MESSAGE DU PAPE PAUL VI,
SIGNÉE DU SECRÉTAIRE D’ETAT,
AU CARDINAL BAGGIO
À L’OCCASION DE LA «JOURNÉE DU MIGRANT»
Jeudi 4 novembre 1976
Monsieur le Cardinal,
La plupart des Eglises locales célèbrent chaque année une «Journée du Migrant», à la date fixée par la Conférence épiscopale. En certains pays, cette célébration coïncide avec le commencement de l’Année liturgique, temps d’espérance pour le peuple de Dieu qui demeure toujours sur la terre un peuple pèlerin à la recherche d’une patrie (Cfr. Hebr. 11, 13-14). Aussi le Saint-Père a-t-il choisi cette occasion pour adresser à tous les frères migrants une cordiale salutation et féliciter toutes les communautés chrétiennes qui, encouragées par la Commission pontificale pour la pastorale de l’émigration et du tourisme, ont su prendre d’heureuses initiatives et sensibiliser leurs membres au grave phénomène des migrations.
Le Souverain Pontife m’a chargé de vous manifester, en votre qualité de Président de la Commission pontificale, sa propre sollicitude, en rappelant notamment la responsabilité solidaire qui incombe aux Eglises locales en ce domaine difficile.
Le Saint-Père n’oublie pas les transformations importantes qui affectent le monde des migrants. Il sait en particulier les nouvelles épreuves que leur impose en beaucoup d’endroits la crise économique et qui viennent s’ajouter à des problèmes personnels, familiaux, culturels et sociaux déjà aigus. Il considère aussi que les migrants eux-mêmes ont acquis une conscience plus vive de leur condition et de leurs droits humains. Enfin, il est informé de l’action accomplie en leur faveur aux divers niveaux, surtout dans le domaine international.
Une telle situation, toujours plus complexe, mouvante, dramatique parfois mais également stimulante pour le progrès, appelle l’Eglise à accentuer son action pastorale de façon toujours plus réaliste et concrète. Les communautés chrétiennes, éprouvées par l’exode de leurs populations, considéreront avec une nouvelle urgence l’effort qui leur revient, pour «développer, rajeunir, créer, si besoin est, des services pastoraux de préparation et d’accompagnement des travailleurs et de leurs familles», comme le Souverain Pontife le précisait dans une autre occasion (PAUL PP. VI, Discours au Congrès européen sur la pastorale des migrants: AAS 65 (1973) 591). De même les communautés chrétiennes d’accueil s’emploieront à exercer toujours mieux leur responsabilité pastorale, qui est capitale et requiert de leurs membres de «se faire pauvres avec les pauvres» (Ibid. 592). Les unes et les autres doivent plus que jamais collaborer, dans un esprit de dialogue et d’entraide réciproque.
Cette solidarité puise ses racines profondes et son envergure dans le mystère même du peuple de Dieu qui «emprunte à tous les peuples ses propres citoyens» (Lumen Gentium, 13), pour construire une réalité unique, dans laquelle les diverses parties participent au mystère de l’Eglise une et universelle, si bien qu’en elle il ne peut y avoir «ni étranger ni hôtes de passage, mais seulement des frères».
Les migrations, vues sous certains aspects, sont une occasion de pratiquer la charité ecclésiale au sens plein et concret du mot. C’est pourquoi le Saint-Père lance de nouveau un appel pressant, afin que les fils de l’Eglise se sentent profondément obligés, en conscience, d’apporter un concours toujours plus intense au développement d’un authentique esprit de fraternité envers les migrants, au-dessus des préjugés et des contingences. Ainsi l’Eglise, qui s’emploie sans cesse à ce que les discriminations pénibles soient dépassées, pourra donner, en son propre sein, un exemple crédible et convainquant. Et de cet esprit de fraternité pourront s’inspirer toutes les actions capables de promouvoir efficacement la justice sociale.
Une expression qualifiée de cette charité sera la promptitude à tenir compte des particularités des migrants pour tout ce qui touche la préparation et le développement des institutions pastorales, selon les directives que le Saint-Siège n’a pas manqué de donner ces derniers temps (Cfr. PAULI PP. VI Pastoralis Migratorum Cura: AAS 61 (1969) 601-603), et aussi l’attention primordiale accordée à la charge spirituelle, inséparable du souci de la promotion sociale. Il est bon ici de se rappeler l’importance que le Souverain Pontife accorde à cette évangélisation dans l’Exhortation Apostolique «Evangelii Nuntiandi».
Tous ces souhaits trouvent leur inspiration et leur stimulant dans la «civilisation de l’amour», formule typique dans laquelle le Saint-Père a voulu condenser les fruits et les expériences spirituelles du récent Jubilé universel, prélude et orientation pour les étapes ultérieures de l’histoire, levain dont la pastorale des migrants est un élément significatif et irremplaçable.
Le Souverain Pontife espère que les célébrations de la «Journée du Migrant» contribueront à la maturation de la mentalité chrétienne en ce domaine. Il assure tous les migrants et leurs familles de sa particulière affection; il leur souhaite prospérité et sérénité, en se souvenant d’eux continuellement dans la prière. Il exprime aussi sa satisfaction et ses encouragements aux prêtres qui vivent auprès d’eux et à tous ceux qui travaillent en leur faveur. A tous, il accorde sa paternelle Bénédiction Apostolique.
Je suis heureux, Monsieur le Cardinal, de vous transmettre ce message et de vous redire à cette occasion mon cordial et fidèle dévouement en N. S.
GIOVANNI Card. VILLOT
MESSAGE DU PAPE PAUL VI
POUR LA JOURNÉE MISSIONNAIRE MONDIALE, 1978
A tous nos Frères et Fils dans le Christ!
Parmi les préoccupations de notre ministère apostolique, sont présents à notre esprit, d'une manière toute particulière, l'intérêt pour la cause des Missions et l'étude des problèmes qui en découlent, tant à cause de l'importance que la cause missionnaire a dans la réalité vivante de l'Eglise, qu'à cause de la sensibilité et de la générosité qui est manifestée à son égard, et avec une chaleur croissante, par tout le Peuple de Dieu.
Nous reprenons donc bien volontiers ce thème inépuisable à l'occasion de la Journée Missionnaire mondiale, mais également parce que nous sommes assuré que les considérations que nous ferons, tout comme les suggestions que nous proposerons, feront l'objet d'une réflexion sérieuse de la part des Prêtres, des Religieux, et de tous les Coopérateurs des Missions Catholiques.
Le thème sur lequel Nous désirons attirer l'attention est justement celui de la coopération, comprise comme l'aide spécifique et directe offerte par l'évangélisation dans les lieux de mission. Nous espérons ainsi que les raisons et les critères d'un tél engagement missionnaire apparaîtront plus clairs et plus urgents.
L'aide apportée à l'évangélisation
Quand on parle de coopération missionnaire, il faut, tout d'abord, se rappeler quel est le but premier de l'action de l'Eglise: l'annonce et la diffusion de l'Evangile de son divin Fondateur. L'aide apportée à l'évangélisation ne peut donc se réduire seulement à une œuvre de civilisation à caractère humain, ou — comme nous le faisions observer dans le Message de l'an passé — à la promotion du Tiers Monde. L'aide des fidèles doit s'adresser, en toute priorité, d'abord à l'évangélisation vraie et propre, à ce que l'on appelle la première évangélisation, pour faire en sorte que les signes permanents de la présence salvifique de Jésus-Christ par l'intermédiaire de son Eglise, laquelle est "Sacrement universel de salut" (Ad Gentes, n. 11), soient établis et rendus bien visibles, en chaque communauté humaine.
Le Concile Vatican II nous avertit en effet que "la fin spécifique de l'activité missionnaire est l'évangélisation et la fondation de l'Eglise chez ces peuples et groupes où elle n'existe pas encore" (ibid, n. 6).
C'est donc dans cette perspective que s'inscrit l'aide nécessaire qui est demandée à tous les chrétiens.
Il arrive souvent, cependant que, à l'action évangélisatrice, doivent se joindre des initiatives prises en cas d'urgente nécessité, et ayant pour but le développement matériel et culturel des personnes et des peuples en voie de développement. Mais, même en ces cas, il est nécessaire de conserver à l'annonce de l'Evangile et à la fondation des Eglises locales, leur caractère prééminent, de manière à ce que l'aide technique ou économique apparaisse comme la conséquence logique de la prédication de la loi de l'Amour, apprise à l'école du Christ. Le secours apporté par les Missionnaires se présentera alors sous forme de dévouement fraternel empreint de délicatesse, et pour cette raison, même là où Jésus-Christ ne s'est pas encore manifesté dans la plénitude de sa transcendance, la semence est déjà jetée, et la porte est déjà ouverte pour la prédication ultérieure.
Or, pour pouvoir réaliser ce plan de travail, il faut la coresponsabilité de tout le Peuple de Dieu, c'est un service urgent qui s'impose à tous ceux qui président quelque Communauté que ce soit faisant partie de l'Eglise. Les premiers appelés à cette collaboration, sont les Prêtres, les Religieux et les Laïcs qui veulent vivre en conformité avec leur vocation baptismale. Sans cette dimension missionnaire, l'aide des anciennes Eglises, qui parvient aux individus isolés et aux peuples dans le besoin, pourrait perdre cette valeur de gratitude envers Dieu pour le don inestimable de la foi, et d'amour authentique de prochain, que les propres donateurs veulent y mettre.
L'aide aux jeunes Eglises
La prédication de l'Evangile ne peut se limiter à la simple annonce de la Parole de Dieu, mais doit tendre, de même, à la création de la communauté chrétienne, en la plaçant dans la condition "de pourvoir par elle-même autant que c'est possible, à ses propres nécessités (Ad Gentes, n: 15), qui sont, en premier lieu, l'accroissement continu des vocations sacerdotales et religieuses, la naissance et la croissance d'initiatives adéquates au niveau religieux, culturel, et au plan de l'aide etc... L'aide missionnaire apportée par les fidèles devra donc être orientée vers ces Eglises particulières de fondation plus récente, lesquelles, étant donné une telle origine, ont besoin du soutient d'une communion effective et du secours concret des Eglises sœurs.
Cette préférence donnée à la répartition de l'aide caritative, bien loin de faire oublier les autres institutions missionnaires existant dans le monde, est la garantie, par la générosité qui s'y révèle, de la protection de la Providence divine.
Parmi les formes d'aide aux jeunes Eglises, il faut citer celle assez répandue aujourd'hui, que l'on appelle "jumelage": c'est une donnée qu'il faut considérer comme authentique et positive, lorsque elle ne fait pas oublier le but fondamental de la coopération toute ordonnée aux nécessités urgentes de toute l'Eglise Missionnaire. Il se trouve, cependant, que plusieurs Eglises, ayant pourtant besoin de recevoir une assistance, éprouvent quelque hésitation devant le "jumelage", comme si elles craignaient de recevoir l'aide d'une Eglise particulière, préférant recevoir l'aide anonyme provenant d'un organisme central de l'Eglise Universelle, et qui respecte mieux, leur semble-t-il, leur dignité.
Il peut résulter, d'une telle attitude, que quelques jeunes Eglises en arrivent à être oubliées.
Nous voulons donc réaffirmer le principe selon lequel toute Eglise locale, quelle que soit l'époque de sa fondation, doit ressentir l'urgence pour elle d'être évangélisatrice, c'est-à-dire active et préoccupée de susciter et d'animer les diverses initiatives d'apostolat. Dans ce contexte, la jeune Eglise, tout en exprimant sa reconnaissance à la Communauté ecclésiale qui lui vient en aide, loin d'être pour ainsi dire, atrophiée dans son mouvement de croissance, ressentira elle aussi le besoin d'apporter sa propre collaboration généreuse pour favoriser la croissance de l'Eglise dans le monde entier.
Il faut aussi se rappeler, à ce sujet, que le progrès économique dans plusieurs régions où le christianisme s'est établi depuis longtemps, permet la naissance et l'épanouissement d'institutions qualifiées d'assistance et de bienfaisance. Cependant, les responsables de tels organismes ne sont pas toujours en mesure de reconnaître, parmi ceux à qui sont adressés les secours, ceux qui en ont le plus besoin; d'autres fois, le secours apporté, par manque d'entente entre l'institution d'aide et la communauté secourue, n'atteint pas le résultat espéré, qui était de développer le sens d'une responsabilité éveillée à la création de structures propres.
Précisément, pour remédier au risque de voir une aide se transformer en aide particulière ou en aide dispersée, il est apparu évident qu'il fallait une coordination à l'échelon supérieur entre les diverses formes de secours et d'aide.
L'aide missionnaire des Oeuvres Pontificales Missionnaires
L'esprit de l'aide, que nous voulons recommander et promouvoir, est précisément celui des Œuvres Pontificales Missionnaires, dont nous avons, à plusieurs reprises, mis en relief l'importance. Ces Œuvres, en effet, sont nées au sein même de la Communauté chrétienne, avec le but d'encourager la conscience missionnaire de tout le Peuple de Dieu; et c'est à cause de leur nature universelle, et, littéralement catholique, que nos Prédécesseurs leur ont accordé ce titre: "Pontificales". Par cette appellation, qui n'est pas seulement honorifique ou décorative, les Œuvres Pontificales Missionnaires expriment et témoignent leur totale disponibilité pour apporter leur aide à celui "qui préside à la charité universelle". Etant donné leur caractère pontifical, les dites Œuvres sont également épis-copales, c'est-à-dire au service de la collégialité épiscopale et de chaque Evêque en particulier, parce qu'il est principe d'unité dans sa propre Eglise locale et responsable de l'évangélisation universelle. De telles Œuvres sont donc, dans le domaine de la coopération missionnaire, le moyen privilégié mis à la disposition de tout le Peuple de Dieu.
Si, dans l'activité missionnaire directe, la préférence va aux Instituts qui sont sous la direction des Evêques des Eglises particulières, dans la coopération missionnaire, la priorité, de la part de la Communauté chrétienne, revient aux Œuvres Pontificales Missionnaires. Avec raison donc, le Concile Vatican II a affirmé que "la première place doit être réservée à juste titre à ces Œuvres, parce qu'elles constituent autant de moyens soit pour inculquer aux catholiques, depuis leur plus jeune âge, un esprit vraiment universel et missionnaire, soit pour provoquer une collecte efficace, de subsides, au profit de toutes les Missions, et selon les besoins de chacune" (Ad Gentes, n. 38).
L'annonce et la diffusion de l'Evangile, aujourd'hui plus que jamais, demandent une planification d'ensemble prévoyante où concourent toutes les forces catholiques, tandis que le travail nécessaire de synthèse — en tant que service du primat universel du Souverain Pontife et du Collège Episcopal est confié au Dicastère Missionnaire auquel "il appartient de diriger et de coordonner par toute la terre l'œuvre missionnaire et la coopération missionnaire" (Ad Gentes, n. 29).
Il est donc souhaitable que dans le programme de renouveau pastoral qui est en cours dans diverses Nations et Diocèses, on reconnaisse aux Œuvres Pontificales Missionnaires, qui dépendent de la Sacrée Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, la place éminente que le Concile Vatican II et nous-même lui avons reconnue. De la sorte, l'aide qualitative et quantitative apportée à l'œuvre de l'évangélisation grâce d'une part à une plus grande application de ses promoteurs, dans le domaine technique et au plan de l'organisation, et d'autre part grâce au sens accru des responsabilités chez les fidèles, ne connaîtra pas d'interruption. Avec ces pensées, Frères et Fils très chers en Jésus-Christ, nous invoquons sur vous et votre travail missionnaire les secours incessants de la Divine Assistance, et, de grand cœur, nous vous accordons notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, en la solennité de la Pentecôte, le 14 mai de l'an 1978, quinzième de notre Pontificat.
PAULUS PP. VI
MESSAGE URBI ET ORBI
DU PAPE PAUL VI
Dimanche de Pâques, 26 mars 1978
Fils très chers de l'Eglise de Dieu, et vous tous.
Frères de l'humanité entière,
Nous rassemblons en cet instant ce qu'il nous reste encore d'énergie humaine et ce qui surabonde en nous de certitude surhumaine pour faire joyeusement écho auprès de vous à l'annonce qui traverse et renouvelle l'histoire du monde. Le Christ est ressuscité! Oui, notre Seigneur Jésus-Christ est ressuscité de la mort et a inauguré une vie nouvelle, pour lui-même et pour l'humanité!
Il est venu à la rencontre des hommes, déconcertés par le grand prodige de sa nouvelle existence, avec le salut le plus simple et le plus merveilleux, celui de sa paix: "La paix soit avec vous!" (Jn 20, 19-20), dit-il en réapparaissant à ses disciples. Nous, héritiers authentiques de ce bonheur, nous le saluons dans la merveille de la nouveauté inédite, dans notre conscience qui se réjouit de la surprenante réalité, dans la Joie qu'une nouvelle présence du divin Maitre nous oblige à ressentir sa victoire sur notre peureuse incrédulité, et à répéter avec un élan pareil à celui du disciple Thomas: "Mon Seigneur et mon Dieu" (Jn 20, 28).
Et c'est ainsi que, tandis que nous célébrons la vérité et la gloire de ta Résurrection, ô Seigneur, la lumière nous inonde et nous envahit. Oui, nous savons, nous jouissons d'une assurance nouvelle, qui nous met en communion spirituelle et vivante avec Toi. Oui, nous croyons! Nous pouvons t'offrir le don qui vient de Toi, ô Ressuscité, notre foi, la foi humble mais déjà glorieuse dont nous vivons, pour laquelle nous vivons, selon ce qui nous est enseigné et ce que nous-mêmes, dans une certaine mesure, nous expérimentons en notre esprits, "Le juste vit par la foi" (Ga 3, 11).
Ce fruit de la foi, Fils et Frères bien-aimés, doit être le fruit de notre Pâque. Il nous faut être "fermes dans la foi" (1 Pier 5, 9). Nous devons adhérer avec une confiance totale à la Parole de Dieu, qui nous vient par les voies de la Révélation. Nous devons en faire le centre de l'existence humaine, centre logique et actif (cf. Ga 5, 6). Nous qui avons la chance de nous dire croyants, nous devons dépasser le stade des opinions discutables, des idéologies bâties par la mentalité humaine et par des intérêts pratiques particuliers, pour reconnaître à la foi les droits de la Parole de Dieu, même si ici-bas la connaissance que nous en avons est comme reflétée dans un miroir énigmatique (cf. 1 Co 13, 12). Un jour arrivera la révélation face à face; mais pour le moment il nous faut être fidèles, avec une courageuse cohérence, à la norme de pensée et d'action qui, à travers le magistère authentique de l'Eglise, mère et maîtresse, arrive de la religion du Christ jusqu'à nous.
Oh! N'ayons pas peur! Cette sagesse surnaturelle n'affaiblit pas la liberté et le développement qui dérivent pour nous de la science et de l'expérience dues à notre effort naturel; au contraire, elle les renforce et les intègre dans la découverte du langage muet de la création. Elle résout dans un échange supérieur d'intelligence et d'amour la Parole nouvelle que le Père daigne adresser par la médiation de son Fils et dans l'Esprit Saint à l'humilité de notre vie pour l'associer à sa plénitude. Oh! Ne craignons pas de faire du "Credo", qui nous est garanti par la résurrection du Christ, l'expression de notre espérance (cf. He 11, 1), et sachons surmonter ce fonds de doutes, de scepticisme, de négation qui s'est déposé dans la mentalité de tant d'hommes qui se disent modernes seulement parce qu'ils sont les fils de notre temps. Essayons plutôt de mériter pour notre paix, et même pour notre activité temporelle, la force lumineuse de la parole du Christ: "Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres" (Jn 8, 32).
Tel est notre souhait de Pâques, Fils et Frères! Puissiez-vous expérimenter, avec la certitude de la foi, la joie qui lui appartient en propre (Ph 1, 23), afin que nous puissions faire nôtre cette prière suprême de l'Eglise: "Ibi nostra fixa sint corda ubi vera sunt gaudia": "Que nos cœurs soient fixés là où se trouvent les véritables joies! " (cf. Oraison du XXIe dimanche ordinaire). Tel est notre souhait pascal, que nous confirmerons maintenant avec notre Bénédiction Apostolique.
MESSAGE DU PAPE PAUL VI
POUR LA XVème JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE
POUR LES VOCATIONS
Lundi 10 avril 1978
A tous nos Frères et Fils de l'Eglise Catholique,
Dans le climat de la joie pascale, qui s'ouvre dans l'attente, pleine de promesses, de la prochaine fête de la Pentecôte, nous célébrons encore une fois, comme nous le faisons depuis quinze ans, la Journée mondiale de prière pour les vocations.
Au cours de cette période assez longue, qui coïncide avec celle de notre pontificat, nous nous demandons combien d'"ouvriers pour la moisson" (cf. Mt 9, 37 et s.; Lc 10. 2), combien de "travailleurs de la vigne" (cf. Mt 20, 1 et s.) sont arrivés au soir de leur journée terrestre et se sont présentés au Seigneur, pour rendre compte de leur œuvre et pour recevoir leur récompense? Combien d'autres ont pris leur place? Certainement beaucoup. Mais les vides ont-ils tous été comblés? Est-ce que ceux qui s'engagent dans le ministère sacré réussissent partout à répondre aux nécessités spirituelles des populations toujours plus nombreuses? Et ceux qui travaillent déjà dans les secteurs multiples et immenses que le Seigneur a confiés à Son Eglise, éprouvent-ils tous l'amour évangélique, le courage chrétien, la ferveur apostolique qui sont nécessaires pour remplir avec fidélité, générosité, efficacité, leur sublime mission?
Ce sont là des interrogations inquiétantes, qui nous font expérimenter avec souffrance notre insuffisance au regard d'événements et de problèmes que nous sentons aussi considérables. Mais le bon Pasteur, dont la figure ressort dans la liturgie de ce dimanche, vient au-devant de nous et nous tend la main. Lui, il connaît nos difficultés; il a dit en effet: "La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux". C'est pour cela qu'il nous invite, et même qu'il nous commande: "Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson" (Mt 9, 37-38). Et de cette prière il nous a lui-même donné l'exemple puisque, avant de choisir les Apôtres, il passa la nuit en colloque avec son Père (cf. Lc 6, 12-13), et à la fin de la dernière Cène il éleva vers Lui sa prière sacerdotale (cf. Jn 17).
Oui, le Seigneur nous a dit de prier, et nous prions. L'Eglise prie dans toutes les parties du monde, unie dans la même foi et la même invocation, élevant avec plus de ferveur encore, en cette Journée, sa supplication universelle qui ne s'interrompt jamais.
Cette prière doit nous faire comprendre et aimer plus profondément tout ce que le Seigneur a voulu dire sur le don exaltant et joyeux de la vocation. C'est lui qui a parlé à ceux qu'il a appelés les premiers. Il leur a enseigné beaucoup de choses. Il les a voulus proches de lui (cf. Mc 3, 13 et s.). Il les a éclairés sur leur vie et sur leur mission, quand il a adressé à ses disciples le message des béatitudes (cf. Mt 5. 1 et s.; Lc 6, 20 et s.), son discours missionnaire (cf. Mt 10), et, en particulier, son testament sacerdotal, avant son sacrifice (cf. Jn 13; 14; 15; 16).
Nous voudrions maintenant vous demander, surtout à vous les jeunes: Connaissez-vous la pensée de Jésus à ce sujet? Autrement dit, savez-vous bien pour quoi vous priez? Vous priez pour les prêtres, pour les religieux, pour les missionnaires; mais connaissez-vous bien les réalités mystérieuses et merveilleuses du sacerdoce catholique, de la vie consacrée par les vœux, du don de soi au service des missions? Si vous ne connaissez pas bien ces choses, comment pourriez-vous les aimer, comment pourriez-vous les faire vôtres et les ressentir comme idéaux de vie, auxquels il faudrait rester fidèles pour toujours?
Eh bien, le texte évangélique d'aujourd'hui nous éclaire justement, avec ses images merveilleuses, sur ces dons de Dieu, et nous les fait mieux comprendre. Quand Jésus parle du "pasteur" et du bercail, il se présente lui-même comme bon pasteur, et il présente la communauté des croyants, c'est-à-dire son Eglise, comme le bercail ouvert pour accueillir toute l'humanité (cf. Jn 10, passim; Constitution dogm. Lumen Gentium, nn. 6, 9). Or, pour comprendre le sens et la valeur de toute vocation, il faut appliquer son esprit et son cœur à ces deux réalités: le Christ et l'Eglise. C'est là qu'est la lumière pour accueillir la vocation, et le soutien pour persévérer dans cette vocation profondément comprise, librement choisie, fortement aimée.
Regardez le Christ. Nous le disons spécialement à vous, les jeunes, avec une affection paternelle et une grande confiance. Regardez Jésus de Nazareth, fils de l'homme et Fils de Dieu, grand Prêtre du nouveau Peuple de Dieu, Pasteur éternel de son Eglise, qui a offert sa vie pour son troupeau, "prenant la condition d'esclave.., se rendant obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix" (cf. Ph 2, 7-8). Du Christ provient, comme d'une source pure, divine, le sacerdoce de la Nouvelle Alliance: aussi bien le sacerdoce commun des fidèles, en vertu du sacrement du baptême (cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium nn. 10, 11), que le sacerdoce ministériel, en vertu du sacrement de l'Ordre (cf. par exemple, ibid., nn. 10, 21, 28); de Lui provient le don des "conseils évangéliques de chasteté vouée à Dieu, de pauvreté et d'obéissance, fondés sur les paroles et les exemples du Seigneur" (ibid. n. 43); de Lui encore provient le mandat de la mission: "Allez et enseignez toutes les nations" (Mt 28, 19), pour porter sa vérité et son salut au genre humain "jusqu'à la fin du monde" (ibid., 28, 20; cf. Constitution dogmatique Lumen Gentium, n. 17). Seule une intimité vécue, jour après jour, avec Lui, en Lui et par Lui, peut faire naître et accroître dans un cœur de jeune la volonté de se donner irrévocablement, sans compromis et sans fléchissement avec une joie toujours nouvelle et régénératrice, aux responsabilités d'être "ministres du Christ et dispensateurs des mystères de Dieu" (1 Co 4,1), comme du reste la volonté de persévérer dans les engagements crucifiants, propres à la vocation chrétienne qui nait au baptême et se développe durant toute la vie: Regardez donc le Christ, toujours, pour établir avec lui un colloque décisif et fidèle.
D'autre part, regardez l'Eglise. Elle est le troupeau du Seigneur, qu'il a réuni et qu'il continue de guider, comme le bon Pasteur, modèle de tout pasteur. Elle est le bercail, que le Seigneur a édifié pour accueillir et défendre son troupeau; elle est la famille de Dieu, où grandissent ses fils en tout temps, en toute nation. Elle est l'Eglise visible et spirituelle, réalité historique et mystère de foi, Eglise d'hier et d'aujourd'hui, de toujours; comme l'a dit le Concile, "elle ne vise qu'un but: continuer, sous l'impulsion de l'Esprit consolateur, l'œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi". (Constitution pastorale Gaudium et Spes, n. 3). Pour cette Eglise, Jésus a institué son sacerdoce; dans cette Eglise, Jésus a suscité la vie consacrée dans la profession des conseils évangéliques; à cette Eglise, Jésus a confié la tâche formidable de l'entreprise missionnaire pour le monde entier.
Nous vous le disons donc, à vous les jeunes, et aussi à ceux qui sont moins jeunes: cherchez à mieux connaître ces réalités et ces vérités, pour les aimer davantage pour découvrir et vivre votre vocation, pour lui demeurer fidèles avec la grâce du Seigneur.
Mais nous devons aussi ajouter pour vous, pasteurs d'âmes, religieux, religieuses, missionnaires, éducateurs, pour vous théologiens, et pour vous experts en spiritualité, en pédagogie et en psychologie des vocations: faites connaître ces réalités, enseignez ces vérités, rendez-les compréhensibles, stimulantes, attrayantes, comme savait le faire Jésus, le Maître et le Pasteur. Que personne, par notre faute, n'ignore ce qu'il doit savoir, pour orienter, dans un sens différent et meilleur sa propre vie.
Concluons ensemble ces considérations en adressant au Christ, lui-même notre humble prière:
Éclairés et encouragés par ta Parole, nous te prions, Seigneur, pour ceux qui ont déjà répondu à ton appel et qui en vivent maintenant. Pour tes évêques, tes prêtres, tes diacres; également pour les religieux, Frères et Sœurs, qui te sont consacrés; et encore pour tes missionnaires et pour ces laïcs généreux qui œuvrent dans les ministères institués ou reconnus par la sainte Eglise. Soutiens-les dans les difficultés, réconforte-les dans leurs souffrances, assiste-les dans leur solitude, protège-les dans la persécution, affermis-les dans la fidélité!
Nous te prions, Seigneur, pour ceux qui commencent à ouvrir leur esprit à ton appel, ou qui déjà se préparent à le suivre. Que ta Parole les éclaire, que ton exemple les entraîne, que ta grâce les guide jusqu'aux ordres sacrés, jusqu'aux vœux religieux, jusqu'à l'envoi missionnaire.
Que ta Parole, Seigneur, les guide tous et les soutienne, afin qu'ils sachent orienter, conseiller et aider leurs frères avec cette force de conviction et d'amour que tu possède et que seul tu peux communiquer.
Confiant dans l'action de Dieu, "qui produit en nous le vouloir et le faire en vue de ses bienveillants desseins" (cf. Ph 2, 13), nous vous adressons à tous de grand cœur, et en particulier à ceux qui se préparent dans la prière et l'étude à collaborer plus directement à l'annonce de l'Evangile, en gage d'encouragement, notre bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 1er février 1978, quinzième de notre Pontificat.
PAULUS PP VI