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Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe et confirmations à Saint-Denys du Saint-Sacrement - Solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ – Année C
Dimanche 29 mai 2016 – Saint-Denys du Saint-Sacrement (3e)
Frères et Sœurs,

Quand Jésus est retourné auprès du Père par son Ascension, les disciples se sont retrouvés seuls. Pendant plusieurs années, ils l’avaient découvert, ils avaient appris à le connaître, ils avaient vécu avec lui, ils avaient entendu ses paroles, ils avaient vu les signes qu’il faisait, et brusquement, il n’était plus au milieu d’eux. Quand ils ont reçu l’Esprit Saint au moment de la Pentecôte, ils se sont rappelé ce que Jésus leur avait dit avant de les quitter : il ne les laisserait pas orphelins, mais il leur enverrait un autre défenseur. Ce défenseur, c’est l’Esprit, l’Esprit de Dieu répandu sur les apôtres qui va leur donner la lumière et la force pour accomplir la mission que Jésus leur a laissée.

Nous tous qui essayons d’être disciples du Christ, nous sommes confrontés à la même solitude que les apôtres. Jésus, nous ne l’avons jamais vu et nous ne le verrons jamais. Nous ne l’avons pas entendu de nos oreilles, nous ne l’avons pas touché de nos mains, nous ne le connaissons que parce que les apôtres nous ont transmis ce que Jésus a dit et fait, comme saint Paul le signifie aux Corinthiens : il a transmis ce que lui-même avait reçu. Mais cette transmission suppose qu’il y ait une Église vivante, un corps vivant. Ce corps, c’est l’Esprit Saint qui le constitue en appelant chacune et chacun d’entre nous à nous retrouver dans la maison de Dieu. Ce corps, c’est la partie visible de la présence invisible de l’Esprit Saint. Car l’Esprit Saint, comme son nom l’indique fort bien, c’est un esprit. Il est immatériel, il n’a pas d’image, pas de figure, et on ne peut pas se le représenter. Dans les évangiles, quand on parle de l’Esprit Saint, on dit qu’il se montre sous la forme d’une colombe ou sous la forme de langues de feu. Jésus nous dit dans l’évangile : « L’Esprit, tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va » (Jn 3,8), il est insaisissable. Alors comment pouvons-nous croire ? Comment pouvons-nous accueillir ce don de l’Esprit Saint invisible et imperceptible à nos yeux et à nos oreilles, s’il n’y a pas le corps visible de l’Église dans lequel l’Esprit Saint produit les fruits de sa présence ?

Jésus n’est plus présent parmi nous et cependant il a voulu nous laisser un signe visible de sa présence sous la forme du pain et du vin devenus par la force de l’Esprit son corps et son sang. Au moment où il quitte ses disciples, il ne les laisse pas orphelins. Il leur donne à voir ce pain et ce vin qui représentent son corps et son sang. Il leur donne à partager le pain que lui-même leur partage et qui est sa propre vie. C’est par la force de cette présence du Christ que l’Église se constitue autour de l’autel où nous célébrons l’eucharistie. C’est par la force de cette présence du Christ à laquelle nous communions en recevant le corps et le sang de Jésus, le pain et le vin consacré, que l’Église se construit, se développe et se fortifie. C’est dans la visibilité de cette Église, cette Église que l’on voit, comme nous nous voyons aujourd’hui les uns en face des autres, cette Église qui se développe à travers le monde comme présence visible du Christ, que le don de l’Esprit Saint prend corps.

Cet Esprit que nul ne peut ni voir ni toucher, nous croyons qu’il vient pour chacun d’entre nous à travers les signes que nous donne l’Église dans les sacrements. Nous le recevons au moment de notre baptême comme une promesse et une semence qui doit se développer et porter du fruit. Nous le recevons au moment de notre confirmation quand après un chemin de catéchèse où l’on apprend à connaître Jésus et la doctrine de l’Église, il vient renforcer nos cœurs dans notre acte de foi. Nous le recevons chaque fois que l’Église pose un acte sacramentel, c’est-à-dire un acte visible à travers lequel s’accomplit la présence invisible de Jésus.

Vous qui allez être confirmés, vous êtes entrés dans ce chemin de la foi par votre baptême, et vous devez apprendre, comme vous avez commencé de le faire, à reconnaître la présence de Jésus dans votre vie, par les sacrements auxquels vous avez été préparés et auxquels vous participez par le corps de l’Église. Cette Église, vous y appartenez et vous y prenez aujourd’hui pleinement votre place par le don de l’Esprit Saint. Vous devez apprendre comme vous avez déjà commencé de le faire, que tout au long de votre vie, à aucun moment, vous ne serez jamais seuls. Jamais, à aucun moment de votre vie, Dieu ne vous abandonne. Jamais, à aucun moment de votre vie, il ne vous livre à la destruction et à la mort. Jamais, à aucun moment de votre vie, il ne se cache loin de vous et ne se rend impalpable, absent. La présence de Dieu dans votre vie ne se voit pas, ne se mesure pas. Mais c’est la certitude d’une présence en votre cœur, par le don de l’Esprit Saint, c’est la certitude d’une présence en votre corps par le don de l’Eucharistie, c’est la certitude de la présence de Dieu à chacun et à chacune de ceux qui cherchent à le connaître et qui veulent vivre selon sa parole.

Avant de vous confirmer, je vais vous inviter à renouveler vous-mêmes la profession de foi de votre baptême. Au moment du baptême, la plupart d’entre vous étiez petits. Vous n’avez pas répondu aux questions qui étaient posées. C’étaient vos parents qui vous présentaient au baptême et qui faisaient pour vous les premiers pas de la vie chrétienne.

Aujourd’hui, c’est vous-mêmes qui allez prononcer cette profession de foi du baptême et qui allez reprendre en votre nom propre, la place qui est celle des disciples du Christ dans l’Église. Que le Seigneur vous donne de trouver une pleine joie dans cette profession de foi et dans le sacrement de sa présence. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Solennité du Sacré-Cœur de Jésus – Année C – Jubilé des prêtres – Journée de prière pour la sanctification des prêtres au Sacré-Coeur
Vendredi 3 juin 2016 - basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (Paris XVIIIe)
Frères et Sœurs,

La joie à laquelle le Christ nous invite aujourd’hui est la joie du pasteur qui a retrouvé sa brebis perdue. C’est aussi, on le devine, la joie de la brebis d’avoir été retrouvée, d’être portée sur l’épaule de son berger, d’être soignée, remise en forme et réintégrée à la plénitude du troupeau. C’est la joie de tous les pécheurs réconciliés avec Dieu par la grâce du sacrement. C’est la joie de tous les ministres de la miséricorde qui sont ordonnés pour être les acteurs de cet acte de réconciliation et de paix. Comme le Christ se réjouit pour la centième brebis retrouvée, nous, prêtres du Seigneur, nous nous réjouissons chaque fois que nous rencontrons des pécheurs qui se convertissent, chaque fois que par la grâce d’un ministère qui dépasse de beaucoup nos talents et nos capacités, la Parole de Dieu trouve le chemin du cœur d’un homme ou d’une femme pour l’amener à demander pardon et à trouver la plénitude de la réconciliation.

Un homme qui vit sans pardon est un homme qui s’enferme sur sa culpabilité et risque de plonger dans le désespoir. Une société qui vit sans pardon est une société qui s’étouffe dans sa culpabilité et la transforme en agressivité envers les autres pour trouver les coupables que nous ne voulons pas reconnaître en nous-mêmes. Une humanité sans pardon est une humanité vouée à la délation, à la barbarie et à la sauvagerie.

Pourquoi donc est-il si difficile de répandre le pardon ? Pourquoi donc est-il si difficile de reconnaître que l’on a besoin du pardon ? Pourquoi donc est-il si difficile de se reconnaître pécheur ? Pour nous reconnaître pécheurs, il faut que nous soyons profondément assurés de l’amour que Dieu nous porte, non pas seulement à chacun d’entre nous en particulier, mais à l’humanité tout entière. Pour avoir la confiance d’avouer notre péché et en être pardonnés, il faut que la plénitude de l’amour de Dieu se manifeste à nos yeux.

Quand la lance du centurion a percé le cœur du Christ en faisant jaillir du sang et de l’eau, il n’accomplissait pas simplement le rite ultime pour vérifier la mort de la victime. Il accomplissait un geste prophétique car le sang et l’eau qui coulaient du cœur du Christ exprimaient en même temps, le don total que Jésus avait fait de lui-même et la source de vie que ce don devenait pour l’humanité entière. C’est en regardant couler le sang et l’eau du côté transpercé du Christ que nous comprenons ce saint Paul dit dans l’épître aux Romains : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5,8)
Il ne suffit pas que les prêtres soient des ministres de la miséricorde et du pardon, il faut encore que chacune de leur vie, tous les moments de leur vie deviennent des signes de cet amour de Dieu qui s’est exprimé dans la personne de Jésus de Nazareth, lui qui a aimé les siens jusqu’à l’extrême et leur a dit : « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13).
Chers frères, chacun de nous a prié sur ces phrases du Christ. Chacun de nous s’est engagé dans un chemin de conversion pour que ces phrases deviennent réalité dans sa vie particulière et quotidienne. Chacun de nous s’est nourri de l’image du Christ offrant sa vie, de l’image du bon pasteur courant après la brebis perdue. Chacun de nous porte en lui ce modèle du bon pasteur. Mais nous le savons, chacun de nous porte aussi les restes, les traces, les cicatrices et les blessures du mal accompli dans sa vie. Chacun de nous porte en lui des faiblesses qui sont le lot de tous. Chacun de nous a besoin de ses frères pour réaliser la figure du bon pasteur et surmonter la tentation de fuir devant la difficulté.

Nous exerçons notre ministère dans un temps où l’on a parfois tendance à s’imaginer qu’il est plus difficile. Mais plus difficile que quoi ? Pus difficile que quand ? Nous ne sommes pas sur terre pour mesurer les difficultés. Nous somme sur terre pour faire face à la réalité, telle qu’elle est aujourd’hui pour nous. Nous puisons notre force dans la communion eucharistique à celui qui a partagé son corps et son sang à ceux qu’il avait choisis. Nous puisons notre force dans la communion sacramentelle qui unit tous les membres du presbyterium. Nous puisons notre force dans les attentes des hommes et des femmes auxquels nous sommes envoyés, et - oserais-je le dire- nous puisons notre force dans celles et ceux qui n’attendent rien mais auxquels nous sommes aussi envoyés.

Cette certitude que l’amour de Dieu qui emplit nos cœurs par la foi déborde de toute part nos limites, est non seulement un réconfort, mais aussi un appel à toujours puiser dans cette quête de la brebis perdue, le sens et la direction de notre ministère.
Frères et sœurs, le sacrement de la réconciliation est dans le trésor de l’Église la porte de l’espérance pour qu’aucun de ceux qui veulent revenir sur leur vie et emprunter le chemin de la conversion ne soit abandonné, pour qu’aucun de ceux que la culpabilité afflige ne se laisse enfermer dans cette culpabilité, pour qu’aucun de ceux qui sont animés par le désir de désigner chez les autres les coupables ne soit encouragé à croire qu’il est devenu juste au milieu des pécheurs alors qu’il est justifié de son péché par la mort et la résurrection du Christ.

Que le Seigneur donne à tous les membres de l’Église la joie de vivre le sacrement de la réconciliation comme le sacrement de l’espérance. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe et confirmations d’élèves de St Louis de Gonzague – Dixième dimanche du temps ordinaire – Année C
Samedi 4 juin 2016 - Lycée St Louis de Gonzague (Franklin) (Paris XVIe)
Frères et Sœurs,

En ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, Jésus envoie un triple message. D’abord, évidemment, un message à cette pauvre veuve qui allait se retrouver sans soutien et sans moyen de vivre, alors qu’elle vivait seule avec son fils. L’évangile nous dit, comme c’est souvent le cas dans des rencontres analogues, que Jésus est touché de compassion, qu’il s’approche et qu’il fait quelque chose. Les Actes des Apôtres diront que Jésus est passé parmi les hommes en faisant le bien. Il passe, il voit, il s’approche, il touche et il sauve. Pour cette femme, c’est une nouvelle vie qui commence.

Le deuxième message s’adresse à la foule et aux disciples qui l’entourent, dont la plupart sont des Juifs. En refaisant le même geste qu’avait accompli le grand prophète Elie en ressuscitant le fils de la veuve de Sarepta, Jésus manifeste, sans avoir besoin de plus de discours, qu’il est l’héritier d’Elie, qu’il est le nouvel Elie. Comme le grand prophète Elie, lui aussi est capable de ressusciter un homme mort. Ceci nous aide à comprendre pourquoi l’évangile nous dit que « la crainte s’empare de tous et qu’ils rendent gloire à Dieu en disant : un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple » (Lc 7, 16). Ainsi, par la résurrection du fils de la veuve de Naïm, Jésus, une fois de plus, manifeste qu’il est l’héritier de la grande promesse faite par Dieu à Israël.

Ce signe comporte un troisième message. L’homme couché dans la mort, que Jésus fait se lever vivant, annonce prophétiquement par avance, ce que lui-même va vivre. Condamné, crucifié, mis à mort, il se lèvera, vivant, pour le salut de tous. Celles et ceux qui sont témoins de cette résurrection du fils de la veuve de Naïm, quand ces événements surviendront à Jérusalem, pourront se souvenir que déjà, il s’est manifesté comme le maître de la vie et de la mort.

Ce triple message, que Jésus nous adresse à travers l’évangile, éclaire la relation que nous essayons de vivre avec lui. Nous le voyons comme celui qui a compassion des hommes, qui a compassion de nous, celui qui voit, même lorsque nous ne les voyons pas, nos faiblesses, nos misères, nos blessures, nos souffrances, nos peines. Non seulement, il voit les malheurs qui nous affligent de l’extérieur mais puisqu’il connaît le cœur de l’homme, il voit la souffrance que nous éprouvons intérieurement. Ainsi, pour celui qui croit au Christ, la première certitude qui éclaire sa vie, c’est que, plus jamais il ne sera seul. Quelles que soient les circonstances imprévues qu’il rencontrera dans son existence, quels que soient les malheurs qui le frappent, quels que soient les doutes qui habitent son cœur ou son esprit, quel que soit le trouble qui peut parfois l’assaillir, il sait qu’au plus profond de son existence, quelqu’un a compassion de lui. Cette compassion que Dieu porte à l’humanité n’est pas simplement une sorte de pétition de principe que l’on se répète ! Elle s’exprime à travers des gestes, des paroles et des relations qui sont le tissu de notre existence humaine.

Si durs que soient nos cœurs, si perturbée que puisse être notre vie, nous savons qu’il y a autour de nous, tout proches de nous, dans nos familles, dans notre entourage, dans nos amis, des hommes et des femmes qui nous regardent avec compassion, en portant sur nous ce regard d’amour et de tendresse qui n’est qu’un reflet, bien imparfait, mais un reflet tout de même, du regard que Dieu porte à l’humanité. Oui, nous vivons sous ce regard bienveillant de Dieu, à tous les moments et dans toutes les circonstances de notre vie. Nous découvrons Jésus comme un grand prophète, même si nous ne le connaissons pas très bien. Tout le monde n’est pas expert dans la connaissance des Écritures mais nous avons quand même suffisamment étudié les évangiles pour avoir devant les yeux et dans le cœur, une image de Jésus. Non pas une image d’Épinal, mais une image vivante de celui qui pose ce regard d’amour sur l’humanité, de celui qui rencontre des foules pour leur annoncer la Bonne nouvelle, de celui qui donne des signes de salut à travers ses miracles. Ce grand prophète ne nous annonce pas un avenir de mort mais un avenir de vie. Il n’est pas venu pour parler d’un Dieu de mort mais pour parler du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, du Dieu des vivants, du Dieu qui veut notre vie.

Cette certitude que Jésus est venu annoncer une nouvelle fois dans l’histoire des hommes, le projet d’amour de Dieu pour l’humanité est une espérance pour chacune et chacun d’entre nous. Nous ne sommes pas les fidèles d’un Dieu qui veut le mal de l’homme. Nous ne sommes pas les fidèles d’un Dieu qui veut exterminer les pécheurs. Nous ne sommes pas les fidèles d’un Dieu qui veut contraindre les mécréants. Nous sommes les fidèles d’un Dieu qui a engagé toute sa capacité et sa puissance, pour faire surgir la vie, pour l’entretenir et pour l’amener à bon port. Nous sommes fidèles du Dieu de miséricorde. Cette fidélité s’exprime dans notre relation avec le Christ : Jésus de Nazareth, mort et ressuscité pour le monde, pour l’humanité.

Chers amis, au moment où vous allez être confirmés, vous exprimez quelque chose, non seulement à l’égard de votre propre vie, mais à l’égard de cette personne de Jésus de Nazareth. Depuis un certain nombre d’années - depuis votre baptême, pour les uns tout bébés, pour les autres plus grands - vous avez appris à connaître, non seulement son histoire mais plus profondément à reconnaître sa présence. Alors qu’au moment de votre baptême, parents, parrains et marraines avaient répondu pour vous devant lui, aujourd’hui, en demandant à être confirmés, vous allez répondre vous-mêmes, pour vous, devant lui. Vous allez exprimer dans le secret de votre cœur, à travers les paroles de la célébration, votre volonté de compter parmi ses disciples, votre désir d’être proche de lui, votre espérance que sa présence soit pour vous, une forte ressource pour conduire votre existence.

Que le Christ soit au centre de votre vie ! Un cercle n’a qu’un centre. Il ne peut pas y avoir deux centres dans notre vie. Il ne peut pas y avoir deux divinités. Il ne peut pas y avoir deux sauveurs. Il ne peut pas y avoir deux seigneurs et a fortiori trois ou quatre ! Au moment où vous arrivez à une période de votre existence où, peu à peu, - même si vous avez encore quelques années devant vous pour réfléchir et peser le sens que vous voulez donner à votre vie - les opportunités se réduisent. Quand on apprend à lire et à écrire, tout l’univers est ouvert ! Quand on arrive dans des sections littéraires, scientifiques, on s’investit dans une direction et pas dans une autre. Cela ne veut pas dire que l’on rejette le reste, mais cela limite forcément notre disponibilité et oriente notre vie. Ces choix que vous allez opérer successivement jusqu’à votre baccalauréat et au-delà, vont être l’occasion de vérifier qui est au centre. Autrement dit, qu’est-ce que vous cherchez ? Pourquoi allez-vous passer encore tant d’heures et tant d’années sur des exercices dont l’utilité immédiate ne vous paraîtra pas forcément évidente ? Pour quoi faire ? Pour quel résultat faut-il payer ce prix ? Quel sera le dialogue décisif qui va orienter votre vie ? Quel est ce dialogue intérieur qui vous permettra de discerner ce qui vous attire, ce qui vous tente, les domaines dans lesquels vous avez le sentiment d’avoir la capacité de réaliser quelque chose ? Mais surtout, quel sens voudrez-vous donner à ce que vous réaliserez ?

L’Esprit Saint que je vais appeler sur vous sera une lumière, une force, un guide dans ce chemin où vous orienterez votre vie pour prendre peu à peu des formes définitives. Il vous appelle, il vous appellera à choisir ce qui est mieux, ce qui est meilleur, ce qui est plus généreux, et au moment de ces appels, il faudra que vous renonciez à ce qui est moins bon, moins généreux, pour ne pas parler de ce qui serait pire ! Ce choix s’appelle la liberté, c’est notre grandeur et c’est le risque de notre vie.

Je souhaite à chacune et à chacun d’entre vous que l’Esprit Saint qui va confirmer votre baptême, fasse de vous - selon la formule employée par le Pape François dans son exhortation sur l’évangélisation - des disciples missionnaires.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND de Bercy – Dixième dimanche du temps ordinaire – Année C
Dimanche 5 juin 2016 - Notre-Dame de la Nativité de Bercy (Paris XIIe)
Frères et Sœurs,

En ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, Jésus adresse un triple message.
Le premier message est évidemment destiné à cette pauvre femme, veuve qui n’a qu’un fils. Celui-ci peut lui permettre de subsister et d’avoir sa place dans la société. Elle se voit brusquement dépouillée de tout ce qui pourrait l’aider à vivre. Jésus est saisi de compassion pour cette femme, et, à comme à plusieurs reprises dans l’évangile de saint Luc, en différentes circonstances, nous voyons comment se développe la miséricorde du Seigneur à travers l’action du Christ. Il voit la misère de cette femme, il voit sa peine, il s’approche et il sauve.

Le deuxième message s’adresse à la foule qui l’entoure. Beaucoup sont certainement des Juifs qui connaissent bien l’Écriture et l’histoire de leur peuple. En ressuscitant ce jeune homme, Jésus réactualise le geste qu’avait accompli le prophète Elie lorsqu’il avait ressuscité le fils de la veuve chez qui il était réfugié. Jésus pose ici un acte qui assoit son autorité comme homme de Dieu. Devant la résurrection du fils de la veuve de Naïm, ceux qui connaissent l’histoire d’Elie font un rapprochement entre cette résurrection et celle opérée par le prophète. Alors ils rendent gloire à Dieu et disent : « un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple » (Lc 7,16). Nouvel Elie, Jésus devient aux yeux de ses auditeurs un authentique porte-parole de Dieu : ce qu’il dit est vraiment ce que Dieu veut dire.

Mais il y a un troisième message que Jésus délivre à travers cette résurrection. C’est une prophétie qui annonce ce que lui-même va vivre. Lui aussi sera couché parmi les morts. Lui aussi, par la puissance de Dieu va se relever vivant. Aussi, ce jeune homme à qui il rend la vie est comme une annonce qui préfigure ce que les événements vont dévoiler à Jérusalem et que les témoins attentifs reconnaîtront à travers la résurrection de Jésus. Jésus est non seulement un porte-parole authentique de ce que Dieu veut dire, mais il est un opérateur efficace pour surmonter la mort et parvenir à la vie.

Ce triple message de Jésus nous est adressé à nous. Aujourd’hui, nous sommes bénéficiaires de la compassion de Jésus. Nous, aujourd’hui, comme peuple de Dieu, comme Église du Christ, comme la foule qui entourait Jésus au moment de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, mais aussi chacun et chacune d’entre nous, avec les blessures qu’il supporte, les cicatrices qu’il peut garder de blessures anciennes, les souffrances, les inquiétudes, bref tout ce qui fait de notre existence un tissu de points d’interrogation exploités par les amateurs de frayeurs qui s’emploient à nourrir notre anxiété. Nous avons besoin de la compassion de Jésus. Nous avons besoin qu’il nous regarde de son regard d’amour. Nous avons besoin qu’il vienne vers nous et qu’il accomplisse pour nous un geste de salut. Par notre incorporation au Christ dans le baptême et la confirmation, nous sommes devenus des acteurs de la compassion de Jésus à l’égard des hommes. Le Pape François, à plusieurs reprises, nous a invités à mettre en œuvre cette attitude de bienveillance et à nous engager pour soulager la misère de nos frères. Nous sommes touchés par la compassion que Jésus nous porte. Nous sommes appelés par cette compassion à devenir nous-mêmes compatissants à nos frères et sortir de l’indifférence ou de l’ignorance devant les souffrances des autres.

Le Christ, grand prophète qui parle vraiment de Dieu, est celui qui nous atteint par sa parole. Ce grand prophète n’a pas seulement parlé aux Juifs du temps de Jésus de Nazareth, il continue de nous parler à nous par la proclamation de l’Écriture dans la liturgie, par le message qui nous touche au cœur de sorte que chacune et chacun d’entre nous, en entendant ces paroles du Christ, en les méditant, perçoit que ce mot, cette phrase ou ce message, lui est destiné personnellement, comme une parole de Dieu qui s’adresse à son cœur. Cette parole qui nous vient du Christ nous invite à accueillir les messages que Dieu nous adresse, par l’Écriture que nous méditons, par les sacrements que nous célébrons, par la charité que nous essayons de vivre.

Enfin, le message du Christ vainqueur de la mort, s’adresse évidemment à chacun et chacune d’entre nous pour nous poser cette question : en qui mettons-nous notre espérance ? Qui est capable de sauver la vie des hommes ? Qui est capable de sauver ma propre vie ? Ni la puissance que la technologie peut développer, ni l’illusion que beaucoup se donnent de pouvoir surmonter les difficultés de la vie par la puissance de l’argent, ni l’illusion de l’orgueil qui nous fait croire que nous n’avons besoin de personne.

Croire au Christ ressuscité, c’est reconnaître que pour chacun et chacune d’entre nous, il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés. C’est remettre dans notre vie Jésus-Christ au centre, comme la lumière qui aide à discerner ce qui est bien ou mal, à mettre en nous le désir de faire ce qui bien et de rejeter ce qui est mal, à découvrir de plus en plus profondément la joie de suivre son chemin et à rendre gloire à Dieu comme les foules qui l’ont vu ressusciter le fils de la veuve de Naïm : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple » (Lc 7,16).

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND – Dixième dimanche du temps ordinaire – Année C
Dimanche 5 juin 2016 - Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs,

En ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, Jésus adresse un triple message.

Un premier message est destiné à cette pauvre veuve dont le fils défunt était le seul soutien dans la vie. Elle allait se retrouver sans appui pour mener son existence. Jésus la voit, il est saisi de compassion, il s’approche et il ressuscite son fils. Il manifeste ainsi la miséricorde de Dieu pour l’humanité. Cela est souvent relaté dans l’évangile de saint Luc : Dieu voit la misère de son peuple, il se fait proche de lui et il le sauve.

Jésus adresse un second message à la foule qui l’entoure, dont la plupart des membres sont évidemment des Juifs qui connaissent bien l’histoire de leur peuple et en particulier l’histoire du prophète Elie. En ressuscitant le fils de la veuve de Naïm, Jésus réalise dans le présent le miracle qu’Elie avait réalisé dans le passé et qui lui avait mérité d’être appelé un grand prophète. La femme avait dit de lui : « Je sais que tu es un homme de Dieu, et que dans ta bouche, la parole du Seigneur est véridique ». De même que la résurrection du fils de cette veuve a constitué un signe pour attester la qualité de prophète d’Elie, de même la résurrection du fils de la veuve de Naïm atteste la qualité de prophète, d’homme de Dieu qui apporte la parole du Seigneur de façon véridique sur la personne de Jésus.

Enfin, il y a un troisième message qui est une annonce destinée à ceux qui seront témoins de la mort du Christ. De même que le fils de la veuve de Naïm est relevé d’entre les morts, de même Jésus, condamné, crucifié, mis à mort, sera relevé d’entre les morts par la puissance de Dieu.

Ces trois messages émis par le Christ à travers le geste qu’il a accompli, nous sont destinés à nous aussi aujourd’hui. Nous aussi, nous avons besoin de la compassion de Dieu. Nous aussi nous portons notre part de souffrances, de misères, d’inquiétudes. Nous aussi, nous avons besoin d’être réconfortés, rassurés. Nous avons besoin que Dieu se manifeste dans notre vie pour relever ce qui est soumis à la mort. Cette compassion, Dieu a voulu la manifester aux hommes dans la personne de Jésus. Il la manifeste aujourd’hui pour nous dans la même personne de Jésus, Jésus présent à nos vies, Jésus sacramentellement présent à nos célébrations, Jésus réellement présent dans son corps ressuscité qui est l’Église où ceux et celles qui ont été baptisés dans le Christ sont chargés dorénavant d’exercer la compassion à l’égard de leurs frères.

La foi chrétienne n’aurait aucun intérêt, ni aucune valeur, si elle ne mettait en nos cœurs l’amour de Dieu pour nous rendre capables de nous considérer les uns les autres avec compassion, de nous faire proches de ceux qui nous entourent, d’agir pour qu’ils échappent aux périls de l’existence.

A nous aussi est adressé le message sur l’identité de Jésus comme homme de Dieu, prophète véridique qui nous apporte la parole du Seigneur. A nous aussi est adressé le message qui s’élève de la foule qui rend gloire à Dieu : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple » (Lc 7,16).

Cette proclamation sur l’identité et la mission de Jésus vient prendre corps dans notre existence quand nous acceptons de nous remettre dans la présence du Christ comme celui qui est le centre de nos vies, celui qui nous apporte la parole authentique sur Dieu, celui qui s’adresse à nos cœurs et qui visite notre humanité.

Le troisième message qui porte sur la résurrection du Christ s’adresse à nous aussi parce qu’il nous met en présence du cœur de la foi chrétienne. Croire au Christ, ce n’est pas simplement croire à quelqu’un d’extraordinaire qui a vécu il y a deux mille ans en Palestine. Ce n’est pas simplement croire à un message qui nous serait transmis par des livres. C’est croire à une personne, c’est croire que ce Jésus de Nazareth, qui a vécu en un temps précis de notre histoire, par sa résurrection d’entre les morts met en œuvre un moyen de salut auquel aucun autre n’est comparable. « Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4,12) nous disent les Actes des Apôtres. La question posée pour nous est celle-ci : où cherchons-nous notre salut ? De quels côtés tournons-nous nos regards ? Vers qui exprimons-nous notre attente quand nous essayons de faire face aux aléas de notre existence, aux difficultés auxquelles nous sommes confrontés ? Vers qui nous tournons-nous ?

Jésus, notre Sauveur, est celui qui est venu pour que nous ayons la vie, pour que nous soyons vainqueurs de la mort en lui, pour que nous puissions avec lui devenir témoins de la miséricorde et de la compassion de Dieu.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND – Onzième dimanche du temps ordinaire – Année C
La fidélité à la parole de Dieu passe par le respect de la Loi et des Commandements. Mais la Loi ne suffit pas à rendre juste. C’est le Christ qui nous justifie. La Loi désigne le mal et le péché mais ne peut en supprimer les conséquences. Nos péchés sont pardonnés par la surabondance d’amour de Dieu. Cela n’est possible que si nous acceptons de nous reconnaître pécheurs.
Dimanche 12 juin 2016 - Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs,

Les Pharisiens n’étaient pas de mauvaises gens. Ils étaient même de très bons juifs. Ils étaient convaincus que la fidélité à la parole de Dieu et aux commandements de l’Alliance devaient commander toute leur manière de vivre, et que c’est dans l’obéissance à la loi de Dieu que se trouvait le chemin du Salut. Non seulement ils observaient scrupuleusement les Dix Commandements que Moïse avait reçus au Sinaï, mais encore des dizaines et des dizaines d’autres qui en étaient découlés et qui entraient dans les plus infimes détails de la vie quotidienne. Nous en avons de nombreux témoignages dans les évangiles. Mais pouvait-on reprocher à ces hommes de vouloir être fidèles à la parole de Dieu ? Pouvait-on leur reprocher de croire que l’obéissance absolue à la loi de Dieu était le chemin du salut et de la justice ? Certainement pas. Ce n’est d’ailleurs pas ce que Jésus leur reprochera et ce n’est pas ce qu’il annonce quand il dit qu’il n’est pas venu abolir la loi mais la mener à son accomplissement.

Si nous voulons comprendre un peu mieux la situation que nous révèle ce déjeuner chez Simon le Pharisien et le dialogue qui s’ensuit, nous devons nous éclairer de la parole de Paul dans l’épître aux Galates. Il nous fait comprendre quelque chose d’assez difficile : ce n’est pas la loi qui rend juste, c’est le Christ qui rend juste. Alors, si nous voulons, comme Jésus le fait lui-même dans l’évangile, reconnaître la fonction positive de la loi, comment faut-il la comprendre ? Elle nous aide à découvrir le péché qui est en nous. La loi ne fait pas disparaître le mal, elle signale où peut gésir le mal. Elle signale d’où vient le poison qui est en nos cœurs. Par la définition de ce qui est permis et défendu, de ce qui est bien et de ce qui est mal, de ce que Dieu attend de nous et de ce qu’il nous demande d’éviter, elle met en place un système de discernement de nos conduites. La loi nous aide à comprendre quand nous faisons le mal. La loi, de cette façon, dévoile nos fautes et nos péchés, mais elle est impuissante à les enlever, elle est impuissante à les faire disparaître, elle est impuissante à en supprimer les conséquences.

C’est pourquoi saint Paul nous dit, avec la force caractéristique de son style, que c’est la foi au Christ qui rend juste. Ce n’est pas l’obéissance à la loi. Ceci doit nous éclairer beaucoup, tant nous avons de difficultés à comprendre la logique de la miséricorde dans laquelle le Christ s’inscrit, et le chemin de miséricorde dans lequel il nous invite à le suivre. La miséricorde, ce n’est pas l’amour de Dieu pour ceux qui sont justes, c’est l’amour de Dieu pour tous et d’abord pour les pauvres et les pécheurs. La miséricorde de Dieu n’est pas une rétribution qui viendrait reconnaître notre innocence, elle est un surcroît d’amour qui surmonte nos fautes et nos péchés et qui vient nous arracher à nos fautes et à nos péchés. Comme nous le dit saint Luc, ces femmes qui suivaient les apôtres et le Christ étaient des femmes guéries, guéries de maladies et d’esprits mauvais. D’une certaine façon, tous les disciples étaient des disciples guéris. Et nous tous, chacun et chacune d’entre nous qui essayons de suivre le Christ, nous sommes des disciples guéris. Nous ne sommes pas des justes qui faisons à Jésus la faveur de l’aimer, nous sommes des pécheurs. Comme cette femme, nous avons des péchés, « de nombreux péchés », comme dit Jésus, et ces péchés sont pardonnés, non pas par la force de notre conquête morale qui s’appuierait sur l’observance absolue de la loi, mais par la surabondance de l’amour qui s’applique à notre faiblesse quand la loi nous fait découvrir le péché qui est en nous.

David avait fait tuer Urie le Hittite pour lui prendre sa femme. Quand le prophète lui fait découvrir l’injustice qu’il a commise, David dit à Nathan : j’ai péché contre le Seigneur. Ce n’est pas Nathan qui va faire disparaître cette faute. Ce n’est pas David qui va réussir à rendre juste une action injuste. C’est Dieu lui-même qui, par la parole de Nathan, lui dit : le Seigneur a passé sur ton péché. Mais évidemment, le basculement, le seuil à partir duquel la miséricorde du Seigneur peut passer sur notre péché, c’est le moment où, comme David, nous nous reconnaissons pécheur, « j’ai péché contre le Seigneur », ou que nous suivons l’exemple de cette femme pécheresse publique qui ose braver les interdits pour venir se jeter aux pieds de Jésus et lui exprimer toute sa douleur.

Frères et sœurs, en cette année de la miséricorde, prions Dieu qu’il nous fasse échapper au réflexe pharisien qui consisterait à arranger la loi pour que nos comportements ne soient plus dénoncés dans leur faute ; prions le Seigneur qu’il nous fasse échapper au réflexe pharisien qui consiste à dénoncer le mal qui est dans les autres sans voir le mal qui est en nous. Demandons au Seigneur qu’il nous délivre du complexe pharisien de vouloir nous faire justes et saints sans que ce soit le Christ qui nous justifie et qui nous sanctifie.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


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