Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe de l’Immaculée Conception - Ouverture du 850e anniversaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris - Mercredi 12 décembre 2012 - Cathédrale Notre-Dame
Le jubilé des 850 ans de la cathédrale Notre-Dame de Paris s’ouvre sous la protection de la Vierge Marie en solennisant son Immaculée Conception. La foi de Marie ouvre un chemin de réflexion sur le sens des événements historiques qu’elle a vécu, et sur ceux que nous vivons. Sous un regard de foi, l’action de Dieu et la liberté humaine s’éclairent et s’unifient.
Frères et Sœurs,
En ce 850e anniversaire de la pose de la première pierre de notre magnifique cathédrale, nous ouvrons cette année jubilaire sous la protection de la patronne de notre Église en célébrant comme chaque année, mais avec un lustre exceptionnel, la fête de l’Immaculée-Conception de la Vierge Marie. C’est par son intercession que nous confions à Dieu notre Église diocésaine, le chapitre des chanoines de la cathédrale qui va accueillir ses nouveaux membres, le séminaire de Paris et la Faculté Notre-Dame. Cette année jubilaire nous permet d’accueillir ce soir tous les séminaristes d’Ile-de-France et nous en sommes particulièrement heureux. Notre joie sera encore amplifiée et soutenue dans son expression par l’accompagnement des grandes orgues rénovées.
Les lectures que nous avons entendues ouvrent pour nous un chemin de réflexion et de prière sur le sens des événements historiques tels que la foi nous propose de les lire et de les comprendre. La lecture du récit de la Genèse, comme celle de l’évangile de saint Luc, laissent le lecteur moderne bien insatisfait, avide qu’il est devenu de savoir exactement ce qui s’est passé. Mais les Écritures ne sont pas un reportage sur les événements. Elles sont une méditation inspirée par la foi et nous invitent à conduire la même lecture sur les événements dont nous sommes aujourd’hui les acteurs et les témoins.
Alors qu’il semble qu’en cédant à la tentation Adam et Ève ont entraîné l’humanité dans une histoire d’épreuves et de mort, dès ce premier récit le dénouement final est annoncé comme une espérance : le serpent sera frappé mortellement à la tête. Alors que l’annonce faite à Marie de la naissance d’un fils qui sera le Fils du Très-Haut, héritier du trône de David, tombe sur une jeune fille sans relation capable de susciter cette naissance, l’ange lui promet la fécondité de l’Esprit de Dieu lui-même : « rien n’est impossible à Dieu ». C’est la simple foi de Marie qui va transformer cette annonce inimaginable en réalité humaine et historique : « qu’il me soit fait selon ta parole ».
En cette année de la foi, nous découvrons avec émerveillement la puissance de Dieu à l’œuvre à travers la faiblesse des acteurs humains qui tissent l’histoire des hommes. C’est par la foi que l’impossible devient réalisable. C’est dans la foi de Marie que s’enracine et se fonde la grande geste de la réalisation du salut annoncé dès le proto évangile du livre de la Genèse. Mais, nous le savons, la foi n’est pas seulement le fait des géants de l’histoire biblique, elle est la condition préalable et nécessaire à la vie de tous les chrétiens. Aujourd’hui comme hier, c’est elle qui nous permet d’affronter les défis de l’existence autrement que comme des menaces qui submergeraient toujours les pauvres forces de notre humanité.
À quelles conditions cette foi peut-elle donner sens et fécondité aux événements toujours ambigus de l’histoire humaine, de l’histoire de chacune de nos vies comme de l’histoire de toute l’humanité ? L’épître aux Éphésiens nous donne une clé de lecture par son hymne liturgique qui est un long chant de bénédiction à la permanente prévenance de Dieu. Saint Jean l’exprimera également d’une autre manière : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés le premier. »
Cette lecture ouvre une nouvelle série de questionnements : comment pouvons-nous comprendre la liberté de Marie, et en elle toute liberté humaine, si Dieu déjà de toute éternité a présumé ce qui allait arriver ? Était-il possible qu’elle refuse ? Ou bien nos destinées sont-elles tellement écrites par avance, prédestinées comme dit l’épître aux Éphésiens, que les choix ne sont plus que des illusions ? À travers cette question, il s’agit pour nous de bien autre chose que de mieux comprendre l’histoire particulière de Marie de Nazareth. Nous touchons à quelque chose qui est au cœur de l’existence humaine. Sommes-nous vraiment libres ? Et jusqu’à quel point ? L’histoire que nous vivons, est-elle un enchaînement d’événements réels dans lesquels nous avons à prendre parti ? Ou n’est-elle qu’une sorte d’illusion qui recouvre une réalité qui nous échappe de toute façon ? Dieu a-t-il tout prévu et tout écrit ? Mais alors qu’aurions-nous encore à faire ? Veut-il vraiment que nous lui répondions librement ? Mais alors comment peut-il savoir que nous dirons oui ?
Cette question travaille tout homme qui essaye de suivre le Christ, à quelque moment de son itinéraire qu’il se trouve. Nous ne pouvons pas la trancher autrement qu’en reconnaissant que nous appartenons à deux systèmes différents quoi qu’inextricablement mêlés. Le système de notre expérience, du phénomène de l’existence humaine et de ses composantes qui est aussi celui du débat intérieur de l’homme, celui de la connaissance à travers l’expérience du sensible, avec ses limites, ses drames, ses interrogations. Et, à travers cette expérience chronologique de l’existence humaine comme à travers la manifestation des phénomènes visibles de la liberté humaine, la foi nous invite à reconnaître le système d’une existence non temporelle, non chronologique, non successive, mais toujours immédiatement présente, celle de Dieu et de son dialogue avec l’homme.
La foi nous invite à entrer dans la vision simultanée de l’histoire de l’humanité qui est celle de Dieu, dans l’acte unique de sa création, dans le drame du péché, dans l’acte rédempteur, et dans la manifestation glorieuse du Christ à la fin des temps. C’est comme une vision unique par laquelle Dieu tient dans un seul instant ce que notre intelligence conçoit sur une multitude de siècles. Là où nous épelons laborieusement les éléments successifs de la prise de conscience de notre filiation divine, Lui est immédiatement, pleinement, définitivement et simultanément toujours le Père de tous. Là où nous peinons à rassembler difficilement les hommes sous la promesse de Dieu, Lui voit l’humanité tout entière rassemblée en un seul peuple dans la Jérusalem Céleste.
C’est la foi en cette présence permanente de Dieu qui animait le talent et la persévérance des artistes qui ont édifié cette cathédrale. C’est la foi qui en est l’âme depuis la pose de la première pierre jusqu’à ce jour. C’est la foi qui a conduit le peuple de Paris à y reconnaître sa maison. C’est la même foi qui anima la longue cohorte des saints parisiens que nous invoquerons dans un instant. Oserais-je dire encore que c’est une certaine foi, même si elle n’est pas pleinement chrétienne, qui guide tant de personnes à y entrer ? En tout cas, c’est dans la foi que nous sommes invités à faire une démarche de pèlerin en cette année de la foi et à renouveler ici notre profession de foi au Christ sauveur.
En ce temps jubilaire, nous rendons grâce à Dieu pour le témoignage de foi que nous recevons de nos anciens, la foi des bâtisseurs, la foi des artisans, la foi du peuple de Paris et de ses pasteurs, la foi des saints qui ont illuminé notre capitale, et -pourquoi ne pas le dire ?- la foi des catholiques de Paris qui se dépensent sans compter en se laissant conduire par la prévenance de l’amour de Dieu. Notre profession de foi nous unit à ce témoignage et nous invite à apporter notre modeste pierre à la construction sans cesse poursuivie de la nouvelle cité de Dieu parmi les hommes.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Roch - 3e dimanche de l’Avent - Année C - Dimanche 16 décembre 2012 - St Roch (Paris I)
Frères et Sœurs,
Un appel nous est adressé à travers les lectures de ce jour, que ce soit dans le livre de Sophonie : « Pousse des cris de joie, Fille de Sion » (Soph 3, 14), ou dans l’épître de Paul aux Philippiens : « soyez toujours dans la joie du Seigneur » (Ph 4, 4). « Soyez dans la joie » ! Cet appel nous provoque à une réflexion difficile, alors que nous avons appris le drame qui a frappé hier des enfants d’une l’école primaire à Newtown (Connecticut) aux États-Unis. Comment pourrions-nous intégrer des événements aussi douloureux, aussi cruels, tout en répondant à cet appel de l’Écriture d’être toujours dans la joie ? Évidemment nous partageons la peine de ces parents qui ont perdu leurs enfants, et en même temps, nous sommes confrontés par toutes sortes de manières, chacun dans notre propre vie, à des situations douloureuses, à des accidents, à des malheurs. Comment pouvons-nous demeurer toujours dans la joie à travers les difficultés de cette vie et les accidents de l’existence, parfois à travers les drames qui nous frappent ? C’est une véritable épreuve de la foi. Nous sommes obligés d’affronter les difficultés, non pas simplement au niveau des sentiments, mais aussi au niveau de la foi dans la venue du Christ et dans le salut qu’il apporte. « Tout le peuple était dans l’attente » nous dit l’évangile (Lc 3, 15), et Jésus annonçait à ce peuple la Bonne nouvelle de la venue du Sauveur.
On entend souvent cette question : comment les chrétiens rendent-ils témoignage à l’Évangile à travers leur existence ? On imagine parfois qu’ils devraient entreprendre des actions extraordinaires de manière à stupéfier le monde et accrocher l’attention, car notre culture médiatique a toujours besoin d’événements exceptionnels ! Comment les chrétiens peuvent-ils donc rendre témoignage à l’Évangile ? Que doivent-ils faire d’extraordinaire ? Vous avez entendu la question adressée à Jean-Baptiste par les foules qui venaient l’écouter et recevoir de lui l’annonce de la venue du Christ. Peut-être aurez-vous été surpris des réponses de Jean-Baptiste ? Il ne leur demande pas de faire des choses extraordinaires, il ne leur demande pas d’accomplir des signes inimaginables, il leur demande simplement de vivre honnêtement. Il leur demande de respecter les données les plus élémentaires de la morale, de partager avec ceux qui ont faim, de ne pas demander plus que ce qui est dû, de ne pas faire violence ni tort à personne, de se contenter de ce qu’ils ont. Des choses très simples qui deviennent significatives parce qu’elles sont vécues dans un contexte où trop souvent, malheureusement, les données élémentaires du bien et du mal ont disparu de la conscience commune !
Ce qui est demandé aux Chrétiens, ce qui est demandé à ceux qui veulent accueillir le Christ, c’est déjà cette conversion élémentaire de leur vie. Regardez comment nous vivons ! Regardez comment vous vivez ! Regardez sur quel point, vos choix, vos décisions, votre manière de vivre manquent à ces impératifs fondamentaux que sont le partage avec ceux qui sont dans le besoin, la justice dans les relations sociales, le respect des personnes qui nous entourent... Ces objectifs, s’ils sont mis en pratique, vont déjà susciter une question : pourquoi ces hommes et ces femmes ordinaires ne laissent-ils pas conduire leur vie par les critères habituels qui malheureusement dominent souvent les relations sociales : indifférence à l’égard de ceux qui sont dans le malheur, âpreté et volonté de gagner le plus possible, manque de respect à l’égard de ceux qui nous entourent par peur de manquer...
Voilà un premier signe important qui nous permet de comprendre que l’attente de la venue du Christ n’est pas simplement une attente indéfinie. C’est une attente qui se réalise très concrètement à travers notre manière de vivre. Mais cet appel à la conversion que Jean-Baptiste adresse à ses auditeurs n’est pas synonyme d’une sorte d’abdication ou de renoncement au bonheur ou à la joie. C’est au contraire une bonne nouvelle qui déjà remplit de joie ceux qui attendent la venue du Messie. Ils savent que celui qu’ils attendent va vraiment venir. Et c’est pourquoi, à travers les événements de leur existence et de l’histoire des hommes, ils ne retiennent pas seulement l’impression immédiate, le sentiment de bien-être ou de douleur, mais ils discernent plus profondément le signe du salut que Jésus apporte au monde. La possibilité nous est donnée de comprendre qu’à travers les épreuves, un signe nous est proposé, capable de transformer ce que nous vivons, non pas en une attente indéfinie mais en une certitude : le Christ vient au milieu de nous, « laissons éclater notre joie, Dieu est au milieu de nous » (Is 12).
Cette joie à laquelle Paul invite les Philippiens à travers son épître, prend une figure concrète : « le Seigneur est proche, ne soyez inquiets de rien mais, en toute circonstance, priez et suppliez dans l’action de grâce » (Ph 4, 6). C’est l’épreuve de la foi à laquelle nous sommes tous confrontés devant les circonstances de la vie : ne pas demeurer abattus et écrasés par les événements mais, au contraire nous appuyer sur ceux-ci pour prier et supplier avec confiance, pour vivre déjà dans l’action de grâce parce que nous savons que Dieu ne reste pas sourd à nos prières. Le Seigneur est proche, nous l’attendons et nous préparons sa venue en réajustant notre manière de vivre, en redressant ce qui est tordu, en abaissant les obstacles, comme nous le disait déjà l’Évangile de la semaine dernière, mais surtout en révisant les choix de nos vies à la lumière des indications que Jean-Baptiste donne à ceux qui viennent le consulter. Alors nous pouvons attendre dans la joie que le Christ vienne à notre rencontre et qu’Il nous accueille, comme nous sommes priés de l’accueillir et de le reconnaître. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe de minuit. Noël 2012 - Cathédrale Notre-Dame de Paris - lundi 24 décembre 2012
UNE NUIT DE LUMIERE.
(Lectures : Isaïe 9, 1-6 ; Tite 2,11-14 ; Luc 2, 1-14)
1. LA NUIT SUR LE MONDE.
La nuit de Bethléem voit se lever la lumière du soleil de justice, Celui qui dira de Lui-même : « Je suis la lumière du monde ». Celui qui naît dans l’obscurité de Bethléem, inconnu de tous, sauf de quelques bergers, vient pour illuminer la terre. Il accomplit ainsi la prophétie d’Isaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les habitants du pays de la mort, une lumière a resplendi. » C’est à Israël que fut envoyée en premier cette lumière dans la nuit. Mais la vocation d’Israël est de vivre l’Alliance avec Dieu comme un signe destiné à toutes les nations. C’est donc aussi sur la nuit du monde que se lève cette lumière. De quelque façon, la nuit de Bethléem est le signe des ténèbres dans lesquelles se débat l’humanité jusqu’à la fin des temps. Elle est le signe de notre nuit en ce jour de 2012. Elle rassemble dans ses ténèbres toutes les misères de l’humanité et toutes les expériences du pays de la mort.
Il serait trop long et fastidieux de dresser la liste des malheurs des hommes. Ils sont présents chaque jour par les informations qui nous font proches des grands événements. Mais comment oublier ce soir les peuples massacrés et dispersés par les guerres qui ensanglantent le globe ? Comment oublier nos frères chrétiens d’Orient, soumis à des pressions diverses et, parfois, à la persécution ouverte ? Comment oublier les « laissés pour compte » de notre société, premières victimes de la crise économique, qui vivent d’expédients, refoulés sur les marges des rendements financiers ? Comment oublier enfin dans cette nuit où la sainte famille ne trouve pas de place dans la salle commune de l’auberge, les immigrés qui errent à travers nos pays opulents sans trouver de place dans nos nations, nos entreprises et nos foyers, nos esprits et nos cœurs ?
Non, la nuit n’est pas seulement symbolique, elle est bien réelle. L’humanité vit bien dans le pays de la mort, même si elle essaye de l’oublier.
2. LA PORTE DE LA FOI.
Le Pape nous a invités à vivre une année de la foi, à franchir ensemble la porte de la foi, comme nous l’avons fait symboliquement à l’instant en entrant dans la cathédrale. C’est le Christ qui est Lui-même la porte (comme il nous le dit dans l’évangile de saint Jean), la porte par laquelle nous accédons à la victoire de l’amour sur l’indifférence, à la victoire de la vie sur la mort.
La porte ouverte est la brèche par laquelle le Sauveur entre dans notre monde et, avec lui le salut vient briser le cycle clos de la fatalité. Désormais, l’homme n’est plus abandonné au pouvoir de la mort, l’homme ne peut plus être négligé, il est devenu un être précieux puisque Dieu l’a aimé au point de prendre chair pour le sauver. Aucun homme ne peut plus être abandonné au bord du chemin, car tout homme est appelé à entrer dans la vie de Dieu et à être reconnu comme un frère, puisque Jésus s’est fait son frère.
C’est une espérance extraordinaire qui vient crever la chape de plomb des malheurs humains, « le joug qui pesait sur nos épaules ». Nous ne serons jamais plus des condamnés en sursis, nous sommes devenus des « sauvés » en puissance, des vivants, des bienheureux. Si nous n’étions pas habités par cette certitude que l’amour puissant et miséricordieux du Père prend lui-même en main notre avenir en Jésus, comment pourrions-nous nous réjouir et faire la fête ? Quel goût d’amertume sur nos lèvres si nos banquets et nos friandises n’étaient qu’un ersatz de joie pour nous faire oublier la réalité ! Quels lendemains pâteux et tristes, si nous ne pouvions croire au signe qui nous est donné : « un nouveau-né emmailloté dans une mangeoire » !
3. LA PUISSANCE DE L’ENFANT.
Nous sommes ici au cœur même du mystère de l’Incarnation. Notre foi, c’est de reconnaître la puissance de Dieu, révélée en son Messie, dans la faiblesse de cet enfant nouveau-né. En Israël, soumis aux Romains, beaucoup rêvaient d’un messie de gloire qui viendrait avec la toute-puissance divine balayer les ennemis d’Israël. Ils attendaient que Dieu sauve son peuple à mains fortes et à bras étendus. Ils n’imaginaient pas que Dieu nous aime au point de vouloir nous sauver en respectant et en sollicitant notre liberté et notre conversion.
Le Messie, dont témoignent les évangiles, n’est pas une star ou un puissant de ce monde, c’est un enfant emmailloté dans une mangeoire. À qui ce signe peut-il parler ? Sans doute pas aux esprits en quête d’un « nouvel âge » de la religion, séduits par le goût des spiritualités indéfinies qui flattent nos bons sentiments sans jamais demander que notre liberté soit sollicitée ni que nous changions de vie. Finalement ils aiment mieux un Jésus superstar, Robin des Bois de la religion qu’un véritable envoyé de Dieu, Dieu lui-même fait homme.
Ce nouveau-né peut-il parler à nos esprits façonnés par une culture qui a peur des enfants. Une naissance peut-elle être une bonne nouvelle quand l’attente d’un enfant est devenue une hantise identifiée à une catastrophe grave dont on doit se prémunir par tous les moyens et se débarrasser quand ce malheur n’a pu être évité ? Ce nouveau-né peut-il être vraiment accueilli par une culture qui transforme les enfants en bien de consommation au service des désirs des adultes ?
Pour reconnaître le signe de l’enfant nouveau-né, nous devons nous convertir. Non seulement abandonner nos fantasmes sur un salut magique qui nous éviterait toute responsabilité, mais encore changer notre regard sur la vie telle que nous la recevons et que nous devons en assumer la responsabilité.
4. LE SEUIL DE L’ANNÉE DE LA FOI.
La porte ouverte devant nous est le chemin par lequel le Christ entre dans notre monde et vient y apporter le salut. Elle est aussi le chemin que nous sommes invités à prendre pour le suivre. Par cette célébration solennelle de la Nativité, nous entrons dans une année de la foi, une année de conversion. C’est un temps de joie exceptionnelle, un temps où une nouvelle chance nous est donnée de laisser derrière nous nos pratiques mauvaises et devenir vraiment, comme nous y invitait saint Paul tout à l’heure, « un peuple ardent à faire le bien ». Cette année s’ouvre devant nous comme le chemin d’un renouveau de notre vie chrétienne.
Nous pouvons vraiment faire la fête et nous réjouir, malgré les malheurs des temps, si nous sommes prêts à changer nos manières de vivre et à nous laisser conduire par ce nouveau-né. Nous pouvons vivre dans l’allégresse, si nous acceptons qu’il bouscule notre vie et nous fasse réviser l’échelle de nos valeurs. Nous pouvons sortir de la crainte et entrer dans la véritable espérance, si nous sommes prêts à prendre notre part du combat pour la justice et la vérité.
Le message d’espérance de ce soir, c’est que ce chemin est ouvert à tout homme et à toute femme, quels que soient son âge, son passé, ses faiblesses, ses échecs ou ses réussites, sa tristesse ou son désespoir. Tous et chacun peuvent changer de vie et devenir vraiment ce « peuple de Dieu purifié » qui devient témoin du salut, qui annonce à tous : Aujourd’hui vous est né un Sauveur !
+ André cardinal Vingt-TROIS, archevêque de Paris
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe du jour de Noël 2012 - Cathédrale Notre-Dame de Paris - mardi 25 décembre 2012
Depuis les débuts de l’humanité, à travers tous les âges et tous les pays, les hommes ont été confrontés à l’énigme de Dieu et ils ont cherché la réponse à cette énigme. La grande difficulté a toujours été de tenir ensemble deux impératifs incontournables. Premièrement, ne pas réduire Dieu à nos imaginations sur lui ; ne pas se fabriquer un Dieu à l’image de l’homme, sinon il n’est plus Dieu. Dieu n’est vraiment Dieu que s’il est le « Tout-Autre ». Deuxièmement, comment communiquer avec ce « Tout-Autre » ? Car, s’il n’y a aucune communication avec lui, alors son existence ou son inexistence ne nous intéresse pas.
Dans notre culture moderne occidentale sécularisée, on a pensé surmonter ces difficultés en déclarant que Dieu ne nous est plus utile. Les progrès des sciences et des technologies modernes ont fait reculer ce que les anciens semblaient attribuer au mystère divin. Le monde est devenu indépendant et n’as plus besoin de Dieu pour être compris. Mais, alors, si cette conviction correspondait pleinement à la réalité, comment expliquer qu’elle ne soit pas universellement reconnue ? Comment oser sous-entendre que les autres cultures, qui ont gardé leur questionnement sur Dieu et tentent d’y répondre, seraient des sous-cultures ou des civilisations mineures ? Et encore, comment expliquer que notre homme occidental, prétendument délivré de Dieu, se rue sur toutes sortes de superstitions ou compense son angoisse de vivre par la consommation des neuroleptiques ? Lui resterait-il une question non résolue ?
La foi des juifs s’est construite sur une certitude : Dieu n’est pas comme nous, d’aucune façon, et, en même temps il s’occupe de l’humanité qu’il a appelée à la vie. Il fait alliance avec lui. Il intervient dans son histoire et il lui envoie des messagers pour lui transmettre sa Parole. Ces « messagers de la Bonne Nouvelle » se sont exprimés sous des « formes fragmentaires et variées », comme nous le dit l’épître aux Hébreux, et leurs messages ont été soumis aux risques des interprétations diverses ou même rejetés. La foi des chrétiens, sans renoncer à la différence entre Dieu et les hommes, reçoit la naissance de Jésus, comme un accomplissement des expressions précédentes. En lui, c’est le Verbe de Dieu lui-même qui prend chair dans notre condition et notre histoire humaines. « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique. » (Jn. 1, 14).
La venue du Verbe de Dieu dans notre chair, son incarnation, est l’accomplissement de la promesse de Dieu : « d’un bout de la terre à l’autre, les nations verront le salut de notre Dieu. » (Isaïe 52, 10). C’est la source d’une espérance extraordinaire : l’humanité n’est pas enfermée dans une fatalité sans recours : Dieu a visité son peuple, il a établi sa demeure parmi nous. Cette certitude de la visite et de la présence de Dieu, est une grande cause de joie, comme nous le rappelait le récit de saint Luc à propos des bergers dans la nuit de Bethléem. Mais ces bergers sont les premiers d’une multitude d’hommes et de femmes qui reconnaissent aujourd’hui dans la naissance de Jésus de Nazareth un chemin de salut, de justice et de paix.
Aujourd’hui encore, en célébrant la naissance du Christ, nous sommes saisis par la joie et l’espérance. Nous voyons d’un regard renouvelé chacune de nos existences et la réalité du monde. Rien de ce qui est en ce monde, qui a été voulu et fait par Lui ; rien de ce qui fait le tissu de l’histoire des nations et de chacune de nos existences, rien, ni la vie, ni la mort, ni aucune de nos joies et de nos peines, aucune de nos espérances et de nos déceptions, aucune de nos attentes et aucun de nos efforts, rien ne peut demeurer étranger au Christ qui a voulu devenir l’un des nôtres et qui l’est devenu en effet. Là où la méconnaissance de Dieu engendre inquiétude et désillusion, la reconnaissance de l’incarnation du Fils unique de Dieu apporte sérénité et consolation.
Tous n’ont pas la chance et la grâce d’être associés à cette joie et à cette espérance. Mais nous, frères très chers, il nous a été donné d’être introduits avec Marie, Joseph et les bergers dans la sainte nuit de la Nativité. Nous savons, de science sûre, que l’homme n’est pas abandonné à ses démons et à la mort, mais qu’il est appelé à la vie et la plénitude de la joie. Cette certitude ne nous protège d’aucune des difficultés de la vie, d’aucune épreuve. Comme tous les autres, nous sommes touchés par la maladie et la mort ; comme tous les autres, nous connaissons l’adversité ou la trahison ; comme tous les autres, nous supportons les conséquences des événements nationaux ou internationaux, les effets de la crise économique, bref, rien ne nous est épargné.
Si nous ne perdons ni la sérénité, ni la constance, ni l’espérance, ni la joie, ce n’est pas par inconscience ou insensibilité ou par une force personnelle particulière. Notre force, notre paix et notre joie, c’est la personne de Jésus, Fils unique de Dieu, né de la Vierge Marie, notre Seigneur et notre Frère. En cette année de la foi, à laquelle nous a invités le Pape Benoît XVI, nous sommes appelés à renouveler notre attachement à Jésus de Nazareth, lui qui a rendu visible aux yeux des hommes la présence du Dieu invisible.
Que votre communion au Christ soit votre force et votre joie.
+ André cardinal Vingt-TROIS, archevêque de Paris
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Épiphanie du Seigneur - Messe pour les donateurs et légataires du diocèse de Paris - Dimanche 6 janvier 2013 - cathédrale Notre-Dame de Paris
La visite des mages, leur hommage rendu au Christ est le signe que la promesse faite par Dieu à Israël s’ouvre à l’humanité entière. Les mages sont aussi les représentants de tous ceux qui cherchent des solutions aux questions fondamentales de l’existence. C’est un lieu de rencontre du Christ.
Frères et Sœurs,
Qu’il y a-t-il donc de nouveau que Dieu fasse connaître ? Quel est ce mystère qui n’a pas été révélé aux générations passées et l’a été par l’Esprit Saint aux apôtres et aux prophètes ? Dans la nuit de Bethléem, l’Ange avait convoqué les bergers pour qu’ils viennent reconnaître le Messie, le Sauveur. Celui qui est arrivé comme le Messie et le Sauveur répondait à la promesse que Dieu avait faite à son peuple. D’une certaine façon, au cœur de la nuit de Bethléem, c’est l’accomplissement de la longue tradition de l’attente du Messie qui est accomplie et satisfaite.
Les mages qui viennent d’Orient ne s’inscrivent pas dans cette tradition. Ils ne sont pas guidés vers Bethléem par un ange, ils n’ont pas la promesse faite à Abraham et transmise à travers les générations d’Israël. Ils viennent de la sagesse païenne. Plus cultivés que d’autres, plus entraînés à scruter les signes, ils ont cherché, ils se sont interrogés. Peut-être désireux de recevoir une réponse à leur veille et à leurs attentes, ils se sont mis en route sur la foi de cette étoile. En tout cas, ils ne viennent pas reconnaître le messie comme les juifs pouvaient le reconnaître, et d’ailleurs ils demandent où est né le roi des Juifs. Dans leur démarche, il faut noter que l’évangile de saint Matthieu nous montre qu’ils passent par Jérusalem, précisément parce qu’ils cherchent le roi des Juifs. Ils ont recourt à la connaissance des Écritures qu’ils n’ont pas eux-mêmes, ils espèrent trouver des traces dans la capitale du peuple Juif. Cette sagesse païenne qui chemine depuis de longues distances, et aussi de longs siècles, passe elle aussi par une rencontre avec la tradition juive pour savoir où est le Messie.
La nouveauté, c’est que par la visite de ces hommes, par l’hommage qu’ils rendent au Christ, la promesse faite par Dieu à Israël s’ouvre à l’humanité entière. Et la tradition chrétienne a reconnu à travers eux les représentants de toutes les nations qui viennent pour adorer le Messie. Nous comprenons évidemment que cette avant-garde des païens venus à la rencontre du Roi des Juifs a quelque chose de très prophétique. Tout n’est pas accompli, mais le signe est donné : l’enfant qui est né dans la nuit de Bethléem n’est pas venu seulement pour accomplir la promesse faite à Israël, il est venu pour sauver l’humanité toute entière. Quand Paul évoque ce mystère qui était resté caché jusqu’aux générations présentes, il l’évoque comme un don de l’Esprit et donc aussi comme une mission. À travers ces hommes, nous discernons tous ceux et toutes celles qui traversent leur existence habités par des questions qui dépassent le quotidien : le sens de la vie, le sens de la mort, le sens des relations humaines, bref tous ceux qui ne se sont pas laissés enfermer dans le conditionnement quotidien mais qui ont accepté que leur cœur soit provoqué par des questions qui les dérangent.
Dans notre société, beaucoup d’hommes et de femmes portent ces questions d’une façon plus ou moins claire, plus ou moins explicite, ou plus ou moins enfouie. Parfois, elles font irruption à l’occasion d’un événement extraordinaire, d’un accident, d’un drame. Parfois, elles restent sourdes, enfouies, mais nous n’avons pas encore réussi à arracher du cœur de l’homme l’inquiétude, l’inquiétude profonde sur ce qu’il doit devenir.
La grâce qui nous est faite dans le Christ, c’est de découvrir qu’à travers ces questions que tous les hommes partagent, nous avons un élément de réponse à apporter, ou en tout cas nous pouvons aider nos contemporains à affronter ces questions et à chercher la solution. Oui, même à notre insu, comme les scribes autour d’Hérode qui vont donner la réponse aux Mages, tandis qu’Hérode va chercher de son côté à éliminer cette réponse, nous pouvons servir de point de repère et d’éclairage. Si nous sommes fidèles à la Parole du Christ, nous pouvons ouvrir devant nos contemporains l’espérance qu’un chemin existe et mène jusqu’à Lui.
C’est notre mission propre en ce temps d’être les témoins de cette voie par laquelle le Christ pénètre l’humanité, de ce chemin dans lequel il appelle les hommes à le suivre, de cette lumière qui éclaire la nuit de l’humanité.
Frères et sœurs, rendons grâce à Dieu qui nous associe à cette manifestation universelle de la Promesse. Rendons grâce à Dieu qui fait de nous des témoins, pour que tous les hommes de tous temps et de tous pays puissent connaître que Jésus est le Seigneur. Amen
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois – Baptême du Seigneur – Année C - Dimanche 13 janvier 2013
Le baptême de Jésus est la première manifestation de la divinité du Fils de Dieu. En priant son Père, il nous révèle que notre prière nous met aussi dans l’attitude de fils de Dieu. Le baptême, avec la Parole du Père et le signe de l’Esprit, n’est pas pour Jésus le moyen de prendre conscience de sa divinité, mais de rendre cette réalité publique. La visibilité de notre propre baptême est manifestée par notre vie dans l’Eglise.
Frères et Sœurs,
Le baptême de Jésus, que nous commémorons aujourd’hui, clôt d’une certaine façon le cycle de la manifestation du Verbe de Dieu dans notre chair dont nous avons commencé la célébration avec la fête de la Nativité. Dans la nuit de Bethléem, les anges ont désigné l’enfant nouveau-né, en appelant les bergers à venir l’adorer comme le Sauveur annoncé à Israël. Les Mages, dont nous avons fait mémoire dimanche dernier pour l’Épiphanie, venaient à la recherche du roi d’Israël, et c’est à lui qu’ils ont apporté leurs présents dans la grotte de Bethléem.
Avec le baptême du Christ, c’est une nouvelle caractéristique de la personne de Jésus qui nous est présentée et manifestée par l’événement lui-même : il est le Fils de Dieu. Il n’est pas seulement envoyé pour être le Sauveur, il n’est pas seulement un nouveau roi d’Israël, il est celui que Dieu a engendré comme son Fils bien-aimé, égal à lui-même, Dieu - Fils de Dieu. Et cette identité de Fils de Dieu est annoncée et manifestée publiquement à travers le baptême de Jésus au moment où va commencer son ministère public, comme une sorte d’indication pour comprendre ce qui va se passer. La description que saint Luc nous fait du baptême de Jésus, attire l’attention sur des points très précis qui nous aident à comprendre aussi ce que veut dire être Fils de Dieu.
Saint Luc nous montre que Jésus était en prière après avoir été baptisé du baptême d’eau. Nous savons que dans l’évangile de saint Luc, à plusieurs reprises, l’évangéliste voudra nous montrer cette prière de Jésus comme lourde d’une relation, d’une communion entre Jésus et son Père. Il ne nous dit rien du contenu de cette prière, il ne nous dit rien de ce que pense Jésus, il n’en sait rien. Il nous dit simplement : il était en prière, « il priait » (Lc 3, 21). Lorsque les disciples vont demander à Jésus de leur apprendre à prier, il leur dira « quand vous priez, dites : Notre Père » (Lc 11, 2). Par conséquent, cette attitude de priant, de celui qui se tient devant Dieu, à la disposition de Dieu, qui s’ouvre à la volonté de Dieu est la marque caractéristique de l’attitude du Fils. Jésus est Fils de Dieu et il le montre en se tenant en prière devant son Père.
La deuxième caractéristique que l’évangile de Luc veut nous faire percevoir, c’est évidemment le Ciel qui s’ouvre : « Aussitôt le ciel s’ouvrit » (Lc 3, 22). Nous savons que dans la représentation que les lecteurs de l’évangile de Luc pouvaient se faire, le ciel c’est la voûte, c’est la frontière qui sépare le monde des hommes, notre monde, la terre, du monde de Dieu qui est dans les cieux : « Notre Père qui es aux cieux ». Cette ouverture du ciel rend possible une communication directe entre ce monde de Dieu, que nous ne connaissons pas, qui nous échappe, et notre monde, qui est le monde des hommes. Et cette communication directe va se manifester de façon visible sous la forme d’une colombe qui est le don de l’Esprit Saint fait au Christ. On se demande : qu’est-ce que cela change ? Est-ce que Jésus avait besoin d’être baptisé pour savoir qu’il était Fils de Dieu ? N’était-il pas déjà Fils de Dieu, puisqu’engendré par l’Esprit ?
Nous devons avoir bien conscience que cet événement du baptême du Christ n’est pas inscrit dans l’Évangile pour nous faire croire que Jésus est devenu subitement Fils de Dieu. C’est au contraire pour nous aider à comprendre que cette identité de Fils de Dieu reçue par la conception de l’Esprit Saint dans la Vierge Marie, doit se manifester et être connue des hommes qui entourent le Christ. Il ne s’agit pas simplement que lui-même dans sa conscience personnelle soit convaincu alors qu’il est devant son Père en prière, comme nous le dit l’évangile de saint Luc, il faut encore que cette relation intime, tout-à-fait spéciale et unique entre le Père et le Fils, et rendue visible par la venue de l’Esprit Saint, puisse être reconnue par ceux auxquels le Christ s’adresse et auprès desquels il va exercer sa mission. Ainsi, le baptême du Christ n’est pas d’abord une manière de faire accéder Jésus à son identité de Fils de Dieu, c’est un moyen de rendre cette identité publique, visible, perceptible au peuple qui l’entoure.
Nous comprenons peut-être un peu mieux certaines difficultés que rencontrent les chrétiens à l’égard de leur propre baptême. Il arrive que des gens se demandent ce que cela change d’être baptisés puisque de toute façon ils sont déjà enfants de Dieu. Que nous soyons enfants de Dieu dans la vision que Dieu a de notre vie c’est une chose, mais que cette filiation divine prenne une forme visible par notre appartenance à l’Église, c’est tout-à-fait autre chose ! De même que le don de l’Esprit et la Parole qui viennent du Ciel désignent Jésus comme le Fils bien-aimé du Père à l’attention de tous ceux qui l’entourent, de tout ce peuple qui était dans l’attente, de même notre baptême dans l’eau et l’Esprit Saint fait éclore d’une façon visible ce qui était seulement en espérance dans notre existence. Dieu veut faire de nous ses enfants, et être enfants de Dieu, c’est participer à la vie de son Église. C’est pourquoi le baptême n’est pas simplement un acte privé que l’on peut réaliser discrètement sans que personne ne s’en occupe. Le baptême, c’est la manifestation visible de l’identité à laquelle nous sommes appelés à vivre dans la communion de l’Église, en témoins de l’Évangile. Cet Esprit que nous recevons doit inspirer toutes nos actions, comme l’Esprit qui repose sur Jésus va inspirer tout son ministère, aussi bien ses discours que ses miracles, ainsi que l’enseignement qu’il va donner à ses disciples. Tout ceci est marqué par ce don de l’Esprit qui le constitue comme le Fils de Dieu parmi les hommes.
Rendons grâce au Seigneur qui nous fait percevoir à travers cet événement de la vie de Jésus quelque chose qui est partie intégrante de notre propre vie. Quand nous découvrons que Dieu désigne Jésus comme son Fils, nous découvrons en même temps que nous sommes nous aussi désignés par Dieu comme ses enfants, que nous aussi nous avons reçu par le don de l’Esprit, la qualité d’enfants de Dieu et que nous sommes devenus membres de la famille de Dieu, c’est-à-dire membres de cette Église dont la mission est de rendre visible parmi les hommes l’Alliance entre Dieu et l’humanité, telle qu’elle est inspirée par l’amour trinitaire unissant le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Que le Seigneur nous donne d’accueillir ce don de l’Esprit et de renouveler en nous la vigueur de notre relation avec le Père. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.