Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à l’Université de Bar Ilan (Tel-Aviv) en Israël – 29e semaine temps ordinaire - Année C - Mardi 22 octobre 2013
Le Christ est la clef d’interprétation de l’histoire des hommes. Il est celui qui accomplit la promesse de l’alliance de Dieu avec Israël, puis avec l’humanité tout entière. L’histoire et le ministère du cardinal Lustiger s’inscrivent dans cette fresque.
Frères et Sœurs,
Le temps de pèlerinage que nous commençons aujourd’hui nous introduit très profondément dans la lecture et l’intelligence de l’épître aux Romains que nous venons d’entendre. Saint Paul nous entraîne à contempler la figure du Christ comme la clef d’interprétation, non seulement de l’histoire de l’humanité depuis l’origine jusqu’à son terme, mais de l’histoire spirituelle de cette humanité à partir du péché originel jusqu’à la justification dans la mort et la résurrection de Jésus, et encore, évidemment, dans le même mouvement, l’histoire de l’Alliance conclue avec le peuple élu et appelée à s’accomplir dans la l’Alliance nouvelle avec l’humanité tout entière. Ainsi, à partir de la figure d’Adam jusqu’à la figure du Christ, nous découvrons comme une sorte d’inclusion qui comprend toute l’histoire humaine, l’histoire du choix de la liberté humaine, l’histoire de l’élection d’Israël et de la venue du Christ accomplissant la promesse faite à Israël.
C’est dans ce cadre général que nous nous inscrivons, petits points modestes dans la fresque grandiose de l’histoire de l’Alliance, et c’est dans cette fresque générale que nous voulons vivre cette démarche sur les traces du cardinal Jean-Marie Lustiger par le mémorial que nous inaugurerons demain et qui inscrit, d’une façon physique et visible, perceptible aux yeux de tous, quelque chose de cette grande épopée de la volonté de Dieu : susciter la vie dans l’univers, et au cœur de cette vie, susciter une alliance d’amour qui s’accomplit à travers les choix de la liberté humaine.
C’est donc une action de grâce que nous construisons peu à peu par notre démarche, une action de grâce pour le signe qui nous a été donné à travers l’histoire personnelle et le ministère de Jean-Marie Lustiger, et une action de grâce pour la porte qui est ouverte devant nous, afin qu’à notre tour nous puissions entrer dans cette histoire d’Alliance et rejoindre profondément la réconciliation que Dieu veut accomplir avec l’humanité.
Nous portons dans notre prière toutes les générations qui, depuis l’origine, ont été les porteurs de cette promesse divine, et nous portons dans notre prière les générations auxquelles nous avons à livrer à notre tour la promesse de la justification et de la réconciliation, elles qui ont à devenir des témoins de la miséricorde de Dieu en ce monde, et des témoins de l’espérance.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à l’église paroissiale palestinienne de Beith Sahur (Bethléem) – Commémoration de l’annonce aux bergers
Avec l’avènement du Messie, Isaïe avait annoncé la disparition de toute forme de mal sur cette terre. Or nous constatons que le mal continue de sévir. Si Jésus est bien le Messie promis, c’est désormais à nous qu’incombe la responsabilité de travailler au Règne de Dieu, de donner des signes messianiques de paix.
Frères et Sœurs,
Les bergers, qui ont reçu dans la nuit de Bethléem le message des anges et qui se sont déplacés pour aller voir ce qui leur avait été annoncé, ont posé un acte de foi dans la lumière qu’ils avaient reçue.
Mais ce qui leur avait été annoncé, c’était l’avènement du Sauveur, c’était le fils de David promis, c’était le Messie. La naissance du Messie à Bethléem est une épreuve de la foi non seulement pour les bergers mais encore pour tous ceux qui attendaient l’accomplissement de la promesse de Dieu. Car ce que le prophète Isaïe avait annoncé sur la venue du Prince de la Paix, sur la disparition de tout mal sur sa terre et sur sa montagne, bref sur l’avènement d’un monde nouveau d’où seraient exclues et disparues la violence et la haine pour faire place à la paix et à la concorde, tout cela qui avait été annoncé comme l’œuvre du Messie à venir ne s’est pas accompli. Ni du temps de la vie de Jésus, ni après son ascension pendant le temps que nous vivons, les lions ne sont devenus végétariens, les hommes n’ont arrêté de se battre les uns contre les autres. Le mal continue de sévir contre l’humanité. L’épreuve de la foi n’est pas simplement l’épreuve qui consiste à reconnaître le Messie dans cet enfant nouveau-né couché dans une mangeoire, l’épreuve de la foi, c’est l’épreuve pour comprendre le sens des derniers temps que nous vivons depuis 2000 ans.
Comment pouvons-nous croire que Jésus est le Messie promis et venu, alors que les signes de la venue du Messie ne sont pas rassemblés ? Comment pouvons-nous croire en cette terre à la disparition de la violence, à l’avènement de la paix, alors que c’est toujours la haine et la guerre qui dominent les relations entre les hommes ? Et quel sens pouvons-nous donner à cette personnification des titres du Messie, si justement l’avènement du règne de Dieu n’est pas accompli ?
C’est la question qui est posée à notre propre foi, c’est la question du sens que l’on peut comprendre, donner et vivre à ce temps que nous vivons entre l’avènement du fils de Dieu dans la chair, dans la nuit de Bethléem, et la fin de l’histoire. Quel est le sens de ce temps où continue de sévir la mort ? Il faudra probablement plus que le message des anges pour nous convaincre d’aller voir si ce qu’il vient d’annoncer s’est bien réalisé, il faudra plus que le message des anges pour comprendre comment le Christ a pu annoncer l’avènement du Royaume, envoyer ses disciples annoncer cet avènement, et laisser se dérouler le temps de l’histoire avec la violence humaine.
Cela veut dire que croire dans cet enfant nouveau-né, trouvé dans une mangeoire, c’est en même temps reconnaître et accepter une mission pour le temps de l’histoire. Si Jésus est vraiment le Messie, si l’Esprit qu’il a envoyé sur ses disciples est vraiment l’Esprit de Dieu, si la mission qu’il leur a confiée vient vraiment du Père, alors c’est à nous de travailler à l’avènement du Règne de Dieu en ce monde, c’est à nous de donner des signes messianiques de la paix, c’est à nous de construire les conditions de la paix pour que l’annonce faite aux bergers soit authentique et que notre foi ne soit pas vaine.
C’est donc pour nous à la fois un moment de joie très intense que de venir sur les lieux où Jésus est né, où sa naissance a été annoncée aux bergers, où les pauvres se sont rassemblés autour de lui pour l’adorer, et un moment de grave responsabilité pour que cette annonce et l’événement qui y correspond ne soient pas simplement de l’ordre du conte de fée, mais de l’ordre de la réalité historique. C’est à nous, son Église en ce temps, que Dieu confie la mission de faire passer l’annonce de la Bonne nouvelle, d’un message illusoire à une réalité constatable. C’est notre mission à travers les siècles, c’est notre mission en ce temps. Nous sommes appelés à combattre de toutes nos forces et de tous les moyens dont nous disposons pour que le message annoncé aux bergers devienne, à travers les situations différentes des pays et des siècles, quelque chose de vrai, que les hommes puissent constater.
Nous savons que notre mission n’est pas achevée, que nous avons encore beaucoup à faire pour que cette réalité prenne chair de façon évidente.
Nous rendons grâce au Seigneur de ne pas nous laisser décourager par la violence, la haine, la mort et le mal, mais de nous appuyer sur ce que les berges ont vu et entendu, pour que nous aussi nous puissions garder ces événements dans nos cœurs, y appuyer notre foi et rendre témoignage.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe du 30e dimanche Temps Ordinaire - Année C
La parabole du pharisien et du publicain nous invite à éprouver les sentiments profonds de notre cœur dans la prière. Le chemin de la prière chrétienne passe par une véritable humilité : reconnaître que Dieu seul peut nous purifier de notre péché.
Frères et Sœurs,
Á mesure que nous avançons dans la lecture et la méditation de l’évangile de saint Luc, la liturgie nous propose des figures qui nous aident à mieux comprendre quel est le chemin dans lequel les disciples sont invités à s’avancer, les attitudes qui leur sont proposées pour leur permettre de progresser dans la voie de la sainteté. Dimanche dernier, avec la parabole de la vieille femme qui priait sans relâche, nous étions invités à mieux mesurer combien la prière était enracinée dans la foi, comme dans sa cause première, et était en même temps un signe de cette foi à travers la persévérance que nous étions conviés à mettre en œuvre.
Aujourd’hui, avec la figure du pharisien et du publicain, nous sommes invités à découvrir un autre aspect de l’attitude du disciple dans la prière. Il s’agit de savoir quel est le sentiment profond de notre cœur quand nous nous trouvons devant Dieu. Évidemment, nous ne pouvons pas rester dans une interprétation trop superficielle de cette parabole, comme s’il nous suffisait d’affecter l’attitude du publicain pour devenir un vrai disciple, car alors nous ne ferions que rejoindre hypocritement les rangs des pharisiens en adoptant une attitude de pécheur sans en avoir réellement éprouvé la profondeur. On peut jouer au publicain et se glorifier devant Dieu d’être moins orgueilleux que les autres. Ce n’est évidemment pas ce que le Seigneur nous invite à vivre quand il met en scène ces deux attitudes. Que veut-il nous faire découvrir sinon quelque chose qui est une tentation permanente de notre manière de nous situer devant Dieu ? Il existe un risque de chercher quel mérite nous pourrions mettre en avant pour que Dieu nous exauce. Nous pouvons nous présenter devant Dieu avec l’illusion que nous avons quelque chose à mettre sous ses yeux pour justifier qu’il exauce notre prière. C’est ce que fait le pharisien : il rend grâce à Dieu de ce qu’il n’est pas comme les autres hommes. Nous n’avons pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour comprendre quel est le regard que ce pharisien porte sur les autres hommes. Il nous suffit de nous surprendre nous-mêmes dans une attitude de jugement, de mépris et de condamnation.
Vous seriez sans doute surpris de savoir combien je reçois de lettres de gens qui s’estiment justes, et qui dénoncent devant moi le péché des autres. Cela n’est pas une surprise, c’est une tentation bien humaine de voir ce qui ne va pas chez les autres comme pour excuser ce qui ne va pas chez nous. Dans l’évangile, vous vous rappelez l’histoire de la paille et de la poutre. Cette attitude que le Christ désigne comme une attitude inappropriée, injuste et fausse, nous savons qu’elle est toujours prête à se mettre en œuvre, même à notre insu. En nous présentant cette figure du pharisien, le Christ nous invite à la vigilance sur nous-mêmes, à être attentifs à repérer la tentation qui nous guette de dénoncer le mal chez les autres, d’accuser les autres sans voir que nous-mêmes nous sommes pécheurs.
L’attitude du publicain n’est pas une attitude construite. Il ne joue pas à être pauvre et pécheur devant Dieu, il sait qu’il est pauvre et pécheur, et s’il avait tendance à l’oublier, le comportement des autres à son égard suffirait à le lui rappeler. On a reproché au Christ de prendre ses repas avec les publicains et les pécheurs, car pour préserver la pureté rituelle, les juifs devaient éviter de fréquenter les hommes impurs. Quand nous venons devant Dieu, il ne s’agit donc pas de nous construire une statue de pénitent, mais de faire retour sur nous-mêmes et de prendre bien conscience de ce que nous sommes réellement. C’est pourquoi chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, nous sommes invités à nous reconnaître pécheurs, non pas comme une formalité, mais comme une réalité, et nous supplions Dieu qu’il nous délivre de notre péché. Au moment de communier au Corps du Christ, nous renouvelons cette démarche : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres dans ma maison, mais dit seulement une parole et je serai guéri ». Nous sommes invités à approcher de Dieu en ouvrant les yeux sur ce que nous sommes, sur ce que nous vivons, avec la conviction que la délivrance ne peut pas venir simplement de notre bonne volonté, de nos bonnes intentions ou de nos bonnes résolutions, comme s’il s’agissait d’une décision simplement morale. Notre délivrance ne peut venir que de Dieu car c’est lui qui nous a rachetés de notre péché, c’est lui qui peut nous accueillir dans sa justice.
C’est pourquoi dans la tradition chrétienne, cette prière du publicain a été si souvent reprise, en particulier dans la tradition des pèlerins russes qui parcouraient les grands espaces de la Russie, en répétant cette phrase : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » (Lc 18, 13). Et si nous avons parfois des difficultés à prier, si nous avons parfois des hésitations sur la manière de prier, sur le contenu de la prière, s’il nous semble que nous sommes à cours d’idée, ou que nous sommes distraits, ou que nous avons tendance à penser à autre chose, il n’est pas très difficile de nous remettre dans la réalité en reprenant cette parole du publicain : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! ». Et cette prière du pauvre, cette prière du pécheur, cette prière de celui pour qui s’adresser à Dieu n’est pas une sorte de faveur qu’il lui fait, est vraiment vitale : je ne peux pas vivre si Dieu ne me fait pas vivre. Je ne peux pas surmonter les pulsions de mort, de haine, de violence, de mépris qui habitent mon cœur si Dieu ne prend pas lui-même la peine de les enlever, de les arracher, de m’en délivrer. Prier, avec humilité, s’abaisser devant Dieu pour être élevé, c’est le chemin de la prière chrétienne.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe de la Toussaint au Sacré-Coeur de Montmartre
Les béatitudes prononcées par le Christ sont souvent reçues comme paroles utopiques ou comme un jugement moral. Elles sont en réalité des paroles prophétiques et des bénédictions : avec le Christ quelque chose qui reste encore caché, est déjà à l’œuvre en ce monde pour travailler à l’avènement du Royaume à travers l’histoire des hommes.
Frères et Sœurs,
Quand nous entendons proclamer les Béatitudes, nous pouvons difficilement éviter d’éprouver un certain malaise, en tout cas, de mesurer sans grande difficulté un décalage très fort entre ce que Jésus annonce comme le bonheur de l’homme et ce que nous, humains, nous estimons être nécessaire à notre bonheur. Ni la pauvreté, ni la douceur, ni les larmes, ni la faim et la soif de la justice, ni la miséricorde, ni la pureté de cœur, ni la construction de la paix, ni a fortiori les persécutions, rien de cela ne promet selon les critères habituels, un chemin de bonheur. Les hommes ne désirent pas cela. Aussi avons-nous tendance à écouter ces béatitudes comme une sorte d’utopie, c’est-à-dire quelque chose qui est peut-être vrai dans d’autres lieux, mais pas chez nous ! Mais dans quels lieux ? Est-ce que ce sera dans des lieux de l’histoire humaine, dans des lieux de la terre humaine ou dans un lieu complètement hors de portée, complètement idéalisé, complètement virtuel ? Ou bien peut-être les entendons-nous comme une sorte de jugement moral porté sur ce qui nous habite, sur les désirs qui suscitent le dynamisme de l’activité humaine et qui sont forcément jugés gravement par ces paroles ?
Tant d’hommes et de femmes font des sacrifices considérables, mais dans quel but ? Pour obtenir quoi ? Pour trouver quel chemin de bonheur ? Cette difficulté, ce malaise que nous éprouvons en entendant la proclamation des Béatitudes doivent nous alerter comme la fièvre nous sert à deviner que quelque chose ne va pas dans notre organisme, comme la douleur révèle une cause inconnue. Ce malaise est révélateur de notre difficulté à recevoir cette parole du Christ pour ce qu’elle est, c’est-à-dire non pas un jugement porté sur le monde, une condamnation de tous les désirs humains, mais une prophétie et une bénédiction, c’est-à-dire la proclamation de quelque chose de neuf en train de surgir dans l’humanité, l’annonce d’un nouveau chemin de bonheur, l’appel à chercher autrement la réalisation de nos désirs. Cette prophétie et cette bénédiction ne sont pas destinées à nous condamner et à nous enfermer dans l’égoïsme de nos recherches spontanées, mais plutôt à nous secouer et à nous éveiller pour orienter notre cœur vers d’autres biens que ceux auxquels nous sommes accoutumés.
Il ne s’agit donc pas d’une parole de condamnation, pas plus que la venue du Christ en ce monde n’a été une condamnation du monde. La venue du Christ en ce monde est la promesse et l’accomplissement du Salut. La prophétie et la bénédiction qu’il prononce sur l’humanité est la promesse et l’accomplissement de quelque chose qui reste encore caché, imperceptible à nos yeux. Cette parole n’est pas une parole de désespoir, elle est une parole d’espérance. L’espérance que le Christ met en œuvre en prononçant cette parole, c’est le crédit qu’il fait à la liberté et à l’intelligence humaines de découvrir à travers son message, à travers sa vie, à travers sa mort et sa résurrection, qu’un nouveau chemin est en train de se tracer à travers l’histoire des hommes et que ce chemin, c’est celui de l’avènement du Royaume.
Le crédit que Jésus fait à l’humanité, c’est de croire que nous serons capables un jour, à mesure que nos yeux s’ouvriront, que nos cœurs se transformeront, que nos désirs se purifieront, de trouver notre joie dans ce qui, jusqu’à aujourd’hui faisait notre crainte, pour ne pas dire de ce qui représentait pour nous une horreur. Ce chemin de liberté, d’épanouissement et d’accomplissement des virtualités de l’humanité demeure largement mystérieux, non pas parce que Dieu voudrait nous le cacher, mais parce qu’il fait partie de l’histoire humaine de porter cette espérance d’une façon encore mystérieuse. Nous portons la certitude de la miséricorde de Dieu, nous portons la certitude du pardon que Dieu veut offrir aux hommes, mais nous portons cela dans les inquiétudes, les questionnements, les incertitudes de toute liberté humaine.
Oui, nous croyons, parce que le Christ nous l’a dit, et parce qu’il est venu le vivre parmi nous. Nous croyons que, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous sommes ne paraît pas encore clairement. Nous sommes enfants de Dieu mais cette filiation divine, cette relation tout à fait exceptionnelle instituée entre Dieu et l’humanité à travers la personne de Jésus n’apparaîtra pleinement qu’à la fin des temps et c’est pourquoi son annonce est une espérance. Elle donne sens au temps que nous vivons. Nous vivons cette filiation divine dans le combat quotidien de la liberté, parce qu’en même temps que nous souhaitons être reconnus comme des enfants de Dieu et vivre en enfants de Dieu, nous sommes sollicités par le désir de nous conformer aux mœurs des sociétés qui nous entourent, nous sommes sollicités pour ne pas reconnaître que tout être humain sur cette terre est un enfant de Dieu appelé à la plénitude de la filiation.
Comment échapper à la question que nous voyons souvent revenir dans l’Évangile : est-ce que beaucoup seront sauvés ? Est-ce que beaucoup seront fidèles à cette espérance que le Christ leur a donnée ? Est-ce que beaucoup resteront accrochés à la bénédiction que le Christ leur a apportée ? Est-ce que beaucoup feront ce chemin progressivement pour trouver leur joie dans ce que tout le monde reconnaît comme une source de malheur ? Nous ne le savons pas ! Mais la vision de l’Apocalypse nous fait reposer cette question, non pas en terme de sélection où il s’agirait de mesurer les mérites des hommes et de nous apercevoir qu’il y a très peu d’hommes et de femmes qui méritent réellement cette sainteté, mais au contraire en nous faisant apparaître la plénitude incommensurable de la miséricorde de Dieu qui appelle une foule d’hommes et de femmes que l’on ne peut dénombrer, parce que c’est la richesse extraordinaire de sa miséricorde qui les reçoit comme des saints.
Aujourd’hui où nous célébrons cette fête de la Toussaint, en vénérant les reliques de sainte Thérèse-de-l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, nous devons garder présent à l’esprit la ligne spirituelle par laquelle sainte Thérèse, à partir d’une vision très morale de la suite du Christ, a progressivement accédé à une vision surnaturelle parce qu’elle a découvert que ce que Dieu aimait en elle, cela n’était pas ce qui lui faisait défaut, mais c’était ce qu’elle était, c’est-à-dire une petite enfant qui s’en remettait pleinement à l’amour de son père. Et c’est ainsi qu’elle a découvert que pour elle, le chemin de sa vocation, sa vocation propre, c’était l’amour.
Prions-la, demandons-lui d’intercéder pour nous, comme nous demandons à tous les saints qui nous ont précédés, de nous aider peu à peu à reconnaître la puissance du pardon de Dieu à l’œuvre et à nous faire trouver notre joie et notre bonheur dans le partage que nous vivons de la mission du Christ jusque dans sa souffrance, dans sa mort et dans sa résurrection.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St Marcel pour la fête patronale et bénédiction de la statue de Jésus bon Pasteur - 33e dimanche du temps ordinaire - Année C
Au terme de l’année liturgique et de l’Année de la foi, l’évangile de Luc nous invite à regarder le découlement das événements du monde, non comme une succession de faits chaotiques, mais comme l’accomplissement de ce que Dieu veut accomplir avec nous.
Frères et Sœurs,
La fin de l’Année de la Foi coïncide, et c’est ainsi que Benoît XVI avait voulu en fixer les bornes, avec la fin de l’année liturgique puisque dimanche prochain sera le dernier dimanche avant que nous entrions dans l’avent. Cette fin de l’année liturgique, comme tout le déroulement du cycle liturgique qui nous conduit à parcourir les différentes étapes de la vie du Christ et le déploiement du mystère du salut, oriente notre regard vers la fin des temps. C’est pourquoi nous avons entendu cette lecture de l’évangile de saint Luc sur les temps du retour du Christ, sur les derniers temps. Évidemment, comme vous l’entendez régulièrement en écoutant les radios ou les télévisions, ou que vous lisez un certain nombre de livres, les hommes sont toujours curieux et préoccupés de savoir ce qu’il va se passer, et surtout quand cela va se passer.
Justement, dans l’évangile, le Christ nous explique qu’il n’y a ni jour ni lieu à connaître car ce qu’il va se passer est déjà commencé : c’est ce qu’il se passe dans l’histoire des hommes ! On peut imaginer, comme les prophètes l’avaient annoncé, que la fin des temps sera précédée par des événements extraordinaires, mais si nous regardons et si nous réfléchissons sur ce que nous vivons, nous nous apercevons que ces événements extraordinaires, nous les avons déjà, nous pouvons déjà les identifier. « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume » (Lc 21, 10), nous voyons bien à travers les siècles, que ce soit dans le siècle écoulé vécu en Europe, et aujourd’hui encore dans d’autres parties du monde, se dresser les nations contre les nations, les royaumes contre les royaumes, et cette hostilité, cette violence entre les peuples se traduisent par la cruauté de la guerre. Aujourd’hui le Président de la République commence un voyage officiel en Israël. Depuis 1948, c’est-à-dire plus de 60 ans, cette région est en guerre ! « Il y aura de grands tremblements de terre » (Lc 21, 11), il y a régulièrement non seulement des tremblements de terre mais des phénomènes naturels qui dévastent des régions entières comme cela vient d’être le cas aux Philippines, comme c’est le cas chaque année quelque part. Tous les ans, il y a des typhons, des ouragans, des tremblements de terre, quelques fois des éruptions volcaniques. « Des épidémies de peste et des famines » (Lc 21, 11), nous savons qu’il y a une proportion importante de la population humaine qui vit sans le seuil minimal de nourriture pour survivre. La famine n’est pas quelque chose du passé comme c’est le cas en Europe, mais c’est quelque chose très présent à travers le monde. « Des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel » (Lc 21, 11)
Ces événements extraordinaires ne sont pas simplement des événements de la fin des temps ! Ou alors il faut dire que la fin des temps est commencée, que nous sommes entrés dans cette période où la manifestation du Christ dans sa gloire se réalise, et nous en avons des signes annonciateurs ! Aussi quand les disciples demandent à Jésus « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » (Lc 21, 7) nous voyons les signes que c’est en train de se réaliser. Mais cela ne se réalise pas en une heure, en un jour, en une année ! C’est une réalisation, un accomplissement qui se déploient à travers l’histoire des hommes, et la question pour nous, c’est évidemment de savoir comment nous comprenons ces événements, ces faits terrifiants, ces événements extraordinaires qui bouleversent la vie des hommes et qui plongent beaucoup dans le malheur. On peut les interpréter simplement comme une sorte de fatalité : il y a toujours du mal à l’œuvre dans le monde. Mais on peut les interpréter aussi comme le signe que quelque chose est en train de se produire, quelque chose est en train d’advenir, que nous ne voyons pas encore, que nous ne sommes pas capables de dater, de situer dans le temps et l’espace mais quelque chose est en train de se réaliser : la venue du Christ dans sa gloire.
Si nous regardons les événements qui surviennent dans le monde à la lumière de cet acte de foi, il nous faut considérer aussi les événements qui surviennent dans notre vie à la lumière de cette foi dans le retour du Christ. Il nous faut comprendre qu’à travers ce qui nous arrive, d’heureux ou de malheureux, de bénéfique ou de maléfique -dans chaque vie il arrive des événements imprévus, insoupçonnés, imprévisibles, de joie ou de peine, des événements qui apportent la vie, comme la naissance d’un enfant, ou des événements qui apportent la mort, comme le décès de quelqu’un-, ce n’est pas simplement un accident qui survient dans notre vie, c’est un signe qui fait partie de ces faits surprenants exprimant pour celui qui croit, le retour du Christ. Nous sommes donc invités à vivre les événements de notre vie, de notre pays, de la vie du monde, non pas dans la crainte et la terreur, nous n’avons « pas à nous soucier de notre défense » (Lc 21, 14), comme nous dit le Christ, mais dans la persévérance, non pas la persévérance par ignorance, la persévérance parce que l’on ne comprendrait pas ce qu’il se passe, mais la persévérance de la foi, c’est-à-dire la certitude que Dieu n’abandonne pas les hommes et qu’à travers ces événements il trace un chemin qui nous apportera, comme le disait le prophète Malachie « la guérison dans son rayonnement » (MI 3, 20).
C’est cette guérison que Dieu est en train d’accomplir à travers l’histoire, c’est cette guérison à laquelle il nous demande de participer, c’est cette guérison en laquelle nous croyons, qui nous permet de vivre à travers les événements de notre existence, non pas dans la crainte et le tremblement, mais dans la confiance et la sérénité parce que nous savons que Dieu ne laissera tomber aucun cheveu de notre tête.
Ainsi, frères et sœurs, quand nous arrivons au terme de cette Année de la Foi, nous sommes invités à regarder le déroulement des événements du monde, non pas comme une sorte de succession de faits chaotiques qui n’auraient aucun lien les uns avec les autres, mais comme l’accomplissement de ce que Dieu veut réaliser avec nous, et l’appel qu’il nous adresse pour les affronter dans la confiance et la persévérance. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à Notre-Dame des étudiants de Paris et d’Ile-de-France
Les figures d’Eléazar et de Zachée nous font apparaître un chemin de foi. En Zachée, nous voyons une figure de conversion et de communion avec le Christ. En Eléazar nous découvrons une figure de fidélité à la loi de Dieu. Nous sommes invités à mettre en œuvre nos choix de vie dans cette dynamique.
Frères et Sœurs,
Les lectures que nous venons d’entendre nous ont mis en présence de deux figures : la figure du vieil Éléazar et la figure de Zachée. Et l’une et l’autre figure nous aident à comprendre quel est le véritable chemin de la foi. Aussi je vous propose de méditer quelques instants sur ces deux figures, en commençant par celle de Zachée puisque d’une certaine façon, chacune et chacun d’entre nous, à un ou plusieurs moments de sa vie se trouve dans la situation de Zachée. Désireux de mieux connaître le Christ, désireux tout simplement de le découvrir, de connaître directement quelque chose de Lui après en avoir tant entendu parler, il nous arrive de chercher, fébrilement ou paisiblement selon nos tempéraments, comment le voir et d’échafauder toutes sortes de manœuvres pour compenser ce que Zachée vivait dans sa petite taille et que nous vivons à notre manière par les faiblesses qui nous habitent. Quel sycomore avons-nous trouvé sur notre route dans lequel nous aurions voulu monter pour voir le Christ de nos propres yeux ?
Nous ne sourions pas de cette curiosité naïve de Zachée, nous ne sourions pas de l’espérance confuse qui l’anime, alors que chacun sait que, pris par les délices de sa fonction, il pioche allègrement dans les recouvrements publics pour arrondir sa fortune personnelle. Nous ne sourions pas qu’il puisse avoir quelques inquiétudes personnelles, mais nous découvrons que son sycomore, si haut qu’il lui ait permis de monter, n’est pas ce qui va lui faire rencontrer le Christ. C’est Jésus qui prend l’initiative. Jésus ne méprise pas les désirs et les démarches de Zachée, mais l’évangéliste veut nous faire comprendre qu’il y a un écart considérable entre nos exercices pour nous rapprocher du Christ et ce coup de laser direct : « Zachée, aujourd’hui il me faut demeurer chez toi » (Lc 19, 5). Comment voulez-vous que Zachée ait pu imaginer un instant, non seulement que le Christ demeure chez lui mais même qu’il lui adresse simplement la parole ? Son sycomore n’allait pas si loin ! Tout au plus espérait-il avoir un coup d’œil sur le spectacle. Et voilà que le regard du Christ tombe sur lui, que la parole du Christ s’adresse à lui et que le Christ s’invite chez lui.
Ne méprisons pas nos petits exercices pour nous rapprocher de Jésus. N’ayons pas honte de nous entraîner comme nous pouvons pour vivre davantage de sa parole, mais ne soyons pas dupes de nous-mêmes. Ce qui va convertir notre vie, ce ne sont pas nos exercices, c’est le Christ lui-même qui va venir chez nous, qui va s’inviter à notre table et qui va bouleverser notre vie comme il a bouleversé celle de Zachée, au point de dire : maintenant, je vais rendre ce que j’ai volé (Lc 19, 8).
Voilà une figure de conversion, un chemin de conversion, un chemin de communion avec le Christ. Jésus vient à nous, Jésus vient pour chacun d’entre nous, il nous touche chacun là où nous sommes, chacun là où nous en sommes, tels que nous sommes, il touche notre cœur : « aujourd’hui il me faut demeurer chez toi » (Lc 19, 5).
Et si nous avons la chance, la grâce d’avoir perçu cet appel, d’y avoir répondu, nous entrons dans la logique de la figure d’Éléazar, qui est la logique de la fidélité. Éléazar a reçu, comme tout son peuple, la Parole de vie, il a reçu le code de l’alliance, il a reçu l’accomplissement de la promesse faite à Abraham. Et voilà que les circonstances politiques qui ont amené la défaite d’Israël, l’invasion du territoire et l’occupation étrangère, le plongent dans une situation où il faut choisir : ou bien pactiser, devenir un collaborateur culturel, en tout cas, accepter les mœurs païennes, faire comme tout le monde, ce que ses amis lui conseillent par prudence parce qu’ils s’imaginent que s’il échappe à la singularité, il pourra préserver sa vie, -nous savons que cela ne marche jamais-, se fondre dans le décor, se déguiser en païen lui qui est juif, se refaire une beauté païenne pour qu’on ne le remarque pas, ou bien rester fidèle à ce qu’il a reçu de ses pères et qu’il essaye de transmettre autour de lui : la Loi du Seigneur est plus importante que sa réputation et que sa vie.
Bien sûr, nous vivons dans des temps civilisés, en tout cas chez nous, car il est des pays aujourd’hui, à travers le monde, où se déclarer chrétiens, c’est prendre le risque de perdre la vie. Chez nous, nous n’en sommes pas là, nous avons arrondi cela de façon à ce que tout le monde puisse vivre ensemble… Mais avons-nous aussi noyé la parole de Dieu ? Avons-nous aussi occulté l’appel à la sainteté ? Avons-nous aussi accepté que les mœurs deviennent la règle de vie ? Sommes-nous devenus comme tout le monde ? Cette question ne se pose pas simplement dans le moment présent, elle se pose tout au long de notre vie : comment annoncer l’Évangile ? Comment rendre témoignage à l’Évangile ? Comment vivre selon l’Évangile ?
La plupart d’entre vous, vous êtes au début de votre existence adulte, -en espérant que vous y entrerez avant plusieurs dizaines d’années-, vous êtes au moment où beaucoup de possibles sont ouverts devant vous, où les opportunités prennent corps mais déjà il faut choisir entre certaines d’entre elles, car vous ne pourrez pas tout faire. Et il faudra choisir ce qui sera le plus important pour vous, ce qui sera le chemin où vous répondrez à la visite du Christ : aujourd’hui je vais rendre ce que j’ai volé, aujourd’hui je veux vivre selon ta parole. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois
Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe des jeunes confirmés à Notre-Dame – Solennité du Christ Roi - Année C - Samedi 23 novembre 2013
Jésus n’est pas le roi des Juifs comme César est l’empereur des Romains. Comme Fils de Dieu, il est maître de toute la création, non selon un mode de domination par la force, mais par la puissance de son amour. Seul le don de l’Esprit Saint nous rend capables de vivre en suivant le chemin de Jésus.
Quand les tribus d’Israël vont rencontrer David pour lui demander d’être leur roi, elles espèrent surtout que si elles ont un roi comme les autres peuples, alors ceux-ci les prendront au sérieux. Les tribus d’Israël ont besoin de reconnaissance, elles ont besoin qu’on dise : c’est un grand peuple qui a un grand roi. Et David sera roi, il sera le roi du peuple d’Israël, il règnera à Jérusalem. Mais nous savons que Dieu ne l’a pas choisi uniquement pour être un roi comme les autres. Quand la Bible chante les louanges de David, ce n’est pas parce qu’il est un roi comme les autres, c’est parce qu’il a su reconnaître la grandeur et la miséricorde de Dieu et qu’il s’est reconnu pécheur.
Quand les juifs assistent à la crucifixion du Christ et lui disent : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » (Lc 23, 37), quand le larron, le brigand qui a été crucifié à côté de lui, lui dit : « sauve-toi toi-même et nous avec toi » (Lc 23, 39), ils comprennent que Jésus est le roi des Juifs, comme c’est écrit au-dessus de la croix INRI, Jésus de Nazareth Roi des Juifs.
Évidemment, personne n’a jamais imaginé qu’un roi pourrait être crucifié, personne n’a jamais imaginé que même le roi d’un petit peuple comme Israël pourrait être ridiculisé de cette façon. Et donc, ce que l’évangile veut nous faire comprendre, c’est que Jésus n’est pas le roi des Juifs comme César est l’empereur des Romains. Jésus est plus que le roi des Juifs, il est le Fils unique de Dieu. Et comme Fils unique de Dieu, il est le maître de toute la création, pas seulement d’Israël, pas seulement du peuple Juif, et s’il faut parler de roi, de règne, de royaume, son royaume, comme il le dit dans l’évangile, n’est pas de ce monde. Son royaume c’est l’univers entier, c’est tout ce qui existe. Et s’il est roi, il est le roi de tout ce qui existe, et s’il est le maître, il est le maître de tout ce qui existe.
Ce que nous découvrons, c’est que la royauté du Christ ne consiste pas à dominer les hommes, à manifester son pouvoir sur eux, à utiliser sa force pour se sauver lui-même. La puissance du Christ se révèle quand il est faible, sa force se manifeste au moment où tout le monde croit qu’il a perdu, qu’il est vaincu. Et il nous fait comprendre que le règne de Dieu n’est pas un royaume comme les royaumes de la terre, avec des armées, des administrations, des gouvernants, des chefs. Le Royaume de Dieu, c’est un royaume tout à fait particulier, c’est le règne de l’amour. Jésus est le roi du monde, du monde tout entier, de l’univers tout entier, pas seulement de notre Terre, mais de tout ce qui peut exister, que nous ne connaissons même pas. Il est le roi de l’univers tout entier parce que Dieu l’a envoyé pour sauver cet univers. Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils, non pas pour condamner le monde mais pour le sauver. Et nous qui essayons de vivre à la suite du Christ, nous savons que pour être en communion avec Lui, il faut que nous mettions en pratique le commandement qu’il nous a donné de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, de nous mettre au service de nos frères, d’être non pas ceux qui s’imposent et qui manifestent leur puissance aux yeux du monde, mais ceux qui se mettent à la disposition des autres pour être à leur service.
L’amour n’écrase pas, l’amour ne méprise pas, l’amour ne force pas, l’amour excuse tout, l’amour met chacune et chacun d’entre nous au service de ses frères. Évidemment, vous pouvez vous dire que c’est beaucoup trop difficile, que jamais nous n’arrivons à vivre cela. À la rigueur on peut un peu arriver à aimer les gens que l’on connaît, ceux qui sont autour de nous, ceux qui sont « bien », mais les autres, on ne peut pas les aimer. Et c’est vrai que nous n’avons pas en nous la force d’aimer comme le Christ a aimé. Et c’est vrai que c’est seulement le don de l’Esprit Saint que vous avez reçu par votre confirmation qui vous rend capables de pratiquer l’amour des autres, de pardonner à ceux qui vous font du mal, de faire du bien à ceux qui vous haïssent, de prier pour ceux que vous n’aimez pas, bref de prendre le chemin de Jésus. En recevant l’Esprit Saint, vous êtes, comme par votre baptême, devenus comme le Christ. Et comme Lui, vous êtes appelés à rendre témoignage à l’amour de Dieu pour les hommes, chacun et chacune, dans sa vie, son cours, son école, son collège, son lycée, sa famille, avec ses amis, dans ses loisirs, et surtout dans le secret de son cœur, là où la parole de Dieu vous rejoint et vous appelle à suivre le chemin de Jésus.
Tout à l’heure je vais vous inviter à renouveler la profession de foi de votre baptême comme au moment de votre confirmation. Vous savez que le Pape Benoît XVI a invité toute l’Église à vivre une Année de la foi qui se termine ce dimanche. Pour nous ce sera aussi la manière de clore cette Année de la foi en faisant ensemble cette profession de foi dans la force de l’Esprit Saint.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.