Lc 12, 58-59
58 Ainsi, quand tu vas avec ton adversaire devant le magistrat, pendant que tu es en chemin efforce-toi de te libérer envers lui, pour éviter qu'il ne te traîne devant le juge, que le juge ne te livre au percepteur des amendes, et que celui-ci ne te jette en prison.
59 Je te le dis : tu n'en sortiras pas avant d'avoir payé jusqu'au dernier centime. »
Théophylacte. Notre-Seigneur vient de parler d’une guerre bonne et louable, il nous apprend maintenant qu’il y a une paix qui ne l’est pas moins : " Lorsque vous allez avec votre adversaire devant le magistrat, tâchez de vous dégager de lui en chemin, " etc. C’est-à-dire, lorsque votre adversaire vous traîne devant les tribunaux, tâchez, c’est-à-dire, faites tous vos efforts pour vous libérer envers lui. Ou bien encore, tâchez, c’est-à-dire si vous n’avez rien, empruntez pour vous acquitter envers lui, de peur qu’il ne vous fasse comparaître devant le juge. " De peur, ajoute-t-il, qu’il ne vous traîne devant le juge, et que le juge ne vous livre à l’exécuteur, et que l’exécuteur ne vous jette en prison. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Où vous aurez à souffrir jusqu’à ce que vous ayez payé la dernière obole : " Je vous le dis, vous ne sortirez pas de là que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole. "
Saint Jean Chrysostome. (homél. 16 sur S. Matth.) Notre-Seigneur me paraît vouloir parler ici des juges de la terre, de la comparution devant leurs tribunaux, et des prisons de ce monde, car souvent ce sont ces comparaisons tirées des choses qui se passent sous leurs yeux qui ramènent au bien les hommes sans raison qui s’en sont écartés. Aussi ce n’est pas seulement par la perspective des biens et des maux à venir, mais par le spectacle des choses présentes que le Sauveur cherche à convertir, à cause de la grossièreté de ses auditeurs. — Saint Ambroise. On bien, notre adversaire est le démon qui sème sous nos pas les séductions du vice, afin de faire partager son supplice à ceux qui auront été les complices de son crime. Nôtre adversaire c’est encore notre mauvaise conscience, qui fait ici-bas notre tourment, et qui sera notre accusateur et notre condamnation dans l’autre : Faisons donc tout au monde pendant le voyage de cette vie pour nous délivrer de toute action coupable, comme d’un adversaire dangereux ; de peur qu’en allant avec cet adversaire devant le magistrat, il ne condamne en chemin nos égarements. Or, quel est ce magistrat, si ce n’est celui qui possède toute puissance ? Il livre le coupable au juge, à celui qui a reçu le pouvoir de juger les vivants et les morts, c’est-à-dire à Jésus-Christ qui mettra au grand jour tous les crimes secrets, et qui infligera le châtiment à toutes les œuvres mauvaises. C’est lui-même qui livre le coupable à l’exécuteur, et le jette en prison : " Saisissez-vous de lui, dit-il, et jetez-le dans les ténèbres extérieurs. " (Mt 22.) Ses exécuteurs ce sont les anges, dont il est dit : " Les anges viendront et sépareront les mauvais du milieu des justes, et ils les jetteront dans la fournaise de feu. " Et il ajoute : " Je vous le dis, vous ne sortirez pas de là, que vous n’ayez payé jusqu’à la dernière obole. " De même que ceux qui acquittent une dette, ne cessent d’être débiteurs jusqu’à ce qu’ils aient payé intégralement toute la somme par quelque moyen que ce soit, de même la peine que au péché ne peut-être acquittée que par la charité, par les bonnes œuvres et par la satisfaction.
Origène. (homél. 33.) On peut encore donner cette explication : Nous voyons ici quatre personnes, l’adversaire, le prince ou le magistrat, le juge et l’exécuteur ; saint Matthieu ne parle pas du prince, et remplace l’exécuteur par ce qu’il appelle ministre. Les deux évangélistes diffèrent encore en ce que saint Matthieu se sert du mot de denier, et saint Luc de celui d’obole ; tous deux disent " jusqu’au damier. " Or, nous lisons que tous les hommes ont deux anges près d’eux, un mauvais qui les excite au mal, un bon qui leur conseille le bien ; toutes les fois que nous succombons au péché, notre adversaire triomphe, parce qu’il sait qu’il a le droit de se glorifier devant le prince de ce monde qui l’a envoyé. Dans le texte grec, nous lisons l’adversaire avec l’article, ce qui désigne un adversaire spécial entre tous ; car chacun est sous la domination du prince qui commande à sa nation. Efforcez-vous donc de vous délivrer de votre adversaire, ou du prince devant lequel votre adversaire veut vous traîner, en cherchant à acquérir la sagesse, la justice, la force et la tempérance. Mais en faisant tous vos efforts, soyez uni à celui qui a dit : " Je suis la vie ; " (Jn 14), autrement votre adversaire vous traînera devant le juge. Il se sert de cette expression : " il vous traînera, " pour montrer qu’il force les coupables de venir entendre leur condamnation malgré toutes leurs résistances. Quant au juge qui doit livrer à l’exécuteur, je n’en connais pas d’autre que Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous avons tous nos exécuteurs, et ils ont pouvoir sur nous, lorsque nous sommes leurs débiteurs ; mais si je paie à tous mes créanciers ce que je leur dois, je me présente devant l’exécuteur et je lui réponds avec fermeté : " Je ne vous dois rien. " Mais si au contraire je suis débiteur, l’exécuteur me jettera en prison et ne m’en laissera sortir que lorsque j’aurai payé toute ma dette, car l’exécuteur n’a pas le droit de me faire grâce de la moindre obole. Celui que nous voyons remettre à l’un de ses débiteurs cinq cents deniers, à l’autre cinquante, (Lc 6) était le maître ; l’exécuteur au contraire n’est pas le maître, il est chargé par le maître d’exiger tout ce qui lui est dû. Il dit " Jusqu’à la dernière obole " pour signifier ce qu’il y a de moindre et de plus léger. Car les fautes que nous commettons sont graves ou légères ; bienheureux donc celui qui ne pèche point, heureux ensuite celui qui ne commet que des fautes légères. Mais dans les fautes même légères, il y a des degrés, autrement le Sauveur ne dirait pas : " Jusqu’à ce que vous ayez payé la dernière obole. " Ainsi celui dont les dettes sont minimes ne sortira pas qu’il n’ait payé jusqu’au dernier denier ; mais pour celui qui est chargé de dettes énormes, il lui faudra un nombre infini de siècles pour s’acquitter.
Saint Bède. Ou bien encore, notre adversaire dans le chemin, c’est la parole de Dieu qui est en opposition avec nos désirs charnels dans la vie présente. Nous nous délivrons de cet adversaire en obéissant à ses préceptes : autrement il nous livrera au juge, car le mépris qu’on aura fait de la parole du Seigneur est un crime dont le pécheur rendra compte au tribunal du juge. Le juge le livrera à l’exécuteur, c’est-à-dire à l’esprit mauvais ; pour le punir, celui-ci le jettera en prison, c’est-à-dire dans l’enfer, c’est là que le pécheur souffrira éternellement sans pouvoir jamais acquitter ses dettes et obtenir son pardon ; il n’en sortira donc jamais, mais il sera condamné à des peines éternelles, avec le serpent redoutable, avec le démon.
Lc 13, 1-5
1 À ce moment, des gens vinrent rapporter à Jésus l'affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant qu'ils offraient un sacrifice.
2 Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ?
3 Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux.
4 Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?
5 Eh bien non, je vous le dis ; et si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. »
La Glose. (En termes équival.) Notre-Seigneur venait de parler du supplice qui est réservé aux pécheurs, lorsqu’on vient lui annoncer le châtiment infligé à des rebelles, exemple dont il se sert pour menacer les pécheurs d’une peine semblable : " En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. " — Saint Cyrille d’Alexandrie. (Commentaire grec.) C’étaient les sectateurs de Judas le Galiléen dont saint Luc fait mention dans les Actes des Apôtres (Ac 5), qui prétendaient qu’on ne devait donner à personne le nom de maître. Aussi plusieurs d’entre eux qui ne voulaient pas reconnaître l’autorité de César, furent punis par Pilate. Ils enseignaient encore qu’on ne devait offrir à Dieu d’autres victimes que celles qui avaient été prescrites par Moïse ; ils défendaient donc d’offrir les victimes présentées par le peuple pour le salut de l’empereur, et du peuple romain. Pilate indigné contre les Galiléens, ordonna de les mettre à mort au milieu même des sacrifices qu’ils offraient suivant les prescriptions de la loi, et mêla ainsi le sang des sacrificateurs au sang des victimes qu’ils immolaient. Or, comme la foule pensait qu’ils n’avaient souffert que ce qu’ils méritaient, parce qu’ils semaient la division dans le peuple, et indisposaient les princes contre leurs sujets, quelques-uns vinrent raconter ces faits au Sauveur pour savoir ce qu’il en pensait. Notre-Seigneur déclare que c’étaient des rebelles et des pécheurs, mais sans affirmer qu’ils étaient plus coupables que ceux qui avaient échappé à ce châtiment : " Il leur répondit : Pensez-vous que les Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir été traités ainsi ? " etc.
Saint Jean Chrysostome. (Disc. 3, sur Lazare.) Dieu punit certains pécheurs, en mettant un terme à leur iniquité, en leur infligeant des peines légères, en les séparant complètement des autres, et en instruisant par l’exemple de leur châtiment ceux qui vivent dans le péché. Il ne punit pas tous les pécheurs ici-bas, il veut ainsi leur donner le moyen d’éviter par la pénitence les peines de cette vie, et les supplices de l’éternité ; mais s’ils persévèrent dans le mal, ils doivent s’attendre à un châtiment plus sévère. — Tite de Bostra. Le Sauveur nous apprend encore ici que toutes les sentences qui condamnent les coupables aux dernier supplice, ne sont pas seulement édictées par l’autorité des juges mais par la volonté de Dieu. Que le juge condamne suivant les règles de l’équité, ou pour tout autre motif, il faut voir dans le jugement qu’il prononce une permission de la divine justice.
Saint Cyrille d’Alexandrie. Notre-Seigneur veut donc détourner le peuple de toutes ces séditions intestines dont la religion était le prétexte, et il ajoute : " Si vous ne faites pénitence, (et si vous ne cessez de conspirer contre vos princes, ce qui est contraire à la volonté divine), vous périrez tous de la même manière, et votre sang sera mêlé au sang de vos victimes. " — Saint Jean Chrysostome. Il leur montre aussi par ces paroles que s’il a permis ce châtiment pour quelques-uns, c’est afin que la frayeur salutaire qu’il inspirerait à ceux qui survivraient, les rendît héritiers du royaume. Quoi donc, me direz-vous, Dieu en punit un autre pour me rendre meilleur ? Non pas précisément, il est puni pour ses propres crimes, mais son châtiment devient une occasion de salut pour ceux qui en sont témoins. — Saint Bède. Mais comme les Juifs n’ont pas voulu faire pénitence, quarante ans après la passion du Sauveur, les Romains (figurés ici par Pilate qui était de leur nation), envahirent la Judée, et, commençant par la Galilée (où le Sauveur avait commencé le cours de ses divines prédications), ils détruisirent entièrement cette nation impie, et souillèrent de sang humain, non seulement les parvis du temple où on offrait les sacrifices, mais l’intérieur même des maisons.
Saint Jean Chrysostome. Dix-huit autres encore avaient été écrasés par la chute d’une tour, Notre-Seigneur en parle en ces termes : " De même ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu’elle tua, pensez-vous qu’ils fussent plus redevables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis. " En effet, Dieu ne punit pas ici-bas tous les pécheurs pour leur laisser le temps de se repentir, mais il ne les réserve pas non plus tous aux châtiments de l’autre vie, pour ne pas donner lieu de nier sa providence. — Tite de Bostra. Il oppose cette tour à toute la ville, afin que le malheureux sort de quelques-uns épouvante tous les autres, et c’est pour cela qu’il ajoute : " Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière, " c’est-à-dire, toute la ville sera bientôt envahie, si ses habitants persévèrent dans l’infidélité.
Saint Ambroise. Dans le sens figuré, ceux dont Pilate mêla le sang avec leurs sacrifices, représentent ceux qui sous l’impulsion du démon offrent des sacrifices impurs, et dont la prière devient un nouveau péché, (comme il est écrit de Juda), qui au milieu même du sacrifice eucharistique songeait à vendre le sang du Seigneur. — Saint Bède. Pilate (qui signifie la bouche du forgeron) est la figure du démon, toujours prêt à frapper et à répandre le sang ; le sang figure le péché, et les sacrifices représentent les bonnes œuvres. Pilate mêle donc le sang des Galiléens avec leurs sacrifices, quand le démon cherche à souiller et à corrompre les aumônes et les autres bonnes œuvres des fidèles, par les plaisirs sensuels, par le désir des louanges, ou par tout autre vice. Ces habitants de Jérusalem qui furent écrasés par la chute de cette tour, représentent les Juifs qui, pour n’avoir pas voulu faire pénitence, furent écrasés sous les ruines de leurs murailles. Et le nombre de dix-huit a ici une signification particulière, (ce nombre s’écrit en grec par les deux lettres I, et H, qui sont les premières du nom de Jésus. Ce nombre signifie donc que la cause première de la ruine des Juifs, c’est qu’ils n’ont pas voulu recevoir le nom de Jésus. Cette tour est la figure de celui qui est la tour de la force ; elle est située à Siloé qui veut dire envoyé, parce qu’elle représente celui qui a été envoyé par son père, qui est venu dans le monde, et qui écrasera tous ceux sur lesquels il tombera.
Lc 13, 6-9
6 Jésus leur disait encore cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n'en trouva pas.
7 Il dit alors à son vigneron : 'Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?'
8 Mais le vigneron lui répondit : 'Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier.
9 Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.'«
Tite de Bostra. Les Juifs tiraient vanité de ce que dix-huit d’entre eux ayant péri, tous avaient été préservés, c’est pour cela que Notre-seigneur leur propose cette parabole du figuier : " Il leur dit encore cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. " — Saint Ambroise. La vigne du Dieu des armées est celle qu’il a livrée au prise aux nations. La comparaison de la synagogue avec le figuier est on ne peut plus juste ; de même, en effet, que cet arbre se couvre de larges feuilles en abondance, et trompe l’espérance de son maître qui en attend inutilement beaucoup de fruits ; ainsi la synagogue avec ses docteurs stériles en œuvres, et fiers de leurs paroles pompeuses qui ressemblent aux feuilles du figuier est toute couverte des ombres d’une loi infructueuse. Le figuier est encore le seul arbre qui tout d’abord produit des fruits au lieu des fleurs, dont les premiers fruits tombent pour faire place à d’autres, et qui conserve cependant une partie des premiers fruits. C’est ainsi que le premier peuple qui était sous l’autorité de la synagogue est tombé comme un fruit inutile, afin que le nouveau peuple qui a formé l’Église sortit de la sève abondante de l’ancienne religion. Cependant les premiers d’entre les Israélites qui avaient été produits par un rameau d’une nature plus vigoureuse, à l’ombre de la loi et de la croix, dans le sein de l’une et de l’autre, nourris et colorés par cette double sève, et semblables aux premières figues qui arrivent à la maturité, l’ont emporté sur les autres par la richesse des plus beaux fruits ; et c’est à eux qu’il est dit : " Vous serez assis sur douze trônes. " Il en est cependant qui voient dans ce figuier la figure non de la synagogue, mais de la malice et de la perversité ; leur interprétation ne diffère de la précédente qu’en ce qu’ils prennent le genre pour l’espèce.
Saint Bède. Or, le Seigneur qui avait daigné naître et se manifester dans une chair sensible, avait par ses fréquents enseignements dans la synagogue cherché le fruit de la foi et ne l’avait pas trouvé dans le cœur des pharisiens : " Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point. " — Saint Ambroise. Le Maître cherchait du fruit, non pas qu’il ignorât que le figuier n’en portait pas, mais pour montrer par cette figure, que la synagogue aurait dû produire des fruits. D’ailleurs la suite fait bien voir qu’il n’est pas venu avant le temps, lui qui est venu pendant trois années consécutives : " Et il dit au vigneron : Voici trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Il est venu aux jours d’Abraham, sous Moïse et au temps de Marie ; c’est-à-dire dans le signe de la circoncision (Gn 17, 11 ; Rm 4, 11), dans la loi, et dans la chair qu’il a prise du sein de Marie, et nous reconnaissons son avènement à ses bienfaits, d’un côté la purification, de l’autre la sanctification, de l’autre enfin la justification. La circoncision purifiait, la loi sanctifiait, la grâce a justifié. Le peuple juif n’a donc pu ni être purifié, parce qu’il n’avait que la circoncision extérieure sans avoir la circoncision de l’esprit ; ni être sanctifié, parce qu’il ignorait la vertu de la loi, et qu’il était bien plus fidèle aux formalités extérieures qu’aux prescriptions spirituelles ; ni être justifié, parce que ne faisant aucune pénitence de ses péchés, il ne connaissait pas la grâce de Dieu. Il était donc impossible de trouver des fruits dans la synagogue, aussi commande-t-il, qu’elle soit retranchée : " Coupez-le donc, pourquoi occupe-t-il encore la terre ? " Cependant le bon vigneron, (peut-être celui sur lequel a été bâtie l’Église), présageant qu’un autre irait évangéliser les Gentils, tandis que lui-même serait envoyé au peuple de la circoncision, intervient dans un sentiment de charité chrétienne pour prier qu’il ne soit point coupé, parce qu’il puise dans sa vocation la confiance que le peuple juif pourra aussi être sauvé par l’Église : " Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année. " Il reconnut aussitôt que c’était la dureté et l’orgueil des Juifs qui étaient la cause de leur stérilité. Il sait donc comment il faut les cultiver, parce qu’il sait les reprendre de leurs vices : " Je creuserai tout autour. " Il promet de labourer profondément leurs cœurs si durs avec la bêche apostolique, afin que la racine de la sagesse ne soit ni étouffée ni cachée sous un amas de terre : " Et je mettrai du fumier, " c’est-à-dire le sentiment de l’humilité qui peut faire produire aux Juifs eux-mêmes des fruits dignes de l’Évangile de Jésus-Christ. Aussi ajoute-t-il : " Alors s’il porte du fruit, à la bonne heure, (c’est-à-dire ce sera bien), sinon vous le couperez. " — Saint Bède. C’est ce qui s’accomplit, lorsque les Romains détruisirent la nation juive, et la chassèrent de la terre promise.
Saint Augustin. (serm. 23, sur les par. du Seig.) Ou bien encore, ce figuier c’est le genre humain ; car lorsque le premier homme eut péché, il prit des feuilles de figuier pour couvrir sa nudité, c’est-à-dire les membres dont nous sommes nés. — Théophylacte. Chacun de nous est encore ce figuier planté dans la vigne de Dieu, c’est-à-dire dans l’Église de Dieu ou dans ce monde. — Saint Grégoire le Grand.(hom. 31, sur les Evang.) Le Seigneur est venu trois fois à ce figuier, parce qu’il a cherché le fruit que produirait le genre humain avant la loi, sous la loi, et sous la grâce, (en l’attendant, en l’avertissant, en le visitant). Et cependant il se plaint de ce que pendant trois années consécutives, il n’a point trouvé de fruit, parce que certains esprits dépravés n’ont pu être corrigés par la loi naturelle gravée dans leurs cœurs, ni instruits par les préceptes de la loi, ni convertis par les miracles de l’incarnation. — Théophylacte. Par trois fois notre nature a refusé de donner le fruit qui lui est demandé ; dans le paradis lorsque dans la personne de nos premiers parents nous avons désobéi au commandement de Dieu, en second lieu, lorsque les Israélites adorèrent le veau d’or qu’ils avaient fabriqué (Ex 32), troisièmement, lorsqu’ils renièrent le Sauveur. Ces trois ans peuvent encore figurer les trois âges de la vie ; l’enfance, la virilité et la vieillesse.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 31 sur les Evang.) C’est avec un grand sentiment de crainte qu’il faut entendre ces paroles : " Coupez-le, pourquoi occupe-t-il inutilement la terre ? " Tout homme, en effet, à sa manière, et en tant qu’il tient une place dans cette vie, occupe inutilement la terre comme un arbre infructueux, s’il ne peut présenter les fruits de ses bonnes œuvres ; parce qu’en effet, dans la place qu’il occupe, il est un obstacle au bien que d’autres pourraient produire.
Saint Basile. (serm. 8 sur la pénit.) C’est le propre de la divine miséricorde, de ne pas infliger de punitions sans avertir, mais de faire toujours précéder les menaces, pour rappeler à la pénitence. C’est ainsi qu’il avait fait pour les Ninivites, et qu’il fait encore ici en disant au vigneron : " Coupez-le ; " il le presse par là d’en prendre soin, et il excite cette âme stérile à produire les fruits qu’il a droit d’exiger d’elle. — Saint Grégoire de Nazianze. (disc. 26 sur la modération qu’il faut garder dans les discussions.) Ne soyons donc pas nous-mêmes trop prompts à frapper, faisons prévaloir la miséricorde ; ne coupons pas le figuier qui peut encore faire du fruit, et qui peut être guéri de sa stérilité par les soins d’un habile jardinier : " Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année, " etc.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 31 sur les Evang.) Le cultivateur de la vigne représente l’ordre des supérieurs qui sont placés à la tête de l’Église, pour prendre soin de la vigne du Seigneur. — Théophylacte. Ou bien le père de famille, c’est Dieu le Père ; le cultivateur, c’est Jésus-Christ qui ne permet pas que l’on coupe le figuier stérile, et qui semble dire à son Père : Ni la loi, ni les prophètes n’ont pu leur faire produire des fruits de pénitence, cependant je les arroserai de mes souffrances et de mes enseignements, peut-être alors ils produiront des fruits d’obéissance.
Saint Augustin. (serm. 31 sur les par. du Seig.) Ou bien encore, le cultivateur qui intercède, c’est toute âme sainte qui, dans le sein de l’Église, prie pour ceux qui sont hors de l’Église en disant à Dieu : " Seigneur, laissez-le encore cette année (c’est-à-dire dans ce temps de grâce), jusqu’à ce que je creuse tout autour. " Creuser autour, c’est enseigner l’humilité et la patience, car une terre creusée est déprimée ; le fumier (il faut l’entendre dans un bon sens), c’est de l’ordure, mais il aide à produire des fruits. Le fumier du cultivateur, c’est la douleur du pécheur. Ceux qui font pénitence, paraissent sous des dehors négligés, et agissent en cela selon la vérité. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 31.) Ou bien encore, ce sont les péchés de la chair qui sont appelés du fumier, ainsi c’est du fumier qu’il tire sa vie et sa fécondité, parce que c’est la considération du péché qui ressuscite l’âme à la vie des bonnes œuvres. Mais la plupart entendent ces menaces, et refusent cependant de faire pénitence, c’est pour cela que le cultivateur ajoute : " S’il porte du fruit, à la bonne heure. " — Saint Augustin. (comme précéd.) " Sinon, vous le couperez, " c’est-à-dire lorsque vous viendrez au jour du jugement pour juger les vivants et les morts, jusque-là, le figuier est épargné. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 31.) Celui donc qui ne veut pas écouter ces menaces pour revenir à la vie et à la fécondité, tombe dans un état dont il lui est impossible de se relever par la pénitence.