Ressources Catholiques Magistère

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MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
À L'OCCASION DU 50e ANNIVERSAIRE DE L'OCIC
 
A Monsieur l’Abbé Lucien Labelle
Président de l’Organisation Catholique Internationale du Cinéma
Au début de notre Pontificat, nous sommes heureux de nous associer au jubilé d’or de l’Organisation catholique internationale du Cinéma, célébré à La Haye. La présence ecclésiale que cette institution essaie d’assurer au cœur de la vaste production cinématographique mérite en effet d’être encouragée, pour aider nos contemporains et toute la société à bénéficier vraiment, aux plans humain et spirituel, du développement de ce secteur important et à surmonter les risques qu’il comporte. Vous pouvez également aider l’Eglise à mieux comprendre et utiliser les ressources de ce “septième art” pour sa mission de salut.
C’est le mérite de vos devanciers d’en avoir compris l’enjeu et d’avoir su éveiller l’attention particulière des chrétiens sur la créativité cinématographique. Cette action ne tarda pas à recevoir les encouragements du Saint- Siège pour la situer au plan de l‘Eglise universelle: nous pensons notamment au Pape Pie XII qui manifesta une grande sollicitude en ce domaine (Cfr. Pii XII Allocutio Cultoribus cinematographicae artis ex Italia Romae coadunatis, 21 iunii 1955: AAS 47 (1955) 501-512). Et le Concile Vatican II est venu éclairer et stimuler cet apostolat des communications sociales, en posant les bases de l’Instruction pastorale « Communion et Progrès ». Vous avez raison d’en tirer sans cesse le dynamisme et les orientations que requièrent vos responsabilités.
Certes, l’OCIC n’a pas une tache facile pour être pleinement fidèle à sa vocation, et les modalités de son action peuvent être parfois diversement appréciées, la sensibilité personnelle s’attachant à tel ou tel aspect. Or cette institution ecclésiale doit accueillir et promouvoir les essais du cinéma moderne avec la lucidité et la compréhension que demande cet art spécifique, et en même temps témoigner librement des valeurs humaines et spirituelles exigées par l’éthique chrétienne, souvent rappelée par le Magistère. Nous tenons à vous exprimer la reconnaissance de l’Eglise pour le travail qui a été accompli en ce sens. Mais le jubilé de votre Organisation doit surtout provoquer un élan vers les taches à venir. Nous espérons d’une part, que les différentes instances amélioreront encore la compétence et la qualité apostolique de leur service. Et nous souhaitons, d’autre part, qu’elles trouvent toujours davantage, entre elles et avec le Saint-Siège, précisément dans l’OCIC, la concertation qui donnera à leur action la force d’un engagement catholique de plus large envergure. Nous jugeons bon de confier à votre méditation quelques points fondamentaux.
Parler de cinéma, c’est d’abord évoquer le secteur très complexe de la créativité et de la production des films. C’est un vrai dialogue qui doit s’établir ici entre l’Eglise et le monde du cinéma: vous en êtes déjà et vous pourrez en être toujours davantage les artisans qualifiés et efficaces. Puissiez-vous contribuer à susciter une mentalité nouvelle qui accepte que les priorités soient posées sans ambiguïté! Voici quelques thèmes qui pourraient faire l’objet d’une réflexion approfondie avec les réalisateurs et acteurs: cherchent-ils la promotion des authentiques valeurs humaines? Donnent-ils la place qui convient aux valeurs religieuses et spécifiquement chrétiennes? Vous pouvez au moins insister pour que celles-ci ne soient ni omises ni sous-estimées. Quelle responsabilité pour l’Eglise et aussi quelle espérance, d’encourager sans cesse le retour à une production cinématographique humainement digne de ce nom!
Une autre série de réflexions s’imposerait aujourd’hui, bien qu’elle touche un problème délicat, régi par la loi du commerce: les organes de distribution de films tiennent-ils compte suffisamment de la dignité et des convictions des destinataires? En effet, des pays techniquement avancés diffusent trop souvent – et de jeunes nations semblent accueillir trop facilement – nombre de réalisations cinématographiques discutables, sans se soucier des diversités culturelles, ethniques et historiques des spectateurs.
Mais la pastorale de l’OCIC doit viser plus encore la formation des éducateurs et des usagers, pour leur permettre de bénéficier avec discernement des séquences qui leur sont proposées et d’intervenir à bon escient auprès des responsables.
Enfin, le défi de l’évangélisation, si bien mis en relief par les deux récents Synodes d’Evêques, devrait aussi susciter des initiatives plus nombreuses en ce domaine cinématographique. Il s’agit de créer des films, même modestes et de courte durée, pour témoigner directement de la foi de l’Eglise. Beaucoup de réalisations intéressantes ont déjà vu le jour – et nous en félicitons les auteurs – mais les communautés chrétiennes malgré la pauvreté de leurs moyens, ne devraient pas hésiter à investir davantage dans ce secteur si important, à l’heure de la “civilisation de l’image”. Dans le passé, nos sanctuaires se remplissaient de mosaïques, de peintures, de sculptures religieuses, pour enseigner la foi. Aurons-nous assez de vigueur spirituelle et de génie pour créer des “images mouvantes” et de grande qualité, aussi bien adaptées à la culture d’aujourd’hui? Il y va, non seulement de la première annonce de la foi dans un monde souvent très sécularisé, ou de la catéchèse pour approfondir cette foi, mais de l’inculturation du Message évangélique au niveau de chaque peuple, de chaque tradition culturelle.
Une réflexion particulière nous est suggérée par le thème que les Instances internationales ont choisi pour l’année qui vient: la promotion de l’enfant. Les enfants et les jeunes sont bien en effet les usagers privilégiés, et aussi les plus exposés, face aux bienfaits et aux méfaits de la production cinématographique. Le récent Synode les a aussi considérés comme destinataires de la catéchèse, à un titre particulier. Vous saurez leur accorder une place spéciale dans votre sollicitude.
En ce cinquantième anniversaire, nous souhaitons à l’OCIC une fructueuse activité, en communion profonde avec les Evêques et l’ensemble de l’Eglise. Et nous donnons de tout coeur, aux membres de cette Organisation, et à tous ceux qui oeuvrent avec eux pour que le cinéma serve le progrès humain et spirituel de leurs frères, notre Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 31 octobre 1978.
IOANNES PAULUS PP. II



LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
À L'OCCASION DU CINQUANTENAIRE
DE L'ASSOCIATION CATHOLIQUE INTERNATIONALE
POUR LA RADIO ET LA TÉLÉVISION (UNDA)
 
Au R. P. Agnellus Andrew, OFM,
Président de UNDA.
En ces premiers jours de notre ministère de successeur de Pierre, nous sommes heureux d’adresser un message de félicitations et notre bénédiction à l’Association catholique internationale pour la radio et la télévision au moment où ses représentants sont réunis à Cologne pour célébrer le 50eanniversaire de la fondation de cette Association.
C’est là un devoir très agréable dont nous nous acquittons bien volontiers. Ayant suivi de près les événements qui se sont succédé au Saint-Siège au cours de ces deux derniers mois, nous sommes très conscient de la place que la radio et la télé vision tiennent dans la vie du monde et dans la vie de l’Église. Nous savons ce que peuvent faire les mass media pour unir les gens dans la célébration d’événements qui les concernent profondément. Nous voyons combien Dieu est bon qui a mis à notre disposition ces dons extraordinaires. Aussi — et nous sommes très heureux d’avoir l’occasion de le dire — avons-nous conscience de devoir beaucoup aux très nombreuses radios et télévisions qui, ces derniers jours, ont permis aux fils et aux filles de l’Église de connaître le visage et d’entendre la voix de leur nouveau père, serviteur et pasteur et de faire pour ainsi dire connaissance avec lui directement et personnellement. Nous remercions chacun des producteurs et techniciens qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à nous permettre de nous adresser directement à l’Église et au monde et de témoigner ainsi personnellement de notre affection et de notre volonté de service pastoral.
C’est donc avec une affection et une gratitude spéciales que nous adressons nos félicitations à UNDA à l’occasion de ses noces d’or. Aux représentants de 109 pays réunis à Cologne — où ils sont les hôtes de nos frères très aimés, le cardinal Joseph Hoeffner et les évêques de la Conférence épiscopale allemande, — nous voudrions donner l’assurance que le Pape s’unit à eux dans leur joyeuse célébration. Avec eux, nous remercions Dieu tout-puissant des grâces qu’il a données au cours de ces cinquante années ; avec eux aussi nous exprimons notre reconnaissance aux évêques allemands pour l’aide généreuse et l’appui qu’ils ont donnés à UNDA depuis sa fondation à Cologne, en 1928.
Nous pouvons dire avec l’Apocalypse : « Je sais tes œuvres, ton amour, ta foi, ton service et ta patiente persévérance ; tes dernières œuvres dépassent en nombre les premières. » (Ap2, 19.)
Et lorsque nous parlons de « patiente persévérance », nous savons bien que cela évoque pour vous vos nombreux membres qui, maintenant encore, travaillent avec beaucoup de courage et d’abnégation dans des situations de perplexité, d’épreuve ou de difficulté. Soyez assurés que le Pape partage vos soucis, vos prières, votre fierté et votre admiration pour eux. Puissent-ils trouver courage dans la pensée que le signe de la croix est le meilleur signe que leur travail n’est pas sans fruits.
Nous n’oublions pas la loyauté et la fidélité au Siège de Pierre qu’UNDA a manifestées au cours de ces cinquante années. Elles ont été une aide et un réconfort réels pour nos prédécesseurs. Ceux-ci n’ont pas hésité à faire appel à la compétence de vos experts pour la préparation des décrets et instructions qui maintenant guident ceux qui, dans l’Église, travaillent dans les différents moyens de communication sociale, et c’est là un signe de confiance dans votre Association.
Dans les statuts de l’UNDA, là où sont précisés ses objectifs, il y a deux mots qui peuvent bien être pris comme point de départ pour le travail de votre second demi-siècle : « apostolique » et « professionnel». Votre jubilé ne vous donne pas seulement l’occasion de célébrer ce qui a été fait dans le passé. Il est aussi, comme vous le savez bien, une occasion pour tous les membres de UNDA de se donner à leur tâche avec une nouvelle ardeur, d’approfondir leurs motivations. Et votre motivation principale, c’est l’évangélisation du genre humain. Cela requiert une proclamation claire et explicite du salut en Jésus-Christ, une proclamation de son enseignement, de sa vie, de ses promesses, de son Royaume, de son mystère de fils du Dieu vivant et fils de Marie (cf. Evangelii nuntiandi, 22, 27). Cette évangélisation doit s’effectuer en utilisant avec une parfaite compétence de professionnels la radio, la télévision et les moyens audio-visuels. Et à l’évangélisation est nécessairement lié le progrès de tout le genre humain, le développement intégral de tous les hommes et femmes du monde. C’est là un objectif noble et profondément chrétien, et le Pape partage votre conviction qu’il ne peut être dignement servi que par un professionnalisme n’admettant rien qui n’ait été minutieusement préparé. Cela est sûrement requis par le respect dû à la parole de Dieu et aussi aux utilisateurs.
En développant ce respect parmi vos membres et en encourageant énergiquement ces attitudes parmi tous ceux avec qui vous travaillez, qu’ils fassent ou non partie de votre Association, vous permettrez à UNDA de faire aussi quelque chose de très important : insuffler un esprit vraiment humain et chrétien dans tous les moyens de communication sociale.
Ne doutez pas que vos travaux et vos efforts sont nécessaires au monde d’aujourd’hui. L’Église a besoin de vous, elle vous estime et elle compte sur vous, sur votre service spécialisé de la foi catholique. Et à l’occasion de ce jubilé, le nouveau Pasteur de l’Église vous embrasse, vous remercie du passé et compte sur vous avec confiance et espoir pour l’avenir. Il vous bénit au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Du Vatican, le 25 octobre 1978.
 
IOANNES PAULUS PP. II
 



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
À L'ARCHIDIOCÈSE DE CRACOVIE
 
Au cher Archidiocèse de Cracovie,
à tout le peuple de Dieu,
à mes frères dans l'épiscopat,
aux prêtres,
aux familles religieuses masculines et féminines,
à tous.
Très chers frères et sœurs, je vous écris ces lignes en cet instant solennel et inattendu où — par la volonté de Notre- Seigneur Jésus-Christ exprimée par le Conclave des cardinaux, après la mort du Pape Jean-Paul Ier, d’inoubliable mémoire — je laisse l’Église de Cracovie, le siège épiscopal de Saint-Stanislas, pour monter sur la chaire de Saint-Pierre, à Rome. En pareille circonstance, je ne peux manquer de penser à vous et de m’adresser à vous, auxquels m’ont si étroitement uni toute ma vie depuis ma naissance, les années difficiles de l’occupation, pendant la guerre, les expériences du travail physique, puis mon activité pastorale et professorale et, enfin, depuis vingt ans, d’une façon plus étroite encore, mon ministère épiscopal. Croyez-moi, en venant à Rome pour le Conclave, je n’avais d’autre désir que de revenir parmi vous, dans mon très cher diocèse, dans ma patrie. Mais la volonté du Christ était autre et c’est pourquoi je demeure ici où j’entreprends la nouvelle mission qu’il m’a confiée, une mission si haute, mais aussi si difficile et si lourde de responsabilités ! À la considérer avec notre seule intelligence, elle dépasse les forces humaines. Saint Pierre, lui le premier, n’a-t-il pas eu peur de cette mission lorsqu’il a dit au Christ : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur. » (Lc 5, 8.) ? Et aussi, après la résurrection, lorsqu’il lui a demandé, en montrant l’apôtre saint Jean : « Et lui, Seigneur ?… » Mais le Christ lui répondit : « Que t’importe ? Toi, suis-moi. » (Jn 21, 21-22.)
Mes très chers frères et sœurs, permettez que je vous remercie de toutes les années de ma vie, des années d’étude, de sacerdoce et d’épiscopat. Comment aurais-je pu savoir que toutes ces années me prépareraient à l’appel qui m’a été adressé par le Christ le 16 octobre, dans la chapelle Sixtine ? Cependant, dans la perspective de ce jour, je dois tourner mon regard vers tous ceux qui, sans le savoir, m’ont préparé à cet appel : mes très chers parents, qui sont morts depuis bien longtemps ; ma paroisse de Wadowice, dédiée à la Présentation de la Sainte Vierge au Temple ; mes écoles primaires et secondaires ; l’Université Jagellon, la Faculté de théologie, le séminaire. Et que dire de mon prédécesseur sur le siège de saint Stanislas, le cardinal Adam Stefan Sapieha ; du grand archevêque exilé Eugeniusz Baziak, des évêques, des prêtres, de tous ces fervents pasteurs, profonds et excellents professeurs, religieux et religieuses exemplaires ; de tous les laïcs de différents milieux que j’ai rencontrés dans ma vie ; de mes camarades d’école, d’université, de séminaire ; des ouvriers de « Solvay », des intellectuels, écrivains, artistes, gens de diverses professions ; de tous les foyers, des universitaires, des groupes apostoliques, des « oasis », de tous les jeunes garçons et filles qui cherchent dans l’Évangile le sens de leur vie et parfois trouvent le chemin de la vocation sacerdotale ou religieuse ?
Tout cela, je le porte dans mon cœur. D’une certaine manière, je garde avec moi toute ma chère Église de Cracovie, portion éminente de l’Église du Christ en Pologne et de l’histoire de notre patrie. La Cracovie ancienne et nouvelle, avec ses quartiers nouveaux, ses hommes nouveaux, ses cités nouvelles, Nowa Huta ; la préoccupation urgente d’avoir de nouvelles églises, de nouvelles paroisses ; les nouveaux besoins de l’évangélisation, de la catéchèse, de la pastorale. Tout cela me suit sur la chaire de Pierre. Tout cela constitue en moi un dépôt que je ne peux laisser, le dépôt de mon expérience, de ma foi, de mon amour, qui s’étend à tant de lieux si chers, à tant de sanctuaires du Christ et de sa Mère, comme Mogila, Ludzmierz, Myslenice, Staniatki ou Rychwald et, en particulier, Kalwaria Zebrzydowka, avec ses sentiers que j’ai parcourus avec tant de plaisir. Je garde dans mes yeux et dans mon cœur l’image de la terre de Cracovie, de Zywiec, de Slask, de Podhale, de Beskidy et de Tatra. J’offre au Seigneur cette terre que j’aime tant et tout le paysage de la Pologne, mais surtout ses hommes.
Encore une fois, je remercie les évêques : Julian, Jan, Stanislas, Albin, le chapitre métropolitain, les membres de la Curie, le Conseil presbytéral, les doyens, les curés, les vicaires. Et la plupart d’entre vous, chers frères, ont reçu l’ordination de mon ministère épiscopal.
En écrivant cela je voudrais vous assurer de mon fidèle souvenir et de ma constante prière.
Je désire que vous acceptiez, comme adressées à vous, les pensées que j’ai exprimées dans ma lettre à tous mes compatriotes.
J’ai dû laisser Cracovie la veille des préparatifs au grand jubilé de saint Stanislas. Peut-être Dieu me permettra-t-il d’y participer. J’espère que les sept années de travail en l’honneur de saint Stanislas, ce travail que nous avons entrepris ensemble en 1972, mûrira et s’exprimera dans les décisions du Synode pastoral, avec tout ce qui tend au renouveau de l’Église de Cracovie dans l’esprit du IIe Concile du Vatican.
Que Dieu vous bénisse tous dans ce travail. Qu’il bénisse le nouvel archevêque de Cracovie qui me succédera sur le siège de saint Stanislas, et tout le Peuple de Dieu de cette Église. Encore une fois, je vous confie au Christ, entre les mains et dans le cœur de la Mère de Dieu.
De la Cité du Vatican, le 23 octobre 1978.
 
JEAN-PAUL II



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
À LA COMMISSION ET À LA COUR EUROPÉENNES DES DROITS DE L'HOMME
À L'OCCASION DE LEUR 20e ET 25e ANNIVERSAIRE*
 
À M. Giorgio Balladore Pallieri, Président de la Cour européenne des droits de l'homme.
et à M. James E. S. Fwacett, Président de la Commission européenne des droits de l'homme.
L’originalité et la force de la Convention européenne des droits de l’homme consistent dans le fait qu’elle a prévu — servant ainsi de modèles à d’autres instruments internationaux ultérieurs — des organismes particuliers dont la tâche spécifique est de veiller à la protection des droits violés.
Il s’agit, d’une part de la Commission européenne des droits de l’homme, d’autre part, de la Cour européenne des droits de l’homme, dont vous célébrez aujourd’hui respectivement le 25e et le 20e anniversaire.
L’activité méritoire et délicate de ces deux organismes vise à assurer le respect des garanties prévues par la Convention, en ouvrant aux personnes qui se plaignent d’avoir été victimes d’une violation des droits de l’homme l’accès à des instances supranationales. À ce sujet, mon vénéré prédécesseur, le Pape Paul VI, recevant le 7 novembre 1975 les participants au IVe Colloque international sur la Convention européenne des droits de l’homme avait déjà dit : « En dehors de telles garanties — nous le constatons malheureusement chaque jour —, les plus belles déclarations, dont l’humanité pourrait être fière, risquent de demeurer sans effet ; et la voix des victimes de la violation des droits, même si elle a parfois quelque écho dans l’opinion publique internationale, peut être impunément bafouée dans leur propre pays. »
Mais il ne s’agit pas seulement aujourd’hui de rappeler l’importance de ce dispositif dont la valeur exemplaire, pourtant, suffirait déjà à justifier cette célébration.
L'occasion qui réunit aujourd’hui tant d’éminentes personnalités provenant des divers pays membres du Conseil de l’Europe n’a pas un caractère purement formel. Elle me semble s’inspirer aussi d’un sens profond, parce que son enjeu est la dignité de la personne humaine.
N’est-ce pas là que réside la raison ultime de votre commémoration ? Ne s’agit-il pas d’un hommage rendu à la dignité de la personne humaine, comme valeur fondamentale que les États signataires de la Convention européenne ont voulu défendre et promouvoir ? Ils y ont vu avec clairvoyance la base indiscutable sur laquelle édifier d’une façon stable et durable toute initiative dans le domaine de la construction européenne.
Permettez-moi de revenir sur les paroles que je prononçais dans mon récent discours aux Nations Unies : « L’ensemble des droits de l’homme correspond à la substance de la dignité de l’être humain, compris dans son intégralité, et non pas réduit à une seule dimension ; ils se réfèrent à la satisfaction des besoins essentiels de l’homme, à l’exercice de ses libertés, à ses rapports avec les autres personnes ; mais ils se réfèrent toujours et partout à l’homme, à sa pleine dimension humaine.
Dans un contexte mondial où la personne semble obtenir de moins en moins d’attention parce qu’elle se trouve subordonnée à des systèmes idéologiques et économiques qui l’asservissent et l’exploitent, il est d’autant plus nécessaire de réaffirmer avec force que sa dignité doit demeurer intacte.
C’est sur cette notion de dignité de la personne que repose le fondement des diverses catégories de droits de l’homme : aussi bien des droits « civils et politiques » que des droits « économiques, sociaux et culturels », pour employer la terminologie des pactes internationaux actuellement en vigueur.
Il ne s se décourager face aux difficultés apparemment insurmontables qui ressortent de l’examen de tant de situations criantes où les droits de l’homme sont bafoués. Il faut rester persuadés que toute atteinte à la dignité humaine, même la plus éloignée, se répercute d’une façon imperceptible mais réelle sur la vie de tous ; car un lien indélébile unit tous les êtres humains. Ce lien, pour tous les croyants — chrétiens, musulmans et juifs — découle de leur foi au Dieu unique et véritable qui, en tant que Père de tous les hommes, est la source et le fondement de la dignité humaine (cf. Déclaration Nostra aetate n. 5). Pour ceux qui ont été appelés à partager la foi chrétienne, ce lien se résume dans les mots : nous sommes tous frères en Jésus-Christ.
De cette Europe où le christianisme s’est enraciné si profondément tout au long de l’histoire tourmentée — dans laquelle les lumières n’ont pourtant pas été sans ombres — doit rayonner la force morale qui, seule, peut animer la volonté de respecter, défendre et promouvoir la dignité de la personne humaine à l’intérieur de ses frontières et en solidarité avec tous ceux qui, ailleurs, en ont besoin.
Les organismes dont on célèbre aujourd’hui l’anniversaire apportent une contribution essentielle à la réalisation de cette grande et noble tâche parce qu’ils en constituent un signe concret et crédible. Que Dieu bénisse les efforts de tous ceux qui, avec tant de dévouement et de compétence, coopèrent aux résultats bénéfiques des travaux de la Commission et de la Cour européenne des droits de l’homme.
 
IOANNES PAULUS PP. II

*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. II, 2 p. 1531-1533.
L'Osservatore Romano 28.12. 1979 p.4.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.52 p.9.



MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
POUR LES CONGRÈS MARIOLOGIQUE ET MARIAL DE SARAGOSSE (ESPAGNE)
 
Monsieur le Cardinal Légat,
Vénérables Frères dans l'Episcopat,
Très aimés Fils dans le Christ,
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous!
C'est pour moi un motif de grande satisfaction de m'associer, comme en une unique démonstration de gratitude et d'amour filial à l'égard de la Mère de Dieu, avec vous tous qui êtes réunis aujourd'hui à Saragosse, autour de la Vierge del Pilar, pour participer aux deux congrès internationaux qui y sont célébrés : le huitième congrès mariologique et le quinzième congrès marial.
Et en vous, chers congressistes, je salue aussi avec cordialité tous les fils de l'Église, experts ou pèlerins, qui, attirés par la présence toujours accueillante de Marie, sont venus à Saragosse pour y refaire leurs forces spirituelles.
Je voudrais adresser aujourd'hui un salut spécial et affectueux à tous les fils de la noble nation espagnole : leur remarquable piété mariale et leur ferveur pour tout ce qui rend honneur à la mère de Dieu manifestent une sensibilité particulière envers elle, depuis un temps immémorial, au rythme de l'histoire de l'Espagne et de l'accroissement de son patrimoine spirituel.
1. En effet, dès les premiers siècles du christianisme, on voit apparaître en Espagne le culte de la Vierge, comme le manifestent certains monuments antiques dont on conserve le précieux témoignage. Ce culte fut enrichi et renouvelé par le labeur incessant des grands saints, gloire de l'Espagne mozarabe, comme Isidore de Séville, Hildephonse de Tolède, Braulio de Saragosse et d'autres ; la liturgie de ce temps contribuait beaucoup à ce culte : on célébrait les fêtes mariales avec une dévotion spéciale, on créait pour ces cérémonies de très belles oraisons et prières. Cette dévotion s'accrût au Moyen-âge, comme l'attestent le grand nombre d'ermitages, d'églises, de monastères et de sanctuaires dédiés à Notre-Dame et où l'on vénère des images qui continuent encore aujourd'hui à entendre les louanges et les confidences du peuple fidèle. La littérature et l'art, l'hagiographie et la vie de l'Église se sont donnés rendez-vous, comme en un concours familial, pour s'unir à Marie en un chant perpétuel du Magnificat : la preuve de cette union familière à la Vierge et de la vénération de sa place dans l'histoire du salut est la prière du saint rosaire, répandue par les soins des fils de saint Dominique de Guzman. Je ne vous cache pas mon admiration et mon émotion, quand j'ai vu vibrer, dans les terres du Nouveau Monde, une dévotion à la Vierge qui, jointe à la lumière de l'Évangile, ressemble à celle des Espagnols.
Cette dévotion mariale n'a pas faibli, au long des siècles, dans cette Espagne qui se reconnaît comme la "terre de Marie". Les nombreux sanctuaires disséminés comme des bornes lumineuses à travers toutes les régions espagnoles, et dont, en ce moment, la basilique del Pilar est le symbole, sont encore les témoins de la foi vivante et de la dévotion du peuple espagnol à la Vierge Marie, ainsi que l'expression de sa vie chrétienne. En qualité de pasteur suprême et de successeur de saint Pierre, je veux bénir et encourager cette vie chrétienne. Quant à vous, chers congressistes, soyez aujourd'hui les témoins qualifiés de cette dévotion à Marie qui fait partie du riche patrimoine spirituel de l'Église.
2. En rappelant toutes ces choses qui peuvent être un stimulant pour faire croître votre vie de piété, je ne veux pas laisser passer cette occasion de vous encourager à continuer dans cette voie et dans celle d'un renouveau intérieur, base du renouveau chrétien et ecclésial.
Le culte mariai, comme l'a enseigné mon prédécesseur d'heureuse mémoire, le Pape Paul VI, dans son grand document Marialis cultus, subordonné au culte du Christ Sauveur et en connexion avec lui, est une puissante force de renouveau intérieur (cf. n. 57). En effet, le culte véritable inclut l'imitation comme nous le rappelle Vatican II (cf. Lumen gentium, 67) et Marie qui est la première chrétienne, nous porte vers le Christ et nous rapproche davantage de Lui. Elle est un modèle pour tous les fidèles ; et elle l'est parce qu'elle nous incite à l'imiter dans les attitudes fondamentales de la vie chrétienne : attitude de foi, d'espérance, de charité et d'obéissance. Marie est l'exemple de ce culte spirituel qui consiste à faire de sa vie une offrande au Seigneur. Son fiat qui lui a fait accepter la réalisation de l'Incarnation, a été ensuite permanent et définitif dans sa vie. Par ce fiat, elle nous présente une attitude exemplaire pour tous les disciples de Jésus qui se targuent d'être les adorateurs du Père en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 24). Quand nous saluons Marie comme la pleine de grâce (cf. Lc 1, 28) il doit jaillir, dans nos cœurs, un désir efficace de nous voir revêtus et enrichis du trésor de la grâce et de l'amitié de Dieu. Comme Marie a porté le Sauveur dans son sein, ainsi nous aussi nous devons le porter spirituellement dans notre cœur, comme dit saint Augustin (Sermon 180, 3 ; Morin, Ser. post Maurinos reperti, Roma 1930, p. 211). Tout ceci contribue à un authentique renouvellement intérieur et fait que nous reflétons en nous l'image de Jésus parce que nous avons été prédestinés, selon le dessein de Dieu, comme nous l'enseigne saint Paul (cf. Ep 1, 11-13 ; Rm 8, 28-30).
Au cours de ce quinzième congrès international mariai vous avez étudié la figure de Marie et la mission de l'Église. De fait, selon une heureuse expression théologique, Marie et l'Église sont étroitement unies, par la volonté de Dieu sur le plan de a rédemption : toutes deux elles engendrent le Christ, ici, sur cette terre (Isaac de Stella, Serm. 51 ; ML 194, 1863). Marie a donné le Sauveur au monde, et a réalisé la première, en elle-même, le type de l'Église ; et celle-ci, à son tour, à la suite de Marie continue à le manifester au monde, à le former dans le cœur des hommes. Une Église fidèle à l'action de l'Esprit Saint, à l'instar de Marie, doit rendre témoignage de l'union dans la foi et dans la charité, dans le Christ Jésus. L'Esprit conduit les membres du corps de l'Église à la communion et exige ensuite d'eux une conduite cohérente selon la dignité de la vocation chrétienne, une conscience active de ce qu'il n'y a qu'une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous (cf. Ep a, 1 ss). C'est pourquoi, au milieu de la diversité des "dons", il faut tenir présente cette unité de la foi et de la charité, fondement et sommet de l'édification de l'Église sous l'inspiration du Saint-Esprit et la conduite de la hiérarchie, à laquelle a été confié le soin du troupeau (1 Pier 5, 1 s.) dans les différentes sphères de l'existence humaine (cf. Redemptor hominis, 21).
Par conséquent, tous les membres de la communauté chrétienne, sous l'impulsion de l'Esprit de Dieu et selon leur vocation ecclésiale, doivent être, dans la société, des artisans de l'union des hommes entre eux, des promoteurs du dialogue, de la réconciliation, de la justice sociale et de la paix. C'est par la présence des chrétiens et par leur témoignage que l'Église réalise sa vocation de "germe très fort d'unité, d'espérance et de salut pour tout le genre humain" (Lumen gentium, 9).
Aujourd'hui vous clôturez ces journées sur ce qui doit rester gravé dans le souvenir de tous : Marie est la personnification du véritable disciple de Jésus. Ce disciple trouve son identité la plus profonde dans le service de l'Église, dans la transmission à tous les hommes du message du salut.
Marie mère de l'Église est toujours présente, par l'exemple de son abandon au plan de Dieu et par son intercession maternelle, dans les tâches de l'évangélisation et dans la préoccupation de l'Église pour les tâches des hommes. "La caractéristique de cet amour maternel que la mère de Dieu infuse dans le mystère de la rédemption et dans la vie de l'Église — comme je l'ai dit en une autre occasion — trouve son expression .dans sa singulière proximité à l'égard de l'homme et à l'égard de ses vicissitudes. C'est en cela que l'Église reconnaît la voie de sa vie quotidienne qui est l'homme tout entier" (Redemptor hominis, 22).
Toute l'Église doit donc se sentir obligée, spécialement en notre temps, d'illuminer par les valeurs de l'Évangile la vie des hommes dans toutes ses expressions : la culture, les formes de pensée, les jugements de valeur qui donnent son visage à la vie sociale, aux structure sociales, politiques et économiques. Marie nous inspire, par sa simplicité évangélique, par la pureté de son âme et par sa consécration inconditionnelle à la personne et à l'oeuvre de son Fils (cf. Lumen gentium, 56), comment il faut vivre et présenter aux hommes d'aujourd'hui son mystère afin qu'il influe sur le renouvellement de la vie chrétienne.
3. Voici quelle est mon exhortation à votre intention en ce moment : soyez des témoins vivants, lumineux, de l'authentique dévotion mariale promue par l'Église dans la ligne marquée par le Concile Vatican II, en particulier quand il rappelle à tous, aux évêques, aux prêtres, aux religieux et aux laïcs que la dévotion à la Vierge doit procéder d'une foi véritable qui nous pousse à reconnaître l'excellence de la mère de Dieu, à l'aimer avec une piété filiale et à imiter ses vertus (cf. Lumen gentium, 67).
Nous devons mieux connaître Marie. Nous devons, surtout, imiter son attitude spirituelle et ses vertus, bases de la vie chrétienne. De cette manière nous refléterons en nous l'image de Jésus. Allez à Jésus avec Marie ! Elle vous rappellera sans cesse ce qu'elle a dit aux noces de Cana : "Faites ce qu'il vous dira !" (Jn 2,5).
À tous enfin je donne ma bénédiction, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.



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