MESSAGE DU PAPE PAUL VI
POUR LA XIIème JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES
"L'usager et les communications sociales: attentes, droits et devoirs"
Vénérables Frères et très chers Fils,
La Journée mondiale des communications sociales constitue un rendez-vous annuel important. Elle est consacrée, comme vous le savez bien, à une réflexion approfondie au sujet de la fonction et de l'usage des instruments qui servent aux communications sociales, et que les Pères du Concile n'ont pas hésité à définir "admirables". En effet, qui peut évaluer l'influence que ces moyens modernes sont en mesure d'exercer sur l'opinion publique? Ils en orientent les jugements et en conditionnent les choix grâce à leur profond impact et leur large diffusion, à des techniques toujours plus perfectionnées, à des temps d'usage toujours plus longs.
Ce n'est donc pas étonnant que l'Eglise suive avec un intérêt croissant les développements d'un phénomène culturel d'une aussi vaste portée et ne cesse d'attirer l'attention, avec une sollicitude maternelle, de ceux qui en sont protagonistes ou qui ont conscience de leurs responsabilités en ce domaine. Cette même préoccupation pastorale Nous a poussé à choisir comme thème du présent Message l'examen des attentes, des droits et des devoirs de ceux qu'on désigne comme les "usagers", c'est-à-dire des destinataires des communications sociales. Nous les considérons naturellement du point de vue qui Nous est propre : c'est-à-dire de celui du personnalisme chrétien, qui retrouve en chaque créature humaine une image vivante de Dieu (cf. Ge 1, 26) porteuse, par dessein providentiel, d'une destinée éternelle.
La première attente des "usagers" qui mérite d'être soulignée et mise en valeur, est l'aspiration à l'échange réciproque (cf. Encyclique Ecclesiam Suam AAS 56, 1964, p. 659). L'espace que les journaux et les émissions de radio et télévision réservent aux échanges avec leurs propres lecteurs, auditeurs et spectateurs ne correspond qu'en partie à ce désir légitime, car il s'agit toujours de cas isolés, alors que tous les "usagers" ressentent le besoin de pouvoir exprimer — d'une manière ou l'autre — leur propre opinion et d'offrir leur contribution d'idées et de propositions personnelles. Assurer cet échange, le favoriser et l'orienter vers des problèmes importants, permettrait aux "communicateurs" d'établir un contact continu et stimulant avec la société, et porter les "usagers" eux-mêmes à un niveau de correspondance active.
La seconde exigence est celle de la vérité: il s'agit ici d'un droit fondamental de la personne, fondé sur la nature humaine et intimement liée au droit de participation que l'évolution d'aujourd'hui tend à assurer à chacun des membres de la société. Cette aspiration concerne par ailleurs de manière directe les moyens d'information, dont les destinataires ont le droit d'attendre la rapidité, l'honnêteté, la recherche d'objectivité, le respect de la hiérarchie des valeurs et, s'il s'agit de spectacles, la présentation d'une image véridique de l'homme tant comme individu que comme partie d'un contexte social déterminé.
On ne peut pas non plus sous-estimer l'aspiration de l'homme moderne aux loisirs et à la détente en vue de la récupération de ses forces et de son équilibre psychique, mis à rude épreuve par les conditions souvent énervantes que la vie et le travail imposent aujourd'hui. Ce désir légitime ouvre des perspectives spirituelles, où la problématique religieuse et morale revêt une importance particulière. Les chrétiens savent que cette problématique, sous l'impulsion de l'Esprit, conduit l'homme à la plénitude de sa propre suprême destinée.
Afin de donner satisfaction à ces aspirations, la collaboration active de la part de l'usager" est nécessaire. Celui-ci doit assumer un rôle actif dans le processus de formation à la communication. Il ne s'agit pas de créer des groupes de pression, durcissant encore plus les affrontements et les tensions de notre époque, mais d'empêcher que, au lieu d'une "table ronde de la société" où tous aient un juste accès selon la propre préparation et l'importance des sujets dont ils s'occupent, la place ne soit occupée exclusivement par des groupes non représentatifs qui pourraient faire un usage unilatéral, intéressé et restrictif des instruments à leur portée. Il est à souhaiter, au contraire, qu'entre "communicateurs" et "usagers", des rapports authentiques s'instaurent, c'est-à-dire que se réalise entre eux un véritable 'colloque' (cf. Instruction Pastorale Communion et Progrès, AAS 63, 1971, n. 81, p. 623).
Cela signifie que vous devez vous-mêmes, chers lecteurs, auditeurs et spectateurs, apprendre le langage des moyens de communication sociale, même si cela est difficile, afin d'être capables de devenir des interlocuteurs valables. Il faut que vous puissiez bien choisir votre journal, les livres, les films, les programmes de radio et de télévision, conscients que de votre choix — tout comme d'un bulletin de vote — dépendra l'encouragement et le soutien, également économique, ou bien le refus d'un type déterminé de communication (cf. ib., n. 82, p. 624). Il faut d'autre part tenir compte de la grande complexité de la réalité des communications modernes, où en raison de leur nature — et parfois par volonté explicite d'instrumentalisation — le vrai peut être mêlé au faux, le bien au mal. Il n'y a en effet aucune vérité, aucune chose sacrée, aucun principe moral, qui ne puisse être, directement ou indirectement, mis en question ou contesté au sein de l'ample échange des communications sociales. Vous devez donc faire preuve d'une capacité éveillée de discernement et confrontant les messages reçus aux authentiques valeurs morales et religieuses, en évaluant et en accueillant les éléments positifs, et en excluant par contre ceux qui sont négatifs.
Une triple capacité doit donc être acquise aujourd'hui par chaque usager désireux de pouvoir devenir citoyen adulte et responsable: la capacité de comprendre le langage des mass média, de choisir avec discernement et d'être capable de porter un bon jugement. Cette capacité détermine le dialogue avec le "communicateur". Ce dialogue doit, ensuite, trouver les formes appropriées, correctes et respectueuses, bien que franches et fermes, pour intervenir selon que le demandent les circonstances.
Nous n'ignorons pas les difficultés que chaque "usager", à commencer par le chrétien, rencontre pour s'assurer les capacités nécessaires à l'exercice de ses droits et devoirs, en conformité avec ses propres aspirations, dans la situation concrète du monde contemporain. Mais, s'il est vrai que l'avenir de la famille humaine dépendra, en grande partie, de l'usage qu'elle sera capable de faire de ses moyens modernes de communication, il est nécessaire de réserver à la formation des "usagers" une attention prioritaire tant au niveau du ministère pastoral, que, plus généralement, au niveau de toute éducation.
Une première éducation doit s'accomplir, en ce domaine, à l'intérieur de la famille. Comprendre, savoir choisir et porter un jugement droit sur les moyens de communication sociale fait aujourd'hui partie intégrante de la formation à la vie. Il appartient aux parents d'aider leurs enfants à faire leurs choix, à formuler leurs jugements avec maturité, à dialoguer avec les "communicateurs".
Cette formation doit se poursuivre à l'école. Le Concile Oecuménique Vatican II en fait une obligation explicite aux écoles catholiques de tous les degrés (cf. Décr. Inter Mirifica, n. 16), ainsi qu'aux associations d'inspiration chrétienne de caractère éducatif, spécifiant en particulier : "pour atteindre plus efficacement un tel but, que soient insérés dans la catéchèse l'exposé et l'explication de la doctrine et de la discipline catholique en cette matière" (ibid.). Les éducateurs ne doivent pas oublier que leur activité pédagogique s'accomplit dans un contexte où de nombreux spectacles et émissions, touchant à la foi et aux principes moraux, atteignent quotidiennement leurs élèves, qui ont donc besoin de leurs continuelles explications ou rectifications par rapport aux choses lues, vues et entendues.
Les communautés locales de croyants, enfin, doivent aider leurs propres membres dans le choix, la compréhension, et le discernement. Nous faisons appel à la presse catholique, aux autres moyens à la disposition des diocèses, des paroisses et des Familles religieuses, afin qu'ils donnent le plus grand espace possible à l'information sur les programmes des communications sociales, qu'ils recommandent ou déconseillent en y apportant les motivations opportunes de façon à consentir aux fidèles de s'orienter, en pleine conformité à la doctrine et à la morale évangélique. Les chrétiens et en particulier les jeunes doivent clairement se rendre compte que leur sainteté de vie, l'intégrité de leur foi, la richesse de leur culture, et, par conséquent, la contribution qu'ils donneront au développement général de la société, dépendent des choix qu'ils feront.
L'Eglise peut et doit les informer et les aider, mais ne peut pas se substituer à leurs décisions personnelles et cohérentes.
Comme on le voit tout de suite, la tâche est complexe et extrêmement exigeante. Seule la collaboration généreuse de tous pourra obtenir non seulement que les moyens de communication sociale abandonnent les attitudes et expressions — qui se vérifient malheureusement parfois — qui s'inspirent de la violence, de l'érotisme, de la vulgarité, de l'égoisme et d'intérêts particuliers injustifiés, mais que la communication sociale soit capable d'offrir une information ample, rapide et véridique, et, en ce qui concerne les spectacles, des loisirs sains, au plan culturel et spirituel, contribuant ainsi de manière efficace à cet humanisme plénier qui tient extrêmement à cœur à l'Eglise "(Encyclique Populorum Progressio AAS 59, 1967, n. 42, p. 278, et n. 14, p. 264).
Désirant encourager l'effort de tous ceux qui se consacrent à cette tâche particulière, Nous invoquons sur eux-même et sur tous ceux qui participeront à la célébration de la 12ème Journée mondiale des communications sociales, l'abondance des dons de l'Esprit et Nous leur donnons de tout cœur la bienveillante bénédiction apostolique.
Donné au Vatican le 23 avril 1978, quinzième de notre Pontificat.
PAULUS PP. VI
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MESSAGE DU DU PAPE PAUL VI
POUR LA IX JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES
"Communication sociale et réconciliation "
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Chers Fils de l'Eglise,
et vous tous, hommes de bonne volonté,
c'est l'Année Sainte qui fournit le thème de notre Message pour la Journée mondiale des Communications sociales: la réconciliation. Oui, la presse, la radio, la télévision et le cinéma doivent servir la réconciliation entre les hommes sur la terre, servir la pleine réconciliation des chrétiens dans une unité toujours plus visible et plus solide, servir la réconciliation et l'élévation vers Dieu. Cette Journée annuelle est un moment privilégié de prière, de méditation et de réflexion sur une réalité qui comporte une dimension spirituelle authentique, d'intérêt vital pour tous: l'influence positive des mass media sur la vie individuelle ou sociale, et en même temps leur ambiguïté et le danger de manipulation auquel ils sont exposés. Ils peuvent en effet protéger et stimuler les efforts qui contribuent vraiment à libérer l'homme et à l'orienter vers la réalisation de ses aspirations les plus profondes; ils peuvent également être asservis à la mode et à la curiosité superficielle et même soutenir des desseins d'exploitation ou de discrimination.
Dans notre Message du 25 mars 1971, Nous avions déjà mis en lumière le service de l'unité des hommes. Cette année, Nous insistons sur la première condition qui permet, au niveau des communications sociales, de favoriser un climat de réconciliation: le respect de l'objectivité des faits et de l'authenticité de l'échelle des valeurs auxquelles ils sont référés. Là-dessus, Nous tenons à redire notre estime et nos encouragements à tous les artisans des mass media qui s'efforcent de faire connaître le vrai et de donner au bien la place qu'il mérite. Mais Nous ne pouvons pas Nous empêcher non plus d'exprimer nos préoccupations relativement à certaines situations ou à certains périls.
L'objectivité de l'information est une visée essentielle; elle correspond au droit de chacun de développer intégralement sa personnalité, selon la vérité, et de pouvoir exercer ses responsabilités sociales en connaissance de cause. Elle suppose d'abord qu'on rapporte honnêtement les faits; ou peut utilement enrichir cet exposé d'une certaine «interprétation»: celle-ci se justifie dans la mesure où elle fait mieux apparaître la nature des faits, la dimension réelle qu'ils prennent dans tout un contexte et leur référence aux valeurs humaines. Nous ne saurions par contre approuver certains procédés qui prétendent être «neutres» et «indépendants», alors que concrètement, ils s'avèrent des manipulations habiles, comme par exemple: la mise en relief unilatérale des dépravations humaines; la pression sur l'opinion publique pour susciter des aspirations insatiables, décevantes et d'ailleurs impossibles à réaliser, par exemple consommer toujours davantage des choses superflues; la présentation des modèles de comportement illusoires ou (immoraux; le fait de taire, de sélectionner ou de déformer les événements les plus importants selon un plan idéologique qui ne respecte pas la liberté de l'homme et viole le droit à l'information; la façon de soulever des problèmes et d'imposer des doutes mettant en crise des certitudes éthiques indiscutables; le fait de considérer comme art ce qui est permissif, et comme répression les impératifs humains qui correspondent légitimement à la façon de vivre en société; le fait d'appeler justice ce qui est violence, vengeance, représailles . . .
Pour servir vraiment la réconciliation, l'objectivité dans le choix et la présentation des faits requiert un sens profond des responsabilités, une préparation et une compétence adéquates et un véritable renouveau des attitudes regrettables adoptées trop souvent par des sources d'information, des professionnels des communications sociales et un public de lecteurs, de spectateurs et d'auditeurs qui s'en rendent complices. On y parviendra d'autant mieux qu'on assurera concrètement dans tous les pays une pluralité raisonnable de voies d'information. Au lieu d'obliger pour ainsi dire les usagers à s'en tenir à leurs nouvelles et à leurs interprétations, ces différents organes doivent alors consentir un dialogue ouvert et une Confrontation loyale permettant aux personnes les plus valables et aux idées les plus nobles de s'exprimer librement. Autrement, parfois, on en arrive à une sorte de «tyrannie» ou à un «terrorisme culturel», diffus et quasi anonyme, qui peut même, paradoxalement, trouver un accueil favorable sous le prétexte que ce monopole sert la promotion personnelle et sociale, même s'il viole les convictions religieuses, éthiques et civiques.
En exprimant de telles préoccupations Nous voulons contribuer positivement à ce que les communications sociales jouent le rôle bienfaisant dont elles sont capables, en favorisant la réconciliation humaine et chrétienne. Et Nous invitons tous les fils de l'Eglise à travailler à ce renouveau. En fait, Nous souhaitons que les artisans des mass media se sentent eux-mêmes appelés à défendre et à accroître leur liberté d'expression, Nous entendons la liberté fondée sur la vérité, sur l'amour des frères et de Dieu. Nous n'ignorons certes pas les difficultés qu'ils rencontrent et le courage qui leur est demandé, en particulier quand il s'agit de «satisfaire» un public de lecteurs, d'auditeurs et de spectateurs qui semble peu se soucier de rechercher cette vérité et cet amour. Puissent-ils songer alors aux graves responsabilités qui leur incombent, à cause de l'impact certainement profond qu'ils exercent sur l'information et, partant, sur les structures de pensée et l'orientation même de la vie!
Notre appel s'adresse, plus pressant encore, à ceux qui disposent d'une pouvoir politique, social ou économique auprès de ces agents des communications sociales: qu'ils favorisent eux aussi le progrès d'une saine liberté d'information et d'expression. Quand la vérité est étouffée par des intérêts économiques injustes, par la violence de groupes qui entendent faire œuvre de subversion dans la vie civile ou par la force organisée en système, c'est l'homme qui est blessé: ses justes aspirations ne peuvent plus être entendues, encore moins satisfaites. A l'inverse, la liberté revendiquée ne saurait être affranchie d'une norme morale, intrinsèque, qui trouve protection dans des dispositions légales; elle demeure toujours en effet corrélative aux droits d'autrui et aux impératifs de la vie en société, au devoir par conséquent de respecter la réputation des personnes honnêtes, l'honneur des fonctions de responsabilité au service du bien commun, la décence des mœurs publiques. Il est évident par exemple que la publicité qui étale les dépravations humaines ou excite les instincts immoraux déshonore la presse, corrompt l'éducation du sens moral, notamment chez les jeunes, et ne saurait prétendre être couverte par le droit à l'information, auprès de l'autorité civile.
L'Eglise, en ce domaine comme en d'autres, ne revendique pas de privilèges, encore moins de monopoles. Elle réaffirme simplement le droit et le devoir de tous les hommes de répondre à l'appel de Dieu et le droit de ses fils d'accéder à l'utilisation de ces instruments de communication, dans le respect des droits légitimes d'autrui. Toute personne, tout groupe social n'aspire-t-il pas à être présenté selon la réalité de son être propre? L'Eglise a droit elle aussi à ce que l'opinion publique connaisse sa véritable image, sa doctrine, ses aspirations, sa vie.
En rappelant ces exigences, Nous espérons faciliter la réconciliation entre les hommes, qui ne peut avoir lieu que dans un climat de respect, d'écoute fraternelle, de recherche de vérité, de volonté de collaboration. Nous sommes sûr que cet appel trouvera un écho chez' beaucoup d'hommes de bonne volonté, fatigués d'un conditionnement qui asservit et finit par aggraver les tensions déjà pesantes. Mais à nos Frères et Fils dans la foi, Nous ajoutons: travaillez de toutes vos forces à la réconciliation à l'intérieur de l' Eglise, comme notre Exhortation Apostolique du 8 décembre dernier vous y conviait. Que les moyens de communication sociale, loin de durcir les oppositions entre chrétiens, d'accentuer les polarisations, de donner force aux groupes de pression, de nourrir la partialité, œuvrent à la compréhension, au respect, à l'acceptation des autres dans l'amour et le pardon, à l'édification du Corps unique du Christ dans la vérité et la charité! Il n'y a pas de véritable christianisme en dehors de là.
Tel est le renouveau fondamental que Nous implorons de Dieu en cette Année Sainte, pour les méritants promoteurs et pour les bénéficiaires des communications sociales: que grâce à celles-ci, la réconciliation véritable progresse entre les groupes sociaux, entre les nations, entre ceux qui croient en Dieu, et spécialement entre les disciples du Christ. Et que tous ceux qui s'y emploient soient bénis par le Dieu de paix!
Du Vatican, le 19 avril 1975.
PAULUS PP. VI
MESSAGE DU PAPE PAUL VI
POUR LA Vème JOURNÉE MONDIALE
DES COMMUNICATIONS SOCIALES
«Les moyens de communication sociale,
au service de l’unité des hommes»
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Chers Frères, et Fils, et vous tous,
Hommes de bonne volonté,
«Les moyens de communication sociale, au service de l’unité des hommes»: tel est l’objectif que la Journée mondiale des communications sociales propose cette année à votre réflexion, à votre étude, à vos échanges, à votre prière, à votre action.
Qui ne désirerait, de toute son âme, voir plus efficacement promue l’unité de la famille humaine? Les hommes n’ont-ils pas pris conscience de la solidarité qui les lie, dans la vie quotidienne comme dans les moments exceptionnels, devant les exploits scientifiques comme devant les fléaux naturels? Ils semblent décidés, de toute manière, à élargir sans cesse les cercles où se nouent des collaborations aussi fécondes que pacifiques aux divers plans économique et social, culturel et politique, sans perdre pour autant la richesse de tant de particularités multiformes. Serait-ce une utopie de former le projet d’une famille humaine universelle, dont chaque homme serait le citoyen fraternel? (Cfr. Populorum progressio, 79)
La conviction du chrétien est en tout cas bien assurée: «Dieu . . . a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, ont été créés à l’image de Dieu . . . et tous sont appelés à une seule et même fin qui est Dieu lui-même» (Gaudium et Spes, 24, § 1). La solidarité dans la vocation du premier Adam, puis dans son péché, est désormais vécue et renforcée dans le Christ: par sa croix, il a renversé le mur qui séparait les peuples en les réconciliant avec Dieu (Cfr. Eph. 2, 14), et par sa résurrection, il a répandu son Esprit de charité dans le cœur des hommes, en les appelant, ces enfants de Dieu dispersés, à former en lui un seul peuple, un seul Corps. L’Eglise elle-même, tout en expérimentant elle aussi des tensions, voire des divisions en son sein n’a de cesse qu’elle ne réalise visiblement cette unité, entre ses fils de toute langue, de toute nation, de tout milieu social et professionnel. Ce faisant, elle a conscience d’être un signe prophétique d’unité et de paix pour le monde entier (Cfr. Is. 11, 12).
Une question, dès lors, surgit: les moyens de communication sociale dont l’importance est croissante, jusqu’à être quasi omniprésents dans la culture moderne, vont-ils, à leur niveau, être des moyens privilégiés pour promouvoir cette unité et cette fraternité, c’est-à-dire ce respect compréhensif, ce dialogue ouvert, cette collaboration confiante dans un monde où les problèmes deviennent vite planétaires?
Ce serait se leurrer gravement que de sous-estimer la force des tensions tragiques entre milieux sociaux, entre sociétés et personnes, entre pays industriellement développés et pays du Tiers-monde entre adeptes de systèmes idéologiques ou politiques antagonistes. Suscitant souvent une résonance accrue à travers le monde, les conflits continuent de créer de fossés dangereux, et se traduisent, hélas, par des actes de violence, et des situations de guerre. Devant ces manifestations d’opposition et de déchirement entre les hommes et entre les peuples, on ne peut certes attendre de la presse, de la radio, de la télévision, du cinéma, qu’ils les minimisent ou les passent sous silence. Leur rôle n’est-il pas, bien au contraire, de mettre en lumière tous les aspects de la réalité, même les plus tragiques, d’en tenter une approche toujours plus profonde et plus objective: celle où se lit malheureusement la misère, où s’étale le péché d’égoïsme, bref les multiples blessures qui saignent au cœur de la grande famille humaine; mais aussi celle où apparaissent les réalisations positives, les signes de renouveau, les raisons d’espérer?
Qui nierait en effet la tentation d’utiliser ces puissants moyens audio-visuels à l’impact si profond, pour aggraver, en les radicalisant, les tensions, les oppositions, et les divisions, allant jusqu’à décourager beaucoup d’hommes de bonne volonté dans leurs tentatives imparfaites certes, mais généreuses, d’union et de fraternité? Ce risque, il nous faut le dénoncer avec force et l’affronter avec courage. Qui dira, par contre, les immenses possibilités, trop peu explorées encore, de ces merveilleux moyens de communication sociale, pour faire prendre conscience aux lecteurs, aux auditeurs, aux spectateurs, des vrais problèmes des autres? pour aider les hommes à mieux se connaître et à s’apprécier davantage, dans leurs diversités légitimes? pour dépasser, dans la compréhension et l’amour, ces barrières de toutes sortes? mieux encore: pour éprouver, par delà tant d’obstacles, la solidarité réelle qui nous met tous, les uns avec les autres, les uns pour les autres? à la recherche du bien commun de la grande communauté des hommes? (Cfr. Allocution à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le 4 octobre 1965, dans AAS 57, 1965, pp. 879-884) Il y va de l’avenir même de l’homme, «auquel tout doit être ordonné sur terre, comme à son centre et sommet» (Cfr. Gaudium et Spes, 12).
Ah oui, artisans et bénéficiaires des moyens de communication sociale, unissez vos efforts pour qu’il en soit ainsi, partout à travers le monde et à tous les niveaux de participation et de responsabilité. Rejetez tout ce qui rompt le véritable dialogue entre les hommes, tout ce qui masque les devoirs comme les droits de chacun, tout ce qui attise l’incompréhension, la haine et tout ce qui détourne de la paix et d’une fraternité toujours plus élargie comme de la vérité recherchée dans la liberté. N’est-ce pas à chacun de nous, finalement, qu’est posée cette grave question: que cherches-tu? que veux-tu? Oui ou non, entends-tu être un frère pour ton frère? Car si la communication n’est pas par elle-même déjà une communion, elle peut en être le chemin privilégié.
Quant à vous, frères et fils chrétiens, Nous vous demandons spécialement de réfléchir et de prier, et aussi de prendre hardiment, avec discernement et courage, tous les moyens que votre compétence et votre zèle vous suggèrent pour que, de tant de fils entrecroisés et si souvent emmêlés, vous dégagiez la trame et tissiez un monde de frères et de fils de Dieu. «Dominant toutes les forces dissolvantes de contestation et de babélisation, c’est la cité des hommes qu’il faut construire, une cité dont le seul ciment durable est l' amour fraternel, entre les races et les peuples, comme entre les classes et les générations» (Discours à l’Organisation internationale du travail, Genève, 10 juin 1969, n. 21, dans AAS 61, 1969, p. 500). De grand cœur, à tous ceux qui travaillent par les moyens de communication sociale, à réaliser cette aspiration de l’homme selon le dessein de Dieu, Nous donnons une large Bénédiction Apostolique.
Du Vatican, le 25 Mars 1971.
PAULUS PP. VI