MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX MEMBRES DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE ITALIENNE (C.E.I.)
Bien chers évêques italiens!
1. « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous ! » (2 Co 13, 13).
Avec ces paroles de l’apôtre Paul, que mon salut fraternel et affectueux parvienne à chacun d’entre vous. Je salue plus particulièrement le cardinal président, Mgr Camillo Ruini, les trois vice-présidents et le secrétaire général, Mgr Ennio Antonelli. Je les remercie de tout cœur de ce qu’ils accomplissent, avec diligence et clarté, au service de votre Conférence. Un merci spécial aux deux vice-présidents, le cardinal Dionigi Tettamanzi et Mgr Alberto Ablondi, qui terminent leur mandat avec cette Assemblée.
Je vous accompagne dans la prière et je serai proche de vous spirituellement, en ces jours que vous vous préparez à passer ensemble à Collevalenza, en vivant la fraternité épiscopale et la sollicitude commune pour l’Église de Dieu qui est en Italie. Je voudrais en outre vous remercier de vœux et des sentiments de communion que vous m’avez exprimés à l’occasion de mon quatre-vingtième anniversaire.
2. Je veux surtout vous manifester ma plus cordiale approbation et ma gratitude personnelle pour l’esprit et le dévouement avec lesquels vous menez et animez la célébration du grand Jubilé, dans vos Églises particulières comme lors des pèlerinages à Rome.
Sur ce chemin de foi et de conversion, que le Seigneur bénit en abondance, il y a maintenant deux rendez-vous tout proches, et qui sont particulièrement importants. Le premier est le Congrès eucharistique international, qui sera célébré du 18 au 25 juin, et qui est en un certain sens le sommet de cette Année Sainte « intensément eucharistique » (Tertio millennio adveniente, 55). Le second est la Journée mondiale de la Jeunesse, programmée pour le mois d’août, par laquelle nous voulons confier aux jeunes catholiques du monde entier, pour le siècle et le millénaire qui s’ouvrent devant nous, cette même mission que de si nombreux chrétiens ont remplie au XXe siècle jusqu’à l’effusion de leur sang : être les témoins de Jésus-Christ.
À chacun d’entre vous, chers frères dans l’Épiscopat, et aux fidèles qui vous sont confiés, je renouvelle mon invitation à partager avec moi et avec l’Église de Rome la joie et la grâce de ces événements. J’exprime en outre à votre Conférence ma vive appréciation et ma gratitude pour la collaboration active et généreuse que vous apportez à leur préparation.
3. Le sujet principal de votre Assemblée concerne les orientations pastorales que vous voulez proposer aux Églises en Italie pour la prochaine décennie : vous pourrez repérer ainsi les manières les plus opportunes et les plus efficaces de continuer et renforcer cette œuvre de nouvelle évangélisation qui est certainement la priorité pastorale pour l’Italie, comme pour beaucoup d’autres nations d’ancienne et grande tradition chrétienne, en proie à des courants de sécularisation et de déchristianisation.
La « Mission pour la Ville », qui a eu lieu à Rome pour préparer le Jubilé, et des initiatives analogues mises en œuvre ou en cours de réalisation dans beaucoup d’autres diocèses italiens, montrent comment on peut parcourir concrètement les chemins de l’évangélisation. En outre, elles donnent des modèles significatifs pour une action missionnaire qui tire profit de toutes les ressources humaines et spirituelles qui sont présentes dans le Peuple de Dieu.
L’Église en Italie s’efforce depuis longtemps de présenter un projet culturel orienté dans un sens chrétien, qui fournisse les coordonnées et les orientations d’une évangélisation capable de rejoindre les personnes, les familles, les communautés, dans le contexte social et culturel où elles mûrissent leurs convictions et leurs choix de vie, en veillant spécialement à conduire les changements qui se produisent et à ne pas se laisser surprendre ou se laisser marginaliser par eux.
En vue de l’évangélisation, votre Conférence s’est encore dotée d’un instrument très important : les moyens de communication sociale. Je souhaite qu’ils soient encore renforcés, car ils donnent aux catholiques italiens la possibilité d’être chaque jour présents dans la confrontation des opinions et dans la proposition de modèles de comportement, comme cela est aujourd’hui indispensable dans une société de « communication globale ».
4. Chers frères dans l’Épiscopat, je partage pleinement votre sollicitude pour la chère nation italienne, qui est en train de vivre un tournant difficile de son histoire. En ces circonstances, il est plus que jamais nécessaire qu’elle ne perde pas cet héritage de foi et de culture qui est sa première richesse.
Vous avez donc mon soutien convaincu dans votre engagement en faveur de la famille fondée sur le mariage, authentique pilier de la vie sociale en Italie. Devant la grave et persistante dénatalité qui menace l’avenir de cette nation, il est particulièrement important que les efforts pour former la communauté ecclésiale, ainsi que les choix politiques et législatifs, convergent pour promouvoir l’accueil de la vie humaine et le respect de sa dignité inaliénable.
Chers frères, je garde en outre un heureux souvenir de cette grande Assemblée nationale de l’École catholique, qui s’est tenue sur la place Saint-Pierre le 30 octobre dernier, au cours de laquelle, avec une multitude de jeunes, de parents et d’enseignants, nous avons demandé la pleine parité scolaire et l’ouverture d’une nouvelle perspective, « grâce à laquelle, non seulement l’École catholique, mais les diverses initiatives scolaires qui peuvent naître de la société, seraient considérées comme une ressource précieuse pour la formation des nouvelles générations, à condition qu’elles aient les indispensables qualités requises de sérieux et de finalité éducative » (Discours à l’École catholique italienne, 3).
Avec la famille et l’éducation, le travail est à juste titre au centre de vos et de mes préoccupations. Les grands déséquilibres qui perdurent à cet égard en Italie, pénalisant certaines régions, sans parler des jeunes et des femmes, doivent être affrontés en valorisant les grandes capacités d’initiative présentes en ce pays, à la lumière des principes de solidarité et de subsidiarité.
Bien chers évêques italiens, que le Seigneur éclaire et soutienne toujours votre service pastoral et vous accorde la joie de voir grandir des communautés chrétiennes solides dans la foi, actives dans la charité, capables d’un témoignage missionnaire courageux. En gage de tout cela, je vous accorde de tout cœur, à vous-mêmes et à vos Églises, la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 22 mai 2000.
JEAN-PAUL II
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX JEUNES PÈLERINS RASSEMBLÉS À LOURDES
À L'OCCASION DE LA 92e ÉDITION DU FRATERNEL (FRAT)
Chers jeunes des diocèses d’Île-de-France
participant au Fraternel,
En ces jours où vous êtes rassemblés à Lourdes, je suis heureux de vous adresser un salut cordial et de vous assurer de mon union dans une prière fervente aux pieds de la Vierge Immaculée, Mère du Sauveur et Mère de tous les hommes.
Votre pèlerinage prend une signification particulière en cette année jubilaire. Il est une invitation pressante à renouveler votre attachement à la personne du Christ, source de vie et d’espérance pour le monde, et à lui manifester votre joie de répondre à son appel. Oui, une fois encore je vous redis avec force : « Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ ! Acceptez avec générosité de marcher avec lui sur les chemins de votre existence ! ». N’ayez pas peur de dire oui au Christ, pour le suivre dans le sacerdoce, dans la vie consacrée ou dans le mariage !
Votre rencontre porte le nom significatif de Fraternel. Elle est une occasion privilégiée d’une vie de foi et de prière personnelle et communautaire intense, ainsi que d’une expérience renouvelée de vie en Église. Par les sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie, vous découvrirez que Dieu vous aime infiniment et vous fait confiance. Venant de divers milieux sociaux et de structures ecclésiales variées, après avoir écouté de nombreux témoins, vous êtes à votre tour invités à prendre une conscience renouvelée de l’urgence d’être des témoins ardents de la fraternité, en particulier parmi les jeunes, et à travailler à construire des communautés chrétiennes ferventes et unies, dans une société toujours plus harmonieuses. Vous prendrez conscience que les différences légitimes sont à accueillir comme une richesse et une chance pour le bien commun, et vous contribuerez ainsi à éloigner tout ce qui est violence et mépris de la personne pour laisser place au respect, à la solidarité entre tous, à la paix et à l’amour.
Que votre pèlerinage, vécu dans l’esprit du grand Jubilé, soit un temps privilégié pour consolider vos convictions de disciples du Christ et pour renouveler votre désir d’être des chrétiens actifs ! Que l’Écriture soit votre livre de vie ! Reconnaissez notamment qu’« accueillir Jésus-Christ signifie recevoir du Père l’invitation à vivre dans l’amour pour lui et les frères, en se sentant avec lui solidaire de tous les hommes, sans discrimination aucune ; signifie croire que, dans l’histoire humaine, tellement marquée par le mal et la souffrance, l’ultime parole appartient à la vie et à l’amour, parce que Dieu est venu habiter au milieu de nous, afin que nous puissions habiter en lui » (
Message aux jeunes du monde à l’occasion de la XVe Journée mondiale de la Jeunesse, 2) !
À la grotte de Massabielle, aux pieds de la Vierge Marie, Mère attentive aux besoins de ses enfants, portez dans votre intercession vos joies et vos peines, vos engagements et vos soucis, et aussi les souffrances et les espérances de vos frères et de vos sœurs en humanité ! Que tous ceux qui sont dans la détresse trouvent en vous des cœurs attentifs à l’écoute et au partage, forts de l’audace et de l’enthousiasme que le Seigneur vous donne ! Au terme de votre pèlerinage, Monseigneur Olivier de Berranger, évêque de Saint-Denis, vous enverra de nouveau en mission au nom de tous les évêques d’Île-de-France. Puissiez-vous être, avec l’aide de l’Esprit Saint, des missionnaires de l’Évangile dans vos familles, dans vos écoles, dans vos paroisses, dans vos mouvements et auprès de tous vos camarades ! Faites-leur découvrir que vivre pour le Christ dans l’Église rend heureux et libre, et qu’il n’y a pas de plus grande joie que d’aimer comme le Seigneur et de servir ses frères !
En vous confiant à la protection maternelle de Notre-Dame de Lourdes et à l’intercession de sainte Bernadette, je vous adresse de grand cœur, chers jeunes, ainsi qu’à vos évêques, aux prêtres, à tous les adultes qui vous accompagnent et à vos familles, la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 22 février 2000.
JEAN-PAUL II
MESSAGE POUR LE CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE
DE LA MISSION PERMANENTE DU SAINT-SIÈGE AUPRÈS DE L'UNESCO*
À Monseigneur Francesco Follo
Observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO
1. Le cinquantième anniversaire de la Mission permanente du Saint-Siège auprès de l’UNESCO revêt une importance particulière et je suis heureux de m’y associer par la pensée, saluant cordialement tous les participants au Colloque qui marque cet événement. J’ai plaisir à évoquer à cette occasion le souvenir lumineux de votre prédécesseur, Mgr Angelo Roncalli, le bienheureux Pape Jean, qui fut le premier Observateur permanent de cette Mission du Saint-Siège.
2. Créée immédiatement après le second conflit mondial du XXe siècle, l’Organisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture est née du désir des Nations de vivre en paix, dans la justice et la liberté et de se donner les moyens de promouvoir activement cette paix, par une coopération internationale nouvelle, marquée par un esprit d’assistance mutuelle et fondée sur la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité. Il était naturel que l’Église catholique s’associât à ce grand projet, en raison de la souveraineté spécifique du Saint-Siège, mais surtout, comme je le déclarais devant cette assemblée en 1980, en raison du «lien organique et constitutif qui existe entre la religion en général et le christianisme en particulier, d’une part, et la culture, d’autre part» (Discours à l’UNESCO, n. 9).
3. Les intuitions qui ont présidé à la fondation de l’UNESCO, il y a plus de cinquante ans, prenaient acte de l’importance de l’éducation à la paix et à la solidarité des hommes, rappelant que, «les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix» (Acte constitutif de l’UNESCO, 16 novembre 1945). De telles intuitions se trouvent aujourd’hui largement confirmées: le phénomène de la mondialisation est devenu une réalité qui caractérise la sphère de l’économie et de la politique, mais aussi de la culture, avec des aspects positifs et d’autres négatifs ; ce sont autant de domaines qui sollicitent notre responsabilité en vue d’organiser une vraie solidarité mondiale, seule capable de donner à notre terre un avenir de sécurité et de paix durable. Au nom de la mission qu’elle tient de son fondateur d’être le sacrement universel du salut, l’Église ne cesse de parler et d’agir en faveur de la justice et de la paix, invitant les Nations au dialogue et à l’échange, sans négliger aucun facteur. Elle rend ainsi témoignage à la vérité qu’elle a reçue concernant l’homme, son origine, sa nature et sa destinée. Elle sait que cette recherche de la vérité est la quête la plus profonde de toute personne, qui ne se définit pas d’abord par ce qu’elle possède mais par ce qu’elle est, par sa capacité de se dépasser elle-même et de grandir en humanité. L’Église sait également qu’en invitant nos contemporains à chercher avec exigence et passion la vérité sur eux-mêmes, elle sert leur authentique liberté, alors que d’autres voix, les entraînant sur les chemins de la facilité, contribuent plutôt à les asservir à la fascination et au pouvoir toujours renaissants des idoles.
4. L’Église catholique, envoyée à tous les peuples de la terre, n’est liée elle-même à aucune race ou nation, ni à aucune manière de vivre particulière. Au cours de son histoire, elle a toujours utilisé les ressources des différentes cultures pour faire connaître aux hommes la Bonne Nouvelle du Christ, sachant bien que la foi dont elle est porteuse ne se réduit jamais à un élément de la culture, mais qu’elle est la source d’un salut qui concerne toute la personne humaine et toute son activité. Mais, c’est à travers la diversité et la multiplicité des langues et des cultures, ainsi que des traditions et des mentalités, que l’Église exprime sa catholicité et son unité, en même temps que sa foi. Elle s’efforce donc de respecter chaque culture humaine parce qu’elle s’attache, dans son activité missionnaire et pastorale, à ce que «tout ce qui se trouve comme semence de bien dans le cœur et dans l’esprit des hommes ou dans les rites et les cultures propres des peuples, non seulement ne se perde pas, mais soit guéri, élevé, achevé pour la gloire de Dieu, la confusion du démon et le bonheur de l’homme» (Lumen gentium, n. 17).
Pour ces raisons, l’Église catholique a une grande estime de la Nation, qui est le creuset où se forge le sens du bien commun, où s’apprend l’appartenance à une culture, à travers la langue, la transmission des valeurs familiales et l’adhésion à la mémoire commune. Mais, en même temps, l’expérience multiforme des cultures des hommes qui est la sienne, parce qu’elle est «catholique», c’est-à-dire universelle à la fois dans l’espace et dans le temps, lui fait souhaiter aussi le nécessaire dépassement de tout particularisme et de tout nationalisme étroit et exclusif. Nous devons garder conscience que «chaque culture, comme produit typiquement humain et conditionné historiquement, renferme nécessairement des limites» (Message pour la Journée mondiale de la Paix 2001, n. 7). Dès lors, «pour que le sens de l’appartenance culturelle ne se transforme pas en fermeture, il y a un antidote efficace : la connaissance sereine, non conditionnée par des préjugés négatifs, des autres cultures» (ibid, n.7).
C’est précisément la noble mission de l’UNESCO que de solliciter cette connaissance mutuelle des cultures et de promouvoir leur dialogue institutionnel, par toutes sortes d’initiatives au niveau international, de rencontres, d’échanges, de programmes de formation. Construire des ponts entre les hommes, parfois même les reconstruire quand la folie de la guerre s’est employée à les détruire, constitue un travail de longue haleine, toujours à reprendre, qui engage la formation des consciences et donc l’éducation des jeunes et l’évolution des mentalités. C’est l’un des enjeux importants de la mondialisation, qui ne doit pas conduire à un nivellement des valeurs ni à une soumission aux seules lois du marché unique, mais plutôt à la possibilité de mettre en commun les richesses légitimes de chaque Nation au service du bien de tous.
5. Pour sa part, l’Église catholique se réjouit du travail déjà accompli, même si elle en connaît les limites, et elle souhaite continuer à encourager avec détermination la rencontre pacifique entre les hommes, à travers leurs cultures et la prise en compte de la dimension religieuse et spirituelle des individus, qui fait partie de leur histoire. C’est bien le sens qu’il faut donner à la présence d’un Observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture, témoin attentif depuis cinquante ans de la spécificité catholique de l’Église et de son engagement résolu au service de la communauté des hommes.
Puisse la célébration de cet anniversaire affermir l’engagement de tous à travailler inlassablement au service d’un vrai dialogue entre les peuples, à travers leurs cultures, afin que la conscience d’appartenir à une même famille humaine se fasse toujours plus vive et que la paix du monde en soit toujours mieux assurée !
À vous-même et à tous les participants au Colloque, j’accorde de grand cœur une particulière Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 25 novembre 2002.
*AAS 95 (2003), p.502-505.
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XXV/2 p.776-779.
L'Osservatore Romano 12.12.2002 p.7.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.52 p.5.
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
POUR LE 70ème ANNIVERSAIRE
DE L'HOLODOMOR EN UKRAINE
A mes vénérés frères
LUBOMYR Card. HUSAR
Archevêque majeur de Lviv des Ukrainiens
et MARIAN Card. JAWORSKI
Archevêque de Lviv des Latins
1. Se souvenir des événements dramatiques vécus par un peuple est non seulement un devoir en soi-même, mais se révèle également plus que jamais utile pour susciter chez les nouvelles générations l'engagement à se faire, en toute circonstance, des sentinelles vigilantes du respect de la dignité de tout homme. La prière de suffrage qui naît de cet événement constitue par ailleurs pour les croyants, un baume qui adoucit la douleur et une supplication efficace au Dieu des vivants, pour qu'il offre le repos éternel à tous ceux qui ont été injustement privés du bien de l'existence. Le devoir de mémoire vis-à-vis du passé revêt, enfin, une valeur qui dépasse les frontières d'une nation, en touchant les autres peuples qui ont été victimes d'événements tout aussi tragiques et qui peuvent puiser un réconfort à ce partage.
Tels sont les sentiments que le 70 anniversaire des tristes événements de l'Holodomor inspirent à mon âme: des millions de personnes ont subi une mort atroce à cause des sombres mesures d'une idéologie qui, tout au long du XX siècle, a été source de souffrances et de deuils dans de nombreuses régions du monde. C'est pour cette raison, vénérés Frères, que je souhaite être présent en esprit aux célébrations qui se tiendront en souvenir des innombrables victimes de la grande famine provoquée en Ukraine sous le régime communiste. Il s'agit d'un dessein inhumain, mis en oeuvre avec une froide détermination par les détenteurs du pouvoir à cette époque.
2. Dans la réévocation de ces tristes événements, je vous demande, vénérés Frères, de vous faire les interprètes de ma pensée solidaire et de ma prière auprès des autorités de ce pays et auprès de vos concitoyens, qui me sont particulièrement chers. Les célébrations prévues, destinées à renforcer le juste amour pour la patrie dans le souvenir du sacrifice de ses fils, ne sont pas tournées contre les autres nations, mais entendent raviver dans le coeur de chacun le sens de la dignité de toute personne, quel que soit peuple auquel elle appartient.
Me reviennent à l'esprit les paroles de mon prédécesseur le Pape Pie XI, de vénérée mémoire, qui, en évoquant les politiques des membres du gouvernement soviétique de l'époque, distinguait nettement entre gouvernants et gouvernés et, tout en disculpant ces derniers, dénonçait ouvertement les responsables du système "qui méconnaissent la véritable origine de la nature et de la fin de l'Etat, nient les droits de la personne humaine, nient sa dignité et sa liberté" (Lett. enc. Divini Redemptoris [18 mars 1937], II: AAS 29 [1937], 77).
Comment ne pas penser, à ce sujet, à la destruction de si nombreuses familles, à la douleur des innombrables orphelins, au bouleversement de toute la société? Tout en me sentant proche de tous ceux qui ont souffert des conséquences de ce terrible drame de 1933, je souhaite réaffirmer la nécessité de défendre la mémoire de ces événements, pour pouvoir répéter ensemble, encore une fois: Jamais plus! La conscience des aberrations passées se traduit en un constant encouragement à construire un avenir davantage à la mesure de l'homme, s'opposant à toute idéologie qui profane la vie, la dignité, les justes aspirations de la personne.
3. L'expérience de cette tragédie doit aujourd'hui guider la manière de voir et d'oeuvrer du peuple ukrainien vers des perspectives de concorde et de coopération. Malheureusement, l'idéologie communiste a contribué à approfondir les divisions jusque dans le cadre de la vie sociale et religieuse. Il faut s'engager à une pacification sincère et effective: c'est de cette manière que peuvent être honorées de manière appropriée les victimes appartenant à toute la famille ukrainienne.
Le sentiment du suffrage chrétien pour tous ceux qui sont morts à cause d'un projet meurtrier insensé doit être accompagné de la volonté d'édifier une société où le bien commun, la loi naturelle, la justice pour tous et le droit des gens soient des guides constants pour un renouveau efficace des coeurs et des esprits de ceux qui s'honorent d'appartenir au peuple ukrainien. Ainsi, la mémoire des événements passés deviendra-t-elle une source d'inspiration pour la génération présente et les générations futures.
4. Au cours de l'inoubliable voyage accompli dans votre patrie il y a deux ans, évoquant la sombre période vécue par l'Ukraine soixante-dix ans plus tôt, je rappelais "les terribles années de la dictature soviétique et la terrible famine du début des années trente, lorsque votre pays, "grenier de l'Europe", ne réussit plus à nourrir ses enfants, qui moururent par millions" (Discours aux représentants du monde de la politique, de la culture, de la science et de l'industrie au Palais présidentiel [23 juin 2001], n. 3; Insegnamenti 24/1, 2001, 1268).
Il faut espérer que, avec l'aide de la grâce de Dieu, les leçons de l'histoire aident à trouver des raisons solides pour s'entendre, en vue d'une coopération constructive, dans le but d'édifier ensemble un pays qui se développe de manière harmonieuse et pacifique à tous les niveaux.
Atteindre ce noble objectif dépend en premier lieu des Ukrainiens, auxquels est confiée la défense de l'héritage chrétien oriental et occidental, et la responsabilité de savoir le conduire à une synthèse originale de culture et de civilisation. C'est là que réside la contribution spécifique que l'Ukraine est appelée à offrir à l'édification de la "maison commune européenne" dans laquelle chaque peuple puisse trouver un accueil qui lui convienne dans le respect des valeurs de sa propre identité.
5. Vénérés frères, en cette circonstance si solennelle, comment ne pas retourner par l'esprit à l'ensemencement évangélique opéré par les saints Cyrille et Méthode? Comment ne pas repenser avec gratitude au témoignage de saint Vladimir et de sa mère sainte Olga, par l'intermédiaire desquels Dieu offrit à votre peuple la grâce du Baptême de la vie nouvelle dans le Christ? Le coeur illuminé par l'Evangile, l'on peut mieux comprendre comment on doit aimer sa patrie pour contribuer efficacement à son progrès sur le chemin de la culture et de la civilisation. L'appartenance à une lignée doit s'accompagner de l'engagement à répondre de manière généreuse et gratuite aux dons reçus en héritage des générations précédentes, afin d'édifier une société ouverte à la rencontre d'autres peuples et d'autres traditions.
Tout en souhaitant que le peuple ukrainien sache jeter sur les événements de l'histoire un regard réconcilié, je confie tous ceux qui souffrent encore des conséquences de ces tristes événements au réconfort qu'apporte la Toute-Sainte, la Mère de Dieu. Je confirme ces sentiments par une Bénédiction apostolique particulière, que je vous accorde, vénérés frères, ainsi qu'à tous ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux, en invoquant sur tous d'abondantes effusions de faveurs célestes.
Du Vatican, le 23 novembre 2003, solennité de Notre Seigneur Jésus Christ, Roi de l'univers.
IOANNES PAULUS II
MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE EXTRAORDINAIRE
DE L’ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE
Très chers participants
à l'Assemblée extraordinaire
de l'Action catholique italienne!
1. Je suis heureux de vous saluer tous avec joie et affection, chers frères et soeurs rassemblés à Rome pour votre Assemblée extraordinaire sur le thème: "L'histoire devient prophétie". J'adresse en particulier un salut cordial à l'Aumônier général, Mgr Francesco Lambiasi, et à la Présidente nationale, Mme Paola Bignardi.
L'objectif spécifique des travaux qui vous attendent au cours des prochains jours est celui, très important, de réviser le Statut de l'Action catholique, qui nous est toujours chère, afin de le renouveler sur la base des nouvelles exigences des temps et des perspectives apostoliques du nouveau Millénaire. Votre association a suivi, au cours des dernières années, les normes et les orientations contenues dans le Statut de 1969, qui a intégré l'esprit et les choix du Concile Vatican II, et qui vous a aidé à découvrir toujours davantage, en la vivant "en tant que laïcs", la grandeur de la vocation chrétienne et de l'engagement apostolique, dans un contexte ecclésial et culturel très différent de celui des années précédentes.
Renouveler le Statut signifie dire aujourd'hui à vous-mêmes, à la communauté chrétienne et à la société civile, quelle physionomie prend une association comme la vôtre lorsqu'elle se mesure avec les exigences de la mission de l'Eglise et de l'évangélisation du monde. Le nouveau Statut exprimera votre âme, les objectifs élevés que vous vous fixez, les orientations qui caractérisent votre expérience ecclésiale mûre et lui confèrent un visage unique, ainsi qu'une place particulière dans l'horizon des regroupements de laïcs.
2. Votre longue histoire tire son origine d'un charisme, c'est-à-dire d'un don particulier de l'Esprit du Ressuscité, qui ne fait jamais manquer à son Eglise les talents et les ressources de grâce dont les fidèles ont besoin pour servir la cause de l'Evangile. Très chers amis, penchez-vous à nouveau, avec une humble fierté et avec une joie profonde, sur le charisme de l'Action catholique!
C'est de celui-ci que se sont inspirés des jeunes comme Mario Fani et Giovanni Acquaderni, qui la fondèrent il y a plus de 130 ans. Ce charisme a guidé et accompagné le chemin de sainteté de Pier Giorgio Frassati, de Gianna Beretta-Molla, de Luigi et Maria Beltrame-Quattrocchi et de tant d'autres laïcs qui ont vécu, avec une normalité extraordinaire, une fidélité héroïque aux promesses baptismales. C'est ce charisme qu'ont reconnu en vous les Souverains Pontifes et les Pasteurs qui, au cours des décennies, ont béni et soutenu votre Association, jusqu'à l'accueillir - comme l'a fait la Conférence épiscopale italienne - comme Association choisie de façon particulière et promue par l'Autorité ecclésiastique, afin d'être plus étroitement unie à sa charge apostolique (cf. Note pastorale de la CEI, 22 mai 1981, n. 25).
3. Il s'agit d'un charisme qui a été décrit de la façon la plus exhaustive dans le Décret conciliaire sur l'apostolat des laïcs Apostolicam Actuositatem (n. 20): vous êtes des laïcs chrétiens experts dans la merveilleuse aventure de faire se rencontrer l'Evangile et la vie et de montrer à quel point la "bonne nouvelle" correspond aux questions profondes du coeur de chaque personne et constitue la lumière la plus élevée et la plus vraie qui puisse orienter la société dans l'édification de la "civilisation de l'amour".
En tant que laïcs, vous avez choisi de vivre pour l'Eglise et pour sa mission tout entière, "consacrés - comme vous l'ont écrit vos évêques - par un lien direct et organique à la communauté diocésaine", afin de faire redécouvrir à tous la valeur d'une foi qui se vit en communion, et pour faire de chaque communauté chrétienne une famille attentive à tous ses enfants (cf. Lettre du Conseil épiscopal permanent de la CEI, 12 mars 2002, n. 4).
En tant que laïcs, vous avez choisi de vivre sous une forme associative l'idéal évangélique de la sainteté dans votre Eglise particulière, de façon à coopérer d'une manière unitaire, "comme un corps organique", à la mission évangélisatrice de chaque communauté ecclésiale.
En tant que laïcs, vous avez choisi de vous organiser en une Association, dans laquelle le lien particulier avec les pasteurs respecte et promeut le caractère spécifiquement laïc de ses membres. L'esprit de cette "syntaxe de communion" qui caractérise l'ecclésiologie du Concile Vatican II et les règles de la participation démocratique à la vie associative, vous aident à exprimer pleinement l'unité de tout le Corps ecclésial du Christ et, en même temps, la variété des charismes et des vocations, dans le plein respect de la dignité et de la responsabilité de chaque membre du Peuple de Dieu.
La synthèse organique de ces notes - caractère missionnaire, diocésain, unitaire, laïc - constitue la forme la plus mûre et ecclésialement intégrée de l'apostolat des laïcs. En renouvelant le Statut, vous entendez réaffirmer la valeur que ces caractéristiques possèdent aujourd'hui, et dire comment elles doivent être interprétées afin de parler toujours plus au coeur de tant de communautés et de tant de laïcs qui pourraient trouver dans cet idéal leur forme de vie.
4. "L'Eglise ne peut pas se passer de l'Action catholique": voilà ce que je vous disais l'année dernière, au cours de votre IX Assemblée. C'est ce que je vous répète au terme d'une année particulièrement intense, consacrée au chemin de renouveau de l'ACI.
L'Eglise a besoin de vous, elle a besoin de laïcs qui, dans l'Action catholique, ont trouvé une école de sainteté, où ils ont appris à vivre le caractère radical de l'Evangile dans une vie quotidienne normale. Les bienheureux issus de vos rangs et les vénérables tels qu'Alberto Marvelli, Pina Suriano et Dom Antonio Seghezzi, vous incitent à continuer à faire de votre Association un lieu où l'on croît comme disciples du Seigneur, à l'école de la Parole, à la table de l'Eucharistie; un terrain où l'on s'entraîne à exercer l'amour et le pardon, pour apprendre à vaincre le mal par le bien, pour tisser avec patience et ténacité un réseau de fraternité qui atteigne chacun, en particulier les plus pauvres.
Chers jeunes et adultes de l'Action catholique! Votre Association se renouvellera si chacun de ses membres redécouvre les promesses du Baptême, en choisissant de façon pleinement consciente et disponible la sainteté chrétienne comme "le haut degré de la vie chrétienne ordinaire", dans les conditions quotidiennes de la vie (Novo Millennio Ineunte, n. 31). Il faut pour cela se laisser modeler par la liturgie de l'Eglise, cultiver l'art de la méditation et de la vie intérieure, pratiquer chaque année les exercices spirituels. Très chers amis, faites en sorte que chacun de vos groupes soit une véritable école de prière et qu'à chaque membre soit assurée l'aide nécessaire au discernement et à la fidélité à sa vocation.
5. L'Eglise a besoin de vous, car vous avez choisi le service à l'Eglise particulière et à sa mission comme orientation de votre engagement apostolique; car vous avez fait de la paroisse le lieu où exprimer, jour après jour, un dévouement fidèle et passionné. De cette façon, vous continuez à garder vivant l'esprit missionnaire de ces femmes et de ces hommes de l'Action catholique qui, dans l'humilité et le secret, ont contribué à rendre plus vivantes les communautés chrétiennes dans les diverses parties du pays.
Je vous exhorte à placer toutes vos énergies au service de la communion, en lien étroit avec l'Evêque, en collaborant avec lui et avec le prêtre dans le "ministère de la synthèse", pour tisser une trame toujours plus serrée de cette communion cordiale, qui est intensément humaine, précisément parce qu'elle est authentiquement chrétienne. Aidez votre paroisse à redécouvrir la passion pour l'annonce de l'Evangile et à cultiver la sollicitude pastorale qui va à la rencontre de tous, pour aider chacun à vivre la joie de la rencontre avec le Seigneur. Que chaque communauté, également en raison de votre présence, brille dans les quartiers de vos villes et dans vos pays comme le signe vivant de la présence de Jésus, Fils de Dieu qui est venu habiter parmi nous!
6. L'Eglise a besoin de vous, car l'Action catholique est un milieu ouvert et accueillant, dans lequel quiconque peut exprimer sa disponibilité au service, trouver des occasions utiles de dialogue formateur dans une atmosphère propice à favoriser des choix généreux. Dans votre Association, il y a des témoins et des maîtres disposés à accompagner le chemin des frères vers une foi affirmée, mûre et capable de témoignage dans le monde.
Je vous recommande d'accorder de la valeur à une solide formation, adaptée à l'urgence de la nouvelle évangélisation. Prenez toujours soin de chaque personne et aidez chacun à défendre le trésor de la foi en le diffusant dans chaque milieu de vie. Que l'Action catholique redevienne pour un nombre croissant de personnes et de communautés la grande école de la spiritualité laïque et de l'apostolat associatif!
7. L'Eglise a besoin de vous, car vous ne cessez de regarder le monde avec le regard de Dieu et vous réussissez ainsi à scruter notre temps pour y saisir les signes de la présence de l'Esprit. Vous avez, dans votre tradition, de grands témoignages de laïcs qui ont apporté une contribution déterminante à la croissance de la cité de l'homme.
Continuez à mettre à la disposition des villes et des pays, des lieux de travail et de l'école, de la santé et des loisirs, de la culture, de l'économie et de la politique, des personnes compétentes et crédibles, capables de contribuer à faire du monde d'aujourd'hui le grand chantier de la civilisation de l'amour. Que l'Action catholique aide la communauté ecclésiale à se soustraire à la menace de l'indifférence face aux problèmes de la vie et de la famille, de la paix et de la justice, et qu'elle témoigne de la confiance dans la force rénovatrice et transformatrice du christianisme. De cette façon, elle pourra marquer profondément la société civile, pour édifier la maison commune, sous le signe de la dignité et de la vocation de l'homme, selon les lignes du "Projet culturel" de l'Eglise italienne.
8. Chers membres de l'Action catholique, alors que je vous encourage à explorer toujours plus à fond la richesse de votre charisme, j'exhorte les communautés diocésaines et paroissiales à considérer avec une nouvelle attention votre Association comme lieu de croissance de la vocation des laïcs et comme un entraînement où l'on apprend à l'exprimer avec une maturité toujours plus grande.
"L'histoire devient prophétie": vous avez choisi ce titre pour votre Assemblée. Je vous souhaite de relire avec un sage discernement la grande histoire dont vous êtes issus, en distinguant ce qui est le fruit du temps de ce qui est le don de l'Esprit et qui contient les germes d'un avenir nouveau, déjà commencé. Je suis certain que cette Assemblée extraordinaire montrera le visage mûr et serein du laïcat associatif et je suis tout à fait certain que vous saurez adopter des choix clairs et courageux pour faire de l'Action catholique une Association à la hauteur de la mission qui lui a été confiée.
Que Marie, Mère de l'Eglise, vous soutienne dans votre engagement. A Elle, qui est vénérée dans la Sainte Maison de Lorette où vous souhaitez vous rendre en pèlerinage l'année prochaine, je confie chacun de vous, vos familles et chacun de vos projets.
Avec ces sentiments, je vous donne de tout coeur la Bénédiction apostolique.
De Castel Gandolfo, le 8 septembre 2003.
IOANNES PAULUS II