MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AU CARDINAL KURT KOCH
À L'OCCASION DE LA 10e ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DU CONSEIL ŒCUMÉNIQUE DES ÉGLISES
(BUSAN, CORÉE, 30 OCTOBRE - 8 NOVEMBRE 2013)
À mon vénérable frère le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
À l’occasion de la Xe assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises, je vous demande de transmettre mes salutations cordiales et mes meilleurs vœux à tous ceux qui sont réunis à Busan, et en particulier au secrétaire général, M. Olav Fykse Tveit, et aux représentants des communautés chrétiennes présentes. Je vous assure de mon grand intérêt pastoral pour les délibérations de l’assemblée et je réaffirme bien volontiers l’engagement de l’Église catholique à poursuivre sa longue coopération avec le Conseil œcuménique des Églises.
Le thème de l’assemblée, Dieu de la vie, guide-nous vers la justice et vers la paix, est surtout une invocation orante au Dieu Un et Trine, qui attire toute la création vers son accomplissement au moyen de la force rédemptrice de la Croix de Jésus Christ et l’effusion des multiples dons de l’Esprit Saint. Là où l’on protège le don de la vie et prévalent la justice et la paix, le Royaume de Dieu est véritablement présent et sa puissance souveraine est déjà à l’œuvre.
Pour cette raison, je suis certain que la présente assemblée aidera à consolider l’engagement de tous les disciples du Christ en faveur d’une prière et d’une collaboration plus intense au service de l’Évangile et du bien intégral de notre famille humaine. L’univers mondialisé dans lequel nous vivons exige de nous un témoignage commun de la dignité donnée par Dieu à tout être humain et la promotion efficace des conditions culturelles, sociales et juridiques qui permettent aux individus et aux communautés de croître dans la liberté, et qui soutiennent la mission de la famille comme pierre fondamentale de la société, assurent une éducation solide et intégrale des jeunes et garantissent à tous l’exercice inconditionné de la liberté religieuse. Dans la fidélité à l’Évangile, et en réponse aux besoins urgents du présent, nous sommes appelés à aller au-devant de ceux qui se trouvent dans les périphéries existentielles de nos sociétés et à montrer une solidarité particulière avec nos frères et sœurs les plus vulnérables : les pauvres, les porteurs de handicaps, les enfants à naître et les malades, les migrants et les réfugiés, les personnes âgées et les jeunes privés de travail.
Conscient que la conversion authentique, la sainteté et la prière continuent d’être l’âme de l’œcuménisme (cf. Unitatis redintegratio, n. 8), je prie afin que l’assemblée générale puisse contribuer à donner un nouvel élan de vitalité et une nouvelle vision à tous ceux qui sont engagés dans la sainte cause de l’unité des chrétiens, en fidélité à la volonté du Seigneur pour son Église (cf. Jn 17, 21) et dans l’ouverture aux suggestions du Saint-Esprit. Sur tous ceux qui sont réunis à Busan j’invoque les abondantes bénédictions de Dieu tout-puissant, source de toute joie et de tout don spirituel.
Du Vatican, le 4 octobre 2013, fête de saint François d’Assise
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS À LA 47e SEMAINE SOCIALE DES CATHOLIQUES ITALIENS
[Turin, 12-15 septembre 2013]
À mon vénéré frère le cardinal Angelo Bagnasco, président de la Conférence épiscopale italienne
Je vous adresse mes salutations les plus cordiales, ainsi qu’à tous les participants à la 47e Semaine sociale des catholiques italiens, convoquée à Turin. Je renouvelle mon salut fraternel aux évêques présents, en particulier au pasteur de cette Église, Mgr Cesare Nosiglia, ainsi qu’à Mgr Arrigo Miglio et aux membres du Comité scientifique et organisateur. Je salue tous les représentants des diocèses d’Italie et des diverses associations ecclésiales.
La tradition des Semaines sociales en Italie a commencé en 1907, et l’un de ses principaux promoteurs fut le bienheureux Giuseppe Toniolo. Cette 47e Semaine est la première qui se tient depuis sa béatification, qui a eu lieu le 28 avril 2012, et elle a été placée à juste titre sous son intercession particulière. La figure du bienheureux Toniolo fait partie du groupe lumineux de catholiques laïcs qui, malgré les difficultés de leur époque, voulurent et surent, avec l’aide de Dieu, parcourir des voies fructueuses pour travailler à la recherche et à l’édification du bien commun. À travers leur vie et leur pensée, ils ont pratiqué ce que le Concile Vatican II a ensuite enseigné à propos de la vocation et de la mission des laïcs (cf. Const. dogm. Lumen gentium, n. 31) ; et leur exemple constitue un encouragement toujours précieux pour les catholiques laïcs d’aujourd’hui afin de rechercher à leur tour des voies efficaces en vue du même objectif, à la lumière du plus récent magistère de l’Église (cf. Benoît XVI, Enc. Deus caritas est, n. 28). La force exemplaire de la sainteté dans le domaine social est rendue dans ce cas encore plus sensible par le choix du lieu de cette 47e Semaine sociale. En effet, Turin est une ville emblématique de tout le parcours historique et social de l’Italie, et en particulier du fait de la présence de l’Église dans ce parcours. Aux XIXe et XXe siècles, ont œuvré à Turin de nombreux hommes et femmes, prêtres, religieux et religieuses, laïcs, certains d’entre eux saints et bienheureux, qui ont témoigné par leur vie et travaillé de façon efficace à travers leurs œuvres au service des jeunes, des familles, des plus pauvres.
Au cours des diverses périodes de l’histoire, les Semaines sociales des catholiques italiens ont été providentielles et précieuses, et elles le sont encore aujourd’hui. Celles-ci se présentent en effet comme une initiative culturelle et ecclésiale de haut niveau, capable d’affronter, et si possible d’anticiper, les interrogations et les défis parfois radicaux, que pose l’évolution actuelle de la société. C’est pourquoi, il y a 25 ans, l’Église qui est en Italie a voulu les reprendre et les relancer, comme des moments précieux d’écoute et de recherche, d’échange et d’approfondissement, très importants tant pour la communauté ecclésiale elle-même, pour son service d’évangélisation et de promotion humaine, que pour les chercheurs et les professionnels du monde culturel et social (cf. Note pastorale de la CEI du 20 novembre 1988). Les Semaines sociales sont ainsi un instrument privilégié à travers lequel l’Église qui est en Italie apporte sa contribution pour la recherche du bien commun du pays (cf. Conc. œcum. Vat.II, Const. past. Gaudium et spes, n. 26). Ce devoir, qui est celui de toute la communauté dans ses différentes composantes, incombe, comme nous le rappelions, de manière spécifique aux laïcs et à leur responsabilité.
Le thème de cette Semaine sociale est : « La famille, espérance et avenir pour la société italienne ». J’exprime toute mon appréciation pour ce choix, ainsi que pour avoir associé à la famille l’idée d’espérance et d’avenir. Il en est précisément ainsi ! Mais pour la communauté chrétienne, la famille est bien plus qu’un « thème » : elle est vie, elle est tissu quotidien, elle est chemin de générations qui se transmettent la foi, et avec elle l’amour et les valeurs fondamentales, elle est solidarité concrète, efforts, patience, mais aussi projet, espérance, avenir. Tout ce que la communauté chrétienne vit à la lumière de la foi, de l’espérance et de la charité, n’est jamais gardé pour soi, mais devient chaque jour levain dans la pâte de la société tout entière, pour son bien commun le plus grand (cf. ibid., n. 47).
L’espérance et l’avenir supposent la mémoire. La mémoire de nos anciens est le soutien pour avancer sur le chemin. L’avenir de la société, et concrètement celui de la société italienne, est enraciné dans les personnes âgées et dans les jeunes : ces derniers parce qu’ils ont la force et l’âge de faire avancer l’histoire, les premiers parce qu’ils représentent la mémoire vivante. Un peuple qui ne prend pas soin des personnes âgées, des enfants et des jeunes, n’a pas d’avenir, car il maltraite la mémoire et la promesse.
C’est dans cette perspective que s’inscrit cette 47e Semaine sociale, ainsi que le document préparatoire qui l’a précédée. Celle-ci entend offrir un témoignage et proposer une réflexion, un discernement, sans préjugés, le plus ouvert possible, attentif aux sciences humaines et sociales. Tout d’abord comme Église, nous offrons une conception de la famille qui est celle du Livre de la Genèse, de l’unité dans la différence entre l’homme et la femme, et de sa fécondité. En outre, dans cette réalité, nous reconnaissons un bien pour tous, la première société naturelle, tel que cela a été intégré également par la Constitution de la République italienne. Enfin, nous voulons réaffirmer que la famille, ainsi comprise, reste le premier et le principal sujet qui édifie la société et une économie à l’échelle humaine, et, en tant que telle, elle mérite d’être concrètement soutenue. Les conséquences, positives ou négatives, des choix de nature culturelle, d’abord, et politique, concernant la famille, touchent aux divers domaines de la vie d’une société et d’un pays : à partir du problème démographique — qui est grave pour tout le continent européen mais particulièrement pour l’Italie —, jusqu’aux autres questions relatives au travail et à l’économie en général, à la croissance des enfants, jusqu’à celles qui touchent à la vision anthropologique qui est à la base de notre civilisation (cf. Benoît XVI, Enc. Caritas in veritate, n. 44).
Ces réflexions ne concernent pas seulement les croyants, mais toutes les personnes de bonne volonté, tous ceux qui ont à cœur le bien commun du pays, comme c’est le cas pour les problèmes de l’écologie environnementale, qui peut beaucoup aider à comprendre ceux de l’« écologie humaine » (cf. Benoît XVI, Discours au Bundestag, Berlin, 22 septembre 2011). La famille est une école privilégiée de générosité, de partage, de responsabilité, une école qui éduque à surmonter une certaine mentalité individualiste qui s’est insinuée dans nos sociétés. Soutenir et promouvoir les familles, en valorisant leur rôle fondamental et central, signifie œuvrer pour un développement équitable et solidaire.
Nous ne pouvons ignorer la souffrance de nombreuses familles, due au manque de travail, au problème du logement, à l’impossibilité concrète de réaliser librement ses propres choix d’éducation ; la souffrance due aussi aux conflits internes dans les familles, aux échecs de l’expérience conjugale et familiale, à la violence qui, malheureusement, se niche et provoque des dégâts à l’intérieur même de nos maisons. Nous devons et voulons être particulièrement proches de tous, avec respect et un vrai sens de fraternité et de solidarité. Mais nous voulons surtout rappeler le témoignage simple, mais beau et courageux de très nombreuses familles, qui vivent l’expérience du mariage et d’être parents avec joie, éclairés et soutenus par la grâce du Seigneur, sans avoir peur d’affronter aussi les moments de la croix qui, vécue en union avec celle du Seigneur, n’est pas une entrave au chemin de l’amour, mais le rend au contraire plus fort et plus complet.
Puisse cette Semaine sociale contribuer de manière efficace à mettre en évidence le lien qui unit le bien commun à la promotion de la famille fondée sur le mariage, au-delà des préjugés et des idéologies. Il s’agit d’une dette d’espérance que tous ont à l’égard du pays, et de façon particulière à l’égard des jeunes, auxquels il faut offrir une espérance pour l’avenir. À vous, cher frère, ainsi qu’à la grande assemblée de la Semaine sociale de Turin, j’assure mon souvenir dans la prière et, tandis que je demande de prier aussi pour moi et pour mon service à l’Église, j’envoie de tout cœur ma Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 11 septembre 2013
FRANÇOIS
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AU PRIEUR GÉNÉRAL DE L'ORDRE DES FRÈRES
DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE DU MONT CARMEL,
À L'OCCASION DU CHAPITRE GÉNÉRAL
Au révérend pèreFernando Millán Romeral, Prieur général de l’ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel
Je m’adresse à vous, chers frères de l’ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel, qui célébrez en ce mois de septembre votre chapitre général. En un temps de grâce et de renouveau, qui vous appelle à discerner la mission du glorieux ordre carmélite, je souhaite vous offrir une parole d’encouragement et d’espérance. L’antique charisme du Carmel a été pendant huit siècles un don pour toute l’Église, et aujourd’hui encore, il continue d’offrir sa contribution particulière pour l’édification du Corps du Christ et pour en montrer au monde le visage lumineux et saint. Vos origines contemplatives naissent de la terre de l’épiphanie de l’amour éternel de Dieu en Jésus Christ, Verbe fait chair. Tandis que vous réfléchissez sur votre mission de Carmes d’aujourd’hui, je vous suggère de considérer trois éléments qui peuvent vous guider dans la pleine réalisation de votre vocation qui est l’ascension du mont de la perfection: l’obéissance au Christ, la prière et la mission.
Obéissance
L’Église a la mission d’apporter le Christ au monde et pour cette raison, comme Mère et Maîtresse, elle invite chacun à s’approcher de Lui.
Dans la liturgie des carmes, pour la fête de la Vierge du Mont Carmel, nous contemplons la Vierge qui est « à côté de la Croix du Christ ». C’est aussi la place de l’Église : auprès du Christ. Et c’est aussi la place de chaque fils fidèle de l’ordre du Carmel. Votre Règle commence par l’exhortation aux frères à « vivre dans l’obéissance de Jésus Christ », pour le suivre et le servir avec un cœur pur et entier. L’étroite relation avec le Christ se réalise dans la solitude, dans l’assemblée fraternelle et dans la mission. « L’option fondamentale d’une vie concrètement et radicalement consacrée à la suite du Christ » (Ratio Institutionis Vitae Carmelitanae, n. 8) fait de votre existence un pèlerinage de transformation dans l’amour. Le Concile œcuménique Vatican II rappelle le rôle de la contemplation dans le chemin de la vie : en effet, « il appartient en propre à l’Église d’être à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et adonnée à la contemplation, présente dans le monde et cependant en chemin » (Sacrosanctum Concilium, n. 2). Les anciens ermites du Mont Carmel conservèrent la mémoire de ce lieu saint et, même exilés ou éloignés, ils maintenaient le regard et le cœur constamment fixés sur la gloire de Dieu. En réfléchissant sur vos origines et sur votre histoire et en contemplant l’immense foule de ceux qui ont vécu au fil des siècles le charisme du carmel, vous découvrirez aussi votre vocation actuelle à être des prophètes d’espérance. Et c’est précisément dans cette espérance que vous serez régénérés. Souvent ce qui apparaît nouveau est quelque chose de très ancien éclairé sous une lumière nouvelle.
Dans votre Règle se trouve le cœur de la mission carmélitaine d’alors et encore d’aujourd’hui. Tandis que vous vous apprêtez à célébrer le huitième centenaire de la mort d’Albert, patriarche de Jérusalem, en 1214, vous vous souviendrez qu’il formula un « parcours de vie, un espace qui rend capables de vivre une spiritualité totalement orientée vers le Christ ». Il traça les éléments extérieurs et intérieurs, une écologie physique de l’espace et l’armature spirituelle nécessaire pour répondre de manière adéquate à la vocation et accomplir efficacement sa propre mission.
Dans un monde qui méconnaît souvent le Christ et, de fait, le refuse, vous êtes invités à vous approcher et à adhérer toujours plus profondément à Lui. C’est un appel incessant à suivre le Christ et à être configurés à Lui. Cela est d’une importance vitale dans notre monde tellement désorienté, « parce que, lorsque sa flamme s’éteint, toutes les autres lumières finissent par perdre leur vigueur » (Lumen fidei, n. 4). Le Christ est présent dans votre fraternité, dans la liturgie communautaire et dans le ministère qui vous est confié : renouvelez-lui l’obéissance de toute votre vie !
Prière
Le Saint-Père Benoît XVI, avant votre chapitre général de 2007, vous rappela que « le pèlerinage intérieur de foi vers Dieu commence dans la prière » ; et à Castel Gandolfo, en août 2010, il vous dit : « Vous êtes ceux qui nous enseignent à prier ». Vous vous définissez comme contemplatifs au milieu du peuple. En effet, s’il est vrai que vous êtes appelés à vivre sur les hauteurs du Carmel, il est tout aussi vrai que vous êtes appelés à rendre témoignage au milieu du peuple. La prière est cette « voie royale » qui ouvre aux profondeurs du mystère de Dieu Un et Trine, mais c’est aussi le sentier obligé qui serpente au milieu du peuple de Dieu en pèlerinage dans le monde vers la Terre Promise.
Une des plus belles voies pour entrer dans la prière passe à travers la Parole de Dieu. La lectio divina introduit à la conversation directe avec le Seigneur et ouvre les trésors de la sagesse. L’amitié intime avec Celui qui nous aime nous rend capables de voir avec les yeux de Dieu, de parler avec sa Parole dans le cœur, de conserver la beauté de cette expérience et de la partager avec ceux qui ont faim d’éternité.
Le retour à la simplicité d’une vie centrée sur l’Évangile est le défi pour le renouveau de l’Église, communauté de foi qui trouve toujours des parcours nouveaux pour évangéliser le monde en perpétuelle transformation. Les saints carmes ont été de grands prédicateurs et maîtres de prière. C’est cela, encore une fois, qui est demandé au Carmel du XXIe siècle. Tout au long de votre histoire, les grands carmes ont été un fort rappel aux racines de la contemplation, racines toujours fécondes de prière. C’est là que se trouve le cœur de votre témoignage : la dimension contemplative de l’Ordre, à vivre, à cultiver et à transmettre. Je voudrais que chacun se demande : comment est ma vie de contemplation ? Combien de temps est-ce que je consacre au cours de ma journée à la prière et à la contemplation ? Un carme sans cette vie contemplative est un corps mort ! Aujourd’hui, peut-être plus que par le passé, il est facile de se laisser distraire par les préoccupations et par les problèmes de ce monde et se laisser fasciner par de fausses idoles. Notre monde est éclaté de bien des façons ; le contemplatif en revanche revient à l’unité et constitue un fort rappel à l’unité. À présent plus que jamais, c’est le moment de redécouvrir le sentier intérieur de l’amour à travers la prière et d’offrir aux personnes d’aujourd’hui dans le témoignage de la contemplation, ainsi que dans la prédication et dans la mission non pas d’inutiles raccourcis, mais cette sagesse qui naît du fait de méditer « jour et nuit dans la Loi du Seigneur », une Parole qui conduit toujours auprès de la croix glorieuse du Christ. Et, unie à la contemplation, l’austérité de vie n’est pas un aspect secondaire de votre vie et de votre témoignage. C’est une tentation très forte pour vous aussi de tomber dans la mondanité spirituelle. L’esprit du monde est l’ennemi de la vie de prière : ne l’oubliez jamais ! Je vous exhorte à une vie plus austère et pénitente, selon votre tradition la plus authentique, une vie loin de toute mondanité, loin des critères du monde.
Mission
Chers frères carmes, votre mission est la mission même de Jésus. Toute programmation, toute confrontation seraient bien peu utiles si le chapitre ne réalisait pas avant tout un chemin de vrai renouveau. La famille du Carmel a connu un merveilleux « printemps », dans le monde entier, en tant que fruit, offert par Dieu, de l’engagement missionnaire du passé. Aujourd’hui, la mission présente parfois des défis ardus, parce que le message évangélique n’est pas toujours accueilli et parfois il est même rejeté avec violence. Nous ne devons jamais oublier que, même si nous sommes jetés dans des eaux troubles et inconnues, Celui qui nous appelle à la mission nous donne aussi le courage et la force de la mettre en œuvre. Par conséquent, célébrez le chapitre animés par l’espérance qui ne meurt jamais, avec un fort esprit de générosité pour retrouver la vie contemplative, ainsi que la simplicité et l’austérité évangéliques.
En m’adressant aux pèlerins sur la place Saint-Pierre, j’ai pu dire : « Chaque chrétien et chaque communauté est missionnaire dans la mesure où il porte et vit l’Évangile et témoigne de l’amour de Dieu envers tous, spécialement envers celui qui se trouve en difficulté. Soyez missionnaires de l’amour et de la tendresse de Dieu ! Soyez missionnaires de la miséricorde de Dieu, qui toujours nous pardonne, toujours nous attend, nous aime beaucoup ! » (
Homélie, 5 mai 2013). Le témoignage du Carmel par le passé appartient à la profonde tradition spirituelle qui s’est développée dans une des grandes écoles de prière. Elle a suscité aussi le courage d’hommes et de femmes qui ont affronté le danger et même la mort. Rappelons uniquement les grands martyrs contemporains : sainte Thérèse Bénédicte de la Croix et le bienheureux Titus Brandsma. Je me demande alors : aujourd’hui, parmi vous, vit-on avec la personnalité, avec le courage de ces saints ?
Chers frères du Carmel, le témoignage de votre amour et de votre espérance, enracinés dans la profonde amitié avec le Dieu vivant, peut arriver comme une « brise légère » qui renouvelle et revigore votre mission ecclésiale dans le monde d’aujourd’hui. C’est à cela que vous êtes appelés. Le rite de la Profession met ces paroles sur vos lèvres : « Avec cette profession, je me confie à la famille du Carmel pour vivre au service de Dieu et dans l’Église et aspirer à la charité parfaite avec la grâce du Saint-Esprit et l’aide de la Bienheureuse Vierge Marie » (Rituel de la Profession Ord. Carm.).
Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mère et Reine du Carmel, accompagne vos pas et rende fécond en fruits le chemin quotidien vers le Mont de Dieu. J’invoque sur toute la famille du Carmel, et en particulier sur les pères capitulaires, d’abondants dons de l’Esprit divin, et je donne à tous de tout cœur la Bénédiction apostolique implorée.
Du Vatican, le 22 août 2013
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AU PRÉSIDENT DU CONSEIL PONTIFICAL
POUR LA PROMOTION DE L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
À L'OCCASION DU XIIIe SYMPOSIUM INTERCHRÉTIEN
[MILAN, 28-30 AOÛT 2013]
À mon vénéré frère le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens
C’est avec une joie particulière que j’ai appris l’initiative des symposiums interchrétiens, organisés tous les deux ans par l’Institut franciscain de spiritualité de l’université pontificale Antonianum et par le département de théologie de la faculté de théologie orthodoxe de l’université Aristoteles de Thessalonique, dans le but d’approfondir la connaissance des traditions théologiques et spirituelles de l’Orient et de l’Occident et de cultiver des relations fraternelles d’amitié et d’étude entre les membres des deux institutions académiques.
Je désire donc adresser une salutation cordiale aux organisateurs, aux intervenants et à tous les participants à la XIIIe édition de cette initiative de grand mérite, qui se déroule cette année à Milan, avec la collaboration de l’université catholique du Sacré-Cœur, sur le thème : « La vie des chrétiens et le pouvoir civil. Questions historiques et perspectives actuelles en Orient et en Occident ». Ce thème s’inscrit bien dans le cadre des multiples initiatives qui visent à commémorer le XVIIe centenaire de la promulgation de l’Édit de Constantin, des initiatives qui, à Milan, ont eu des moments d’une importance particulière, comme la visite du patriarche œcuménique Bartholomée Ier à l’Église ambrosienne et à la ville.
La décision historique, par laquelle était décrétée la liberté religieuse pour les chrétiens, ouvrit de nouvelles voies à la diffusion de l’Évangile et contribua de façon déterminante à la naissance de la civilisation européenne. La mémoire de cet événement offre l’opportunité, pour le présent symposium, de réfléchir sur l’évolution des modalités à travers lesquelles le monde chrétien est en relation avec la société civile et avec l’autorité qui la préside. Ces modalités se sont développées au cours de l’histoire dans des contextes très différents, et ont connu des diversifications significatives en Orient et en Occident. Dans le même temps, elles ont conservé certains traits fondamentaux communs, comme la conviction selon laquelle le pouvoir civil trouve sa limite face à la loi de Dieu, la revendication du juste espace d’autonomie pour la conscience, la conscience que l’autorité ecclésiastique et le pouvoir civil sont appelés à collaborer en vue du bien intégral de la communauté humaine.
En souhaitant que les travaux du symposium portent des fruits abondants pour le progrès de la recherche historique et de la connaissance réciproque entre les diverses traditions, je vous assure de mon souvenir dans la prière et j’invoque de tout cœur la Bénédiction apostolique sur ceux qui ont contribué à l’organisation du Congrès et sur tous ceux qui y prendront part.
Du Vatican, le 19 août 2013
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA FÊTE DE SAINT GAÉTAN (SAN CAYETANO) EN ARGENTINE
Mercredi 7 août 2013
Bonsoir,
Comme tous les ans, après avoir suivi la procession, je parle avec vous. Cette année, j’ai suivi la procession avec mon cœur. Je suis un peu loin et je ne peux pas partager avec vous ce si beau moment. En cet instant, vous marchez vers l’image de saint Gaétan. Dans quel but ? Pour le rencontrer, pour rencontrer Jésus. Mais aujourd’hui, le thème de ce pèlerinage — thème choisi par vous, sélectionné parmi de nombreuses possibilités — aujourd’hui, le thème parle d’une autre rencontre et dit : « Avec Jésus et saint Gaétan, allons à la rencontre des plus démunis ! ». Il parle de la rencontre des personnes qui sont vraiment dans le besoin, de celles qui ont besoin que nous les aidions, que nous les regardions avec amour, que nous partagions leur douleur et leurs préoccupations, leurs problèmes. Mais ce qui est important, c’est de ne pas les regarder de loin ou de les aider de loin. Non, non ! C’est d’aller à leur rencontre. Voilà ce qui est chrétien ! Voilà ce qu’enseigne Jésus : aller à la rencontre des plus démunis. Comme Jésus, qui allait toujours rencontrer les gens. Il allait à leur rencontre. Aller à la rencontre des plus démunis.
Parfois, je demande : « Faites vous l’aumône ? ». On me répond : « Oui, mon père ». « Et quand vous faites l’aumône, regardez-vous dans les yeux les personnes auxquelles vous faites l’aumône » ? « Ah, je ne sais pas, je ne m’en rends pas compte ». « Alors vous ne les avez pas rencontrées. Vous avez jeté votre aumône et vous êtes partis. Quand vous faites l’aumône, touchez-vous la main ou bien jetez-vous la pièce ? ». « Non, je jette la pièce ». « Et alors, vous ne l’avez pas touchée. Et si vous ne l’avez pas touchée, vous ne l’avez pas rencontrée ».
Ce que Jésus nous enseigne, avant tout, c’est à nous rencontrer et, en nous rencontrant, à aider. Nous devons savoir nous rencontrer. Nous devons édifier, créer, construire une culture de la rencontre. Que de divergences, de problèmes en famille, toujours ! Des problèmes dans le quartier, des problèmes sur le lieu de travail, des problèmes partout. Et les divergences n’aident pas. La culture de la rencontre. Sortir pour se rencontrer. Et le thème dit : « Aller à la rencontre des plus démunis », c’est-à-dire de ceux qui ont davantage besoin que moi. De ceux qui traversent un mauvais moment, pire que celui que je vis moi. Il y a toujours quelqu’un qui va plus mal que nous, non ? Toujours ! Il y a toujours quelqu’un. Alors, moi je pense : « Je traverse un mauvais moment, je fais la queue pour rencontrer saint Gaétan et Jésus et après, je sors rencontrer les autres, parce qu’il y a toujours quelqu’un qui va plus mal que moi ». Ce sont ces personnes, ces personnes que nous devons rencontrer.
Merci de m’écouter, merci de venir ici aujourd’hui, merci pour tout ce que vous portez dans le cœur. Jésus vous aime beaucoup ! Je vous demande une seule chose : que vous vous rencontriez ! Que vous alliez chercher et rencontrer les plus démunis ! Mais pas seuls, non. Avec Jésus et saint Gaétan ! Tu vas convaincre un autre de devenir catholique ? Non, non, non ! Tu vas à sa rencontre, c’est ton frère ! Et cela suffit. Et tu vas l’aider, le reste, c’est Jésus qui le fait, c’est l’Esprit Saint qui le fait. Souviens-toi bien de cela : avec saint Gaétan, nous démunis allons à la rencontre des plus démunis. Avec Jésus, nous démunis, qui avons davantage besoin, allons à la rencontre de ceux qui ont encore davantage besoin. Et peut-être que Jésus t’indiquera le chemin pour rencontrer celui qui en a le plus besoin.
Lorsque tu rencontreras ceux qui en ont davantage besoin, ton cœur commencera à s’élargir, à s’élargir, à s’élargir ! Car la rencontre multiplie la capacité d’aimer. La rencontre avec l’autre élargit le cœur. Courage ! « Seul, je ne sais pas comment faire ». Non, non, non ! Avec Jésus et avec saint Gaétan !
Que Dieu te bénisse et puisses-tu bien terminer le jour de saint Gaétan. Et s’il te plaît, n’oublie pas de prier pour moi. Merci.