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Mt 26, 3-5
3 Alors les chefs des prêtres et les anciens du peuple se réunirent dans le palais du grand prêtre, qui s'appelait Caïphe ;
4 ils tinrent conseil pour arrêter Jésus par ruse et le faire mourir.
5 " Mais, disaient-ils, pas pendant la fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte dans le peuple. "
La Glose. L’Évangéliste nous raconte les préparatifs de la passion que Jésus-Christ venait d’annoncer et les noires intrigues qui la précédèrent : Alors les princes des prêtres s’assemblèrent, " etc. — Rémig. L’expression " Alors, " rattache cette circonstance à ce qui précède ; Alors, " c’est-à-dire avant la célébration de la Pâque. — Origène. Ce n’étaient point de vrais prêtres ni de véritables anciens, mais les prêtres et les anciens d’un peuple qui n’avait que l’apparence du peuple de Dieu, et qui était en réalité un vrai peuple de Gomorrhe. Ils ne comprirent pas que Jésus était le souverain Pontife de Dieu, et ils lui tendirent des pièges ; ils ne reconnurent pas en lui le premier-né de toute créature, celui qui précède tous les hommes par l’ancienneté de son origine, et ils tinrent conseil contre lui.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 79.) Pleins de leurs projets iniques, ils viennent trouver le prince des prêtres, pour demander le pouvoir d’agir à celui qui aurait dû s’opposer à leurs desseins. Il y avait alors plusieurs grands prêtres, quoique, d’après la loi, il ne devait y en avoir qu’un seul, ce qui prouve un commencement de dissolution et de décadence dans le peuple juif, car Moïse avait établi qu’il n’y aurait qu’un seul grand prêtre, et qu’on ne lui donnerait un successeur qu’après sa mort ; mais, dans la suite, la dignité de grand prêtre devint annuelle. L’Évangéliste appelle donc ici princes des prêtres ceux qui avaient été revêtus de cette dignité. — Rémig. Or, ce qui les rend inexcusables, c’est cette double circonstance : qu’ils étaient grands prêtres, et qu’ils se réunissent pour faire le mal, car plus le nombre de ceux qui s’assemblent pour concerter un crime est grand, plus ils sont distingués par leur dignité, par leur position, par leur naissance, plus le crime qu’ils commettent devient énorme, et plus aussi le châtiment qui les attend est terrible. L’Évangéliste ajoute, pour montrer la simplicité et l’innocence du Seigneur : " Afin de se saisir de lui par ruse et de le faire mourir. " Comme ils ne pouvaient trouver aucun motif légitime de le faire mourir, ils tinrent conseil pour se saisir de lui par la ruse et le mettre à mort. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 79.) Ils tinrent donc conseil pour se saisir de lui secrètement et le faire mourir, car ils craignaient le peuple, et ils voulaient attendre que la fête de Pâque fut passée. " Et ils disaient : Il ne faut point que ce soit pendant la fête. " Le démon ne voulait pas que le Christ souffrît pendant la fête de Pâque, pour ne point donner un trop grand éclat à son supplice. Quant aux princes des prêtres, peu sensibles à la crainte de Dieu et à l’énormité bien plus grande d’un crime commis pendant cette grande fête, ils n’étaient préoccupés que d’une crainte toute humaine, c’est-à-dire que l’arrestation de Jésus ne suscitât quelque tumulte parmi le peuple. " — Origène. Car les sentiments du peuple étaient différents : les uns aimaient Jésus-Christ, les autres le haïssaient ; les uns croyaient en lui, les autres n’y croyaient pas.
Saint Léon. (serm. pour le jour de Pâque.) Les princes des prêtres prenaient des mesures pour qu’aucun tumulte n’eût lieu dans ce saint jour de fête ; mais ce qui les préoccupait, ce n’était pas la solennité du jour, c’était l’exécution de leur crime, et ils redoutaient qu’une sédition ne vint à éclater pendant la principale fête de l’année, non pas dans la crainte que le peuple ne se rendît coupable, mais de peur que Jésus ne vint à leur échapper. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 79.) Mais l’excès même de leur méchanceté les fit changer de résolution, et ayant trouvé un traître à leur disposition, ils firent mourir Jésus-Christ pendant la fête même de Pâque. — Saint Léon. (comme précéd.) Nous devons reconnaître que c’est par un dessein bien marqué de la providence de Dieu que les princes des Juifs, qui avaient si souvent cherché l’occasion de satisfaire leur fureur contre Jésus-Christ, ne reçurent le pouvoir de l’exercer contre lui qu’à la fête de Pâque. Il fallait en effet que les promesses annoncées depuis si longtemps par des mystères figuratifs eussent un accomplissement visible et éclatant, que le véritable agneau prît la place de celui qui. l’avait figuré, et qu’un sacrifice unique tint lieu désormais des victimes multipliées de l’ancienne loi. Afin donc que les ombres s’évanouissent devant la réalité, et que les figures disparaissent en présence de la vérité, une victime succède à une victime, le sang est remplacé par le sang, et la solennité légale reçoit son accomplissement en faisant place à une autre.

Mt 26, 6-13
6 Comme Jésus se trouvait à Béthanie chez Simon le lépreux,
7 une femme s'approcha, avec un flacon d'albâtre contenant un parfum de grand prix. Elle le versait sur la tête de Jésus, qui était à table.
8 Voyant cela, les disciples s'indignèrent en disant : « À quoi bon ce gaspillage ?
9 On aurait pu vendre ce parfum pour beaucoup d'argent et en faire don à des pauvres. »
10 Jésus le comprit et leur dit : « Pourquoi tourmenter cette femme ? C'est une action charitable qu'elle a faite à mon égard.
11 Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours.
12 Si elle a versé ce parfum sur mon corps, c'est en vue de mon ensevelissement.
13 Amen, je vous le dis : partout où cette Bonne Nouvelle sera proclamée, dans le monde entier, on racontera, en souvenir d'elle, ce qu'elle vient de faire. »
Après nous avoir fait connaître le conseil que tinrent les princes des prêtres pour faire mourir Jésus, l’Évangéliste va nous apprendre comment ils le mirent à exécution, en nous racontant comment Judas conclut avec les Juifs le traité qui devait leur livrer le Sauveur. Mais il nous instruit tout d’abord des causes de cette trahison, ce fut la peine qu’il éprouva qu’on n’eût pas vendu le parfum que cette femme répandit sur la tête de Jésus-Christ, car il désirait retenir quelque chose sur le prix ; ce fut donc pour se dédommager de cette perte qu’il conçut le dessein de trahir son maître, " Or, comme Jésus était à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, " etc. — Saint Jérôme. Ce n’est pas qu’il fut encore actuellement lépreux, mais parce qu’il avait été guéri précédemment de la lèpre, et l’Évangéliste lui conserve le nom de lépreux pour rappeler la puissance de celui qui l’avait guéri.
" Une femme s’approcha de lui, tenant un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix, " — Raban Maure. L’albâtre est une espèce de marbre blanc veiné de diverses nuances et dont on se sert ordinairement pour des vases destinés à contenir des parfums et qui ont la propriété, dit-on, de les préserver de toute altération. — Saint Jérôme. Un autre Évangéliste (Jn 12), au lieu d’un vase d’albâtre plein d’un parfum précieux, parle d’un parfum de nard fidèle, c’est-à-dire vrai et sans mélange. — Raban Maure. Le mot grec πίστις (pistis) veut dire foi, d’où vient le mot πιστίχον(pisticon), c’est-à-dire fidèle, et ce parfum était fidèle, parce qu’il était pur et sans mélange.
" Et elle le répandit sur sa tête lorsqu’il était à table. " — ORIGÈNE. Peut-être pourrait-on dire que les évangélistes on parlé de quatre femmes différentes ; mais, à mon avis, ils n’ont parlé que de trois : l’une dont saint Matthieu et saint Marc font mention, l’autre dont parle saint Luc, et la troisième dont parle saint Jean. — Saint Jérôme. Il ne faut point penser que ce fut la même qui répandit le parfum sur la tête et qui le répandit sur les pieds. Celle qui le répandit sur les pieds les lava de ses larmes, les essuya de ses cheveux, et elle est appelée expressément une femme de mauvaise vie, tandis qu’on ne dit rien de semblable de celle-ci, D’ailleurs, une femme pécheresse n’aurait pas été digne tout d’un coup de répandre des parfums sur la tête du Sauveur. — Saint Ambroise. On peut donc admettre que ce n’est pas la même femme, et ainsi disparaît toute contradiction entre les évangélistes. On peut encore résoudre cette difficulté, en tenant compte de la différence des temps et du mérite de cette femme, pécheresse en premier lieu, et femme vertueuse et parfaite dans la seconde circonstance. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) À s’en tenir au récit des trois évangélistes, saint Matthieu, saint Marc et saint Jean, ce serait une seule et même personne. Or, ce n’est pas sans raison que l’Évangéliste rappelle que Simon était lépreux ; il veut ainsi nous apprendre ce qui inspira à cette femme la confiance de s’approcher de Jésus. La lèpre était une maladie qui rendait impur, et cette femme voyant que Jésus en avait guéri cet homme chez qui il se trouvait, conçut la ferme espérance qu’il pourrait facilement purifier son âme de la lèpre impure du péché. Tandis que toutes les autres femmes ne s’étaient approchées de Jésus que pour lui demander la guérison de leur corps, seule cette femme s’approcha du Sauveur, pour lui rendre les honneurs qui lui étaient dus et pour en obtenir la guérison de son âme, car elle n’avait aucune infirmité corporelle ; aussi, est-ce là ce qui la rend vraiment digne de notre admiration. D’après l’évangéliste saint Jean, au contraire, ce ne serait pas la même personne, mais une autre, la sœur admirable de Lazare. — Origène. Et la raison en est que saint Matthieu et saint Marc racontent que ce fait a eu lieu dans la maison de Simon le lépreux, tandis que saint Jean nous apprend que Jésus vint dans la maison où était Lazare, et que ce n’était pas Simon mais Marthe et Marie qui le servaient. D’ailleurs, selon saint Jean, c’est six jours avant la fête de Pâque que Marthe et Marie offrirent à Jésus un repas, tandis que lorsqu’il était à la table de Simon, on n’était plus séparé que par deux jours de la fête de Pâque. Dans saint Matthieu et dans saint Marc, nous voyons encore que ce sont les disciples qui manifestent leur mécontentement de la pieuse action de cette femme, tandis que, dans saint Jean, Judas seul s’en indigne parce qu’il aimait à voler ; dans saint Luc, nous ne voyons personne murmurer de cette action. — Saint Grégoire le Grand. (hom. 33 sur les évang.) Ou bien, il faut dire que saint Luc appelle femme pécheresse cette même femme à qui saint Jean donne le nom de Marie. — Saint Augustin. (De l’accord des Evang., 2, 79.) Saint Luc raconte un fait semblable, et celui chez qui Notre-Seigneur se trouvait alors à table porte le même nom, puisque saint Luc l’appelle Simon. Cependant, comme il n’est contraire ni à la raison, ni à l’usage que le même nom soit porté par deux personnes différentes, il est plus vraisemblable qu’il y avait à Béthanie un autre Simon, différent de Simon le lépreux, et chez lequel s’est passé cette scène. Je pense donc que la femme dont il est ici question n’est point différente de la pécheresse qui était venue se jeter alors aux pieds de Jésus, mais que c’est la même appelée Marie qui a fait la même action dans deux circonstances différentes ; saint Luc a raconté la première et saint Jean lui-même la rappelle, comme trait distinctif de Marie, avant l’arrivée du Sauveur à Béthanie. " Or, il y avait un homme malade nommé Lazare, qui était du bourg de Béthanie, où demeuraient Marie et Marthe sa sœur. Cette Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfums, et qui essuya ses pieds avec ses cheveux, et Lazare, qui était alors malade, était son frère. " Marie avait donc déjà répandu une fois des parfums sur le Seigneur, et elle répète cette action une seconde fois, dans une circonstance dont saint Luc ne parle pas, mais qui est racontée par les trois autres évangélistes, saint Jean, saint Matthieu et saint Marc. Saint Matthieu et saint Marc disent, il est vrai, qu’elle répandit ce parfum sur la tête du Seigneur, tandis que saint Jean le lui fait répandre sur les pieds. Mais il n’y a point en cela de contradiction, si nous admettons que cette femme répandit ce parfum, non-seulement sur la tête, mais sur les pieds du Seigneur. Peut-être nous objectera-t-on, dans un esprit de chicane, que, suivant le récit de saint Marc, cette femme brisa le vase d’albâtre avant de répandre le parfum sur la tête du Seigneur, et qu’il est impossible qu’il en soit resté assez dans ce vase brisé pour parfumer ses pieds. Mais que les contradicteurs veuillent bien remarquer qu’elle a pu répandre le parfum sur les pieds du Sauveur avant de briser le vase, et qu’il en est resté assez dans ce vase entier pour répandre sur sa tête lorsqu’elle l’eut brisé.
Saint Augustin. (doct. chrét., 3, 12.) Personne, pour peu qu’il fasse usage de sa raison, n’ira croire que le Seigneur a permis que cette femme répandit ces parfums sur ses pieds, à l’exemple des hommes sensuels et voluptueux. Dans toutes ces choses, ce n’est point l’usage qui est coupable, mais la mollesse voluptueuse de ceux qui s’en servent. Celui qui, dans l’usage qu’il en fait, dépasse les limites que s’imposent les personnes vertueuses au milieu desquelles il vit, ou fait preuve de dépravation, ou annonce que sa conduite a quelque chose de mystérieux. La même chose donc qui, dans les autres, est presque toujours coupable, dans une personne divine ou dans un prophète, peut être un symbole ou une figure ; car la bonne odeur figure la bonne réputation, et celui qui s’en rend digne par les œuvres d’une vie vertueuse, en suivant les pas de Jésus-Christ, semble répandre sur ses pieds un parfum d’un grand prix.
Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 278.) Il semble qu’il y ait contradiction entre saint Matthieu et saint Marc, qui, après avoir dit que la Pâque se ferait dans deux jours, mentionnent tous les deux que Jésus était à Béthanie, où ce parfum précieux fut répandu sur sa tête, tandis que saint Jean place le même fait six jours avant la fête de Pâque. Mais ceux qui font cette difficulté, ne remarquent pas que c’est par récapitulation que saint Matthieu et saint Marc racontent ce fait ; car aucun d’eux, après avoir dit que la Pâque se ferait dans deux jours, ne continue son récit en ajoutant : " Ensuite comme Jésus était à Béthanie. "
Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Mais comme les disciples avaient entendu le divin Maître proclamer cette vérité : " J’aime mieux la miséricorde que le sacrifice " (Mt 9, 12), ils se disaient en eux-mêmes : s’il n’a point pour agréables les holocaustes, à plus forte raison l’usage que l’on fait de ce parfum " Ce que ses disciples voyant, ils s’indignèrent et dirent : À quoi bon cette perte, car on aurait pu vendre, " etc. — Saint Jérôme. Je sais qu’il en est qui attaquent ce passage ; car d’après saint Jean, disent-ils, Judas seul s’indigna, parce qu’il avait la bourse, et qu’il avait volé dès le commencement ; saint Matthieu, au contraire, raconte que tous les disciples s’élevèrent contre cette femme. Mais ils oublient qu’il y a ici cette figure de mots, appelée syllepse (σύλληψις), qui consiste ΰ employer le singulier pour le pluriel, et le pluriel pour le singulier. C’est ainsi que dans son épître aux Hébreux, saint Paul dit des justes de l’ancienne loi : " Ils ont été sciés " (He 11), tandis que d’après l’opinion commune, Isaïe seul a souffert ce supplice. — Saint Augustin. (de l’accord des Evang., 279.) On peut encore admettre que les autres disciples partagèrent ces mêmes sentiments, et peut-être à la persuasion de Judas ; c’est cette impression générale que saint Matthieu et saint Marc ont voulu exprimer. Mais Judas tint ce langage, parce que c’était un voleur, les autres y participèrent par un sentiment de charité pour les pauvres, et saint Jean n’a fait mention que de Judas, parce qu’il a voulu constater à cette occasion l’habitude qu’il avait de voler.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Telles étaient les pensées des disciples, mais le Seigneur, qui voyait l’intention de cette femme, la laisse agir, tant est grande la piété qui l’inspire, et le zèle qui l’anime. Il condescend donc à ses désirs, et lui permet de répandre ce parfum sur sa tête. Le Père céleste avait souffert qu’on lui offrit l’odeur des victimes et la fumée des sacrifices (Gn 8, 2), ainsi Jésus-Christ daigne accepter le parfum que cette femme répand sur lui par un sentiment de religion, tandis que ses disciples la blâment, parce qu’ils ignorent l’intention qui la fait agir. " Mais Jésus, sachant leurs murmures, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? " — Rémig. Preuve évidente qu’ils avaient dit quelque chose de blessant pour cette femme, Il ajoute cette parole remarquable : " Elle vient de faire une bonne œuvre envers moi, " c’est-à-dire, ce n’est point là comme vous le dites une perte, mais une bonne œuvre, un acte de piété et de religion. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Il ne se borne pas à dire : " Elle a fait une bonne œuvre envers moi, " mais il commence par réprimander ses disciples : " Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? " parce qu’il veut nous apprendre à encourager, à exciter celui qui fait une bonne action quelle qu’elle soit, fût-elle d’ailleurs accompagnée de quelques négligences, et à ne point exiger tout d’abord la perfection. Si on l’avait interrogé avant que cette femme fit cette action, il ne lui en aurait pas fait une obligation ; mais après que ce parfum eut été répandu, le reproche des disciples n’avait plus d’application, et c’est pour ne point étouffer les saints désirs de cette femme qu’il s’exprime ainsi pour sa consolation.
" Car vous aurez toujours des pauvres avec vous. " — Rémig. Notre-Seigneur leur prouve ici par une raison claire, qu’il ne fallait pas incriminer la conduite de ceux qui l’assistaient de leurs biens pendant le cours de sa vie mortelle ; car il y aurait toujours des pauvres dans 1’Église, et les fidèles trouveraient toujours l’occasion de leur faire du bien quand ils le voudraient, tandis qu’il devait rester peu de temps avec eux revêtu d’un corps mortel. " Mais pour moi, vous ne m’aurez pas toujours. " — Saint Jérôme. On peut se demander comment Notre-Seigneur a pu dire à ses disciples après sa résurrection : " Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation du monde " (Mt 28), tandis qu’il leur déclare ici qu’ils ne l’auront pas toujours. Je réponds que dans cette dernière circonstance, il veut parler de sa présence sensible dont ils ne devaient plus jouir après sa résurrection, comme ils en jouissaient maintenant en toute intimité dans le commerce habituel de la vie. — Rémig. Ou bien, cette question peut se résoudre en disant que c’est à Judas seul que Notre-Seigneur a adressé ces paroles, et s’il n’a pas dit : Tu auras, mais : " Vous aurez, " c’est que dans la personne de Judas, il a eu en vue tous ses imitateurs. Il dit aussi : " Vous ne m’aurez pas toujours, " bien que les méchants ne l’aient même pas pour un temps, parce qu’ils paraissent avoir Jésus-Christ pendant cette vie en se mêlant avec ses membres, et en s’approchant de sa table, mais ils ne l’auront pas toujours de cette manière, parce que ce n’est qu’aux seuls élus qu’il dira : " Venez les bénis de mon Père. "
" Car en répandant ce parfum, " etc. C’était un usage chez les Juifs d’embaumer avec divers parfums les corps des morts, pour les préserver plus longtemps de la corruption, et comme cette femme devait avoir la pensée d’embaumer le corps du Seigneur après sa mort, pensée qu’elle ne pourrait exécuter, prévenue qu’elle serait par la résurrection, Dieu permit, par une disposition providentielle, qu’elle couvrît de parfums le corps vivant de Jésus. C’est ce que signifient ces paroles : En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour m’ensevelir, " c’est-à-dire qu’en répandant ce parfum sur mon corps pendant ma vie, elle a comme annoncé ma mort et ma sépulture.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Le Sauveur vient de parler de mort et de sépulture, il ne veut pas laisser cette femme sous l’impression de tristesse, que ces paroles devaient lui causer, il la console donc de nouveau en ajoutant : " Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché, " etc. — Raban Maure. C’est-à-dire dans tous les lieux où s’étendra l’Église, dans tout l’univers on racontera ce qu’a fait cette femme, etc. Ces dernières paroles nous apprennent que de même que Judas eu blâmant cette action, s’est couvert à tout jamais d’infamie, ainsi cette femme recueille dans tous les siècles la gloire de son pieux dévouement. — Saint Jérôme. Voyez quelle connaissance de l’avenir, lui dont la passion et la mort devaient avoir lieu dans deux jours, il sait que son Évangile sera prêché dans tout l’univers. — Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Or, voici que cette prédiction a reçu son accomplissement ; et dans quelque partie de la terre que vous alliez, vous verrez cette femme devenue célèbre par la puissance de celui qui a fait cette prédiction. Les victoires d’une multitude de rois et de généraux sont ensevelies dans le silence et l’oubli, et on ne connaît ni le nom, ni les actions d’un grand nombre de ceux qui ont construit des villes et réduit en servitude une infinité de nations. Mais cette femme a répandu un vase de parfum dans la maison d’un lépreux, en présence de douze hommes, et voici que tous la célèbrent à l’envi par toute la terre, et malgré le temps qui s’est écoulé depuis, le souvenir de cette action n’est pas effacé. Mais pourquoi Notre-Seigneur n’a-t-il point promis de récompense particulière à cette femme, mais seulement une mémoire éternelle ? Parce que sa récompense est clairement indiquée dans les paroles du Sauveur ; car puisqu’elle a fait une bonne œuvre, il est évident qu’elle en recevra la récompense.
Saint Jérôme. Dans le sens mystique, celui qui doit souffrir pour l’univers entier, s’arrête à Béthanie dans la maison de l’obéissance, autrefois la maison de Simon le lépreux, Simon veut dire aussi obéissant, et selon une autre explication, il signifie le monde, et c’est dans sa maison que l’Église a été guérie. — Origène. Partout, dans les Écritures, l’huile signifie ou une œuvre de miséricorde qui entretient la lampe de la parole et lui donne son éclat, ou la doctrine destinée à nourrir la parole de la foi, qui brille en nous comme une lumière. Généralement on donne le nom d’huile à tout ce qui sert à oindre le corps. Mais parmi les huiles, il y a les parfums, et parmi les parfums, il en est de plus précieux les uns que les autres. Ainsi tout acte, selon la justice, s’appelle une bonne œuvre ; mais parmi les bonnes œuvres, celles que nous faisons pour les hommes ou d’une manière toute humaine, sont différentes de celles que nous faisons pour Dieu et dans l’intention de lui plaire. De même dans les actions que nous faisons pour Dieu, les unes sont utiles aux hommes, les autres ne tendent qu’à la gloire de Dieu. Ainsi, par exemple, un homme fait du bien à son semblable par un sentiment naturel de justice, et sans songer à plaire à Dieu, comme le faisaient parfois les Gentils, cette action est une huile ordinaire, qui n’a point d’odeur exquise, elle est cependant agréable à Dieu ; car, comme le dit saint Pierre dans les écrits de saint Clément, les bonnes œuvres que font les infidèles leur servent dans ce monde, mais non dans l’autre où elles sont stériles pour la vie éternelle. Ceux qui agissent pour Dieu, en recueillent surtout le prix dans l’autre vie, et c’est un parfum qui exhale une odeur délicieuse. Quelquefois ils agissent dans l’intérêt du prochain en faisant des aumônes, ou d’autres œuvres semblables, et celui qui exerce ces œuvres de miséricorde à l’égard des chrétiens, répand des parfums sur les pieds de Jésus-Christ. C’est ce que font ordinairement les pécheurs repentants pour obtenir la rémission de leurs péchés. Celui, au contraire, qui s’applique à la pratique de la chasteté, qui persévère dans les prières, dans les jeûnes et dans d’autres œuvres qui ne tendent qu’à la gloire de Dieu, répand des parfums sur la tête du Seigneur ; c’est un parfum précieux dont l’odeur se répand dans toute l’Église, et c’est l’œuvre propre, non pas des pénitents, mais des parfaits. Ou bien, le parfum répandu sur les pieds du Sauveur, c’est la doctrine qui est nécessaire aux hommes, tandis que la connaissance de la foi qui n’a pour objet que Dieu est le parfum répandu sur la tête de Jésus-Christ, et c’est par ce parfum que nous sommes, par le baptême, ensevelis avec Jésus-Christ pour mourir au péché. — Saint Hilaire. Cette femme figure le peuple des Gentils, c’est elle qui, dans la passion de Jésus-Christ, rend gloire à Dieu ; car elle a répandu des parfums sur sa tête, et la tête du Christ c’est Dieu ; l’huile, c’est le fruit des bonnes œuvres. Les disciples, dans le désir qu’ils avaient de sauver Israël, prétendent qu’on aurait dû vendre ce parfum pour en distribuer le prix aux pauvres, c’est-à-dire aux Juifs qu’ils appellent par une inspiration prophétique des pauvres, comme étant privés des richesses de la foi, et le Seigneur leur déclare qu’ils auront tout le temps nécessaire pour prendre soin de ces pauvres. D’ailleurs ce n’est que par son ordre exprès qu’ils pourront porter le salut aux Gentils qui ont été ensevelis avec lui, et couverts du parfum répandu par cette femme ; car la régénération ne sera donnée dans le baptême qu’à ceux qui seront morts avec lui. Or, partout où l’Évangile sera prêché, on racontera ce qu’a fait cette femme, parce qu’après la chute du peuple d’Israël, la foi des Gentils proclamera la gloire de 1’Évangile.

Mt 26, 14-16
14 Alors, l'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres
15 et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent.
16 Depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour livrer Jésus.
La Glose. Après nous avoir fait connaître quelle fut l’occasion de la trahison de Judas, l’Évangéliste en vient au fait même de cette trahison : " Alors l’un des douze s’en alla. " — Saint Jean Chrysostome.(hom. 80.) C’est-à-dire lorsqu’il eut entendu que cet Évangile serait prêché eu tout lieu, il fut saisi de crainte ; car les paroles du Sauveur étaient pleines d’une puissance ineffable. — Saint Augustin.(de l’accord des Evang., 2, 80.) Voici la suite du discours de Notre-Seigneur : " Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours. — Alors les princes des prêtres s’assemblèrent. — Alors l’un des douze s’en alla, " etc. Entre ces paroles : " De peur qu’il ne s’élève quelque tumulte parmi le peuple, et ces autres : " Alors l’un des douze s’en alla, " etc. ; l’Évangéliste raconte le fait qui s’est passé à Béthanie, et qu’il place ici par récapitulation. — Origène. Pour trahir l’unique prince des prêtres qui a été consacré prêtre pour l’éternité (Ps 109), il alla trouver tous ces princes des prêtres afin de leur vendre à prix d’argent celui qui voulait racheter le monde entier. — Raban Maure. L’auteur sacré dit qu’il s’en alla, c’est-à-dire que c’est sans y être forcé, sans y être sollicité, mais de son plein gré qu’il conçut ce criminel dessein.
Saint Jean Chrysostome. (hom. 80.) Il dit : " L’un des douze, " c’est-à-dire l’un de ceux qui les premiers ont été l’objet d’une vocation sublime, et il ajoute pour le distinguer : " Appelé Judas Iscariote ; " car il y avait un autre Judas. — Rémig. Iscariote était le village où Judas était né. — Saint Léon. (Serm. sur la passion.) Ce n’est point l’impression du trouble produit par la crainte qui lui fait abandonner Jésus-Christ, mais l’amour de l’argent ; car pour cette passion, aucune affection n’a de prix, une âme dominée par l’amour du gain ne craint pas de s’exposer à sa perte pour un misérable profit, et il n’y a plus de trace de justice dans un cœur où l’avarice a fixé sa demeure. Enivré de ce poison, le perfide Judas, dévoré par la soif de l’argent, pousse l’excès de sa folle impiété jusqu’à vendre son Seigneur et son Maître. " Et il dit aux princes des prêtres : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? " — Saint Jérôme. L’infortuné Judas veut se dédommager par la vente de son Maître de la perte qu’il croit avoir faite en voyant ce parfum répandu. Il ne fixe pas de chiffre précis de manière à ce que cette trahison fût pour lui une affaire lucrative, mais comme s’il s’agissait d’un vil esclave, il laisse aux acheteurs de déterminer le prix qu’ils veulent y mettre. — Origène. Or, voilà ce que font tous ceux qui reçoivent les biens de la terre et les avantages du monde pour livrer et chasser de leur âme le Sauveur et la parole de vérité qui était en eux.
" Et ils lui promirent trente pièces d’argent. " Ils semblent établir le prix de la vente sur le nombre d’années que le Sauveur avait passées dans le monde. — Saint Jérôme. Joseph ne fut pas, comme quelques-uns le pensent d’après la version des Septante, vendu trente pièces d’or, mais trente pièces d’argent d’après le texte hébreu qui est authentique. Car le serviteur ne pouvait être estimé à un plus haut prix que le Maître.
Saint Augustin. (Quest. évang., 1, 44.) Judas, vendant le Seigneur trente pièces d’argent, représente les Juifs infidèles, qui, en poursuivant les biens terrestres et périssables (qui sont l’objet des cinq sens du corps), ont rejeté le Christ ; et comme ils ont commis ce crime au sixième âge du monde, ils ont reçu pour prix du Seigneur qu’ils ont vendu, une somme figurative composée du chiffre six multiplié par cinq ; et parce qu’il est écrit que la parole du Seigneur est pure comme l’argent, et qu’ils n’ont eu de la loi qu’une intelligence charnelle, ils ont comme gravé sur l’argent l’effigie de ce pouvoir terrestre, auquel ils ont été soumis après avoir perdu le Seigneur.
Suite. " Et depuis ce moment, il cherchait une occasion favorable pour le livrer " — Origène. Saint Luc nous explique plus clairement quelle était cette occasion que cherchait Judas en disant : " Il cherchait l’occasion de leur livrer sans exciter de troubles, c’est-à-dire au moment où le peuple ne l’entourait pas, et où il se trouvait seul avec ses disciples. C’est ce qu’il fit en le livrant après la cène, lorsqu’il était seul dans le jardin de Gethsémani. Et voyez si aujourd’hui encore ce n’est pas cette même occasion favorable que cherchent ceux qui veulent trahir le Verbe de Dieu dans les temps de persécution, c’est-à-dire alors que la parole de vérité n’est pas entourée et défendue par la multitude des fidèles.
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