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Mt 26, 17-19
17 Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? »
18 Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.' »
19 Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.
La Glose. L’Évangéliste vient d’exposer les préludes de la passion de Jésus-Christ, c’est-à-dire la prédiction qu’il en fait lui-même, le conseil tenu par les princes des prêtres, et le traité conclu par le traître Judas, il va maintenant raconter toute la suite de l’histoire de la passion. " Or, le premier jour des azymes. " — Saint Jérôme. Le premier jour des azymes est le, quatorzième du premier mois, où l’on immole l’agneau pascal ; c’est le jour où la lune est dans son plein, et où il était défendu de conserver de levain. — Rémig. Il faut remarquer que, chez les Juifs, la Pâque se célébrait au premier jour, et les sept jours qui suivaient étaient les jours des azymes ; mais maintenant le jour de Pâques est également appelé le jour des azymes (Ac 12). — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Ou bien, le Sauveur appelle ce jour le premier jour des azymes, parce qu’il y avait sept jours des azymes. Or, c’était l’usage chez les Juifs de compter les jours en partant de la veille au soir ; l’Évangéliste rappelle donc ce jour au soir duquel la Pâque devait être immolée, c’est-à-dire le cinquième jour de la semaine. — Rémig. Peut-être nous fera-t-on cette objection : Si cet agneau figuratif était le symbole du véritable agneau, pourquoi Jésus-Christ n’a-t-il pas souffert la nuit même où on immolait cet agneau ? Nous répondons que c’est cette nuit là même qu’il a donné à ses disciples le pouvoir de célébrer les mystères de son corps et de son sang, et c’est immédiatement après que les Juifs se sont saisis de sa personne, l’ont chargé de chaînes, et qu’il a ainsi consacré le commencement de son immolation, c’est-à-dire de sa passion.
" Les disciples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la Pâque ? Je pense que le traître Judas se trouvait parmi les disciples qui s’approchèrent de Jésus pour lui faire cette question. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Nous voyons clairement par là, que le Sauveur n’avait à lui, ni maison ni asile, et je suis porté à croire que ses disciples n’en avaient pas non plus ; car ils l’eussent prié d’y venir pour y célébrer la Pâque.
" Jésus leur répondit : Allez dans la ville chez un tel, " etc. — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 2, 80.) C’est celui que saint Marc et saint Luc appellent le père de famille ou le maître de la maison. Si donc saint Matthieu dit : Allez chez un tel, " c’est de lui-même et pour abréger son récit ; car chacun sait que personne ne peut formuler un ordre de cette manière : " Allez chez untel. " Saint Matthieu, après avoir rapporté les paroles du Seigneur : " Allez dans la ville, ajoute donc de lui-même : " Chez un tel, " non que le Seigneur se soit exprimé de la sorte, mais pour nous faire entendre qu’il y avait un homme dans la ville à qui le Seigneur adressait ses disciples pour lui préparer la Pâque. Car il est hors de doute que les disciples du Sauveur ne furent pas adressés au premier venu, mais à un homme qu’il leur désignait d’une manière spéciale. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Ou bien en leur disant : " Allez chez un tel, " il veut montrer qu’il les adresse à un homme inconnu, et leur apprendre ainsi qu’il était en son pouvoir de ne pas souffrir, car celui qui pouvait déterminer un inconnu à les recevoir, que n’aurait-il pu sur l’esprit de ceux qui devaient le crucifier, s’il avait voulu se soustraire au supplice de la croix ? Pour moi, ce que j’admire dans cet homme, ce n’est pas seulement qu’un homme qui ne connaissait pas Jésus-Christ l’ait reçu chez lui, mais qu’il ait méprisé, en le recevant, la haine générale à laquelle il s’exposait. — Saint Hilaire. (can. 30 sur S. Matth.) Ou bien, il ne nomme pas celui chez lequel il devait célébrer la Pâque, parce qu’il n’avait pas encore accordé à ceux qui croyaient en lui, la gloire du nom chrétien. — Raban Maure. Ou bien encore, il passe son nom sous silence, pour nous apprendre qu’il donne à tous ceux qui le veulent, le pouvoir de célébrer la vraie Pâque, et de recevoir Jésus-Christ dans la demeure de leur âme. — Saint Jérôme. Les écrivains du Nouveau Testament se conforment ici à l’usage suivi par les écrivains de l’Ancien Testament qui s’expriment souvent de cette manière : " Celui-ci lui dit : Dans ce lieu-ci, dans celui-là, " sans désigner autrement le nom des personnes et des lieux. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) L’intention du Sauveur est ici de rappeler sa passion à ses disciples, et de les exercer pour ainsi dire par ces prédictions répétées de ses souffrances, pour qu’elles devinssent l’objet continuel de leurs méditations, et aussi pour leur prouver que c’était volontairement qu’il allait souffrir : Je viens faire la Pâque chez vous avec mes disciples, " paroles qui montrent d’ailleurs qu’il voulait jusqu’au dernier jour de sa vie se conformer à la loi. Il ajoute : Avec mes disciples, " afin qu’il fît tous les préparatifs nécessaires, et que cet homme à qui il adressait ses disciples ne s’imaginât pas qu’il avait l’intention de se cacher dans sa maison.
" Et les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé, et ils préparèrent la Pâque. " — Origène. Peut-être voudra-t-on s’autoriser de ce que Jésus a célébré la Pâque selon l’usage des Juifs, pour prétendre que nous, imitateurs de Jésus-Christ, nous devons agir de même. Mais ce serait oublier que Jésus ne s’est pas assujetti à la loi pour laisser sous le joug de la loi, mais, au contraire, pour délivrer de ce joug ceux qui étaient sous la loi (Ga 4, 4). À combien plus forte raison donc ne convient-il pas à ceux qui vivaient en dehors de la loi, de se soumettre à ses prescriptions. Les chrétiens doivent donc se contenter d’accomplir d’une manière spirituelle ce que la loi prescrivait d’accomplir extérieurement ; et c’est ainsi que nous devons célébrer la Pâque avec les azymes de la sincérité et de la vérité pour nous conformer à la volonté de l’Agneau qui nous dit : " Si vous ne mangez ma chair, et si vous ne buvez mon sang, vous n’aurez point la vie en vous. "

Mt 26, 20-25
20 Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze.
21 Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. »
22 Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
23 Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer.
24 Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! »
25 Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ! »
Saint Jérôme. Le Sauveur, non content d’avoir annoncé sa passion à ses disciples, leur prédit maintenant celui qui doit le trahir ; il lui offre ainsi l’occasion de faire pénitence ; car en lui montrant qu’il connaissait ses pensées, et les secrets desseins de son cœur, il voulait l’amener à se repentir de son criminel projet : " Le soir donc étant venu, il se mit à table avec ses douze disciples " — Rémig. Il dit : " Avec les douze, " car Judas était encore du nombre des Apôtres, bien qu’il en fût déjà séparé par les dispositions de son âme. — Saint Jérôme. Judas se conduit en tout de manière à éloigner de lui le soupçon de trahison. — Rémig. Et voyez par quel rapprochement touchant Notre-Seigneur, selon le récit de 1’Évangéliste, se met à table lorsque le soir fut venu ; car c’était vers le soir que l’agneau devait être immolé. — Raban Maure. C’est le soir qu’il se met à table avec ses disciples, car c’est dans la passion du Sauveur, lorsque le soleil véritable approchait de son déclin, que l’éternel festin fut préparé à tous les fidèles.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 82.) L’Évangéliste nous fait remarquer que c’est pendant qu’ils étaient à table, que Jésus parle de la trahison de Judas, pour faire ressortir la noirceur de ce traître par les circonstances du temps, et de ce repas auquel il participe lui-même. " Et pendant qu’ils mangeaient, il leur dit : " Je vous dis en vérité que l’un d’eux doit me trahir, " etc. — Saint Léon. Il montre par là que la conscience du traître lui était connue. Il ne le confond point par un reproche sévère et direct, mais il se contente de lui donner un avertissement indirect et plein de douceur, pour amener plus facilement à se repentir de ses criminels desseins celui que le mépris n’aurait pas encore flétri.
Origène. Ou bien, il parle en termes généraux, pour en appeler au témoignage de leur conscience, et faire ainsi connaître les dispositions intérieures de chacun d’eux. Il veut aussi dévoiler la méchanceté de Judas qui ne se rendait même pas à la voix de celui qui connaissait ses projets. Il avait cru d’abord, je pense, pouvoir en dérober la connaissance à Jésus-Christ comme à un homme, mais lorsqu’il vit que sa conscience était à découvert devant lui, il voulut profiter du secret dont le Sauveur avait comme enveloppé ses paroles, joignant ainsi au crime de l’incrédulité le crime de l’impudence. Notre-Seigneur veut enfin faire éclater la délicatesse de conscience de ses disciples qui s’en rapportaient bien plus aux paroles de leur Maître qu’au témoignage de leur propre cœur : " Et ils furent contristés, et chacun d’eux commença à lui dire : " Est-ce moi Seigneur ? " Car les enseignements de Jésus avaient appris à chacun d’eux que la nature humaine peut facilement tourner au mal, et qu’elle est toujours en lutte avec les princes de ce monde de ténèbres. Aussi la crainte s’empare de leur âme, et sous cette impression, chacun d’eux interroge le Sauveur ; ainsi devons-nous, à leur exemple, craindre tout de l’avenir, nous qui sommes si faibles. Or, le Seigneur, les voyant ainsi pleins de la crainte d’eux-mêmes, désigne le traître à l’aide d’un témoignage prophétique Celui qui mangeait mon pain à ma table a fait éclater sa trahison contre moi. " (Ps 40.)
" Il leur répondit : Celui qui met la main avec moi dans le plat. " — Saint Jérôme. Ô patience admirable de Jésus-Christ ! Il avait commencé par dire : " Un de vous me trahira, " le traître persévère dans ses criminels desseins, il le désigne plus clairement, sans toutefois le nommer. Et cependant, alors que tous les autres sont attristés, qu’ils retirent leur main, et n’osent porter les mets à leur bouche, judas pousse la témérité et l’impudence qui doivent bientôt faire de lui un traître, jusqu’à mettre la main dans le plat avec son Maître, pour se couvrir audacieusement de l’apparence hypocrite d’une bonne conscience. — Saint Jean Chrysostome.(hom. 81.) Pour moi, je crois que le Sauveur a permis que Judas portât la main avec lui dans le plat, pour lui inspirer une salutaire confusion, et réveiller dans son cœur le sentiment de l’amour qu’il lui devait. — Raban Maure. Saint Matthieu désigne ce plat par l’expression in paropside, saint Marc, par cette autre, in catino. Or, le premier est un plat quadrangulaire sur lequel on sert les mets solides, et qui est ainsi appelé des quatre côtés égaux dont il est composé (paribus assibus) ; et le second est un vase de terre destiné à contenir les mets liquides. Or, il est très-possible qu’il y eût sur la table un plat de terre, de forme quadrangulaire. — Origène. C’est le caractère particulier des hommes parvenus aux dernières limites du mal, de dresser après un repas pris en commun, des embûches à des hommes qui n’ont jamais nourri contre eux aucun sentiment de haine ; c’est ainsi qu’après cette cène toute spirituelle, vous verrez éclater toute la noirceur de la malice du traître Judas, qui trahit son Maître sans se souvenir de son amour qui lui avait tant de fois prodigué, d’un côté ses bienfaits extérieurs, de l’autre ses divins enseignements. Tels sont dans l’Église tous ceux qui tendent des embûches à leurs frères après s’être approchés souvent avec eux de la même table du corps de Jésus-Christ.
Saint Jérôme. Judas ne se rend ni au premier ni au second avertissement pour se retirer de la voie où il est engagé ; c’est pourquoi le Seigneur lui prédit son châtiment pour essayer de convertir par la menace des supplices qui l’attendent, celui dont la honte n’a pu triompher : " Pour ce qui est du Fils de l’homme, il s’en va, " etc. — Rémig. C’est le propre de l’humanité d’aller et de revenir, mais la divinité reste toujours ce qu’elle est, et comme dans le Sauveur l’humanité a pu souffrir et mourir d’une manière divine, il dit avec raison : " Le Fils de l’homme s’en va. " Il ajoute clairement : " Selon ce qui a été écrit de lui ; " car tout ce que le Christ a souffert a été prédit par les prophètes. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 81.) Son dessein, en parlant de la sorte, est de consoler ses disciples et de prévenir la pensée qu’il souffrait par faiblesse et par impuissance. Il veut aussi convertir le traître Judas ; car bien que la passion de Jésus fut prédite, Judas n’en est pas moins coupable ; en effet, ce n’est pas la trahison de Judas qui a opéré notre salut, mais la sagesse de Jésus-Christ qui se servait de la méchanceté des hommes pour notre bien, aussi ajoute-t-il : " Mais malheur à l’homme par le moyen duquel il sera trahi, " etc. — Origène. Il ne dit pas : Malheur à l’homme par qui, mais : " Par le moyen duquel " le Fils de l’homme sera trahi, pour nous montrer qu’il y en avait un autre qui le trahissait, c’est-à-dire le démon (Jn 13), et que Judas n’était que l’instrument de sa trahison. Or, malheur à tous ceux qui trahissent le Christ, et tous ceux qui trahissent les disciples de Jésus-Christ trahissent Jésus-Christ lui-même. — Rémig. Malheur aussi à tous ceux qui s’approchent de la table de Jésus-Christ avec une conscience mauvaise et souillée par le péché ; car bien qu’ils ne livrent pas Jésus-Christ aux Juifs pour être crucifié, ils le livrent cependant à leurs membres d’iniquité pour se. l’incorporer. Il ajoute pour faire ressortir davantage l’énormité du crime de Judas : " Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne fût jamais né, " — Saint Jérôme. Il ne faut cependant pas conclure de ces paroles que Judas ait pu exister avant de naître, par la raison que le bien ne peut arriver qu’à celui qui existe ; le Sauveur veut donc dire simplement qu’il vaut beaucoup mieux ne pas exister, que de vivre d’une vie livrée au mal. — Saint Augustin.(Quest. évang., 1, 40.) Et si quelqu’un prétend qu’il y a une vie antérieure à celle-ci, il sera forcé de convenir qu’il n’était pas avantageux de naître non-seulement pour Judas, mais pour aucun autre. Ou bien, Jésus dit-il qu’il ne lui était pas avantageux de naître au démon, c’est-à-dire pour le péché ? Ou était-il bon pour Judas de ne pas naître en Jésus-Christ par sa vocation, pour ne pas devenir un apostat ?
Origène. Après que tous les Apôtres eurent interrogé le Sauveur, et qu’il eut désigné indirectement le traître, Judas hasarde la même question dans une intention pleine de fourberie, et pour cacher son projet de trahison, en interrogeant Jésus comme les autres Apôtres, car la vraie tristesse ne peut souffrir de retard : " Judas qui fut celui qui le trahit, prenant la parole, dit : Est-ce moi, maître ? " — Saint Jérôme. C’est ici ou le témoignage d’une flatterie hypocrite, ou l’expression de son incrédulité, car tandis que les autres Apôtres, qui ne devaient pas le trahir, lui disent : " Est-ce moi, Seigneur ? " Judas, qui va consommer le crime de trahison, l’appelle " Maître, " et non pas Seigneur, comme si c’était pour lui une excuse de n’avoir trahi que son maître, puisqu’il niait qu’il fût son Seigneur. — Origène. Ou bien, il s’exprime ainsi par esprit de moquerie, appelant Maître celui qu’il croyait indigne de porter ce nom. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 81.) Le Seigneur aurait pu lui dire : Vous êtes convenu de la somme d’argent que vous devez recevoir, et vous osez encore me faire cette question ? Mais Jésus plein d’une ineffable douceur ne lui dit rien de semblable, pour nous tracer à nous-mêmes la ligne de conduite et les règles que nous devons suivre : " Il lui répondit : Vous l’avez dit. " — Rémig. Ce qui peut s’entendre de la sorte : C’est vous qui le dites, et vous dites vrai, ou bien, c’est vous qui le dites et non pas moi. Jésus offrait ainsi à Judas l’occasion de se repentir, en ne dévoilant pas entièrement la perversité de ses desseins. — Raban Maure. Judas put encore faire cette question et Jésus lui répondre de la sorte pour ne point attirer l’attention des autres Apôtres sur ce qui venait d’avoir lieu.

Mt 26, 26
26 Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
Saint Jérôme. Après qu’il eut célébré la Pâque figurative et mangé la chair de l’agneau avec ses disciples, le Sauveur en vient au véritable mystère de la Pâque, et de même que Melchisédech, prêtre du Dieu tout-puissant, avait offert du pain et du vin, il nous donna, sous les mêmes apparences, la réalité de son corps et de son sang. Or, pendant qu’ils soupaient, Jésus prit du pain, " etc.
Saint Augustin. (Lettre 118 à Januar., ch. 6.) Cette circonstance prouve clairement que les disciples n’étaient pas à jeun lorsqu’ils reçurent, pour la première fois, le corps et le sang du Seigneur. Doit-on pour cela blâmer l’usage de l’Église universelle, qui prescrit de ne recevoir l’Eucharistie qu’à jeun ? Non sans doute, car il a plu à l’Esprit saint que, par respect pour un si grand Sacrement, le corps du Seigneur entrât dans la bouche du chrétien avant toute autre nourriture. Ce fut pour faire ressortir plus fortement la grandeur de ce mystère que notre-Seigneur voulut l’imprimer en dernier lieu dans le cœur et dans le souvenir de ses disciples, dont il allait se séparer pour aller à la mort ; et, s’il n’établit pas lui-même la manière de recevoir dans la suite ce Sacrement, c’était pour laisser aux Apôtres, qui devaient en son nom gouverner l’Église, le soin de la déterminer eux-mêmes. — La Glose. Notre-Seigneur Jésus-Christ donne son corps et son sang sous une autre forme, et commande ensuite de les recevoir ainsi, afin de donner plus de mérite à la foi qui s’exerce sur les choses qui ne se voient point. — Saint Ambroise. (Sacram., 4, 4.C’est encore pour prévenir tout sentiment d’horreur et de répulsion pour le sang, et nous donner cependant le véritable prix de notre rédemption.
Saint Augustin. (Traité 26 sur S. Jean.) Or, le Seigneur nous a donné son corps et son sang sous les apparences de substances qui sont le résultat de plusieurs choses réduites en une seule, car le pain est le produit de plusieurs grains de blé, et le vin le produit de plusieurs grains de raisin mêlés et confondus ensemble. C’est ainsi qu’il a figuré l’union qui doit régner entre nous, et qu’il a consacré dans son banquet divin le mystère de notre paix et de notre unité. — Rémig. Une autre raison également juste pour laquelle il choisit les fruits de la terre, c’était pour nous apprendre qu’il était venu faire disparaître cette malédiction prononcée contre la terre, à la suite du péché du premier homme (Gn 3). Enfin, un motif non moins sage du précepte qu’il nous fait d’offrir les fruits de la terre, qui sont l’objet principal des travaux des hommes, c’était qu’ils n’eussent aucune difficulté pour se les procurer, et que le travail de leurs mains leur fournît la matière du sacrifice qu’ils devaient offrir à Dieu.
Saint Ambroise. (Sacram., 4, 3.) Vous devez conclure de là que les mystères des chrétiens sont antérieurs à ceux des Juifs, car Melchisédech offrit du pain et du vin, comme étant en tout la figure du Fils de Dieu (He 7), à qui il est dit : " Vous êtes prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech " (Ps 119), et dont l’Évangéliste dit ici : " Jésus prit du pain, " etc. — La Glose. Ce pain était du pain de froment, car c’est au grain de froment que le Seigneur s’est comparé par ces paroles : " Si le grain de froment tombant dans la terre, " etc. (Jn 12). Ce pain convient d’ailleurs à ce sacrement, parce qu’il est d’un usage plus commun, et que les autres espèces de pains ne se font que pour le remplacer. Or, comme Jésus-Christ n’avait cessé jusqu’au dernier jour d’établir qu’il n’était pas opposé à la loi, ainsi que ses paroles précédentes le prouvent ; et que, le soir du jour où on immolait la Pâque, on ne devait manger que des pains azymes et jeter toute pâte fermentée. Il est incontestable que le pain, que prit le Seigneur pour le distribuer à ses disciples, était du pain azyme. — Saint Grégoire le Grand. Il en est plusieurs qui s’étonnent de voir que, dans l’Église, les uns offrent des pains azymes et d’autres des pains fermentés ; or, l’Église de Rome offre des pains azymes, parce que le Seigneur a pris une chair sans mélange d’aucune souillure, tandis que d’autres Églises offrent du pain fermenté, parce que le Verbe du Père s’est revêtu d’une chair humaine, et qu’il est à la fois vrai Dieu et vrai homme, car le pain fermenté ou levain est mélangé avec la farine. Mais que nous recevions du pain azyme ou du pain fermenté, nous nous unissons intimement au vrai corps de notre Sauveur. — Saint Ambroise. (Sacram., 4, 4.) Ce pain, avant les paroles sacramentelles, n’est que du pain ordinaire ; après la consécration, ce pain devient la chair de Jésus-Christ. Or, de quelles paroles se compose la consécration, si ce n’est des paroles du Seigneur Jésus ? Car si ces paroles ont une puissance si grande qu’elles font sortir du néant ce qui n’existait pas, à combien plus forte raison pourront-elles changer en une autre substance celles qui existent déjà, tout en leur conservant leur apparence extérieure. Pourquoi, en effet, la parole céleste, qui s’est montrée si efficace dans les autres choses, le serait-elle moins dans les divins sacrements ? Le pain devient donc le corps de Jésus-Christ, et le vin devient son sang parla consécration de la parole divine. Vous demandez comment cela se fait ? Le voici : N’est-ce pas l’ordinaire que l’homme ne naisse que de l’union de l’homme avec la femme ? Et cependant, parce que telle a été la volonté du Seigneur, le Christ est né de l’Esprit saint et de la Vierge.
Saint Augustin. (des paroles du Seig.). De même que l’Esprit saint a créé une véritable chair sans union conjugale, ainsi le même Esprit consacre et change le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, et comme cette consécration se fait par la parole du Seigneur, l’Évangéliste ajoute : " Et il le bénit. " — Rémig. il nous apprend encore par là qu’avec le Père et le Saint-Esprit, il a rempli la nature humaine de la grâce de la vertu divine, et l’a enrichie pour l’éternité du don de l’immortalité, Mais, pour nous montrer en même temps que ce n’est pas sans sa volonté que son corps a été soumis aux souffrances de sa passion, il ajoute : " Et il le rompit. " — Saint Augustin. (sur le liv. ou sent. de Prosper ou Algerus, 1, 19.) Lors donc que l’hostie est rompue, et que le sang coule du calice sur les lèvres des fidèles, quel mystère nous est représenté, si ce n’est l’immolation du corps du Seigneur sur la croix et l’effusion de son sang qui sortit de son côté ?
Saint Denis.(Hier. Eccles., 3.) Nous voyons encore ici que le Verbe de Dieu, un et simple dans son essence, est devenu un être composé par son incarnation, et s’est rendu visible en descendant jusqu’à nous, et qu’il a recherché avec bienveillance notre société, pour nous rendre participants des biens spirituels qu’il est venu répandre sur la terre Et il le donna à ses disciples. " — Saint Léon. (serm. sur la Pass.) Il n’éloigne pas même le traître de ce mystère, afin qu’il fût démontré qu’aucune offense ne motivait la haine de Judas, dont l’impiété toute volontaire lui était connue d’avance, et qui devait y persévérer volontairement. — Saint Augustin. (Traité 59 sur S. Jean.) Le même pain fut donné à Pierre et à Judas ; mais Pierre le reçut pour la vie, et Judas pour la mort. C’est ce qu’indiquent ces paroles de saint Jean " Et quand il eut prit ce morceau, Satan entra en lui. " Car ce qui augmenta l’énormité de son crime, c’est qu’il osa s’approcher des saints mystères dans des dispositions aussi coupables, et, qu’après les avoir reçus, il n’en devint pas meilleur, insensible à la crainte, à la reconnaissance et à l’honneur qui lui était fait. Jésus-Christ ne lui défendit pas de s’en approcher, bien qu’il connût toutes choses, pour nous apprendre qu’il n’a rien omis de ce qui pouvait le faire changer de sentiment. — Rémig. Par cette conduite, il laisse à son Église l’exemple de ne retrancher personne de sa société ou de la communion du corps et du sang du Seigneur, si ce n’est pour des crimes manifestes et publics. — Saint Jérôme. Ou bien, on peut dire que Notre-Seigneur, ayant rompu le pain et pris le calice, consacra la vraie Pâque lorsque Judas fut sorti, car il n’était pas digne de participer aux sacrements éternels, Or, une preuve qu’il était sorti du cénacle, c’est que nous le voyons revenir avec la foule.
" Et il leur dit : Prenez et mangez. " — Saint Augustin. (Des par. du Seig.) Le Seigneur invite ses serviteurs à ce festin, où il se donne lui-même à eux en nourriture. Mais qui osera se nourrir de la chair de son maître ? Or, remarquez que, lorsqu’il est mangé, il répare les forces sans défaillir lui-même ; il vit lorsqu’il est mangé, parce qu’il est ressuscité après qu’il eut été mis à mort. Observez encore que, lorsque nous le mangeons, nous ne le partageons pas. Voici ce qui arrive dans ce sacrement, et les fidèles savent la manière dont ils mangent la chair du Christ : chacun d’eux reçoit sa part de cet aliment divin, il est mangé comme par parties dans ce sacrement, et cependant il demeure tout entier dans le ciel et tout entier dans votre cœur. On appelle ce mystère sacrement, parce que ce qui paraît aux yeux est tout différent de ce que l’on comprend ; ce que l’on voit a une apparence corporelle, ce que l’esprit comprend produit des fruits tout spirituels.
Saint Augustin. (Traité 27 sur S. Jean.) Ne nous contentons pas de manger la chair de Jésus-Christ, ce que font beaucoup de mauvais chrétiens ; mais allons dans cette manducation jusqu’à la participation de l’Esprit, afin de rester unis à Jésus-Christ, comme les membres à leur corps et d’être vivifiés par son esprit. — Saint Augustin. Avant d’être consacré, c’est du pain ; mais, aussitôt que Jésus-Christ a prononcé ces paroles : " Ceci est mon corps, " c’est le corps du Christ.
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