MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AU CARDINAL VICAIRE AGOSTINO VALLINI,
POUR LE LXXe ANNIVERSAIRE DU BOMBARDEMENT DE ROME
[Saint-Laurent, 19 juillet 1943]
Au cardinal Agostino Vallini, Vicaire général pour le diocèse de Rome
Je suis spirituellement uni à vous, à la communauté des frères capucins et à ceux qui sont rassemblés dans la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, pour faire mémoire du violent bombardement du 19 juillet 1943, qui provoqua de très graves dommages à l’édifice sacré et à tout le quartier, ainsi qu’à d’autres parties de la ville, semant la mort et la destruction. À soixante-dix ans de distance, la commémoration de cet événement particulièrement dramatique veut être une occasion de prière pour ceux qui ont disparu et de méditation renouvelée sur le terrible fléau de la guerre, ainsi qu’une expression de gratitude envers celui qui fut un père attentif et prévoyant.
Je veux parler du vénérable Pie XII, qui, en ces heures terribles, se fit proche de ses concitoyens si durement éprouvés. Le Pape Pacelli n’hésita pas à accourir, immédiatement et sans escorte, dans les ruines encore fumantes du quartier de San Lorenzo, pour porter secours et réconfort à la population bouleversée. À cette occasion également, il se révéla un pasteur attentif qui sait être au milieu de son troupeau, en particulier à l’heure de l’épreuve, prêt à partager les souffrances de son peuple. Avec lui, je voudrais rappeler tous ceux qui, dans un moment aussi dramatique, ont collaboré en apportant leur aide morale et matérielle, en soulageant les blessures du corps et de l’âme, et en prêtant assistance aux sans-abri. Je désire mentionner entre autres Mgr Giovanni Battista Montini, le futur Paul VI, alors substitut de la Secrétairerie d’État, qui accompagna Pie XII dans sa visite du quartier qui venait d’être dévasté par les bombes.
Le geste du Pape Pacelli est le signe de l’œuvre incessante du Saint-Siège et de l’Église dans ses différentes composantes, paroisses, instituts religieux et couvents, pour apporter un soulagement à la population. De nombreux évêques, prêtres, religieux et religieuses furent, à Rome et dans toute l’Italie, comme le Bon Samaritain de la parabole évangélique, se penchant sur leur frère dans la douleur, pour l’aider et lui apporter consolation et espérance. Ce fut un concours de charité qui s’étendait à tout être humain en danger et ayant besoin d’accueil et de soutien.
Que la mémoire du bombardement de cette journée dramatique fasse résonner encore une fois en chacun les paroles du Pape Pie XII : « Rien n’est perdu avec la paix, tout peut être perdu avec la guerre » (Message radio du 24 août 1939). La paix est un don de Dieu, qui doit trouver aujourd’hui encore des cœurs disponibles à l’accueillir et à œuvrer pour être des artisans de réconciliation et de paix.
Je confie tous les habitants du quartier de San Lorenzo, en particulier les personnes âgées, les malades, les personnes seules et en difficulté, à l’intercession maternelle de Marie Salus Populi Romani. Qu’Elle, qui est la Vierge de la tendresse et du réconfort, renforce la foi, l’espérance et la charité pour faire rayonner dans le monde l’amour et la miséricorde de Dieu.
Avec ces sentiments, j’assure de ma prière et je donne de tout cœur ma Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 19 juillet 2013
François
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AUX MUSULMANS DU MONDE ENTIER
POUR LA FIN DU RAMADAN ('ID AL-FITR)
Aux musulmans partout dans le monde
C’est pour moi un grand plaisir de vous saluer alors que vous célébrez ‘Id al- Fitr’ concluant ainsi le mois de Ramadan, consacré principalement au jeûne, à la prière et à l’aumône.
Il est désormais de tradition qu’en cette occasion le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux vous adresse un Message de vœux, accompagné d’un thème en vue d’une réflexion commune. Cette année, la première de mon Pontificat, j’ai décidé de signer moi-même ce Message traditionnel et de vous l’envoyer, chers amis, comme expression d’estime et d’amitié envers tous les musulmans, spécialement envers leurs chefs religieux.
Comme vous le savez, lorsque les cardinaux m’ont élu Évêque de Rome et Pasteur universel de l’Eglise catholique, j’ai choisi le nom de « François », un saint très célèbre qui a si profondément aimé Dieu et chaque être humain au point d’être appelé le «Frère universel». Il a aimé, aidé et servi les nécessiteux, les malades et les pauvres ; en outre il a eu un grand souci de la sauvegarde de la création.
Je suis conscient que les dimensions de la famille et de la société sont particulièrement importantes pour les musulmans pendant cette période, et il vaut la peine de noter qu’il y a des parallèles avec la foi et la pratique chrétiennes dans chacun de ces domaines.
Cette année, le thème sur lequel je voudrais réfléchir avec vous et également avec tous ceux qui liront ce message, c’est un thème qui concerne à la fois musulmans et chrétiens : il s’agit de la promotion du respect mutuel à travers l'éducation.
Le thème de cette année entend souligner l’importance de l’éducation en fonction de la manière où nous nous comprenons les uns les autres sur la base du respect mutuel. «Respect» signifie une attitude de gentillesse envers les personnes pour lesquelles nous avons de la considération et de l’estime. «Mutuel» exprime un processus qui, loin d’être à sens unique, implique un partage des deux côtés.
Ce que nous sommes appelés à respecter dans chaque personne, c’est tout d’abord sa vie, son intégrité physique, sa dignité avec les droits qui en découlent, sa réputation, son patrimoine, son identité ethnique et culturelle, ses idées et ses choix politiques. C’est pourquoi nous sommes appelés à penser, à parler et à écrire de manière respectueuse de l’autre, non seulement en sa présence, mais toujours et partout, en évitant la critique injustifiée ou diffamatoire. À cette fin, la famille, l’école, l’enseignement religieux et toutes les formes de communications médiatiques jouent un rôle déterminant.
Pour en venir maintenant au respect mutuel dans les relations interreligieuses, notamment entre chrétiens et musulmans, ce que nous sommes appelés à respecter c’est la religion de l’autre, ses enseignements, ses symboles et ses valeurs. C’est pour cela que l’on réservera un respect particulier aux chefs religieux et aux lieux de culte. Quelles-sont douloureuses ces attaques perpétrées contre l’un ou l’autre de ceux-ci!
Il est clair que, quand nous montrons du respect pour la religion de l’autre ou lorsque nous lui offrons nos vœux à l’occasion d’une fête religieuse, nous cherchons simplement à partager sa joie sans qu’il s’agisse pour autant de faire référence au contenu de ses convictions religieuses.
En ce qui concerne l’éducation des jeunes musulmans et chrétiens, nous devons encourager nos jeunes à penser et à parler de manière respectueuse des autres religions et de ceux qui les pratiquent en évitant de ridiculiser ou de dénigrer leurs convictions et leurs rites.
Nous savons tous que le respect mutuel est fondamental dans toute relation humaine, spécialement entre ceux qui professent une croyance religieuse. C’est n’est qu’ainsi que peut croître une amitié durable et sincère.
Recevant le Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, le 22 mars 2013, j’ai affirmé : « On ne peut vivre des liens véritables avec Dieu en ignorant les autres. Pour cela, il est important d’intensifier le dialogue entre les différentes religions, je pense surtout au dialogue avec l’islam, et j’ai beaucoup apprécié la présence, durant la messe du début de mon ministère, de nombreuses autorités civiles et religieuses du monde islamique ». Par ces mots, j’ai voulu souligner encore une fois la grande importance du dialogue et de la coopération entre croyants, en particulier entre chrétiens et musulmans, ainsi que la nécessite de renforcer cette coopération.
C’est avec ces sentiments que je réitère l’espoir que tous les chrétiens et les musulmans soient de véritables promoteurs du respect mutuel et de l’amitié, en particulier à travers l’éducation.
Je vous adresse, enfin, mes vœux priants pour que vos vies puissent glorifier le Très-Haut et apporter la joie autour de vous.
Bonne fête à vous tous !
Du Vatican, le 10 juillet 2013
FRANÇOIS
MESSAGE-AUDIO DU PAPE FRANÇOIS
AUX MEMBRES DE L’UNION ITALIENNE DES AVEUGLES ET DES MALVOYANTS
Chers amis,
Je vous salue avec affection. Je sais que vous êtes réunis à Tirrenia pour un séjour d’été et que certains de vous auraient voulu venir à Rome. Grâce à la technique moderne, c’est moi qui peux venir chez vous ! Je vous remercie pour votre estime, pour votre affection et surtout pour vos prières.
L’Évangile nous dit que Jésus a eu une attention particulière pour les aveugles. Il en a guéri beaucoup, ainsi que tant d’autres malades. Mais la guérison de la personne privée de la vue a une signification particulièrement symbolique : elle représente le don de la foi. Et c’est un signe qui nous concerne tous, parce que nous avons tous besoin de la lumière de la foi pour marcher sur le chemin de la vie. C’est pourquoi le Baptême, qui est le premier sacrement de la foi, était appelé autrefois également « illumination ».
Je demande au Seigneur de renouveler en chacun de vous le don de la foi, afin que dans votre esprit soit toujours présente la lumière de Dieu, la lumière de l’amour, qui donne un sens à notre vie, l’illumine, nous donne l’espérance, nous rend bons et disponibles envers nos frères.
Je souhaite également tout le bien possible à votre association, l’Union italienne des aveugles et des malvoyants. Diffusez toujours la culture de la rencontre, de la solidarité, de l’accueil envers les porteurs de handicap, non seulement en demandant les justes protections sociales, mais en favorisant leur participation active à la vie de la société.
Je vous confie tous à la protection de la Très Sainte Vierge Marie, notre Mère. Je vous demande de prier pour moi et pour mon service à l’Église, et je vous bénis de tout cœur, ainsi que vos proches.
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS À L'INITIATIVE
"DIX PLACES POUR DIX COMMANDEMENTS"
Samedi 8 juin 2013
Bonsoir à tous !
Je suis heureux de m’unir à vous qui participez, sur les principales places d’Italie, à cette relecture des dix commandements. Un projet appelé « Quand l’amour donne sens à Ta vie... », sur l’art de vivre à travers les dix commandements donnés par Dieu non seulement à Moïse, mais aussi à nous, aux hommes et aux femmes de tous les temps. Merci aux responsables du Renouveau dans l’Esprit Saint — ils savent y faire au Renouveau dans l’Esprit Saint, tous mes compliments ! — qui ont organisé cette initiative louable en collaboration avec le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation et avec la Conférence épiscopale italienne. Merci à tous ceux qui, avec générosité, contribuent à la réalisation de ce projet particulier en l’Année de la foi. Demandons-nous alors: Quel sens ont pour nous ces Dix mots ? Que disent-ils à notre temps agité et confus qui semble vouloir se passer de Dieu ?
Les dix commandements sont un don de Dieu. Le mot « commandement » n’est pas à la mode : à l’homme d’aujourd’hui, il évoque quelque chose de négatif, la volonté de quelqu’un qui impose des limites, qui met des obstacles à la vie ; et malheureusement, l’histoire, même récente, est marquée par des tyrannies, des idéologies, des logiques qui ont imposé et opprimé, qui n’ont pas recherché le bien de l’homme mais le pouvoir, le succès, le profit. Mais les dix commandements viennent d’un Dieu qui nous a créés par amour, d’un Dieu qui a établi une alliance avec l’humanité, un Dieu qui ne veut que le bien de l’homme. Faisons confiance à Dieu ! Faisons-lui confiance ! Les dix commandements nous indiquent une route à suivre, et constituent aussi une sorte de « code éthique » pour la construction de sociétés justes, à mesure d’homme. Combien d’inégalités dans le monde ! Combien de faim de nourriture et de vérité ! Combien de pauvretés morales et matérielles dérivent du refus de Dieu et du fait de mettre à sa place tant d’idoles ! Laissons-nous guider par ces Dix mots qui éclairent et orientent ceux qui recherchent la paix, la justice et la dignité.
Les dix commandements indiquent un chemin de liberté, qui trouve sa plénitude dans la loi de l’Esprit écrite non sur des tables de pierre, mais dans le cœur (cf. 2 Co 3, 3) : c’est là que sont écrits les dix commandements. Il est fondamental de rappeler à quel moment Dieu donne au Peuple d’Israël, par l’intermédiaire de Moïse, les dix commandements. Au bord de la Mer Rouge, le peuple avait fait l’expérience de la grande libération ; il avait touché du doigt la puissance et la fidélité de Dieu, du Dieu qui rend libres. À présent, Dieu lui-même, sur le Mont Sinaï, indique à son peuple et à nous tous le parcours pour rester libres, un parcours qui est gravé dans le cœur de l’homme, comme une Loi morale universelle (cf. Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 1-22). Nous ne devons pas voir les dix commandements comme des limitations à la liberté, non, ce n’est pas cela, mais nous devons les voir comme des indications pour la liberté. Ce ne sont pas des limitations, mais des indications pour la liberté ! Ils nous enseignent à éviter l’esclavage auquel nous réduisent tant d’idoles que nous construisons nous-mêmes — nous en avons fait l’expérience si souvent dans l’histoire et nous en faisons l’expérience aujourd’hui aussi — ; ils nous enseignent à nous ouvrir à une dimension plus vaste que la dimension matérielle, à vivre le respect pour les personnes, en vainquant l’avidité du pouvoir, de la possession, de l’argent, à être honnêtes et sincères dans nos rapports, à garder toute la création et à nourrir notre planète d’idéaux élevés, nobles, spirituels. Suivre les dix commandements signifie être fidèles à nous-mêmes, à notre nature la plus authentique et marcher vers la liberté authentique que le Christ a enseignée dans les Béatitudes (cf. Mt 5, 3-12.17 ; Lc 6, 20-23).
Les dix commandements sont une loi d’amour. Moïse a gravi le mont pour recevoir de Dieu les tables de la Loi. Jésus accomplit le chemin inverse : le Fils de Dieu s’abaisse, descend dans notre humanité pour nous indiquer le sens profond de ces Dix mots : Aime le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et ton prochain comme toi-même (cf. Lc 10, 27). Tel est le sens profond des dix commandements : le commandement de Jésus qui porte en soi tous les commandements, le commandement de l’Amour. C’est pourquoi je dis que les dix commandements sont des commandements d’amour. C’est là qu’est le cœur des dix commandements : l’Amour qui vient de Dieu et donne sens à la vie, l’amour qui nous fait vivre sans être esclaves, mais en vrais fils, l’amour qui anime toutes les relations : avec Dieu, avec nous-mêmes — nous l’oublions souvent — et avec les autres. La vraie liberté n’est pas de suivre notre égoïsme, nos passions aveugles, mais c’est celle d’aimer, de choisir ce qui est bien en toute situation. Les dix commandements ne sont pas un hymne au « non », ils parlent du « oui ». Un « oui » à Dieu, un « oui » à l’Amour, et puisque je dis « oui » à l’Amour, je dis « non » à l’absence d’Amour, mais le « non » est une conséquence de ce « oui » qui vient de Dieu et nous fait aimer.
Redécouvrons et vivons les Dix mots de Dieu ! Disons « oui » à ces « dix voies d’amour » portées à leur perfection par le Christ, pour défendre l’homme et le guider vers la vraie liberté ! Que la Vierge Marie nous accompagne sur ce chemin. Je vous donne de tout cœur ma Bénédiction, à vous, à ceux qui vous sont chers, à vos villes. Merci à tous !
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L'OCCASION DU CONGRÈS EUCHARISTIQUE NATIONAL D'ALLEMAGNE
[COLOGNE, 5-9 JUIN 2013]
À mes vénérés frères, le cardinal Joachim Meisner, Archevêque de Cologne
et Mgr Robert Zollitsch, président de la Conférence épiscopale allemande.
Sous la devise « Seigneur, à qui irons-nous ? » (Jn 6, 68), se rassemblent ces jours-ci les catholiques d’Allemagne, ainsi que les fidèles provenant des pays voisins à l’occasion du Congrès eucharistique international à Cologne. Cet événement s’inscrit dans la longue tradition de vénération de l’Eucharistie présente dans cette ville, l’une des premières à célébrer, à partir du XIIIe siècle, la fête du Corpus Domini avec des processions du Très Saint Sacrement, et siège d’un Congrès eucharistique mondial en 1909. C’est pourquoi j’envoie volontiers de Rome le cardinal Paul Josef Cordes comme mon envoyé spécial pour manifester ma profonde communion spirituelle avec les catholiques allemands, et pour exprimer la communion universelle de l’Église. Que le Père céleste donne à tous les participants d’abondants fruits de grâce découlant de l’adoration du Christ eucharistique.
« Seigneur à qui irons-nous ? ». Avec cette question, devant l’incompréhension de nombreux auditeurs de Jésus, qui voudraient profiter égoïstement de Lui, saint Pierre se fait le porte-parole des disciples fidèles. Les disciples ne s’arrêtent pas à la satisfaction terrestre de ceux qui ont été rassasiés et qui, toutefois, travaillent pour la nourriture qui se perd (cf. Jn 6, 27). Certes, Pierre connaît lui aussi la faim ; pendant longtemps, il n’avait pas trouvé la nourriture qui aurait pu le rassasier. Puis il est entré en relation avec l’homme de Nazareth. Il l’a suivi. À présent, il connaît son Maître, pas seulement par ouï-dire. Dans les rapports quotidiens avec Lui s’est développée une confiance sans réserve. Telle est la foi en Jésus et non sans raison, Pierre s’attend du Seigneur la vie en abondance tant souhaitée (cf. Jn 10, 10).
« Seigneur, à qui irons-nous ? ». Nous aussi, membres de l’Église d’aujourd’hui, nous nous posons cette question. Même si celle-ci est sans doute plus hésitante dans notre bouche que sur les lèvres de Pierre, notre réponse, comme celle de l’Apôtre, ne peut être que la personne de Jésus. Certes, il vécut il y a deux mille ans. Toutefois, nous pouvons le rencontrer à notre époque lorsque nous écoutons sa Parole et que nous sommes proches de Lui, de façon unique, dans l’Eucharistie. Le Concile Vatican II l’appelle « l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré » (Const. Sacrosanctum Concilium, n. 7). Que la Messe ne devienne pas pour nous une routine superficielle ! Puissions-nous puiser toujours plus à sa profondeur ! C’est précisément elle qui nous inscrit dans l’immense œuvre de salut du Christ, qui aiguise notre vue spirituelle pour saisir son amour : sa « prophétie en œuvre » qui au Cénacle, marqua le début de son don de soi sur la Croix ; sa victoire irrévocable sur le péché et sur la mort, que nous annonçons avec fierté et de façon joyeuse. « Il faut apprendre à vivre la Messe », a dit un jour le bienheureux Jean-Paul II dans un séminaire romain, aux jeunes qui l’interrogeaient sur le profond recueillement avec lequel il célébrait (Visite au Collège pontifical germanique hongrois, 18 octobre 1981). « Apprendre à vivre la Messe » ! S’arrêter en adoration devant le Seigneur eucharistie dans le tabernacle et recevoir le Sacrement de la réconciliation nous aide et nous introduit à cela.
« Seigneur, à qui irons-nous ? ». C’est cette question que se posent, enfin, certains contemporains qui — de façon lucide ou en vertu d’une intuition encore obscure — sont à la recherche du Père de Jésus Christ. Le Rédempteur veut aller à leur rencontre à travers nous qui, grâce au Baptême, sommes devenus ses frères et sœurs, et qui, dans l’Eucharistie, avons reçu la force de porter avec Lui sa mission de salut. À travers notre vie et nos paroles, nous devons leur annoncer ce que nous avons reconnu avec Pierre et les apôtres : « Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68). Notre témoignage les enflammera comme nous avons été enflammés par le Christ. Nous tous, évêques, prêtres, diacres, religieux et laïcs, avons le devoir d’apporter Dieu au monde et le monde à Dieu.
Rencontrer le Christ, se confier au Christ, annoncer le Christ — tels sont les piliers de notre foi qui se concentrent toujours à nouveau dans le point central de l’Eucharistie. La célébration du Congrès eucharistique, au cours de cette Année de la foi, annonce avec une joie et une certitude renouvelées : le Seigneur de l’Église vit en elle. Avec mon salut cordial, je vous donne de tout cœur à tous la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 30 mai 2013, solennité du Très Saint Corps et Sang du Christ
Franciscus PP
OSTENSION DU SUAIRE
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
Samedi Saint, 30 mars 2013
Chers frères et sœurs,
Je me place, moi aussi avec vous devant le Saint Suaire, et je remercie le Seigneur qui nous offre cette possibilité avec les moyens d’aujourd’hui.
Même si cela se fait sous cette forme, il ne s’agit pas d’une simple observation, mais d’une vénération, c’est un regard de prière. Je dirais davantage : c’est un se laisser regarder. Ce Visage a les yeux clos, c’est le visage d’un défunt, et pourtant mystérieusement il nous regarde, et dans le silence il nous parle. Comment est-ce possible ? Comment se fait-il que le peuple fidèle, comme vous, veuille s’arrêter devant cette Icône d’un Homme flagellé et crucifié ? Parce que l’Homme du Suaire nous invite à contempler Jésus de Nazareth. Cette image – imprimée dans la toile – parle à notre cœur et nous pousse à gravir le Mont du Calvaire, à regarder le bois de la croix, à nous immerger dans le silence éloquent de l’amour.
Laissons-nous donc rejoindre par ce regard, qui ne cherche pas nos yeux mais notre cœur. Écoutons ce qu’il veut nous dire, dans le silence, en passant au-delà de la mort-même. À travers le Saint Suaire nous parvient la Parole unique et ultime de Dieu : l’Amour fait homme, incarné dans notre histoire ; l’Amour miséricordieux de Dieu qui a pris sur lui tout le mal du monde pour nous libérer de sa domination. Ce Visage défiguré ressemble à tant de visages d’hommes et de femmes blessés par une vie qui ne respecte pas leur dignité, par des guerres et des violences qui frappent les plus faibles… Pourtant le Visage du Suaire communique une grande paix ; ce Corps torturé exprime une souveraine majesté. C’est comme s’il laissait transparaître une énergie contenue mais puissante, c’est comme s’il nous disait : aies confiance, ne perd pas l’espérance ; la force de l’amour de Dieu, la force du Ressuscité vainc tout.
Pour cela, contemplant l’Homme du Suaire, je fais mienne, en ce moment, la prière que saint François d’Assise prononça devant le Crucifié :
Dieu Très-Haut et glorieux,
viens éclairer les ténèbres de mon cœur ;
donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité ;
donne-moi de sentir et de connaître, Seigneur,
afin que je puisse l’accomplir, ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. Amen.
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L’ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY JUSTIN WELBY
À L'OCCASION DE SON INSTALLATION
[21 MARS 2013]
À sa Grâce Justin Welby, Archevêque de Canterbury
« À vous grâce et paix en abondance » (1 P 1, 2b)
Je vous remercie pour les aimables paroles contenues dans le message que vous m’avez adressé lors de mon élection, et je souhaite vous présenter en retour mes salutations et mes meilleurs vœux à l’occasion de votre installation dans la cathédrale de Canterbury.
Le ministère pastoral est un appel à marcher dans la fidélité à l’Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ. Soyez assuré de mes prières tandis que vous assumez vos nouvelles responsabilités, et je vous demande de prier pour moi alors que je réponds au nouvel appel que le Seigneur m’a adressé.
J’attends avec plaisir de vous rencontrer dans un avenir proche et de poursuivre les relations cordiales et fraternelles qu’ont eues nos prédécesseurs.
Du Vatican, le 18 mars 2013
FRANÇOIS
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L'OCCASION DE LA CONFÉRENCE SUR L'IMPACT HUMANITAIRE DES ARMES NUCLÉAIRES
A Son Excellence M. Sebastian Kurz
Ministre fédéral pour l’Europe, l’intégration et les affaires étrangères de la République d’Autriche
Président de la Conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires
Je suis heureux de vous saluer, Monsieur le Président, ainsi que tous les représentants des divers pays, et des organisations internationales et de la société civile, qui participent à la conférence de Vienne sur l’impact humanitaire des armes nucléaires.
Les armes nucléaires sont un problème mondial, qui affecte toutes les nations, et qui ont un impact sur les générations futures, comme sur la planète qui est notre maison. Il faut une éthique globale si nous voulons réduire la menace nucléaire et travailler pour le désarmement nucléaire. Aujourd’hui plus que jamais, l’interdépendance technologique, sociale et politique, exige de toute urgence une éthique de la solidarité (cf. Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, n. 38), qui encourage les peuples à œuvrer ensemble pour un monde plus sûr et pour un avenir qui soit toujours plus enraciné dans les valeurs morales et la responsabilité à l’échelle mondiale.
Les conséquences humanitaires des armes nucléaires sont prévisibles et planétaires. Bien que l’accent soit souvent mis sur le potentiel de l’arme nucléaire pour les destructions de masse, il faut accorder plus d’attention aux «souffrances inutiles» provoquées par leur utilisation. Les codes militaires et le droit international, entre autres, condamnent depuis longtemps les personnes qui infligent des maux superflus et des souffrances inutiles. Si de telles souffrances sont interdites au cours des guerres conventionnelles, elles devraient d’autant plus être interdites dans le cas d’un conflit nucléaire. Certains parmi nous sont victimes de ces armes; ils nous mettent en garde afin de ne pas commettre les mêmes erreurs irréparables, qui ont décimé les populations et la création. J’adresse mes salutations chaleureuses aux Hibakushas, ainsi qu’aux autres victimes des essais d’armes nucléaires qui sont présents à cette rencontre. Je les encourage tous à être des voix prophétiques, appelant la famille humaine à une appréciation plus profonde de la beauté, de l’amour, de la coopération et de la fraternité, tout en rappelant au monde les risques des armes nucléaires qui ont le potentiel de nous détruire, ainsi que la civilisation.
La dissuasion nucléaire et la menace de destruction réciproque assurée ne peuvent pas être la base d’une éthique de la fraternité et de la coexistence pacifique entre les peuples et les Etats. Les jeunes d’aujourd’hui et de demain ont droit à beaucoup plus. Ils ont droit à un ordre mondial pacifique fondé sur l’unité de la famille humaine, fondé sur le respect, la coopération, la solidarité et la compassion. Il est temps de combattre la logique de la peur par l’éthique de la responsabilité, afin de favoriser un climat de confiance et de dialogue sincère.
Les dépenses consacrées aux armes nucléaires dilapident la richesse des nations. Donner la priorité à ces dépenses est une erreur et un gaspillage des ressources, qui seraient beaucoup mieux investies dans les domaines du développement humain intégral, de l’éducation, de la santé et de la lutte contre l’extrême pauvreté. Lorsque ces ressources sont gaspillées, les pauvres et les faibles qui vivent en marge de la société en paient le prix.
Le désir de paix, de sécurité et de stabilité est l’une des aspirations les plus profondes du cœur humain, étant enracinée dans le Créateur qui fait de tous les peuples des membres de l’unique famille humaine. Ce désir ne peut jamais être satisfait par les seuls moyens militaires, et encore moins par la possession d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive. La paix «ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses; elle ne provient pas non plus d’une domination despotique» (Gaudium et spes, n. 78). La paix doit être construite sur la justice, le développement socio-économique, la liberté, le respect des droits humains fondamentaux, la participation de tous dans les affaires publiques et la construction de la confiance entre les peuples. Le Pape Paul VI a résumé tout cela dans son encyclique Populorum Progressio: «Le développement est le nouveau nom de la paix» (n. 76). Il nous incombe d’adopter des mesures concrètes qui favorisent la paix et la sécurité, en restant toutefois toujours conscients des limites des approches à court terme des problèmes de sécurité nationale et internationale. Nous devons être profondément engagés à renforcer la confiance mutuelle, car seule la confiance peut permettre d’établir la paix véritable et durable entre les nations (cf. Jean XXIII, Pacem in terris, n. 113).
Dans le cadre de cette conférence, je tiens à encourager un dialogue sincère et ouvert entre les parties internes à chaque Etat possédant des armes nucléaires, entre les différents Etats possédant des armes nucléaires, et entre les Etats nucléaires et les Etats non-nucléaires. Ce dialogue doit être inclusif, impliquant les organisations internationales, les communautés religieuses et la société civile, et orienté vers le bien commun et non vers la protection d’intérêts particuliers. «Un monde sans armes nucléaires» est un objectif partagé par toutes les nations et dont les dirigeants du monde se font les porte-paroles. C’est aussi l’aspiration de millions d’hommes et de femmes. L’avenir et la survie de la famille humaine reposent sur le dépassement de cet objectif en s’assurant qu’il devienne une réalité.
Je suis convaincu que le désir de paix et de fraternité, profondément enraciné dans le cœur humain, portera ses fruits de manière concrète pour assurer que les armes nucléaires soient interdites une fois pour toutes, au bénéfice de notre maison commune. La sécurité de notre avenir dépend de l’assurance de la sécurité pacifique des autres, car si la paix, la sécurité et la stabilité ne sont pas établies à l’échelle mondiale, elles ne sont d’aucun bénéfice. Individuellement et collectivement, nous sommes responsables du bien-être présent et futur de nos frères et sœurs. J’espère vivement que cette responsabilité façonnera nos efforts en faveur du désarmement nucléaire, car un monde sans armes nucléaires est vraiment possible.
Du Vatican, le 7 décembre 2014
François pp.