Mt 10, 34-36
34 Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.
35 Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère :
36 on aura pour ennemis les gens de sa propre maison.
Saint Jérôme. Notre-Seigneur avait dit plus haut : " Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour ; " il apprend ici à ses Apôtres quels seront les effets de leur prédication : " Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix. — La Glose. Ou bien ces paroles sont la suite de ce qui précède, c’est-à-dire qu’ils doivent être inaccessibles aux affections charnelles comme à la crainte de la mort. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 36.) Comment donc leur a-t-il ordonné de souhaiter la paix dans chaque maison où ils entreraient ? Comment les anges eux-mêmes ont-ils pu chanter cet hymne : " Gloire à Dieu dans les hauteurs des cieux, et paix aux hommes sur là terre ? " C’est que la paix consiste surtout à retrancher ce qui est malade, à séparer ce qui est une source de division ; c’est alors seulement qu’il sera possible d’unir le ciel avec la terre. Le médecin ne coupe-t-il pas ainsi le membre qui est incurable pour sauver le reste du corps ? C’est ce qui est arrivé à la tour de Babel, où une heureuse division vint mettre fin à une paix qui était mauvaise. (Gn 11.) C’est ainsi que saint Paul divisa ceux qui s’étaient déclarés contre lui. (Ac 23.) L’accord et la paix ne sont pas toujours une bonne chose, car on les voit régner même parmi les voleurs. Or cette guerre, ce n’est pas Jésus-Christ qui la rend nécessaire, mais bien la volonté de ses ennemis. — Saint Jérôme. En effet, à peine la foi en Jésus-Christ fut-elle annoncée, que tout l’univers s’est trouvé divisé. Dans chaque maison on trouva des croyants et des infidèles, et cette division fut la cause d’une guerre heureuse qui fit cesser une paix pernicieuse dans ses résultats.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 35.) En parlant de la sorte il veut consoler ses disciples, et il semble leur dire : " Ne vous troublez pas comme si ces événements devaient vous surprendre et tromper votre attente, car je suis venu pour apporter la guerre. " Et ce n’est pas seulement " la guerre, " mais ce qui est plus effrayant, " le glaive. " Il a voulu par la dureté même de son langage exciter leur attention, les empêcher de faiblir au milieu du danger, et prévenir ce qu’on aurait pu croire et dire que sous des expressions pleines de douceur, il avait caché les plus grandes difficultés ; car il vaut mieux éprouver la douceur dans les choses que dans les paroles. Il ne s’arrête pas à cette déclaration, il explique la nature de cette guerre et fait voir qu’elle est plus terrible même que la guerre civile : " Je suis venu séparer l’homme d’avec son père, la fille d’avec sa mère, et la belle-fille d’avec sa belle-mère. " Ainsi ce n’est pas seulement entre les amis que cet état de guerre existera, c’est entre ceux qui sont unis par les affections les plus vives et par les liens les plus étroits. Une des preuves les plus évidentes de la puissance du Christ, c’est que les Apôtres écoutèrent ces dures leçons et qu’ils les firent à leur tour recevoir et mettre en pratique.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 35.) Ce n’est pas Jésus-Christ lui-même qui opérait cette séparation, mais la malice des hommes. Cependant il s’en déclare l’auteur, d’après la manière de s’exprimer de l’Écriture, par exemple dans ce passage : " Dieu leur a donné des yeux pour ne point voir. " (Is 6 ; Rm 11.) Nous avons ici une preuve du rapport intime qui existe entre l’Ancien et le Nouveau-Testament. C’est ainsi que nous voyons les Juifs se déclarer contre leurs frères et les mettre à mort lorsqu’ils eurent fabriqué le veau d’or (Ex 32,) et lorsqu’ils eurent immolé des victimes à Beelphegor. (Nb 25.) Or pour montrer que c’est toujours le même Dieu qui sous la loi nouvelle comme sous la loi ancienne a pour agréables ces mêmes sentiments, Notre-Seigneur cite un passage de la prophétie de Michée : " L’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. (Mi 7.) La société juive présentait un spectacle semblable, il y avait de vrais et de faux prophètes, et le peuple était divisé, et les familles étaient partagées ; les uns croyaient aux premiers, les autres suivaient les seconds. — Saint Jérôme. Ce passage se trouve presque mot pour mot dans le prophète Michée. Il faut observer du reste que toutes les fois que le Sauveur emprunte un témoignage à l’Ancien Testament, il importe peu s’il donne seulement le sens de ce passage, ou s’il rapporte textuellement les paroles.
Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) Dans le sens mystique, le glaive, qui est l’arme la plus aiguisée, est l’emblème de la souveraineté et du pouvoir judiciaire, de la sévérité et du droit de punir les coupables. Rappelons-nous donc que ce glaive figure la parole de Dieu ; il a été apporté sur la terre, c’est-à-dire que la prédication l’a fait pénétrer dans le cœur des hommes. Ce glaive a donc divisé entre eux les cinq habitants d’une même maison, trois contre deux et deux contre trois. Ces trois habitants nous les trouvons dans l’homme : c’est son corps, son âme et sa volonté. Car de même que l’âme a été unie et donnée au corps, ainsi le pouvoir d’user de l’un et de l’autre à son gré à été donné à l’homme, et c’est pour cela que Dieu a imposé des lois à la volonté, comme nous le voyons dans ceux qui sont sortis les premiers de sa main. Mais par suite du péché et de la désobéissance de notre premier père, le péché devint pour les générations suivantes le père de notre corps, l’infidélité la mère de notre âme, et la volonté adhère à l’un et à l’autre ; c’est ainsi que l’on trouve cinq habitants dans la même maison. Mais lorsque nous sommes renouvelés dans les eaux du baptême, la puissance de la parole nous sépare des péchés de notre origine, et ces retranchements qu’opère le glaive de Dieu rompent tous les liens d’affection qui nous attachaient à notre père et à notre mère. C’est ainsi qu’on voit éclater dans une même maison de sérieuses divisions ; l’homme régénéré trouve des ennemis dans ce qu’il y a de plus intime en lui, car il met toute sa joie dans la sainte nouveauté de son esprit, tandis que les restes de son ancienne origine veulent conserver ce qui faisait l’objet de leur bonheur. — Saint Augustin. (Quest. évang. sur S. Matth., quest. 3.) Ou bien dans un autre sens : " Je suis venu séparer l’homme d’avec son père parce qu’il renonce au démon dont il était le fils, et " la fille d’avec sa mère, " c’est-à-dire le peuple de Dieu d’avec la cité du monde, qui n’est autre que la société corrompue du genre humain, représentée dans l’Écriture tantôt par Babylone, tantôt par Sodome, tantôt par l’Égypte et sous plusieurs autres dénominations. (Ap 11, 8 ; 14, 8) " La belle-fille d’avec sa belle-mère, " c’est l’Église opposée à la synagogue qui a enfanté selon la chair le Christ, époux de l’Église. Tous sont divisés par le glaive de l’Esprit, qui est le Verbe de Dieu, " et les ennemis de l’homme sont ceux de sa maison avec lesquels il était lié par une intimité des plus étroites. — Raban Maure. On est incapable de respecter aucun droit lorsqu’on est divisé sur le point de la foi. — La Glose. On peut encore interpréter ces paroles dans ce sens : Je ne suis pas venu parmi les hommes pour donner une nouvelle force aux affections de la chair, mais pour séparer par un glaive tout spirituel ceux qu’elles retiennent étroitement unis ; c’est pour cela qu’il ajoute : " Et l’homme aura pour ennemi ceux de sa propre maison. " — Saint Grégoire le Grand. (Moral. 3, 5.) Lorsque l’ennemi du salut, plein de ruse et de finesse, se voit chassé des cœurs vertueux, il s’adresse à ceux pour lesquels ils ont une vive affection, et leur met sur les lèvres un langage d’autant plus insinuant qu’ils sont aimés plus tendrement, et c’est ainsi qu’en même temps que la force de l’amitié pénètre au plus intime du cœur, le glaive de la persuasion franchit les retranchements de la droiture intérieure.
Mt 10, 37-39
37 Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi ;
38 celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi.
39 Qui veut garder sa vie pour soi la perdra ; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera.
Saint Jérôme. Après avoir dit : " Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive, et séparer l’homme d’avec son père, d’avec sa mère, d’avec sa belle-mère, " Notre-Seigneur, ne voulant pas que les sentiments naturels l’emportent jamais sur la religion, ajoute : " Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. " Nous lisons dans le Cantique des Cantiques : " Il a réglé en moi la charité. " (Ct 2.) Dans toute affection nous devons conserver cet ordre. Aimez après Dieu votre père et votre mère, aimez après lui vos enfants. Mais si la nécessité vous force de mettre en présence l’amour de vos parents et de vos enfants, et que vous ne puissiez satisfaire en même temps à l’un et à l’autre, rappelez-vous qu’alors la haine pour les siens devient un véritable amour de Dieu. Il ne défend donc pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : " plus que moi. " — Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) Ceux en effet qui donneront la préférence à ces affections sur l’amour de Dieu se rendront indignes de l’héritage des biens futurs.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 36.) Ne soyez pas étonné si d’ailleurs, saint Paul fait un commandement exprès d’obéir en tout à ses parents : il ne veut parler que de l’obéissance dans les choses qui ne sont pas contraires à la religion ; et c’est en effet un devoir sacré que de rendre alors à nos parents toute sorte d’honneur ; mais s’ils exigent au delà de ce qui leur est dû, il faut s’y refuser. Cette doctrine est conforme à l’Ancien Testament, où Dieu ordonne non-seulement de haïr, mais même de lapider ceux qui adoraient les idoles. (Lv 20.) Nous lisons encore dans le Deutéronome : " Celui qui dira à son père et à sa mère : Je ne vous connais pas, et à ses frères : Je vous ignore, ceux-là auront gardé votre parole. " — La Glose. On voit souvent les parents aimer leurs enfants plus qu’ils n’en sont aimés ; aussi Notre-Seigneur va-t-il par degrés, et après avoir enseigné que son amour doit passer avant l’amour des parents, il enseigne naturellement qu’il doit aussi l’emporter sur l’amour des enfants, en ajoutant : " Et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. " — Raban Maure. Ce qui signifie qu’on est indigne de toute union avec Dieu quand on préfère les affections de la chair et du sang à l’amour spirituel qu’on doit avoir pour Dieu.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 36.) Ces paroles pouvaient blesser ceux dont l’amour se trouve ainsi sacrifié à l’amour de Dieu ; Notre-Seigneur, pour leur faire supporter patiemment ce sacrifice, tient un langage plus élevé. En effet, rien n’est plus intime à l’homme que son âme, et cependant si vous ne haïssez votre âme, les plus grands maux vous attendent. Et il ne vous ordonne pas seulement de haïr votre âme, mais encore de la livrer à la mort et aux supplices les plus sanglants. Ainsi nous enseigne-t-il qu’il ne suffit pas d’être prêt à subir une mort quelconque, mais qu’il faut être disposé à souffrir la mort la plus violente, la plus ignominieuse, c’est-à-dire la mort de la croix, et c’est pour cela qu’il ajoute : " Et celui qui ne prend pas sa croix. " Il ne leur a pas encore parlé de sa passion, mais de temps en temps il les prépare à recevoir ce qu’il doit plus tard leur en dire. — Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) Ou bien encore, ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur corps avec ses vices et ses convoitises (Ga 5), et on est indigne de Jésus-Christ quand on ne marche pas à sa suite en prenant sa croix (par laquelle nous souffrons avec lui, nous mourons avec lui, nous sommes ensevelis avec lui, nous ressuscitons avec lui), pour vivre par ce mystère de la foi dans une sainte nouveauté d’esprit. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 35.) Le mot croix vient d’un mot latin (cruciatus) qui signifie tourment ; or nous portons la croix du Seigneur de deux manières, ou bien en mortifiant notre corps par la privation, ou par un sentiment de compassion qui nous fait regarder comme nôtres les misères du prochain. Mais il en est quelques-uns qui font profession de mortifier leur chair, non pour plaire à Dieu, mais par un sentiment de vaine gloire ; et d’autres qui témoignent à leur prochain une compassion qui n’a rien de spirituel, mais qui est toute charnelle, et qui, loin de les porter à la vertu, favorise par ce sentiment de fausse pitié leur penchant au vice. Ils semblent porter leurs croix, mais ils ne suivent pas le Seigneur, et c’est pour cela qu’il ajoute : " Et qui me suit. "
Saint Jean Chrysostome. (hom. 36.) Les commandements qu’il fait ici pouvaient paraître accablants ; il en fait donc ressortir les avantages immenses : " Celui qui conserve sa vie le perdra ; et celui qui aura perdu sa vie pour l’amour de moi, la retrouvera. " Comme s’il disait : " Non-seulement ces sacrifices que je vous impose ne vous causeront aucun tort, mais vous en recueillerez les fruits les plus précieux, tandis qu’une conduite opposée vous serait infiniment nuisible. Ici comme partout, le Sauveur prend ses inductions dans ce que les hommes désirent le plus. Pourquoi refusez-vous de faire peu de cas de votre vie ? semble-t-il leur dire. Parce que vous l’aimez. Mais c’est justement pour cela que vous devez la sacrifier, si vous voulez lui procurer les plus grands avantages. — Rémig. L’âme ne signifie pas ici la substance même de l’âme, mais la vie présente, et tel est le sens de ces paroles : " Celui qui cherche son âme en cette vie, c’est-à-dire celui qui désire cette vie avec ses attachements et ses plaisirs, et qui cherche à la trouver toujours, parce qu’il veut la conserver toujours, la perdra, c’est-à-dire qu’il prépare son âme à la damnation éternelle. — Raban Maure. Ou bien encore, celui qui cherche à sauver son âme pour l’éternité, n’hésitera pas à la perdre, c’est-à-dire à s’exposer à la mort. Ce qui suit est également favorable à l’un et à l’autre sens. " Et celui qui aura perdu sa vie pour moi la trouvera. " — Rémig. C’est-à-dire, celui qui au temps de la persécution s’exposera, pour confesser mon nom, à perdre cette vie mortelle, ses affections et ses plaisirs, trouvera le salut éternel de son âme.
Saint Hilaire. C’est ainsi qu’on perd sa vie en voulant la sauver, et qu’on la sauve en consentant à la perdre, car le sacrifice d’une vie qui passe si rapidement nous met en possession d’une vie qui ne finira jamais.
Mt 10, 40-42
40 Qui vous accueille m'accueille ; et qui m'accueille accueille Celui qui m'a envoyé.
41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité d'homme juste recevra une récompense d'homme juste.
42 Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : il ne perdra pas sa récompense. »
Saint Jérôme. Notre-Seigneur, en envoyant ses disciples prêcher 1’Évangile, leur apprend à ne craindre aucun danger, et à sacrifier toutes leurs affections aux devoirs de sa religion. Déjà, il s’en est déclaré, il ne veut pas d’or, il ne veut pas d’argent dans leurs bourses : c’est une condition bien dure que celle des Évangélistes. Mais comment pourvoir aux dépenses nécessaires, à la nourriture, aux choses nécessaires à la vie ? Notre-Seigneur adoucit donc la sévérité de ses préceptes par l’espérance des promesses. " Celui qui vous reçoit, leur dit-il, me reçoit. " Ainsi chaque fidèle doit être persuadé qu’il a reçu Jésus-Christ en recevant ses Apôtres. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 36.) Ce qui précède suffisait pour produire cette persuasion dans ceux qui devaient recevoir les Apôtres. Car en voyant ces hommes héroïques qui méprisaient tout ce qui les concernait pour sauver leurs frères, qui ne les aurait accueillis avec le plus vif empressement ? Plus haut, Notre-Seigneur a menacé de punir ceux qui ne les recevraient point ; ici il promet de récompenser ceux qui les recevront. Et d’abord il leur promet cet honneur insigne de recevoir dans la personne des Apôtres Jésus-Christ et même son Père. " Et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. " Que peut-on comparer à cet honneur de recevoir Dieu le Père et le Fils ? — Saint Hilaire. (can. 10 sur S. Matth.) Ces paroles nous apprennent en même temps son office de médiateur, car après que nous l’avons reçu, lui qui est sorti de Dieu, il nous fait entrer en communication avec Dieu lui-même, et d’après cet ordre que suit la grâce, recevoir les Apôtres, c’est recevoir Dieu, parce que le Christ est en eux, et que Dieu est dans le Christ.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 36.) À cette récompense qu’il promet il en ajoute une autre : " Celui qui reçoit un prophète au nom du prophète, recevra la récompense du prophète, et celui qui reçoit le juste, " etc. Il ne dit pas simplement : Celui qui reçoit un prophète, ou celui qui reçoit un juste, mais : Celui qui reçoit un prophète, un juste, au nom du prophète, au nom du juste, c’est-à-dire parce qu’il est prophète, parce qu’il est juste, et non pas à cause de la dignité dont il peut-être revêtu en ce monde, ou en vue de quelque autre avantage temporel. Ou bien dans un autre sens, comme il avait recommandé aux disciples de recevoir les maîtres qui les enseignent, les fidèles pouvaient lui faire secrètement cette réponse : Nous devons donc recevoir tes faux prophètes et Judas le traître ? Le Seigneur prend donc soin de leur rappeler qu’ils ne doivent pas considérer les personnes, mais les noms qu’elles portent, et qu’on ne perdra pas sa récompense parce que celui qu’on aurait reçu en serait indigne. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 30.) Notre-Seigneur dit : " Il recevra la récompense du prophète et la récompense du juste, " c’est-à-dire la récompense qui convient à celui qui reçoit le prophète ou le juste, ou celle que le prophète et le juste devront recevoir eux-mêmes. — Saint Grégoire le Grand. (homél. 20 sur les Evang.) Il ne dit pas : C’est des mains du juste ou du prophète qu’ils recevront la récompense, mais : " la récompense du prophète et du juste ; " peut-être celui qu’ils reçoivent est-il juste, et plus il est dépouillé de tout en ce monde, plus grande aussi sera sa fermeté à défendre les intérêts de la justice. Or celui qui possède les biens de la terre et qui pourvoit aux besoins du prophète et du juste, participera au mérite de son indépendance, et partagera la récompense de justice de celui qu’il a secouru et nourri sur la terre. Cet apôtre est plein de l’esprit de prophétie, mais son corps a besoin d’aliments, et si ses forces ne sont pas réparées, il est certain que la voix lui fera défaut. Or celui qui pourvoit à la nourriture du prophète, lui donne la force de parler : il recevra donc avec le prophète la récompense du prophète, parce qu’il a subvenu à ses besoins dans l’intention de plaire à Dieu.
Saint Jérôme. Dans le sens mystique, celui qui reçoit le prophète comme prophète, et qui comprend ce qu’il lui enseigne des choses futures, partagera sa récompense. Les Juifs donc, qui ne comprenaient les prophètes que dans un sens charnel, ne recevront pas la récompense des prophètes. — Rémig. Dans ce prophète et dans ce juste, quelques-uns veulent voir Notre-Seigneur Jésus-Christ, de qui Moïse a dit : " Dieu vous suscitera un prophète, " etc. (Dt 18), et qui est juste aussi d’une manière incomparable. Celui donc qui recevra le prophète et le juste au nom du prophète et du juste, recevra la récompense des mains de celui pour l’amour duquel il a fait cette action.
Saint Jérôme. Mais on pouvait lui alléguer cette excuse : Ma pauvreté me défend de donner l’hospitalité ; il la détruit en nous proposant la chose la moins coûteuse qui soit au monde, c’est-à-dire de donner de tout cœur un verre d’eau froide. " Et celui qui donnera à l’un de ces plus petits, un verre d’eau froide, etc. " Il dit un verre d’eau froide, et non d’eau chaude, de peur que s’il s’agissait d’eau chaude, on ne prétextât encore sa pauvreté et l’impossibilité de se procurer du bois pour la faire chauffer. Rémig. Il ajoute : " Au plus petit, " c’est-à-dire non pas seulement aux justes ou aux prophètes, mais à l’un des plus petits et des plus misérables. — La Glose. Remarquez ici comme Dieu regarde beaucoup plus à la disposition du cœur qu’à la valeur de la chose que l’on donne. Ou bien les plus petits sont ceux qui ne possèdent rien absolument en cette vie, et qui jugeront un jour le monde avec Jésus-Christ. — Saint Hilaire. (can. 40 sur S. Matth.) Ou bien il prévoyait qu’il y en aurait plusieurs dont toute la gloire consisterait dans le nom d’apôtre qu’ils déshonoreraient par tout le reste de leur vie ; il ne veut donc pas priver de récompense l’honneur qui leur est rendu au nom de la religion, car bien qu’ils soient les plus petits de tous, c’est-à-dire les derniers des pécheurs, les services qu’on leur rend, même les plus légers, et qui sont exprimés par ce verre d’eau froide, ne seront pas perdus, car ce n’est pas aux péchés de l’homme, mais à son titre d’apôtre qu’est rendu cet honneur.