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Mc 1, 35-39
35 Le lendemain, bien avant l'aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait.
36 Simon et ses compagnons se mirent à sa recherche.
37 Quand ils l'ont trouvé, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. »
38 Mais Jésus leur répond : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle ; car c'est pour cela que je suis sorti. »
39 Il parcourut donc toute la Galilée, proclamant la Bonne Nouvelle dans leurs synagogues, et chassant les esprits mauvais.
Théophylacte. Après avoir opéré ces guérisons, le Sauveur se retira à l'écart : " Et se levant de grand matin, il sortit et s'en alla dans le désert. " C'est ainsi qu'il nous enseigne à ne rien faire par ostentation, et à ne point divulguer les bonnes œuvres que nous pouvons faire. " Et là, il priait. " — Saint Jean Chrysostome. Ce n'est pas qu'il eût besoin de prier (lui qui recevait les supplications des hommes), mais il agissait ainsi dans notre intérêt, et daignaient nous donner en sa personne l'exemple des vertus que nous devions pratiquer. — Théophylacte. Il nous apprend aussi, par cette conduite, que nous devons rapporter à Dieu tout ce que nous faisons de bien, et lui dire : Tout don excellent vient d'eu haut, et descend de vous, ô mon Dieu ! (Jc 1) " Et Simon le suivit et ceux qui étaient avec lui. " — Saint Jean Chrysostome. Saint Luc dit que la foule s'approcha de Jésus et qu'elle lui adressa cette parole que saint Marc met dans la 1 touche des Apôtres : a Et quand ils furent arrivés près de lui, voilà, lui dirent-ils, que tous sont à votre recherche. " II n'y a ici aucune contradiction entre les deux Évangélistes. Jésus-Christ permit d'abord aux Apôtres, puis à cette multitude, comme haletante à ses pieds, de s'approcher de lui. Il les accueillait avec joie : toutefois, il voulait les congédier , afin que pendant la courte durée de sa vie mortelle, il pût faire participer tous les autres peuples ù sa doctrine. " Et il dit : Allons dans les villages voisins et dans les villes d'alentour, afin que j'y prêche aussi. " — Théophylacte. Il se rend près de ceux qui ont un plus grand besoin de lui, parce que la lumière de sa doctrine ne devait pas être concentrée eu un seul lieu, mais devait faire briller partout les rayons. " Car, ajoute-t-il, je suis venu pour cela. " — Saint Jean Chrysostome. Il manifeste ainsi tout à la fois le mystère de son anéantissement (c'est-à-dire de son incarnation), et le souverain domaine de sa divinité, en déclarant qu'il est venu spontanément dans le monde. D'après saint Luc, Nôtre-Seigneur dit (Lc 4) : " C'est pour cela que j'ai été envoyé, " et il exprime, ainsi le décret providentiel, et la volonté miséricordieuse du Père sur l'incarnation de son Fils.
" Et il prêchait dans leurs synagogues, et dans toute la Galilée. — Saint Augustin. (accord, des Evang., 2, 23.) Dans cette prédication que d'après l'Évangéliste, Jésus lit en Galilée, il faut comprendre le sermon sur la montagne dont saint Matthieu fait mention et que saint Marc passe entièrement sous silence. Ce dernier Évangéliste ne dit rien qui ressemble à ce discours, si ce n'est quelques sentences sans liaison, qu'il sème dans son récit, parce que le Seigneur les a sans doute prononcées en d'autres circonstances.
Théophylacte. À la doctrine, il joint les œuvres ; car peu après sa prédication, il chassa les démons, comme nous le voyons par ce qui suit : " Et il chassait les démons. " C'est qu'en effet, si Jésus-Christ n'avait pas opéré de miracles, on n'aurait pas cru à sa parole. Et vous aussi, après avoir enseigné, agissez, afin que votre enseignement ne demeure pas stérile.
Saint Bède. Si par le coucher du soleil ou entend, dans le sens mystique, la mort du Sauveur, pourquoi ne pas voir sa résurrection dans le retour du matin ? Après que sa lumière eut brillé sur le monde, il s'en alla dans le désert des nations idolâtres, et lu il priait dans la personne de ses fidèles, parce qu'il excitait leurs cœurs par la grâce du Saint-Esprit à la vertu de prière.

Mc 1, 40-45
40 Un lépreux vient trouver Jésus ; il tombe à ses genoux et le supplie : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
41 Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »
42 À l'instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié.
43 Aussitôt Jésus le renvoya avec cet avertissement sévère :
44 « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre. Et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi : ta guérison sera pour les gens un témoignage. »
45 Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu'il n'était plus possible à Jésus d'entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d'éviter les lieux habités, mais de partout on venait à lui.
Saint Bède. Après que la langue insidieuse des dénions eût été réduite au silence, et que la femme qui avait été séduite la première fut guérie de sa fièvre, en troisième lieu, l'homme qui s'était perdu, en écoutant les paroles pernicieuses de son épouse, est guéri de la lèpre de son égarement, afin que l'ordre suivi par le Sauveur dans la réparation du genre humain, fût le même que l'ordre suivi dans la chute de nos premiers parents. " Et un lépreux vint à lui, le suppliant, " etc. — Saint Augustin. (Harm. des Evang., 11, 19) Tout ce que dit ici saint Marc de la guérison de ce lépreux, nous autorise à croire que c'est le même dont saint Matthieu rapporte la guérison opérée par le Seigneur, lorsqu'il descendit de la montagne après son discours. — Saint Bède. Et comme le Seigneur a déclaré qu'il n'était pas venu détruire la loi, mais l'accomplir ; ce lépreux que la loi excluait du commerce des hommes, et qui espérait sa guérison de la puissance du Seigneur fit voir que la grâce qui avait la vertu de purifier les souillures d'un lépreux ne venait pas de la loi, mais lui était bien supérieure. Nous voyons éclater ici tout à la fois la vertu de la puissance du Seigneur, et la fermeté de la foi de cet homme : " Et il l'implorait à genoux en disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. " II se prosterna le visage contre terre (ce qui est une marque d'humilité et de confusion), pour apprendre à chacun de nous à rougir des fautes qui souillent notre âme. Mais la honte n'empêcha point l'aveu de sa misère. Il découvrit sa blessure et en implora le remède, et sa confession est pleine de religion et de foi : " Si vous voulez, dit-il, vous pouvez. " II fait dépendre la puissance du Seigneur de sa volonté. — Théophylacte. Il ne dit pas : Si vous priez Dieu, mais : " Si vous voulez, " comme un homme qui croit à la divinité du Sauveur. — Saint Bède. Du reste, cet homme ne douta pas ni de la volonté du Seigneur ni de ça commisération, mais à la pensée de la lèpre dont il était couvert, il osait à peine en espérer la guérison.
" Or, Jésus, ému de compassion, étendit la main, et le touchant, lui dit : Je le veux ; soyez guéri. " — Saint Jérôme. Il ne faut pas donner à ces paroles le sens que lui donnent la plupart des latins qui traduisent : "Je veux te guérir, " mais il faut séparer les deux mots et lire : " Je le veux, " puis à l'impératif : " Soyez guéri." — Saint Jean Chrysostome. (hom. 26 sur S. Matth., et hom. 21 de l'ouv. imp.) Ce n'est point par sa seule parole qu'il guérit ce lépreux, mais il le touche de sa main, parce qu'il est écrit dans la loi de Moïse : " Celui qui aura touché un lépreux sera impur jusqu'au soir. " (Lv 12, 45.) Il voulait montrer que cette souillure n'était qu'extérieure, et que la loi n'avait pas été portée pour lui, mais pour les simples mortels, et que pour lui, il est en réalité le Maître de la loi, et qu'il guérissait ce lépreux, non en serviteur, mais comme Maître de la loi ; il convenait donc qu'il touchât ce lépreux, bien que cependant ce contact ne fût pas nécessaire pour opérer sa guérison. — Saint Bède. Il le toucha aussi pour prouver qu'il ne pouvait contracter de souillures, lui qui venait en délivrer les autres. C'est d'ailleurs une chose vraiment admirable, que de voir le Sauveur guérir ce lépreux en se conformant à sa prière : " Si vous voulez, lui dit le lépreux, vous pouvez me guérir. " " Je le veux, répond Jésus, vous voilà maître de ma volonté, soyez guéri. " Voilà l'effet de ma commisération pour vous. — Saint Jean Chrysostome. En parlant ainsi, non-seulement il ne détruit point, mais il confirme plutôt l'opinion qu'avait le lépreux de sa puissance. Il le guérit d'une seule parole ; et il accomplit par cette œuvre miraculeuse le vœu que le lépreux avait exprimé. " Des qu'il eût parlé, la lèpre le quitta, " etc. — Saint Bède. Car il n'y a point d'intervalle entre l'œuvre de Dieu et son commandement, parce que dans son commandement est renfermée son œuvre : " I1 a dit, et tout a été fait. "
" Et Jésus le renvoya en lui disant d'un ton sévère : Gardez-vous de parler à personne de ce miracle. " Jésus-Christ nous apprend ainsi fi ne point rechercher l'estime des hommes, en retour de nos bonnes œuvres : " Allez, montrez-vous au prince des prêtres. " Or, il l'envoie au prince des prêtres pour faire constater sa guérison, et afin qu'il ne fût pas chassé hors du temple, mais qu'il lui fût permis de se joindre au peuple pour la prière publique. — II l'envoie encore pour accomplir la loi et fermer la bouche à la malignité des Juifs. Il a opéré, le miracle ; il leur laisse le soin de le constater. — Saint Bède. Il veut aussi faire comprendre au prêtre que cet homme devait sa guérison non à la vertu de la loi, mais à la grâce de Dieu qui est au-dessus de la loi.
" Et offrez pour votre guérison ce que Moïse a prescrit pour leur servir de témoignage, " —Théophylacte. Il leur commande d'offrir le présent qu'avaient l'habitude d'offrir ceux qui étaient purifiés, pour témoigner qu'il n'agissait pas contre la loi, mais qu'il la confirmait, puisqu'il en accomplissait les prescriptions.
Saint Bède. Si l'on est surpris de voir le Seigneur approuver les sacrifices judaïques que l'Église rejette, il faut se rappeler qu'il n'avait point encore offert son holocauste dans sa passion. Or, les sacrifices figuratifs ne devaient cesser qu'après que le sacrifice qu'ils représentaient serait confirmé par le témoignage des Apôtres et la foi de tous les peuples.
Théophylacte. Le lépreux publie le bienfait du Seigneur, malgré la défense qu'il lui en a faite : " Or, le lépreux s'en allant, commença à publier et à répandre la nouvelle de sa guérison. Il faut que celui qui a reçu un bienfait soit reconnaissant et rende grâce au bienfaiteur, bien que celui-ci n'ait point besoin de reconnaissance.— Saint Grégoire le Grand. (Moral., 19, 10 ou 18 dans les anc. édit.) (Mt 9, 30) On demande ici avec raison pourquoi le miracle que le Seigneur avait opéré et qui par sou ordre devait être tenu secret, ne put rester caché un seul instant. À cela, nous répondons que Jésus, qui avait opéré ce miracle, ordonna de le tenir secret, sans toutefois l'obtenir, pour apprendre à ses élus, dans les grandes choses qu'ils pourraient faire, à imiter son exemple en désirant rester cachés et en ne consentant à être mis en évidence qu'à regret, et pour l'édification des autres. On ne peut donc dire que le Sauveur voulut ici ce qu'il ne put obtenir, mais avec toute l'autorité de son caractère, il enseigne à ses membres quelles doivent être leurs intentions, et aussi ce qui doit arriver malgré leur volonté. — Saint Bède. La guérison d'un seul homme amena au Seigneur une foule nombreuse : " En sorte qu'il ne pouvait paraître publiquement dans une ville, mais qu'il était obligé de se tenir dehors dans des lieux déserts. — Saint Jean Chrysostome. Car le lépreux publiait partout cette guérison merveilleuse, de sorte que tous accouraient pour voir celui qui l'avait opérée. C'est ce qui empêchait le Seigneur de prêcher l'Évangile dans les villes, et l'obligeait à demeurer dans les lieux déserts : " Et ils venaient en foule à lui de tous côtés. "
Saint Jérôme. Dans le sens mystique, notre lèpre, c'est le péché du premier homme, poché qui a commencé par envahir la tête, quand Adam a désiré les royaumes de ce monde. Car la racine de tous les maux, c’est la cupidité. Ainsi Giezi, pour avoir ouvert son cœur à l'avarice, "st tout couvert do lèpre. (4 R 5, 27) — Saint Bède. Mais le Sauveur ayant étendu la main (c'est-à-dire le Verbe de Dieu s'étant incarné et s'étant mis en contact avec la nature humaine), l'a guérie de la lèpre de ses anciennes erreurs. — Saint Jérôme. Or, cette lèpre qui est montrée au prêtre selon l'ordre de Melchisédech, est guérie moyennant l'offrande qui est faite, conformément aux paroles du divin Maître : " Donnez l'aumône et tout sera pur pour vous. " (Lc 11) Quant à l'impossibilité où était Jésus d'entrer dans les villes, elle signifie qu'il ne s'est pas manifesté à tous, à ceux particulièrement qui recherchent les vaines louanges, les bruyantes acclamations des places publiques et la satisfaction de leur volonté propre, mais bien à ceux qui sortent dehors avec Pierre, qui aiment la solitude du désert, solitude que Jésus recherchait pour prier et pour nourrir le peuple ; à ceux enfin qui sacrifient les vains plaisirs du monde et tout ce qu'ils possèdent, pour dire : " Le Seigneur est mon partage. " Et la gloire du Seigneur se manifeste à ceux qui viennent de toutes parts (par les chemins unis comme par ceux qui sont plus difficiles), et que rien ne peut séparer de la charité de Jésus-Christ. — Saint Bède. Après avoir opéré ce miracle dans la ville, le Seigneur se retira dans le désert pour montrer qu'il préfère la vie tranquille, éloignée des sollicitudes du siècle, et que c'est dans le désir d'en goûter les charmes qu'il consacre ses soins à la guérison des hommes.

Mc 2, 1-12
1 Jésus était de retour à Capharnaüm, et la nouvelle se répandit qu'il était à la maison.
2 Tant de monde s'y rassembla qu'il n'y avait plus de place, même devant la porte. Il leur annonçait la Parole.
3 Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes.
4 Comme ils ne peuvent l'approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé.
5 Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. »
6 Or, il y avait dans l'assistance quelques scribes qui raisonnaient en eux-mêmes :
7 « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »
8 Saisissant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu'ils faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenir de tels raisonnements ?
9 Qu'est-ce qui est le plus facile ? de dire au paralysé : 'Tes péchés sont pardonnés', ou bien de dire : 'Lève-toi, prends ton brancard et marche' ?
10 Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre,
11 je te l'ordonne, dit-il au paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi. »
12 L'homme se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient stupéfaits et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n'avons jamais rien vu de pareil. »
Saint Bède. La miséricorde divine, loin d'abandonner les hommes charnels, daigne leur accorder la faveur de sa visite, afin d'en faire des hommes spirituels. C'est pour cela que Jésus-Christ quitte le désert pour revenir dans la ville : " Et il entra de nouveau à Capharnaüm, " etc. — Saint Augustin. (De l'accord des Evang., 2, 25) Saint Matthieu rapporte (Mt 9) que le miracle qui suit, fut opéré dans la ville du Sauveur ; Saint Marc le place à Capharnaüm. Il serait difficile de résoudre cette difficulté, si saint Matthieu avait dit positivement que cette ville est Nazareth. Mais comme la Galilée a très bien pu être appelée la patrie du Seigneur, parce que Nazareth se trouvait dans la Galilée, on peut dire que le Seigneur a fait ce miracle dans sa ville, puisqu'il l’a opéré dans Capharnaüm, ville de Galilée, surtout si l'on se rappelle que Capharnaüm dominait tellement sur toutes les villes de la Galilée, qu'elle en était regardée comme la métropole. Ou bien saint Matthieu ne parle des miracles opérés par Jésus-Christ à Nazareth, que quand il fût arrivé ù Capharnaüm, et ce n'est qu'après avoir dit : " Et il vint dans sa ville," qu'il ajoute, en parlant de la guérison du paralytique : " Et voici qu'ils lui présentaient un paralytique. "—Saint Jean Chrysostome. (hom. 30 sur S. Matth.) Ou bien saint Matthieu appelle Capharnaüm la ville du Sauveur, parce que Jésus y allait souvent et qu'il y faisait beaucoup de miracles.
" Et lorsqu'on sut qu'il était dans la maison, il s'y assembla un grand nombre de personnes, " etc. Le désir de l'entendre triomphait des difficultés qu'on avait de l'approcher. C'est alors qu'on introduisit le paralytique, dont parle saint Matthieu et saint Luc : " Et on lui amena un paralytique qui était porté par quatre hommes, " et trouvant la porte obstruée par la foule, ils furent quelque temps sans pouvoir entrer. Toutefois les porteurs, espérant que le paralytique pourrait obtenir la grâce de sa guérison, le soulevèrent avec son lit, et l'introduisirent par une ouverture qu'ils firent au toit, et le déposèrent sous les yeux du Sauveur : " Et comme ils ne pouvaient le lui présenter, " etc. Or, Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : " Mon fils, vos péchés vous sont remis. " L'Évangéliste veut parler de la foi non du paralytique, mais de ceux qui le portaient ; car il arrive quelquefois qu'on doit sa guérison à la foi d'autrui. — Saint Bède. Quelle n'est pas, près de Dieu, la puissance de la foi personnelle de chaque fidèle, si la puissance de la foi d'autrui et de leurs mérites, a été si grande, qu'elle a obtenu pour cet homme la guérison complète de son corps et de son âme, et la rémission de ses péchés ! — Théophylacte. Jésus vit aussi la foi du paralytique ; car s'il n'eût pas eu foi en sa guérison, il ne se serait pas laissé porter aux pieds de Jésus-Christ.
Saint Bède. Le Seigneur, avant de guérir cet homme de sa paralysie, commence par briser les liens de ses péchés, afin de montrer que c'étaient ces liens funestes qui l'avaient condamné à cet anéantissement de ses membres, et qu'il n'en pouvait recouvrer l'usage qu'après avoir été délié de ses fautes. Ô admirable humilité de Jésus ! Cet homme méprisé et faible, dont les membres ont perdu tout ressort et toute force, Jésus l'appelle son fils, lui que les prêtres n'auraient même pas voulu toucher. Ou bien encore, il lui donne le nom de fils, parce que ses péchés lui sont remis.
Or, il y avait là quelques scribes assis, qui pensaient dans leurs cœurs : " Comment cet homme parle-t-il ainsi ? il blasphème. "
Saint Cyrille d’Alexandrie. Ils l'accusent de blasphème, et dans leur précipitation homicide, ils portent contre lui une sentence de mort. Car la loi ordonnait que quiconque blasphémerait contre Dieu, serait puni de mort. Or, ils l'accusaient de ce crime, parce qu'il s'attribuait la puissance de remettre les péchés. Qui peut, en effet, ajoutent-ils remettre les péchés, sinon Dieu seul ? Celui-là seul qui est le juge de tous les hommes a le pouvoir de remettre les péchés. — Saint Bède. Dieu remet encore les péchés, par ceux qui ont reçu de lui le pouvoir de les remettre ; et une prouve évidente de la divinité de Jésus-Christ, c'est qu'il peut remettre les péchés comme Dieu. Les Juifs sont donc dans l'erreur, lorsque tout en reconnaissant que le Christ est Dieu, et qu'il peut remettre les péchés, ils refusent de croire que Jésus est le Christ promis ù leurs pères. Mais, l'erreur des ariens est encore plus absurde, eux qui, convaincus par les paroles de l'Évangile, n'osent nier que Jésus soit le Christ, qu'il puisse remettre les péchés, et ont néanmoins l'audace d'affirmer qu'il n'est pas Dieu. Toutefois, Jésus, qui désire sauver ces âmes perfides, fait éclater sa divinité, et par la manifestation des pensées secrètes du cœur et par la puissance de ses œuvres. " Aussitôt, Jésus, connaissant dans son esprit ce qu'ils pensaient en eux-mêmes, il leur dit : Pourquoi pensez-vous ces choses dans vos cœurs ? " II leur prouve ainsi qu'il est Dieu, puisqu'il peut connaître les secrets des cœurs ; et son silence semble leur dire en quelque sorte : Cette vertu divine ; cette majesté souveraine qui pénètre vos pensées les plus cachées, peut pareillement remettre aux hommes leurs péchés.
Théophylacte. Mais quoique leurs pensées fussent ainsi révélées, ils n'en restent pas moins insensibles, et ne veulent pas reconnaître que celui qui pénètre le fond de leurs cœurs, puisse remettre les péchés. Aussi, le Seigneur prouve la guérison de l'âme par la guérison du corps, il démontre l'invisible par ce qui est visible, ce qui est plus difficile par ce qui est facile, bien que telle ne fût pas leur manière de juger. Car ils regardaient la guérison du corps comme plus difficile, parce qu'elle est extérieure, et celle de l'âme comme plus facile, parce qu'elle est invisible, tel était donc à peu près leur raisonnement : II renonce à guérir les corps, et il prétend guérir l'âme qui est invisible. Mais s'il en avait le pouvoir, il aurait déjà guéri le corps de cet homme, et ne se serait pas retranché dans la guérison invisible de l'âme. Le Sauveur donc, pour leur démontrer qu'il peut l'un et l'autre, leur dit : " Qui est le plus facile ? " c'est-à-dire, en opérant la guérison du corps qui, en réalité, est plus facile, mais qui vous paraît à vous plus difficile, je vous forcerai de reconnaître la guérison de l'âme qui est plus difficile. — Saint Jean Chrysostome. Mais comme il est plus aisé de dire que de faire, ils persévéraient ouvertement dans leur incrédulité, parce qu'il n'avait pas encore opéré le fait extérieur qu'ils désiraient. Aussi, ajoute-t-il : " Or, afin que vous sachiez, " etc. Comme s'il disait : Puisque vous doutez de ma parole, j'y joindrai les œuvres, pour confirmer la vérité de ce qui ne paraît pas à vos yeux, il dit donc clairement : " Le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, " pour montrer qu'il a uni par un lien indissoluble la puissance divine avec la nature humaine. Il s'est fait homme, il est vrai, mais il n'en demeure pas moins le Verbe de Dieu ; il a daigné, par son incarnation, converser avec les hommes, mais il n'en avait pas moins la puissance de faire des miracles, et d'accorder la rémission des péchés ; car son humanité n'a diminué en rien les attributs de sa divinité ; et la divinité n'a point empêché que le Verbe de Dieu se fit sur la terre Fils de l'homme, en réalité et d'une manière permanente. — Théophylacte. Il dit donc au paralytique : " Prenez votre lit, " pour établir plus clairement la vérité du miracle, et pour montrer qu'il n'est pas seulement apparent, mais bien réel, et qu'avec la guérison, il rend à cet homme la force. C'est ainsi qu'il ne se contente pas de retirer les âmes du péché, mais qu'il leur donne encore la force pour accomplir les commandements.
Saint Bède. Jésus opère donc un prodige extérieur, pour rendre témoignage au miracle intérieur, bien qu'à vrai dire, il appartînt à la même puissance de guérir les maladies du corps et celles de l'âme : " Et aussitôt, il se leva, et ayant pris son lit, il s'en alla en présence de tous. " — Saint Jean Chrysostome. Il commença par guérir ce qu'il était venu chercher, c'est-à-dire les âmes en remettant leurs péchés, pour opposer ensuite au doute des pharisiens un miracle sensible, confirmer sa parole par ses œuvres, et prouver par l'évidence du prodige extérieur la vérité du prodige intérieur, c'est-à-dire la guérison de l'âme rendue manifeste par la guérison du corps. — Saint Bède. Nous devons aussi comprendre par là, que les péchés sont la source de la plupart des infirmités corporelles ; et c'est probablement pour cela, que les péchés sont remis tout d'abord, afin que la santé ne soit rendue que lorsque les causes de l'infirmité ont disparu. En effet, les hommes sont soumis aux infirmités de la chair, pour cinq causes : c'est pour augmenter leurs mérites, comme nous le voyons dans Job et dans les martyrs ; ou pour conserver l'humilité, comme il advint à saint Paul, tourmenté par l'ange de Satan ; ou pour nous faire comprendre la malice de nos péchés et la nécessité de nous en corriger, comme Dieu le permit pour Marie, sœur de Moïse, et pour le paralytique ; ou pour la gloire de Dieu, comme l'aveugle-né et Lazare en sont une preuve ; ou comme un commencement de damnation, comme il arriva pour Hérode et Antiochus. Or, nous devons admirer la vertu de la puissance divine, qui, sur-le-champ, et d'une seule parole, opère le salut de cet homme. Aussi, lisons-nous : " Et ils étaient dans l'admiration, " etc. — Victor d'Antioche. Ils négligent le plus important, c'est-à-dire la rémission des péchés, pour admirer ce qui frappe les yeux, la guérison du corps. — Théophylacte. Ce paralytique n'est point celui dont saint Jean raconte la guérison. Ce dernier n'avait point d'homme pour le porter. Celui dont il est ici question, en a quatre. L'un est guéri dans la piscine, l'autre dans une maison particulière. Mais c'est le même dont saint Marc et saint Matthieu rapportent la guérison. Il y a aussi une signification mystérieuse dans le lieu choisi par Jésus-Christ pour opérer ce miracle, c'est Capharnaüm, le lieu de la consolation. —Saint Bède. Jésus, prêchant dans cette maison, ne peut être entendu de ceux qui étaient à la porte, c'est-à-dire que lorsque Jésus prêchait dans la Judée, les Gentils ne purent entrer pour l'entendre, mais cependant il envoya des prédicateurs à ceux qui étaient dehors pour leur enseigner sa doctrine.
Saint Jérôme. La paralysie est l'image de la torpeur spirituelle, dans laquelle languit le paresseux, engourdi par une honteuse mollesse, tout en conservant le désir du salut de son âme. — Théophylacte. Si donc dans le funeste relâchement des puissances de mon âme, semblable à un paralytique, je tends mollement vers le bien ; et que porté par les quatre Évangélistes, je sois présenté à Jésus-Christ, j'entendrai cette parole : " Mon fils, vos péchés vous sont remis ; " car on devient fils de Dieu par l'accomplissement de ses préceptes. — Saint Bède. Ou bien ces quatre hommes représentent les quatre vertus que l'on nomme la prudence, la force, la tempérance, la justice, et sur lesquelles l'homme s'appuie, pour parvenir à la guérison. Ces vertus désirent présenter le paralytique au Sauveur, mais elles ne peuvent arriver jusqu’à Jésus, a cause de la foule qui empêche tout accès près de lui. Souvent, en effet, l'âme, qui après les langueurs des infirmités du corps, désire se renouveler à l'aide de la grâce divine, se sent retardée par l'obstacle de ses habitudes anciennes. Souvent aussi, au milieu des douceurs de l'oraison mentale et du colloque délicieux de l'âme avec son Dieu, la foule des pensées étrangères vient à la traverse, obscurcit l'œil intérieur, et l'empêche de jouir de la vue de Jésus-Christ. Il ne faut donc pas demeurer dans les basses régions, ou s'agite la foule, mais il faut monter dans la partie supérieure de la maison, c'est-à-dire qu'il faut entrer avec empressement dans les sublimités de la sainte Écriture, en méditant la loi divine.
Théophylacte. Mais comment serai-je porté aux pieds de Jésus-Christ, à moins que le toit ne soit entr'ouvert ? Car ce toit figure l'intelligence qui domine toutes les puissances de notre être. Cette intelligence tient beaucoup à la terre, si l'on considère les tuiles faites d'argile, c'est-à-dire les choses terrestres qui l'enveloppent. Mais si on les soulève, la vertu de notre intelligence, comme allégée, retrouve toute sa force. Il faut ensuite nous faire entrer par cette ouverture, c'est-à-dire il faut que l'âme s'humilie ; car elle doit, non s'enfler de ce que l'intelligence est délivrée d'un accablant fardeau, mais s'humilier davantage. — Saint Bède. Ou bien encore, le malade est introduit par le toit entr'ouvert, pour signifier qu'on parvient à la connaissance du Christ, par les mystères des Écritures qui nous sont découverts, c'est-à-dire qu'on descend jusqu'à ce Dieu humilié, par une foi pleine de piété. Ce malade, couché sur son grabat, signifie que Jésus-Christ doit être connu par l'homme, encore enveloppé de sa chair mortelle ; se lever de son grabat, c'est soustraire son âme aux désirs charnels, qui la tenaient assujettie ; emporter son lit, c'est soumettre sa chair au frein salutaire de la continence, et la séparer des jouissances terrestres, dans l'espérance des récompenses du ciel ; retourner dans sa maison en emportant son lit, c'est retourner vers le paradis. Ou bien encore, celui qui était malade revient guéri, et emporte son lit dans sa maison, c'est-à-dire que l'âme, après avoir reçu la rémission de ses péchés, s'astreint à la garde intérieure d'elle-même et des sens. — Théophylacte. Disons encore qu'il faut emporter son lit, c'est-à-dire soulever son corps, pour opérer le bien ; car ce n'est qu'alors que nous pourrons parvenir aux sublimes hauteurs de la contemplation, et dire au fond de notre cœur : Jamais nous n'avons vu avec tant de clarté, c'est-à-dire jamais nous n'avons si bien compris les célestes vérités, que depuis la guérison de notre paralysie ; car celui qui est purifié du péché, a l'œil de l'âme plus limpide et plus pur.
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