Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

Mt 11, 1
1 Jésus acheva ainsi de donner ses instructions aux douze disciples, puis il partit de là pour enseigner et prêcher dans les villes du pays.
Raban Maure. Le Sauveur avait donné à ses disciples qu’il envoyait prêcher l’Évangile les instructions nécessaires ; il accomplit maintenant lui-même ce qu’il leur avait enseigné en allant porter aux Juifs les prémices de sa prédication. " Après que Jésus eut achevé de donner ces instructions à ses douze disciples, il partit de là, " etc.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) L’Évangéliste dit qu’il partit de là, c’est-à-dire qu’ayant donné à ses Apôtres leur mission, il s’éloigna afin de leur laisser toute latitude pour le lieu et pour le temps où ils accompliraient ce qu’il venait de leur recommander. Car s’il avait continué à être présent au milieu d’eux et à guérir les malades, personne n’aurait eu recours à ses disciples. — Rémig. C’est par suite d’un dessein plein de sagesse que le Sauveur passe de ces enseignements particuliers qui concernaient les apôtres, à des instructions qui s’adressent à tous et qu’il fait au milieu des cités, car il était descendu des cieux sur la terre pour éclairer tous les hommes, et il donne en cela aux prédicateurs remplis de l’esprit de Dieu l’exemple de s’appliquer à être utile à tous sans distinction.

Mt 11, 2-6
2 Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples :
3 « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
4 Jésus leur répondit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez :
5 Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres.
6 Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! »
La Glose. L’Évangéliste vient d’exposer comment Notre-Seigneur, par ses miracles et par sa doctrine, avait instruit ses disciples aussi bien que le peuple ; il nous apprend maintenant comment ces enseignements parvinrent jusqu’aux disciples de Jean, qui paraissaient avoir quelque jalousie contre le Christ. " Or Jean ayant appris dans la prison, " etc.
Saint Grégoire le Grand. (homél. 6 sur les Evang.) Il nous faut rechercher pourquoi Jean-Baptiste, prophète et plus que prophète, qui avait fait connaître le Sauveur, lorsqu’il vint se faire baptiser, en lui rendant ce témoignage : " Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde, " envoie de la prison où il est enfermé ses disciples pour demander : " Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? " Il semble ignorer celui qu’il a lui-même manifesté au peuple, et ne pas connaître le Sauveur qu’il a proclamé si hautement dans ses prédictions, lors de son baptême, et quand il le voyait venir à lui.
Saint Ambroise. (liv. 5, sur S. Luc.) Il en est qui expliquent cette difficulté en disant que Jean était un grand prophète qui connut le Christ, et annonça la rémission future des péchés ; mais qu’en prédisant sa venue comme un saint prophète, il n’avait pas cru qu’il devait être soumis à la mort. Ce n’est donc pas sa foi qui doute, mais sa piété ; et saint Pierre lui-même partagea ce doute lorsqu’il dit au Sauveur : " Épargnez-vous, Seigneur, cela ne vous arrivera pas. " (Mt 16, 11) — Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) Mais cette explication n’est pas fondée, car Jean ne pouvait pas ignorer même cette circonstance, puisque c’est la première chose à laquelle il a rendu témoignage par ces paroles : " Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde. " En lui donnant le nom d’Agneau, il dévoile le mystère de la croix, puisque ce n’est que par la croix qu’il a effacé les péchés du monde. Comment d’ailleurs serait-il plus qu’un prophète s’il ignorait ce que les prophètes eux-mêmes ont connu et annoncé ? En effet Isaïe n’a-t-il pas dit (Is 53) : " Il a été conduit à la mort comme une brebis ? "
Saint Grégoire le Grand. (hom. 6 sur les Evang.) On peut donner à cette question une solution différente en réfléchissant sur le temps où ce fait s’est passé. Sur les bords du Jourdain, Jean-Baptiste a déclaré que Jésus était le rédempteur du monde ; mais dans sa prison il envoie demander s’il doit venir. Ce n’est pas qu’il doute que Jésus soit le Rédempteur promis, mais il demande si celui qui est venu sur la terre en se faisant annoncer par lui, suivra le même ordre pour descendre dans les enfers. — Saint Jérôme. C’est pour cela qu’il ne dit pas : " Est-ce vous qui êtes venu ? " mais : " Est-ce vous qui viendrez ? " Et tel est le sens de ces paroles : Faites-moi savoir, à moi qui dois descendre aux enfers, si je dois aussi vous y annoncer, ou si vous devez confier ce ministère à un autre. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) Mais comment cette opinion même peut-elle être soutenue ? Car pourquoi Jean n’a-t-il pas dit : " Est-ce vous qui devez venir dans les enfers ? " mais dit-il simplement : " Qui devez venir ? " D’ailleurs n’est-il pas ridicule qu’il ait demandé s’il devait en allant dans les enfers l’annoncer dans ce lieu ? La vie présente seule est le temps de la grâce, et après la mort il ne reste que le jugement et la peine ; quel besoin donc d’envoyer un précurseur en ce lieu ? Mais encore, si les infidèles pouvaient être sauvés par la foi après leur mort, aucun d’eux ne périrait ; car tous alors se repentiront et adoreront le Fils de Dieu, puisqu’alors tout genou fléchira devant lui, dans le ciel, sur la terre et dans les enfers.
La Glose. Remarquons que saint Jérôme et saint Grégoire n’ont pas dit que Jean-Baptiste devait annoncer la venue du Christ dans les enfers pour convertir à la foi un certain nombre de ceux qui ne croient pas en lui, mais pour consoler par l’espérance de son avènement prochain les justes qui s’y trouvaient en attendant la venue du Christ.
Saint Hilaire. (can. 11 sur S. Matth.) Il est cependant certain que l’erreur ne s’est point mêlée à cette connaissance parfaite qu’avait saint Jean, lui qui avait annoncé comme précurseur la venue du Messie, qui comme prophète le reconnut au milieu de la foule, et comme confesseur, rendit hommage au Sauveur qui venait à lui. On ne peut admettre que la grâce de l’Esprit saint lui ait fait défaut dans la prison, alors que plus tard l’apôtre devait répandre la lumière de sa puissance sur ceux qui partageaient ses fers.
Saint Jérôme. Ce n’est point par ignorance qu’il interroge, mais de la même manière que le Sauveur demandait en quel endroit le corps de Lazare avait été déposé, afin de préparer ainsi à la foi ceux qui lui indiquaient le lieu de sa sépulture, et de les rendre témoins de la résurrection d’un mort. C’est ainsi que Jean-Baptiste, sur le point d’être mis à mort par Hérode, envoie ses disciples à Jésus-Christ, pour qu’ils aient occasion de voir ses miracles et ses prodiges, et qu’ils puissent croire en lui, et s’instruire eux-mêmes en l’interrogeant au nom de leur maître. Que les disciples de Jean aient nourri quelque sentiment d’envie contre le Christ, la question qu’ils lui ont faite précédemment le démontre suffisamment. " Pourquoi les Pharisiens et nous jeûnons-nous souvent, tandis que vos disciples ne jeûnent pas ? " (Mt 9.) — Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) Tant que Jean-Baptiste était avec eux, il leur parlait sans cesse du Christ, c’est-à-dire qu’il leur recommandait de croire en lui ; mais sentant sa mort prochaine, il redouble de zèle, car il craint de laisser dans ses disciples un levain de dangereuse erreur, et il redoute qu’ils ne demeurent éloignés de Jésus-Christ, à l’école duquel il a voulu les renvoyer tous dès le commencement. S’il leur avait dit : Allez à lui, parce qu’il est bien au-dessus de moi, il ne les aurait pas persuadés ; ils auraient cru qu’il parlait ainsi par un profond sentiment d’humilité, et ils lui seraient restés plus attachés qu’auparavant. Que fait-il donc ? Il attend que ses disciples viennent lui rapporter eux-mêmes que le Christ fait des miracles ; et parmi eux tous il n’en envoie que deux qu’il regardait peut-être comme plus faciles à être convaincus. Il les envoie afin que sa demande ne prête à aucun soupçon et qu’ils apprennent par les faits eux-mêmes la distance qui les sépare de Jésus-Christ.
Saint Hilaire. (can. 11 sur S. Matth.) Jean-Baptiste n’agit donc pas ici pour éclairer son ignorance, mais pour dissiper celle de ses disciples ; il les envoie considérer les œuvres de Jésus afin de leur apprendre qu’il n’en a point annoncé un autre que lui, que ses prodiges donnent une nouvelle autorité à ses paroles, et qu’ils n’attendent pas un autre Christ que celui qui avait pour lui le témoignage des œuvres. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui connaissait la pensée de Jean, ne dit pas " C’est moi ; " car cette réponse aurait indisposé ceux qui l’entendaient ; ils auraient pu penser, quand ils ne l’auraient pas dit, ce que les Juifs lui objectèrent plus tard : " Vous vous rendez donc témoignage à vous-même ? " Il veut donc les instruire à l’école de ses miracles, pour donner ainsi à sa doctrine une autorité plus éclatante et plus irrécusable ; car le témoignage des œuvres est plus digne de foi que le témoignage des paroles. Il guérit donc sous leurs yeux des aveugles, des boiteux, et beaucoup d’autres malades, non pour l’enseignement de Jean-Baptiste, qui n’en avait pas besoin, mais pour l’instruction de ses disciples qui étaient dans le doute. " Et Jésus leur répondit : Allez, rapportez à Jean ce que vous avez entendu, et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. " — Saint Jérôme. Ce dernier trait n’est pas inférieur à ceux qui précèdent ; les pauvres évangélisés sont ou les pauvres d’esprit, ou ceux qui sont pauvres des biens de la terre ; ainsi la prédication ne met aucune différence entre la noblesse et l’obscurité de la condition, entre les riches et les pauvres ; et c’est là une preuve de la rigoureuse justice du maître, et de la vérité de ce divin précepteur : tous ceux qui peuvent être sauvés sont égaux à ses yeux.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) Ce qu’il ajoute : " Et heureux est celui qui ne prendra pas de moi un sujet de scandale, " tombe sur les envoyés qui étaient scandalisés à son sujet ; Notre-Seigneur ne dévoile pas leurs doutes intérieurs, il les abandonne au jugement de leur conscience, et leur adresse ce reproche indirect. — Saint Hilaire. (can. 2 sur S. Matth.) En disant : Bienheureux celui qui ne prendra point de lui un sujet de scandale, il montre l’écueil contre lequel Jean a voulu les prémunir, car il n’a envoyé ses disciples vers le Christ que dans la crainte qu’ils ne fussent scandalisés à son sujet. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 6 sur les Evang.) Jésus-Christ a été pour les infidèles un grand sujet de scandale lorsqu’après tant de miracles, ils le virent expirer sur la croix ; c’est ce que saint Paul exprime lorsqu’il dit : " Nous prêchons Jésus-Christ crucifié, qui est un scandale pour les Juifs. " (1 Co 1) Que signifient donc ces paroles : Heureux est celui qui n’aura pas été scandalisé à mon sujet, si elles ne sont une déclaration manifeste de l’ignominie et des humiliations de sa mort ? N’est-ce pas comme s’il disait clairement à Jean-Baptiste : Je fais des choses admirables, mais je ne rougis pas d’en souffrir d’ignominieuses, et puisque ma mort doit suivre la vôtre, il faut que les hommes se gardent de la mépriser, après avoir admiré les prodiges que j’ai opérés ?
Saint Hilaire. Le sens mystique nous offre encore une intelligence plus large de ce fait de la vie de Jean-Baptiste. C’est que comme prophète, et par la nature même de sa mission prophétique, il annonce que la loi est pour ainsi dire ensevelie dans sa personne. La loi, en effet, avait annoncé Jésus-Christ, prêché la rémission des péchés, promis le royaume des cieux, et Jean avait accompli toute cette œuvre de la loi. Au moment donc où cesse la loi qui, retenue captive par les péchés du peuple, était comme chargée de chaînes, renfermée dans un cachot, et ne pouvait par conséquent reconnaître le Christ, elle envoie considérer le spectacle que présente l’Évangile, afin que l’incrédulité soit forcée de reconnaître la vérité de la doctrine dans la vérité des faits. — Saint Ambroise. On peut voir aussi dans ces deux disciples les cieux peuples, les Juifs fidèles et les Gentils.

Mt 11, 7-10
7 Tandis que les envoyés de Jean se retiraient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? un roseau agité par le vent ?...
8 Alors, qu'êtes-vous donc allés voir ? un homme aux vêtements luxueux ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.
9 Qu'êtes-vous donc allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète.
10 C'est de lui qu'il est écrit : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi, pour qu'il prépare le chemin devant toi.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) C’en était assez pour les disciples de Jean, et ils se retirèrent convaincus par les miracles opérés sous leurs yeux que Jésus était le Christ ; mais il fallait guérir les esprits de la multitude qui ne connaissait pas l’intention de Jean-Baptiste, et pour qui la question de ses disciples avait soulevé plus d’une difficulté. Car elle pouvait dire : Celui qui a rendu un si glorieux témoignage au Christ a-t-il donc changé de sentiment et doute-t-il aujourd’hui qu’il soit le Messie ? Est-ce par un esprit d’opposition à Jésus qu’il lui fait adresser cette question ? La prison aurait-elle affaibli sa grande âme ? Est-ce que les premiers témoignages n’étaient que de vaines paroles ? — Saint Hilaire. (can. 11 sur S. Matth.) Afin donc qu’on ne pût appliquer à Jean-Baptiste ce qu’il venait de dire, comme si le saint précurseur eût été scandalisé au sujet de Jésus-Christ, l’Évangéliste ajoute : " Lorsqu’ils s’en furent allés, Jésus commença à parler de Jean aux peuples. " — Saint Jean Chrysostome. (hom. 37.) Il attend que les disciples de Jean soient partis, pour qu’on ne l’accuse pas de flatterie à son égard ; il redresse les idées de la multitude sans dévoiler leurs soupçons, et en leur donnant simplement la solution de leurs difficultés, et il fait naître des doutes dans leur âme en leur montrant qu’il connaît les secrets de leur cœur. Cependant il ne leur dit pas comme aux Juifs : " Pourquoi pensez-vous le mal dans vos cœurs ? " Car s’ils pensaient le mal, c’était par ignorance, et non par méchanceté. Aussi ne les reprend-il pas avec sévérité, il se contente de justifier Jean, en leur montrant qu’il n’a point perdu ses droits à la haute opinion qu’ils avaient de lui. C’est ce qu’il fait, et par le témoignage qu’il lui rend et par celui de la multitude elle-même, dont il invoque non-seulement le témoignage verbal, mais le témoignage de la conduite ; c’est pour cela qu’il leur dit : " Qu’avez-vous été voir dans le désert ? " c’est-à-dire : " Pourquoi avez vous abandonné vos cités et vous êtes-vous réunis dans le désert ? " Car une multitude si nombreuse ne se serait pas rendue dans le désert avec un si grand empressement, si elle n’avait cru y rencontrer un personnage important, extraordinaire et plus ferme qu’un rocher. — La Glose. Ce n’est pas qu’ils fussent venus alors dans le désert pour y voir Jean-Baptiste, puisqu’il était en prison ; mais le Sauveur leur rappelle ce qu’ils avaient fait autrefois, lorsqu’ils allaient fréquemment dans le désert pour y voir Jean-Baptiste qui s’y trouvait encore.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 38.) Et voyez comment, sans s’arrêter à justifier Jean-Baptiste de tout autre défaut, il éloigne de lui le reproche de légèreté que le peuple pouvait lui faire intérieurement en leur disant : " Est-ce un roseau agité par le vent ? " — Saint Grégoire le Grand. (hom. 6 sur les Evang.) Ce n’est point ici une affirmation, mais une interrogation ; le roseau, aussitôt qu’il est effleuré par le moindre vent, plie de l’autre côté, image de l’âme charnelle qui plie tour à tour sous le vent de la faveur ou de la contradiction des langues. Jean n’était donc pas un roseau agité par le vent, car aucune vicissitude des choses humaines ne pouvait faire fléchir la droiture de sa conduite. Voici donc le sens de ces paroles du Seigneur : — Saint Jérôme. Avez-vous été dans le désert pour voir un homme semblable à un roseau tour à tour agité par tous les vents, et dont l’esprit léger douterait maintenant de celui auquel il a rendu un éclatant témoignage ? Est-ce que peut-être l’aiguillon de l’envie l’exciterait contre moi, est-ce qu’il poursuivrait la vaine gloire dans ses prédications ? Chercherait-il à en tirer profit ? Pourquoi désirerait-il les richesses ? pour s’asseoir à des tables splendidement servies ? Mais il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage ; Est-ce pour se vêtir avec mollesse ? son vêtement est fait avec des poils de chameau ; et c’est pour cela que le Sauveur ajoute : " Mais qu’êtes-vous allés voir ? un homme vêtu mollement ? " — Saint Jean Chrysostome. Ou bien dans un autre sens, en allant dans le désert, vous avez prouvé par votre empressement que Jean n’était pas semblable à un roseau mobile. Et on ne peut dire que Jean, ferme et inébranlable de sa nature, est devenu inconstant en s’abandonnant à une vie de plaisirs ; car de même qu’un homme est naturellement colère, et qu’un autre le devient par suite de longues souffrances, ainsi il en est qui sont inconstants par nature, et d’autres qui le deviennent en se livrant à leurs passions. Or, Jean-Baptiste n’était pas inconstant par nature, et c’est pour cela que le Sauveur leur fait cette question : " Êtes-vous allés voir un roseau agité par le vent ? Ce n’est pas non plus en devenant l’esclave de la volupté qu’il a perdu cette élévation de caractère : le désert qu’il habitait, la prison où il est renfermé prouvent le contraire. S’il avait voulu se vêtir avec mollesse, il n’eût pas choisi pour habitation le désert, mais les palais des rois, car : " Ceux qui sont vêtus mollement, sont dans la maison des rois. " — Saint Jérôme. Apprenons ici que la vie austère et la sévérité de la prédication doivent fuir les cours des rois et éviter les palais des hommes livrés à la mollesse.
Saint Grégoire le Grand. (hom. 6 sur les Evang.) Que personne ne s’imagine que la recherche des vêtements riches et précieux puisse être exempte de pêché ; car s’il en était ainsi, Notre-Seigneur n’aurait point loué Jean-Baptiste de porter un vêtement grossier, et saint Pierre n’aurait pas combattu dans les femmes l’amour des vêtements somptueux par ces paroles : " Ne recherchez pas les habits précieux. " — Saint Augustin. (Doct. chrét., liv. 3, chap. 12.) Cependant, ce n’est pas dans l’usage qu’on fait de toutes ces choses, mais dans l’excès et l’attachement immodéré de celui qui en use que se trouve le péché. Par conséquent, si l’on se conduit à cet égard avec plus de parcimonie que ne le comportent les usages des personnes au milieu desquelles on vit, c’est retenue excessive ou crainte superstitieuse ; mais si l’on dépasse en cela les limites posées par la coutume des personnes vertueuses, c’est mauvais signe, c’est dérèglement.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 38.) Après avoir donné comme preuve de la vertu du saint précurseur, le lieu qu’il habitait, ses vêtements, et le concours du peuple, il le leur présente comme un prophète : " Qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et plus qu’un prophète. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 6 sur les Evang.) Le ministère du prophète c’est de prédire les choses à venir, et non de les montrer ; donc Jean-Baptiste est plus qu’un prophète, car il annonçait comme présent, celui qu’il avait prédit en sa qualité de précurseur. — Saint Jérôme. C’est par là qu’il était plus grand que les autres prophètes, et aussi parce qu’aux privilèges de la dignité de prophète il joignit la gloire de baptiser son Seigneur. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 38.) Jésus fait voir ensuite en quoi il est supérieur aux autres, en ajoutant : " C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon ange devant votre face. " — Saint Jérôme. Pour relever le mérite de Jean-Baptiste, il emprunte le témoignage de Malachie qui l’avait annoncé comme un ange. Or, le nom d’ange est donné ici à Jean-Baptiste, non pas qu’il ait eu avec eux une même nature, mais parce qu’il a rempli le même ministère, c’est-à-dire celui de messager, en annonçant le Sauveur qui devait venir. — Saint Grégoire le Grand. En grec, le mot ange correspond au mot latin messager : c’est donc avec raison que celui qui venait apporter à la terre un message des cieux reçoit le nom d’ange et qu’il porte ce titre glorieux que justifient ses œuvres. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 38.) Il montre donc en quoi Jean-Baptiste est plus grand que les prophètes, c’est parce qu’il a eu l’honneur d’être près du Christ. Ces paroles : " Devant votre face, " signifient auprès de vous. Car de même que ceux qui marchent auprès du char du roi sont les seigneurs les plus distingués de sa cour, ainsi Jean reçut un nouvel éclat de la présence du Christ. — La Glose. Ajoutons enfin que les autres prophètes ont eu pour mission d’annoncer l’avènement du Christ, et Jean-Baptiste de lui préparer les voies, et c’est pour cela qu’il est écrit : " Il vous préparera la voie où vous devez marcher, " c’est-à-dire qu’il vous rendra les cœurs accessibles en leur prêchant la pénitence et en leur donnant le baptême.
Saint Hilaire. (can. 11 sur S. Matth.) Dans le sens mystique, le désert est le lieu qui est privé de la présence de l’Esprit saint, et que Dieu n’habite en aucune façon. Le roseau c’est l’homme tout resplendissant de la gloire du monde, c’est-à-dire par la futilité de sa vie, mais qui ne porte en lui-même aucun fruit de vérité ; ses dehors sont agréables, mais il est nul à l’intérieur ; le moindre vent, c’est-à-dire le moindre souffle des esprits immondes l’agite, il n’a aucune consistance, aucune fermeté, aucune force intérieure. Le vêtement représente le corps dont l’âme est revêtue, que le luxe et la volupté amollissent ; les rois sont l’image des anges prévaricateurs, car ils sont les puissants du Siècle et les maîtres du monde. Ceux donc qui sont vêtus avec mollesse habitent dans la maison des rois, c’est-à-dire que ceux dont le corps est amolli et a perdu sa force au sein des voluptés deviennent l’habitation des démons. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 6 sur les Evang.) On peut dire encore que Jean ne fut pas vêtu avec mollesse, parce qu’il n’a point encouragé par un langage flatteur les vices des pécheurs, mais qu’il les a pressés de ses réprimandes énergiques et de ses reproches les plus sévères, jusqu’à les appeler : " Race de vipères. " (Mt 3)
suivant