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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L'OCCASION DE LA XIX
e SÉANCE PUBLIQUE
DES ACADÉMIES PONTIFICALES

 
A mon vénéré frère
Monsieur le cardinal Gianfranco Ravasi
Président du Conseil pontifical de la culture
et du Conseil de coordination entre académies pontificales
J’adresse mes salutations cordiales à tous ceux qui prendront part à la XIXe séance publique des Académies pontificales, consacrée au thème «Marie icône de l’infinie beauté de Dieu. La Marialis cultuset le magistère mariologico-marial du bienheureux Paul VI». Cette rencontre, préparée par l’Académie pontificale mariale internationale, rappelle l’inoubliable figure de mon vénéré prédécesseur, le bienheureux Paul VI, et son grand amour pour la Vierge Marie, exprimé si souvent au cours de son pontificat ainsi que dans de nombreux documents.
En effet, après avoir suivi attentivement le parcours de la formulation du chapitre VIII de la constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen gentium, qui ancrait les réflexions conciliaires à la Vierge, contemplée “in mysterio Christi et Ecclesiae”, il voulut consacrer à la Mère de Dieu, et au culte qui lui est adressée également en tant que Mater Ecclesiae, deux lettres encycliques, Mense Maio et Christi Matri. De même, sont consacrées à Marie trois de ses exhortations apostoliques: Signum Magnum, Recurrens Mensis October et enfin Marialis Cultus, un document que vous avez très opportunément choisi de rappeler à quarante ans de sa publication.
Par ailleurs, à la veille du cinquantième anniversaire de la clôture du Concile œcuménique Vatican II, fixée par Paul VI, ce qui ne fut pas un hasard, en la solennité de l’Immaculée Conception de Marie (8 décembre 1965), il est vraiment beau que vous vouliez faire entendre sa voix en proposant le film de l’homélie où il confiait à Marie le destin de l’Eglise qui s’était profondément renouvelée lors de l’assise conciliaire. En cette occasion solennelle et historique, le bienheureux Paul VI voulut indiquer Marie à toute l’Eglise comme «la Mère de Dieu et notre Mère spirituelle». Et il ajoutait: «N’est-ce pas en fixant notre regard sur cette humble Femme, notre sœur et en même temps notre Mère et Reine céleste, miroir limpide et sacré de l’infinie Beauté, que peut s’achever notre ascension conciliaire spirituelle et ce salut final? et que peut commencer notre travail post-conciliaire? Cette beauté de Marie Immaculée ne devient-elle pas pour nous un modèle inspirateur? Un espoir réconfortant?». Le Pape lui-même, dix ans plus tard, le 16 mai 1975, en intervenant au Congrès mariologique-marial organisé à Rome par l’Académie pontificale mariale internationale à l’occasion de l’Année Sainte, voulut se faire le promoteur, tant dans le domaine de la recherche mariologique que dans la piété populaire, de la via pulchritudinis, l’itinéraire de recherche qui part de la découverte et de l’admiration dévote de la beauté de Marie, saisie comme le reflet de l’infinie beauté de Dieu lui-même.
Dans les moments cruciaux et difficiles pour l’Eglise et pour l’humanité, Paul VI s’adresse toujours à Marie, en exhortant le peuple de Dieu à demander son intercession et sa protection. Il invoque d’elle en particulier le don de la paix. Ainsi résonnent d’une actualité toute spéciale les paroles vibrantes de la lettre encyclique Mense Maio: «Vers Marie s’élèvent donc nos suppliques, pour implorer avec une ferveur renforcée et avec confiance ses grâces et ses faveurs... Elle qui a connu les peines et les tribulations d’ici-bas, la difficulté du travail quotidien, les malaises et les restrictions de la pauvreté, les douleurs du Calvaire, puisse-t-elle venir au secours des nécessités de l’Eglise et du monde; écouter avec bienveillance les invocations de paix qui s’élèvent vers elle de partout à travers le monde; éclairer qui soutient le destin des peuples; obtenir que Dieu, qui domine les vents et les tempêtes, calme aussi les tempêtes des cœurs humains en conflit et qu’elle nous donne la paix pour notre temps, la paix véritable, celle fondée sur les bases solides et durables de la justice et de l’amour» (n. 11 ).
Au lendemain du synode des évêques sur la nouvelle évangélisation, dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, j’ai moi aussi confié le chemin de l’Eglise à l’intercession maternelle et attentive de Marie, en rappelant à tous les croyants qu’«il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Eglise. Car, chaque fois que nous regardons Marie, nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants... Cette dynamique de justice et de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres, est ce qui fait d’elle un modèle ecclésial pour l’évangélisation» (n. 288).
Par conséquent, ne nous lassons pas d’apprendre de Marie, d’admirer et de contempler sa beauté, de nous laisser guider par Elle qui nous conduit toujours à la source originelle et à la plénitude de l’authentique, de l’infinie beauté, celle de Dieu, qui nous a été révélée en Christ, Fils du Père et Fils de Marie.
En voulant encourager et soutenir tous ceux qui s’engagent à offrir une contribution sérieuse et valable à la recherche mariologique, et en particulier à celle qui parcourt et approfondit la via pulchritudinis, je suis heureux de remettre le Prix des Académies pontificales à l’Associazione Mariologica Interdisciplinare Italiana, surtout pour la publication depuis désormais vingt ans, de la revue Theotokos. En tant que signe d’encouragement pour l’œuvre précieuse menée avec passion au niveau pastoral, je remets ensuite la médaille du pontificat au Centro mariano de difusion cultural, des Serviteurs de Marie, œuvrant au Mexique.
Enfin, je souhaite aux Académies et à toutes les personnes présentes un engagement fructueux dans leurs domaines de recherche respectifs, et je confie chacun à la protection maternelle de la Vierge Marie, la Tota pulchra, tandis que je donne de tout cœur une Bénédiction apostolique particulière.
Du Vatican, 20 novembre 2014
François
 
 


MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS, SIGNÉ DU CARDINAL SECRÉTAIRE D'ÉTAT,
À MONSEIGNEUR GEORGES PONTIER, ARCHEVÊQUE DE MARSEILLE
ET PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE FRANCE

 
Alors que se tient à Lourdes l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, Sa Sainteté le Pape François tient à vous manifester sa proximité spirituelle, demandant au Seigneur, par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes, que vos travaux puissent contribuer à maintenir vive l’ardeur missionnaire de vos diocésains pour l’annonce de la joie de l’Évangile dans votre pays. Cette assemblée se déroule dans un contexte particulier, puisqu’elle sera suivie du rassemblement des séminaristes de France et de l’assemblée générale des religieux et religieuses de France. Le Saint-Père souhaite vivement que ces événements, prélude à l’ouverture de l’Année de la Vie consacrée, soient une source de réconfort et d’espérance pour vous, pasteurs de l’Église, mais aussi pour l’ensemble du peuple de Dieu. Les différents thèmes que vous avez retenus pour cette session témoignent de votre souci d’édifier une Église « aux portes grandes ouvertes », où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile. L’Esprit du Seigneur nous pousse à ouvrir des chemins nouveaux pour que la Parole de Vie puisse être offerte à tous. Le Saint-Père vous encourage sur cette route, difficile et pourtant si exaltante, puisqu’il s’agit de communiquer aux autres l’amour que nous avons reçu. Il vous invite plus particulièrement à poursuivre les efforts généreux que vous déployez pour manifester votre communion fraternelle et celle de vos Églises diocésaines avec les chrétiens du Moyen-Orient si éprouvés ainsi qu’avec les peuples qui souffrent dans diverses régions du monde.
Confiant tous les évêques de France, ainsi que leurs collaborateurs et leurs diocésains à l’intercession de Notre-Dame de Lourdes et de sainte Bernadette, le Pape François leur adresse de tout cœur la Bénédiction apostolique.
En vous transmettant avec joie ce message du Saint-Père, je vous assure de ma prière fraternelle pour le bon déroulement de vos travaux.
Du Vatican, le 30 octobre 2014
Pietro Cardinal Parolin



MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AUX SÉMINARISTES FRANÇAIS À L'OCCASION DE LEUR RASSEMBLEMENT
DANS LE SANCTUAIRE MARIAL DE LOURDES
[8-10 NOVEMBRE 2014]

 
Chers amis séminaristes,
Je salue cordialement chacun de vous, ainsi que vos formateurs et vos Evêques que vous avez rejoints alors qu’ils ont achevé les travaux de l’Assemblée plénière de la Conférence Episcopale. Je me réjouis beaucoup de vous savoir tous réunis autour de Marie, la mère du Seigneur, en ce sanctuaire de Lourdes, tellement aimé à travers le monde.
En pensant à votre rassemblement en ce haut lieu marial, il me vient immédiatement à l’esprit et au cœur ce que la Parole de Dieu dit des disciples après que le Seigneur ressuscité leur ait demandé d’attendre l’Esprit Saint : « Ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement (…). Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères (Ac 1, 13-14).
En contemplant cet évènement, je voudrais que vous reteniez trois mots essentiels pour votre vie de séminaristes : fraternité, prière, mission.
Le livre des Actes nous dit que les disciples n’avaient qu’un seul cœur. Votre rassemblement en est une manifestation. Le temps du séminaire correspond à cette expérience fondatrice que les Apôtres ont faite pendant de longs mois, lorsque Jésus les institua « pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3,14). La fraternité des disciples, celle qui exprime l’unité des cœurs, fait partie intégrante de l’appel que vous avez reçu. Le ministère presbytéral ne peut en aucun cas être individuel, encore moins individualiste.
Au séminaire, vous vivez ensemble pour apprendre à vous connaître, à vous apprécier, à vous soutenir, parfois aussi à vous supporter, afin de vivre ensemble la mission et de donner ce témoignage de l’amour, grâce auquel on reconnaît les disciples de Jésus. Il est important de faire ce choix personnel et définitif d’un vrai don de vous-mêmes à Dieu et aux autres. Je vous invite donc à accepter cet apprentissage de la fraternité en y mettant toute votre ardeur ; vous grandirez dans la charité et vous construirez l’unité en prenant les initiatives que l’Esprit Saint vous inspire. Vous pourrez ainsi inventer les moyens les plus adéquats pour vivre en vérité la fraternité sacerdotale quand vous serez ordonnés. Fraternité, c’est le premier mot.
Prière. Ensemble, les disciples sont en prière avec Marie, dans l’attente de l’Esprit Saint. Vous avez été appelés par Jésus qui veut vous faire participer à son sacerdoce pour la vie du monde. A la base de votre formation, se trouve la Parole de Dieu, qui vous pénètre, vous nourrit, vous illumine. En priant avec elle, tout ce que vous apprenez prend vie dans la prière.
C’est pourquoi je vous exhorte à prendre chaque jour de longs moments de prière, vous rappelant comment Jésus lui-même se retirait dans le silence ou la solitude pour se plonger dans le mystère de son Père. Vous aussi, c’est dans la prière que vous retrouvez la présence aimante du Seigneur et que vous vous laissez transformer par lui, sans avoir peur des sécheresses qu’elle comporte, de la nuit qui la constitue habituellement. Moïse lui aussi entrait dans l’obscurité de la nuée pour parler avec Dieu dans l’humilité, comme un ami parle avec son ami.
Que votre prière soit un appel à l’Esprit, c’est lui qui construit l’Eglise, qui conduit les disciples et infuse la charité pastorale. C’est dans la puissance de l’Esprit que vous rejoindrez ceux à qui vous serez envoyés, dans la conscience qu’ils attendent de vous que vous soyez des témoins de Jésus, des « hommes de Dieu », pour que vous les conduisiez au Père.
J’en arrive ainsi à ma troisième parole : mission. De par votre baptême, vous êtes faits pour l’annonce de l’Evangile. Avec l’ordination presbytérale, vous recevez la charge de la proclamation de la Parole, sous la responsabilité de vos évêques. En vous préparant à cette mission vous vous rappellerez que c’est le dernier commandement du Seigneur : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 19-20). Tout ce que vous faites pendant votre formation n’a qu’un but : devenir d’humbles disciples-missionnaires pour faire des disciples.
Je vous encourage à apprendre à connaître le monde auquel vous serez envoyés, et à inscrire en vous le réflexe de la sortie de vous-mêmes, de la rencontre de l’autre. La préférence pour les personnes les plus éloignées est une réponse à l’invitation du Ressuscité qui vous précède et vous attend dans la Galilée des Nations. En allant aux périphéries, on touche aussi le centre.
La mission est inséparable de la prière car la prière vous ouvre à l’Esprit et l’Esprit vous guide dans la mission. Et la mission, dont l’âme est la charité, consiste à conduire ceux que vous rencontrez à percevoir la tendresse dont le Seigneur les enveloppe, à recevoir le baptême, à louer Dieu, à vivre de l’Eucharistie, pour participer à leur tour à la mission de l’Eglise.
Marie a accompagné Jésus dans sa mission. Elle était présente à la Pentecôte quand les disciples ont reçu l’Esprit Saint. Maternellement elle a accompagné les premiers pas de l’Eglise. Pendant ces jours à Lourdes, confiez-vous à elle, remettez votre appel entre ses mains, demandez-lui de faire de vous des pasteurs selon le cœur de Dieu. Qu’elle vous affermisse sur ces trois points essentiels que j’ai abordés : fraternité, prière, mission.
Je vous donne de tout cœur la Bénédiction apostolique et je vous demande de prier pour moi. Merci.
Du Vatican, le 24 octobre 2014.
Franciscus
  



MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS NATIONAL DE
LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE ITALIENNE
[24-26 OCTOBRE 2014, SALERNE]
 
Chers jeunes !
Je vous salue cordialement à l’occasion du congrès national organisé par la Conférence épiscopale italienne à Salerne sur le thème : « Dans la précarité, l’espérance ». L’objectif de cette journée de réflexion est d’offrir des perspectives d’espérance, spécialement aux jeunes générations, à une époque pleine d’incertitudes, d’égarements et de grands changements.
Lors des visites effectuées en Italie, ainsi que dans mes rencontres avec les personnes, j’ai pu toucher du doigt la situation de tant de jeunes sans travail, au chômage ou précaires. Mais cela n’est pas seulement un problème économique, c’est un problème de dignité. Là où il n’y a pas de travail, il n’y a pas de dignité, l’expérience de la dignité qui consiste à ramener du pain à la maison ! Malheureusement, les jeunes sans travail sont très nombreux en Italie.
Travailler veut dire pouvoir faire des projets d’avenir, décider de fonder une famille ! Vraiment on a l’impression que l’époque où nous vivons représente « la passion des jeunes ». La « culture du rebut » est forte : tout ce qui ne sert pas au profit est mis au rebut. On met au rebut les jeunes, parce qu’ils sont sans travail. Mais ainsi c’est l’avenir d’un peuple qu’on met au rebut, parce que les jeunes représentent l’avenir d’un peuple. Nous devons dire « non » à cette « culture du rebut ».
Cela, c’est la « précarité ». Mais il y a un autre mot: espérance. Dans la précarité, l’espérance. Comment faire pour ne pas se faire voler l’espérance dans les « sables mouvants » de la précarité ? Avec la force de l’Évangile. L’Évangile est source d’espérance parce qu’il vient de Dieu, parce qu’il vient de Jésus Christ qui s’est fait solidaire de toutes nos précarités.
Vous êtes des jeunes qui appartenez à l’Église, c’est pour cela que vous avez le don et la responsabilité de mettre la force de l’Évangile dans ce contexte social et culturel.
Et que fait l’Évangile ? L’Évangile génère l’attention à l’autre, la culture de la rencontre, la solidarité. Ainsi, avec la force de l’Évangile, vous serez les témoins de l’espérance dans la précarité.
Que le Seigneur bénisse les travaux de ce congrès. Je vous demande de prier pour moi ! Moi aussi je prie pour vous !
Du Vatican le 26 octobre 2014
 



MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À L'ÉVÊQUE D'AVILA (ESPAGNE) À L'OCCASION DE L'OUVERTURE
DE L'ANNÉE JUBILAIRE THÉRÉSIENNE
 
Du Vatican, le 15 octobre 2014
A Mgr Jesús García Burillo
évêque d’Avila
Cher frère,
Le 28 mars 1515 naquit à Avila une enfant qui, avec le temps, serait connue sous le nom de sainte Thérèse de Jésus. A l’approche du cinquième centenaire de sa naissance, je tourne le regard vers cette ville pour rendre grâce à Dieu pour le don de cette grande femme et encourager les fidèles du bien-aimé diocèse d’Avila et tous les Espagnols à connaître l’histoire de cette éminente fondatrice, ainsi qu’à lire ses livres qui, avec ses filles dans les nombreux couvents des Carmes présents dans le monde, continuent de nous dire qui et que fut Mère Thérèse et ce qu’elle peut nous enseigner, à nous, hommes et femmes d’aujourd’hui.
A l’école de la sainte marcheuse, nous apprenons à être pèlerins. L’image du chemin peut parfaitement synthétiser la leçon de sa vie et de son œuvre. Thérèse conçut la vie comme un chemin de perfection le long duquel Dieu conduit l’homme, de demeure en demeure, jusqu’à Lui et, dans le même temps, le met en chemin vers les hommes. Sur quels chemins veut nous conduire le Seigneur, en suivant les traces de sainte Thérèse qui nous tient par la main? Je voudrais en rappeler quatre qui me font beaucoup de bien: ceux de la joie, de la prière, de la fraternité et du temps.
Thérèse de Jésus invite ses religieuses à «marcher avec joie» en servant (Chemin 18, 5). La véritable sainteté est joie, parce qu’«un saint triste est un triste saint». Les saints, avant d’être des héros courageux, sont le fruit de la grâce de Dieu aux hommes. Chaque saint nous montre un trait du visage multiforme de Dieu. En sainte Thérèse, nous contemplons le Dieu qui, étant «Majesté souveraine, Sagesse éternelle» (Poésie, 2), se révèle proche de nous et un compagnon et éprouve de la joie à converser avec les hommes: Dieu se réjouit avec nous. Et, sentant son amour, naissait chez la sainte une joie contagieuse qu’elle ne pouvait dissimuler et qu’elle transmettait autour d’elle. Cette joie est un chemin qu’il faut parcourir toute la vie. Elle n’est pas instantanée, superficielle, tumultueuse. Il faut la chercher «dès les débuts» (Vie 13, 1). Elle exprime la joie intérieure de l’âme, elle est humble et «modeste» (cf. Fondations 12, 1). Elle ne s’atteint pas avec le raccourci facile qui évite la renonciation, la souffrance ou la croix, mais se trouve en subissant les tourments et les douleurs (cf. Vie 6, 2; 30, 8), en regardant le Crucifié et en cherchant le Ressuscité (cf. Chemin 26, 4). C’est pourquoi la joie de sainte Thérèse n’est ni égoïste, ni auto-référentielle Comme celle du ciel, elle consiste à «se réjouir de la joie de tous» (Chemin 30, 5), en se mettant au service des autres avec un amour désintéressé. Comme elle le dit à l’un de ses monastères en difficulté, la sainte nous dit également aujourd’hui à nous, surtout aux jeunes: «Ne cessez jamais de marcher avec joie!» (Lettre 284, 4). L’Evangile n’est pas un sac de plomb que l’on traîne lourdement, mais une source de joie qui remplit le cœur de Dieu et le pousse à servir ses frères!
La sainte parcourut également le chemin de la prière, qu’elle définit d’une belle façon comme «commerce d’amitié, où l’âme s’entretient seul à seul avec Celui dont elle sait qu’elle est aimée» (Vie 8, 5). Lorsque les temps sont «difficiles», «les amis du Seigneur doivent être forts pour soutenir les faibles» (Vie 15, 5). Prier n’est pas une façon de fuir, ni de se mettre dans une bulle, ni de s’isoler, mais d’avancer dans une amitié qui, au fur et à mesure qu’elle croît, nous fait entrer en contact avec le Seigneur, «véritable ami» et «fidèle compagnon» de route, avec lequel «tout peut se supporter», parce que toujours «Il nous aide et nous donne du cœur, jamais il ne nous manque» (Vie 22, 6). Pour prier «l’essentiel n’est pas de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup» (Quatrièmes demeures 1, 7), de tourner le regard vers celui qui ne cesse de nous regarder avec amour et de nous supporter avec patience (cf. Chemin 26, 3-4). Dieu peut conduire les âmes à lui à travers de nombreuses routes, mais la prière est le «chemin sûr» (Chemin 21, 5). Le quitter signifie se perdre (cf. Vie 19, 6). Ces conseils de la sainte sont d’une actualité éternelle. Allez de l’avant, donc, sur le chemin de la prière, avec détermination, sans vous arrêter, jusqu’au bout! Cela vaut en particulier pour tous les membres de la vie consacrée. Dans une culture du provisoire, vivez la fidélité du «toujours, toujours, toujours» (Vie 1, 4); dans un monde sans espérance, manifestez toujours la fécondité d’un «cœur amoureux» (Poésie 5). Et dans une société avec tant d’idoles, soyez des témoins que «seul Dieu suffit» (Poésie, 9).
Ce chemin, nous ne pouvons pas le parcourir seuls, mais ensemble. Pour la sainte réformatrice, le sentier de la prière passe par la voie de la fraternité au sein de l’Eglise mère. Ce fut sa réponse providentielle née de l’inspiration divine et de son intuition féminine, aux problèmes de l’Eglise et de la société de son temps: fonder de petites communautés de femmes qui, à l’imitation du «collège apostolique», suivent le Christ en vivant de façon simple l’Evangile et en soutenant toute l’Eglise par une vie faite prière. C’est pour cela «sœurs» qu’elle nous a «réunies ici» (Chemin 8, 1) et ce fut la promesse: «lui, Jésus Christ, serait au milieu de nous» (Vie 32, 11). Quelle belle définition de la fraternité de l’Eglise: marcher ensemble avec le Christ comme des frères! A cette fin, Thérèse de Jésus ne nous recommande pas de nombreuses choses, mais seulement trois: s’aimer beaucoup les uns les autres, se détacher de tout et une véritable humilité, qui «bien que je la cite en dernier, est le principal et embrasse toutes les vertus» (Chemin 4, 4). Comme je voudrais, en ces temps, des communautés chrétiennes plus fraternelles où l’on suive ce chemin: procéder dans la vérité de l’humilité qui nous libère de nous-mêmes pour aimer davantage et mieux les autres, surtout les plus pauvres! Il n’y a rien de plus beau que de vivre et mourir en tant que fils de cette Eglise mère!
Précisément parce qu’elle est une mère aux portes ouvertes, l’Eglise est toujours en chemin vers les hommes pour leur apporter cette «eau vive» (cf. Jn 4, 10) qui irrigue le jardin de leur cœur assoiffé. La sainte écrivaine et maîtresse de prière fut dans le même temps fondatrice et missionnaire sur les routes de l’Espagne. Son expérience mystique ne la sépara pas du monde ni des préoccupations des gens. Au contraire, elle lui donna un nouvel élan et courage pour son action et les devoirs quotidiens, parce que «le Seigneur se trouve» même «au milieu des marmites» (Fondations 5, 8). Elle vécut les difficultés de son temps — si difficile — sans céder à la tentation de la plainte amère, mais plutôt en les acceptant dans la foi comme une opportunité pour faire un pas en avant sur le chemin. Parce que «à Dieu, tous les temps sont bons pour accorder ses grâces à quiconque le sert sincèrement» (Fondations 4, 5). Aujourd’hui, Thérèse nous dit: prie davantage pour bien comprendre ce qui arrive autour de toi et ainsi mieux agir. La prière vainc le pessimisme et engendre les bonnes initiatives (Septièmes demeures 4, 6). Tel est le réalisme de sainte Thérèse, qui exige des œuvres plutôt que des émotions et de l’amour plutôt que des rêves; le réalisme de l’amour humble face à un ascétisme poussif! Parfois, la sainte termine ses lettres plaisantes en disant: «Nous sommes en marche» (Lettre 469, 7.9), comme expression de l’urgence de continuer jusqu’au bout la tâche commencée. Lorsque le monde se consume, on ne peut pas perdre de temps dans des affaires de peu d’importance. Si seulement tous pouvaient être contaminés par cette sainte hâte d’aller parcourir les chemins de notre temps, avec l’Evangile dans la main et l’Esprit dans le cœur!
«Il est temps de marcher!» (Anne de saint Bartholomée, Últimas acciones de la vida de santa Teresa). Ces paroles de sainte Thérèse d’Avila, prononcées peu avant sa mort, représentent la synthèse de sa vie et deviennent pour nous, en particulier pour la famille du Carmel, pour ses concitoyens et pour tous les Espagnols, un héritage précieux à conserver et à enrichir.
Cher frère, avec mon salut cordial, je dis à tous: il est temps de marcher, en avançant sur les routes de la joie, de la prière, de la fraternité, du temps vécu comme grâce! Parcourons les chemins de la vie avec sainte Thérèse qui nous tient par la main. Ses pas nous conduisent toujours à Jésus.
Je vous demande, s’il vous plaît, de prier pour moi, parce que j’en ai besoin. Que Jésus vous bénisse et que la Vierge Marie prenne soin de vous!
Fraternellement,
François
  
  



MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
À LA FÉDÉRATION UNIVERSITAIRE CATHOLIQUE ITALIENNE
  
Chers jeunes de la FUCI!
J’ai appris avec plaisir que votre Fédération s’apprête à célébrer un Congrès national extraordinaire à Arezzo pour redécouvrir la figure prophétique de mon vénéré prédécesseur, le Pape Paul VI, qui fut votre Assistant central de 1925 à 1933, et que j’aurai la joie de proclamer bienheureux le 19 octobre 2014. En adressant aux participants et à tous les membres mon salut affectueux, je désire vous assurer de ma proximité spirituelle et accompagner les travaux que vous accomplissez à travers trois mots qui peuvent vous aider dans votre engagement.
1. Le premier mot que je vous confie est studium. L’essentiel de la vie universitaire réside dans l’étude, dans les efforts et la patience de la pensée qui révèle une aspiration de l’homme vers la vérité, le bien, la beauté. Soyez conscients de recevoir dans l’étude une opportunité féconde de reconnaître et de donner voix aux désirs les plus profonds conservés dans votre cœur, la possibilité de les faire mûrir.
Etudier signifie suivre une vocation précise. C’est pour cela que la vie universitaire est un dynamisme orienté, caractérisé par la recherche et le partage fraternel. Profitez de ce temps propice et étudiez profondément et avec constance, toujours ouverts aux autres. Ne vous contentez pas de vérités partielles ou d’illusions rassurantes, mais accueillez dans l’étude une compréhension toujours plus pleine de la réalité. Pour cela sont nécessaires une écoute humble et un regard clairvoyant. Etudier ne signifie pas s’approprier de la réalité pour la manipuler, mais la laisser nous parler et nous révéler quelque chose, très souvent également sur nous-mêmes; et la réalité ne se laisse pas comprendre sans une disponibilité à affiner la perspective, à la regarder avec des yeux nouveaux. Etudiez donc avec courage et avec espérance. Ce n’est que de cette façon que l’université pourra devenir un lieu de discernement précis et attentif, un observatoire sur le monde et sur les questions qui interrogent plus profondément l’homme. La persévérance dans le travail et la fidélité aux choses peuvent porter de nombreux fruits. L’étude est la garde de la sentinelle. Tel est le véritable saut de qualité qui a lieu dans l’université, qui fait mûrir en nous une personnalité unifiée et nous rend adultes dans la vie intellectuelle comme dans la vie spirituelle. L’étude devient un extraordinaire travail intérieur et surtout, une expérience de grâce: «prier comme si tout dépendait de Dieu, agir comme si tout dépendait de nous», disait saint Ignace de Loyola. Nous devons faire de notre mieux et nous faire accueillants, réceptifs à une vérité qui n’est pas la nôtre, qui nous est toujours donnée de façon gratuite.
2. Le deuxième mot que je veux vous confier est recherche. Que la méthode de votre étude soit la recherche, le dialogue et la confrontation. Que la FUCI expérimente toujours l’humilité de la recherche, l’attitude d’accueil silencieux de l’étranger, de l’inconnu, de l’autre, et démontre son ouverture et sa disponibilité à marcher avec tous ceux qui sont poussés par une recherche anxieuse de la Vérité, croyants et non croyants, étrangers et exclus. La recherche s’interroge continuellement, devient rencontre avec le mystère et s’ouvre à la foi: la recherche rend possible la rencontre entre foi, raison et science, permet un dialogue harmonieux entre elles, un échange fécond qui, dans la conscience et l’acceptation des limites de la compréhension humaine, permet une recherche scientifique conduite dans la liberté de la conscience. A travers cette méthode de recherche, il est possible d’atteindre un objectif ambitieux: réduire la fracture entre Evangile et contemporanéité à travers le style de la médiation culturelle, une médiation itinérante qui, sans nier les différences culturelles, et même en les valorisant, se place comme horizon de capacité de projets positifs. Que la recherche vous enseigne à être capables de projeter et d’investir, même si cela exige des efforts et de la patience. C’est dans le temps que se récoltent les fruits de ce que l’on sème avec la recherche!
Ce devoir est confié aujourd’hui en particulier aux jeunes étudiants universitaires, parce qu’ils sont appelés à un défi culturel: la culture de notre temps a soif de l’annonce de l’Evangile, a besoin d’être réanimée par des témoignages forts et solides. Face aux risques de la superficialité, de la hâte, du relativisme, on peut oublier l’engagement de pensée et de formation, d’esprit critique et de présence qui a été confié à l’homme, uniquement à l’homme, et qui est inscrit dans sa dignité de personne. Rappelez-vous les paroles du Pape Montini: «C’est l’idée qui guide l’homme, qui engendre la force de l’homme. Un homme sans idée est un homme sans personnalité». Sachez aborder le primat de la réalité avec la force des idées que vous aurez recherchées. Relever ce défi avec la créativité des jeunes et l’application gratuite et libre de l’étude universitaire, telle est votre tâche!
3. Le troisième mot est frontière. L’université est une frontière qui vous attend, une périphérie dans laquelle accueillir et soigner les pauvretés existentielles de l’homme. La pauvreté dans les relations, dans la croissance humaine, tendent à remplir les têtes sans créer de projet commun de société, une fin commune, une fraternité sincère. Ayez toujours soin de rencontrer l’autre, de sentir l’«odeur» des jeunes d’aujourd’hui, en allant jusqu’à être imprégnés de leurs joies et espérances, de leurs tristesses et angoisses. N’élevez jamais de barrières qui, en voulant défendre la frontière, empêchent la rencontre avec le Seigneur. Dans l’étude et dans les formes de communication numérique, vos amis font parfois l’expérience de la solitude, du manque d’espérance et de confiance dans leurs capacités: apportez l’espérance et ouvrez toujours votre travail aux autres, ouvrez-vous toujours au partage, au dialogue. Dans la culture, en particulier aujourd’hui, nous avons besoin de nous placer aux côtés de tous. Vous ne pourrez surmonter l’opposition entre les peuples que si vous réussissez à nourrir une culture de la rencontre et de la fraternité. Je vous exhorte à continuer d’apporter l’Evangile dans l’université et la culture dans l’Eglise!
C’est à vous, jeunes, qu’est confiée en particulier cette tâche: ayez toujours le regard tourné vers l’avenir. Soyez un terrain fertile en chemin avec l’humanité, soyez un renouveau dans la culture, dans la société et dans l’Eglise. Il faut du courage, de l’humilité et de l’attention pour donner une expression au renouveau. Je vous confie au bienheureux Paul VI qui, dans la communion des saints, encourage votre chemin et, tandis que je vous demande de prier pour moi, je vous bénis de tout cœur, ainsi que vos assistants, vos familles et vos amis.
Du Vatican, le 14 octobre 2014



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