Homélie du Dimanche in albis et de la Miséricorde, pèlerinage de Chartres 2008 - dimanche 30 mars 2008
Nous sommes bienheureux parce que nous croyons sans avoir vu, tous autant que nous sommes ! Ici, aucun, aucune d’entre nous n’a vu le Christ ressuscité de ses yeux. Aucun, aucune d’entre nous n’a touché les plaies de ses mains ni mis sa main dans la plaie de son côté. L’Evangile vient de nous le dire : il s’agit d’une bénédiction. Parce que la foi, ce n’est pas de reconnaître ce qui s’impose à nos sens, c’est d’accepter ce que Dieu propose à notre liberté. On ne croit pas parce qu’on est obligé de croire ; on ne croit parce que des arguments nous ont convaincus. On croit parce qu’on fait confiance à la parole de Dieu qui nous est transmise et parce qu’on fait confiance au témoignage de ceux qui ont vu. On s’imagine souvent qu’on pourrait convaincre les hommes et les femmes qui nous entourent de croire si on avait un argument décisif : il n’y a pas d’argument décisif pour créer la confiance. Même si on arrivait à prouver que le linceul de Turin a bien enveloppé le corps du Christ, cela ne produirait la foi de personne. Car on ne croit pas à cause d’une preuve, on croit à cause de la confiance que l’on fait à Dieu.
Pourtant, nous avons quelque chose à voir mais qui n’est pas le Christ Ressuscité et qui n’est pas le corps du Christ, qui n’est pas le visage du Christ. Nous avons quelque chose à voir : ce sont les fruits que produit l’Esprit du Christ dans le monde. Le premier de ces fruits, vous avez médité à son propos pendant ce chemin, c’est celui du pardon que Dieu accorde au monde : « La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » et, soufflant sur eux son Esprit, il leur dit : « Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ». Par la puissance de l’Esprit Saint répandu sur les disciples, Jésus les constitue comme artisans et témoins de la miséricorde de Dieu. Il fait d’eux les ministres, les serviteurs de cette miséricorde.
À travers eux, il nous adresse un message d’espérance. Dans l’histoire des hommes, le mal n’aura pas le dernier mot, pas plus que la mort n’a le dernier mot, pas plus que la culpabilité n’a le dernier mot. Car le mal comme la mort comme la culpabilité sont solubles dans l’amour. Parce que Dieu est riche en miséricorde, parce qu’il déborde de cette miséricorde depuis les origines du monde où il nous a appelés à la vie, Il a mis œuvre tous les moyens pour que chacun et chacune d’entre nous puise en abondance à la source de la miséricorde.
Nous savons bien quand notre cœur est ténèbres, nous savons bien quand nos actes nous tirent vers la nuit ; nous savons bien quand notre liberté se soumet à nos instincts. Quantité d’hommes et de femmes, devant cette obscurité de leur intelligence, devant cette paralysie de leur liberté, renoncent. Ils acceptent que le mal soit plus fort que l’amour, ils acceptent d’être dominés, ils acceptent de ne plus pouvoir changer de vie, ils acceptent d’être enfermés dans ce qu’ils ont fait. La miséricorde de Dieu vient briser cet enfermement, la miséricorde de Dieu vient nous redire à chaque instant que Dieu est plus grand que notre cœur, que son amour est plus grand que notre timidité, que sa force est plus grande que notre faiblesse. Si loin que nous puissions nous penser par rapport à lui, son Esprit de miséricorde vient calmer nos anxiétés, guérir nos plaies et raviver en nos cœurs la force de l’amour.
Oui, il y a quelque chose à voir : ces hommes et ces femmes qui s’appuient sur l’amour de Dieu pour mener une vie digne, belle, au service de leurs frères ; ces hommes et ces femmes qui s’appuient sur la miséricorde de Dieu pour surmonter leurs faiblesses, renoncer à leurs erreurs, chasser les ténèbres, ouvrir leur cœur à la lumière ; ces hommes et ces femmes qui sont comme des étoiles dans notre ciel, comme des lueurs dans notre nuit ; ces hommes et ces femmes qui ouvrent leur vie à l’amour ; ces hommes et ces femmes qui s’engagent pour l’amour ; celles et ceux qui se lient par des liens d’amour pour construire une famille qui soit un lieu de miséricorde et d’amour ; celles et ceux qui acceptent de tout quitter pour le service de l’Évangile ; ceux qui répondent à l’appel de Dieu pour être les ministres de la miséricorde au milieu des hommes.
Aujourd’hui, la miséricorde a touché votre cœur. Aujourd’hui, devenez des acteurs de la miséricorde et de l’amour ! Chers amis, le Christ vivant hier, aujourd’hui et demain, le Christ visible dans le Corps de son Église, le Christ offert dans sa Parole et dans le pain partagé, le Christ vous appelle à vous laisser porter par la joie de ceux qui croient en lui sans l’avoir vu, de ceux qui tressaillent d’allégresse dans la certitude de son retour. Au jour de notre baptême, nous-mêmes ou nos parrains, nos marraines ont proclamé notre foi en ce Dieu de miséricorde. Ce soir, après le chemin que vous avez fait, je vous invite avec les nouveaux baptisés de l’Église à faire la même profession de foi en répondant : « Je crois » aux questions qui ont été posées au moment de votre baptême comme elles sont posées à tout chrétien depuis que le Christ est apparu vivant à ses disciples. Amen.
+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Homélie du 3e dimanche de Pâques - année A - Saint-Germain des Près, dimanche 6 avril 2008
Les dimanches du temps pascal que nous célébrons jusqu’à la Pentecôte, sont comme une longue méditation sur la Résurrection du Christ, sur le sens qu’elle a pour nous et celui qu’elle peut avoir pour les hommes qui nous entourent. Dimanche après dimanche, en méditant sur les évangiles qui nous sont proposés nous sommes invités à entrer fortement dans l’expérience du Christ Ressuscité. Aujourd’hui, les lectures que nous venons d’entendre nous aident à poser deux questions et, je l’espère, à progresser dans la manière d’y répondre. Deux questions qui sont pour nous essentielles. La première : comment reconnaît-on le Christ Ressuscité ? Quand je dis : « Comment reconnaît-on ? » ; il faudrait dire : comment, nous, qui essayons d’être chrétiens, reconnaissons-nous le Christ Ressuscité ? Et la deuxième question : comment peut-on annoncer le Christ Ressuscité à tous nos frères ?
Comment reconnaissons-nous le Christ Ressuscité, nous qui essayons d’être chrétiens et qui cheminons sur cette route, non pas celle qui va de Jérusalem à Emmaüs mais celle qui va de notre naissance à notre mort. Tout au long de notre chemin, que nous cheminions seul ou à quelques-uns en Église, le Christ marche avec nous à nos côtés sans que nous le voyions toujours, sans que même nous sentions qu’il est là à chaque moment, et nous échangeons entre nous comme ces deux disciples échangent leurs désillusions par rapport au rêve qu’ils avaient fait d’un Messie qui rétablirait le Royaume d’Israël, comme ils partagent leur difficulté et leur tristesse, comme ils essayent de se consoler peut-être d’un rêve qui n’a pas abouti.
Chacun et chacune d’entre-nous, à un moment ou à plusieurs moments de sa vie, nourrit ce rêve de voir le Christ correspondre à ses désirs et accomplir ses attentes. Chacun et chacune d’entre-nous à certains moments de sa vie éprouve cette déception d’une foi qui ne correspond pas à ce qu’il voudrait ou à ce qu’il espérait, qui ne lui apporte pas la force et les moyens dont il a besoin pour vivre, qui reste comme un élément extérieur juxtaposé à sa vie. Il nous arrive, dans des moments de confiance avec des personnes que nous aimons ou que nous connaissons, de partager cette perplexité, ce doute, ou cette déception. Fasse le Seigneur que dans ces personnes il y ait celui qui est Ressuscité et que nous ne connaissons pas et qui chemine aussi avec nous tout au long de ce chemin.
Comment sort-on de cette déception, de cette désillusion, de cette désespérance ? L’Evangile nous en donne un chemin, un itinéraire. Cet itinéraire commence par la mémoire des événements. Les deux disciples avaient cette mémoire, ils l’avaient même très bien puisqu’ils ne cessaient de ressasser entre eux ce qui c’était passé pour essayer de comprendre ce qu’ils ne comprenaient pas ou pour essayer de justifier ce qui venait en leur cœur : comment celui en qui ils avaient mis leur espérance avait été crucifié, mettant fin au rêve de la restauration. Nous découvrons ainsi que la connaissance des événements, leur intelligence, ne suffit pas à ouvrir les yeux et le cœur. Non seulement il ne suffit pas de souligner les événements de notre vie en essayant de comprendre, mais même il ne suffit pas de souligner les événements de la vie de Jésus en lisant les évangiles : on peut très bien lire les évangiles d’un bout à l’autre et plusieurs fois, sans que jamais le sens des événements ne fraye son chemin jusqu’à nos cœurs et ne nous ouvre à la réalité.
C’est ce que font ces deux disciples en racontant à Jésus qui chemine avec eux et qui est censé les ignorer, les événements qui se sont passés à Jérusalem, à la vue de tous. Ce que tous ont pu voir n’a pu les conduire tous à la foi.
Celui qui chemine avec eux va leur ouvrir le chemin qui passe de la connaissance des événements à la reconnaissance de la présence et de l’action de Dieu. Ce chemin passe par la mémoire de ce qui avait été dit de lui dans la première alliance : « En commençant par Moïse et les prophètes, il leur rappelle tout ce qui avait été annoncé », comme Pierre le jour de la Pentecôte, inspiré par l’Esprit, s’adresse à la foule en faisant mémoire des prophéties de David. Les événements survenus à Jérusalem en la personne de Jésus de Nazareth, ne prennent leur véritable dimension que si nous pouvons les comprendre comme l’accomplissement de la promesse de Dieu telle qu’elle a été faite en Israël. C’est ce que les évangiles nous rappellent, en particulier le récit de la passion de saint Matthieu que nous avons médité cette année et qui insiste tant sur l’accomplissement des Écritures. Il serait vain de croire qu’il suffit de lire l’Évangile pour comprendre , on ne peut comprendre l’Évangile qu’en le recevant comme l’achèvement et l’accomplissement de la promesse faite par Dieu à son peuple, en le lisant et en l’éclairant par l’histoire de la première alliance.
Premier chemin de compréhension, découvrir comment les événements survenus à Jésus de Nazareth expriment et réalisent le projet de salut mis en oeuvre par Dieu depuis la création du monde. Nous le voyons dans le récit des disciples d’Emmaüs, il existe un deuxième chemin pour comprendre et reconnaître le Christ Ressuscité : le chemin de l’accomplissement sacramentel. Cet accomplissement sacramentel, nous en avons une annonce dans l’Esprit de la Pentecôte qui ouvre complètement l’intelligence des apôtres et leur permet de devenir témoins de la Résurrection ; nous en avons un autre exemple dans la fraction du pain réalisée par Jésus le soir à l’auberge, fraction du pain qui rappelle le dernier repas et qui suffit alors pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils le reconnaissent.
Baptisés et confirmés dans l’Esprit Saint, communiant à l’eucharistie du Christ, nous recevons de Dieu lui-même la lumière intérieure qui ouvre notre liberté pour que ces événements, relus à la lumière de la promesse de la première alliance, prennent leur sens plénier. Comment pourrions-nous reconnaître le Christ ressuscité, vivant aujourd’hui pour nous et pour le monde, si nous ne participons pas à la vie sacramentelle de l’Église où la Bonne Nouvelle est annoncée sous l’impulsion de l’Esprit Saint, où le signe du vin partagé et célébré, où la communion au Christ nous est offerte ?
Ainsi, nous, chrétiens en chemin, parfois hésitants, parfois troublés, parfois découragés, nous connaissons les lieux et les moments où nous pouvons renouer le contact avec le Christ Ressuscité, où nous pouvons retrouver la plénitude de sa présence, où notre foi peut retrouver sa pleine dimension et notre espérance s’exprimer.
La deuxième question à laquelle nous sommes confrontée en particulier par le discours de Pierre à la Pentecôte est : comment pouvons-nous annoncer la Résurrection du Christ ? Car il ne nous suffit pas d’affermir notre foi et notre conviction en sa présence ; il s’agit pour nous d’obéir au commandement qu’il nous a donné d’être ses témoins jusqu’à la fin des temps.
Témoins du Christ Ressuscité, qui sont toujours, quelles que soient les péripéties de l’histoire, une minorité au milieu d’une humanité qui ne le connaît pas ou qui l’a connu et s’en est détournée, ou qui le refuse et le rejette.
À nous est confié la mission d’annoncer la Résurrection du Christ. Mais comment cette mission peut elle s’accomplir si nous ne tenons pas compte des chemins par lesquels nous sommes nous-mêmes conduits à la reconnaissance ? Comment annoncer le Christ ? Est-ce simplement en racontant les événements, en décrivant les signes, les miracles, Pierre, Paul, l’enseignement de Jésus qui nous est rapporté par les évangiles, les événements de sa mort et de sa Résurrection… ? Certes, ces événements pris dans leur réalisation ordinaire, concrète, peuvent susciter chez certains et chez certaines de nos contemporains l’étonnement, peut-être la curiosité, peut-être même l’intérêt et peut-être même vont-ils, comme les auditeurs de Pierre à la Pentecôte, avoir le cœur transpercé et se demander : que nous faut-il donc faire ?
Mais nous voyons dans le discours que Pierre lui-même s’adressait à des juifs ou à des craignants-Dieu venus à Jérusalem pour les fêtes ; nous pouvons reconnaître ainsi que ce discours n’est pas le simple récit des événements : c’est un récit interprété et commenté, éclairé par la puissance de l’Esprit qui habite les disciples, commenté par la référence à l’Ecriture ; surtout, c’est un récit qui accepte de n’être pas accueilli et reconnu immédiatement pour lui-même. Annoncer le Christ Ressuscité à nos frères, cela suppose que nous soyons d’abord à l’écoute de leurs attentes : que cherchent-ils ? Que cherchaient-ils, ceux-là qui étaient venus à Jérusalem pour les fêtes de la Pentecôte ? Que cherchaient-ils, ceux qui étaient venus en pèlerinage ? Comment l’annonce du Christ pouvait-elle rejoindre leurs attentes et leurs espérances ? Comment pouvons-nous comprendre, accueillir les attentes et les espérances des hommes de notre temps, entrer au dialogue avec elles, peut-être nous trouver avec eux en désaccord, en confrontation, mais en tout cas en vérité ?
Autour de nous, des hommes et des femmes attendent, cherchent, espèrent, et doutent. Comment peuvent-ils imaginer que la foi qui nous anime peut être une réponse à leurs attentes, à leurs espérances ou à leurs doutes si nous ne les entendons pas ; si nous ne les rencontrons pas ; si nous ne les écoutons pas sur ce qui touche le plus intime de leur vie ? Il ne suffit pas que nous soyons juxtaposés dans une société tolérante ; il ne suffit pas que nous habitions les mêmes immeubles, que nous fréquentions les mêmes commerces, que nous participions aux mêmes loisirs ou que nous partagions le même travail. Il ne suffit pas que nous soyons concitoyens pour être devenus compagnons de recherche. Pour passer de la juxtaposition, peut-être respectueuse mais dans laquelle les uns des autres s’ignorent, à l’intérêt mutuel et à un échange de parole authentique, il faut qu’il y en ait un qui fasse le premier pas, et c’est à nous de faire ce premier pas. Non pas parce que nous serions meilleurs que les autres, mais parce que nous savons que ce premier pas est l’accomplissement de la mission que le Christ nous confie.
En lançant pour l’année qui vient les Assises diocésaines pour la mission, j’ai voulu que les chrétiens catholiques de notre diocèse prennent mieux conscience de cette mission qui est sans cesse ouverte devant eux, de cet appel sans cesse renouvelé à rencontrer les hommes et les femmes de notre temps pour qu’ils deviennent, avec nous, des compagnons qui cheminent sur le chemin de la vie, même si dans un premier temps leur foi, leurs convictions, leurs certitudes ne peuvent pas être reconnues ni acceptées.
Soyons des compagnons qui cheminent avec nos contemporains pour entendre leurs espérances d’un monde différent, d’un royaume différent de celui que nous connaissons et pour les aider à découvrir peu à peu que ce monde nouveau ne sera pas fabriqué par l’imposition d’un nouveau maître politique, mais qu’il sera le fruit du renouvellement des cœurs, de la conversion de vie, de l’ouverture de chacun aux soucis de tous.
Comment pouvons-nous, chacun selon nos moyens et les circonstances où nous vivons, devenir ces compagnons d’humanité, habités par le Christ mystérieusement présent sur le chemin des hommes, pour écouter leurs espoirs, les aider à les déchiffrer, leur donner les signes qu’une nouvelle vie est ouverte ?
Frères et sœurs, habités par la joie de la Résurrection, nous sommes invités à partager cette joie à l’humanité : ne manquons pas le rendez-vous du chemin d’Emmaüs. Amen.
+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Homélie du dimanche du Bon Pasteur-Journée de Prière pour les Vocations - Cathédrale Notre-Dame de Paris - dimanche 13 avril 2008
Frères et sœurs, le passage de l’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre mêle ensemble deux allégories pour évoquer la mission du Christ. L’une est celle de la porte et l’autre celle du berger. Comme vous l’avez entendu à la lecture, tantôt nous sommes invités à reconnaître le Christ comme le bon berger, le seul berger authentique et légitime, à la différence de ceux qui sont venus comme des voleurs, mais nous sommes aussi invités par Jésus lui-même à le reconnaître comme la porte des brebis. La porte, cet évangile la décrit, a une fonction de clôture et une fonction d’ouverture. La porte, c’est le passage restreint où l’on doit se faire identifier. C’est d’une certaine façon ce qui va permettre de vérifier que celui qui vient dans la bergerie n’est pas un bandit ou un voleur mais qu’il est vraiment un pasteur. La porte, c’est aussi l’ouverture par laquelle les brebis sont entraînées par leur pasteur pour aller vers les pâturages lointains, c’est le passage de l’abri de la bergerie vers les risques de la vie en plein air, elle marque le moment aussi où la connaissance qui existe entre le pasteur et son troupeau va devenir particulièrement importante puisque c’est à la connaissance de sa voix que ses brebis vont lui faire confiance.
Ainsi, le Christ se présente comme la porte, c’est-à-dire tout à la fois comme celui qui protège les brebis qui sont dans la bergerie et qui authentifie ceux qui se présente pour en prendre soin, et celui qui appelle les brebis à sortir à la suite du vrai berger. Nous avons compris aussi que ce vrai berger, cet authentique serviteur des brebis, celui dont elles connaissent la voix, celui qui les connaît, c’est Jésus lui-même comme il le dira un peu plus loin dans ce même chapitre 10 de l’évangile de saint Jean : « Je suis le vrai pasteur ». Ainsi nous découvrons que le Christ est à la fois celui qui veille sur le troupeau et celui qui le conduit mais il est plus profondément encore celui qui permet aux brebis de s’identifier et de se rassembler au son de sa voix.
Cette double fonction de porte et de pasteur est au service de la mission que le Christ a reçue : « Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ». Si le Christ, et en particulier dans l’évangile selon saint Jean, se présente comme l’envoyé du Père, - il est celui « que le Père a envoyé », il est celui qui fait toujours la volonté de celui qui l’a envoyé -, si donc Jésus se présente comme l’envoyé du Père, il nous dévoile ici, dans l’évangile selon saint Jean, pourquoi il a été envoyé, pour quoi faire. Il a été envoyé pour donner la vie aux hommes et la leur donner en plénitude, c’est-à-dire non pas simplement leur donner la vie naturelle qu’ils reçoivent de toutes façons et qui vient de Dieu elle aussi, mais leur donner la vie éternelle : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang ne mourra pas, il vivra pour toujours ».
C’est donc le service de cette vie éternelle qui est le cœur de la mission du Christ, ce que l’on peut définir comme sa mission pastorale : il est notre pasteur, il est « le pasteur de nos âmes », comme dit l’épître aux Hébreux, pour nous conduire à la vie et à la vie qui ne finit pas. Mais, nous le savons, la réalisation de cette mission pastorale du Christ au service de la vie humaine s’accomplit à travers le don qu’il fait lui-même de sa propre vie. Car il ne devient vraiment le pasteur selon le cœur de Dieu qu’au moment où, allant jusqu’au bout, - comme l’écrit saint Jean : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à l’extrême », « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Le Christ devient vraiment le pasteur universel de l’humanité au moment où il fait l’offrande de sa vie pour la vie du monde : « Il est venu pour que les hommes aient la vie et pour qu’ils l’aient en abondance », mais pour qu’ils aient cette vie en abondance, il faut que lui-même fasse l’offrande de sa vie.
Nous le savons, la mort et la résurrection du Christ ont accompli cette mission pastorale. Dès l’instant où il a remis l’esprit et où Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, la victoire finale est acquise, la mort est vaincue, les temps nouveaux sont commencés, l’humanité nouvelle se rassemble comme saint Pierre nous le disait tout à l’heure dans son épître : « Vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous ». Cette humanité nouvelle qui se rassemble est l’annonce de la communion définitive à la fin des temps. Mais cette victoire définitivement acquise par la mort et la résurrection du Christ n’a pas encore atteint la totalité du monde, ni dans l’espace ni dans le temps. Cette victoire universelle sur le péché et sur la mort qui va donner naissance et croissance à une humanité nouvelle ne sera pleinement accomplie que lorsqu’à la fin des temps tous les hommes seront rassemblés en un seul corps. Mais, en attendant cet accomplissement final, il nous incombe, à nous l’Église du Christ, de continuer la mission qui lui a été confiée, et c’est en vue de la poursuite de cette mission qu’il répand son Esprit sur les Apôtres au moment de la Pentecôte et qu’il les constitue comme les colonnes de son Église pour réaliser dans le temps et dans l’espace, jusqu’à la fin des temps et jusqu’aux confins de la terre, le ministère de la vie que lui-même a inauguré en donnant sa propre vie.
C’est ainsi que, peu à peu, dans l’Église, le ministère apostolique s’est constitué comme le sacrement de la continuation du ministère pastoral du Christ. De même que le Christ est consacré tout entier dans ce ministère pastoral, de même les apôtres et ceux qui sont appelés à leur succéder sont consacrés tout entiers à ce ministère, pleinement donnés, pleinement offerts dans toute leur vie. Pour mener cette tâche à bien, ils appellent des hommes auxquels ils imposent les mains et qu’ils associent à leur ministère pour conduire le peuple de Dieu. Prêtres, diacres de l’Église, ils sont appelés et choisis pour collaborer au ministère des évêques, les uns, les prêtres dans notre Eglise latine, en constituant le presbyterium étroitement associé au ministère des évêques, au point que le genre de vie du ministère apostolique s’est imposé peu à peu à l’ensemble du presbyterium qui est composé uniquement d’hommes qui quittent tout pour le service de l’Église. Nous le savons, cette vocation à tout quitter pour le service de l’Évangile n’est ni facile à comprendre, ni facile à assumer, et pourtant, depuis des siècles, des générations d’hommes se sont levés et se sont offerts tout entiers, à plein temps et à plein cœur, pour que l’Evangile soit transmis, que le ministère du Christ soit accompli, que le rassemblement universel de l’humanité se mette en route. Ces prêtres dont l’Église a besoin et sans lesquels il n’y aurait ni sacrement, ni vraiment d’Église du Christ, nous sommes invités aujourd’hui à prier pour que ceux qui sont appelés à répondre à cette vocation le fasse avec générosité. Nous sommes invités surtout à prier pour que les communautés chrétiennes cherchent avec foi, avec espérance et avec détermination, qui elles vont appeler pour recevoir ce ministère. Non seulement nous sommes invités à les accompagner et à les soutenir mais nous sommes invités à prier avec ouverture et générosité pour que Dieu choisisse parmi nous, parmi les nôtres, parmi nos proches, ceux qui deviendront les prêtres de son Église.
Frères et sœurs, unis dans cette prière, nous nous remettons avec confiance à celui qui est « le pasteur de nos âmes », à celui qui n’abandonne pas le troupeau qu’il a rassemblé, celui dont nous connaissons la voix et qui nous connaît, le Christ qui a donné sa vie pour la vie de la multitude et qui veut que nous ayons la vie en abondance. Amen.
+André cardinal Vingt-Trois
Homélie pour le 5 ème dimanche du Temps pascal - Chapelle de la communauté chrétienne des Africains (C.C.D.A.) - Dimanche 20 avril 2008
Le Christ va quitter ses disciples bientôt. Il va les quitter deux fois, en quelque sorte. L’évangile selon saint Jean nous rapporte cette discussion entre Jésus, Thomas et Philippe, avant la Passion et c’est pour les préparer à affronter l’épreuve qui les attend, lorsqu’il va être enlevé du milieu d’eux par sa condamnation et sa crucifixion, que Jésus leur adresse ces paroles : « Ne soyez donc pas bouleversés. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Mais, nous qui entendons ces paroles après la Résurrection et l’Ascension du Christ, nous comprenons que le Seigneur veut les préparer non seulement à sa mort, mais aussi à son retour vers le Père. Bientôt, dans quelques jours, nous célèbrerons la fête de l’Ascension : Jésus remonte auprès du Père, puis la fête de la Pentecôte : il envoie son Esprit-Saint sur ses disciples. À partir de ce moment de l’Ascension, ils vont se retrouver seuls. Jésus ne sera plus au milieu d’eux en chair et en os. Comment vont-ils pouvoir vivre cette épreuve ? Comment vont-ils affronter son absence ? C’est pour les préparer à cette absence que Jésus leur donne cet enseignement sur lui-même, sur le Père, sur sa relation avec le Père. Nous savons, nous, que nous allons découvrir que cette relation avec le Père a un nom propre : l’Esprit, et que cette relation avec le Père a une réalité en nous : la présence de l’Esprit-Saint que Jésus nous donne. Par cette présence de l’Esprit-Saint, nous entrons vraiment en communion avec le Père et avec le Fils.
Etre chrétien, c’est d’abord donc croire au Christ : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». C’est croire vraiment que celui qui a vu le Christ a vu le Père que personne ne peut voir. C’est croire vraiment que le Père demeure dans le Fils et que le Fils demeure dans le Père et comme il le dira plus loin dans le même évangile selon saint Jean : « Celui qui croit en moi et qui garde ma parole, nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure ». Le Père demeure dans le Fils, le Fils demeure dans le Père, et par la vie de l’Esprit-Saint, le Père et le Fils demeurent dans le cœur de ceux qui croient en eux. Nous sommes ceux qui croient que Dieu est Père, que Jésus est son Fils et que l’Esprit nous habite. Nous sommes ceux en qui demeure la présence de Dieu par la puissance de l’Esprit. Alors nous ne devons pas être bouleversés si notre vie chrétienne doit être conduite sans que nous voyions le Christ. Nous n’avons pas besoin de voir le Christ pour croire. Quand il apparaît ressuscité à Thomas qui avait dit : « Si je ne vois pas, je ne croirai pas », Jésus lui dit : « Tu as cru parce que tu as vu. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ».
Nous, nous croyons sans avoir vu le Christ, mais nous croyons parce que nous voyons l’action du Père et du Fils se répandre dans les cœurs des croyants par la vie de l’Esprit et produire du fruit à travers leur vie. Nous croyons parce que nous voyons des chrétiens, des chrétiennes, de toutes races, de tous pays, de tous âges, de toutes cultures, de toutes professions, devenir les membres vivants de son Église, des pierres vivantes : « Vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ». Nous sommes ce peuple saint qui appartient à Dieu, nous sommes constitués pierres vivantes, nous sommes ceux qui sont habités par l’Esprit-Saint, ceux en qui demeurent le Père et le Fils, et nous sommes chargés, par l’envoi en mission que Jésus fait à la Pentecôte, d’annoncer les merveilles de Dieu à toute la terre.
Cette mission, c’est ce que nous voyons : nous ne voyons pas le Père, nous ne voyons pas le Fils, mais nous voyons les fruits de l’Esprit à l’œuvre dans le cœur des hommes ; on ne voit pas le Père, on ne voit pas le Fils, mais on voit les pierres vivantes de l’Église qui témoignent de la vie du Ressuscité et qui annoncent ses merveilles à toute la terre.
En entendant le récit du livre des Actes des Apôtres tout au long de ses dimanches, nous découvrons peu à peu comment la communauté chrétienne qui démarre après la Pentecôte est amenée à s’organiser. Nous voyons que des questions se posent, que des difficultés et des tensions se font jour et même des conflits, nous l’avons entendu aujourd’hui, entre les chrétiens d’origine grecque et ceux d’origine juive, les uns trouvant que les autres sont mieux traités qu’eux. Nous voyons aussi comment cette Église, animée par l’Esprit-Saint, s’organise pour faire face à ses difficultés. Nous voyons comment les Apôtres qui ont reçu la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle, de porter la Parole de Dieu à travers le monde, organisent les choses pour pouvoir se consacrer tout entiers à la mission qu’ils ont reçue. Ils choisissent donc des gens pour s’occuper des questions à résoudre, ici le service des tables. Alors, on choisit sept hommes, on leur impose les mains, et ils prennent en charge la répartition des nourritures.
Nous avons-nous aussi à faire face à beaucoup de questions et nous apprenons, petit à petit, avec l’assistance du Saint-Esprit, à organiser notre Église pour que ce ne soit pas seulement sur les évêques et les prêtres que repose la vie de l’Église mais aussi sur des hommes et des femmes que l’on appelle et à qui on confie des missions. Ils doivent assumer la vie de la communauté.
Nous le savons : une communauté ne peut pas vivre en ne reposant que sur quelques personnes. Elle ne peut vivre que si elle a une base solide, nombreuse, diversifiée, vivante, un tissu vivant d’où elle tire sa force et son énergie. Ce tissu vivant, ce sont les pierres vivants qui le constituent, le peuple chrétien, ceux et celles qui ont été appelés, choisis par Dieu et servent à construire le temple spirituel qui n’est pas seulement une réalité invisible mais aussi la communauté visible de l’Église. Si nous voulons que les hommes et les femmes de notre temps, des différents continents du monde, puissent voir quelque chose qui les aide à croire, il faut que, conduits par l’Esprit-Saint nous développions une vie communautaire riche et joyeuse qui donne envie à ceux qui nous regardent de venir regarder de plus près pour comprendre d’où vient la force qui fait que nous ne sommes ni bouleversés ni écrasés, même si Dieu n’est pas visible.
Cette force, c’est l’Esprit qui nous habite. Prions-le : qu’il ravive en nous sa flamme et sa chaleur, qu’il ouvre nos cœurs pour que nous soyons davantage comme des frères et des sœurs d’une même famille. Qu’il porte du fruit par nous pour que tous puissent reconnaître que l’Esprit est l’Esprit de Jésus, lui qui est « le chemin, la vérité et la vie » et qui nous conduit vers le Père. Amen.
+André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Homélie pour la Fête de l’Annonciation - Frat 2008 - Lourdes, samedi 26 avril 2008
Trois mois de bonheur. Entre Élisabeth et Marie sa cousine, trois mois à savourer la joie des enfants qu’elles attendent, chacune : Élisabeth attend Jean-Baptiste qui a tressailli dans son sein et Marie attend Jésus. Pour chacune d’elles, cet enfant qui va venir, qui est déjà présent, qui bouge et qui tressaille, c’est le signe de Dieu vivant.
Trois mois de bonheur, trois mois de joie. Comme nous voudrions entrer dans cette joie, partager ce bonheur, nous réjouir avec elles. Qui ? Qui voudrait ne pas être heureux ? Qui voudrait ne pas chercher le bonheur ? Personne. Tout le monde veut être heureux. Tout le monde veut connaître le bonheur. Et pourtant… Pourtant, tout le monde ne le connaît pas. Alors peut-être faut-il chercher ensemble quelques instants la clef de ce bonheur que l’on cherche sans le trouver, de ce bonheur que l’on croit avoir trouvé et qui se révèle moins « bonheur » qu’on ne le pensait et même quelquefois un peu malheur, ce qui fait qu’au lieu de se laisser porter par la joie de vivre, l’allégresse, on est un peu écrasé par le doute, la mélancolie, la tristesse… On cherche toujours la clef. Qui nous donnera la clef du bonheur ? Qui sera capable d’ouvrir pour nous la porte du bonheur ?
Voilà ce que nous allons essayer de comprendre en regardant et en écoutant Élisabeth et Marie. Qu’est-ce qui les rend heureuses ? Qu’est-ce qui fait que Marie exulte de joie ? Qu’est-ce qui lui fait chanter « Magnificat » ? Ce n’est pas la richesse : elle n’est pas riche. Ce n’est pas la notoriété : elle n’est pas connue ; pas encore ; elle le sera plus tard mais elle ne sera plus sur notre terre. Ce ne sont pas les choses extraordinaires qu’elle fait : elle ne fait rien d’extraordinaire. Ce qui lui fait connaître la joie, c’est d’avoir cru à la Parole du Seigneur. Elle a cru ce que Dieu lui a dit par le message de l’Ange, elle a cru que Dieu voulait faire quelque chose avec elle, elle a cru que Dieu faisait appel à elle pour changer quelque chose dans ce monde. Elle a cru et elle a fait confiance. Cette confiance qu’elle a accordée à la Parole du Seigneur va changer toute sa vie. Non seulement elle va avoir un fils, mais quel fils ! Non seulement elle va être témoin de ce qu’il fait : des paroles, des signes, mais encore elle va être entraînée avec lui jusqu’à donner tout ce qu’elle a : son fils, son fils unique, qui sera cloué sur la croix. Malgré les épreuves, malgré les souffrances, malgré ce mal absolu, ce fils, qui est le don de Dieu, c’est sa joie.
Essayons cette clef du bonheur sur notre serrure, sur notre vie. Où cherchons-nous le bonheur ? Qu’espérons-nous ? Où croyons-nous que nous allons trouver la joie ? On peut trouver un peu de joie en buvant, et on peut trouver beaucoup de tristesse en buvant trop. Pas seulement parce que l’on a le vin triste, mais parce que la joie que donne l’effet artificiel laisse la place au vide. On peut trouver un peu de joie en achetant beaucoup de choses, en courant le monde, en cherchant à vivre des « trucs » extraordinaires, mais ce que l’on achète s’use, se perd, ne nous plaît plus ; les retours ne sont pas toujours joyeux, et il n’est pas donné à tout le monde de vivre des « trucs » extraordinaires. La joie, le bonheur que Dieu nous propose, il nous le donne gratuitement, sans payer, sans argent. Nous y entrons en prenant l’eau et le pain et le vin qu’il nous donne et sa Parole qu’il met en nous.
Alors, si vous voulez vraiment progresser sur le chemin du bonheur, prenez ce petit sentier, où il y a quelquefois des pierres sous vos pas et des épines qui accrochent, mais où l’eau coule gratuitement, où le pain est partagé gratuitement, où le vin de la fête est donné gratuitement, où la joie est donnée gratuitement.
« Cherchez le Seigneur pendant qu’il est proche » : il est toujours proche, mais nous nous approchons. Il y a des moments où nous sommes un peu plus proches, et des moments où nous sommes un peu plus loin. En ce moment, nous sommes un peu plus proches, grâce à ce que nous vivons ici : alors ,cherchez-le maintenant, pendant qu’il est proche, invoquez-le pendant qu’il vous écoute, parlez-lui dans vos cœurs, faites-lui vos confidences v ; parlez-lui de vos désirs, de vos espoirs, de vos doutes, de vos peurs, parlez-lui de ce que vous voudriez, mais par dessus tout, écoutez-le ! Écoutez sa voix qui vient toucher votre cœur. Elle vous indique le chemin du bonheur : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ». Celui qui veut connaître la joie doit apprendre à aimer, pas apprendre à se faire aimer. Apprendre à aimer ; apprendre à se mettre au service des autres ; apprendre la joie d’avoir pu faire quelque chose d’utile pour nos frères ; apprendre la joie d’avoir pu partager ; apprendre la joie d’avoir pu vivre ces quelques jours ensemble, même si c’est un peu difficile ; apprendre la joie de faire des choses que l’on n’est pas capable de faire tout seul ; apprendre la joie d’entendre une parole, un chant, un silence, une présence.
Ce chemin, c’est le chemin de la sainteté. Le Christ nous appelle à devenir des saints comme il est Saint. Nous devenons des saints comme il est Saint si nous apprenons, comme lui, à nous faire serviteurs des autres, à nous mettre au service des autres.
Pendant tout e temps de ce Frat, vous avez été accompagnés par des animateurs : ce sont des gens normaux, - enfin, en général (rires) - ; ils ont une famille, des activités, des occupations, et ils prennent 3, 4 jours uniquement pour venir avec vous. Vous pouvez les applaudir… Certains sont des anciens du Frat, - pas des centenaires mais un peu quand même -, quelques-uns ont témoigné devant vous : cela s’appelle se mettre au service des plus jeunes. Demain peut-être, dans 2,3 ou 4 ans, on vous demandera à vous d’être animateurs. Vous aurez sûrement autre chose à faire, de bien plus passionnant et de bien plus palpitant (cris : « Non »), de plus magnifique - prenez les noms de tous ceux qui ont crié « non »… Se mettre au service des autres, voilà un exemple.
Avec vous pendant ce Frat, vous avez eu des diacres, des prêtres, des évêques, qui ont été heureux de passer tout ce temps avec vous. Un certain nombre d’entre eux commencent, comme moi, à avoir des cheveux blancs, et même très blancs. Ceux qui les remplaceront demain sont parmi vous. Comme nous sommes heureux d’être avec vous, - cela se voit assez, il me semble -, vous serez heureux si vous vous mettez au service de vos frères (applaudissements). Répondez à l’appel du Seigneur ! Ne fermez pas votre cœur : vous connaîtriez le regret et la tristesse. Ouvrez vos cœurs !
Peut-être, quelques-uns et quelques-unes d’entre vous, vous serez appelés pour rendre service à travers le monde pendant quelque temps ; vous serez appelés à aller partager ce que vous avez appris, vous serez appelés à aller aider des pays plus pauvres. Ne fermez pas vos cœurs ! Ouvrez vos cœurs !
Beaucoup d’entre vous découvriront l’amour d’un homme et d’une femme, et ils seront appelés à devenir heureux dans cet amour. Apprenez à devenir heureux par les autres, ouvrez vos cœurs.
Dieu veut faire des vous des saints. Devenez des saints en devenant des serviteurs de l’amour.
Pendant quelques instants de silence, nous allons chacune et chacun d’entre nous accueillir la Parole que Dieu veut déposer en vos cœurs. Pendant quelques instants de silence, ouvrez votre cœur à l’appel de Dieu. Vous savez que la Parole de Dieu ne quittera pas votre cœur sans avoir produit son fruit. Amen.
+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris