Comment les auditeurs du prophète Isaïe auraient-ils pu ne pas être séduits par le monde nouveau qu’il leur annonce ? Un monde d’où aura disparu toute forme d’injustice, toute forme de violence - alors que celle-ci est une règle naturelle du fonctionnement du monde, où les brebis n’ont pas intérêt à paître trop près du lion de peur d’être attaquées et mangées, où la violence est le fait des luttes qui opposent des peuples les uns aux autres. Déjà, à ce moment-là, le peuple d’Israël avait fait une longue expérience de la violence de ce monde, et il ne fallait rien moins que la promesse paradisiaque de cet univers pacifique pour qu’il prête une oreille attentive à l’annonce du prophète concernant celui qui allait surgir de la souche de Jessé et devenir le rédempteur du monde. Peut-être le peuple d’Israël était-il plus attentif aux promesses de la prophétie d’Isaïe qu’aux conditions de cette promesse, comme nous-mêmes nous avons peut-être entendu ce texte comme une sorte d’évocation, un peu illusoire, d’un monde où tout irait bien, où les terroristes deviendraient des hommes de paix, où les violences se résoudraient par la conciliation, où tous les êtres vivants seraient garantis de leur existence, protégés des prédateurs... Mais nous recevons cette promesse avec le recul des siècles et une certaine dose de scepticisme : comment cela serait-il possible ? À moins qu’on ne rêve d’un messie qui viendrait magiquement transformer le monde, sans que l’on n’y fasse rien, comme des disciples de Jésus ont pu rêver un moment qu’il allait arranger les choses, sans eux, malgré eux.
Et voici que la lecture du prophète Isaïe nous donne une indication qui doit orienter autrement notre réflexion. « Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer… la racine de Jessé, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure » (Is 11,9-10). Nous découvrons que ce nouveau monde de justice et de paix coïncide avec un pays rempli de la connaissance du Seigneur. Nous sommes loin d’être une humanité remplie de la connaissance du Seigneur. Nous avons besoin de faire encore beaucoup de chemin, sinon pour être rempli de la connaissance du Seigneur, au moins pour en avoir une part suffisante pour éclairer notre vie.
C’est ainsi que nous pouvons comprendre l’appel de Jean-Baptiste : « Convertissez-vous car le royaume de Dieu est tout proche ». La conversion, c’est précisément soumettre et changer notre manière d’agir en fonction de la lumière venue dans notre monde : le Christ Jésus, royaume établi par sa résurrection, mais dont la réalisation concrète n’est pas achevée. Elle n’est pas achevée, non pas parce que Dieu aurait été empêché et qu’il aurait déjà usé ses forces ! Si l’accomplissement du royaume des Cieux n’est pas achevé en ce monde au moment où nous parlons, c’est précisément parce que nos cœurs ne sont pas encore disposés à accueillir le royaume, parce que, de par le monde, des multitudes d’hommes et de femmes ne participent pas encore à la connaissance du Seigneur. Devant chacune et chacun d’entre nous se pose la question décisive pour sa liberté : comment est-ce que je veux vivre ? Est-ce que je veux vivre selon la parole que Dieu me donne ou est-ce que je veux vivre en l’ignorant ?
Cette conversion concerne tous les domaines de notre vie. Elle concerne nos pensées, nos rêves, nos illusions, nos relations avec ceux qui sont les plus proches de nous, famille, amis… Elle concerne notre manière d’engager nos forces pour la transformation du monde, soit par notre travail, soit par la part que nous prenons à l’organisation de la société… Mais ce monde nouveau de justice et de paix attend que nous ayons préparé les chemins du Seigneur. Il attend que dans le désert de l’histoire des hommes, celles et ceux qui connaissent la volonté de Dieu, ou du moins cherchent à la connaître, celles et ceux qui sont engagés dans la connaissance de Dieu peuvent changer quelque chose pour le monde.
C’est pourquoi nous devons entendre cette parole de l’épître de saint Paul aux Romains : « ce qui a été écrit à l’avance l’a été pour nous instruire afin que grâce à la persévérance et au réconfort de l’Écriture nous ayons l’espérance » (Rm 15,4). Grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, c’est-à-dire grâce à notre détermination, à notre fidélité dans l’accueil de la parole de Dieu, à notre recherche quotidienne pour la méditer, aux décisions que nous sommes amenés à prendre pour la mettre en pratique, nous mettions en œuvre ce que Dieu nous dit pour réellement espérer que le monde nouveau advienne, non seulement à la fin des temps, mais déjà quelque peu à travers les signes de renouveau que Dieu nous donne.
Dieu a envoyé ses prophètes. Nous avons entendu aujourd’hui un passage du prophète Isaïe, nous avons entendu la prédication de Jean-Baptiste ; Dieu en a envoyé bien d’autres, et quand les temps furent accomplis, il a envoyé son Fils, son Unique, non pas pour contredire les prophètes, mais pour conduire leurs promesses à leur accomplissement.
Oui, aujourd’hui, le Royaume des Cieux s’est fait proche, aujourd’hui la violence et l’injustice peuvent être éradiquées si nos cœurs fortifiés par la parole de Dieu persévèrent dans la volonté de faire ce que Dieu attend de nous.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Le dialogue entre l’Ange Gabriel et Marie à Nazareth engage évidemment des événements qui vont profondément transformer la vie de Marie. Mais il engage surtout des événements qui vont changer la vie du monde, et à travers ce dialogue entre deux personnes, où se joue l’engagement de la liberté de Marie, c’est l’avenir de l’humanité qui est tout entière engagée.
C’est ainsi que les lectures que nous avons entendues avant le récit de l’Annonciation à Nazareth, nous invitent à mesurer comment la révélation divine éclaire l’histoire des hommes. Celui qui écrit le livre de la Genèse est confronté à une difficulté mystérieuse à laquelle chaque génération devra faire face. Pourquoi Dieu, dans sa toute puissance, suscite-t-il une créature, lui donne-t-il la vie, et ne la préserve-t-il pas de l’erreur et du péché ? Comment peut-on concilier la foi dans la promesse de salut que Dieu fait à travers l’alliance en Israël et l’expérience dramatique qui va marquer l’histoire de son peuple, et qui marque aussi chaque existence humaine : appelés que nous sommes du néant à la vie, et projetés de la vie dans la mort ? Nous comprenons que pour beaucoup d’hommes et de femmes à travers les âges, cette énigme ait pu être un obstacle insurmontable à la reconnaissance de l’identité de ce Dieu, car au fond, puisque Dieu n’avait pas réussi avec Adam, il aurait pu tout arrêter ! A quoi bon sortir de la phase initiale pour entrer dans l’histoire humaine si c’est pour ouvrir des siècles de drames ? C’est pourquoi, il est si important dans le récit du livre de la Genèse que la promesse faite à Eve manifeste dès le début que la victoire finale n’appartiendra pas au serpent. Si Dieu lance l’humanité dans l’histoire, ce n’est pas pour qu’elle s’abîme dans la mort, c’est pour qu’elle participe à sa vie et qu’elle surmonte la fascination de la mort par l’espérance de la vie. Eve la vivante, la mère de tous les vivants, meurtrira la tête du serpent et assurera ainsi la vie du monde.
A chacune de nos générations, nous sommes confrontés à cette énigme : Dieu se révèle à nous comme le Dieu de la vie, le Dieu de la bénédiction et nous le rencontrons à travers des expériences dramatiques et souvent mortelles. Nous pouvons comprendre que si Jésus n’avait pas traversé la mort, s’il ne s’était pas relevé, ressuscité, s’il n’avait pas été glorifié en Dieu, l’histoire humaine n’aurait plus aucun sens sinon de conduire au néant. Ce retournement du sens des événements qui constitue à la fois quelque chose d’imprévisible, d’improbable, d’admirable, ce bouleversement est dû non pas simplement au mérite personnel de Marie, mais à la prévenance de Dieu qui, dès le début, a mis en œuvre les moyens de notre salut. C’est ce retournement de perspective auquel nous sommes invités, c’est-à-dire à cette capacité de lire l’histoire du monde non seulement comme un enchaînement de causes et d’effets, mais comme la manifestation d’une décision initiale qui se déploie à travers le temps, en s’appuyant sur la liberté humaine. C’est parce que Dieu a voulu un partenaire capable de l’aimer et d’entrer en alliance avec lui qu’il lui a laissé la possibilité de choisir. C’est parce qu’il a voulu non pas un peuple asservi mais un peuple sauvé qu’il a mis en nous cette capacité de le reconnaître et de l’aimer. Dès avant la création du monde, avant la fondation du monde, il nous a choisis.
Ainsi, quand nous contemplons le dialogue de l’Ange Gabriel avec Marie, nous sommes d’une certaine façon mis en face du drame de l’humanité et de son espérance. Nous sommes mis en face de la dépendance dans laquelle Dieu a voulu se placer pour que son œuvre s’accomplisse, et nous sommes mis en face de l’enjeu inimaginable de notre liberté. Marie dit : oui, « qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). C’est à travers cet acquiescement que la liberté humaine entre comme une composante constitutive de l’histoire du salut.
Frères et sœurs, en cette fête de l’Immaculée Conception, nous bénissons Dieu, comme saint Paul nous y invite, d’avoir tout disposé de toute éternité, avant la fondation du monde, non pas pour transformer l’histoire humaine comme une sorte d’illusion, mais pour mettre en œuvre dès l’origine, la possibilité de surmonter l’œuvre de mort par une œuvre de vie.
Que le Seigneur nous donne de nourrir notre espérance à la lumière de ce dialogue entre Marie et Gabriel, que le Seigneur nous donne de fortifier notre liberté dans la réponse de Marie, qu’il nous donne d’éclairer notre foi pour que, nous aussi, nous soyons convaincus que rien n’est impossible à Dieu. Amen
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
La patience de Jean-Baptiste a été mise à rude épreuve, car il ne s’agissait pas pour lui d’attendre tranquillement sur les bords du Jourdain ou dans le désert. Il s’agissait pour lui de vivre dans une prison - il y a peu de chance que cette prison ait été très confortable et qu’on ait eu pour lui beaucoup d’égards. Ainsi, quand saint Jacques nous invite à la patience, il faut mesurer ce que cette invitation représente par rapport à nos vies. Pour Jean-Baptiste, la question de la patience accompagne son envoi pour annoncer l’avènement du Messie. Jusqu’à ce jour rien ne s’est encore accompli, du moins à ses yeux. Aurait-il été trompé ? Aurait-il pu se tromper ? Aurait-il été un mauvais messager ? Devant le peu de résultat de la prédication du Christ, il peut s’interroger pour savoir si ce cousin, qui est son contemporain, est vraiment le Messie annoncé ou s’il faut en attendre un autre. Il demande donc à ses disciples d’aller interroger Jésus lui-même : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11,3).
La question de Jean-Baptiste éclaire notre propre cheminement vers la fête de la Nativité, et plus profondément, le cheminement de l’histoire des hommes vers l’avènement du Messie. Ce Jésus, né dans la nuit de Bethléem, qui a parcouru les chemins de Galilée, de Judée, de Samarie, est-il vraiment le Messie ou bien faut-il encore attendre quelqu’un d’autre ? Autrement dit, notre célébration de la Nativité sera-t-elle vraiment la célébration de la naissance du Fils de Dieu dans la chair, ou seulement une évocation d’un personnage, certes important et séduisant par bien des côtés, mais qui finalement n’est pas le Messie annoncé ?
C’est à cette question que Jésus répond aux disciples de Jean-Baptiste. Sa réponse s’adresse aussi à nous et nous confirme, dans notre certitude que celui qui vient sauver l’humanité est bien venu en Jésus de Nazareth. Quels signes peut-il donner ? Jésus reprend les signes annoncés par les prophètes, que nous avons entendus résumés dans le Livre d’Isaïe : « Fortifier les mains défaillantes, affermir les genoux qui fléchissent... Ouvrir les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Faire bondir le boiteux et faire parler le muet » (Is 35,3.5-6). Nous avons tous dans la mémoire de notre cœur, le souvenir de ces récits des miracles par lesquels Jésus vraiment, a ouvert les yeux des aveugles, les oreilles des sourds, guéri les paralytiques et fait parler les muets. Si donc il accomplit ces signes annoncés par le prophète, que l’on appelle des signes messianiques, c’est qu’il est le Messie ! C’est lui qui était attendu, c’est lui qui était annoncé, c’est lui qui est venu. Mais la question à laquelle, comme Jean-Baptiste, nous devons faire face, c’est comment nous articulons notre foi en ce Messie Jésus de Nazareth et la réalité dans laquelle nous vivons ? Car dans cette réalité, il y a encore des aveugles qui ne voient pas, des paralytiques qui ne marchent pas, des sourds qui n’entendent pas, des morts qui ne ressuscitent pas, et la Bonne nouvelle est peut être annoncée aux pauvres mais elle est encore loin d’avoir été annoncée à tous les pauvres et d’avoir été reçue par eux.
Nous vivons dans le temps de la patience, pour reprendre la formule de saint Jacques, nous sommes dans le temps de la maturation, nous sommes dans le temps de l’espérance. Cependant, dans ce temps de la patience, de la maturation et de l’espérance, nous ne sommes pas complètement dans l’obscurité, car déjà des signes messianiques ont été donnés, sinon par des miracles spectaculaires, au moins par une présence active de Dieu, par la puissance de son Esprit au cœur des disciples de Jésus, pour que vraiment ceux qui sont porteurs de la Bonne nouvelle et qui doivent l’annoncer aillent au-devant des misères du monde. En effet, l’annonce du Kérygme dont nous sommes familiers, est indissociable de la présence active de ceux qui le portent auprès des hommes. Finalement, notre destinée, notre existence de chrétien n’est pas très différente de celle de tous les autres. Comme les autres, nous sommes confrontés aux difficultés, aux accidents de la vie, aux souffrances inhérentes à l’existence humaine. Comme les autres, nous sommes malades, prisonniers, handicapés, ou tout simplement nous sommes un peu désorientés par ce qui nous entoure. Comme les autres, nous ne comprenons pas que les hommes puissent aujourd’hui se tuer au nom de Dieu, nous ne comprenons pas que des assassins aveugles envoient des engins mortels sur des foules innocentes, nous ne comprenons pas que des enfants soient abandonnés, nous ne comprenons pas que l’existence de l’homme soit fragile à ce point. Le témoignage que nous sommes appelés à rendre, ce n’est pas de faire disparaître, comme par magie, les difficultés de l’existence, c’est de manifester que nous sommes habités par une force qui nous permet d’affronter ces difficultés sans peur, sans être effondrés, mais au contraire en étant fortifiés par la certitude que Dieu veut sauver le monde, que Dieu veut sauver les hommes, que Dieu veut les faire vivre.
Si c’est vraiment cette certitude qui habite notre cœur, nous souffrons comme les autres, nous ne comprenons pas plus que les autres, mais nous avons cette capacité que tous n’ont pas, de percevoir qu’à travers ces événements de l’existence du monde, c’est une récolte qui se prépare, c’est une moisson que le maître du champ fait pousser, c’est une espérance qui grandit. Si nous sommes dans cette perspective de ceux qui font absolument confiance à l’amour de Dieu, la joie qui habite notre cœur ne peut pas être entamée par les événements, la joie qui nous transfigure ne peut pas être éteinte par les accidents de la vie. La joie qui est en notre cœur, c’est la joie de l’amour reçu et de l’amour donné. Celui qui vit dans l’amour ne peut pas sombrer dans la détresse.
La détresse frappe aveuglement -détresse physique, détresse économique, détresse psychologique…- mais elle frappe d’autant plus fort et de façon d’autant plus dangereuse que l’amour n’est pas au rendez-vous. Si nous sommes disciples de Jésus, c’est à nous, d’abord, de nous fortifier dans la certitude de l’amour qu’il nous donne et ensuite, animés par la puissance de son Esprit, de devenir à notre tour des agents de l’amour pour ceux et celles qui nous entourent. Alors, comme Jésus l’a promis dans l’évangile à ses disciples, alors vous serez dans la joie et « votre joie sera parfaite et nul ne pourra vous la ravir » (Jn 16,22).
Frères et sœurs, rendons grâce à Dieu pour la joie qu’il nous donne d’avoir découvert par l’annonce de l’évangile, par la Bonne nouvelle que nous avons reçue, que l’homme n’est pas abandonné au pouvoir du péché et de la mort, mais qu’au contraire, il est conduit pas à pas vers la lumière de l’amour.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Ce passage de l’évangile de saint Matthieu marque un tournant dans le développement du ministère public de Jésus. Dans le chapitre qui précède immédiatement ce passage, Jésus a constitué le groupe des disciples et leur a défini leur mission et les conditions de leur mission. Et voici que Jean-Baptiste s’interroge. Il a été envoyé par Dieu pour annoncer l’avènement du Messie. L’avènement du Messie devait être le jugement dernier. Pour l’instant, il n’y a pas de jugement dernier. Jean-Baptiste est en prison et il ne sait plus très bien si ce Jésus de Nazareth, qu’il connaît si bien, est vraiment le Messie ou s’il n’est, à son tour, qu’un nouveau prophète chargé d’annoncer la venue du Messie.
Ce n’est donc pas par hasard si la liturgie place ce passage de l’évangile de saint Matthieu en ce troisième dimanche de l’Avent, alors que nous nous préparons à accueillir le Messie qui vient. Mais quel Messie ? Est-ce bien celui qui est venu ? Ou devons-nous en attendre un autre ?
La réponse que Jésus donne aux disciples de Jean-Baptiste resitue la mission qu’il accomplit par rapport aux prophéties qui annonçaient le temps messianique. Nous avons entendu dans le livre du prophète Isaïe : « Il vient lui-même et va vous sauver. Il dessillera les yeux des aveugles, il ouvrira les oreilles des sourds. Les boiteux bondiront comme les cerfs et la bouche du muet criera de joie » (Is 35,4-6). C’est ainsi qu’Isaïe annonce la venue du Messie et c’est ainsi que Jésus, en reprenant ces expressions, demande à Jean-Baptiste de reconnaître qu’il est le Messie annoncé par les prophètes. Il ne le lui demande pas simplement une sorte de reconnaissance personnelle, mais plutôt la constatation des signes qu’il a donnés lui-même par son enseignement, à travers le sermon sur la montagne, par les miracles qu’il a accomplis et dont l’évangile de saint Matthieu a déjà rapporté un certain nombre de récits. Il montre que nous sommes vraiment entrés dans les temps messianiques. Mais cette réponse, qui ne peut que satisfaire l’inquiétude de Jean-Baptiste, ne fait pas disparaître la difficulté. Comment vivre ce temps en sachant que le Messie est venu et en acceptant cependant que l’histoire ne soit pas achevée ? Car si dans la nuit de Noël, nous célébrons vraiment la nativité du Fils de Dieu, Messie envoyé au peuple juif, Prince de la paix, Dieu fort, comme nous dit le prophète Isaïe, alors comment comprendre ce temps qui s’écoule sans que s’établisse le jugement qui doit marquer son avènement ? Comment comprendre ? Pour Jean-Baptiste, la question ne se pose que sur quelques mois, mais pour les générations suivantes, elle va se poser en termes d’années, et pour nous en termes de siècles ! Qu’est-ce que signifie ce temps où nous croyons que le Messie est venu, où nous célébrons sa venue, où nous vivons sacramentellement de sa présence dans l’eucharistie, où nous espérons être animés par l’Esprit qu’il a répandu en nos cœurs ? Et pourtant, les malheurs qui frappent l’humanité ne s’arrêtent pas, et ils nous frappent nous aussi !
Ainsi nous comprenons que l’appel de saint Jacques à prendre patience en attendant la venue du Seigneur, n’est pas simplement une consolation facile. C’est une véritable ligne de conduite qui nous est proposée. Saint Paul, dans plusieurs de ses épîtres, donne une signification à ce temps en l’identifiant au temps de la miséricorde de Dieu qui nous accorde des années de grâce pour nous permettre de nous convertir et de revenir à lui. Vous avez certainement en mémoire ce passage de l’évangile où Jésus prend cette parabole du maître qui se trouve devant un figuier qui ne produit pas de fruit. Il donne l’ordre de l’arracher, et son intendant intervient pour qu’il lui accorde une année supplémentaire, pour qu’il en prenne soin et qu’il essaye de lui faire porter du fruit. Ce temps des siècles qui s’écoulent avec son cortège d’œuvres humaines assez exceptionnelles, mais aussi son cortège de mort, de maladie, de malheur et de sang, sont l’espace qui nous est donné pour que le royaume de Dieu annoncé par le Christ, planté en terre par sa venue, puisse germer et porter du fruit. C’est le temps de la maturation, du mûrissement au cours duquel les hommes, touchés par la parole de Dieu, peuvent changer leur manière de vivre et peuvent transformer le monde.
Aussi, ces années de l’histoire des hommes ne constituent pas un temps de désolation, de fatalisme ou de désespoir. Chaque jour, on nous annonce des événements douloureux et cruels. Ce week-end - pour ce qu’on nous a dit, car il y a aussi tout ce qu’on ne nous dit pas - l’attentat d’Istanbul, l’attentat du Caire, une centaine de morts, et toutes ces violences, ces luttes, ces guerres dont on ne nous parle plus mais qui existent à travers le monde... Nous autres chrétiens, nous ne sommes pas soustraits à cette dureté des temps, nous y sommes confrontés comme tout le monde. Comme tout le monde, il nous arrive d’être malades, il nous arrive d’être trahis, il nous arrive de traverser des périodes difficiles dans notre vie professionnelle, il nous arrive d’être inquiets, déprimés, comme tout un chacun, et la venue du Christ n’a pas levé magiquement toutes ces contraintes de l’existence humaine. Mais la venue du Christ inscrit en nos cœurs une certitude : ces événements qui nous touchent et qui affectent toute l’espèce humaine ne sont pas des événements insensés, ils sont des signes et des chemins à travers lesquels Dieu veut nous faire découvrir sa fidélité. Dieu ne nous abandonne pas. L’humanité n’est pas oubliée de Dieu, l’humanité n’est pas abandonnée par Dieu, l’humanité est habitée par Dieu quand il prend chair en son fils au cœur de la nuit de Bethléem, l’humanité est habitée par Dieu quand il envoie son Esprit dans nos cœurs par la foi et nous constitue comme des acteurs, des signes messianiques que l’Église doit donner en ce monde. En effet, c’est elle, aujourd’hui qui a reçu la mission de donner les signes du Salut, de prendre soin des hommes dans la détresse, et surtout, d’annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres.
Ainsi, frères et sœurs, quelle que soit la dureté des événements auxquels nous sommes confrontés, c’est dans la paix et la joie que nous attendons la venue du Christ et que nous célébrerons sa nativité. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
En ce temps où nous nous préparons à célébrer la nativité du Christ, nous sommes invités à considérer comment Dieu a préparé son peuple et lui a adressé des messages pour lui permettre de reconnaître celui qui devait venir. Nous avons entendu comment le prophète Isaïe annonçait un signe au roi Acaz. Nous avons en mémoire évidemment l’Annonciation de l’Ange Gabriel à Marie. Aujourd’hui, l’évangile de saint Matthieu que nous venons de lire - dans une sorte de symétrie - nous raconte l’annonce faite à Joseph. L’ange donne à Joseph les moyens de reconnaître le signe de la venue de Dieu dans cet enfant inattendu et devant un événement qui ne pouvait que susciter le trouble et l’inquiétude. Mais ces paroles adressées par Dieu à travers le prophète Isaïe ou à travers des anges, constituent des signes qui ne peuvent être compris - c’est la première leçon que veut nous donner l’Écriture - que dans une attitude de foi. Un signe par lui-même ne s’impose pas, il se propose. C’est celui qui le reçoit qui lui donne son sens ultime en le reconnaissant ou en ne le reconnaissant pas comme un signe de Dieu. C’est ainsi que Marie dit : qu’il advienne selon ta parole et c’est ainsi que Joseph, obéissant au songe qu’il a entendu, va prendre chez lui Marie son épouse.
Les signes qui nous sont donnés sont toujours des messages que nous devons interpréter dans la foi. Ce serait une illusion de croire qu’il suffit de répéter les paroles pour que l’adhésion se déclenche. Dieu n’impose jamais son message, il l’adresse aux hommes, il leur donne les moyens de l’entendre et de le comprendre, il ne violente pas leur liberté pour déclencher leur adhésion si eux-mêmes ne suivent pas intérieurement le chemin de conversion qui peut leur permettre de reconnaître ce signe.
Mais quand nous préparons la célébration de la fête de la Nativité, nous ne sommes pas dans la situation d’Acaz, nous ne sommes pas dans la situation de la Vierge Marie, et nous ne sommes pas dans la situation de Joseph. Les signes qui nous sont donnés ne sont pas à interpréter pour un avenir incertain, ce sont des signes qui ont leur densité et leur réalité historiques, par rapport auxquels, nous-mêmes, comme disciples du Christ, nous sommes invités à prendre position, par rapport auxquels les hommes et les femmes qui nous entourent sont invités aussi à prendre position.
Le signe principal qui nous est donné, c’est la mort et la résurrection de Jésus. Il ne s’agit plus simplement de savoir comment on va interpréter la naissance de cet enfant dans la nuit de Bethléem, puisque nous savons par la foi que cet enfant, Fils de Dieu, connaîtra la souffrance et la mort, et que la puissance de Dieu le ressuscitera, qu’il répandra son Esprit et qu’il enverra ses apôtres en mission pour annoncer l’évangile, la bonne nouvelle comme saint Paul le dit aux Romains.
Nous qui nous préparons à célébrer la Nativité, nous sommes invités à scruter, non pas des signes mystérieux, mais la réalité actuelle et la visibilité présente du signe central du Salut : Jésus, Dieu Sauve, Emmanuel, Dieu avec nous. Bien souvent, comme chrétiens, en tout cas de nos jours et dans notre situation, nous sommes tentés de croire que nous vivons dans une situation tout à fait désespérée. Nous imaginons - plus que nous ne savons, parce que nous reconstruisons l’histoire en l’enjolivant passablement -, des temps où les signes de la foi étaient clairement reconnus et acceptés par tous. Les choses n’étaient pas si simples et nous avons tendance à sous-estimer la force des signes dont nous sommes porteurs dans la société qui est la nôtre. En effet, les signes donnés aux hommes d’aujourd’hui ne sont pas des messages prophétiques, ni des messages angéliques, ce sont des messages humains, habités par l’Esprit de Dieu qui nous sont confiés pour qu’à travers nous, le Seigneur puisse toucher les cœurs, les ouvrir et leur permettre de reconnaître dans la personne de Jésus, celui qui est Dieu avec nous.
Je voudrais simplement évoquer quelques-uns des signes, peut-être les plus forts parmi ceux, nombreux, dont nous sommes témoins, et parmi ceux que nous sommes appelés à produire et à présenter. Le premier, puisque c’est celui qui nous rassemble aujourd’hui, ce sont les signes visibles de la vie de l’Église dans notre société : en particulier dans ce quartier, cette église qui donne dans le tissu urbain le signal d’une présence qui n’est ni marchande, ni commerciale, ni spectaculaire, mais qui est simplement le signe de l’existence d’une communauté qui s’y rassemble - la vôtre - et dont les membres, tout au long des journées, sont répandus invisiblement dans le tissu de la société où ils sont appelés à rendre témoignage. Il n’est pas inutile, dans un monde très fortement médiatisé, qu’une communauté puisse donner au moins un signe visible et facilement repérable, même si tout le monde ne dispose pas des clefs pour comprendre ce que le signe veut dire.
Le signe de la présence du Christ dans notre monde, c’est aussi notre capacité d’une réelle fidélité dans les solidarités humaines. Nous savons que les liens entre les hommes, et tout particulièrement les liens familiaux entre les époux, entre les parents et leurs enfants, sont des liens fragiles, qui ont besoin d’être nourris par l’implication de chacun dans la relation et par la fidélité à la parole donnée. C’est un signe aujourd’hui dans notre monde que des hommes et des femmes soient suffisamment engagés dans le don qu’ils font d’eux-mêmes pour se lier définitivement l’un à l’autre par une parole de confiance. Ce signe, nous le portons - nous ne sommes pas les seuls - en ayant conscience que nous sommes de pauvres pécheurs avec nos fragilités, mais en nous appuyant sur la grâce de Dieu pour qu’il soit perceptible et donne le sens d’une présence mystérieuse dans l’amour de l’homme pour sa femme et de sa femme pour l’homme.
Un deuxième signe très parlant est celui que nos communautés sont capables de mettre en œuvre en accueillant les pauvres de notre monde. On évoquait tout à l’heure les initiatives de votre communauté à l’égard des personnes abandonnées. Cette année, vous mettrez à nouveau en place un programme d’Hiver Solidaire. C’est un signe important de la force que Dieu peut nous donner pour sortir de nos préoccupations particulières et nous mettre au service de nos frères.
Quand Jean-Baptiste envoie ses disciples - comme nous l’avons entendu dimanche dernier - pour demander à Jésus s’il est celui qui doit venir ou s’il faut en attendre un autre, Jésus répond : allez dire à Jean-Baptiste ce que vous voyez, les boiteux marchent, les aveugles voient, etc. et la Bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Ces signes nous sont confiés pour que nous les mettions en œuvre et pour ceux qui s’interrogent : est-ce que c’est vraiment dans l’église catholique que l’on a une chance de rencontrer le Messie ? Ou faut-il en attendre une autre ? Faut-il attendre le salut d’autres propositions ? Ce n’est pas un débat philosophique ! C’est une prise de position pratique à travers notre vie qui manifeste que celles et ceux qui suivent le Christ et essayent de mettre en pratique sa parole, donnent aujourd’hui des signes de Salut pour les hommes et les femmes de ce temps. Ils représentent une espérance dans des existences souvent marquées par l’épreuve et parfois entraînées au désespoir. Ils sont porteurs du Salut dans le Christ ressuscité.
Frères et sœurs, il y a deux ans maintenant, j’ai invité les paroisses parisiennes à s’engager dans un programme missionnaire de trois ans, Annoncer, Partager, Transmettre. Ce sont les trois signes que nous sommes invités à proposer à nos contemporains : annoncer que le Christ est quelqu’un pour nous ; partager les biens que nous avons reçus, biens matériels ou biens spirituels ; transmettre aux générations qui suivent ce que nous-mêmes avons reçu des générations précédentes : la Bonne nouvelle que Dieu n’a pas abandonné les hommes mais qu’il est venu les sauver en devenant Dieu avec nous.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Alors que nous approchons de la célébration de la fête de la Nativité, nous sommes invités par la liturgie de ce jour à préparer nos cœurs pour reconnaître celui qui est venu, Jésus de Nazareth, né de Marie dans la grotte de Bethléem. Tous ses contemporains étaient appelés à reconnaître en cet enfant le Messie envoyé par Dieu. Dieu avait préparé le chemin du Seigneur, non seulement par de nombreux messages prophétiques, dont celui d’Isaïe que nous venons d’entendre n’est qu’un exemple, mais encore par les messages adressés directement à Marie au moment de l’Annonciation, et le message adressé à Joseph en songe par la voix d’un ange. Ces messages sont comme des signaux adressés à l’humanité à travers des personnes qui représentent symboliquement les hommes et les femmes de tout temps qui attendent le salut. Comme nous le montrent les récits de l’Écriture, ces signes que Dieu donne de sa volonté de venir au secours des hommes, supposent d’être évidemment d’abord accueillis, entendus, mais surtout d’être interprétés comme venant de Dieu. Car le signe ne s’impose jamais par lui-même, il propose un sens, une signification, un message, mais ce message ne devient explicite que pour ceux qui l’accueillent et qui le reconnaissent comme celui du Seigneur.
Parmi les trois personnages que je viens d’évoquer, Acaz, Marie et Joseph, nous voyons bien que le roi Acaz n’était pas disposé à accueillir un signe, il se refuse même à le demander. Nous savons au contraire comment Marie accueille le message de l’ange en donnant son adhésion à l’appel de Dieu : qu’il me soit fait selon ta parole. Nous voyons aussi comment Joseph, après avoir entendu en songe la parole de Dieu, fait ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit, il prend chez lui son épouse. Cet espace entre la littéralité du message, les mots qui sont dits, les mots qui sont reçus et le sens qu’on leur donne, est un espace fondamental dans la mission de l’Église, car c’est elle aujourd’hui qui est chargée de transmettre les messages que Dieu veut adresser aux hommes. C’est elle qui est chargée d’annoncer la venue du Messie. C’est elle aussi qui doit faire face, soit au refus ou à l’incompréhension du message transmis, soit à l’acceptation de ce message. En tout cas, il n’y a pas d’automaticité. Il ne suffit pas d’annoncer que la nativité indique l’incarnation du Fils de Dieu dans la chair pour que l’humanité en soit convaincue. On pourrait même dire, si nous faisons retour sur nous-mêmes, qu’à certains moments, nous sommes nous-mêmes difficilement convaincus que cet enfant dans sa faiblesse, ce signe donné par Dieu, comme l’ange le dira aux bergers, « l’enfant emmailloté dans une mangeoire », est le Fils de Dieu.
Cela signifie que les signes que Dieu nous donne, les messages qu’il nous adresse, les paroles qu’il nous fait entendre, font appel à notre foi, à notre disponibilité intérieure pour non seulement entendre, essayer de comprendre, mais encore adhérer au message que Dieu nous adresse.
Aujourd’hui, nous n’attendons pas le Messie comme l’attendaient les prophètes, ni même comme l’attendaient Marie et Joseph. Pour nous, le signe principal de la venue du Messie en ce monde, c’est la mort et la résurrection de Jésus à Jérusalem. C’est là que sa qualité de Fils de Dieu et de Sauveur du monde -Dieu sauve-, c’est là que son identité devient la plus manifeste. Aussi, quand nous célébrons la nativité du Christ, nous ne faisons pas une sorte de reconstitution historique de l’attente du Messie – puisque nous savons qu’il est venu – mais nous faisons mémoire du signe que Dieu a donné aux hommes, non seulement dans la nativité à Bethléem, mais tout au long de la vie terrestre de Jésus, et particulièrement par sa mort et sa résurrection. Ce signe central qui éclaire tout le mystère de la foi nous est confié. Il a été confié aux apôtres, comme saint Paul nous le rappelle, pour qu’ils l’annoncent comme l’évangile de Dieu, la Bonne nouvelle de Dieu. Cet évangile que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les Écritures, concerne son Fils selon la chair. Ce message qui a été confié aux apôtres avec la puissance de l’Esprit-Saint pour qu’ils en soient les témoins à travers le monde, et à travers les générations, ce message nous est confié aujourd’hui pour que nous soyons nous-mêmes porteurs de ce signe. Si nous espérons que la célébration de la nativité en la fête de Noël puisse être une espérance pour les hommes, cela suppose que nous soyons nous-aussi résolus et capables de donner les signes du Salut.
Dimanche dernier, l’évangile nous rappelait comment les disciples de Jean-Baptiste étaient venus trouver Jésus pour lui demander s’il était celui qui doit venir ou s’ils devaient en attendre un autre. Jésus leur avait répondu : allez annoncer à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez, les aveugles trouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la bonne nouvelle. Voici les signes messianiques auxquels on reconnaît que Jésus est vraiment le Messie. Celui que nous célébrons dans la fête de la nativité, c’est celui qui produit aujourd’hui ces signes dans l’humanité.
Je voudrais simplement évoquer, à titre de signaux d’attention, comment nous sommes nous-mêmes appelés à faire exister ces signes dans le temps que nous vivons. Je prendrai quelques exemples.
Le signe de la fidélité. La venue du Christ en ce monde est l’expression de la fidélité de Dieu à son alliance. C’est aussi la capacité qu’il donne par son Esprit de vivre nous-mêmes dans la fidélité. L’amour dans lequel nous nous engageons les uns pour les autres et tout particulièrement les époux qui se donnent l’un à l’autre, sont des signes de la puissance de l’amour de Dieu à travers la fragilité des amours humaines.
Le signe de la présence auprès des pauvres. Nous sommes entrés dans la période la plus difficile de l’année, celle où le froid sévit. Nous savons que dans nos grandes agglomérations, beaucoup d’hommes et de femmes sont soumis par les circonstances de la vie aux rigueurs de la vie dehors. C’est une mission pour l’Église d’apporter, de proposer, des solutions, des moyens pour abriter ceux qui sont sans abri. Des quantités de chrétiens, de chrétiennes, chaque année, se mobilisent pour aller au-devant de ces hommes et de ces femmes. Dans le diocèse de Paris, le programme d’Hiver Solidaire qui permet à un certain nombre de paroisses d’être des lieux d’accueil pour ceux qui sont dehors, n’est qu’un élément parmi d’autres de cet engagement des chrétiens à venir au secours de leurs frères.
Nous pouvons aussi inscrire parmi les signes, celui de la communion ecclésiale. Les médias, depuis une quinzaine de jours, nous donnent quotidiennement des échos de la souffrance des habitants d’Alep, qui ne fait que succéder à la souffrance des habitants d’Homs, et qui ne fait que marquer une étape encore plus sanglante dans une guerre de plusieurs années où les chrétiens ont été une cible privilégiée. Nous avons la volonté de vivre en communion avec les chrétiens d’Orient, communion de la prière, communion de l’aide matérielle qu’on peut leur apporter, communion aussi par le soutien des initiatives qui peuvent être prises pour trouver des solutions politiques pour essayer d’arrêter cette guerre. Il n’y a que deux manières d’arrêter une guerre : soit de la mener jusqu’au bout, mais alors c’est un engagement militaire fort et meurtrier qui en est la condition, soit de parvenir à mettre les protagonistes dans une situation de négociation et de discussion. Et puis, comme vous le savez, hélas, cette année 2016 a été marquée pour nous par des événements tragiques qui ont frappé notre pays : les victimes nombreuses des attentats, le crime abominable du Père Hamel, et là aussi, nous avons un signe à donner : comment est-ce que notre foi nous conduit à vivre ces événements, non pas dans la terreur, dans une surenchère du soupçon et de la méfiance mais dans un véritable engagement pour développer et fortifier de nouvelles modalités de relations avec ceux qui nous entourent, des relations de solidarité pour les victimes, des relations de discussion pour ceux qui sont tentés de s’engager dans la voie du terrorisme. Si nous nous engageons dans cette voie d’une lutte sereine pour dominer la violence dans notre monde, nous apportons un signe qui peut toucher le cœur des hommes.
On pourrait ajouter beaucoup de signes à ceux que je viens d’évoquer, mais c’est une façon pour nous de dire que la célébration de la nativité du Christ, c’est la reconnaissance que l’amour de Dieu ne cesse pas d’agir en notre monde. Malgré la dureté ou la cruauté des événements, ceux et celles qui essayent de suivre le Christ s’engagent dans un chemin où l’espérance ne peut pas décevoir et la paix doit triompher.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.