famille des nations chrétiennes d’Europe et du monde. En ce jubilé, notre lien avec le Saint-Siège s’exprime comme peut-être jamais il ne l’a fait auparavant. Certainement les représentants de l’Église dans d’autres nations catholiques voudront nous rendre visite.
Mais nous désirons surtout que le jubilé de St Stanislas soit une grande solennité de l’Église dans notre patrie, dans cette Pologne dont notre saint est le patron depuis tant de siècles. Aux Polonais de l’intérieur s’unissent certainement les très nombreux émigrés polonais de par le monde entier. La pastorale de la « Polonia » prévoit des célébrations solennelles à Rome et à Assise. Cracovie et l’Église de Cracovie doivent encore une fois répondre aux attentes de tous nos compatriotes, les conduire d’une certaine manière aux racines mêmes de leur histoire, aux fondements de l’identité millénaire qui, rachetée par le sacrifice, témoigne continuellement devant nous. Dans cette identité, St Stanislas occupe une place particulière. Avec ce jubilé, nous voulons aussi commencer le Xe centenaire de sa présence dans l’histoire de l’esprit polonais.
Aussi l’archidiocèse de Cracovie doit-il se rassembler spécialement autour de son patron. Faisons tout pour que cette année ses saintes reliques puissent venir dans chaque paroisse. Ravivons le souvenir de ses actes, de son service pastoral au milieu de nos ancêtres, de sa vie et de son martyre. Entourons d’un grand amour tout l’héritage de notre culture polonaise chrétienne qui porte l’empreinte de St Stanislas. Et surtout, en regardant vers lui, rénovons notre foi en la victoire du bien sur le mal, c’est-à-dire la foi en Jésus-Christ. Étant en effet « le même hier, aujourd’hui et toujours » (He 13,8), il nous donne la certitude morale de cette victoire.
Invitons-le aujourd’hui, en cette fête de Noël, à être avec nous d’une façon spéciale cette année, avec sa Mère qui l’a donné au monde. Prions pour que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ nous accompagne dans nos efforts pour rénover en nous cette force de l’Esprit qui, il y a neuf siècles, s’est manifestée en St Stanislas, « patron des Polonais. »
Du Vatican, le 30 novembre 1978.
JEAN-PAUL II



suivant