Mc 6, 30-34
30 Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné.
31 Il leur dit : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu'on n'avait même pas le temps de manger.
32 Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l'écart.
33 Les gens les virent s'éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.
La Glose. Après le récit de la mort de Jean-Baptiste, l'Évangéliste raconte ce que firent Jésus-Christ et ses disciples après que le saint Précurseur fût mort : " De retour près de Jésus, les Apôtres lui rendirent compte, " etc. — Saint Jérôme. Les fleuves reviennent au lieu d'où ils sont sortis (Qo, 1, 7) ; et les envoyés de Dieu lui rendent toujours grâces des bienfaits qu'ils en ont reçus.— Théophylacte. Apprenons nous aussi, lorsqu'on nous envoie remplir quelque ministère, à ne pas trop nous étendre, à ne pas outrepasser l'objet de notre mission, mais à revenir à celui qui nous l'a donnée, pour lui rendre compte de tout ce que nous avons fait et enseigné. — Saint Bède. Il ne suffit pas d'enseigner, il faut encore agir. Or, les Apôtres ne rapportent pas seulement au Seigneur ce qu'ils avaient fait et enseigné, mais encore ce que Jean-Baptiste avait souffert pendant qu'ils étaient occupés du ministère de la prédication ; et ici, comme le rapporte saint Matthieu, les disciples de Jean se joignent à eux pour informer le Sauveur de la mort de leur maître.
" Et il leur dit : Venez à l'écart, " etc. — Saint Augustin. (de l'ace, des Evang. 2, 45.) L'Évangéliste nous raconte ce fait comme ayant immédiatement suivi la mort de Jean-Baptiste ; ce n'est donc qu'après, qu'il faut placer les faits racontés précédemment, et qui impressionnent Hérode au point de lui faire dire : " Celui-ci est Jean à qui j'ai fait trancher la tête. " — Théophylacte. Jésus se retire dans le désert par un sentiment d'humilité ; et il invite ses disciples à prendre un peu du repos, pour apprendre aux supérieurs ecclésiastiques que ceux qui sont livrés aux œuvres extérieures et à la prédication, ne peuvent continuellement travailler, et qu'ils ont droit à prendre quelques instants de repos.
Saint Bède. Quelle était la raison qui rendait ce repos nécessaire aux disciples , la voici : " II y avait un tel concours de personnes qui venaient et s'en allaient, que les Apôtres n'avaient pas même le temps de manger. " Heureux temps, où tous rivalisaient ainsi de zèle et de fatigues, les uns pour enseigner, les autres pour être instruits. "Et étant montés dans une barque, " etc. Les disciples ne montent pas seuls dans cette barque, ils prennent le Seigneur avec eux pour gagner le désert, comme le raconte saint Matthieu (Mt 14). Le Sauveur veut par là éprouver la foi de la multitude ; car en se rendant dans un lieu désert, il veut s'assurer de sa fidélité à le suivre. Or, tout ce peuple en le suivant, sans aucun moyen de transport, et malgré les fatigues d'une longue marche à pied, fait voir le zèle qu'elle a pour son salut. " Mais beaucoup de gens, les ayant vus partir, et ayant connu leur dessein, y accoururent à pied, " etc. Puisque cette multitude, qui suit à pied Nôtre-Seigneur, le précède, il est évident que le Sauveur et ses disciples n'abordèrent point à une rive opposée de la mer et du Jourdain, mais qu'ils s'arrêtèrent dans un lieu voisin de celui d'où ils étaient partis, et où ils furent devancés par ceux qui s'y étaient rendus à pied. — Théophylacte. À leur exemple, n'attendez pas que Jésus-Christ vous appelle, mais hâtez-vous de le devancer.— " Et étant sorti de la barque, il vit une grande multitude, et il en eut compassion, " etc. Les pharisiens, ces loups ravisseurs, loin de nourrir le peuple, le dévoraient ; aussi se presse-t-il en foule autour de Notre-Seigneur, le vrai pasteur qui lui distribue la nourriture spirituelle de la parole de Dieu : " Et il commença à leur enseigner beaucoup de choses. " Il voit dette multitude que la vue de ses miracles attire à sa suite malgré les fatigues d'une longue route, il en a compassion, et il satisfait à son désir en l'instruisant. — Saint Bède. Saint Matthieu (Mt 14) rapporte qu'il guérit ceux qui étaient malades ; en effet, la vraie compassion pour les pauvres, est de leur ouvrir par l'enseignement la voie de la vérité, et de les délivrer de leurs souffrances corporelles.
Saint Jérôme. Dans le sens mystique, Nôtre-Seigneur emmène à l'écart ceux qu'il a choisis pour ses disciples, de peur qu'en vivant au milieu des méchants, ils ne soient exposés à imiter leurs exemples ; ainsi que Loth le fût dans Sodome (Gn 19), Job dans la terre de Hus (Jb 1), et Abdias dans la maison d'Achah. (3 R 18.) — Saint Bède. Après avoir abandonné la synagogue dans le désert, les prédicateurs de l'Église que les Juifs accablaient sous le poids des tribulations, trouvent le repos au milieu des Gentils auxquels ils ont communiqué la grâce de la foi. — Saint Jérôme. Toutefois, ce repos des saints sur la terre est de courte durée, le travail est long, mais après cette vie, il leur sera dit : " Qu'ils se reposent de leurs travaux. " (Ap 14, 13.) Nous voyons arriver dans l'Église ce qui se passa autrefois dans l'arche de Noé ; les animaux qu'elle contenait étaient envoyés dehors, et ceux qui étaient dehors étaient reçus au dedans (Gn 8). Ainsi Judas se retire de l'Église, mais le bon larron y entre, et toutefois, lorsqu'un de ses enfants abandonne la vraie foi, le repos de l'Église n'est pas sans amertume : c'est Rachel qui pleure ses enfants, et ne veut pas de consolation (Jr 31 ; Mt 11) Ce n'est pas encore ce festin où l'on servira du vin nouveau, où des hommes nouveaux chanteront aussi un nouvel hymne, lorsque ce corps mortel sera revêtu d'immortalité. (1 Co 15) Alors que Jésus-Christ s'avance vers le désert des nations, il est suivi d'une multitude innombrable de fidèles qui ont abandonné les habitudes de leur vie ancienne.
Mc 6, 35-44
35 Déjà l'heure était avancée ; ses disciples s'étaient approchés et lui disaient : « L'endroit est désert et il est déjà tard.
36 Renvoie-les, qu'ils aillent dans les fermes et les villages des environs s'acheter de quoi manger. » Il leur répondit :
37 « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répliquent : « Allons-nous dépenser le salaire de deux cents journées pour acheter du pain et leur donner à manger ? »
38 Jésus leur demande : « Combien avez-vous de pains ? Allez voir. » S'étant informés, ils lui disent : « Cinq, et deux poissons. »
39 Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes sur l'herbe verte.
40 Ils s'assirent en rond par groupes de cent et de cinquante.
41 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains, et il les donnait aux disciples pour qu'ils les distribuent. Il partagea aussi les deux poissons entre eux tous.
42 Tous mangèrent à leur faim.
43 Et l'on ramassa douze paniers pleins de morceaux de pain et de poisson.
44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient au nombre de cinq mille hommes.
Théophylacte. Notre-Seigneur, après avoir donné à cette multitude ce qui est le plus utile, la nourriture de la parole de Dieu, lui distribue aussi la nourriture corporelle, et l'Évangéliste commence ainsi le récit de ce miracle : " Et comme l'heure était déjà fort avancée, ses disciples s'approchèrent de lui, et lui dirent : Ce lieu est désert, " etc. — Saint Bède. Cette heure avancée c'était le soir et la nuit qui approchait, comme saint Luc le dit clairement (Lc 9) : " Le jour commençait à baisser. " — Théophylacte. Voyez le progrès des disciples dans l'amour du prochain ; pleins de compassion pour cette multitude, ils s'approchent de Jésus et le prient de venir à son secours ; mais le Sauveur veut les éprouver et savoir par expérience s'ils lui reconnaissent une assez grande puissance pour nourrir un si grand nombre de personnes : " Et il leur répondit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. " — Saint Bède. Il presse les Apôtres de leur donner à manger, afin que l'aveu qu'ils feront de leur impuissance, rende plus éclatant le miracle qu'il doit opérer.
Théophylacte. L'observation que les disciples font au Sauveur, suppose qu'il ignorait la quantité de pain nécessaire pour nourrir une si grande multitude, et ils lui répondent avec une espèce de trouble : " Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers de pain, afin de leur donner à manger. " — Saint Augustin. (de l'acc. des Evang., 2, 46.) Dans saint Jean, c'est Philippe qui fait cette réponse (Jn 6), saint Marc la place dans la bouche de tous les disciples, et veut nous faire entendre que Philippe l'avait faite au nom de tous les autres, quoiqu'il ait très-bien pu employer le pluriel pour le singulier, selon l'usage fréquent de la sainte Écriture (Lc 22). " Et il leur demanda : " Combien avez-vous de pains ? Allez et voyez. " Les autres Évangélistes n'ont point fait mention de cette dernière circonstance. " Et s'en étant instruits, ils vinrent lui dire : " Cinq pains et deux poissons. " La réponse que saint Jean prête à André au sujet des cinq pains et des deux poissons, est attribuée à tous les disciples par les autres Évangélistes qui emploient le pluriel pour le singulier. — " Et il leur commanda de les faire tous asseoir, " etc. Saint Luc rapporte qu'on les fit asseoir par groupes de cinquante ; saint Marc, par groupes de cinquante et de cent, il n'y a en cela aucune contradiction, l'un n'a mentionné qu'une partie, et l'autre le tout. Celui qui parle, des groupes de cent, a suppléé à ce que l'autre avait omis. — Théophylacte. L'Évangéliste nous donne ainsi à entendre que toute cette multitude fut distribuée par groupes ; car dans le texte grec, cette expression, par troupes, par sociétés, se trouve répétée, comme s'il y avait : " Par groupes et par groupes.
" Et Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 50 sur S. Matth. ) II lève les yeux au ciel dans une intention toute de sagesse ; les Juifs, avant de recevoir la manne dans le désert, avaient osé dire : " Est-ce que Dieu pourra nous donner du pain ? " (Ps 67, 20.) C'est pour bannir de leur esprit ce doute injurieux, qu'avant d'opérer ce miracle, il rapporte à Dieu l'action qu'il allait faire. — Théophylacte. Il lève encore les yeux au ciel, pour nous apprendre à demander à Dieu notre nourriture, et non au démon, comme ceux qui se nourrissent injustement aux dépens des travaux d'autrui. Il prouve encore à cette multitude qu'il n'était pas ennemi de Dieu, puisqu'il l'invoquait. Il charge ses disciples de distribuer le pain au peuple, afin qu'en tenant ce pain dans leurs mains, il ne leur reste aucun doute sur la réalité du miracle : " Et ils mangèrent tous, et ils furent rassasiés, " etc. Mais ce miracle parut bien plus éclatant aux yeux de tout ce peuple, lorsqu'il vit douze corbeilles pleines de morceaux qui restaient, et chacun des apôtres rapportant sur ses épaules une de ces corbeilles. C'était l'œuvre, en effet, d'une puissance qui n'est point restreinte, non-seulement de nourrir une si grande multitude, mais encore de faire en sorte qu'on recueillit une si grande quantité de morceaux qui restaient. Moïse avait bien donné la manne au peuple de Dieu " mais il n'en donnait à chacun que le nécessaire, et ce qui dépassait cette mesure était aussitôt corrompu par les vers. (Ex 16) Elle, que Dieu avait chargé de nourrir la veuve de Sarepta, ne le faisait également que dans la mesure du nécessaire (3 R 17) ; Jésus seul donne en maître et avec une libéralité surabondante.
Saint Bède. Dans le sens mystique, le Sauveur nourrit cette multitude affamée vers le déclin du jour, parce qu'en effet c'est aux approches de la fin des temps, ou lorsque le soleil de justice (Ml 4, 2) s'est couché dans le tombeau, que nous avons été délivré des suites de la disette spirituelle. Il charge ses Apôtres de rompre le pain au peuple, pour leur apprendre qu'ils doivent tous les jours donner à nos âmes la nourriture dont elles ont besoin, autant par leurs exemples que par leurs écrits. Or, les cinq pains figurent les cinq livres de la loi, et les deux poissons, les psaumes et les prophètes. —Théophylacte. Ou bien, les deux poissons sont les écrits des pêcheurs, c'est-à-dire l'Évangile et les Epîtres. — Saint Bède. L'homme a cinq sens extérieurs, et ces cinq mille hommes qui suivent le Seigneur représentent ceux qui, tout en vivant encore au milieu du monde, savent cependant faire un bon usage des choses extérieures. — Saint Grégoire le Grand. (Moral., 16, 23) Les divers groupes assis sur l'herbe sont la figure des diverses Églises du monde, qui ne font entre elles qu'une seule Église catholique. Le nombre cinquante a ici une signification mystérieuse : il figure le repos du jubilé, et ce nombre cinquante se trouve répété pour former le nombre cent. Ils s'assoient donc par groupes de cinquante et de cent, et ils figurent ainsi le premier repos, qui consiste à s'abstenir du mal, et le repos plus complet est où l'âme jouira de la pleine connaissance de Dieu. — Saint Bède. Ce n'est qu'après qu'ils sont assis sur l'herbe que le Seigneur les nourrit de ce pain miraculeux, et ils représentent ainsi ceux qui, après avoir foulé aux pieds la concupiscence par la pratique de la chasteté, s'appliquent tout entiers à écouter et à observer la parole de Dieu. Le Sauveur ne tire pas du néant de nouveaux aliments, parce qu'en effet, en venant sur la terre revêtu de notre chair, il n'a point annoncé d'autres vérités que celles qui avaient été prédites ; mais il a fait voir que la loi et les prophètes portaient comme dans leur sein, et étaient prêts à enfanter les mystères de la grâce. Il leva les yeux au ciel, pour nous apprendre que c'est là qu'il faut chercher la lumière. Il rompt le pain et le donne à ses disciples, pour qu'ils le distribuent à la foule ; c'est ce qu'il a fait encore en découvrant aux saints docteurs les secrets mystérieux des prophéties, qu'ils devaient eux-mêmes faire connaître à tout l'univers. Les disciples recueillent les restes que laisse la foule, c'est-à-dire qu'il ne faut pas laisser perdre négligemment les vérités plus augustes que les esprits grossiers ne peuvent comprendre, mais les recueillir et les approfondir avec soin pour les âmes plus parfaites. Ainsi, ces douze corbeilles sont la figure des douze Apôtres et des docteurs qui sont venus après eux. De même que les corbeilles sont destinées aux usages, les plus communs, ils ont extérieurement peu d'apparence aux yeux des hommes, mais ils sont remplis au dedans des restes précieux de la nourriture du salut. — Saint Jérôme. Ou bien encore, ils recueilleront ces douze corbeilles pleines de morceaux, lorsqu'ils s'assoiront sur douze trônes, pour juger les douze tribus d'Israël (Mt 19, 28), qui sont comme les restes d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, alors que les restes d'Israël seront sauvés (Rm 11, 5).
Mc 6, 45-52
45 Aussitôt après, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoyait la foule.
46 Quand il les eut congédiés, il s'en alla sur la montagne pour prier.
47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer et lui, tout seul, à terre.
48 Voyant qu'ils se débattaient avec les rames, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il allait les dépasser.
49 En le voyant marcher sur la mer, les disciples crurent que c'était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris,
50 car tous l'avaient vu et ils étaient bouleversés. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c'est moi ; n'ayez pas peur ! »
51 Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba ; et en eux-mêmes ils étaient complètement bouleversés de stupeur,
52 car ils n'avaient pas compris la signification du miracle des pains : leur cœur était aveuglé.
La Glose. Dans le miracle de la multiplication des pains, Nôtre-Seigneur avait montré qu'il était le créateur de toutes choses ; en marchant sur la mer, il fait voir que son corps est affranchi du poids accablant de nos péchés, et, en apaisant les vents et en calmant la fureur des flots soulevés, il prouve qu'il est le souverain Maître des éléments : " Et aussitôt, il fît monter ses disciples, " etc. — Saint Jean Chrysostome. Nôtre-Seigneur renvoie le peuple après l'avoir comblé de bénédictions et guéri ses malades ; mais il est obligé de forcer ses disciples, selon l'expression de l'Évangéliste, de traverser la mer, parce qu'ils ne se séparaient que difficilement de sa personne, tant à cause du vif attachement qu'ils avaient pour lui que parce qu'ils étaient en peine comment ils pourraient le rejoindre. — Saint Bède. On se demande avec raison comment après le miracle de la multiplication des pains, saint Marc a pu dire que les disciples traversèrent la mer pour se rendre à Bethsaïde, tandis que selon saint Luc, c'est à Bethsaïde même qu'aurait eu lieu ce miracle. Cette apparente contradiction disparaît en admettant que saint Luc, par ces paroles : " II se retira dans un lieu désert, qui est Bethsaïde, " a voulu désigner, non l'intérieur de la ville qui porte ce nom, mais un lieu désert situé près de cette ville, tandis que saint Marc, en disant : " Pour le précéder à Bethsaïde, " a voulu parler de la ville elle-même de Bethsaïde.
" Et après avoir renvoyé le peuple, il s'en alla sur la montagne pour prier. " — Saint Jean Chrysostome. Il faut entendre ces paroles de Jésus-Christ en tant qu'il est homme, et il agit de la sorte pour nous enseigner l'assiduité dans la prière. —Théophylacte. Après avoir renvoyé la foule, il monte sur une montagne pour y prier, car la prière réclame le silence et le repos. — Saint Bède. Tous ceux qui prient ne montent pas sur la montagne ; il n'y a que ceux qui prient convenablement, et qui cherchent Dieu dans la prière. Mais celui qui ose demander à Dieu les richesses de la terre, les honneurs du siècle ou la mort de son ennemi reste plongé dans les choses basses et n'offre à Dieu que de viles et misérables prières. Saint Jean nous fait connaître le motif pour lequel Nôtre-Seigneur se retira sur une montagne pour prier, après avoir congédié le peuple : " Jésus, ayant connu qu'ils devaient venir pour l'enlever et le faire roi, il s'enfuit de nouveau sur la montagne tout seul. "
" Et le soir étant venu, la barque se trouvait au milieu de la mer, " etc. — Théophylacte. Nôtre-Seigneur permit que ses disciples fussent exposés au danger pour leur donner lieu de pratiquer la patience. Aussi ne vient-il pas immédiatement à leur secours, mais il permet que le danger dure toute la nuit, pour leur apprendre à attendre avec patience et à ne pas compter que le secours leur viendrait aussitôt au milieu de leurs tribulations : " Et voyant ses disciples qui se fatiguaient à ramer, " etc. — Saint Jean Chrysostome. (comme précéd.) L'Écriture, suivant l'usage des anciens, divise la nuit en quatre veilles, et chaque veille en trois heures ; ainsi, la quatrième veille est celle qui commence après la neuvième heure, c'est-à-dire à la dixième ou à la dernière.
" Et il voulait les devancer. " — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang., 2, 47.) Les Apôtres ne purent comprendre que Jésus voulait les devancer que parce qu'il se dirigeait en sens contraire. Il voulait les dépasser comme des hommes qui lui étaient étrangers, et qui le reconnaissaient si peu qu'ils le prenaient pour un fantôme : " Mais eux le voyant marcher sur la mer, crurent que c'était un fantôme, " etc. — Théophylacte. Remarquez que c'est au moment même où le Sauveur devait calmer leur effroi, qu'il leur inspire une crainte plus vive ; mais il les rassure aussitôt en lui adressant la parole : " Aussitôt il leur parla, et leur dit : Rassurez-vous, c'est moi, ne craignez pas. " — Saint Jean Chrysostome. Et en effet, ils le reconnurent aussitôt à sa voix , et ils cessèrent de craindre. — Saint Augustin. (De l'acc. des Evang.) On ne peut expliquer que Notre-Seigneur voulut dépasser ses disciples dont il dissipe si pleinement l'épouvante, qu'en admettant que son intention n'avait d'autre but en les dépassant que de leur faire pousser ce cri qu'il attendait pour venir à leur secours. —Saint Bède. Un certain Théodore, qui fut autrefois évêque de Pharan, soutint que Nôtre-Seigneur avait eu un corps sans pesanteur, ce qui explique comment il avait pu marcher sur la mer : mais la foi catholique enseigne que la chair du Sauveur était soumise aux lois de la pesanteur, car, dit saint Denis(Des noms div., 2), nous ne savons comment le Sauveur, avec des pieds qui avaient leur pesanteur naturelle et qui soutenaient tout le poids du corps, a pu marcher sans enfoncer sur la mer, élément liquide et sans consistance.—Théophylacte. Mais à peine est-il entré dans la barque qu'il apaise la tempête : " Et il monta avec eux dans la barque, et le vent cessa. " C'était déjà un grand miracle que de marcher sur la mer, mais la tempête et le vent contraire rendent encore ce miracle plus éclatant. Aussi les Apôtres, que le miracle de la multiplication des pains n'avait pas suffisamment convaincus de la puissance de Jésus-Christ, la comprennent mieux en voyant la tempête miraculeusement apaisée : " Et leur étonnement en devint plus grand, car ils n'avaient pas compris le miracle des pains. " — Saint Bède. La grandeur de ces miracles étonnait les disciples qui étaient encore charnels ; mais ils ne pouvaient encore reconnaître dans le Sauveur la vérité de la majesté divine : " Parce que leur cœur était aveuglé. "
Dans le sens allégorique, le travail des disciples qui se fatiguent à ramer et le vent qui est contraire, sont une figure des travaux de la sainte Église, qui malgré les flots soulevés du monde et les tempêtes déchaînées par les esprits impurs, s'efforce de parvenir au repos de la patrie céleste. Ce n'est point sans raison que cette barque nous est représentée au milieu de la mer, tandis que Jésus est seul sur le rivage, parce que l'Église, quelquefois, est tellement accablée par les persécutions des infidèles, que le divin Rédempteur paraît l'avoir complètement abandonnée. Mais le Seigneur ne perd pas de vue ses serviteurs qui luttent contre les flots soulevés ; il les fortifie d'un regard de sa miséricorde pour qu'ils ne succombent pas sous le poids de leurs tribulations, et quelquefois même il les délivre d'une manière éclatante. Il vient à leur secours à la quatrième veille, et lorsque le jour approche, parce qu'en effet, lorsque l'homme ouvre les yeux de son âme à la lumière du secours qui vient d'en haut, le Seigneur vient lui-même eu personne, et tous les dangers des tentations sont assoupis. — Saint Jean Chrysostome. Ou bien la première veille est le temps qui s'est écoulé jusqu'au déluge ; la seconde s'étend jusqu'à Moïse ; la troisième, jusqu'à l'avènement du Sauveur ; c'est dans la quatrième veille que le Seigneur arrive et adresse la parole à ses disciples. — Saint Bède. Souvent la bonté divine paraît avoir abandonné les fidèles au milieu des tribulations, et il semble encore que Jésus veuille passer outre sans jeter un regard sur ses disciples qui luttent contre la fureur de la nier. Il est encore aussi des hérétiques qui pensent que le Sauveur eut un corps sans réalité, et qu'il n'a point pris une chair véritable dans le sein de la Vierge Marie. — Saint Jérôme. Jésus dit à ses disciples : " Ayez confiance, c'est moi, ne craignez point, " parce qu'un jour nous le verrons tel qu'il est. Le vent tombe et la tempête s'apaise aussitôt que Jésus s'est assis ; c'est-à-dire aussitôt qu'il exerce l'autorité de roi dans la barque qui est la figure de l'Église universelle. — Saint Bède. De même encore, aussitôt qu'il entre dans un cœur par la grâce du divin amour il apaise et fait cesser aussitôt toutes les guerres soulevées par les passions, par le monde et les esprits mauvais.