MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
AUX CHRÉTIENS DE MOSUL RÉFUGIÉS À ERBIL
Samedi 6 décembre 2014
Chers frères et sœurs,
Je voudrais vous saluer tous et chacun de vous, avec le cardinal Philippe Barbarin, qui vous apporte à nouveau la préoccupation et l’amour de toute l’Église. Moi aussi, je voudrais être là, mais puisque je ne peux pas voyager, je le fais ainsi... mais je suis très proche de vous en ce moment d’épreuve. J’ai dit, lors du retour de mon voyage en Turquie: les chrétiens sont chassés de Moyen-Orient, dans la souffrance. Je vous remercie du témoignage que vous donnez ; il y a tant de souffrance dans votre témoignage. Merci ! Merci beaucoup !
Il semble que là-bas on ne veut pas qu’il y ait des chrétiens, mais vous apportez le témoignage du Christ.
Je pense aux plaies, aux souffrances des mamans avec leurs enfants, des personnes âgées et des personnes déplacées, aux blessures de ceux qui sont victimes de toutes formes de violence.
Comme je l’ai rappelé à Ankara, une préoccupation particulière est due au fait que, notamment à cause d’un groupe extrémiste et fondamentaliste, des communautés entières, surtout — mais pas seulement — les chrétiens et les yézidis, ont enduré, et endurent encore à présent, des violences inhumaines à cause de leur identité ethnique et religieuse. Des chrétiens et des yézidis ont été chassés par la force de leurs maisons, ils ont dû tout abandonner pour sauver leur propre vie et ne pas renier leur foi. La violence a aussi frappé des édifices sacrés, des monuments, des symboles religieux et les patrimoines culturels, comme pour vouloir effacer toute trace, toute mémoire de l’autre.
En qualité de responsables religieux, nous avons l’obligation de dénoncer toutes les violations de la dignité et des droits humains !
Aujourd’hui, je voudrais m’approcher de vous qui supportez cette souffrance, être proche... Et je pense à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, qui disait qu’elle se sentait avec l’Église comme un roseau : quand vient le vent, le roseau ploie, mais il ne se rompt pas ! En ce moment, vous êtes ce roseau, vous ployez avec douleur, mais vous avez cette force de porter de l’avant votre foi, qui pour nous est témoignage. Vous êtes les roseaux de Dieu aujourd’hui ! Les roseaux qui ploient avec ce vent féroce, mais qui ensuite se redresseront !
Je veux vous remercier une nouvelle fois. Je prie l’Esprit qui fait toutes les choses nouvelles, de donner à chacun de vous la force et la résistance. C’est un don de l’Esprit Saint. Et en même temps, je demande avec force, comme je l’ai déjà fait en Turquie, une plus grande convergence internationale en vue de résoudre les conflits qui ensanglantent votre terre d’origine, de s’opposer aux autres causes qui poussent les personnes à quitter leur patrie et de promouvoir les conditions pour qu’elles puissent rester ou revenir. Je souhaite que vous reveniez, que vous puissiez revenir.
Chers frères et sœurs, vous êtes dans mon cœur, dans ma prière et dans les cœurs et dans les prières de toutes les communautés chrétiennes à qui je demanderai de prier, de manière spéciale pour vous, le 8 décembre, de prier la Vierge afin qu’elle vous protège: Elle est une Mère, qui vous protège.
Frères et sœurs, votre résistance est martyre, rosée qui féconde. S’il vous plaît, je vous demande de prier pour moi, que le Seigneur vous bénisse, que la Vierge vous protège.
Que Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, vous bénisse.
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L'OCCASION DE LA DEUXIÈME CONFÉRENCE INTERNATIONALE DU GROUPE SAINTE-MARTHE
[LONDRES, 5-6 DÉCEMBRE 2014]
Au Cardinal Vincent Nichols
Archevêque de Westminster et président de la Conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles.
Je vous salue, ainsi que tous les délégués réunis à l’occasion de cette conférence pour discuter des efforts constants dans la lutte contre le trafic d’êtres humains. Je suis profondément reconnaissant à toutes les personnes présentes pour leur détermination à combattre ce mal et pour leur engagement à poursuivre le travail commencé au cours de la conférence qui s’est tenue au Vatican en avril cette année. Vos efforts en vue de promouvoir le dialogue permanent sur les solutions juridiques au trafic d’êtres humains et sur l’assistance fondamentale à ceux qui subissent cet esclavage sont particulièrement importants étant donné la nature cachée de ce crime. Nous ne devons jamais oublier, et nous ne pouvons ignorer, la souffrance de tant d’hommes, de femmes et d’enfants, dont la dignité humaine est violée à travers cette exploitation. Je remercie le secrétaire d’État pour les affaires intérieures du gouvernement britannique, le chef de la police métropolitaine, ainsi que la Conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles pour avoir organisé cet événement, ainsi que les délégués, qui manifestent à nouveau leur engagement à travers leur participation à cette initiative. En vous assurant que l’Église demeure ferme dans son engagement en vue de combattre le trafic d’êtres humains et de prendre soin des victimes de ce fléau, j’offre la promesse de mes prières afin que Dieu tout-puissant puisse bénir et guider vos efforts.
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA RENCONTRE D'OUVERTURE DE LA IIIe ÉDITION
DU FESTIVAL DE LA FAMILLE À RIVA DEL GARDA
Chers frères et sœurs,
à l’occasion du Festival de la famille, en programme à Riva del Garda, sur le thème «L’écosystème vie et travail. Travail de la femme et natalité, bien-être et croissance économique», je désire saluer et exprimer mon appréciation aux organisateurs, aux intervenants et à tous les participants pour l’engagement en faveur de la famille. Comme citoyens, comme chrétiens, comme familles et associations familiales, provenant de professions et de milieux différents, ces jours-ci, vous mettez en commun des expériences, des préoccupations et des projets. Je vous souhaite une rencontre fructueuse!
Le thème affronté, qui reprend et complète une série de réflexions que vous avez déjà entamées sur d’autres aspects dans les éditions passées, est très important. Vous vous proposez d’offrir des points de réflexion et des pistes d’action afin que la famille soit toujours plus protagoniste dans le contexte social, culturel et politique du pays. En effet, vous êtes bien conscients de la position irremplaçable et fondamentale que la famille occupe, tant dans la société civile que dans la communauté ecclésiale. L’avenir de l’humanité passe par la famille, et il faut donc lui permettre de jouer le rôle qui lui revient. Mais il n’est pas suffisant de répéter l’importance de la famille et d’affirmer ses droits: il faut considérer concrètement comment peuvent s’articuler les devoirs de la famille et ceux de la société, en particulier en ce qui concerne les relations entre vie professionnelle et vie familiale.
La famille a une mission qui lui est propre, au service de ses membres, de son développement, de la vie; elle a des droits et elle a donc besoin de soutiens et de garanties pour pouvoir les exercer. D’autre part, la famille a également des devoirs envers la société, c’est-à-dire qu’elle doit offrir sa collaboration au service de la communauté. Cela est un domaine privilégié dans lequel pratiquer de façon harmonieuse la solidarité et la subsidiarité, c’est-à-dire une synergie entre public et privé, entre entreprises et familles. C’est précisément en raison de l’engagement et de la responsabilité qu’exigent le fait de mettre au monde et d’éduquer des enfants que les familles ont besoin d’une aide appropriée de la part des organismes publics et des entreprises, dans une optique de collaboration réciproque. L’évolution démographique préoccupante exige de la part de tous les sujets intéressés une extraordinaire et courageuse stratégie en faveur des familles. De là peut partir également une relance économique pour le pays. Et dans cette perspective doit être reconsidéré et résolu également le drame du chômage, surtout des jeunes. Le manque de travail avilit la personne, qui se sent inutile à ses yeux mêmes, et appauvrit la société, qui est privée de la contribution de forces efficaces et pleines de bonne volonté.
Je pense à l’élaboration des politiques familiales, à tout ce qui concerne le statut juridique et social des familles en général et l’aide qui doit être offerte à celles qui sont défavorisées sur le plan matériel et moral. En particulier, il faut porter une attention à l’emploi des femmes. De nombreuses femmes ressentent le besoin d’être mieux reconnues dans leurs droits, dans la valeur des charges qu’elles accomplissent habituellement dans les divers secteurs de la vie sociale et professionnelle, dans leurs aspirations au sein de la famille et de la société. Certaines d’entre elles sont fatiguées et presque écrasées par le nombre d’engagements et de devoirs, et ne trouvent pas suffisamment de compréhension et d’aide. Il faut faire en sorte que la femme ne soit pas, à cause d’exigences économiques, contrainte à un travail trop dur et à un horaire trop lourd, qui s’ajoutent à toutes ses responsabilités de maîtresse de maison et d’éducatrice de ses enfants. Mais surtout, il faut considérer que les engagements de la femme, à tous les niveaux de la vie familiale, constituent également une contribution incomparable à la vie et à l’avenir de la société.
Chers amis, je souhaite que le Festival de la famille apporte les fruits espérés, tandis que j’assure de mon souvenir dans la prière, je donne avec plaisir la Bénédiction apostolique, pour soutenir toute proposition et projet de bien en faveur de l’institution familiale, qui a toujours été et qui demeure la cellule vitale de la société.
Du Vatican, le 2 décembre 2014
François
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR L'OUVERTURE DE L'ANNÉE DE LA VIE CONSACRÉE
Dimanche 30 novembre 2014
Chères sœurs et chers frères consacrés,
C’est avec une grande joie que je m’adresse à vous en une circonstance aussi significative que cette célébration eucharistique du début de l’année de la vie consacrée. J’aurais beaucoup aimé être personnellement présent parmi vous, comme je vous l’avais déjà assuré, mais la volonté de Dieu en a disposé autrement.
En convoquant cette année de la vie consacrée, à cinquante ans de la promulgation du Décret conciliaire Perfectae caritatis sur le renouveau de la vie religieuse, j’ai tout d’abord voulu reproposer à toute l’Église la beauté et le caractère précieux de cette forme de sequela Christi, représentée par vous tous, qui avez décidé de quitter chaque chose pour imiter le Christ de plus près au moyen de la profession des conseils évangéliques. À travers une multiplicité d’initiatives qui seront mises en œuvre pendant les prochains mois, ici à Rome comme dans chaque partie du monde, votre témoignage lumineux de vie sera comme une lampe posée sur le candélabre pour apporter la lumière et la chaleur à tout le peuple de Dieu. Je renouvelle donc à vous qui êtes ici présents l’invitation pressante que j’ai adressée il y a un an aux supérieurs généraux : réveillez le monde, illuminez-le par votre témoignage prophétique et à contre-courant !
Comment pourrez-vous mettre en œuvre cette invitation, pas seulement pendant l’année qui vous est consacrée, mais toujours ? Je vous indique trois mots programmatiques.
En étant joyeux ! Montrez à tous que suivre le Christ et mettre en pratique son Évangile remplit votre cœur de joie ! Contaminez ceux qui vous approchent par cette joie, et de nombreuses personnes vous en demanderont alors la raison et ressentiront le désir de partager avec vous votre aventure évangélique splendide et enthousiasmante.
En étant courageux ! Celui qui se sent aimé par le Seigneur sait qu’il place en Lui sa pleine confiance. C’est ce qu’ont fait vos fondateurs et vos fondatrices, en ouvrant des voies nouvelles de service au Royaume. Avec la force de l’Esprit Saint qui vous accompagne, allez sur les routes du monde et montrez la puissance innovatrice de l’Évangile qui, s’il est mis en pratique, opère également aujourd’hui des merveilles et peut donner une réponse à toutes les interrogations de l’homme.
En étant des hommes et des femmes de communion ! Bien enracinés dans la communion pastorale avec Dieu, que vous avez choisi comme le porro unum (cf. Lc 10, 42) de votre existence, soyez d’inlassables constructeurs de fraternité, tout d’abord en pratiquant entre vous la loi évangélique de l’amour réciproque, et ensuite avec tous, en particulier les plus pauvres. Montrez que la fraternité universelle n’est pas une utopie, mais le rêve même de Jésus pour l’humanité tout entière.
Chères femmes consacrées et chers hommes consacrés, merci d’être venus ici aujourd’hui pour marquer solennellement le début de l’année de la vie consacrée. Je remercie également le cardinal João Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, qui préside en mon nom l’Eucharistie. De même que je veux exprimer ma gratitude à Mgr José Carballo et à tous les membres du dicastère, qui avec générosité travaillent pour la bonne réussite des événements prévus au cours de cette année.
Alors que je confie à la Vierge Marie, la fille bien-aimée du père, revêtue par l’Esprit Saint de tous les dons de grâce et votre modèle suprême, l’année de la vie consacrée qui commence aujourd’hui, je vous accompagne par ma prière et je donne volontiers, à vous qui êtes ici présents, ma Bénédiction apostolique.
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA VEILLÉE DE PRIÈRE À SAINTE-MARIE-MAJEURE
À L'OCCASION DE L'OUVERTURE DE L'ANNÉE DE LA VIE CONSACRÉE
Samedi 29 novembre 2014
Chers frères et sœurs,
Même si je suis loin physiquement en raison de mon service à l’Église universelle, je me sens profondément uni à tous les hommes et les femmes consacrées au début de cette année que j’ai voulu dédier à la vie consacrée.
Je salue avec affection tous les membres de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, ainsi que tous ceux qui sont présents dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, sous le regard tendre de la Bienheureuse Vierge Salus Populi Romani, pour cette veillée de prière. Avec vous, je salue également tous les hommes et les femmes consacrés qui vivent et œuvrent dans le monde.
En cette occasion, mes premières paroles expriment ma gratitude au Seigneur pour le don précieux de la vie consacrée à l’Église et au monde. Que cette année de la vie consacrée soit une occasion afin que tous les membres du peuple de Dieu rendent grâce au Seigneur, dont provient tout bien, pour le don de la vie consacrée, en la valorisant de façon appropriée. À vous, chers frères et sœurs consacrés, va également ma gratitude pour ce que vous êtes et ce que vous faites dans l’Église et dans le monde: que cela soit un « temps fort » pour célébrer avec toute l’Église le don de votre vocation et pour raviver votre mission prophétique.
Je vous répète aujourd’hui également ce que je vous ai dit d’autres fois : « Réveillez le monde ! Réveillez le monde ! ». Comment ?
Placez le Christ au centre de votre existence. Une norme fondamentale de votre vie étant de « suivre le Christ selon l’enseignement de l’Évangile » (Perfectae caritatis, n. 2), la vie consacrée consiste essentiellement dans l’adhésion personnelle à Lui. Chères personnes consacrées, cherchez constamment le Christ, cherchez son Visage, qu’Il occupe le centre de votre vie afin d’être transformés en « mémoire vivante du mode d’existence et d’action de Jésus comme Verbe incarné par rapport à son Père et à ses frères » (Vita consecrata, n. 22). Comme l’apôtre Paul, laissez-vous conquérir par Lui, ayez ses sentiments et sa forme de vie (cf. ibid., n. 18) ; laissez-vous toucher par sa main, conduire par sa voix, soutenir par sa grâce (cf. ibid., n. 40).
Ce n’est pas facile, laissez-vous toucher par sa main, conduire par sa voix, soutenir par sa grâce.
Et avec le Christ, partez toujours de l’Évangile ! Assumez-le comme forme de vie et traduisez-le en gestes quotidiens marqués par la simplicité et la cohérence, en surmontant ainsi la tentation de le transformer en une idéologie. L’Évangile maintiendra « jeune » votre vie et votre mission, et les rendra actuelles et attrayantes. Que l’Évangile soit le terrain solide sur lequel avancer avec courage. Pour vous qui êtes appelés à être des « exégèses vivantes » de l’Évangile, que celui-ci soit, chères personnes consacrées, le fondement et la référence ultime de votre vie et mission.
Sortez de votre nid pour aller vers les périphéries de l’homme et de la femme d’aujourd’hui ! Pour cela, laissez le Christ aller à votre rencontre. La rencontre avec Lui vous poussera à la rencontre avec les autres et vous conduira vers les plus nécessiteux, les plus pauvres. Arrivez aux périphéries qui attendent la lumière de l’Évangile (cf. Evangelii gaudium, n. 20). Habitez les frontières. Cela exigera de vous une vigilance pour découvrir les nouveautés de l’Esprit ; une lucidité pour reconnaître la complexité des nouvelles frontières; un discernement pour identifier les limites et la manière adéquate de procéder; une immersion dans la réalité, en « touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple » (ibid., n. 24).
Chers frères et sœurs : face à vous se présentent de nombreux défis, mais ceux-ci sont faits pour être relevés. « Soyons réalistes, mais sans perdre la joie, l’audace et le dévouement plein d’espérance ! Ne nous laissons pas voler la force missionnaire ! » (ibid., n. 109).
Que Marie, femme en contemplation du mystère de Dieu dans le monde et dans l’histoire, femme prête à se hâter pour aider les autres (cf. Lc 1, 39), et pour cela modèle de tout disciple et missionnaire, nous accompagne en cette année de la vie consacrée que nous déposons sous son regard maternel.
À vous tous, participants à la Veillée de prière à Sainte-Marie-Majeure et à tous les hommes et les femmes consacrés, je donne de tout cœur ma Bénédiction, et je vous demande s’il vous plaît de prier pour moi.
Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge vous protège.
MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L'OCCASION DE LA 20e CONFÉRENCE DES ÉTATS PARTIES
À LA CONVENTION CADRE DES NATIONS UNIES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
[LIMA, 1er-12 DÉCEMBRE 2014]
A S.E. M. Manuel Pulga Vidal
Ministre de l’environnement de la République du Pérou
et président de la vingtième Conférence des parties à la Convention cadre
des Nations unies sur les changements climatiques à Lima
Excellence!
Au cours des douze premiers jours de décembre, la ville de Lima et le peuple du Pérou auront l’honneur d’accueillir la vingtième Conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, dont le programme se propose de vérifier le progrès de l’application de cet instrument juridique, dont le contenu est crucial pour le moment historique actuel.
Avec mon salut à vous, Monsieur le président, et à tous les organisateurs et participants à cette Conférence, je désire faire parvenir l’expression de ma proximité et de mon encouragement, afin que les travaux de ces prochains jours aient lieu dans un esprit ouvert et généreux. Ce dont vous discuterez aura un impact sur toute l’humanité, en particulier sur les plus pauvres et les générations futures. Plus encore, il s’agit d’une grave responsabilité éthique et morale.
Il est significatif que la Conférence ait lieu sur les côtes bordées par le courant maritime de Humboldt, qui unit de façon symbolique les peuples d’Amérique, d’Océanie et d’Asie et qui joue un rôle déterminant dans le climat de toute la planète. Les conséquences des changements climatiques, qui se ressentent déjà de façon dramatique dans de nombreux Etats, surtout les Etats insulaires du Pacifique, nous rappellent la gravité de la négligence et de l’inaction. Le temps pour trouver des solutions mondiales touche à sa fin. Nous ne pourrons trouver des solutions adaptées que si nous agissons ensemble et de façon concertée. Il existe donc un impératif à agir clair, définitif et inéluctable.
La lutte efficace contre le réchauffement climatique ne sera possible qu’à travers une réponse collective responsable, qui dépasse les intérêts et les comportements particuliers et qui se développe libre de pressions politiques et économiques. Une réponse collective qui soit également capable de surmonter la méfiance et de promouvoir la culture de la solidarité, de la rencontre et du dialogue; capable de montrer la responsabilité de protéger la planète et la famille humaine.
Je souhaite de tout cœur qu’au cours de la Conférence de Lima, ainsi que dans les rencontres successives, qui seront décisives pour les négociations sur le climat, soit instauré un dialogue empreint par cette culture et par les valeurs qui l’alimentent: justice, respect et équité.
Avec ce message, Monsieur le président et messieurs les participants à la Conférence, je forme mes meilleurs vœux afin que vos réflexions et initiatives portent des fruits et soient au service de tous les hommes. Tandis que je prie pour vos décisions, afin qu’elles soient bénies de fruits abondants, j’invoque sur vous et sur tous les participants à cette rencontre significative la Bénédiction du Tout-puissant que je vous demande d’apporter à tous les citoyens des pays que vous représentez.
Monsieur le président, je vous transmets mes salutations les plus sincères et cordiales.
Du Vatican, le 27 novembre 2014
François
MESSAGE-VIDÉO DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA IVe ÉDITION DU FESTIVAL DE LA DOCTRINE SOCIALE DE L'ÉGLISE
(Vérone, 20-23 novembre 2014)
Très chers amis,
J’adresse un salut cordial à vous tous qui participez à la quatrième édition du Festival de la doctrine sociale de l’Église, qui cette année a pour thème : « Au-delà des lieux, à l’intérieur du temps ». Ce titre me suggère plusieurs réflexions.
La première concerne le fait d’aller au-delà. La situation de crise sociale et économique dans laquelle nous nous trouvons peut nous effrayer, nous désorienter ou nous faire penser que la situation est tellement lourde au point de conclure que nous ne pouvons rien y faire. La grande tentation est de s’arrêter pour panser ses propres blessures et trouver en cela une excuse pour ne pas entendre le cri des pauvres et la souffrance de celui qui a perdu la dignité de porter du pain chez lui car il a perdu son travail. Et ceux qui cherchent seulement à soigner leur propres blessures finissent par changer leur attitude. C’est le piège. Le risque est que l’indifférence nous rende aveugles, sourds et muets, présents uniquement à nous-mêmes, avec un miroir devant nous, ce qui a pour effet que tout se déroule d’une manière qui nous est étrangère. Des hommes et des femmes fermés sur eux-mêmes. Il y avait une personne qui était ainsi, qui s’appelait Narcisse... Il ne faut pas prendre cette voie.
Nous sommes appelés à aller au-delà et à répondre aux besoins réels. Il est urgent d’abandonner les lieux communs, qui sont considérés sûrs et garantis, pour libérer les nombreuses énergies cachées ou inconnues qui sont présentes et œuvrent de manière très concrète. L’éthique chrétienne n’est pas une douane face à la pluralité d’expressions à travers lesquelles se manifestent le bien et l’attention à l’égard du prochain. Aller au-delà signifie élargir et non rétrécir, créer des espaces et non se limiter à leur contrôle. Il serait très beau que les multiples ruisseaux du bien aillent créer un grand fleuve dont l’eau réussit à vaincre la sécheresse et apporte une nouvelle fécondité, en faisant resplendir et rendre belle et aimable notre vie et notre temps. Aller au-delà signifie libérer le bien et jouir de ses fruits.
Pour aller au-delà, il est nécessaire de prendre l’initiative. Je sais que le Festival a laissé une large place à l’économie, aux entrepreneurs, aux entreprises et à la coopération. Aujourd’hui, également dans le domaine économique il est urgent de prendre l’initiative, car le système tend à tout homologuer et l’argent règne en maître. Le système conduit à cette mondialisation qui n’est pas bonne et qui homologue tout. Et qui est le maître de cette homologation ? C’est l’argent. Prendre l’initiative dans ces milieux signifie avoir le courage de ne pas se laisser emprisonner par l’argent et par les résultats à court terme, en devenant ses esclaves. Une manière nouvelle de voir les choses est nécessaire ! Je vous cite un exemple. Aujourd’hui on dit qu’il n’est pas possible de faire de nombreuses choses parce que l’argent manque. Mais pourtant, il y a toujours de l’argent pour faire certaines choses et il en manque pour en faire d’autres. Par exemple, on trouve de l’argent pour acheter des armes, pour faire des guerres, pour des opérations financières sans scrupules. On ne parle généralement pas de cela. On souligne beaucoup l’argent qui manque pour créer du travail, pour investir en connaissances, dans les compétences, pour projeter une nouvelle sécurité sociale, pour sauvegarder l’environnement. Le véritable problème n’est pas l’argent, mais les personnes. Nous ne pouvons pas demander à l’argent ce que seules les personnes peuvent faire ou créer. L’argent tout seul ne crée pas le développement, pour créer le développement il y a besoin de personnes qui ont le courage de prendre l’initiative.
Prendre l’initiative signifie développer une entreprise capable d’innovation pas seulement technologique. Il est nécessaire de renouveler également les relations de travail en expérimentant de nouvelles formes de participation et de responsabilité des travailleurs, en inventant de nouvelles formules d’entrée dans le monde du travail, en créant un rapport solidaire entre entreprise et territoire. Prendre l’initiative signifie dépasser l’assistantialisme. Vivre intensément notre époque conduit à parier sur un avenir différent et sur une manière différente de résoudre les problèmes. Ici aussi je voudrais vous présenter un exemple. On m’a parlé d’un père dont le fils est affecté du syndrome de Down. Pour cet enfant son père a tout fait et il a bénéficié des services des institutions publiques qui sont mis à disposition pour l’instruction, la santé, la vie sociale. Mais il ne s’en est pas contenté. Pour son fils il voulait inventer quelques chose qui puisse lui donner plus de dignité et d’autonomie. Il a créé une coopérative constituée par des enfants affectés du syndrome de Down, il a prévu un travail adapté à eux, il a passé une convention avec un entreprise « profit » pour la vente de leurs produits... En somme, il a créé les bases de travail sur lesquelles son fils peut construire son avenir et une saine autonomie. C’est un exemple du fait d’aller au-delà. S’arrêter signifie demander encore et toujours à l’État ou à une institution d’assistance, agir signifie créer de nouveaux processus. C’est là qu’est le secret, créer de nouveaux processus et non demander que l’on donne de nouveaux espaces. Ces nouveaux processus ne sont pas le résultat d’interventions techniques, ils sont le résultat d’un amour qui, sollicité par les situations, n’est pas satisfait tant qu’il n’invente pas quelque chose et devient une réponse.
Prendre l’initiative signifie aussi considérer l’amour comme la véritable force de changement. Aimer son propre travail, être présents dans les difficultés, se sentir engagés et répondre de manière responsable signifie activer cet amour que chacun de nous possède dans son cœur, car l’Esprit nous l’a donné. Prendre l’initiative est la réponse à ce plus qui est typique de l’amour. Si nous sommes dans notre temps avec ce plus, ce plus de l’amour, nous lancerons certainement quelque chose de nouveau qui favorisera la croissance du bien. Avec cette vision de la réalité, il devient presque naturel de promouvoir et de développer les talents. Favoriser l’expression et la croissance des talents est ce que nous sommes appelés à faire et pour cela il est nécessaire d’ouvrir des espaces. Il ne s’agit pas de contrôler des espaces, mais d’en ouvrir. Il s’agit de faire circuler les capacités, l’intelligence, les compétences dont les personnes ont été dotées. Libérer les talents est le début du changement. Cette action permet de dépasser les envies, les jalousies, les rivalités, les oppositions, les fermetures, ces fermetures préconçues, et ouvre à une joie, à la joie de la nouveauté. Bien évidemment, en parlant de talents on sous-entend que le discours concerne en particulier les jeunes. Si nous voulons aller au-delà, nous devons investir sur eux avec décision et leur accorder une grande confiance. Mais je me demande: quel est le pourcentage des jeunes, des chômeurs sans travail. Cela signifie aller au-delà ou bien repartir en arrière ?
Pour changer il faut aller de l’avant ensemble et dans la même direction. Quelqu’un pourrait se demander : « Aller au-delà, prendre des initiatives, libérer des espaces, s’activer, cela ne sera-t-il pas une source de confusion ? Nous trouvons la réponse dans l’idée de temps que nous transmet la Bible. Le temps est grâce et plénitude. Aller au-delà des lieux n’est pas le résultat d’un hasard individuel, mais du partage d’un objectif. L’histoire est un parcours vers l’accomplissement. Si nous agissons en tant que peuple, si nous allons de l’avant ensemble, notre existence soulignera cette signification et cette plénitude. Je conclus en envoyant un salut de tout cœur à chacun. Je profite de l’occasion pour remercier l’évêque de Vérone qui accueille cette belle initiative, et j’exprime mon remerciement sincère au père Vincenzi pour avoir organisé également cette année le Festival de la doctrine sociale, et je souhaite poursuivre cet engagement de former une nouvelle conscience sociale. Et je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi. Je vous bénis de tout cœur.