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Lc 4, 22-27
22 Tous lui rendaient témoignage ; et ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. Ils se demandaient : « N'est-ce pas là le fils de Joseph ? »
23 Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays !'«
24 Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays.
25 En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
26 pourtant Élie n'a été envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien à une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon.
27 Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. »
Saint Jean Chrysostome. (hom. 49 sur S. Matth.) Notre-Seigneur s’abstient de faire des miracles dans la ville de Nazareth, pour ne point exciter contre lui une plus grande envie dans le cœur de ses habitants. Mais il leur annonce une doctrine non moins admirable que ses miracles, car les paroles du Sauveur étaient accompagnées d’une grâce ineffable et divine qui charmait tous ceux qui l’entendaient : " Et tous lui rendaient témoignage, " etc. — Saint Bède. Ils lui rendaient témoignage, en attestant qu’il était vraiment, comme il le disait, celui que le prophète avait annoncé. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 49 sur S. Matth.) Mais les insensés, tout en admirant la puissance de sa parole, n’ont que du mépris pour sa personne, à cause de celui qu’ils regardent comme son père : " Et ils disaient : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? " — Saint Cyrille d’Alexandrie. Mais fut-il, comme vous le pensez, le fils de Joseph en serait-il moins digne de votre admiration et de vos hommages ? Ne voyez-vous pas les miracles divins qu’il opère, Satan terrassé, et les nombreux malades qu’il a délivrés de leurs infirmités ? — Saint Jean Chrysostome. (hom. 49.) Longtemps après, et lorsqu’il avait rempli la Judée de l’éclat de ses miracles, il revint à Nazareth ; et ils ne purent le supporter davantage, et ils manifestèrent contre lui l’envie la plus noire et la plus ardente : " Et il leur dit : Sans doute vous m’appliquerez ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. C’était chez les Hébreux un proverbe de mépris ; ainsi on criait aux médecins qui étaient malades : " Médecin, guéris-toi toi-même. " — La Glose. Ils veulent lui dire : Nous avons appris que vous aviez guéri un grand nombre de malades à Capharnaüm, guérissez-vous vous-même, c’est-à-dire, faites les mêmes prodiges dans votre ville, lieu de votre conception et de votre première éducation.
Saint Augustin. (de l’acc. des Evang., 212.) Puisque saint Luc rappelle ici les grands prodiges que Notre-Seigneur a déjà opérés, et qu’il sait bien n’avoir pas racontés lui-même, il est donc évident que c’est en connaissance de cause qu’il place en premier lieu cet événement. En effet, la distance qui le sépare du baptême du Sauveur, est trop peu grande pour qu’on puisse supposer qu’il a oublié qu’il n’a encore rien dit de ce qui s’est passé dans la ville de Capharnaüm.
Saint Ambroise. Ce n’est pas sans raison que le Sauveur s’excuse de n’avoir fait aucun miracle dans sa patrie, il ne voulait pas qu’on pût croire que nous devions faire peu de cas de l’amour de la patrie : " Et il dit : Je vous dis en vérité, qu’aucun prophète n’est accueilli dans sa patrie, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Comme s’il leur disait : Vous voulez me voir opérer de nombreux prodiges au milieu de vous, parmi lesquels se sont passées mes premières années ; mais je n’ignore pas un sentiment trop commun à la plupart des hommes ; ils n’ont que du mépris pour les choses les plus excellentes, lorsqu’elles se répètent fréquemment et comme à volonté. Il en est de même des hommes, celui avec lequel on vit dans une espèce de familiarité cesse d’être respecté par ses proches qui ont l’habitude de le voir toujours au milieu d’eux. — Saint Bède. Que le Christ soit appelé prophète dans les Écritures, Moïse en fait foi quand il dit : " Dieu vous suscitera un prophète d’entre vos frères. " (Dt 18.) — Saint Ambroise. Cet exemple nous apprend qu’en vain nous espérons le secours de la miséricorde céleste, si nous portons envie au mérite de la vertu de nos frères. Dieu, en effet, méprise souverainement les envieux, et prive des miracles de sa puissance ceux qui persécutent dans les autres les bienfaits de sa main divine. Les œuvres que Notre-Seigneur faisait pendant sa vie mortelle, étaient des preuves de sa divinité, et ses perfections invisibles nous étaient manifestées par ce qui paraissait aux yeux. Voyez quel mal produit l’envie, la patrie de Jésus est jugée indigne, à cause de son envie, d’être témoin des œuvres du Sauveur, elle qui avait été jugée digne d’être le lieu de sa conception divine.
Origène. (hom. 33.) À s’en tenir au récit de saint Luc, on n’y voit point que Jésus ait fait jusque-là aucun miracle à Capharnaüm, car cet Évangéliste raconte simplement qu’avant de venir à Capharnaüm, Jésus avait passé plusieurs années de sa vie à Nazareth. Je pense donc que ces paroles des habitants de Nazareth : " Les grandes choses qu’on nous a racontées que vous faisiez à Capharnaüm, " renferment quelque mystère, et que Nazareth représente ici les Juifs, et Capharnaüm les Gentils. En effet, il viendra un temps où le peuple d’Israël dira : Montrez-nous aussi ce que vous avez fait voir à tout l’univers, prêchez votre doctrine au peuple d’Israël, afin que lorsque toutes les nations seront entrées, le peuple d’Israël puisse aussi avoir part au salut. En leur disant donc : Aucun prophète n’est accueilli dans sa patrie, Notre-Seigneur leur répondit dans un sens plus figuré que littéral. " Il est vrai que Jérémie ne fut pas bien reçu dans son pays, et qu’il en fut de même des autres prophètes. Cependant, voici le sens le plus probable de ces paroles : Le peuple de la circoncision fut la patrie de tous les prophètes, et les nations reçurent avec plus d’empressement le témoignage de Moïse et des prophètes qui annonçaient Jésus-Christ, que ceux d’entre les Juifs qui refusèrent de reconnaître Jésus pour le Sauveur du monde.
Saint Ambroise. Notre-Seigneur apporte ici un exemple bien propre à réprimer l’arrogance de ses concitoyens envieux et jaloux, et il leur montre que sa conduite est conforme aux anciennes Écritures : " Je vous le dis en vérité, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Élie, " non que ces jours appartinssent à Élie, mais parce qu’il opéra ses prodiges dans ces jours (cf. Is1 ; Os 1 ; Am 1 ; Za 14, etc.). — Saint Jean Chrysostome. (hom. sur les Ep. de S. Paul.) Cet ange terrestre, cet homme tout céleste, qui n’avait ni demeure, ni table, ni vêtements, ce que le plus grand nombre des hommes possède, portait dans une de ses paroles, pour ainsi dire, la clef des cieux ; ce que Notre-Seigneur indique par ce qui suit : " Lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans. " Or, lorsqu’il eut ainsi fermé le ciel, et frappé la terre de stérilité, elle fut en proie à la famine, et tous les corps dépérirent : " Et qu’il y eut une grande famine sur la terre. " — Saint Basile. (Commentaire grec.Lorsque, en effet, Élie eut considéré que l’abondance était la source des plus grands scandales, il imposa aux hommes par la famine, un jeûne nécessaire, pour mettre ainsi un frein à leurs excès qui ne connaissaient plus de bornes. C’est alors que l’on vit des corbeaux qui, d’ordinaire, dérobent aux autres leur nourriture, devenir les messagers du ciel pour nourrir cet homme juste. — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) Mais comme le fleuve où il se désaltérait était desséché, Dieu lui dit : " Allez à Sarepta, ville des Sidoniens, là je commanderai à une femme veuve de vous nourrir, " Et Notre-Seigneur ajoute : " Et Élie ne fut envoyé à aucune d’elles, mais à une veuve de Sarepta, dans le pays des Sidoniens. " Élie agit en cela par une disposition toute particulière de Dieu, qui le conduisit par un long chemin jusque dans le pays de Sidon, afin qu’étant témoins de la famine qui désolait ces contrées, il priât Dieu de répandre la pluie sur la terre. Or il y avait alors bien des riches dans ce pays, et aucun d’eux n’imita l’exemple de cette veuve, la vénération qu’elle eut pour le prophète lui fit trouver des richesses, non dans les biens qu’elle n’avait pas, mais dans sa bonne volonté.
Saint Ambroise. Dans le sens mystique, ces paroles : " Dans les jours d’Élie ", signifient qu’Élie était pour eux comme la lumière du jour, parce qu’ils voyaient dans ses œuvres l’éclat de la grâce spirituelle qui était en lui. Ainsi le ciel s’ouvrait pour ceux qui étaient témoins des divins mystères, et il se fermait durant la famine, alors qu’il n’y avait aucun moyen facile d’arriver à la connaissance de Dieu. Cette veuve, à laquelle Élie fut envoyé, est une figure de l’Église. — Origène. Pendant que la famine désolait le peuple d’Israël, affamé d’entendre la parole de Dieu, le prophète est venu trouver cette veuve, dont il est dit dans le prophète Isaïe (Is 54) : " L’épouse abandonnée est devenue plus féconde que celle qui a un époux, et en demeurant chez elle il multiplia son pain et ses autres aliments. — Saint Bède. Sidonie veut dire chasse inutile ; Sarepta signifie incendie ou disette du pain ; toutes significations qui conviennent parfaitement au peuple des Gentils. En effet, livré tout entier à une chasse stérile, c’est-à-dire, à la recherche des richesses et des gains du commerce de la terre, il était en proie à l’incendie des concupiscences charnelles et à la disette du pain spirituel, jusqu’à ce que l’intelligence des Écritures ayant disparu complètement par suite de la perfidie des Juifs, Élie, c’est-à-dire, la parole prophétique, vint trouver l’Église pour nourrir et fortifier les cœurs des vrais croyants qui le recevraient. — Saint Basile. On peut encore voir ici la figure de toute âme veuve, pour ainsi dire, dénuée de force et privée de la connaissance de Dieu, lorsque cette âme reçoit la parole divine, en reconnaissant ses fautes, Dieu lui apprend à nourrir cette parole avec le pain des vertus, et à arroser la science de la vertu avec la source de la vie.
Origène. (hom. 33.) Notre-Seigneur cite encore un autre fait à l’appui de la même vérité, en ajoutant : " Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël, au temps du prophète Élisée, et aucun d’entre eux ne fut guéri, si ce n’est Naaman le Syrien, " qui ne faisait point partie du peuple d’Israël. — Saint Ambroise. Nous avons dit précédemment que cette veuve vers laquelle Élie fut envoyé, était la figure de l’Église. Or, dans un sens allégorique, le peuple s’approche de l’Église pour marcher à sa suite. C’est ce peuple composé des nations étrangères, ce peuple couvert de lèpre avant qu’il fût plongé dans le baptême du fleuve mystique, mais qui après avoir reçu le sacrement de baptême qui l’a purifié de toutes les souillures du corps et de l’âme, a commencé à devenir une Vierge immaculée sans rides comme sans taches. — Saint Bède. En effet, Naaman qui veut dire beau, représente le peuple des Gentils ; il lui est ordonné de se laver sept fois, parce que le baptême qui nous sauve est celui qui nous régénère par les sept dons de l’Esprit saint. Sa chair, après avoir été lavée, devient comme celle d’un enfant, parce que la grâce, qui est notre mère, nous fait tous renaître à une seule et même enfance, ou bien parce que nous sommes rendus semblables à Jésus-Christ dont il est dit : " Un enfant nous est né. " (Is 9.)

Lc 4, 28-30
28 À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux.
29 Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas.
30 Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin.
Commentaire grec. (Cyr) Ils s’indignent contre lui, parce qu’il les a repris de leur coupable intention : " En entendant ces paroles, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue. " Comme il leur avait dit : Aujourd’hui cette prophétie s’est accomplie, " ils crurent qu’il se comparait lui-même aux prophètes, et ils le chassèrent hors de leur ville : " Et se levant, ils le chassèrent hors de la ville, " etc. — Saint Ambroise. Il n’est pas étonnant qu’ils aient perdu le salut, eux qui chassent le Sauveur de leur pays. Cependant le Seigneur qui avait enseigné à ses Apôtres, par son exemple, à se faire tout à tous, ne repousse pas les hommes de bonne volonté, mais il ne contraint pas non plus ceux qui résistent ; il ne lutte pas contre ceux qui le rejettent, il ne fait pas défaut à ceux qui le prient de rester avec eux. Il fallait cependant que leur jalousie fut bien grande pour leur faire oublier les sentiments qui unissent d’ordinaire les concitoyens, et pour changer en haine mortelle les motifs de la plus légitime affection, En effet, c’est alors que le Sauveur répandait ses bienfaits surtout le peuple, qu’ils lui prodiguent leurs outrages : " Et ils le conduisirent sur le sommet de la montagne pour l’en précipiter. " — Saint Bède. Les Juifs, disciples du démon, sont mille fois pires que leur maître lui-même ; le démon s’est contenté de dire à Jésus : " Jetez-vous en bas, " tandis que les Juifs cherchent à le précipiter eux-mêmes. Mais Jésus change tout à coup leurs dispositions, ou les frappe de stupeur et d’aveuglement, et descend de la montagne, parce qu’il veut leur laisser encore l’occasion de se repentir : " Or Jésus passant au milieu d’eux, s’en alla. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 47 sur S. Jean.) Notre-Seigneur fait paraître ici tout à la fois les attributs de la divinité et les signes de son humanité. En effet, en passant au milieu de ceux qui le poursuivaient, sans qu’ils puissent se saisir de lui, il montre la supériorité de sa nature divine ; et en s’éloignant d’eux, il prouve le mystère de son humanité ou de son incarnation. — Saint Ambroise. Comprenez encore ici que sa passion a été non un acte forcé, mais complètement volontaire. Ainsi, on se saisit de sa personne quand il le veut, il échappe à ses ennemis quand il le veut ; car comment un petit nombre de personnes aurait-il pu le retenir captif, puisqu’il ne pouvait être arrêté par un peuple tout entier ? Mais il ne voulut pas qu’un si grand sacrilège fût commis par la multitude ; et il devait être crucifié par un petit nombre, lui qui mourait pour le monde entier. D’ailleurs, son désir était de guérir les Juifs plutôt que de les perdre, et il voulait que le résultat de leur impuissante fureur leur fit renoncer à des desseins qu’ils ne pouvaient accomplir. — Saint Bède. Ajoutons encore que l’heure de sa passion n’était pas encore venue, puisqu’elle ne devait arriver que le jour de la préparation de la fête de Pâques. Il n’était pas non plus dans le lieu marqué pour sa passion, qui était figurée par les victimes qu’on immolait, non pas à Nazareth, mais à Jérusalem. Enfin ce n’était pas de ce genre de mort qu’il devait mourir, puisqu’il était prédit depuis des siècles qu’il serait crucifié.

Lc 4, 31-37
31 Jésus descendit à Capharnaüm, ville de Galilée, et il y enseignait, le jour du sabbat.
32 On était frappé par son enseignement parce que sa parole était pleine d'autorité.
33 Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé par un esprit démoniaque,
34 qui se mit à crier d'une voix forte : « Ah ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ! »
35 Jésus l'interpella vivement : « Silence ! Sors de cet homme ! » Alors le démon le jeta par terre devant tout le monde et sortit de lui sans lui faire aucun mal.
36 Tous furent effrayés, et ils se disaient entre eux : « Quelle est cette parole ? Car il commande avec autorité et puissance aux esprits mauvais, et ils sortent ! »
37 Et la réputation de Jésus se propagea dans toute la région.
Saint Ambroise. En quittant la Judée, Notre-Seigneur ne cède ni à un sentiment d’indignation, ni au juste ressentiment du crime des Juifs ; au contraire, il oublie cet outrage pour ne se souvenir que de sa clémence, et tantôt par ses enseignements, tantôt par les guérisons qu’il opère, il cherche à toucher les cœurs de ce peuple infidèle : " Et il descendit à Capharnaüm qui est une ville de Galilée, " etc. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Il connaissait bien leur penchant à l’indocilité et la dureté de leur cœur, cependant il les visite comme un bon médecin qui s’efforce de guérir des malades qu’il voit réduits à l’extrémité. Il enseignait sans crainte dans les synagogues, selon ces paroles d’Isaïe : " Je n’ai point parlé en secret, ni dans quelque coin obscur de la terre. " (Is 45, 19.) Il choisissait le jour de sabbat pour discuter avec eux, parce que c’était pour eux le jour du repos ; ils furent donc étonnés de la grandeur de sa doctrine, de sa vertu, de sa puissance : " Et sa doctrine les frappait d’étonnement, parce qu’il leur parlait avec autorité. " C’est-à-dire, que ses paroles n’étaient point molles et flatteuses, mais entraînantes, et qu’elles pressaient ceux qui les entendaient, de travailler à leur salut. Mais les Juifs ne voyaient dans Jésus-Christ qu’un saint ou un prophète ; aussi pour leur donner de lui une plus haute et une plus juste idée, il s’élève au-dessus du langage prophétique. Son exorde, en effet, n’était pas comme celui des prophètes : " Voici ce que dit le Seigneur ; " mais comme maître de la loi, il enseigne une doctrine supérieure à la loi, et passe de la lettre à la vérité, des figures à leur accomplissement spirituel. — Saint Bède. On peut dire encore que la parole d’un docteur a de l’autorité, lorsqu’il pratique ce qu’il enseigne, car on n’a que du mépris pour celui dont la conduite est en opposition avec ses discours.
Saint Cyrille d’Alexandrie. À la prédication de la doctrine, Notre-Seigneur joint avec à propos des œuvres étonnantes, et persuade ainsi ceux que la raison ne parvenait pas à convaincre de ce qu’il était : " Or, il y avait dans la synagogue un homme possédé du démon, " etc. — Saint Ambroise. Notre-Seigneur, en commençant le jour du sabbat les œuvres de la rédemption divine, veut nous apprendre que la nouvelle création commence le jour même où l’ancienne création avait fini, et nous montrer tout d’abord que le Fils de Dieu n’est pas soumis à la loi mais qu’il était supérieur à la Loi. Il commence encore le jour du sabbat, pour montrer qu’il est le Créateur qui fait succéder aux œuvres anciennes des œuvres nouvelles, et poursuit le dessein qu’il avait commencé à réaliser si longtemps auparavant. Semblable à un ouvrier qui veut rebâtir une maison et qui en fait disparaître tout ce qu’elle a de ruineux, en commençant, non par les fondations, mais par le faîte et en démolissant d’abord ce qui avait été construit en dernier lieu. Ajoutons que le Sauveur commence par des œuvres moins importantes pour arriver à celles qui ont plus d’éclat. Les saints eux-mêmes peuvent délivrer du démon au nom et par le Verbe de Dieu, mais il n’appartient qu’à la puissance divine de commander aux morts de ressusciter (Lc 7, 14 ; Jn 11, 43).
Saint Cyrille. Les Juifs calomniaient la gloire de Jésus-Christ en disant : " Il chasse les démons par Beelzebub, prince des démons. " C’est pour confondre cette accusation sacrilège, que les démons se trouvant en présence de son invincible puissance, et ne pouvant supporter l’approche de la divinité, jetaient des cris effrayants : " Et il jeta un grand cri en disant : Laissez-nous, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ? " etc. — Saint Bède. Comme s’il disait : Cessez un peu de nous tourmenter, vous qui êtes complètement étranger à nos mauvais desseins. — Saint Ambroise. On ne doit point s’étonner de lire dans l’Évangile, que le démon soit le premier à donner au Sauveur le nom de Jésus de Nazareth ; car ce n’est pas du démon que le Christ a reçu ce nom, qui a été apporté du ciel par un ange à la très-sainte Vierge. Mais telle est l’impudence du démon, qu’il cherche à introduire le premier parmi les hommes, un usage, une coutume, et la présente comme nouvelle pour imprimer une plus grande crainte de sa puissance. Il dit donc : " Je sais qui vous êtes, le saint de Dieu. " — Saint Athanase. Il l’appelle le saint de Dieu, non pas comme s’il était semblable aux autres saints, mais comme étant saint d’une sainteté toute particulière, saint par excellence et avec addition de l’article. En effet, Jésus-Christ est le seul saint par nature, et les autres ne méritent le nom de saints que par leur participation à sa sainteté. Toutefois en parlant de la sorte, le démon ne le connaissait pas en réalité, mais il feignait de le connaître. — Saint Cyrille d’Alexandrie. Les dénions s’imaginèrent que ces louanges inspireraient au Sauveur l’amour de la vaine gloire, et le détourneraient de s’opposer à leurs desseins, ou de les chasser, et qu’il leur rendrait ainsi service pour service. — Saint Jean Chrysostome. (hom. sur la 4e Ep. aux Corinth.) Le démon voulut aussi bouleverser l’ordre établi de Dieu, usurper la dignité des Apôtres et ranger un grand nombre d’hommes sous son obéissance. — Saint Athanase. Bien qu’il confessât la vérité, Jésus ne laisse pas de lui imposer silence ; il ne veut pas qu’avec la vérité il puisse propager le mensonge, et il voulait aussi nous accoutumer à ne faire aucun cas de semblables révélations, bien qu’elles paraissent conformes à la vérité, car c’est un crime de choisir le démon pour maître, quand nous avons pour nous instruire les saintes Écritures : " Mais Jésus lui dit avec menace : Tais-toi et sors de cet homme. "
Saint Bède. C’est par une permission divine que cet homme qui allait être délivré du démon est jeté au milieu de l’assemblée, Dieu voulait ainsi rendre plus éclatante la puissance du Sauveur, et en faire entrer un plus grand nombre dans les voies du salut : " Et lorsqu’il l’eût jeté à terre, " etc. Le récit de saint Matthieu paraît ici en contradiction avec celui de saint Marc, où nous lisons : " Et l’esprit impur l’agitant violemment, sortit de lui en jetant un grand cri. " (Mc 1, 21.) Mais on peut dire que ces paroles de saint Marc : " L’agitant violemment, " ont la même signification que ces autres de saint Luc : " Et l’ayant jeté au milieu de l’assemblée. " Quant aux paroles suivantes : " Et il ne lui fit aucun mal, " il faut les entendre dans ce sens, que cette agitation des membres et cette violente secousse ne fit éprouver à cet homme aucune faiblesse, comme il arrive d’ordinaire, lorsque les démons ne sortent des corps qu’ils possèdent qu’en coupant ou en brisant quelques membres. Aussi ceux qui sont présents, sont-ils à bon droit surpris d’une guérison aussi complète : " Et l’épouvante les saisit tous, " etc. — Théophylacte. Ils semblent dire : Quel est cet ordre qu’il vient de donner au démon : " Sors de cet homme, " et il est sorti ? — Saint Bède. Les saints peuvent également chasser les démons par la puissance du Verbe de Dieu ; mais seul le Verbe de Dieu opère de semblables miracles par sa propre puissance.
Saint Ambroise. Dans le sens allégorique, cet homme de la synagogue qui était possédé de l’esprit immonde, c’est le peuple des Juifs qui, enlacé dans les filets du démon, profanait la pureté apparente de son corps par les souillures trop réelles de son âme, il était possédé de l’esprit immonde, parce qu’il avait perdu l’Esprit saint, car le démon prenait possession de la demeure que le Christ venait de quitter. — Théophylacte. Il en est encore beaucoup aujourd’hui qui sont possédés du démon, c’est-à-dire, ceux qui accomplissent les désirs que les démons leur inspirent ; c’est ainsi que les furieux sont possédés du démon de la colère, et ainsi des autres. Or le Seigneur entre dans la synagogue, lorsque l’âme de l’homme se trouve toute réunie, et il dit au démon qui l’habite : Tais-toi, et aussitôt le démon jette cet homme dans le milieu et sort de lui. Il ne convient pas, en effet, que l’homme soit constamment dominé par la colère (c’est le propre des bêtes féroces), ni qu’il soit inaccessible au sentiment de la colère (ce qui serait insensibilité), mais il doit tenir un juste milieu, et manifester une certaine colère contre le mal, et c’est pourquoi cet homme est jeté au milieu de l’assemblée, lorsque l’esprit immonde sort de son corps.
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